La Passion de l'Église

Articles de fond

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  • La canonisation de Jean-Paul II : une "si grande contradiction" (He XII, 3).

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  • L'Antéchrist-personne devant clore notre fin des temps sera-t-il... le dernier pape LÉGITIME de l'Église catholique ?

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"La crise de l'église"

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L'abbé Gleize, porte-plume théologique de la Fsspx, persiste et signe des deux mains et des deux pieds : CREDO, je crois à l'hérésie lefébvriste, perseverare diabolicum

 
 
 
L'abbé Gleize, porte-plume théologique de la Fsspx,
persiste et signe des deux mains et des deux pieds :
CREDO, je crois à l'hérésie lefébvriste, perseverare diabolicum
 
           
        C'est en effet ce qui ressort du tout dernier n° 674 du Courrier de Rome (avril 2024), dans lequel le cher abbé écrit de manière intempérante et fort prolixe (il est d'ailleurs pratiquement le seul à remplir désormais les rubriques du Courrier de Rome, depuis un assez long temps...), n° tout juste sorti du four, encore chaud devant. Le soufflé de son nouvel article, que l'illusion seule tient gonflé dans la superbe comme la grenouille de la fable avant qu'elle n'éclate ("La chétive pécore s'enfla si bien qu'elle creva", nous apprend Jean de La Fontaine), n'a pas encore eu le temps de retomber misérablement sur lui-même, comme on sait de science et savoir certains qu'il le doit faire infailliblement, puisqu'il ne tient que sur l'erreur, la folie et l'hérésie...
           
        ... Affligés, atterrés, remplis d'une grande tristesse devant la vilenie morale de l'homme, on ne peut en effet que constater une chose dans le monde catholique actuel : les raisonnements les plus insensés pour expliquer "la crise de l'Église" sont très-fièrement brandis comme gonfanons de combat par ceux qui les soutiennent, avec un entêtement à œillères fermées absolument invincible, de manière militante, agressive et vindicative, leurs adeptes les fermant et les cadenassant rigoureusement de manière schizophrénique et/ou autiste sur eux-mêmes, surtout contre ceux qui en montrent et démontrent l'inanité, sans aucune réflexion salutaire de leur part sur l'évidence la plus criante de leurs pires errements. On assiste véritablement, sur le plan intellectuel, à un vent de folie satanique qui souffle sur le monde entier et plus encore dans l'Église, possédant, au sens le plus diabolique du terme, les esprits, les cœurs, les âmes. C'est à qui appuiera farouchement son zélotisme sur une raison insensée, de préférence la plus folle et absurde possible, ce qui sera justement la preuve, s'imaginera-t-il, de sa... supériorité sur les autres folies qui, avec elle, compètent en compétition...! J'avais déjà fait remarquer cette apocalypse morale en rédigeant il y a plus de deux ans mon article À la foire aux fous (au pluriel) !!! (cf. https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/a-la-foire-aux-fous-au-pluriel-1?Itemid=1).
           
        En voici un exemple parmi beaucoup d'autres. On voit certains professer que la Passion de l'Église consiste dans un dernier pape souffrant. C'est la souffrance d'un dernier Vicaire du Christ certainement légitime qui serait l'essence même de la Passion de l'Église, qui est le fond de notre "crise de l'Église". Or, ce raisonnement est folie complète : la souffrance, en l'occurrence celle d'un pape, ne peut, en tout état de cause, pas être la cause première de la Passion de l'Église, puisque, métaphysiquement, la souffrance est seulement... un effet d'une cause. Il est donc évident, pour qui n'a pas perdu raison, qu'un effet ne pourra jamais être la cause, l'essence, d'une chose, et surtout pas celle de l'économie de la Passion... L'important, donc, à considérer, quant à la Passion de l'Église, c'est non pas la souffrance qu'elle y endure et qui n'est qu'un effet, mais ce qui cause cette souffrance : qu'est-ce qui fait souffrir l'Église ayant à vivre (et mourir) la Passion ?, quelle est la cause de cette souffrance ? Et de le savoir révèlera la cause de la Passion, et celle-ci seulement sera à prendre en compte, en considération, en tant qu'essence de la Passion. Or, la cause de la souffrance de l'Église vivant sa Passion, c'est le "être fait péché pour notre salut" (II Cor V, 21) rédempteur, enseigné divinement par le grand saint Paul comme étant l'essence de l'économie de la Passion. C'est donc, quant à notre "crise de l'Église" contemporaine qui manifeste la Passion, parce que l'Épouse du Christ est, à Son exemple très-saint et immaculé, "faite péché pour notre salut" en co-Rédemptrice, qu'elle souffre. Et voilà, pour qui a gardé raison, ce qui est la cause, l'essence, de cette dite Passion.
           
        Or, ce "être fait péché pour notre salut" fatidique, qui révèle que l'Épouse du Christ vit désormais dans l'économie spécifique de la Passion, s'enregistre historiquement par les faits les plus concrets et avérés comme étant opéré dans l'Église par les papes modernes eux-mêmes, c'est-à-dire par toute une lignée de derniers papes et pas qu'un seul, lesquels sont à la fois "coupables" et victimes de cette mise de l'Épouse du Christ dans l'économie de la Passion voulue par la Providence de Dieu, lesdits papes modernes en étant en effet les simples instruments, les suppôts passifs du Saint-Esprit, dans l'inadvertance totale quant à eux, d'où les guillemets que je mets à "coupables".
           
        On est donc aux antipodes mêmes, dans la vérité vraie des choses de "la crise de l'Église" moderne, de cet obscurantisme mensonger d'une grande et honteuse superficialité, petit-bourgeois, mondain, sentimental, dans lequel s'entretiennent les adeptes de cette fausse thèse qui consiste à vouloir voir à la fin de tous les temps ecclésiaux un pape tout blanc comme sa soutane de pape, souffrant la persécution de la part d'ennemis extra muros de l'Église, thèse dont s'est caressée et se caresse encore la tiédeur molle de certains chrétiens de préférence tradis, hélas entretenus dans cette illusion très-malsaine par certaines révélations privées plus ou moins douteuses, en tous cas spirituellement très-mensongères et fort impures, surtout quand elles émanent de... saints. Les faits pontificaux modernes renversent comme fétus de paille inconsistants et très-indignes de la vérité, ces méprisables mensonges à l'usage des âmes tièdes et spirituellement jouisseuses, et l'on sait que contra factum, non datur argumentum, il n'y a pas d'argument qui valent contre les faits. Les responsables, en effet, qui mettent l'Épouse du Christ dans le "être fait péché pour notre salut", qui la persécutent, bien loin d'être d'abord des ennemis extra muros, sont tout au contraire premièrement des "ennemis" intra muros, ce sont les papes modernes eux-mêmes au premier chef, c'est bien le cas de le dire. Je mets là encore "ennemis" entre guillemets, comme je l'ai fait pour "coupables" plus haut, car, répétons-le, les papes modernes ne sont, dans cette mise de l'Église contemporaine dans le "être fait péché pour notre salut", que les organes passifs du Saint-Esprit. Le plus important à comprendre dans l'affaire mystique de "LA PASSION DE L'ÉGLISE", effectivement, est que c'est bel et bien Lui, le Bon Dieu, qui, derrière les causes secondes qui sont ses servantes, met l'Épouse du Christ dans l'économie de la Passion, c'est SA Volonté qu'il en soit ainsi, comme elle le fut de même quant à la Passion de Jésus-Christ il y a 2 000 ans ("Non pas ma volonté, mais LA VÔTRE, ô Père", dit en effet très-clairement Jésus au jardin de Gethsémani, en parlant de la Passion qu'Il doit vivre et mourir ― Matth XXVI, 39).
           
        Ce processus mystique voulu par Dieu de mise de l'Église dans l'économie de la Passion commence et est mis en œuvre dès le pape Pie VII (1800-1823), c'est-à-dire, on l'a compris, au sortir immédiat même de la Révolution, par le Concordat napoléonien passé par ce pape au nom de l'Église avec un État constitutionnellement athée, ce qui était en soi hérétique comme attentant de plein fouet aux Mœurs de l'Église, les atteignant au cœur même. Le Concordat enregistre en effet ce tout premier "être fait péché pour notre salut" ecclésial, au niveau des Mœurs seulement, auxquelles sont inhérentes les choses de la Politique constitutionnelle (les Évêques Réclamants de Louis XVI, effrayés dans leur Foi pure et édifiante, n'en croyant pas leurs yeux de ce que Pie VII avait osé faire, lui ont fort bien dénoncé, dans leurs Réclamations, etc., avec une vigueur apostolique très-remarquable -et qui, précisément pour cette raison, ne fut point remarquée des holothuries...-, cette mise de l'Église dans le "être fait péché pour notre salut" au niveau des Mœurs par le pape lui-même ; cf. les deux articles dans lesquels j'expose et commente leur dénonciation en profondeur, dont voici le lien du premier : https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/coup-d-il-profond-sur-lactu-qui-buzze-et-le-buzz-de-lactu-invalidit-de-la-destitution-de-mgr-strickland-par-fran-ois-comme-de-celle-des-82-v-ques-fran-ais-par-pie-vii-lors-du-concordat-napol-onien-d-fense-des-v-ques-r-clamants-?Itemid=1) ; puis encore, ce fatidique "être fait péché pour notre salut" ecclésial au niveau des seules Mœurs pour commencer, de par le Concordat, contaminera à son tour la Foi insidieusement, lentement, très-occultement, pendant un long temps de quelqu'un siècle et demi ; puis soudain, cette contamination de la Foi par les Mœurs corrompues étant achevée ecclésialement, cette mise de l'Église dans le "être fait péché pour notre salut" éclatera au grand jour cette fois-ci au niveau de la Foi, comme un abcès trop mûr qui perce brutalement et salement, et ce sera Vatican II bien entendu qui l'enregistrera.
           
        Et dès lors, depuis Vatican II, l'Épouse du Christ est entièrement "faite péché pour notre salut" au niveau non seulement de ses Mœurs mais de sa Foi, c'est-à-dire complètement dans tout son Être, dans toute sa Personne morale, et singulièrement, peu ou prou, dans TOUS les papes modernes qui la dirigent, de Pie VII à François (avec évidemment une aggravation dans les tout derniers papes, surtout avec François ; car il y a une dynamique du mal qui veut que s'il n'est pas arrêté, le mal ne peut que progresser, et il ne peut progresser que vers l'avènement du règne de l'Antéchrist-personne). Comme lorsque quelqu'un est contaminé non seulement au niveau de son corps (= les Mœurs), mais aussi au niveau de son âme (= la Foi), alors, TOUT est contaminé en lui.
           
        Et donc, pour conclure sur cet exemple de folie totale que je prends, le "être fait péché pour notre salut" paulinien est seulement à prendre en compte pour savoir en quoi consiste essentiellement la Passion de l'Église que nous vivons et mourons de nos jours, après avoir été il y a 2 000 ans la même et identique cause première de la Passion du Christ. Seulement ceci est à prendre en compte. Mais les adeptes illuminés de cette pensée complètement et radicalement folle d'un dernier pape souffrant par des ennemis extra muros, dans lequel résiderait soit disant l'essence de la Passion de l'Église, ne peuvent pas même le comprendre, et continuent à se pervertir l'esprit, le cœur et l'âme, de leur folie métaphysique avant même d'être théologique et d'ordre spirituel...
           
        Ceci n'est qu'un exemple de cette folie totale qui possède, au sens diabolique du terme je le répète, le monde entier, surtout quand il est catholique. On a vu dans mon dernier article (cf. https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/les-tr-s-graves-erreurs-de-labb-gleize-porte-plume-th-ologique-de-la-fsspx-et-de-labb-pagliarani-actuel-sup-rieur-g-n-ral-de-ladite-fsspx-quant-leur-expos-sur-le-magist-re-ordinaire-universel-et-son-infaillibilit-inh-rente?Itemid=191) que c'est cette même folie radicale et complète qui possède les lefébvristes, lorsqu'ils basent essentiellement leur définition du lieu théologique qu'est le Magistère ordinaire & universel sur un simple accident ou effet non-substantiel, au lieu de le faire sur une cause première ou substance, à savoir vouloir prétendument ancrer définitionnellement ledit Magistère sur la seule dispersion épiscopale universelle. C'est là encore une folie totale, aussi radicale que celle faisant consister la Passion de l'Église sur la seule souffrance d'un dernier pape... De leur côté, les "ralliés", ces frères ennemis invétérés des lefébvristes contre lesquels l'abbé Gleize tire zélotement dans son dernier article à boulets rouges avec sa grosse Bertha lefébvriste, ne sont pas en reste de cette folie intégrale, bien au contraire, ce serait les mésestimer et les calomnier gravement que de le penser, on pourrait même croire qu'ils ont la furieuse ambition de surenchérir sur leurs petits copains lefébvristes, ne les voit-on pas se masturber la cervelle, je suis confus de dire qu'il n'y a hélas pas d'autre terme idoine pour qualifier très-exactement leur folie radicale je m'en excuse, à vouloir considérer à toutes forces et très-mauvaises raisons les pires décrets de Vatican II, les plus évidemment hérétiques, tel celui de la Liberté religieuse, comme étant en adéquation avec la Tradition doctrinale, voulant appeler noir ce qui est blanc, et blanc ce qui est noir, ce qui, en cette matière sacro-sainte de Foi, confine hélas très-réellement au péché contre le Saint-Esprit, irrémissible non seulement en ce très-bas monde mais surtout dans l'autre...? 
           
        On a dit, c'est de Joseph Goebbels le ministre de la Propaganda d'Hitler, que plus le mensonge est gros mieux il passe, moins on se rend compte qu'il est mensonge. C'est exactement le même diabolique processus pour l'erreur ou l'hérésie manifestée dans toutes ces thèses plus fausses les unes que les autres, prétendant rendre compte dans la Foi de "la crise de l'Église", mais en faisant surtout radicalement abstraction de la vraie "PASSION DE L'ÉGLISE" qui consiste à "être faite péché pour notre salut", "PASSION DE L'ÉGLISE" que le Bon Dieu me fait "l'honneur ignominieux" d'exposer seul dans tout le monde entier et pas seulement catholique, Lui seul en sait la raison, moi je ne la connais pas : plus elles sont contraires à la Foi, absurdes et insensées, souvent métaphysiquement avant même de l'être théologiquement, et plus ceux qui les professent dans la folie radicale les croient suréminemment sagesse et fin mot de "la crise de l'Église".
           
        ... Oh ! Comme Satan est rusé et plein de malice pour attraper les âmes dans ses filets, surtout si elles entretiennent leur folie dans l'orgueil, comme il est fort à craindre que ce soit le cas de beaucoup de ceux qui les professent actuellement...! Et si c'est le cas, alors combien pour eux il faut trembler en lisant la prophétie de saint Paul pour les derniers temps ecclésiaux que nous vivons et mourons à la fois, qui sont ceux de l'Antéchrist, un Antéchrist d'abord légion puis personnel, venant premièrement dans l'Église "avec toutes les séductions de l'iniquité pour ceux qui périssent, parce qu'ils n'ont pas reçu l'amour de la vérité pour être sauvés. C'est pourquoi Dieu leur enverra une puissance d'égarement, pour qu'ils croient au mensonge, afin que tous ceux qui n'auront pas cru à la vérité, mais qui auront consenti à l'iniquité, soient condamnés" (II Thess II, 10-11)...
 
Ange aux 2 trompettes Modif complète
           
        Je n'ai pu, donc, cher ami lecteur, m'empêcher de faire ces réflexions tristes, abattues, douloureuses et affligées, en lisant dans le Courrier de Rome le dernier article de l'abbé Fsspx Gleize, dont la tête est visiblement toujours bêta-bloquée dans l'hétérodoxie du lefébvrisme, duquel il ne peut visiblement pas plus sortir qu'un moderniste ne peut sortir de son modernisme. Quoique nous soyons maintenant sortis du carême et dans le temps pascal, astreignons-nous par devoir de pénitence à lire quand même quelque peu ce nouvel article de notre porte-plume théologique du lefébvrisme...
           
        Dans la première page, je vois l'abbé Gleize dénoncer en champion victorieux la grande faille des "ralliés", à savoir de ne pas pouvoir établir un lien entre les doctrines de Vatican II et la Foi traditionnelle de l'Église, auquel devoir, pourtant, les lie formellement le motu proprio de Jean-Paul II, Ecclesia Dei Afflicta du 2 juillet 1988, qui leur demande, en effet, de "mettre en lumière la continuité du Concile avec la Tradition" (§ 5, b). Et notre cher abbé lefébvriste de plastronner à son de trompette, en fier-à-bras des halles triomphant, sur cette impossibilité pour les "ralliés" d'établir cette continuité, ce qui montre évidemment tellement leur impuissance radicale à rendre compte par leur thèse de "la crise de l'Église", ceci, en effet, est parfaitement vrai...
           
        Il a cependant manqué au porte-plume théologique de la Fsspx de lire d'autres passages du motu proprio de Jean-Paul II qui dénoncent aussi fortement et invinciblement sa faille à lui, lefébvriste impénitent, faille aussi hérétique que l'est celle des "ralliés". L'abbé Gleize ici, montre qu'il est curieusement aveugle sur ces passages, dont il ne pipe mot, lesquels dénoncent sa faille lefébvriste en lui montrant son anathème. C'est tellement facile et ficelle de voir la poutre dans l'œil de son ennemi pour ne pas avoir à prendre conscience de sa propre poutre (car là, autant chez le "rallié" que chez le lefébvriste, il n'est pas question de paille mais de poutre dans chacun de leur œil) !
           
        Puisqu'il fait l'aveugle, en s'obnubilant sur la faille des "ralliés" aux fins si manifestement malignes de ne voir point la sienne et de faire obstruction pour que personne ne la voie, ouvrons-lui, encore une fois, les yeux, par miséricorde. Comme je l'ai bien démasquée dans mon précédent article, la faille des lefébvristes est de nier et ne vouloir pas professer, comme la Foi catholique leur en fait cependant obligation formelle, l'infaillibilité du Magistère ecclésial universel du présent en tant que hiérarchie légitime divinement instituée par le Christ posant l'acte d'enseignement, c'est-à-dire en toute indépendance du criterium doctrinal. Les lefébvristes font au contraire dépendre cedit Magistère monophysitement, c'est-à-dire hérétiquement, de la doctrine, alors que ledit Magistère a, dans le Mystère théandrique de l'Église qui est "Jésus-Christ continué" (Bossuet), une existence théologiquement absolument indépendante en soi, ex se, par rapport à la doctrine.
           
        C'est cela la faille des lefébvristes. Je la mets bien en face des yeux de l'abbé Gleize, pour qu'il la voie bien, sa faille à lui, pour lui enlever, par Charité vraie et miséricorde, le bandeau d'aveuglement qu'il s'est mis sur les yeux. Car il fait tout pour ne la voir point et passer muscade. Or, disais-je, le motu proprio de Jean-Paul II contient plusieurs passages qui dénoncent cette faille, lesquels passages, que pourtant notre cher abbé lefébvriste n'a pu que lire dans ledit motu proprio, dégonflent évidemment un peu beaucoup le soufflé de son article, qui, une fois passé et repassé sous leur rouleau-compresseur et aplati par eux, va ressembler plutôt à un bibendum complètement à plat. Lisons-les ensemble, ces passages dénonçant la faille lefébvriste :
           
        "Personne ne peut rester fidèle à la Tradition en rompant le lien ecclésial avec celui à qui le Christ, en la personne de l'apôtre Pierre, a confié le ministère de l'unité dans son Église" (§ 4). Affirmation magistrale et théologiquement combien vraie. Elle signifie qu'on ne saurait évoquer et invoquer la Tradition que par Pierre actuel, le Vicaire actuel du Christ représentant à lui seul toute l'Église magistérielle actuelle étant le seul à pouvoir donner, selon la Foi catholique, l'enseignement catholique de la Tradition aux fidèles du temps présent. Il aurait été tellement intéressant que notre cher abbé Fsspx Gleize commente ce passage, cela, en effet, nous aurait montré qu'il est capable d'amorcer un début de conversion de son hérésie lefébvriste, début de conversion de sa lefébvriste part qui seul intéresse le lecteur catholique, qu'il se le dise bien. Ç'aurait été tellement mieux, tellement plus instructif, tellement plus édifiant surtout, que de le voir plastronner bisque, bisque, rage, sur l'impuissance des "ralliés" à combler leur faille à eux, quant à établir le lien formel entre la Tradition et les doctrines de Vatican II, ce que, certes, ils ne peuvent point faire du tout. L'abbé Gleize nous aurait montré là qu'il commençait à réfléchir sur sa propre conversion à entreprendre, lui, lefébvriste, mais il est peu édifiant d'avoir à constater dans son nouvel article que ce n'est absolument pas le cas, qu'il n'y pense pas le moins du monde.
           
        La Tradition en effet, passe obligatoirement par Pierre actuel représentant le Magistère actuel d'une génération ecclésiale donnée, sinon rien, il n'y a pas de Tradition. C'est ainsi que Jésus-Christ Notre-Seigneur a bâti son Église et construit sa Constitution divine. Pour bien montrer qu'ici, dans son motu proprio, le pape Jean-Paul II est très-catholique, il me suffit de rappeler que le R.P. Perrone, théologien jésuite de très-grand renom sur la fin du XIXème siècle, que Vacant admirait comme je l'ai noté dans mon précédent article, nous enseigne la même catholique doctrine. Je cite à nouveau ses propos ici, pour l'abbé Gleize, qui a certainement besoin de les entendre plus d'une fois et qui voudra bien, de préférence à genoux et tête baissée, les écrire à la craie blanche sur son ardoise d'écolier :
           
        "… Il nous reste à démontrer que notre thèse [= l'Immaculée-Conception] est fondée sur le sentiment perpétuel de l'Église. Mais ce sentiment se montre dans la manifestation PRÉSENTE de cette même Église. (...) LA FOI ACTUELLE DE L'ÉGLISE EST UN CRITERIUM TRÈS-CERTAIN POUR PROUVER QUELLE A ÉTÉ LA FOI DE L'ÉGLISE À TOUS LES SIÈCLES [le concept de Tradition est ici fort bien décrit, et il est donc dit être récapitulé et révélé par la Foi magistérielle de l'Église du présent] ; (...) De là Bossuet, dans son ouv. intit. Défense de la tradition et des saints Pères, pose-t-il légitimement ce principe avec saint Augustin : "Pour juger des sentiments de l'antiquité, le quatrième et dernier principe de ce saint (Augustin) est que le sentiment unanime de toute l'Église PRÉSENTE en est la preuve ; en sorte que, connaissant ce qu'on croit dans le temps présent, on ne peut pas penser qu'on ait pu croire autrement dans les siècles passés" (Théologie dogmatique, Giovanni Perrone, t. II, pp. 423-424 & note 1 de la p. 424).
           
        Et c'est pourquoi Jean-Paul II pouvait bien illustrer cette doctrine catholique qu'il rappelait magistralement dans son motu proprio, que l'abbé Gleize a "oublié" de méditer et de mettre en exergue dans son article, par sa conclusion dénonçant la doctrine lefébvriste hétérodoxe : "Le résultat auquel a abouti le mouvement promu par Mgr Lefebvre peut et doit être une occasion pour tous les fidèles catholiques de réfléchir sincèrement sur leur propre fidélité à la Tradition de l'Église, authentiquement interprétée par le Magistère ecclésiastique, ordinaire et extraordinaire, spécialement dans les Conciles œcuméniques, depuis Nicée jusqu'à Vatican II" (§ 5). En vérité, sur le plan théorique et sur celui-là seul bien sûr, rien à redire à cet enseignement, qui est très-catholique et qui anathématise formellement le lefébvrisme.
           
        Le lefébvriste voudra par ailleurs bien noter au passage sur son ardoise d'écolier que Jean-Paul II, dans sa phrase, enseigne qu'il est tout-à-fait possible de voir le Magistère ordinaire & universel pouvoir être employé dans les Conciles œcuméniques, dont, évidemment, celui de Vatican II.
           
        Il voudra bien noter aussi, toujours au passage et toujours sur son ardoise d'écolier, que Jean-Paul II enseigne dans ce motu proprio que le "Magistère universel de l'Église appartient à l'évêque de Rome et au corps des évêques" (§ 4), sans qu'il soit aucunement question dans la formulation qu'il emploie de dispersion épiscopale universelle pour le caractériser substantiellement, cette caractéristique antonomastique accidentelle ayant été fort heureusement gommée et supprimée au fil du temps depuis Vatican 1er, sous l'inspiration du Saint-Esprit, pour une plus exacte et plus théologique définition dogmatique de ce qu'est le Magistère ordinaire & universel en Église, ainsi que je le faisais remarquer dans mon précédent article.
 
cerveau feminin
 
Théologie de "la crise de l'Église"
selon la thèse lefébvriste.....
           
        ... Or bien, cher lecteur, une fois lu dans son entier le motu proprio de Jean-Paul II, avec toutes les leçons qu'il contient et pas seulement sélectivement comme le fait l'abbé Fsspx Gleize en n'en retenant qu'une seule, il en appert que nous sommes en présence de deux failles, et non point d'une seule, celle des "ralliés", comme voudrait le croire et faire accroire notre porte-plume théologique lefébvriste en donnant une lecture borgne et unijambiste dudit motu proprio. Faisons donc maintenant le point à partir de ces deux failles, ce que donc l'abbé Gleize a montré qu'il était incapable de faire, et, je le rassure, les "ralliés" n'en sont pas plus capables que lui, ce qui nous révèlera la vérité authentique de "la crise de l'Église".
           
        Si, dans le cadre de "la crise de l'Église", le fidèle catholique actuel reste à vouloir entretenir sa Foi avec la thèse "ralliée" ou avec celle lefébvriste, alors, il la vivra avec l'une de ces deux failles hétérodoxes inhérentes à cesdites thèses, "ralliée" ou lefébvriste, dialectiquement opposées entre elles et aussi impuissantes l'une que l'autre à rendre compte dans la Foi de "la crise de l'Église", ce qui signifie bien sûr que ce fidèle catholique ne pourra qu'aboutir au bout du très-mauvais compte à faire mourir sa Foi dans une impasse complète et totale, dont rien ne pourra le délivrer.
           
        Pour se donner une intelligence complète de la situation et surtout faire vivre sa Foi et non la faire mourir, il suffit pourtant seulement de mettre juste en synopse les deux failles en présence, celle du "rallié" et celle du lefébvriste, à savoir : 1/ Non-continuité doctrinale entre la Tradition et les doctrines principales de Vatican II ; 2/ Infaillibilité du Magistère ordinaire & universel actuel quant à l'enseignement doctrinal, de manière éminente dans les conciles œcuméniques, dont bien sûr Vatican II est un exemplaire. Puis d'en tirer la déduction par l'enseignement du Saint-Esprit, c'est-à-dire par le Dieu de l'Évidence. Cette déduction par l'évidence des choses, qui est toujours essentiellement simple et supérieure à tout raisonnement, nous montre ce que ne veulent voir ni les "ralliés" ni les lefébvristes, à savoir que l'Église du Christ actuelle est soumise à la "si grande contradiction" (He XII, 3-4), autre signe topique que celui du "être fait péché pour notre salut" employé par saint Paul, pour caractériser l'économie propre de "LA PASSION DE L'ÉGLISE". Si en effet le Magistère d'enseignement doctrinal universel actuel est formellement doté de l'infaillibilité mais qu'un acte magistériel qui en est formellement l'expression exprime l'hérésie, ce qui est le cas de la Liberté religieuse pour en rester à celui-là, alors, effectivement, le principe de non-contradiction a sauté dans l'Église, la contradiction est rentrée dans l'Église. La vérité simple, authentique et plénière, divine pour tout dire, de "la crise de l'Église", est donc, par révélation du Saint-Esprit, que l'Église contemporaine vit et meurt depuis Vatican II sa propre et personnelle co-Passion, "LA PASSION DE L'ÉGLISE" (l'autre case à cocher, réprouvée, quant à cette contradiction constatée entre deux principes constitutifs de l'Église, serait que "les portes de l'enfer ont prévalu contre l'Église", ce que la Foi nous enseigne être évidemment impossible, et qui serait le cas si ladite contradiction était formelle, et non point seulement matérielle, comme dans l'économie de la Passion).
           
        Et c'est justement pour vouloir fuir à toutes jambes cette "si grande contradiction" révélant "LA PASSION DE L'ÉGLISE", qu'on voit les lefébvristes comme les "ralliés" pareillement achopper sur des failles théologiques qu'il leur sera à tous deux tout-à-fait impossible à tout jamais de combler. Et plus le temps avancera, plus ces failles alièneront honteusement leurs esprits de manière schizophrénique et/ou autiste tant qu'ils voudront en rester, les uns et les autres chacun de leur côté et surtout l'un contre l'autre côté, à fuir "LA PASSION DE L'ÉGLISE"... véritables martyrs et prisonniers du diable en cela, enfermant leur intellect dans des ghettos mortifères qui sentent par trop la boule-à-mites et les fonds de placards.
           
        Or donc, pour vouloir en rester chacun à leur faille sans se convertir à "LA PASSION DE L'ÉGLISE", le lefébvriste et le "rallié", chacun de son côté et à partir de sa propre faille, s'épuise à vouloir prouver que la faille de l'autre est mauvaise, sans vouloir le moins du monde remettre en cause que la sienne est aussi mauvaise et hétérodoxe que celle qu'il cherche à condamner sans retour dans son adversaire.
           
        On assiste donc, et cela dure fort honteusement depuis des lustres cul par-dessus tête d'autres lustres depuis "l'été chaud 1976", et le dernier article de l'abbé Gleize en est un lamentable et très-pénible exemple, à des combats diaboliques entre eux, où chacun des combattants n'a qu'une idée en tête, tel taureau devant chiffon rouge, il n'en veut point avoir d'autre : montrer l'hétérodoxie de la faille de l'autre, à la manière zélote et satanisée des combattants juifs de l'an 70 enfermés dans l'enceinte des murs du Temple de Jérusalem qui tournaient leurs épées les uns contre les autres, se trucidant sans merci sous le regard ébahi, stupéfait, des romains de Titus qui les assiégeaient et qui concluaient du fait que, pour en arriver à une telle extrémité insensée, il fallait vraiment que Dieu les ait maudits et rejetés sans retour.
           
        Et je ne suis pas loin de penser la même chose de nos zélotes tradis actuels, qui se comportent exactement de la même manière que leurs ancêtres juifs...
           
        L'abbé Fsspx Gleize, il n'est que de lire son article vindicatif et hautain, morveux même et suffisant par endroits, n'est pas le dernier à zéloter, ... il s'en voudrait sûrement beaucoup, certes !, mais les "ralliés", le P. de Blignières par exemple, n'ont eux aussi que le même but détestable et réprouvé, la même hargne vindicative et diabolique au fond du cœur, ne visant pas plus haut que ce combat tellement mauvais et haïssable : donner et rendre des coups aux lefébvristes encore plus mortels qu'ils n'en ont reçus d'eux, leur seul et unique but à eux tous en effet étant de tuer l'adversaire, ... pif !, ... paf !, ... vlan !! Ce qui est fort grave, sur le plan spirituel, c'est qu'on ne discerne plus, devant les yeux de leurs âmes, la recherche de la Vérité qui est Jésus-Christ, ils ne L'ont plus du tout en vue, il ne s'agit plus seulement pour eux tous que d'accumuler des arguments pro domo en faveur de leurs théories d'école fausses et mensongères. On croit rêver ou plutôt cauchemarder d'une telle vilenie morale des soit disant théologiens tradis, mais il en est bien ainsi. Après avoir vu dans le début de son article l'abbé Fsspx Gleize mettre le doigt le plus qu'il peut sur la plaie des "ralliés", on voit les "ralliés" répondre en tâchant d'appuyer encore plus fort sur le bât qui blesse chez les lefébvristes. Aucun des deux, cela va sans dire, ne fait le moindre retour sur lui-même, sur son propre péché, sa propre faille, son hérésie à lui. Exactement comme si de mettre en montre le plus possible la faille de l'ennemi pouvait, par-là même, avoir la vertu efficace et fort désirée, la magie plutôt, d'effacer la leur...
           
        Ne sommes-nous pas là en présence de ce diabolique "cercle d'erreurs et de disputes, qui tourne incessamment sur lui-même" déploré par saint Hilaire de Poitiers au temps de l'arianisme...?
 
 
Vitrail Quimper
Détail d'un vitrail de la cathédrale Saint-Corentin
(Quimper, Petite-Bretagne, France)
... Une preuve, parmi tant d'autres, que nos Pères dans la Foi
pratiquaient ARDEMMENT la Liberté religieuse,
et que celle-ci plonge très-loin ses racines dans la plus pure Tradition...!
           
        Mais, après avoir brossé sur le plan moral la très-sombre toile de fond, je rentre maintenant dans la chair du sujet. Ce n° 674 du Courrier de Rome se scinde en deux parties. Dans la première partie intitulée Et schismatiques et hérétiques, le porte-plume théologique de la Fsspx se contente de résumer la thèse d'un jeune prêtre "rallié" ayant planché récemment sur la théologie de "la crise de l'Église", un certain abbé Hilaire Vernier, lequel, à voir sa photo sur le site "rallié" Claves m'a spontanément fait penser, qu'il me le pardonne, à la dernière génération, la baby division d'Hitler, qui, à la fin de son règne maudit, recrutait dans la Wehrmacht jusqu'aux jeunes adolescents... Pour autant, il faut reconnaître à notre jeune abbé qu'il a bien exposé in globo la problématique de "la crise de l'Église" sur le plan théologique, quoique à travers le prisme kaléidoscopique plus que déformant du ralliérisme, s'abreuvant à sa citerne fêlée, buvant à longs traits de ses aînés la mauvaise doctrine, pauvre jeune clerc aveugle certainement de très-bonne volonté mais conduit par d'autres aveugles et qui, s'il ne bifurque sa course vers "LA PASSION DE L'ÉGLISE" (... la solution n° 6 ci-après, cher M. l'abbé Vernier, la solution n° 6 !!...), ne pourra, lui aussi, que finir sa course, comme eux tous, dans le fossé, selon la prédiction évangélique infaillible.
           
        D'une manière classique et peu nouvelle pour les vieux routiers du traditionalisme, notre porte-plume théologique "rallié" dissèque quatre positions principales tenues par les tradis : 1/ celle des "ralliés" ; 2/ celle des lefébvristes ; 3/ celle des sédévacantistes purs et durs, dite barbaresque comme ayant pour père spirituel le P. Noël Barbara ; 4/ celle des sédévacs mitigés ou guérardiens (... mais notre jeune abbé, et l'abbé Gleize par-derrière lui, ont oublié deux autres positions, à moins, ce qui est plus probable, qu'ils ne les connaissent pas, à savoir : 5/ celle des survivantistes pontificaux voulant croire à la "survie de Paul VI", physique, ou bien à celle, seulement théologique quant à elle, de Benoît XVI, -après lui il n'y aurait plus aucun pape valide, mais que des faux-prophètes avant l'avènement de l'Antéchrist-, ledit survivantisme pontifical s'avérant être, bien décodé sur le plan théologique, un autre sous-tiroir du sédévacantisme qu'on peut connoter de prophétique ou d'illuminé, plus sûrement les deux à la fois ; mais surtout la position 6/ qui est la seule à rendre compte de "la crise de l'Église" dans la pureté et l'intégralité parfaites de la Foi, à savoir celle de "LA PASSION DE L'ÉGLISE" que, Dieu sait pourquoi moi je ne le sais pas, je suis le seul à exposer dans tout le Tradiland et dans le monde entier (cf., pour l'exposé exhaustif de cette thèse, le lien suivant : https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/13-la-passion-de-l-eglise/7-la-passion-de-l-eglise-2).
           
        Cependant, l'originalité fort intéressante et très-inspirée de notre jeune abbé "rallié", qui, visiblement, a piqué au vif de sa plaie purulente le porte-plume théologique de la Fsspx, notre cher abbé Gleize, est qu'il considère la position 2/, celle lefébvriste, comme étant un département de la position... sédévacantiste mitigée : "Cette position [lefébvriste] est «dans les faits assimilable à notre sens à celle des sédéprivatistes [= sédévacs mitigés ou guérardiens ― Je ne peux m'empêcher, ici, de faire une remarque : chacun, donc, emploie sa terminologie pour définir les concepts, ce qui montre qu'il n'y a plus de communication entre les humains, chacun vivant dans sa gnose, et on va bientôt ressembler aux hommes rebelles au pied de la tour de Babel qui, parlant un langage différent, ne pouvaient plus se comprendre ; il me souvient d'un écrivain très-marqué par Mai 1968, Peter Handke, autrichien né en 1942, mettant en avant dans ses essais la solitude et l'incommunicabilité viscérale des hommes dans la société moderne ; en vérité, très-juste diagnostic : et la raison de cette incommunicabilité, de cette solitude, est eschatologique, c'est "parce que l'iniquité abondera, la charité d'un grand nombre se refroidira" ― Matth XXIV, 12, et que, conséquemment, le froid s'installant socialement, cela a l'effet immédiat de geler très-concrètement les rapports humains et donc d'isoler chaque humain l'un l'autre... Pardon pour cette digression], alors même que leurs tenants se targuent verbalement de reconnaître le pape et de prier pour lui ou d’accepter sa juridiction pour donner l’absolution sacramentelle». À l’en croire, cette position n° 2 serait donc une variante de la position n° 4" (p. 3).
           
        Notre jeune abbé "rallié" entend en effet, nous dit, fort réprobateur, l'abbé Fsspx Gleize, "dénoncer à son tour «l’impasse du sédévacantisme», avec évidemment, en filigrane, un reproche dirigé contre la Fraternité Saint Pie X. La conclusion de l’article prend les franches allures d’une tarte à la crème : l’attitude de Mgr Lefebvre et de ses continuateurs, implicitement stigmatisée comme un «sédévacantisme occulte, théorique ou pratique» aboutirait immanquablement à «un véritable ecclésiovacantisme». En effet, «ce n’est pas seulement le siège de Pierre qui serait vacant depuis plus de 50 ans, mais c’est l’Église catholique qui aurait cessé d’être ce qu’elle était essentiellement depuis sa fondation !» (p. 2).
           
        Évidemment, l'abbé Fsspx Gleize se récrie hautement, avec des accents outrés, déchirants, de vierge innocente violée, de l'accusation infamante d'assimiler le lefébvrisme au sédévacantisme, et pire encore, horresco referens, à l'ecclesiovacantisme radical. Mais, s'il est honnête avec lui-même, il ne peut cependant que se rendre compte d'une chose qui ne doit pouvoir, en son âme et conscience, que l'interpeller beaucoup. Sans en effet connaître de près ou de loin l'article de l'abbé Vernier, ne l'ayant jamais lu, je suis arrivé dans mon dernier article écrit il y a juste un petit mois, au terme de mon examen théologique du positionnement de la Fraternité sacerdotale saint Pie X de Mgr Lefebvre dans "la crise de l'Église", très-exactement à la même conclusion que lui au mot près, à savoir que, théologiquement, le positionnement Fsspx n'est rien d'autre que de l'ecclesiovacantisme occulte, ce qui est encore plus hérétique que d'être simplement sédévacantiste, barbaresque ou guérardien.
           
        Mon examen théologique commençait en effet par prendre acte que la Fsspx nie qu'il y a eu un vrai Magistère à Vatican II, ce qu'il prétend pouvoir professer en ne prenant en compte, d'une manière monophysite hérétique, que de la seule nature doctrinale de l'Église, apostolicitas doctrinæ, ce que l'abbé Fsspx Gleize formule et professe, très-explicitement et donc très-hérétiquement, dans tous ses articles, et je notais que l'abbé Pagliarani, l'actuel Supérieur de la Fsspx, en faisait de même. Je les cite à nouveau : "La critique des enseignements du Concile est donc possible si et seulement si il s’avère que nous n’avons pas affaire avec Vatican II à l’exercice d’un véritable magistère (infaillible ou pas)" (Du magistère vivant et de la tradition - Pour une "réception thomiste" de Vatican II ?, abbé Gleize, p. 4), et notre abbé Fsspx s'empresse d'affirmer qu'il en est bien ainsi, que Vatican II est bien un non-Magistère, dans la même page de son article : "L’acte de magistère se définit par son objet, et, comme nous l’avons expliqué plus haut, cet objet est la Révélation transmise par les apôtres c’est-à-dire le dépôt de la foi à garder saintement et à expliquer fidèlement. Et c’est pourquoi le magistère ecclésiastique est un magistère traditionnel et constant. Si, comme l’a fait Vatican II, on propose des vérités qui sont en opposition manifeste avec les vérités déjà enseignées comme révélées par l’Église, cette proposition ne peut pas être l’exercice d’un magistère digne de ce nom" (ibid., p. 4). L'abbé Pagliarani, l'actuel Supérieur de la Fsspx, n'est pas en reste, il s'en faut extrêmement, de cette profession de foi magistérielle parfaitement hérétique quant à Vatican II : "Pour sortir de cette impasse [de "la crise de l'Église"], la solution est seulement (c’est le cas de le dire) lefébvrienne : ce magistère conciliaire qui a réussi à s’imposer comme unique pierre angulaire de tout le complexe théologique, liturgique et pastoral de l’après-Concile, n’a pas eu recours aux garanties surnaturelles qui rendent le magistère de l’Église réellement tel" (L'effritement de l'autorité du concile, p. 4).
           
        Puis, le lefébvriste, après avoir posé ces prolégomènes qui font hérétiquement abstraction de la nature hiérarchique de l'Église, apostolicitas hierarchiæ, d'emprunter damnablement le chemin réprouvé qu'il s'est lui-même mis devant les yeux de l'âme : "Parce qu’ils ne sont pas l’expression d’un véritable acte de magistère, les enseignements du Concile Vatican II peuvent être jugés à la lumière du magistère de toujours, à la lumière de la Tradition immuable de l’Église" (Du magistère vivant et de la tradition - Pour une "réception thomiste" de Vatican II ?, abbé Gleize, p. 5). La boucle est effectivement bien bouclée : après avoir posé la théorie hérétique, le lefébvriste la met en pratique, sans aucun retour salutaire sur lui-même, sans vouloir saisir qu'il se met là dans un chemin aussi gravement hérétique à vocation de devenir schismatique, que l'est, pour sa damnable part, le chemin du moderniste. Puisque les Actes de Vatican II ne sont pas un vrai Magistère, veut-il donc s'imaginer être en droit de professer, alors, on peut les soumettre à un jugement ; mais malheureusement pour lui, ledit jugement ne pourra être rien d'autre hélas, les Actes de Vatican II ressortissant d'un vrai Magistère, qu'un "libre-examen" parfaitement hérétique, luthérien, reproche qui était précisément, ... t'en souvient-il, ô lefébvriste ?, celui que faisait le dominicain italien, le Père Giovanni Cavalcoli, à la Fsspx en 2011, et dont le Courrier de Rome de l'époque n'avait absolument pas pu ni su se dépêtrer dans sa réponse complètement impuissante que j'avais réfutée en son temps, et dont j'ai fait matière et contenu de ma réfutation de la thèse lefébvriste mise sur mon site, comme je l'ai dit dans mon précédent article (cf. https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/13-la-passion-de-l-eglise/8-refutation-de-la-these-lefebvriste).
           
        Or, continuant mon examen théologique du positionnement de la Fsspx à partir de ces prolégomènes hérétiques professés par eux, je ne pouvais donc formuler qu'une conclusion définitoire, à savoir que le lefébvriste faisait profession d'ecclesiovacantisme. Je recopie ici ce que je disais il y a donc à peine un mois (car apparemment l'abbé Fsspx Gleize ne l'a pas lu, ou n'a pas pris les bonnes lunettes pour le lire, quand bien même je lui ai fait de mon article un envoi charitablement personnalisé...), sans, je le rappelle, connaître de près ou de loin l'abbé Hilaire Vernier, et encore moins son article, les écrits des "ralliés", qui me sont aussi vomitifs que ceux des lefébvristes, n'étant pas vraiment en effet ma tasse de thé, it's not my cup of tea : "Ce qu'il [l'abbé Gleize] a l'air d'oublier, c'est que dire et professer, comme il le fait erronément, que Vatican II est un non-Magistère en s'appuyant sur un raisonnement monophysite hérétique uniquement basé sur la seule nature doctrinale de l'Église en faisant abstraction de la nature hiérarchique de l'Église, alors que Vatican II est un vrai Magistère de par la nature hiérarchique de l'Église, c'est exactement dire et professer la non-existence des «membres enseignants» una cum le pape actuel de toute une génération ecclésiale donnée, celle de Vatican II. Le lefébvriste tire ainsi véritablement quoique occultement un trait extrêmement brutal, radical et annihilateur, sur toute une génération ecclésiale donnée de «membres enseignants» certainement légitimes. Il y a en effet synonymie et équiparité théologiques parfaites entre les deux propositions, de professer un non-Magistère alors qu'on est en présence d'un vrai Magistère, comme le fait le lefébvriste, et de professer l'inexistence théologique du pape actuel et de tous les évêques avec lui qui actent ce soi-disant non-Magistère : or, cette dernière formulation est la définition même de l'ecclesiovacantisme. Les dernières et ultimes déductions de l'examen de la doctrine lefébvriste hétérodoxe nous montrent donc qu'ils professent l'ecclesiovacantisme. Déclarer inexistante l'Église enseignante du présent que la Providence de Dieu nous donne, certes dans un état de crucifixion atroce et total, c'est être ecclesiovacantiste. Le lefébvriste est donc un ecclesiovacantiste, qui, on l'espère de tout cœur, s'ignore" (fin de citation).
           
        ... À la place de l'abbé Fsspx Gleize, plutôt que de plastronner et de goguenarder avec hauteur et arrogance devant l'accusation d'ecclesiovacantisme que fait l'abbé "rallié" Hilaire Vernier à la Fsspx, je réfléchirai humblement, éventuellement à genoux ça aide, que quand deux auteurs complètement inconnus l'un de l'autre, de positionnement très-différent, arrivent très-exactement, dans leur examen théologique du lefébvrisme, à la même conclusion ciblée et très-pointue techniquement (le terme ecclesiovacantisme n'est pas courant en effet, même en théologie, c'est quasi un néologisme né tout ce qu'il y a de plus récemment dans le cadre de "la crise de l'Église" ; de plus, l'abbé Vernier affuble le terme ecclesiovacantisme appliqué à la Fsspx, du qualificatif occulte, et là encore, je le fais moi aussi... c'est bien dire à quel point notre verdict est rigoureusement semblable), c'est parce que cette conclusion absolument identique de ces deux auteurs qui ne se connaissent pas, dont les positions sont radicalement différentes, est sûrement, beaucoup plus que probablement, la bonne. Il sera alors en mesure de comprendre salutairement que la tarte à la crème dont il parle se voit plutôt dans les propos sophistiques, surréalistes et intellectualistes, qu'il prétend tenir pour justifier le positionnement lefébvriste... hérétique, dans la seconde partie de son double-article.
 
cerveau feminin
 
Théologie de "la crise de l'Église"
selon la thèse lefébvriste.....
           
        J'en arrive donc maintenant tout naturellement à cette seconde partie de l'article de l'abbé Fsspx Gleize dans ce n° 674 du Courrier de Rome, bizarrement intitulé Tradovacantisme ?, néologisme abstrus qui n'est vraiment pas très-clair, dans laquelle il prétend réfuter l'allégation d'ecclesiovacantisme fulminée contre le lefébvrisme par l'abbé Hilaire Vernier, qu'il a exposée dans sa première partie Et schismatiques et hérétiques.
           
        Comment va-t-il s'y prendre pour démontrer la quadrature du cercle, le circularium du carré ? Quand le lefébvriste est gêné dans ses entournures théologiques, alors on le voit ordinairement se réfugier derrière de grandes théories générales et génériques dont il prétend tirer une application pratique pour la problématique particulière sur laquelle on le met au pied du mur. L'abbé Fsspx Gleize a bien garde de se soustraire à cette coutume lefébvriste, et alors, on le voit commencer sa prétendue réfutation de l'accusation d'ecclesiovacantisme dont se rend coupable la Fsspx, en faisant tout un exposé filandreux et sophistique sur la vertu d'obéissance et de prudence, dont on va voir maintenant qu'il s'avère être complètement... hors-sujet, nul et non-avenu.
           
        En effet. On ne saurait évoquer les vertus d'obéissance et de prudence pour expliquer et justifier l'attitude de Mgr Lefebvre dans "la crise de l'Église" que si, et seulement si, ces vertus étaient mises en œuvre par lui pour pallier à l'impéritie, l'incurie d'actes magistériaux erronés mais non-dotés du charisme de l'infaillibilité. L'abbé Gleize nous parle en effet sans cesse de la situation créée par Vatican II qui serait une situation d'exception où les "membres enseignants" modernes à commencer par le pape, déraillant sur le plan non seulement de la théologie dogmatique mais également sur celui de la théologie morale, il faudrait alors, pour continuer à entretenir sa Foi, les suppléer, suppléer à leur carence. Mais ce raisonnement ne peut être théologiquement valable que si le dérapage des papes modernes s'insère dans un cadre qui n'est pas infaillible. Lui-même d'ailleurs le reconnaît, ainsi qu'on l'a vu plus haut : "La critique des enseignements du Concile est donc possible si et seulement si il s’avère que nous n’avons pas affaire avec Vatican II à l’exercice d’un véritable magistère (infaillible ou pas)".
           
        Or, ce que récuse hérétiquement le lefébvriste justement, les principaux actes magistériaux de dérapage des papes modernes sont des Actes de Vatican II qui s'insèrent de soi dans un cadre magistériel tout ce qu'il y a de plus doté de l'infaillibilité ecclésiale. Il est donc rigoureusement impossible, sans attenter par-là même à la Constitution divine de l'Église, de pouvoir suppléer à ces Actes magistériaux dotés de l'infaillibilité mais professant l'hérésie, comme la Liberté religieuse, en mettant en œuvre une prétendue vertu d'obéissance à Dieu et de prudence ou de sagesse surnaturelle, comme veut le soutenir l'abbé Fsspx Gleize à propos de Mgr Lefebvre, qui va concrètement consister à les rejeter au nom de la Foi. Tout le raisonnement de fond que tient donc l'abbé Gleize, en bon lefébvriste certes, est donc nul et non avenu, caduc, radicalement hors-sujet, in radice, dès ses prolégomènes. Vouloir invoquer la vertu de prudence pour rejeter au nom de la Foi un Acte magistériel doté de l'infaillibilité, c'est premièrement soit professer implicitement que l'Église n'est pas constitutionnellement dotée de l'infaillibilité, ou bien soit qu'elle a failli là même où le Christ lui avait promis de l'assister pour qu'elle ne faillisse point, et secondement, c'est par-là même se mettre soi-même à la place de l'Église Universelle dotée de l'infaillibilité.
           
        Or, toute la démonstration de l'abbé Gleize dans cette seconde partie de son article tend à dire que, oui, c'est par vertu surnaturellement supérieure de prudence et d'obéissance à Dieu que Mgr Lefebvre et ses fils spirituels actuels déclarent que Vatican II est un non-Magistère, que, oui, le devoir catholique après Vatican II est de juger ses doctrines à la lumière de la Tradition, etc.
           
        Il montre par-là qu'il ne comprend pas que la vertu de prudence dont il parle en long et en large dans la seconde partie de son article, mais surtout en travers, ne regarde que l'homme privé dans la pratique de sa vie morale, et qu'elle ne peut nullement être mise en œuvre lorsque l'on est dans le domaine du Magistère infaillible, comme c'est crucialement le cas dans la "crise de l'Église". Car dans ce domaine très-réservé, SEUL LE PAPE ACTUEL est habilité, de droit divin, à user de cette vertu de prudence pour débiter aux fidèles la Foi actuelle de l'Église Universelle, très-immédiatement et très-directement assisté de l'Esprit-Saint pour ce faire. Ainsi donc, Mgr Lefebvre, sans s'en rendre compte bien sûr et croyant faire au mieux certainement, ... malheur à qui lui jette la première pierre !, péchait là très-grièvement contre la Constitution divine de l'Église en prenant dans ses mains et en mettant en œuvre une vertu de prudence dans l'ordre magistériel infaillible qu'il n'appartenait qu'au pape actuel de pouvoir mettre en œuvre sous la mouvance directe et immédiate du Saint-Esprit.
           
        Constatant qu'il y a effectivement hérésie à caractère formel dans le Magistère doctrinal des papes modernes doté de l'infaillibilité ecclésiale, comme c'est éminemment le cas par exemple de la Liberté religieuse, Mgr Lefebvre n'avait en effet immédiatement qu'une seule attitude à adopter, usant alors de la vraie Sagesse ordonnée au Saint-Esprit, comme tout fidèle de l'Église catholique, du plus bas rang au plus haut rang, devait également le faire : prendre acte dans la Foi que la contradiction était rentrée dans l'Église, en déduire immédiatement et formellement que Dieu mettait par-là même l'Épouse du Christ dans l'économie de la Passion par le fameux "être fait péché pour notre salut" paulinien, ce qui subséquemment signifiait bien évidemment que "la crise de l'Église" que nous vivons est donc la der des der de toutes les crises de l'Église militante dans son économie actuelle dite du Temps des nations et de Rome son centre, qu'elle est vraiment la crise apocalyptique devant finir par la Parousie en passant préalablement par la préface très-ténébreuse du règne de l'Antéchrist-personne finissant dans le Déluge de feu, ET SURTOUT NE FAIRE AUCUN AUTRE RAISONNEMENT SUR LE PLAN THÉOLOGIQUE.
           
        Surtout pas celui de prendre la place du pape actuel en exerçant une fausse vertu de prudence dans l'ordre magistériel infaillible, qu'il n'était nullement au pouvoir de Mgr Lefebvre d'y exercer. Car en le faisant, il prenait là en fait, très-concrètement quoique ne s'en rendant nullement compte, la place du pape actuel, ainsi que je l'ai noté, choqué, dans mon précédent article, à partir de ses propres mots tirés de sa bouche et rapportés sans aucune intelligence de la Foi par son fils spirituel l'abbé Fsspx Gleize : "Pour moi, pour nous, je pense, dire qu’on voit, qu’on juge les documents du Concile à la lumière de la Tradition, ça veut dire évidemment qu’on rejette ceux qui sont contraires à la Tradition, qu’on interprète selon la Tradition ceux qui sont ambigus et qu’on accepte ceux qui sont conformes à la Tradition". Et je commentais : "Ainsi donc, la surnature montrant plus encore que la nature qu'elle a horreur du vide, le monophysite lefébvriste, Mgr Lefebvre en tête, après avoir supprimé la réalité du Magistère du présent, c'est-à-dire, excusez du peu, le pape actuel et la hiérarchie légitime divinement instituée, ne peut que se prendre lui-même pour... le pape actuel et la hiérarchie légitime divinement instituée. Si en effet, en Église, on supprime le pape, c'est parce qu'on l'est soi-même. On ne peut que constater par son propos même que Mgr Lefebvre, sans vergogne, sans aucune retour sur son comportement hérétique, réagissant trop passionnellement et dialectiquement à la persécution moderniste, n'éprouva aucun scrupule, pour garder «mains propres et tête haute» dans «la crise de l'Église», à remplir la fonction du... pape dans un concile, à savoir : juger les documents du concile, rejeter ceux qui ne lui plaisent pas parce qu'il les déclare non-conformes à la Tradition (alors que, sur le plan théologique, seul le pape actuel du présent a mandat divin de dire ce qui est conforme à la Tradition ou bien non, comme l'a fort bien rappelé Jean-Paul II dans Ecclesia Dei Afflicta), donner l'interprétation des enseignements qu'on juge soi-même ambigus par rapport à la Tradition, donner son placet à ceux qu'on juge être conformes à la Tradition..." (fin de citation)
           
        Tout le fatras d'explications scolastiques superbes et prétendument très-subtiles mis en avant dans son second article par l'abbé Fsspx Gleize sur la vertu de prudence mise en œuvre de la manière soi-disant la plus sage possible par Mgr Lefebvre, fatras embarbouillé d'Aquinate, de philosophisme et que sais-je encore, s'en écroule par-là même sur pied, d'un seul coup d'un seul, sur lui-même, telles les tours du World Trade Center ou comme un château de cartes dont on retire une carte du dessous : Mgr Lefebvre n'était pas habilité à mettre en œuvre une vertu de prudence dans l'ordre magistériel infaillible inhérent à tout concile œcuménique tel Vatican II, cette mise en œuvre étant de droit divin l'apanage exclusif du pape actuel seul, sous inspiration et mouvance directe et immédiate du Saint-Esprit. Inutile donc à notre cher abbé Fsspx Gleize de faire longuement et savamment le thuriféraire, de nous balancer des volutes d'encens louangeurs étouffants qui ne sont qu'écrans de fumée et qui font tousser, en nous disant que Mgr Lefebvre fut très-sage dans cette mise en œuvre, qu'il alla même jusqu'à épouser la gnômè... c'est-à-dire carrément se hisser à la sagesse du Saint-Esprit !, oui-da, pas moins !!, puisque justement, la seule vraie sagesse dont il aurait dû faire usage en l'occurrence consistait à... ce qu'il NE mit PAS en œuvre la vertu de prudence dans le domaine du Magistère infaillible réservé au pape seul ! Ceci ne faisant hélas que prouver justement qu'il n'était... absolument pas sage du tout !, qu'il ne mettait pas en œuvre la toute première marche, le tout premier palier de la sagesse surnaturelle !, qu'il cédait, au moins négativement et passivement, à une réaction de rébellion, d'orgueil, en prenant la place du pape actuel, faisant là comme, hélas oui... le grand-vizir Iznogoud, le célèbre héros d'une BD des années 1965 (elle m'avait bien amusé dans mon jeune âge), qui voulait absolument être... calife à la place du calife !!
 
 
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Un visage peu connu de Mgr Lefebvre...???
           
        ... Mais alors, me diront peut-être l'abbé Fsspx Gleize et aussi l'abbé "rallié" Vernier, mais que faut-il donc bien faire, face à la "PASSION DE L'ÉGLISE" dont l'aspect pratique est de la voir "être faite péché pour notre salut", singulièrement dans son Magistère doctrinal, et même moral maintenant, avec Amoris Lætitia et surtout l'abominable et très-exécrable Fiducia Supplicans ?, et aux toutes dernières nouvelles de la marée à la fraîche, François en rajoutant encore une couche en voulant sublimer la dignité humaine ontologique base de la Liberté religieuse, qui n'est pas à prendre en considération dans les raisonnements de Foi, dans un tout nouveau document favorisant une fois de plus l'hérésie moderne, Dignitas infinita...?
           
        Il faut aller poser la question à saint Jean, aux saintes femmes et surtout à la très-sainte Vierge Marie, assistant Jésus au pied de la croix. Comment "être fait péché pour notre salut" sans n'y rajouter jamais aucune coulpe séparant de Dieu ? Comprenons que l'oxymore spirituel paulinien est insoluble si l'on en reste au point de vue humain ; et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle onze Apôtres sur douze ont fui la Passion du Christ. Oxymore en effet, que cette révélation de saint Paul, c'est-à-dire contradiction antinomique entre deux termes mis ensemble comme dans jour nocturne, car le péché est générateur en soi de damnation et non de salut. Pour qu'il puisse être générateur de salut Rédempteur comme l'enseigne saint Paul aux Corinthiens sous l'inspiration du Saint-Esprit, il faut bien se rendre compte que c'est donc un renversement complet de la nature des choses qui présuppose l'emploi radical et très-obligé de la toute-Puissance divine, ce qu'un autre passage de saint Paul éclaire : "Ma grâce te suffit, car c'est dans la faiblesse que ma Puissance se montre tout entière" (II Cor XII, 9). Plus donc il y a faiblesse, jusqu'à devoir aller jusqu'à l'anéantissement, la kénose, et la matière du péché ecclésial sans coulpe manifesté à Vatican II par les Pères actuels de l'Église una cum le pape manifeste cet extrême, ce summum de la faiblesse, cette kénose mystique, plus la toute-Puissance divine est nécessaire de toute nécessité pour que la vie de la grâce divine puisse toujours exister et surtout dominer et régner dans l'âme du fidèle et dans l'Église soumis à l'extrême de ladite faiblesse.
           
        Il faut donc une grâce divine très-spéciale, qu'il faut demander à Dieu tous les jours, pour tenir saintement dans l'économie de la Passion que manifeste "la crise de l'Église" contemporaine, depuis Vatican II quant à la Foi et depuis le Concordat napoléonien quant aux Mœurs, sans y faillir jamais de bâbord ou de tribord, ni dans le modernisme laxiste ni dans l'intégrisme sectaire. Inutile donc de chercher une thèse expliquant "la crise de l'Église" qui serait comme un petit nid douillet d'ermitage embaumé par un quiet, tiède et doux zéphyr, et où l'on pourrait vivre sa Foi tranquillement. Cela n'existe plus si tant est que ça a jamais existé dans l'Église militante. N'oublions surtout pas que, sur la croix, le Christ crucifié n'a aucun positionnement de repos. S'Il tire sur ses bras pour soulager ses pieds, Il agrandit la plaie des mains ; s'Il appuie sur ses pieds cloués pour soulager la plaie des mains, Il agrandit la plaie des pieds. Tout son Corps physique, Isaïe l'a bien dit, n'est plus qu'une plaie, et nous ne devons parler de cela qu'à deux genoux dans notre âme. Or, il en est exactement de même pour le Corps mystique du Christ qu'est l'Église lorsque, elle aussi, de par la Providence divine, a sa propre et personnelle Passion à vivre et à mourir à la fin des temps, et c'est nous, fidèles catholiques du temps présent, qui la vivons et mourons à la fois. Il ne saurait être question pour nous donc, de vouloir trouver dans "la crise de l'Église" qui est "PASSION DE L'ÉGLISE" une solution intellectuelle, théologique, spirituelle, de repos. Il n'y en a pas, il n'y en a plus. Tout, au contraire, est écartèlement mortifère usque ad mortem. Chaque fidèle donc, doit faire ce qu'il peut, sous l'inspiration du Saint-Esprit, pour bien vivre à son niveau la Foi en Église, en ayant toujours devant les yeux de l'âme la sainteté impeccable à mettre en œuvre dans sa vie, qui est autant le modus de la vie de l'âme lorsqu'elle a à vivre et mourir la Passion, que dans les temps ordinaires où elle n'a pas encore à la vivre et mourir.
           
        Pour faire concret dans notre "PASSION DE L'ÉGLISE", je répondrai qu'on peut tout faire au pied du Calvaire Rédempteur, ou co-Rédempteur quant à l'Église, suivre les modernes mais sans épouser leur péché, ce qui est un parcours du combattant tout ce qu'il y a de plus difficile et héroïque (que j'ai décidé d'emprunter Deo adjuvante, quant à moi, depuis le 19 mars 2018, en ayant tout-à-fait marre de la mauvaise foi et de la Foi mauvaise tout court des tradis après trente-sept ans de pratique cultuelle avec eux, d'abord avec les sédévacs puis avec les "ralliés" : cf. https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/aux-dernieres-nouvelles-de-la-passion-de-l-eglise?Itemid=1) ; ou alors se retirer des structures officielles comme l'ont fait de facto les tradis dans leur ensemble, mais alors sans surtout, surtout, bâtir aucune contre-théologie ecclésiale ni aucune rébellion contre les modernes, et moins encore les juger en se mettant sur une prétendue hauteur doctrinale qui ne s'avèrera être que bassesse si on l'ausculte en sa profondeur et son fond, comme je le fais présentement dans cet article et dans mon précédent avec le lefébvrisme, sans cependant vouloir plus, ... Dieu m'en garde !, juger les lefébvristes, eux non plus (il m'arrive d'ailleurs de temps en temps, très-régulièrement, de prendre messe et confession chez eux).
           
        Oui, on peut tout faire au pied de la croix, et même faire surnaturellement RIEN (ce qui n'équivaut nullement à oisivement ne rien faire, Jésus-Christ faisant au contraire TOUT, plus que l'addition de tous ses agirs dans ses trois ans de vie publique, lorsqu'Il était IMMOBILE sur la croix, cloué aux deux pieds et aux deux mains), sauf bâtir une théologie hérétique pour fuir la "PASSION DE L'ÉGLISE", comme hélas il appert singulièrement de la théologie lefébvriste, mais encore de toutes celles en présence dans le Tradiland ou chez les modernes.
 
Fou chinois Lotus bleuQualitéSupérieure
           
        ... L'humour n'est jamais très-loin de l'Amour ou Charité divine. Je terminerai donc mon article sur une note d'humour tonique et topique. Il faudrait vraiment que tous les tenants hérético-schismatiques des thèses tradis, mais encore les tenants modernistes des thèses modernes, passent par le fou chinois du Lotus bleu de la BD Tintin & Milou, d'Hergé. Celui-ci, en effet, muni d'un terrible sabre de samouraï, poursuivait tout celui qui lui tombait sous la main en lui déclarant : "Lao-Tseu l'a dit : il faut trouver la voie ; l'avez-vous trouvée ? Si vous ne l'avez pas trouvée, je vais vous couper la tête, après vous la trouverez".
           
        Oui, il faut vraiment que tous les cathos actuels, qu'ils soient tradis ou modernes, se coupent la tête, c'est-à-dire s'auto-guillotinent leurs petites idées sur "la crise de l'Église", pour pouvoir vivre enfin de la seule grande Vérité de Dieu manifestée dans "l'aujourd'hui de l'Église", qui consiste essentiellement dans "LA PASSION DE L'ÉGLISE".
           
        C'est ainsi, et ainsi seulement, qu'ils pourront vivre leur Foi salvifiquement et authentiquement, dans l'espérance enthousiasmée de la Résurrection glorieuse...
           
        Amen.
 
En la fête de saint Benoît-Joseph Labre,
Plus pauvre de Jésus-Christ parmi les plus pauvres,
Image de ce que Notre-Sauveur est devenu aujourd'hui
dans le monde, dans l'Église et dans les âmes.
Ce 16 avril 2024,
Vincent Morlier,
Écrivain catholique.
 
 
 
 SaintBenoitJosephLabre
 
Saint Benoît-Joseph Labre (1748-1783)
 
16-04-2024 13:02:00
 

Les très-graves erreurs de l'abbé Gleize, porte-plume théologique de la Fsspx, et de l'abbé Pagliarani, actuel Supérieur général de ladite Fsspx, quant à leur exposé sur le Magistère ordinaire & universel et son infaillibilité inhérente

 
 
 
Les très-graves erreurs de l'abbé Gleize,
porte-plume théologique de la Fsspx, 
et de l'abbé Pagliarani,
actuel Supérieur général de ladite Fsspx, 
quant à leur exposé sur le Magistère ordinaire
& universel de l'Église et son infaillibilité inhérente
 
 
 
"Or voici quel est le jugement : la lumière est venue dans le monde,
et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière,
parce que leurs œuvres étaient mauvaises.
Car quiconque fait le mal hait la lumière, et ne vient point à la lumière,
de peur que ses œuvres ne soient condamnées.
Mais celui qui agit selon la vérité vient à la lumière,
afin que ses œuvres soient manifestées,
parce que c'est en Dieu qu'elles sont faites"
(Jn III, 19-21)
           
        Qu'est-ce qui m'a poussé seulement les jours derniers et pas avant à feuilleter d'abord très-rapidement et comme pressé, puis, au fil de ma lecture, à éplucher de plus en plus attentivement et méticuleusement, les archives du Courrier de Rome, organe de presse de la Fraternité sacerdotale saint Pie X de Mgr Lefebvre ? Dieu le sait je ne sais, comme dirait saint Paul. C'était donc le moment où je devais le faire, je suppose.
           
        Les voies de Dieu sont vraiment impénétrables, insondables, elles se manifestent par le Saint-Esprit qui mène nos âmes par où Il veut, quand Il veut et où Il veut. "Le vent souffle où il veut ; et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d'où il vient, ni où il va : il en est ainsi de tout homme qui est né de l'Esprit" (Jn III, 8). Dans cet enseignement lapidaire et magistral à Nicodème, Jésus, maître de Vérité, Vérité Lui-même, ne prend évidemment pas le vent par hasard. Il est assimilé dans la Sainte-Écriture au Saint-Esprit Lui-même : "Vous [ô Seigneur mon Dieu] marchez sur les ailes des vents ; et faites de vos Anges, des vents" (Ps CIII, 3-4). Et bien sûr, la Pentecôte vérifie cette assimilation : "Lorsque le jour de la Pentecôte fut arrivé, ils étaient tous ensemble dans un même lieu. Tout à coup il se produisit, venant du Ciel, un bruit comme celui d'un vent impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis" (Act II, 1 & 2). 
           
        ... Pourquoi ne pas vous le dire, ami lecteur ? Cette assimilation du vent au Bon Dieu, au Saint-Esprit, m'avait marqué, lorsque, sur ma désormais lointaine vingtaine d'âge, je composais quelques poèmes... Avant de rentrer dans ce nouvel article qui va être technique, pointu et aride, je crois bon et ne résiste d'ailleurs pas au plaisir de vous partager celui intitulé Aux vents :
 
Le Saint-Esprit, souffle de vie,
Colombe de Dieu qui ravit,
Des artistes, Seigneur sublime,
Habite en ces vents que j'entends.
Sa douce Force les anime,
Et c'est bien Lui qui est présent.
 
Vents, bruissements, chuchotements,
Doux zéphirs, souffles violents,
Vents impétueux, brises chaudes,
Et même vents froids qui maraudent,
Tempêtes et vents mélodieux,
Révèlent l'Espace de Dieu.
 
Bruits humains qui êtes si vains,
Même toi, belle voix humaine,
Taisez-vous donc, vous n'êtes RIEN !
Rentrez en vos pauvres domaines !
Place nette à ce qui est pur,
Aux vents qui ont, de Dieu, l'allure !
 
Faites silence à bon escient.
La Force qui me rend patient
C'est Lui qui me dit en silence :
"Je Suis", dans ces vents qui balancent.
Il m'apporte Consolation,
Tendres', Amour, Jubilation...
 
Inclinez-vous en votre cœur ;
Abaissez-vous avec bonheur.
Vous adorerez comme moi
L'Esprit de Vie, le Cœur du Roy,
Dans ces vents qui vont doucement,
Ou bien qui se ruent bruyamment.
 
... Ô vents qui êtes en tous lieux !
Que donc mes oreilles saisissent
Vos enseignements merveilleux !
Ceux que vous laissez sans malice
Mais... si vittt', et comme en passant,
Sans jamais y mettre l'accent !
 
           
        Bon. J'espère que vous vous êtes un peu envolés au Ciel. Cela va nous être utile, car nous devons redescendre maintenant dans ce très-bas monde, où il nous faut sans cesse ferrailler sans relâche en des combats âpres et difficiles, implacables et rugueux, dans des prés carrés qu'il ne nous est pas permis de quitter de par Dieu, la Foi étant en cause (c'est-à-dire la Gloire de Dieu et notre salut à tous), en faisant cependant grande attention de ne pas blesser les personnes des errants engagés dans de mauvaises voies, souvent du reste des frères de combat, et plus souvent encore d'excellente et très-bonne volonté, la Charité de la Vérité incluant à égalité la Vérité de la Charité.
           
        Et là...
           
        Le lyrisme ne trouve plus place première,           
        Comme, entre frères, aux si bons jours d'hier [avant Vatican II, pardi...!].
           
        (Rien que de citer des vers actionne en moi le déclic poétique, Dieu m'en pardonne... et mon lecteur aussi ! Mais après tout, l'art poétique n'est-il pas d'enjoliver ce qui n'est pas joli...?)
 
cerveau feminin
 Théologie de "la crise de l'Église"
selon la thèse lefébvriste.....
           
        Dans les archives du Courrier de Rome, qui, sur leur site Internet, vont de 2005 à nos jours, j'ai été interpellé et me suis occupé principalement des articles qui traitent du Magistère ordinaire & universel et de son infaillibilité inhérente, parce qu'ils nous disent avec précision comment les lefébvristes le conceptualisent (très-mal). Mais, à visiter en mode hélico le Courrier de Rome, je crois utile de faire une remarque préliminaire. Dans le temps jadis, "le vieux-vieux temps" (Henri Pourrat), il y avait une revue ecclésiastique de grand renom, L'Ami du clergé, dont les rédacteurs moulaient la doctrine en de savants articles sur quelque point donné de théologie, de droit canon ou d'histoire religieuse. C'était fort utile pour les abonnés qui recevaient chaque semaine leur livraison, ceux-ci étant souvent des curés de paroisse campagnarde, qui, vaquant aux sollicitudes pastorales pratiques, n'avaient pas le temps ni surtout les moyens d'approfondir certains points délicats qu'ils avaient besoin de résoudre. Il y avait tout un système de questions-réponses, où les rédacteurs savants et bien catholiques de L'Ami du clergé répondaient aux questions que leur posaient par écrit les prêtres abonnés. La collection complète va des années 1878 à 1969, j'ai quant à moi les années 1895 à 1936 (cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Ami_du_clerg%C3%A9).
           
        Je pense que le Courrier de Rome a eu un peu cette ambition de remplir le même rôle que L'Ami du clergé, mais hélas, on est obligé, en les lisant, de constater qu'il le fait à usage et application interne, exclusivement ad usum des seuls membres de la Fsspx ou sympathisants, car les articles débitent à satiété et même ad nauseam, non pas forcément la doctrine catholique basée sur la Foi, mais trop souvent les opinions erronées, partisanes et prophétiquement obscurantistes, de leurs thèses lefébvristes hétérodoxes, prétendant rendre le compte définitif de "la crise de l'Église" mais en fait n'en rendant nullement compte, laissant au contraire le lecteur dans la bouteille à l'encre ou l'usine à gaz, à la sortie desquelles l'intelligence de la Foi n'est nullement satisfaite mais au contraire fort obscurcie. La vraie Foi pure, intègre (et non intégriste), ouverte au sens apocalyptique et eschatologique, n'y trouve vraiment pas son compte. Encore qu'il serait fort injuste de ne pas rajouter que, abstraction faite de "la crise de l'Église" et de sa théologie, on puisse y trouver des articles très-intéressants.
           
        Les articles que j'ai retenus au fil de ma lecture et qui, quant au Magistère ordinaire & universel doté de l'infaillibilité, appellent vraiment de sérieux et fort graves rectificatifs pour être recadrés comme il faut dans la chasteté doctrinale de la Foi catholique, sont les suivants : À propos de saint Vincent de Lérins, abbé Gleize, février 2008 ; L'effritement de l'Autorité du Concile, abbé Pagliarani, mars 2008 ; L'état de nécessité, abbé Gleize, juillet-août 2008 ; Actualité de Franzelin, abbé Gleize, novembre 2008 ; Pour une juste réévaluation de Vatican II : la Tradition et le Magistère clairement définis, abbé Gleize, mai 2009 ; Du Magistère vivant et de la Tradition - Pour une "réception thomiste" de Vatican II ?, abbé Gleize, juillet-août 2009 ; L'Autorité du Concile Vatican II, abbé Gleize, septembre 2009. Je vais arrêter là bien sûr, car ce petit corpus doctrinal suffit à bien délimiter et comprendre toute la pensée lefébvriste hétérodoxe, les autres articles qu'on trouve dans les années suivantes des archives du Courrier de Rome ne faisant que répéter la mauvaise doctrine y professée, n'en étant qu'une resucée repetita bis, et parfois ter ou quater.
           
        Cependant, je n'aurai garde d'oublier l'article de mai 2011 du Courrier de Rome, titré Fraternité sacerdotale saint-Pie X district d'Italie ― Réponse au Rev. P. Cavalcoli O.P., non-signé, dont je m'étais occupé à fond fin 2011. Cet article prétendait réfuter les justes critiques que ce dominicain italien faisait au positionnement pseudo-théologique des lefébvristes pour expliquer "la crise de l'Église", mais c'étaient leurs soi-disant réfutations à eux, toutes étant fausses et même hérétiques, qui avaient bougrement besoin d'être réfutées, ce que je fis avec soin dans un grand article, sans leur permettre aucune échappatoire, en les suivant ligne après ligne dans le texte de ce n° 344 du Courrier de Rome. C'est principalement de cet article que je fis la page de réfutation du lefébvrisme mis à demeure sur mon site, qui y figure donc depuis plus de douze ans (cf. https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/13-la-passion-de-l-eglise/8-refutation-de-la-these-lefebvriste). Pour autant de ce travail de fond qui n'est nullement dépassé, je vais d'ailleurs en reprendre quelques parties pour les présentes, il ne me semble pas du tout inutile de redire à nouveau, sous l'angle nouveau des susdits articles du Courrier de Rome, toute la très-griève hétérodoxie de la position théologique lefébvriste dans "la crise de l'Église".
           
        C'est ce à quoi je vais m'employer maintenant, dans ce nouvel article.
           
        Je vais d'abord mettre en clair et synthétiquement, en des mots lapidaires, la thèse que les lefébvristes croient pouvoir professer pour expliquer "la crise de l'Église" et la vivre catholiquement. Puis, ensuite, je vais montrer l'hétérodoxie viscérale des principales propositions qui en sont les clefs majeures, ce qui va montrer son inanité complète et malheureusement son hérésie radicale, qui sera l'ecclésiovacantisme, c'est-à-dire inexister radicalement l'Église du présent, thèse bien autrement grave que le simple sédévacantisme qui l'est moult déjà, se contentant pour sa part, quant à lui, d'inexister le pape actuel...
           
        Thèse lefébvriste. ― Le Magistère ordinaire & universel de l'Église n'est pas acté à Vatican II, car il ne peut être mis en œuvre que dans la dispersion épiscopale universelle ; dès lors que les évêques sont rassemblés, ils ne sont plus les sujets dudit Magistère ordinaire & universel ; pour cette seule raison, la Liberté religieuse par exemple ne saurait donc être un acte dudit Magistère ordinaire & universel infaillible. En outre, l'acte isolé du Magistère ordinaire & universel n'est jamais doté de l'infaillibilité, seul l'ensemble des actes de ce Magistère posés au fil du temps sur un même point de doctrine, est infaillible. Comme par ailleurs, le mode magistériel extraordinaire dogmatique n'a pas été employé, par volonté expressément formulée par les papes de Vatican II, les actes de ce Concile ne pourraient donc ressortir, théoriquement, que du Magistère authentique de l'Église, de soi non-infaillible. Enfin, comme les doctrines exprimées à Vatican II sont au moins favens hæresim si pas hérétiques, en tous cas en non-adéquation certaine avec la Foi et la Tradition doctrinale, elles ne peuvent donc jamais avoir été l'expression d'un vrai Magistère ecclésial, car c'est le criterium doctrinal, et lui seul, qui décide si le Magistère est acté ou bien non. Vatican II n'est en fait, théologiquement, qu'un Magistère authentique de soi non-infaillible ; du reste, ce n'est même pas le cas, car s'il l'était, il obligerait encore le fidèle d'assentir aux doctrines hérétiques qu'on y trouve. En conclusion, autant par la forme que par le fond, nous nous trouvons donc à Vatican II avec un non-Magistère. Une génération ecclésiale universelle donnée de "membres enseignants" avec le pape légitime actuel a eu beau se réunir comme, à beaucoup près, elle ne s'était jamais réunie aussi nombreuse auparavant depuis les assises de l'Église, elle n'a cependant pas manifesté le Magistère de l'Église catholique. Ainsi donc, Vatican II n'exprimant qu'un non-Magistère, la Constitution divine de l'Église n'en est atteinte d'aucune manière, et la solution viendra lorsqu'un bon pape envoyé par la Miséricorde de Dieu permettra de reprendre l'intégralité de la Foi. Demain, la Chrétienté, comme disait feu Dom Gérard du Barroux...
 
cerveau feminin
Théologie de "la crise de l'Église"
selon la thèse lefébvriste.....
            
        1/ "Le Magistère ordinaire & universel de l'Église n'est pas acté à Vatican II, car il ne peut être mis en œuvre que dans la dispersion épiscopale universelle".
           
        Franchement, je suis et reste ébahi, stupéfait, et cela dure depuis vingt ans pour le moins, de devoir constater que des prêtres présumés intelligents, savants, sérieux, aient pu s'appuyer sur un raisonnement aussi insensé, aussi fou, que celui-là, sans en prendre le moins du monde conscience. Sur le sujet, la question primordiale de fond, questio magna, est en effet celle-ci : Depuis quand un lieu théologique, comme l'est suprêmement le Magistère ordinaire & universel, peut-il avoir pour fondement et base juste un... accident, comme l'est la dispersion épiscopale universelle ? Un lieu théologique, comme l'est le Magistère ordinaire & universel, ne peut bien évidemment avoir un accident comme fondement essentiel, mais seulement une substance. Or, les lefébvristes qui nous disent que la dispersion épiscopale universelle est le fondement dudit Magistère ordinaire & universel, à son seul défaut en effet, professent-ils, il n'y aurait pas de Magistère ordinaire & universel, le basent donc sur un accident, ce qui montre toute la fausseté de leur raisonnement, dès les prolégomènes. Ce n'est même plus la théologie mais la métaphysique élémentaire qui invalide complètement leur raisonnement.
           
        Pour le dire dès ici sans tarder, ce qui fonde premièrement et in capite le Magistère ordinaire & universel, ce sont des formes vivantes, les évêques d'une génération ecclésiale donnée una cum le pape actuel, dans n'importe quel mode d'exercice, soit rassemblé soit dispersé. Et ces formes vivantes dotés de l'Autorité divine, qui sont toute la substance du Magistère ordinaire & universel, se mettent en branle et posent l'acte spécifique du Magistère ordinaire & universel, à savoir, l'enseignement doctrinal simple et inchoatif, dit dangereusement non-définitif en nos temps modernes. La substance du Magistère ordinaire & universel, c'est donc 1) des personnes vivantes, 2) qui posent l'acte spécifique au Magistère ordinaire & universel. Lequel est un enseignement fragmenté débité par les "membres enseignants" aux "membres enseignés" selon les besoins et désirs spirituels d'une génération ecclésiale donnée, sous l'inspiration du Saint-Esprit, lequel enseignement particulier et fragmenté, épousant au fil des siècles d'autres enseignements inchoatifs de même nature sur le même point de doctrine, va finir par aboutir à ce que le bénédictin Dom Paul Nau appelle une sententia finalis terminativa, c'est-à-dire une définition dogmatique aux termes théologiquement achevés. J'ai ici bien résumé in globo le fondement substantiel du Magistère ordinaire & universel, et il serait vraiment bon que les lefébvristes en apprennent bien la leçon : un enseignement ordinaire simple et inchoatif délivré à l'universalité des fidèles par les évêques una cum le pape actuel d'une génération ecclésiale donnée, quelque soit le mode, rassemblé ou dispersé, dans lequel ils se situent pour le faire. Rien à voir, cette fois-ci, avec un accident, par définition non-substantiel. Nous sommes là les pieds dans le roc d'une substance.
           
        C'est seulement par antonomase que Pie IX, Vacant, etc., dénomment le Magistère ordinaire & universel, "les évêques dispersés", autrement dit par sa manière commune, habituelle et ordinaire d'exister, laquelle n'est, il est capital de le bien comprendre, qu'un de ses caractères accidentels dominants mais nullement substantiel. L'antonomase est une figure de style qui décrit un être par un caractère dominant de ce qu'il est, une image qui frappe, mais qui n'est pas sa substance. Je vais en prendre trois exemples pratiques, qui nous aideront à le bien comprendre. Appeler Harpagon quelqu'un d'avare, selon le nom consacré à l'avare par Molière dans sa pièce de théâtre, c'est le dénommer selon son (vilain) trait de caractère dominant ; en résulterait-il, je vous prie, que si ce quelqu'un se convertissait et cesserait d'être avare et donc Harpagon, il cesserait par le fait même d'exister ? Bien sûr que non, n'est-ce pas. Car cette appellation antonomastique basée sur son caractère dominant ne touche pas à la substance métaphysique de ce qu'il est. Il est un être humain et il continuera bien évidemment à être un être humain s'il cesse d'être avare. Second exemple. Je m'appelle Vincent Morlier, en tant qu'organiste j'ai tenu deux petites tribunes d'orgue chez les tradis. Supposons un fidèle qui ne me connaît pas personnellement, il ne sait de moi que ce qu'il me voit faire tous les dimanche à la messe dans ma fonction d'organiste, et tout naturellement, lorsqu'il parle de moi, il m'appelle "l'organiste" ; en résulterait-il, je vous prie, que si je cessais ma fonction d'organiste, je cesserai d'exister ? Évidemment non, là encore. Ce serait faire consister la substance métaphysique de ma très-auguste et respectable personne par un pur accident, ce qui est une folie totale.
           
        Mais prenons maintenant par le bras Grosjean, l'innocent du village, donnons-lui un sucre d'orge pour nous concilier ses bonnes grâces et menons-le devant un troupeau de vaches bien grasses et bien nourries, et là, on lui demande : Que vois-tu, Grosjean ? ― Des vaches, répond-il ; puis, on le mène quelques haies et talus plus loin devant un autre troupeau de vaches, mais, cette fois-ci, celles-ci sont toutes maigres, leurs os saillant sous la peau, et on lui pose la même question : Que vois-tu, Grosjean ? ― Là, il répond : Ah !, ce ne sont plus des vaches car elles sont maigres. Grosjean, mais lui c'est normal parce qu'il est idiot, a conceptualisé l'être substantiel de la vache dans un accident, consistant en ce qu'elle soit grasse et bien nourrie : donc, pour lui, si la vache est maigre, ce n'est plus une vache. Le problème, c'est qu'avec le Magistère ordinaire & universel, le lefébvriste nous régale sans sucre d'orge de la même bougre bêtise. Il s'est imaginé que ce qui caractérise substantiellement le Magistère ordinaire & universel, c'est uniquement les évêques dispersés, qui n'est pourtant qu'un mode purement accidentel. Si les évêques sont rassemblés, quoiqu'étant toujours les mêmes et substantiels sujets du Magistère ordinaire & universel habilités à en poser l'acte spécifique, qui est l'enseignement doctrinal quotidien simple et inchoatif, alors, là, les lefébvristes osent soutenir qu'ils... n'existent plus en tant qu'acteurs du Magistère ordinaire & universel !!
           
        Or, Pie IX, Vacant et les autres théologiens qui appellent le Magistère ordinaire & universel par son mode d'exister le plus commun, habituel et ordinaire, à savoir la dispersion épiscopale universelle, n'ont pas du tout prétendu, comme veulent le croire les lefébvristes, donner par cette appellation antonomastique, une substance à cette manière dispersée d'exister du Magistère ordinaire & universel, ils ont simplement appelé le Magistère ordinaire & universel par son caractère dominant et habituel d'existence, par une antonomase qui est toujours un accident. Ce qui signifie que non seulement cette appellation antonomastique ne révèle pas ce qu'est la substance du Magistère ordinaire & universel, mais qu'en plus, l'être substantiel du Magistère ordinaire & universel n'en dépendant nullement, le Magistère ordinaire & universel peut très bien exister et se manifester d'autres manières. Car je le rappelle encore, les lefébvristes montrant hélas qu'ils ont besoin d'en bien apprendre et retenir la leçon, la substance du Magistère ordinaire & universel, c'est des personnes vivantes posant l'acte spécifique du Magistère ordinaire & universel, à savoir l'enseignement doctrinal simple. Elles peuvent donc très-bien, ces personnes vivantes du Magistère ordinaire & universel qui sont les évêques et le pape actuel d'une génération ecclésiale donnée, poser l'acte spécifique du Magistère ordinaire & universel lorsque, au contraire d'être dispersées, elles sont réunies et rassemblées en un même lieu, dans le cadre d'un concile œcuménique.
           
        Quand bien même, on n'a aucune peine à le concéder, ce dernier cas de figure n'est pas ordinairement envisageable, c'est vraiment une anormalité (mais pas une impossibilité, sur le plan théologique). Les évêques rassemblés en concile œcuménique en effet, peuvent théologiquement, aussi bien que ceux dispersés dans l'orbe catholique, mettre en œuvre le Magistère ordinaire & universel, quoique ce soit un grand désordre, un désordre effectivement enregistré à Vatican II (... dans lequel il n'y a que du désordre), car les conciles œcuméniques, en principe, ne doivent acter que des actes du Magistère dogmatique extraordinaire. Mais il n'est théologiquement pas impossible du tout que le Magistère ordinaire & universel puisse être acté par les évêques rassemblés, quand bien même c'est un désordre.
           
        C'est pourquoi, donc, on voit par la suite des temps après Vatican 1er, les théologiens sérieux gommer de plus en plus cette négative et accidentelle façon d'appeler le Magistère ordinaire & universel de façon antonomastique, "les évêques dispersés", car cette appellation induit beaucoup en erreur si on a l'inintelligence grande de la prendre pour une substance comme le font les lefébvristes. À leur décharge, on peut comprendre qu'ils ont sans doute été poussés à cela par réaction passionnelle et dialectique contre des ennemis de la Foi qui voulaient les obliger à l'obéissance aux décrets hérétiques de Vatican II. Mais maintenant, il faut qu'ils se sortent de leur erreur dont on va voir qu'elle les mène dans une hérésie aussi grave, quoique de toute autre nature, que celle, moderniste, des ennemis de la Foi qui les persécutent. Il faut donc que les lefébvristes en reviennent tout naturellement, sous l'inspiration du Saint-Esprit, à bien repositionner le Magistère ordinaire & universel dans son fondement substantiel, à savoir : 1) les sujets et 2) l'objet, tous deux composant la substance du Magistère ordinaire & universel, c'est-à-dire 1) les évêques una cum le pape actuel d'abord, et 2) l'acte idoine que ces formes vivantes posent, "proposent à croire" comme dit judicieusement Pie IX dans Dei Filius (car la formule révèle que cet acte ne peut être posé que dans le Magistère du présent, la proposition de la croyance aux fidèles en effet ne peut être acté que par des formes vivantes), à savoir le simple enseignement doctrinal inchoatif, enseignement qui se débite de générations ecclésiales en générations ecclésiales. Et qu'ils ne le basent plus sur un mode d'existence et d'agir purement accidentel.
           
        Malheureusement, les lefébvristes ne l'ont pas compris et en sont restés à conceptualiser premièrement le Magistère ordinaire & universel par un simple accident d'icelui, reprochant même, dans leur aveuglement complet et d'une inintelligence rare, à ceux qui, dans une intelligente démarche théologique quant à eux, sont sortis de l'accident pour appréhender le fondement substantiel du Magistère ordinaire & universel, de ne pas en rester à... l'accident, comme on voit l'abbé Gleize le faire sans vergogne avec l'abbé Lucien dans L'autorité du concile Vatican II, le porte-plume théologique de la Fsspx endossant sans trop de complexe l'habit du donneur de leçons, sa leçon consistant à vouloir faire d'un accident une substance, alors que c'est lui, porte-plume lefébvriste privilégiant l'accident sur la substance, qui doit en recevoir une, de magistrale leçon, précisément sur le sujet sur lequel il prétend donner leçon.
 
        S'il avait eu l'humilité d'écouter l'abbé Lucien, il l'aurait apprise de lui, car ici, sur ce sujet précis, il a les pieds bien dans la doctrine catholique, tout particulièrement quant à conceptualiser théologiquement le qualificatif "universel" de manière substantielle et non point accidentelle... contrairement à l'abbé Gleize qui raconte n'importe quoi dans le n'importe quoi sur "l'universel", en prenant un accident pour une substance (certes, il faut hélas préciser que si le bon positionnement de l'abbé Lucien quant à la définition qu'il professe du Magistère ordinaire & universel est resté pérenne et identique à lui-même depuis le début de "la crise de l'Église", il en a malheureusement changé du tout au tout l'application, dans un virage radical sur lui-même à 180°, quand il a rejoint les "ralliés" : invoquant au tout début l'infaillibilité du Magistère ordinaire & universel appliqué au décret vaticandeux de la Liberté religieuse pour cautionner la thèse sédévacantiste -puisque ledit décret, hérétique, est doté de par ce Magistère de l'infaillibilité, alors cela signifie que le pape qui l'a promulgué n'a plus la forme d'un vrai pape, thèse guérardienne semi-sédévacantiste-, il l'invoque maintenant pour professer, ... à combien tort !, que la doctrine de la Liberté religieuse ne saurait point être une hérésie, tombant là de Charybde en Scylla, rejetant la peste pour embrasser le choléra ; il n'a pas pris en compte l'existence d'une troisième solution, la seule vraie, pour expliquer dans la Foi comment il se fait bien que Dignitatis Humanæ Personæ puisse être effectivement un décret doté de l'infaillibilité, ce qui est vrai, alors qu'il a comme objet une doctrine hérétique, ce qui est tout aussi vrai... solution catholique que je vais exposer en finale).
               
        Par ailleurs, dans cet article, l'abbé Gleize "oublie" un mode très-important de l'infaillibilité ecclésiale lorsqu'il les liste, mode qui aurait pu l'éclairer sur le vrai sens du mot "universel". Il en voit seulement trois, à savoir 1/ le pape faisant seul une déclaration dogmatique définitionnelle, 2/ le pape faisant cette même déclaration dogmatique non plus seul mais avec tous les évêques en union morale avec lui (et pas obligatoirement rassemblés dans une aula conciliaire, comme veut le croire l'abbé Gleize ― sur le plan théologique en effet, on pourrait tout-à-fait bien supposer, quoique sur le plan humain ce serait évidemment très-difficile à réaliser, le pape faisant une proclamation dogmatique extraordinaire avec tous les évêques dans leur mode de dispersion universelle, chaque évêque dans son diocèse faisant la proclamation dogmatique en même temps que le pape à Rome la ferait -il faudrait évidemment bien régler les pendules et les fuseaux horaires !-... Bien qu'il ne soit pas là question d'infaillibilité, la chose n'a-t-elle pas été demandée par la Vierge de Fatima pour faire la Consécration de la Russie ?), 3/ le pape et les évêques cum Petro et sub Petro faisant ensemble un simple enseignement doctrinal inhérent au Magistère ordinaire & universel... rassemblés ou dispersés, contrairement à ce que veut croire notre porte-plume lefébvriste. Mais donc, disais-je, notre porte-plume "oublie" le 4/, à savoir le pape actant tout seul le Magistère ordinaire & UNIVERSEL, dans son enseignement ordinaire quotidien, chaque jour que Dieu fait, singulis diebus, du haut de sa cathèdre romaine, mode qu'a magnifiquement développé en son temps Dom Paul Nau en deux articles très-savants et très-riches parus dans la Revue thomiste. Or, je viens de mettre le mot en majuscules, si le pape, lorsqu'il met en œuvre ce quatrième mode de l'infaillibilité est "virtuellement universel", selon le mot d'un certain P. Congar rapporté par Dom Paul Nau, cela signifie évidemment que la note d'universalité n'a rien à voir avec la dispersion épiscopale universelle. Est-ce pour cela que le porte-plume théologique de la Fsspx a fait l'impasse sur ce quatrième mode...? A-t-il "oublié" que Vacant, qu'il aime énormément au point tout-de-même excessif de faire de son article sa bible sur le sujet de l'infaillibilité ecclésiale, évoque en finale d'icelui l'emploi de l'infaillibilité du mode ordinaire & universel par le pape seul, d'une manière vraiment très-inspirée, car il écrit en 1887 et à cette époque presque immédiatement post-Vatican 1er, la notion n'était pas encore dégagée en Église ?
           
        Or, il me semble que c'est vraiment le moment de rappeler que les évêques rassemblés autour du pape participent ipso-facto à l'infaillibilité ordinaire du pape. C'est ce qu'un certain... Marcel Lefebvre apprenait lorsque, jeune encore et simple potache, il étudiait sa théologie à Rome : "Marcel Lefebvre s'inscrivit le 2 novembre 1925 au «cours majeur» de théologie de la Grégorienne. (…) Le cours insistait sur l'existence d'un magistère visible et vivant (à l'encontre du sola scriptura de Luther), sur l'infaillibilité du pape parlant ex cathedra et sur celle des conciles œcuméniques «qui participent à l'infaillibilité ordinaire du Souverain Pontife»" (Marcel Lefebvre, une vie, Bernard Tissier de Mallerais, p. 53). Or, qui sont les membres actifs des conciles œcuméniques ? Les évêques rassemblés. Et donc, ils participent à l'infaillibilité ordinaire du pape actuel. C'est très-bien dire, dans un raccourci lapidaire et complet, que les évêques cum Petro et sub Petro peuvent tout-à-fait, rien ne s'y oppose, poser des actes du Magistère ordinaire & universel dans le cadre d'un concile œcuménique, quoique ce soit un désordre.
           
        Quel dommage que Mgr Lefebvre puis ses fils spirituels n'aient pas retenu la bonne leçon qu'il avait apprise en 1925...!!
               
        D'autre part, Dom Paul Nau souligne très-bien l'importance essentielle et capitale du criterium d'universalité inhérent au mode magistériel ordinaire & universel employé par le pape seul, et il nous permet au passage de voir en quoi consiste exactement cette note en théologie en relation avec le charisme d'infaillibilité, et c'est peu dire que ça n'a rien à voir avec la dispersion épiscopale universelle. Il commence par nous dire qu'un enseignement doctrinal à l'Église universelle ne saurait être erroné, puis, continue : "Si une erreur en effet se glissait dans une proposition faite à un groupe restreint, elle n'égarerait pas nécessairement la Foi du fidèle. L'objet formel de celle-ci n'est pas la proposition particulière, mais «la Vérité première manifestée par l'enseignement de l'Église». C'est à la vérité proposée à l'Église universelle que le fidèle adhère. Mais contre une défaillance de cette proposition universelle il ne resterait plus aucun recours, les croyants seraient nécessairement égarés, et par l'autorité même qui leur parle au nom du Christ. L'erreur ne peut donc, sans faire mentir les Promesses divines, se glisser dans un enseignement donné à la totalité de l'Église [= universel ; nous avons là, la définition du terme "universel" appliqué au charisme de l'infaillibilité ecclésiale, sur le plan théologique, elle est celle à laquelle adhérait l'abbé Lucien et à laquelle doit adhérer tout bon catholique, y compris bien sûr le lefébvriste ; mais Dom Paul Nau poursuit son explication, continuons à le lire avec soin :]. Mais cette totalité, il est deux manières de la rejoindre : ou bien parce que tous les maîtres, enseignant chacun en vertu de sa mission limitée sa part du troupeau, se trouvent dans un enseignement concordant (c'est le cas des évêques pasteurs de leurs diocèses) ; ou bien parce qu'il procède d'un maître dont la mission embrasse toute l'Église (c'est le cas du souverain pontife ou des évêques agissant collégialement avec lui [… comme dans la Liberté religieuse de Vatican II, par exemple…])" (Nau, 1962, pp. 372-373).
               
        "D'après ces Promesses [du Christ], la garantie [d'infaillibilité] n'est pas promise inconditionnellement à l'autorité suprême, mais seulement à celle-ci dans sa relation à l'Église universelle, seule bénéficiaire des Promesses divines [d'infaillibilité]. (…) Les textes scripturaires qui nous témoignent de cette dernière [l'expression formelle de la volonté du Christ concernant le charisme d'infaillibilité], nous montrent ce privilège, non pas attaché à l'autorité suprême comme telle, mais à la relation de cette dernière à l'Église universelle, dont il a pour but de conserver la Foi dans son unité et son intégrité" (Nau, 1962, pp. 362 & 389-390).
           
        Il est évident qu'ici Dom Paul Nau donne la véritable définition du mot "universel" caractérisant le Magistère infaillible, et que celle-ci a trait au sens générique et nullement à la dispersion épiscopale universelle.
               
        Enfin, autre aspect très-important de la question, le qualificatif "universel" ne s'applique pas seulement aux "membres enseignants" mais aussi aux "membres enseignés" : un acte doctrinal du Magistère ordinaire & universel est infaillible non pas seulement parce que l'universalité au moins morale des membres enseignants una cum le pape le professe, mais aussi parce qu'il s'adresse à l'universalité des fidèles, et que celle-ci pose subséquemment l'acte de croyance. Un auteur, cité par Dom Paul Nau, a fort bien résumé cette question qui a une importance certaine, je le cite pour conclure : "Le premier schéma de la constitution De Ecclesia et celui de la Constitutio dogmatica secunda se sont placés, à juste titre, au point de vue de l'Église, et de l'Église Universelle, sans autre distinction. C'est en effet l'Église tout entière [= universelle] qui est l'objet de la promesse indéfectible et le bénéficiaire de l'assistance du Dieu fidèle. L'infaillibilité de l'Église n'est pas autre chose que le fruit de cette fidélité divine et de cette assistance efficace, que ne peut compromettre la faillibilité propre de la créature. Chacun des membres de l'Église croyante ou enseignante peut faillir, quand on le considère comme «personne privée». Mais lorsque l'Église, croyante ou enseignante, s'engage universellement dans la profession de sa Foi ou dans l'enseignement de cette même Foi, nous ne sommes plus en présence de personnes privées, mais de l'Église même du Christ, que le Seigneur tient fermement sur le chemin de la Vérité. C'est pourquoi la profession de Foi de l'Église Universelle [par les "membres enseignés"], aussi bien que l'enseignement de l'Église Universelle [par les "membres enseignants"], sont garantis tous deux de l'erreur. Le critère de l'infaillibilité est donc, dans chaque cas, l'universalité [= au sens de totalité de l'Église, qui n'a rien à voir avec la dispersion épiscopale universelle], comme le soulignait opportunément la Constitutio secunda, et cette universalité se réalise lors même qu'intervient le pape seul, car il enseigne alors comme le «pasteur et le docteur de tous les chrétiens», ainsi que l'a défini la Constitutio dogmatica prima" (A. Chavasse, L'ecclésiologie au concile du Vatican, dans RevSR, 1960, nn. 124-126, pp. 233-245 -p. 245-, cité par Nau, 1962, note 5 des pp. 362-363).
           
        Conceptualiser le Magistère ordinaire & universel par une antonomase accidentelle est donc une profonde erreur, métaphysique même avant d'être théologique. Si on la suit sans se rectifier, comme le font les lefébvristes, elle crée une autre erreur sur le concept "universel", comme on vient de le voir : le qualificatif "universel" regarde non pas seulement, quant au Magistère ordinaire & universel, tous les évêques uniquement dans leur dispersion, mais tous les évêques, dans quelque mode ils se trouvent être, soit dispersés soit rassemblés. Il faudrait donc arrêter d'employer cette formule d'"évêques dispersés", qui a trop fait parler d'elle, qui se situe théologiquement dans le plus qu'imparfait pour conceptualiser le Magistère ordinaire & universel. Vacant lui-même dit fort bien dans son article que donc les lefébvristes aiment énormément, au point tout-de-même excessif d'en faire le fondement essentiel voire unique de leur thèse ("étude classique qui fait autorité sur la question", nous dit l'abbé Gleize ― L'autorité du concile Vatican II, p. 4), que l'avancée des temps sous l'inspiration du Saint-Esprit permet de supprimer les formulations imparfaites du départ dans l'histoire d'un dogme, qui pourraient contenir ou orienter vers un sens favens hæresim. Puis donc de leur très-grande affection pour l'article de Vacant, je conseille aux lefébvristes de bien écouter sa leçon, justement, tirée de son article, que voici :
           
        "Nous avons vu les divergences qui tendent à se produire, soit entre les formules nombreuses dans lesquelles on essaye de faire entrer les doctrines qui ne sont pas encore entièrement élucidées ni, à plus forte raison, définies, soit entre les multiples expositions des doctrines les mieux éclaircies ; mais ce que nous n’avons pas remarqué c’est qu’il y a, en même temps, entre elles comme une lutte pour la vie, par l’effet de laquelle les formules défectueuses et les expositions imparfaites disparaissent, pour laisser peu à peu le terrain aux formules exactes et aux expositions heureuses.
           
        "Il est facile d’étudier, dans les écrits des premiers siècles, la manière dont certaines formules sur la Trinité qui favorisaient l’erreur et pouvaient lui ouvrir l’entrée de l’Église ont insensiblement fait place à des expressions plus irréprochables. C’était la réflexion, c’étaient les conclusions hérétiques que Sabellius, Paul de Samosate ou leurs partisans tiraient d’une formule, qui en montraient l’ambiguïté, l’inexactitude et le danger. Cette formule était abandonnée, puis condamnée. D’autres formules déjà anciennes ou des formules relativement nouvelles qui paraissaient plus heureuses (comme le terme consubstantiel) remplaçaient partout les expressions défectueuses. Les jugements de l’autorité ecclésiastique portaient, en même temps, des coups redoublés à ces expressions et aux erreurs qu’elles favorisaient, jusqu’au moment où une définition fixait pour jamais le langage qui avait été l’objet de tant de controverses et de travaux. Quelquefois c’était le langage qui se précisait, d’autres fois c’était la doctrine elle-même qui se développait sous l’action du magistère ordinaire.
           
        "Il n’est pas difficile de voir que cette lutte pour la vie se produit non seulement entre les formules courtes et précises qui composent nos symboles de foi et nos catéchismes, mais encore entre les ouvrages de longue haleine. Les traités où l’Église ne trouve pas sa doctrine exposée avec exactitude, clarté et netteté disparaissent ou ne sont pas employés ; au contraire, les écrits remarquables restent, se répandent dans toutes les mains, et les pasteurs y reconnaissent l’expression fidèle des enseignements du christianisme" (p. 11).
           
        On ne saurait mieux dire, Vacant est vraiment, je suis le premier à le dire, magistral. Et voilà qui concerne en plein notre sujet : il est grand'temps d'abandonner cette définition antonomastique très-imparfaite du Magistère ordinaire & universel, "évêques dispersés", pour en venir à ce qui définit substantiellement le Magistère ordinaire & universel, à savoir, je le rappelle encore un coup, les lefébvristes ont vraiment beaucoup besoin de l'entendre, d'être les évêques una cum le pape actuel d'une génération ecclésiale donnée, délivrant universellement, en amont comme en aval, un enseignement doctrinal simple et inchoatif ayant vocation de mener à l'explicitation dogmatique définitive.
           
        Vacant lui-même, d'ailleurs, dans son article très-inspirée, quoique, chronologiquement tout proche de Vatican 1er et suivant au plus près Pie IX qui en reste à la formulation définitionnelle imparfaite des "évêques dispersés" pour conceptualiser le Magistère ordinaire & universel, fait cependant déjà très-souvent, il faut que les lefébvristes le remarquent avec grande attention, spontanément et intuitivement abstraction du caractère de dispersion épiscopale universelle quand il donne des définitions du Magistère ordinaire & universel, montrant par-là qu'il est bien loin de considérer cette accidentelle dispersion épiscopale comme étant l'élément fondamental et substantiel qui définit le Magistère ordinaire & universel, ainsi que veulent le lui faire dire erronément les lefébvristes.
           
        Il commence en effet tout son article par une sorte de définition synthétique de ce qu'est le Magistère ordinaire & universel, la voici : "Ce magistère ordinaire n’est autre chose, en effet, que celui dont l’Église tout entière nous offre continuellement le spectacle, quand nous la voyons parler sans cesse par la bouche du pape et de tous les évêques catholiques, se mettre par tout l’univers à la disposition et à la portée de tous les hommes, des infidèles et des chrétiens, des ignorants et des doctes, leur apprendre à régler d’après la révélation divine non seulement leur foi, mais encore leurs sentiments, leur culte et toute leur conduite. Ce mode d’enseignement, qui s’exerce aujourd’hui partout et sur toutes choses, il est facile de montrer qu’il s’est toujours exercé de la même manière et qu’on a toujours reconnu son infaillible autorité" (p. 3).
           
        Pas trace de "dispersion épiscopale", ici, est-il besoin de le dire et de le faire remarquer aux lefébvristes, dans cette tête d'article qui a visiblement vocation d'un résumé synthétique de la doctrine que l'auteur va magistralement exposer dans tout son article. Il y a même un mot dans ce que Vacant emploie, qui renverse complètement et à la racine la conceptualisation du Magistère ordinaire & universel par la seule dispersion épiscopale universelle, c'est le mot partout : "Ce mode d'enseignement [ordinaire & universel], qui s'exerce aujourd'hui PARTOUT et sur toutes choses". Voilà qui est dire qu'il peut aussi s'exercer dans... les conciles généraux, autrement dit dans le rassemblement épiscopal una cum le pape. Partout en effet n'exclut aucun lieu, en ce compris bien évidemment même l'aula conciliaire où se réunissent les évêques rassemblés (le jésuite Perrone aura un propos de sens identique au "partout" de Vacant, lorsque, dans sa Théologie dogmatique, il traite du Magistère ordinaire & universel infaillible : "Il s'opère EN TOUT LIEU, en tout temps").
           
        Mais il s'en faut que ce passage introductif de son article soit le seul où Vacant n'évoque nullement le caractère de dispersion épiscopale en définissant le Magistère ordinaire & universel, on en répertorie beaucoup d'autres dans son article, en voici quelques-uns, qu'apparemment les lefébvristes n'ont pas su lire avec intelligence dans leur sens obvie, alors... qu'ils le fassent maintenant :
           
        ― "En outre, puisque l’infaillibilité dans l’enseignement n’appartient qu’au corps épiscopal et au Pape, c’est au corps épiscopal et au Pape que le magistère ordinaire et universel de l’Église doit sa souveraine et infaillible autorité" (p. 5). Point question ici, de dispersion épiscopale.
           
        ― "C’est ce qui explique le principe, que nous établissions tout-à-l’heure, que c’est au collège épiscopal qu’appartient, en propre et de droit divin, l’exercice du magistère ordinaire de l’Église" (p. 6). Ibidem.
           
        ― "Les signes auxquels on reconnaît une doctrine enseignée infailliblement par le magistère ordinaire et universel doivent donc montrer que cette doctrine est proposée à la croyance de l’Église par la souveraine autorité du Pontife Romain ou du corps épiscopal" (p. 16). Itou.
           
        ― "En 1863, Pie IX rappela à certains théologiens allemands que l’on doit donner sa foi et son adhésion, non seulement aux vérités imposées comme de foi par des jugements solennels de l’Église, mais encore à tous les points qu’elle déclare certains et obligatoires par son magistère ordinaire et universel" (p. 20). Ici, c'est frappant, alors que c'est dans la lettre Tuas Libenter à laquelle fait visiblement allusion Vacant dans ce passage que Pie IX décrit le Magistère ordinaire & universel sous son mode accidentel d'exercice habituel des "évêques dispersés" (= "Quand même il ne s’agirait que de la soumission due à la foi divine, on ne pourrait pas la restreindre aux seuls points définis par des décrets exprès des Conciles œcuméniques, ou des Pontifes romains et de ce Siège Apostolique ; il faudrait encore l’étendre à tout ce qui est transmis, comme divinement révélé, par le corps enseignant ordinaire de toute l’Église dispersée dans l’univers", dit Pie IX), Vacant n'y fait aucune allusion...
           
        ― "V. AUTORITÉ DOCTRINALE DE LA MAJORITÉ DES ÉVÊQUES DISPERSÉS. ― Il est temps que notre attention se porte sur l’élément principal du magistère ordinaire, sur celui qui en fait une règle infaillible et obligatoire de notre foi et de nos sentiments, je veux dire sur L’AUTORITÉ qui y préside. Cette autorité est celle du Pape et du collège épiscopal uni au Pape. C’est à ce chef, c’est à ce corps que toutes les promesses d’infaillibilité sont faites et que tous les pouvoirs sur l’Église sont donnés. Tout est dans la dépendance et sous la surveillance de cette autorité souveraine ; tous les éléments dont nous avons parlé n’entrent dans le magistère ordinaire et universel que par son action ; ils en sont les organes ou plutôt les instruments et en reçoivent toute leur vertu, comme la branche reçoit sa vie et sa nourriture du tronc de l’arbre, aussi longtemps qu’elle y reste attachée" (p. 25).
           
        Ce passage est très-révélateur. Vacant, dans son titre, en reste à parler des évêques dispersés, manière habituelle et commune, et surtout tactique et stratégique dans le contexte historique de Vatican 1er je vais mieux le dire tout-à-l'heure, de parler des sujets du Magistère ordinaire & universel. Or bien, dans l'explication qu'il donne immédiatement sous ce titre, son lecteur peut bien se rendre compte que Vacant ne parle plus du tout de "dispersion épiscopale" : ce qui signifie très-clairement que pour Vacant, les sujets formels du Magistère ordinaire & universel sont les évêques dans n'importe quel mode ils soient, soit dispersés soit rassemblés. S'il évoque sans y attacher d'importance la qualité de dispersé dans son titre, c'est, il faut le répéter, uniquement parce que c'est le mode habituel, commun et ordinaire, c'est le cas de le dire, où se trouvent quasi tout le temps les évêques pour poser un acte du Magistère ordinaire & universel. Et normalement, il n'y a pas d'autre manière pour eux de le poser. Mais cela reste toujours un accident, ça n'est jamais une substance, l'élément substantiel confectionnant essentiellement le Magistère ordinaire & universel. Et c'est tout ce qu'est autorisé à en déduire le catholique : que Vacant parle du mode de la dispersion épiscopale universelle parce que c'est juste ce mode dans lequel se situe quasi tout le temps les évêques sujets du Magistère ordinaire & universel, mode de mise en œuvre qui de toutes façons, métaphysiquement, ne peut être et n'est donc qu'un accident. Le catholique n'est pas du tout autorisé à en déduire, comme le font à tort les lefébvristes, que le mode de dispersion est un élément substantiel constitutif sine qua non des sujets épiscopaux du Magistère ordinaire & universel, à défaut duquel le Magistère ordinaire & universel ne pourrait être mis en œuvre.
           
        ― "Nous avons aussi considéré ce magistère dans les membres de l’Église enseignante. Nous avons dit que le corps épiscopal qui a reçu l’infaillibilité doctrinale, est formé du pape et des évêques qui possèdent une juridiction dans l’Église catholique ; que la majorité de ces évêques sera toujours dans la vérité et qu’elle suivra continuellement le Souverain Pontife dans l’enseignement authentique de la doctrine de Jésus-Christ, sans jamais prendre le pas sur lui" (p. conclusive 36). Aucune trace, là encore dans ce passage, de "dispersion épiscopale universelle"...
           
        ― "CONCLUSIONS. Nous avons vu que le magistère ordinaire est un mode d’enseignement infaillible, distinct des jugements solennels et employé par l’Église enseignante, dans sa vie de chaque jour, avec la même autorité qu’elle revendique pour ses jugements solennels. Examinant ensuite ce magistère plus à fond, nous avons reconnu qu’il s’exerce partout et toujours, à l’aide de nombreux ministres auxquels le pouvoir d’enseigner, donné au Pape et au corps épiscopal par Jésus-Christ, est délégué ou laissé dans des mesures diverses" (p. conclusive 36). Itou derechef...
           
        Il est aisé de remarquer que dans la conclusion où Vacant résume synthétiquement toute la doctrine exposée dans son article sur le Magistère ordinaire & universel, il n'a pas un seul mot pour évoquer le caractère de dispersion pour définir les sujets formels du Magistère ordinaire & universel, sauf une fois, de pure forme, dans ses toutes dernières lignes. C'est bien dire que dans son esprit, le caractère "épiscopal dispersé" n'a nullement la note de nécessité sine qua non pour l'exercice du Magistère ordinaire & universel qu'ont voulu lui donner les lefébvristes, dans une inintelligence complète de vouloir qu'un accident puisse conceptualiser un lieu théologique, comme l'est le Magistère ordinaire & universel...
           
        Mgr Zinelli, rapporteur de la Députation de la Foi au concile de Vatican 1er, Députation de la Foi qui, rappelons-nous, était un organe ad hoc agissant sous l'Autorité infaillible du pape et ayant pour très-haute mission d'exprimer dans l'aula conciliaire la Foi de toute l'Église à tous les évêques assemblés, et la manifestant infailliblement car en fait ils étaient la voix du pape Pie IX, Mgr Zinelli disais-je, avait déjà débouté radicalement le distinguo absurde du lefébvriste qui professe que les sujets du Magistère ordinaire & universel sont seulement les évêques dispersés : "L'accord des évêques dispersés a la même valeur que lorsqu'ils sont réunis : l'assistance a en effet été promise à l'union formelle des évêques, et non pas seulement à leur union matérielle" (Mgr Zinelli, Mansi 51, 676 A). Remarquons bien que pour Mgr Zinelli, ce qui n'est pas du tout sujet à discussion, ce qui est sûr, c'est l'Autorité magistérielle des évêques rassemblés, réunis, et non l'inverse ! Or, soutient-il, c'est parce que les évêques rassemblés sont ipso-facto revêtus de l'Autorité magistérielle, que donc les évêques dispersés le sont eux aussi ! Par ailleurs, il professe très-clairement que l'Assistance divine est l'apanage de l'union formelle des évêques, et cette union épiscopale formelle est bien sûr autant réalisée dans le mode de rassemblement que dans le mode de dispersion. Autrement dit, et comme le vrai théologien doit le professer, Mgr Zinelli n'a que faire de l'insensé accident qui nous occupe pour fonder substantiellement l'Assistance divine promise aux évêques d'une génération ecclésiale donnée, qu'il s'agisse pour eux d'acter le Magistère extraordinaire dogmatique ou celui ordinaire & universel...
           
        Pour finir ce chapitre, on ne peut de toutes façons pas manquer de se poser la question : pourquoi donc les évêques dispersés ont-il été choisis par le pape de Vatican 1er pour décrire les sujets du Magistère ordinaire & universel, ce qui, on vient de le voir, était une manière très-imparfaite de formuler le dogme du Magistère ordinaire & universel ? Je crois qu'ici, le contexte historique explique beaucoup de choses, et Dom Paul Nau en parle d'ailleurs très-clairement dans ses articles très-riches, plus encore que les Heures du duc de Berry. La très-grande affaire du concile de Vatican 1er était, pour la première fois dans toute l'histoire de l'Église, de dégager le sujet-suppôt pontifical tout seul à la face de toute l'Église et du monde entier pour manifester l'infaillibilité ecclésiale. Ce fut une très-grande lutte pour la vie, pour reprendre la très-heureuse expression de Vacant dans son article, et la bataille fut fort rude et rugueuse contre des anti-infaillibilistes extrêmement acharnés, tels Mgr Dupanloup ou le P. Gratry, Dom Guéranger réduisant à rien les arguments de ce dernier. Les anti-infaillibilistes voulaient assurément bien que le pape soit sujet de l'infaillibilité mais pas sans les évêques, à la manière très-conciliariste et/ou gallicane qui voulait que le pape soit infaillible seulement avec le consentement de l'Église, c'est-à-dire des évêques de l'orbe catholique toute entière. Il ne faudrait pas s'imaginer en effet que dégager le pape tout seul pour manifester l'infaillibilité ecclésiale fut, dans la vie de l'Église militante, une étape qui passa comme lettre à la poste, alla sans dire, tout le monde étant d'ores et déjà d'accord sur cette évidence. C'est plutôt le contraire qui est vrai, ce fut un grand combat.
           
        En fait, l'histoire de l'Église nous montre que le pape dut sans cesse lutter au cours des siècles, mais surtout après le grand-schisme d'Occident (1378-1417), contre l'étau des forces "démocratiques" voulant étouffer et subvertir épiscopalement le Tu es Petrus de la Constitution divine de l'Église. Aux temps de Jeanne d'Arc (1412-1431) par exemple, l'évêque Cauchon son persécuteur faisait partie de cette très-active camarilla franc-maçonne avant la lettre, composée de grands universitaires et d'évêques influents, qui, déjà, voulait démocratiser l'Église (lorsque la divine Pucelle inspirée du Saint-Esprit fit appel au pape de sa cause, elle atteignit ingénument, sans le savoir, l'évêque félon au cœur même de sa gnose subversive épiscopalienne). Souvenons-nous du concil(iabul)e de Bâle-Florence (1431-1441) voire même de Constance (1414-1418) à ses débuts, lesquels n'avaient rien moins en projet que de soumettre en principe le pape à tout concile général. Il suffit en effet de lire les discours conciliaristes complètement hérétiques sur cela du français Gerson (1363-1429). Ce n'est qu'à fort grand'peine si l'Église romaine réussit, notamment grâce à l'action intelligente, pondérée, inspirée et persévérante, du pape Eugène IV (1431-1447) et de sa Curie, à sauvegarder sa constitution voulue par le Christ, à savoir que l'Autorité du pape prévaut sur tout concile général.
           
        Or, depuis ces concil(iabul)es du XVe siècle, très-agressifs dans leur dernier avatar, celui de Bâle, étouffés d'extrême justesse, cette révolte contre l'Autorité pontificale ne cessa jamais : les hérésiarques parus dans l'Église depuis lors, qu'ils soient luthériens, calvinistes, hussites, et bien entendu les églises anglicanes épiscopaliennes, puis les jansénistes et enfin les modernistes, ont tous voulu battre en brèche l'autorité du Souverain Pontife, en voulant la plier démocratiquement aux voix épiscopales de l'Église, qu'on fasse résider ces voix dans des assemblées "parlementaires" d'Église, conçues comme de véritables "États généraux permanents de l'Église" tacitement reconductibles, ou bien dans des conciles nationaux, comme avec les jansénistes français. C'est cette sourde mais continuelle et formidable révolte jamais vraiment éteinte (et qu'on voit ressurgir de nos jours dans sa phase démocratique terminale incluant "le peuple de Dieu" avec la synodalité... mais cette fois-ci, le pape François se met avec les subversifs pour renverser le Tu es Petrus...!), qui a fini, tant il est vrai que les hérésies sont opportunes, opportet hæreses, par susciter la proclamation libératrice victorieuse de Pie IX en 1870, concernant l'infaillibilité du pape seul, dans son Magistère extraordinaire. Le pape le dit clairement dans Pastor Aeternus : "Mais comme en ce temps, qui exige au plus haut point l'efficacité salutaire de la charge apostolique, il ne manque pas d'hommes qui en contestent l'autorité, Nous avons jugé absolument nécessaire d'affirmer solennellement la prérogative que le Fils unique de Dieu a daigné joindre à la fonction pastorale suprême".
           
        Or, cette lutte occulte quasi pérenne au sein même de l'Église contre l'Autorité pontificale seule, apporte, semble-t-il, un éclairage sur notre problématique. Lorsque Pie IX, en 1863, sept ans avant les assises du concile Vatican 1er, en vient à définir le Magistère ordinaire & universel dans Tuas Libenter, ayant sûrement déjà en tête de proclamer l'infaillibilité du pape seul, il croit bon de mettre très-fort l'accent sur les seuls évêques de l'orbe catholique, en se faisant on pourrait dire "oublier" lui-même, pape, de façon à ce que tout le monde comprenne bien que de dégager l'infaillibilité du pape seul ne va pas être synonyme de vouloir abolir l'infaillibilité des évêques. Car notons bien que dans Tuas Libenter, il cite seulement les évêques comme étant sujets du Magistère ordinaire & universel (= la formule "le corps enseignant ordinaire de toute l’Église dispersée dans l’univers" fait en effet allusion aux seuls évêques), alors qu'en fait, les évêques tout seuls ne jouissent du charisme de l'infaillibilité que cum Petro et sub Petro, avec le pape et pas sans lui ; de plus, il prend les évêques dans la situation habituelle, commune et ordinaire, par laquelle ils peuvent normalement acter le Magistère ordinaire & universel, à savoir dans leur état de dispersion universelle (sans vouloir aucunement, comme le croient les lefébvristes, en faire une substance, mais simplement en prenant acte de l'état accidentel habituel où ils posent des actes du Magistère ordinaire & universel).
           
        Au reste, et pour conclure sur ce point, il est bon de savoir que ce distinguo entre "Église dispersée" et "Église rassemblée" n’est pas en odeur de sainteté et a poussé sur du terreau et des terres hérétiques : "Ajoutez à cela le sentiment de toute l’antiquité, qui nous apprend que les anciens Pères, comme les conciles, même œcuméniques, ignorèrent complètement la distinction que l’on a faite dans ces derniers temps entre les évêques pris distributivement [= dispersés et épars chacun dans leur diocèse, veut dire Perrone] et collectivement, distinction qui pourtant est l’unique fondement de la doctrine gallicane" (Théologie dogmatique, Perrone, t. VI, p. 16). Le distinguo retenu par les lefébvristes proviendrait en fait du gallicanisme hétérodoxe, et sans doute même plus loin, Perrone, dans un passage dont je n'ai malheureusement pas noté la référence, mille pardons, évoquant saint Augustin qui reprochait aux hérétiques pélagiens de son temps de s'appuyer eux aussi sur ce faux distinguo pour prétendument s'autoriser à professer leur hérésie...!
           
        On fera remarquer que le jésuite P. Giovanni Perrone (1794-1876), dont je tire ce passage significatif, est fort estimé par Vacant, qui, basant quelque partie de son article sur lui, l'appelle "le théologien le plus autorisé du temps"... Et c'est vrai que j'ai tiré grand'profit, quant à moi, de lire les six tomes de sa remarquable et très-catholique Théologie dogmatique. Je vais d'ailleurs le citer encore tout-à-l'heure, car il va singulièrement nous aider à faire fondre "comme cire fond devant le feu" (exorcisme de Léon XIII), l'hérésie lefébvriste...
           
        Conclusion : le lefébvriste a tout faux partout lorsqu'il veut voir dans la dispersion épiscopale universelle le fondement même du Magistère ordinaire & universel et de sa mise en œuvre.
 
cerveau feminin
Théologie de "la crise de l'Église"
selon la thèse lefébvriste.....
           
        2/ "En outre, l'acte isolé du Magistère ordinaire & universel n'est jamais doté de l'infaillibilité, seul l'ensemble des actes de ce Magistère posés au fil du temps sur un même point de doctrine, est infaillible".
 
        Notre porte-plume théologique de la Fsspx le dit très-formellement : "Le magistère ordinaire et universel est non un acte mais un ensemble d’actes par lesquels le pape et les évêques (Église enseignante) enseignent infailliblement les fidèles (Église enseignée)" (Pour une juste réévaluation de Vatican II : la Tradition et le Magistère clairement définis, p. 3). Évidemment, en arrière-pensée transparente de son raisonnement, le lefébvriste a bien entendu l'intention de récuser le fait que, par exemple, Dignitatis Humanæ Personæ, le décret magistériel isolé sur la Liberté religieuse dans Vatican II, puisse jamais être doté de l'infaillibilité, même si on prouvait qu'il est formellement intégré au Magistère ordinaire & universel, qu'il en est authentiquement une expression formelle...
           
        Or, là encore, le lefébvriste n'a pas su réfléchir, il se trompe grossièrement pour une raison tellement simple qu'il n'y a même pas... pensé, s'imaginant beaucoup trop, on en a la bougre d'impression à le lire dans le Courrier de Rome, que la vérité ultime des choses se trouve toujours dans sa complexification de préférence scolastique et philosophique la plus subtile et compliquée possible... voire même, c'est encore mieux, dans l'inconnaissabilité mystérieuse.
           
        Or bien, qu'il veuille donc porter toute son attention à ce qui suit : si un acte du Magistère ordinaire & universel d'une génération ecclésiale donnée pris isolément par rapport à tous les autres actes de même nature et sur le même sujet doctrinal n'est pas doté de l'infaillibilité (et donc le postulat lefébvriste signifie qu'aucun acte du Magistère ordinaire & universel pris isolément ne sera jamais doté de l'infaillibilité), comment donc l'addition de tous cesdits actes faillibles pourra-t-elle bien donner une somme infaillible, puisqu'aucun de ses éléments, pris isolément, ne sera infaillible...? A-t-on jamais vu un total infaillible n'être composé que de parties faillibles...?! Et même, il faut aller plus loin. Prenons l'exemple d'un total composé de trente éléments additionnés. Si un seul et unique élément parmi eux n'est pas infaillible, alors les vingt-neuf autres auront beau être formellement infaillibles, le total n'en sera pas moins certainement faillible. Ce qui signifie très-clairement que puisque la Foi nous enseigne de fide l'infaillibilité du mode magistériel ordinaire & universel, elle enseigne donc formellement implicitement, comme une conclusion théologique certaine, également l'infaillibilité de chacune et toutes des parties fragmentées et isolées qui composent au fil des siècles chrétiens, pour une doctrine donnée, le Magistère ordinaire & universel. Et cette conclusion théologique tirée très-immédiatement du dogme est autant à croire de Foi, de fide que le dogme lui-même.
           
        Comment ne pas voir ici le rapprochement entre cette thèse qui soutient la faillibilité de l'acte isolé du Magistère ordinaire & universel et celle des gallicans hétérodoxes qui, derrière Bossuet, voulaient bien admettre que tous les papes pris en corps d'institution étaient infaillibles, mais récusaient que chaque pape venant sur le Siège de Pierre puisse l'être, lequel, disaient-ils, pouvait pour sa part particulière de pape, errer. Mais, de la même manière que pour le Magistère ordinaire & universel, comment donc tous les papes pourraient-ils bien être infaillibles en corps d'institution, si chaque pape actuel peut se tromper...?!
           
        La vérité, c'est qu'on peut effectivement trouver dans chaque acte isolé du Magistère ordinaire & universel beaucoup d'imperfections, des formules imparfaites, comme Vacant le soulignait tout-à-l'heure très-justement, qui pourraient même virtuellement faire des ouvertures vers des sens favens hæresim, mais il est rigoureusement exclu d'y trouver une contradictoire formelle contre la vérité de la doctrine en objet dudit acte isolé. Et c'est justement précisément en cela que l'infaillibilité joue pour l'acte isolé du Magistère ordinaire & universel : le garantir très-fidèlement a minima d'attenter par une contradictoire formelle à la vérité de la doctrine enseignée. Alors que l'acte du Magistère extraordinaire est de dire TOUTE la vérité, synthétiquement résumée, sur une doctrine donnée, l'acte isolé du Magistère ordinaire & universel est de n'en établir qu'un fragment inchoatif, sous une enveloppe souvent imparfaite qui, petit à petit, le Saint-Esprit inspirant les théologiens, les Pères de l'Église actuelle, etc., voire même le simple "peuple de Dieu" comme on s'est habitué en nos temps modernes à appeler les simples fidèles, va aboutir à une formulation de plus en plus parfaite, le temps et le Saint-Esprit décantant les scories d'imperfection. L'acte isolé du Magistère ordinaire & universel n'est pas infaillible pour dire parfaitement, dans tous les termes employés, TOUTE la vérité d'une doctrine donnée, mais il est garanti par le charisme de l'infaillibilité de ne RIEN dire de formellement contradictoire contre cette dite vérité d'une doctrine donnée. C'est uniquement en cela, le garantir de RIEN dire contre la vérité doctrinale en objet, que joue l'infaillibilité dont sont dotés tous et chacun des actes isolés du Magistère ordinaire & universel. Par contre, l'infaillibilité joue pour l'acte du Magistère extraordinaire pour empêcher qu'une moindre imperfection puisse exister dans la formulation définitive, et non seulement pour cela, mais pour faire de la formule définitive, la perfection absolue d'une doctrine donnée appuyée explicitement sur la Révélation, une "sententia finalis terminativa" (Dom Paul Nau).
           
        Cette doctrine que je rappelle n'est pas spécialement nouvelle. Les Pères de Vatican 1er ont parfaitement bien exposé ces distinctions capitales entre les deux objets différents des deux modes, que je ne fais que rappeler ici, et Dom Paul Nau, dans ses remarquables articles, les résumait de cette manière claire : "Pour parler formellement [à propos du Magistère ordinaire & universel], ce n'est pas infaillibilité, mais fidélité qu'il faudrait dire. Fidélité d'un enseignement à la Révélation qu'il a la mission de faire connaître, fidélité d'une transmission au dépôt reçu et qu'elle a la charge de communiquer [pas seulement dans l'ensemble mais dans l'acte isolé] : ut fideliter exponerent. MAIS FIDÉLITÉ GARANTIE PAR LE CHARISME, TOUT COMME L'INFAILLIBILITÉ DU JUGEMENT SOLENNEL [EXTRAORDINAIRE]. Une doctrine universellement enseignée comme révélée, alors même que n'est intervenue aucune définition, exprime nécessairement, grâce au bénéfice de cette assistance, la révélation confiée par le Christ aux Apôtres, elle est assurée de lui être fidèle ; elle est par suite la règle qui s'impose à la Foi. C'est ce qu'a défini la Constitution Dei Filius" (Nau, 1962, p. 397).
           
        Car de plus, si l'on soutenait que tous les actes isolés du Magistère ordinaire & universel, pris chacun séparément, pourraient être faillibles, alors comment bien l'enseignement du Magistère ordinaire & universel pourrait-il être infaillible tous les jours, chacun d'eux, singulis diebus, comme l'exprime fort bien Mgr d'Avanzo aux Pères de Vatican 1er, au nom de la Députation de la Foi qui était le porte-voix infaillible de Pie XI, puisque tous et chacun des jours ne sont composés que des enseignements isolés du Magistère ordinaire & universel...? Impossible, évidemment. Voici comment Mgr d'Avanzo s'exprime : "Il y a dans l'Église un double mode d'infaillibilité : le premier s'exerce par le magistère ORDINAIRE [... le PREMIER !, donc le plus important !]. C'est pourquoi, de même que le Saint-Esprit, l'Esprit de vérité demeure tous les jours dans l'Église, l'Église aussi enseigne tous les jours les vérités de la Foi, avec l'assistance du Saint-Esprit [elle n'enseigne pas tous les jours et chacun d'eux seulement la matière de la Foi, comme vont le dire hérétiquement les lefébvristes, mais la vérité de la Foi ; nous allons voir cela tout-à-l'heure]. Elle enseigne toutes les vérités soit déjà définies, soit explicitement contenues dans le dépôt de la Révélation mais non définies encore, soit enfin celles qui font l'objet d'une foi implicite. Ces vérités, l'Église les enseigne quotidiennement, tant principalement par le Pape que par chacun des Évêques en communion avec lui [... peu importe qu'ils soient dispersés dans l'orbe catholique ou tous réunis en un seul lieu, le fallacieux et hérétique distinguo lefébvriste n'est évidemment pas pris en compte par les théologiens sérieux, et notons-le avec soin, dès Vatican 1er...]. Tous, et le Pape et les Évêques, dans cet enseignement ORDINAIRE, sont infaillibles de l'infaillibilité même de l'Église. [Et c’est de cet argument théologique majeur de l'infaillibilité du Magistère ordinaire & universel, ici fort clairement et magistralement rappelé, qui, notons-le bien surtout, était admis de tous les Pères de Vatican 1er, même par ceux anti-infaillibilistes, que Mgr d'Avanzo tirait l'infaillibilité du pape seul, comme l'effet immédiat d'une cause :] Ils diffèrent seulement en ceci : les Évêques ne sont pas infaillibles par eux-mêmes, mais ont besoin de la communion avec le pape, qui les confirme, mais le Pape, lui, n'a pas besoin de rien d'autre que de l'assistance du Saint-Esprit qui lui a été promise. Ainsi, il enseigne et n'est pas enseigné [= Magistère ordinaire], il confirme et n'est pas confirmé [= Magistère extraordinaire]". Et donc, si tout acte isolé du Magistère ordinaire & universel pouvait être faillible, il serait tout-à-fait impossible que ledit Magistère enseignât les vérité de la Foi tous les jours, comme la Foi me fait obligation de le croire.
           
        Il est très-important de noter que cet exposé de Mgr d’Avanzo est doté de l’infaillibilité, car il n’exprimait pas à Vatican 1er ce point de Foi en tant que simple évêque ou théologien privé, mais au nom et pour le compte de l’Église Universelle, mandaté très-spécialement à cet effet par le pape Pie IX dans une commission ad hoc du concile. C'est officiellement au nom de toute l'Église qu'il exprime ici la Foi de toute l'Église. Dom Paul Nau souligne par ailleurs que "cette argumentation n'est pas celle du seul Mgr d'Avanzo. Reprise à près d'un mois de distance, et presque dans les mêmes termes, par un autre rapporteur (Mgr Gasser, le 11 juillet ; Mgr d'Avanzo avait parlé le 20 juin), elle exprime sûrement la pensée de la Députation. Elle reflète aussi sans aucun doute la manière de voir de l'ensemble du Concile, PUISQUE LE VOTE DE L'ASSEMBLÉE FUT EMPORTÉ PAR CES DISCOURS" (Nau, 1962, p. 393).
           
        En fait, s'il fallait donner un qualificatif théologiquement adéquat pour l'acte isolé du Magistère ordinaire & universel, ce n'est pas le qualificatif dialectique non-définitif, hors-sujet et extrêmement dangereux, qu'on devrait retenir (car il tend à faire croire que le Magistère ordinaire & universel ne se définit que par rapport et en dépendance du Magistère extraordinaire, alors que la vérité se situe à l'opposé), mais le qualificatif inchoatif. Ce mot veut dire : "(1380 ; lat. inchoativus, de inchoare «commencer»). Ling. Se dit des formes verbales exprimant une action commençante, une progression" (Petit Robert). On ne saurait donc trouver qualificatif plus adéquat : le but de l'acte isolé du Magistère ordinaire & universel n'est pas de débiter une doctrine dogmatiquement achevée, sententia finalis terminativa, mais de délivrer un commencement de cette dite sentence aux formes parfaitement achevées, une part inchoative plus ou moins approchée de la définition parfaite et qui, de toutes façons et dans tous les cas, va tendre obligatoirement à cet achèvement dogmatique ultime, objet du seul Magistère extraordinaire, et c'est dans cette tension obligatoire vers la définition que joue l'infaillibilité pour lui, simple acte isolé du Magistère ordinaire & universel. Car ce commencement de définition de la doctrine est théologiquement ordonné à la définition, et donc, il ne saurait lui aussi qu'être couvert par l'infaillibilité dans le sens qu'il ne saurait contenir la moindre erreur en ce qu'il dit inchoativement de la doctrine qu'il expose. Laissons Dom Paul Nau conclure : "On le voit, ces manières différentes pour le jugement solennel et le magistère ordinaire de bénéficier du «charisme de vérité et de foi jamais déficiente» (Denz., n. 1837) ne viennent pas de la condition, réunie ou dispersée, des sujets qui les exercent (et qui n'est après tout qu'une modalité accidentelle), mais de la nature même spécifiquement différente de ces deux modes de proposition doctrinale" (Nau, 1962, p. 375).
           
        Pour se jeter tout-de-suite la tête dans les travaux pratiques de "la crise de l'Église" : si la Liberté religieuse de Vatican II est un acte isolé du Magistère ordinaire & universel (comme c'est le cas, car, comme on vient d'en établir avec soin la doctrine catholique sur le sujet : 1/ tous les Pères d'une génération ecclésiale donnée l'ont acté una cum le pape actuel, 2/ son objet est un enseignement doctrinal sur un dogme déjà défini, à savoir le dogme Hors de l'Église, point de salut ― L'examen théologique de l'objet doctrinal formel de la Liberté religieuse ne saurait jamais prendre en compte, en effet, l'hérésie, donc l'anti-doctrine de la Liberté religieuse, mais uniquement le dogme de Foi dont elle est la contradictoire formelle ; ce qui signifie bien sûr que le vrai objet doctrinal du décret vaticandeux de la Liberté religieuse est le dogme Hors de l'Église, point de salut), alors, cet acte isolé du Magistère ordinaire & universel ne saurait contenir la moindre contradictoire formelle de la doctrine dont elle traite, à savoir Hors de l'Église, point de salut. Mais on ne le sait que trop, et de ce côté-là les lefébvristes l'ont parfaitement compris contre les vents et marées du monde entier, avec sûrement beaucoup de mérite devant Dieu, on ne peut que les en louer, c'est précisément ce qui est arrivé dans le décret doctrinal de la Liberté religieuse : Dignitatis Humanæ Personæ est un enseignement formellement contradictoire au dogme Hors de l'Église, point de salut quant au for public, c'est toute la doctrine exposée non seulement dans le § 2 définitionnel dudit décret, mais elle est émanée dans tout le texte magistériel, peu ou prou. C'était théologiquement impossible. Mais ce qui était théologiquement rigoureusement impossible de toute impossibilité, est cependant arrivé (pour ne pas couper le fil logique de mon exposé, je ne compte pas dire et expliquer ici comment on peut résoudre ce gravissime problème dans et par la Foi, je le ferai plus loin).
           
        Terminons avec Dom Paul Nau : "Dans la constitution Dei Filius, tout d'abord, l'affirmation qu'«il faut croire les vérités présentées comme révélées par le magistère ordinaire et universel» (Denz., n. 1792), nous est garante que cette fidélité NE PEUT FAIRE DÉFAUT, tout au moins à l'enseignement unanime de la hiérarchie. (…) «L'accord de la prédication unanime de tout le magistère de l'Église unie à son chef EST UNE RÈGLE DE FOI» (Mansi, 1216 D)" (Nau, 1962, p. 390).
           
        En conclusion sur ce chapitre : l'acte isolé du Magistère ordinaire & universel peut certes contenir des scories de formulation, à laisser s'évacuer et décanter au fond de l'éprouvette par le temps, Parole ordinaire du Saint-Esprit, comme le disait plus haut Vacant, il peut également dire la vérité d'une doctrine d'une manière inchoative parfois imparfaite et très-fragmentée, il n'en reste pas moins qu'il est garanti par le charisme de l'infaillibilité de ne jamais, au grand jamais, contenir formellement une hérésie contre la doctrine en objet, là résidant, quant à lui acte isolé du Magistère ordinaire & universel, l'objet de l'infaillibilité.
           
        ... Ce qui, justement, répétons-le, pose le très-gros problème du décret vaticandeux Dignitatis Humanæ Personæ, professant la très-hétérodoxe et même carrément apostate Liberté religieuse dans le cadre formel d'un de ces enseignements isolés du Magistère ordinaire & universel...
           
        Mais il ne faut pas faire comme les lefébvristes : tricher avec la doctrine de multiples façons pour prétendre supprimer le problème, en commençant par dire qu'un concile général ne peut pas acter théologiquement un acte du Magistère ordinaire & universel, puis continuer en disant que l'acte isolé du Magistère ordinaire & universel n'est pas couvert par l'infaillibilité, pour arriver à dire in fine qu'il n'y a donc PAS de problème avec Vatican II, que la Constitution divine de l'Église n'est PAS mortellement atteinte en plein cœur par ses décrets hérétiques...
           
        Ce ne sont pas là des raisonnements de théologiens catholiques sérieux, c'est du jean-foutisme de jean-foutres qui montrent, hélas, un grand mépris de la vérité.
 
cerveau feminin
Théologie de "la crise de l'Église"
selon la thèse lefébvriste.....
           
        3/ "Enfin, comme les doctrines exprimées à Vatican II sont au moins favens haeresim si pas hérétiques, en tous cas en non-adéquation certaine avec la Foi et la Tradition doctrinale, elles ne peuvent donc jamais avoir été l'expression d'un vrai Magistère ecclésial, car c'est le criterium doctrinal, et lui seul, qui décide si le Magistère est acté ou bien non. En conclusion, nous nous trouvons donc à Vatican II avec un NON-MAGISTÈRE ; une génération ecclésiale universelle donnée de "membres enseignants" avec le pape légitime actuel a eu beau se réunir comme elle ne s'était jamais réunie aussi nombreuse auparavant depuis les assises de l'Église, à beaucoup près, elle n'a cependant pas manifesté le Magistère de l'Église catholique".
           
        Ainsi, menant au bout du toub, au fond du donf, son raisonnement hérétique qui consiste à nier l'emploi très-certain du Magistère ordinaire & universel dans Vatican II, le lefébvriste, au lieu de trouver la délivrance du problème vaticandeux au moyen de ses outils hérétiques, ne fait qu'aboutir, comme on ne pouvait du reste que s'y attendre, l'hérésie ne pouvant enfanter que l'hérésie, à... une très-grosse hérésie christologique qui s'était manifestée au Vème siècle chrétien de notre ère, à savoir l'eutychianisme, du nom de son auteur le moine Eutychès, ou monophysisme, appelée ainsi plus théologiquement et définitionnellement.
           
        Qu'est-ce que le monophysisme ? Cette hérésie anathématisée par le concile de Chalcédoine (451) consiste à ne vouloir professer qu'une seule nature dans le Christ, celle divine. La nature humaine n'existe plus, elle est phagocytée par celle divine. Ainsi, la Personne du Christ n'est plus composée que de sa nature divine. C'est évidemment une énorme déviance : car s'il en était ainsi, et pour n'en tirer que cette application parfaitement incompatible avec le dogme catholique, puisque le Christ mourant sur la croix n'est qu'un Dieu et non un homme, alors, la Rédemption de l'homme n'a pas pu s'opérer, le Christ ne pouvant racheter le péché de l'homme que parce qu'Il est Lui-même un homme. Le moine Eutychès (378-454), qui heureusement se convertit sur son lit de mort in extremis (il se pinça la chair du bras, et, le montrant à tous, dit à ceux qui l'entouraient : "Je ressusciterai dans cette chair"), ne put cependant empêcher que son hérésie se propagea et communiqua extrêmement, principalement et surtout dans les parties orientales du monde chrétien d'alors, et, pour ne citer ici qu'un exemple du pouvoir d'enracinement de cette hérésie, les Coptes d'Égypte actuels professent encore cette foi monophysite hérétique. Le concile de Chalcédoine rétablit donc avec une vigueur toute apostolique la pureté de la Foi catholique, quant à la Personne du Christ, dans ses décrets dont on retiendra la lapidaire formule les résumant : "Jésus-Christ est vrai Dieu, vrai homme, cependant une seule Personne".
           
        Il est bon de noter avec soin que le monophysisme ne donne pas au chrétien qui le professe une Foi assez pure et assez forte pour résister, par la grâce du Christ à la fois Fils de Dieu et Fils de l'homme (on ne compte pas dans l'Évangile, les si nombreux passages où Jésus-Christ s'appelle Lui-même le Fils de l'homme), aux persécutions des ennemis antichrétiens jusqu'au sang, jusqu'au martyre. L'historien Rohrbacher a, dans sa célèbre Histoire universelle, etc., des pages très-significatives pour le bien montrer, et va jusqu'à dire que si les chrétientés orientales du VIIème siècle, quasi toutes infestées et infectées peu ou prou de la foi eutychienne doctrinalement impure, n'ont pas su ni pu résister à l'Islam et ont été facilement vaincues et envahies par lui, c'est parce qu'elles étaient monophysites ; et que si la chrétienté occidentale, aux temps de Charles Martel (688-741), a pu vaincre avec gloire le musulman à la bataille de Poitiers (732), c'est grâce à la pureté doctrinale de sa Foi catholique.
           
        Quoiqu'il en soit de ce dernier point, approfondissons à présent la doctrine eutychienne, qu'hélas les lefébvristes vont adopter comme fondement de leur théologie de "la crise de l'Église", sans doute même sans s'en rendre le moindre compte, on l'espère très-fort pour eux. Le moine Eutychès, lorsqu'on lui demandait de résumer synthétiquement sa doctrine, privilégiait l'exemple suivant. La nature humaine, disait-il, est comme une simple goutte d'eau ; la nature divine est, quant à elle, comme l'océan de la mer. Plongez la goutte d'eau dans l'océan, elle n'existe plus en tant que goutte d'eau, elle s'est assimilée purement et simplement à l'océan lui-même. Ainsi donc, se croyait-il autorisé à conclure, il en est de même pour le Christ : avant l'union hypostatique, il y avait un Dieu, il y avait un homme, mais après l'union hypostatique, il n'existe plus qu'un Dieu.
           
        Nous comprenons bien maintenant où se situe l'hérésie eutychienne : ne vouloir conceptualiser le Mystère du Christ que sous une seule nature, celle divine.
           
        Or, cette compréhension nous permet de voir en toute clarté que le lefébvriste fait un exposé théologique eutychien et monophysite, donc parfaitement hérétique, de "la crise de l'Église".
           
        Car en effet, le Mystère théandrique du Christ, c'est-à-dire d'être à la fois Dieu et homme dans une seule Personne, est communiqué et répandu à l'Église, Épouse du Christ. C'est pourquoi, Bossuet a pu remarquablement bien dire : "L'Église est Jésus-Christ continué". L'Épouse du Christ, l'Église, est donc à la fois constituée par une nature divine et une nature humaine, qui, normalement, ne doivent toutes deux délivrer en jumelé que le même message, la même Révélation. Qu'est-ce que la nature divine dans l'Église, qui manifeste le Fils de Dieu ? C'est tout simplement la Révélation, sa doctrine infaillible, ses saintes-Écritures, sa Tradition, la Foi autrement dit, qui se transmet sans faille ni hiatus de générations ecclésiales en générations ecclésiales, et que, dans L'Église du Verbe incarné, le cardinal Journet appelle l'apostolicitas doctrinæ. Qu'est-ce que la nature humaine dans l'Église, qui manifeste le Fils de l'homme ? C'est sa hiérarchie divinement instituée par le Christ, essentiellement le pape et les évêques, "membres enseignants", que dans le même ouvrage, Journet appelle l'apostolicitas hierarchiæ et qui se transmet elle aussi sans faille ni hiatus de générations ecclésiales en générations ecclésiales, en jumelé et identiquement à l'apostolicitas doctrinæ.
           
        Or donc, puisque l'Église est elle aussi faite vrai Dieu et vrai homme dans une seule Personne (l'Église est en effet une personne morale, Canon 100 § 1), l'examen théologique de "la crise de l'Église" doit se faire impérativement, sous peine d'invalidité, par ses deux natures dérivées de celles du Christ, à savoir, pour faire court et simple, par la doctrine, mais encore et à égalité, par la hiérarchie de droit divin. Et indépendamment l'une de l'autre, l'une et l'autre n'ayant rien à se devoir réciproquement sur le plan métaphysique, étant certes viscéralement liées ensemble mais en non-dépendance l'une de l'autre, car les deux natures du Christ sont, chacune, intégrales.
           
        Pour faire par exemple l'examen théologique de Dignitatis Humanae Personae, le décret vaticandeux sur la Liberté religieuse, je dois donc l'étudier sous deux rapports, doctrinal et hiérarchique, et non pas qu'un seulement, celui doctrinal, et tout rapporter à lui seul, comme j'y vois se cantonner systématiquement le lefébvriste, voulant professer à faux et hérétiquement que l'examen doctrinal négatif de Dignitatis suffit à lui tout seul à poser la conclusion formelle et définitive qu'il n'est pas un acte du Magistère.
           
        On voit très-bien, dans ce passage, l'abbé Gleize tomber les deux pieds dans cette déviance hérétique monophysite, lorsqu'il croit réfuter l'abbé Lucien du haut de sa théologie lefébvriste... hérétique : "L’abbé Lucien nous dit que Vatican II a fait acte de magistère,... parce qu’un concile œcuménique est le sujet qui a la capacité requise pour exercer l’acte de magistère. Normalement, oui : si on a affaire à un concile œcuménique légitimement convoqué, on doit présumer, habituellement, dans des circonstances normales, que le concile va passer comme tel à l’acte, et que les enseignements qui vont être publiés par ce concile seront les enseignements d’un véritable magistère. Cependant, cette présomption est légitime pour autant que nous n’avons pas la preuve explicite et manifeste du contraire. Or, cette preuve intervient justement lorsque les enseignements du concile en question sont en contradiction manifeste avec l’enseignement du magistère ecclésiastique antérieur : c’est le fameux critère négatif qui doit nous conduire à nier qu’il y ait eu, dans le cas précis de Vatican II, l’exercice d’un véritable magistère, l’exercice d’un concile qui serait passé comme tel à l’acte" (L'autorité du concile Vatican II, p. 7).
           
        Citons-le encore, dans le même article, p. 7 également : "En cas de discontinuité au niveau de l’objet de la prédication [qui ne vérifierait pas l'adéquation qu'il doit avoir avec la Tradition doctrinale], on a le devoir de conclure que l’acte de cette prédication n’est pas l’acte du magistère de l’Église ; les hommes qui exercent cette prédication (c’est-à-dire le sujet de cet acte) restent ce qu’ils sont jusqu’à preuve indubitable du contraire : ce sont des hommes d’Église, évêques ou papes légitimes, qui possèdent la fonction et l’autorité du magistère ecclésiastique. Mais en l’occurrence ils ne peuvent pas s’appuyer sur une telle autorité pour imposer leur prédication comme celle du magistère de l’Église, car celle-ci n’est pas la prédication constante et immuable des vérités révélées par le Christ. Puisque les enseignements du concile Vatican II sont en rupture avec la Tradition bimillénaire de l’Église, au moins sur les trois points substantiels que nous avons indiqués plus haut, ces enseignements ne peuvent pas être les enseignements d’un magistère ecclésiastique proprement dit".
           
        Ce que le porte-plume théologique de la Fsspx ne comprend pas, c'est que puisque les "hommes d'Église" comme il dit sont légitimes, alors, il est théologiquement impossible de dire, sans supposer que l'Assistance divine leur ait fait défaut (ce qui est impossible, eu égard à la Constitution divine de l'Église), qu'ils aient pu poser des actes d'enseignements universels en discontinuité avec la Tradition. Quand bien même le fait vaticandeux le vérifie de facto, il est impossible de le supposer de jure, eu égard à la Constitution divine de l'Église. L'Assistance divine garantit en effet le pape légitime et les évêques unis à lui de ne jamais vouloir et acter que des enseignements doctrinaux en conformité parfaite avec le Bien-Fin de l'Église. Il n'y a donc pas à poser une déduction à partir du fait, comme l'abbé Gleize s'y emploie, que ces actes en discontinuité avec la Tradition ne sont pas des actes du Magistère, il y a juste et seulement à faire le constat d'une CONTRADICTION rentrée dans l'Église, entre d'une part la doctrine, et d'autre part le Magistère ecclésial des "hommes d'Église" légitimes.
           
        Mais le porte-plume théologique de la Fsspx ne le comprend pas, parce qu'il en reste monophysitement au seul criterium doctrinal pour poser une conclusion théologique définitive. Il soutient par exemple que Jean XXIII aurait eu une intention pastorale déviante lorsqu'il a convoqué le concile moderne (on va voir tout-de-suite que c'est faux, dans le commentaire que je vais faire de l'article de Don Pagliarani L'effritement de l'autorité du concile), ce qui "exclut que les enseignements du concile Vatican II soient des enseignements doctrinaux et proprement magistériels, ou donne du moins des raisons sérieuses d’en douter" (L'autorité du concile Vatican II, p. 6). Mais, théologiquement, il n'a rigoureusement pas le moindre droit d'en douter justement, et encore moins nier que Vatican II soit magistériel, sans être hérétique, parce que Jean XXIII est pape légitime. Étant légitime, théologiquement il ne peut donc convoquer un concile que sur une base orthodoxe ordonnée au Bien-Fin de l'Église, et donc formellement magistérielle. L'abbé Gleize n'a donc pas compris qu'il doit juger des choses de Vatican II au moyen non seulement du premier examen doctrinal ayant trait à la nature divine de l'Épouse du Christ, comme on le voit s'y cantonner monophysitement, mais encore et en même temps, et à égalité, au moyen du second examen hiérarchique qui a trait, quant à lui, à la nature humaine de l'Église.
           
        Dans un autre article, le porte-plume théologique de la Fsspx titre : "D - Une conséquence : le Magistère ecclésiastique est un magistère traditionnel" (Du Magistère vivant et de la Tradition - Pour une "réception thomiste" de Vatican II ?, p. 2). Non, M. l'abbé Gleize, vous vous trompez. Le Magistère ecclésiastique est un magistère légitime et traditionnel, pas SEULEMENT traditionnel. Si vous en restez au seul concept traditionnel pour définir le Magistère ecclésiastique, votre définition est monophysite et fausse, plus exactement dit elle est à moitié vraie autant qu'à moitié fausse, elle doit rigoureusement inclure la légitimité à parité et en même temps. En effet, un Magistère ecclésiastique qui serait seulement un magistère traditionnel sans être légitime en même temps, n'existerait pas, ne pourrait pas exister.
           
        Don Davide Pagliarani n'est pas en reste du discours hérétique de l'abbé Jean-Michel Gleize. Voici ce qu'il nous dit, après avoir résumé l'impasse dialectique de "la crise de l'Église", à savoir 1/ si nous acceptons la thèse de l'herméneutique de la rupture (école de Bologne), alors, l'église conciliaire et post est une nouvelle Église, ce qui est impossible ; 2/ si nous acceptons la thèse de l'herméneutique de la continuité ratzingérienne, alors l'Église conciliaire et post est la même église que devant, mais cette fois-ci, nous sommes en présence d'une nouvelle doctrine, en contradiction formelle avec la Tradition, ce qui est non moins impossible. "Pour sortir de cette impasse, la solution est seulement (c’est le cas de le dire) lefébvrienne : ce magistère conciliaire qui a réussi à s’imposer comme unique pierre angulaire de tout le complexe théologique, liturgique et pastoral de l’après-Concile, n’a pas eu recours aux garanties surnaturelles qui rendent le magistère de l’Église réellement tel" (L'effritement de l'autorité du concile, p. 4). Rien de plus hérétiquement faux que cette conclusion, à partir du moment où l'on sait que les papes du concile, Jean XXIII et Paul VI, sont papes légitimes, verus papa.
           
        Il n'est que trop clair à lire les écrits des lefébvristes, que leur démarche est donc parfaitement monophysite, hérétique, puisqu'ils se croient autorisés à donner une conclusion théologique définitive seulement par l'examen de la doctrine, inhérente à la nature divine de l'Église, excluant ou "oubliant" complètement que ce premier examen doctrinal n'est que la moitié de la démarche théologique à faire, et qu'ils ne sauraient rendre de conclusion théologique définitive quant au problème Vatican II que, sine qua non, si ce premier examen est complété par l'examen au niveau de la hiérarchie de droit divin, inhérente à la nature humaine de l'Église du Christ. En fait, le lefébvriste phagocyte monophysitement par-là même la hiérarchie de droit divin par la doctrine, c'est-à-dire la nature humaine de l'Église par sa nature divine, exactement de même et semblable manière hérétique que le moine Eutychès faisait en supprimant la nature humaine dans le Christ par sa Divinité, voulant que la goutte d'eau (la nature humaine) soit absorbée jusqu'à ne plus exister en tant que goutte d'eau lorsqu'elle était plongée dans l'océan de la mer (la nature divine). Dignitatis Humanæ Personæ ne satisfait pas à l'examen doctrinal ? Donc, dit le lefébvriste, il n'est pas un acte du Magistère. Il a juste fait hérétiquement l'impasse sur l'autre examen qui lui reste à faire, pour que sa conclusion théologique soit valide, véritable et vérifiée, à savoir l'examen par la hiérarchie de droit divin.
           
       La vérité, sur le plan théologique, c'est donc que sa conclusion reste complètement en suspens tant que l'autre examen n'est pas dûment fait, et qu'il soit fait en totale indépendance de l'examen doctrinal, tant il est vrai et théologiquement vrai que la nature humaine dans le Christ ne dépend métaphysiquement en rien de la nature divine, elle est intégrale en soi, subsistant dans son intégrité parfaite et parfaitement indépendante. Et lorsque ce second examen par la hiérarchie de droit divin inhérente à la nature humaine de l'Église sera fait, alors, et alors seulement, cela permettra au théologien catholique de poser la VRAIE conclusion théologique de "la crise de l'Église" en prenant en compte le résultat des deux examens théologiques, et pas que d'un seul, quelqu'il soit (notons en passant que les "ralliés" font le raisonnement exactement inverse que celui des lefébvristes, et tout aussi monophysite que le leur : ils font l'examen théologique de Dignitatis par la hiérarchie, et comme celle-ci s'avère non seulement légitime mais qu'elle pose des actes inhérents au Magistère ordinaire & universel à Vatican II, alors, le "rallié" conclue tout aussi monophysitement que le lefébvriste, mais à l'envers de lui, que la doctrine contenue dans Dignitatis ne peut être... hérétique : ce qui est tout aussi faux et hérétiquement faux que la conclusion lefébvriste posant que Vatican II enregistre un... non-Magistère). Pour l'instant, le lefébvriste ne connaît pas du tout cette conclusion théologique véritable de "la crise de l'Église", et d'ailleurs il montre malheureusement qu'il n'a pas l'air de vouloir la connaître, car on le voit s'être hérétiquement réfugié, claquemuré, cadenassé et verrouillé la tête et l'âme dans une lecture monophysite en supprimant l'examen hiérarchique.
           
        Mon lecteur l'a sûrement déjà compris, nous en sommes rendus au waypoint où il nous revient donc maintenant de faire ce que le lefébvriste n'a pas fait et ne veut pas faire, ou peut-être ne pense pas à faire, mais que le catholique sait qu'il doit faire, à savoir ce second examen de Dignitatis par la nature humaine de droit divin de l'Église, c'est-à-dire par sa hiérarchie légitime posant des actes, afin qu'une vraie conclusion théologique puisse être donnée à partir des deux examens à faire, catholiquement cette fois-ci, conclusion que seul l'examen des deux natures, divine et humaine, doctrinale et hiérarchique, est en mesure de donner.
           
        L'examen doctrinal de Dignitatis a donc montré que ce décret est recalé pour cause d'hérésie : c'est un non-Magistère. Nous allons constater que l'examen hiérarchique de Dignitatis va montrer, certes complètement anormalement et en contradiction complète avec le premier examen doctrinal, une conclusion exactement opposée, à savoir que cedit décret vaticandeux est l'expression la plus certaine du Magistère ordinaire & universel doté de l'infaillibilité ecclésiale. Je rappelle ici que l'examen hiérarchique que nous devons faire ne doit prendre aucun criterium appartenant à l'examen doctrinal : il ne s'agit pas, dans ce second examen, d'examiner la doctrine, mais seulement, et surtout en indépendance totale avec ce que nous dit le premier examen doctrinal, d'examiner si les sujets qui actent Dignitatis sont premièrement légitimes et aptes à poser un vrai acte du Magistère ordinaire & universel, et secondement, s'ils le font effectivement, s'ils posent vraiment cedit acte.
           
        Si les lefébvristes avaient bien lu à fond Vacant, ils auraient vu qu'il résume très-bien dans un passage de son article les conditions de ce second examen hiérarchique à faire quant à la nature humaine de l'Église, pour tout acte magistériel, ainsi qu'il suit : "TOUTE doctrine enseignée comme obligatoire par la majorité, et surtout par l’unanimité des évêques catholiques, est donc obligatoire pour toute l’Église dans la mesure où ils l’affirment ; car on peut être assuré qu’ils la proposent à la croyance des fidèles, en union avec le Souverain Pontife, et que, par conséquent, cette doctrine est enseignée infailliblement par le corps épiscopal tout entier, c’est-à-dire par le Pape et les évêques unis au Pape" (pp. 29-30). Vacant nous dit bien : TOUTE doctrine enseignée par les évêques unis au pape, est DE SOI obligatoire, à croire de fide par le simple fidèle, c'est-à-dire, saisissons-le bien, sans que le fidèle ait à examiner de quelque manière que ce soit le contenu doctrinal, mais seulement le contenant.
           
        Mais ne brûlons pas les étapes. Commençons l'examen hiérarchique de Dignitatis, par le commencement, c'est-à-dire par prendre acte de la légitimité des pape et évêques qui l'ont promulgué ensemble, à savoir Paul VI et les 2 500 évêques rassemblés autour de lui. Là, leur légitimité est de l'ordre de l'évidence. Les lefébvristes reconnaissent d'ailleurs sans difficulté, au moins en théorie (je vais dire tout-à-l'heure pourquoi je dis cela), la légitimité de Paul VI et des 2 500 évêques signataires du décret sur la Liberté religieuse, inutile donc d'en faire une trop longue démonstration. Il suffira de dire que Paul VI est certainement pape légitime lorsqu'il signe Dignitatis, puisque le 7 décembre 1965, date de la signature du très-peccamineux décret de la Liberté religieuse, il est désigné et reconnu par toute l'Église, acceptus et probatus, pour être le Vicaire du Christ actuel et que la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio est la règle prochaine de la légitimité pontificale. Paul VI donc, certainement légitime, reconnaissant lui-même la légitimité de tous les évêques réunis avec lui à cette date, la question n'a pas besoin d'être creusée plus loin : ils sont tous, pape actuel et évêques unis à lui le 7 décembre 1965, les sujets légitimes d'une génération ecclésiale donnée de "membres enseignants" pouvant dûment poser un acte isolé du Magistère ordinaire & universel.
           
        Secondement, en tant que sujets formellement habilités à le faire, ils ont posé réellement avec Dignitatis un acte d'enseignement doctrinal simple émanant de l'Église Universelle enseignante et adressé à l'Église Universelle enseignée, sur la contradictoire formelle d'un dogme, Hors de l'Église, point de salut. Et, contrairement aux dénégations sophistiques et rebelles des lefébvristes, cela suffit formellement, comme vient de nous l'expliquer Vacant, pour faire de Dignitatis un acte isolé du Magistère ordinaire & universel. TOUTE doctrine enseignée par l'universalité ecclésiale enseignante est en effet DE SOI, par la nature humaine de l'Église dérivée du Christ, dotée de l'infaillibilité. Il n'est pas ici question de contenu mais de contenant.
           
        Pas question ici, dans ce second examen hiérarchique de Dignitatis, de prendre en compte le moins du monde que loin d'avoir condamné la Liberté religieuse, contradictoire formelle d'un dogme, comme ils auraient normalement dû le faire dans cet enseignement doctrinal simple qu'ils ont fait, ils l'ont au contraire exalté aux nues infernales, car, on l'a compris, ce n'est pas le sujet de ce second examen hiérarchique selon la nature humaine de l'Église de s'en occuper, lequel consiste juste à prendre acte que les "membres enseignants" légitimes d'une génération ecclésiale donnée ont débité à l'universalité des fidèles enseignés un formel enseignement doctrinal. Comme explique fort bien Vacant, je le cite de nouveau, il n'est sûrement pas inutile que les lefébvristes le relisent encore une fois : "TOUTE doctrine enseignée comme obligatoire par la majorité, et surtout par l’unanimité des évêques catholiques, est donc obligatoire pour toute l’Église dans la mesure où ils l’affirment ; car on peut être assuré qu’ils la proposent à la croyance des fidèles, en union avec le Souverain Pontife, et que, par conséquent, cette doctrine est enseignée infailliblement par le corps épiscopal tout entier, c’est-à-dire par le Pape et les évêques unis au Pape".
             
        Et, quant à Dignitatis, par l'examen hiérarchique ayant trait à la nature humaine de l'Église qu'on en fait, nous nous trouvons donc bel et bien, ou plutôt fort mal, avec un acte de cette nature décrite par Vacant, un véritable acte isolé du Magistère ordinaire & universel.
           
        Pour faire validement et authentiquement un acte isolé du Magistère ordinaire & universel, c'est en effet extrêmement simple, ce n'est pas compliqué : il faut et il suffit seulement que les "membres enseignants" que sont les évêques una cum le pape actuel d'une génération ecclésiale donnée, enseignent à l'universalité des fidèles, à l'Église Universelle enseignée, une doctrine de Foi ou de Mœurs. Un point, c'est catholiquement tout. Il n'y a pas besoin d'autres choses.
 
        Tout le reste vient du démon.
 
cerveau feminin
Théologie de "la crise de l'Église"
selon la thèse lefébvriste.....
       
        Les lefébvristes ont voulu sophistiquer cette doctrine définitionnelle très-simple quant au Magistère ordinaire & universel, pour qu'elle ne puisse pas être dite employée à Vatican II. On peut comprendre qu'ils l'ont fait en réaction trop dialectique et trop passionnelle contre les modernistes, réfléchissant à tort que si Dignitatis est vraiment un acte isolé du Magistère ordinaire & universel doté de l'infaillibilité, alors, cela va les obliger à acquiescer à la doctrine hérétique y professée. Mais ce n'est pas du tout ce raisonnement qu'ils devaient faire, passionnel et dialectique, c'est un tout autre raisonnement, que je vais dire en finale de mon propos, lorsque je donnerai la vraie solution théologique de "la crise de l'Église", de par Dieu et son Saint-Esprit, vraie solution que pour l'instant le lefébvriste ne connaît pas. Il est trop facile de voir qu'ils sont dans une mauvaise voie, car leur sophistication de la doctrine du Magistère ordinaire & universel infaillible n'a fait que les faire verser dans l'hétérodoxie la plus profonde, comme nous l'allons voir à présent.
           
        Première sophistication hérétique que les lefébvristes emploient. ― Pour qu'un acte magistériel infaillible soit dûment acté, ils ont par exemple mis en avant la nécessité que les Pères de l'Église disent avoir l'intention de faire un acte infaillible, tant s'il est du mode extraordinaire que s'il est du mode ordinaire & universel, pour que ledit acte le soit vraiment. Où ont-ils été pêché cela, je me le demande. Les Pères de Vatican 1er n'ont parlé de cette nécessité de dire explicitement l'intention de faire un acte infaillible que d'une manière accidentelle et non-substantielle, à savoir lorsque le pape veut faire une définition dogmatique extraordinaire, et c'est tout. Et si les Pères de Vatican 1er veulent que le pape dise son intention de faire une définition, c'est uniquement pour que les fidèles aient bien conscience d'être en présence du Magistère extraordinaire dogmatique, pour qu'ils ne la confondent point, cette définition, avec un simple enseignement doctrinal du Magistère ordinaire & universel. Et c'est tout.
           
        Et cette dite nécessité n'est là encore qu'un accident. Elle n'est nullement constitutive de l'acte du Magistère extraordinaire, comme veulent se l'imaginer faussement les lefébvristes, à savoir que si la définition était faite sans l'explicitation de l'intention de la faire par le pape, alors, elle serait invalide. Or donc, c'est uniquement pour l'acte définitionnel extraordinaire que l'intention d'en faire un doit être dite par le pape, mais il est capital de comprendre que ce n'est qu'un simple ajout surérogatoire accidentel et non-constitutif de l'acte dogmatique infaillible, lequel l'est tout-à-fait même si cette intention n'était pas dite lors de la proclamation dogmatique. Par contre, il n'y a rigoureusement aucune nécessité, quelle qu'elle soit, même simplement accidentelle, d'expliciter l'intention de faire un acte du Magistère ordinaire & universel lorsqu'il s'agit pour les Pères actuels de faire un enseignement doctrinal simple et inchoatif. Celui-ci n'a nullement besoin que les Pères qui le posent disent avoir l'intention d'en poser un pour qu'il le soit vraiment, ce qui d'ailleurs confine à la folie, à l'absurde. Le simple fait de poser un acte d'enseignement doctrinal de la part de l'universalité de l'Église enseignante en direction de l'universalité ecclésiale enseignée, suffit en effet théologiquement à dire que... l'acte spécifique du Magistère ordinaire & universel est ipso-facto acté, puisque les conditions pour qu'il le soit sont dûment toutes remplies, à savoir d'être un enseignement doctrinal acté par les Pères enseignants universellement un avec le pape actuel, en direction de l'universalité des membres enseignés !
           
        Nous nous trouvons là en fait exactement dans ce qu'explique fort bien le P. Perrone dans sa Théologie dogmatique : "Pour éclaircir cela [= la place de l'humain dans un acte de droit divin] par un exemple familier, il arrive par l'institution divine que le pain est changé par la consécration au corps de Jésus-Christ ; il dépend cependant de la volonté du prêtre de prononcer les paroles de la consécration sur un pain plutôt que sur un autre. Mais s'il a une fois consacré un pain, il n'est au pouvoir de personne [pas même la personne du prêtre consécrateur] d'enlever la consécration à ce pain, et c'est avec vérité qu'on dirait que c'est de droit divin, ou par l'institution du Christ, que ce pain est devenu le corps de Jésus-Christ, bien que ce soit par un fait purement humain, c'est-à-dire par la volonté d'un prêtre, qu'il s'est fait que ce pain a été changé par la consécration au corps du Christ". Et Perrone, à l'appui de son propos, de judicieusement citer le cardinal Gerdil, qui professe ainsi dans son Commentarium a Justino Febronio in suam retractationem editum animadversiones, édit. cit. de ses œuvres, tome XIII, posit. 9, p. 241 : "Il y a beaucoup de choses qui, pour être et exister, requièrent préalablement un fait humain ; mais dès qu'elles ont été produites par un fait humain, elles reçoivent IMMÉDIATEMENT la consécration du droit divin". Et de conclure : "Il ne faut donc pas confondre le fait avec le droit, lequel se produit par l'institution divine DÈS QUE LE FAIT A ÉTÉ POSÉ ; il s'interpose effectivement un fait, et un fait humain ; mais ce fait une fois posé, et l'institution du Christ précédant, le droit divin se dégage et se développe".
           
        Faisons remarquer ici que Perrone, citant l'exemple de la transsubstantiation n'entend exclusivement parler à son sujet que du fait et du droit le concernant, et nullement de la théologie de l'acte sacramentel qui inclut l'intention du prêtre (théologie de l'acte sacramentel qui n'a rien à voir avec la théologie de l'acte infaillible). C'est seulement quant au fait et au droit de l'acte sacramentel qu'il en parle, excluant la question de l'intention. Son exemple emporte donc formellement la démonstration, laquelle consiste à dire ceci : une fois que l'acte humano-ecclésial théologiquement sous-tendu par le droit divin est posé, alors l'acte devient ipso-facto un acte divin irréformable, il n'appartient plus à l'humain qui l'a posé, celui-ci n'étant en cela qu'un simple suppôt passif du Saint-Esprit, exactement comme l'écrivain sacré rédacteur de la sainte-Écriture. Et c'est exactement ce qui se passe pour un acte isolé du Magistère ordinaire & universel : une fois que les Pères actuels l'ont posé, c'est-à-dire qu'ils ont fait un enseignement doctrinal en tant qu'Église Universelle enseignante en direction de l'Église Universelle enseigné, il est automatiquement un acte divin dans la Main du Saint-Esprit, de soi bien entendu irréformable, les humains qui l'ont posé n'ayant plus aucun pouvoir sur lui. Et il en est bel et bien ainsi quant à Dignitatis...
           
        Ainsi donc, c'est par trop bien assis sur les fondements théologiques, un acte doté de droit de l'infaillibilité comme l'est tout acte isolé du Magistère ordinaire & universel, c'est-à-dire "fondé sur l'institution divine" comme disent ces auteurs que je cite, est tel de soi, une fois qu'il est dûment posé par le fait humain pour qu'il le soit... Dès lors, il ne dépend plus en quelque manière que ce soit de l'humain ni de son intention, il appartient immédiatement et formellement à Dieu. Quand bien même l'intention humaine y serait devenue a-posteriori explicitement contraire, ce qui d'ailleurs supposerait de l'absurdité et même de la folie chez ceux qui poseraient ainsi un tel acte infaillible qu'ils voudraient annuler à peine posé, par exemple, suivez mon regard, en le déclarant simplement "pastoral" avec le sens très-ciblé de vouloir le connoter de non-infaillible… L'acte doté de l'infaillibilité, comme l'est tout acte isolé du Magistère ordinaire & universel donc, par exemple Dignitatis Humanae Personæ, est un acte DIVIN qui n'appartient plus à ceux qui l'ont posé, une fois dûment posé par eux, parce qu'ils n'y étaient que les organes, les suppôts passifs de Dieu, quelle que soit l'intention qu'ils en ont, non seulement postérieurement audit acte posé mais encore antérieurement également.
           
        Et, in casu, dans notre cas affreux et terrible de Dignitatis, examiné théologiquement par la nature humaine de l'Église, nous nous trouvons bel et bien, ou plutôt fort mal, avec un acte ecclésialement dûment posé et doté de l'infaillibilité le 7 décembre 1965, dès lors absolument irréformable, car appartenant immédiatement au Saint-Esprit. Il nous reste à expliquer une telle situation dans la Foi, c'est évident bien sûr, mais je l'ai déjà dit que dessus, je ne veux pas couper le fil de mon "discours de la méthode", je le dirai seulement en finale, plus loin, pour l'instant j'ai encore bien de l'hérésie lefébvriste à pourfendre de taille et d'estoc, d'outre en outre, usque ad mortem...
           
        Pour le dire en finale de ce chapitre, Don Pagliarani a voulu, dans tout son article L'effritement de l'autorité du concile, nier que les papes du concile moderne, Jean XXIII et Paul VI, aient eu l'intention de faire un enseignement doctrinal conforme à la Foi et à la Tradition dans Vatican II, notamment en tirant par les cheveux des phrases piochées dans l'autobiographie du cardinal Giacomo Biffi, qui fut très-proche de Paul VI dans ses dernières années, ils n'eurent, croit-il pouvoir postuler, que l'intention de dialoguer avec l'homme moderne, et donc, suivez son regard, sa conclusion va être de dire que n'ayant pas eu cette intention de Foi, l'Assistance divine leur fit subséquemment défaut radical, ce qui signifie donc in fine, cqfd, que Vatican II est un non-Magistère. Don Pagliarani oublie juste une chose excessivement importante sur le plan théologique : il est théologiquement radicalement impossible de toute impossibilité de supposer que des papes légitimes aient validement réuni un concile universel en union morale avec tous les évêques de l'orbe catholique sans avoir eu l'intention d'y faire au moins, a minima, un enseignement doctrinal simple inhérent au Magistère ordinaire & universel de soi couvert par l'infaillibilité, c'est-à-dire un enseignement enté sur la Foi.
           
        On peut remarquer pour commencer que l'article de Don Pagliarani est d'une manière bien significative très-déficient quant à bien différencier les deux modes, extraordinaire et ordinaire, du Magistère doté de l'infaillibilité, il n'a pas un mot pour bien différencier les deux dans tout son article (mais il ne s'en faut point trop étonner, puisque, pour le lefébvriste, le Magistère ordinaire & universel ne saurait être acté dans un concile universel !). Or, il ne suffit pas de dire comme il le fait que les papes conciliaires n'ont pas eu l'intention de faire des définitions dogmatiques, pour conclure que lesdits papes n'aient jamais eu l'intention de faire de vrais enseignements doctrinaux, toute sa thèse, péniblement embarbouillée de scolastique et de raisons philosophiques inutiles et même hors-sujet, veut affirmer qu'ils n'aient pas eu cette dernière intention. Mais comme je viens de le dire, théologiquement, cette affirmation est hérétique : impossible de postuler que les papes légitimes d'une génération ecclésiale donnée aient pu validement réunir un concile universel sans avoir l'intention d'y faire un enseignement doctrinal enté sur la Foi qui, bien entendu, étant inhérent au Magistère ordinaire & universel, sera ipso-facto, par le fait même, automatiquement couvert par l'infaillibilité dont ledit mode est doté.
           
        Secondement, cet a-priori théologique de jure que je viens de formuler est vérifié par l'a-posteriori factuel, à savoir qu'effectivement, les papes Jean XXIII et Paul VI ont bel et bien voulu faire un enseignement doctrinal conforme à la Foi et à la Tradition dans Vatican II, car ils ne pouvaient, en effet, de jure, que vouloir en faire un. Ils ne l'ont pas fait certes on ne le sait que trop mais ils ont voulu le faire. Leur seule erreur fut de vouloir compatibiliser cedit enseignement avec la pensée de l'homme moderne, ce qui était impossible certes, autant que de vouloir faire un rond carré. L'abbé Pagliarani se trompe donc et trompe son lecteur lorsqu'il dit qu'à Vatican II, le pape n'a voulu que dialoguer avec l'homme moderne, au sens très-ciblé par lui de vouloir dire, suivez son regard, qu'il n'a pas fait audit homme moderne un vrai enseignement doctrinal enté sur la Foi, de soi couvert par l'infaillibilité magistérielle, premier jalon qu'il emploie pour aboutir à sa conclusion lefébvriste réprouvée que Vatican II est un non-Magistère. Cependant, que l'actuel Supérieur général de la Fsspx veuille bien prendre conscience que ses prolégomènes sont faux : le pape a voulu certes établir un pont avec l'homme moderne, dialoguer avec lui, mais à partir de la Foi, mais en l'enseignant sur la Foi. C'était du moins son intention théologique formelle dans Vatican II, l'intention qui couvre tout le concile moderne...
           
        Il n'est pas bien difficile, dans le discours d'ouverture du Concile de Jean XXIII ou au contraire dans le discours final de Paul VI, alpha et oméga de Vatican II pour bien comprendre quelle fut leur intention d'ouvrir ce concile universel, de voir cette identique intention pontificale très-orthodoxe qu'ont les deux papes de Vatican II de vouloir enseigner la Foi à l'homme moderne. L'abbé Pagliarani, au lieu de faire des découpages pro domo pour sa thèse lefébvriste hérétique de passages cités hors-contexte, aurait tout-de-même dû s'en rendre compte. Commençons par citer cette magnifique phrase de Paul VI, dans son Discours de clôture du concile, le 7 décembre 1965 : "Pouvons-Nous dire que nous avons rendu gloire à Dieu, que nous avons cherché à le connaître et à l'aimer, que nous avons progressé dans l’effort pour le contempler, dans la préoccupation de le louer et dans l'art de proclamer ce qu'il est aux hommes qui nous regardent comme pasteurs et maîtres dans les voies de Dieu ? Nous croyons franchement que oui, notamment parce que c'est de cette intention première et profonde que jaillit l'idée de réunir un Concile. Ils résonnent encore dans cette basilique les mots prononcés lors du discours d'ouverture par Notre vénéré prédécesseur Jean XXIII, que Nous pouvons bien appeler l'auteur de ce grand rassemblement". Il y a bel et bien là l'intention du pape de "proclamer ce que Dieu est aux hommes modernes" dans le concile, donc l'intention de leur y débiter la bonne doctrine de la Foi et du salut, intention, Paul VI le dit explicitement, qui est génitrice et motivation théologique première de tout le concile. Dont acte, n'est-il pas M. l'abbé Pagliarani.
           
        Mais puisque Paul VI évoque Jean XXIII, lisons donc maintenant ensemble ce que Jean XXIII dit quant à son intention pontificale d'ouvrir le concile, et lisons-le dans la citation qu'en fait le pape Benoît XVI dans son discours aux cardinaux de son premier Noël pontifical, en 2005, ce qui aura l'avantage de bien montrer la pérennité sans faille de la pensée des papes modernes sur cette intention authentique d'enseigner la Foi à l'homme moderne, de 1962 à 2005 en passant par 1965 : "Je ne citerai ici, dit Benoît XVI, que les célèbres paroles de Jean XXIII, dans lesquelles cette herméneutique [de la continuité] est exprimée sans équivoque, lorsqu'il dit que le Concile «veut transmettre la doctrine de façon pure et intègre, sans atténuation ni déformation», et il poursuit : «Notre devoir ne consiste pas seulement à conserver ce trésor précieux [du Dépôt révélé de la Foi], comme si nous nous préoccupions uniquement de l'antiquité, mais de nous consacrer avec une ferme volonté et sans peur à cette tâche, que notre époque exige... Il est nécessaire que cette doctrine certaine et immuable, qui doit être fidèlement respectée, soit approfondie et présentée d'une façon qui corresponde aux exigences de notre temps. En effet, il faut faire une distinction entre le dépôt de la foi, c'est-à-dire les vérités contenues dans notre vénérée doctrine, et la façon dont celles-ci sont énoncées, en leur conservant toutefois le même sens et la même portée» (S. Oec. Conc. Vat. II Constitutiones Decreta Declarationes, 1974, pp. 863-865)" (Discours à la Curie romaine à l'occasion de la présentation des vœux de Noël, 22 décembre 2005).
           
        Ainsi donc, la thèse lefébvriste exposée par l'abbé Pagliarani dans son article L'effritement de l'autorité du concile, est radicalement fausse, dans ses prolégomènes mêmes in radice qui veulent affirmer que les papes du concile moderne n'ont pas eu l'intention d'enseigner la Foi dans Vatican II à l'homme moderne. Ils ont bel et bien eu cette intention, quand bien même, hélas ce n'est que trop vrai, elle fut affreusement dévoyée par leur volonté de la compatibiliser à toutes mauvaises forces avec la pensée moderne.
           
        Et bien entendu, la conclusion que l'on doit en tirer, qui est la seule vraie, contrairement à celle très-fausse que veut tirer l'abbé Pagliarani de ses faux prolégomènes, est toute opposée à la sienne : les papes du concile ayant eu l'intention d'y faire un vrai enseignement de Foi à l'homme moderne, quand bien même répétons-le ils se sont bougrement trompés en voulant le compatibiliser avec la pensée moderne qui lui est antinomique, cedit enseignement donc, dans le cadre d'un concile œcuménique validement convoqué et assemblé, ressort automatiquement et ipso-facto du Magistère ordinaire & universel d'enseignement, de soi couvert par l'infaillibilité ecclésiale.
           
        Impossible de sortir de là sans attenter au cœur même de la Constitution divine de l'Église et de la Foi, et tomber dans l'hérésie.
 
 cerveau feminin
 Théologie de "la crise de l'Église"
selon la thèse lefébvriste.....
           
        Deuxième sophistication hérétique des lefébvristes. ― En voici une autre, par exemple, d'hérésie. Les lefébvristes, cherchant donc fébrilement et malignement à échapper à cette conclusion théologique certes terrible et affreuse à laquelle aboutit formellement l'examen hiérarchique de droit divin de Dignitatis selon la nature humaine de l'Église, à savoir que Dignitatis est formellement un acte isolé du Magistère ordinaire & universel doté de l'infaillibilité, formellement dans la Main du Saint-Esprit, invoquent le caractère d'obligation qui soi-disant doit accompagner tout acte ecclésial infaillible : s'il y a obligation faite explicitement aux fidèles de croire la doctrine enseignée, indiquée dans l'acte, alors l'acte est infaillible, à son défaut, il ne l'est pas, croient-ils pouvoir soutenir.
           
        Le lefébvriste ne va sûrement pas trouver mieux pour prétendument asseoir son objection, que d'appeler à la barre le texte de Vacant que je viens de rappeler. J'y consens volontiers, le voici donc à nouveau : "TOUTE doctrine enseignée comme obligatoire par la majorité, et surtout par l’unanimité des évêques catholiques, est donc obligatoire pour toute l’Église dans la mesure où ils l’affirment ; car on peut être assuré qu’ils la proposent à la croyance des fidèles, en union avec le Souverain Pontife, et que, par conséquent, cette doctrine est enseignée infailliblement par le corps épiscopal tout entier, c’est-à-dire par le Pape et les évêques unis au Pape".
           
        Ce que j'ai mis en gras, je suis bien certain que le lefébvriste va vouloir en faire ses choux... gras ! Vacant, croira-t-il pouvoir soutenir, invoque bien là une nécessité constitutive d'obligation pour l'acte isolé du Magistère ordinaire & universel, sans laquelle ledit acte ne pourra pas l'être.
           
        Malheureusement pour le lefébvriste, cette citation ne fait que faire ressortir une imperfection de formulation chez Vacant, que je n'ai pas voulu relever tout-à-l'heure quand je l'ai cité une première fois, si l'on en tire, comme le lefébvriste veut le faire, que l'obligation est constitutive du Magistère ordinaire & universel.
           
        En effet. Comme avec l'intention, l'obligation est un simple signe topique accidentel qui accompagne ipso-facto tout acte isolé du Magistère ordinaire & universel, elle n'est nullement constitutive du Magistère ordinaire & universel : dès lors que l'Église Universelle enseignante acte un enseignement doctrinal en direction de l'Église Universelle enseignée, il y a automatiquement obligation pour le fidèle d'y adhérer, sans qu'il y ait jamais besoin d'aucune formule surérogatoire extrinsèque à rajouter pour signifier cette obligation, laquelle serait juste superfétatoire, c'est-à-dire inutile, infiniment malséante et même fort offensante envers Dieu. La raison théologique profonde en est très-simple. "Dieu est Amour" (I Jn IV, 16). Or, il suffit que l'Amour parle pour... obliger. Ce qui veut dire que le caractère d'obligation est implicite et non explicite, il découle de la nature intrinsèque de l'Autorité divine infaillible informant tout acte magistériel doté de l'infaillibilité, qu'il soit du mode extraordinaire dogmatique ou ordinaire & universel, et non d'une formule juridique extrinsèque surérogatoire. Vouloir que l'obligation de croire soit extrinsèque alors qu'elle est intrinsèque, c'est faire de l'Église une caserne de sapeurs-pompiers ou de saint-cyriens fonctionnant le-petit-doigt-sur-la-couture-du-pantalon, à la pharisienne et à la scribe, et c'est presque blasphématoire, car est-il besoin de rappeler que l'Église du Christ, c'est bien autre chose que cela !
           
        C'est dès les Actes que cette doctrine que je rappelle est connue, saint Pierre l'affirmera magistralement au premier concile général de l'histoire de l'Église, l'an 51, en ces termes non-équivoques, d'une grande clarté : "Dieu m'a choisi parmi vous afin que par ma bouche, les Gentils entendent la Parole de l'Évangile, ET QU'ILS CROIENT" (Act XV, 7). Que le lefébvriste veuille bien noter avec soin : les Gentils ont l'obligation de croire immédiatement et dès lors qu'ils entendent la Parole de Dieu sortir de la bouche de Pierre. C'est automatique (= d'où l'emploi de la conjonction "ET" -qu'ils croient-). Le premier pape en effet ne dit pas et sous-entend encore moins : " … et qu'ils croient, seulement si je leur en fais explicite obligation". La formule des Actes est en vérité lapidaire dans sa simplicité lumineuse.
           
        L'abbé Lucien, en 1984, avait fort bien déboulonné cette soi-disant nécessité d'une formule explicite d'obligation dans un acte d'enseignement magistériel pour que celui-ci soit couvert par l'infaillibilité, lisons-le attentivement : "Le concile [Vatican 1er] donc affirme d'abord l'existence d'une obligation de poser des actes de foi : fide divina et catholica ea omnia credenda sunt : «[est] à croire», «il faut croire», «on doit croire»... et le fondement de cette obligation est indiqué : on doit croire «ce qui est contenu dans la parole de Dieu». C'EST LE CARACTÈRE RÉVÉLÉ (PAR DIEU) QUI EST LA SOURCE DE L'OBLIGATION DE POSER UN ACTE DE FOI. On retrouve donc très-exactement, au début de ce paragraphe Porro fide divina, l'enseignement donné par le concile au commencement du chapitre III qui le contient : «Puisque l'homme dépend totalement de Dieu comme son Créateur et Seigneur et que la raison créée est complètement soumise à la Vérité incréée, nous sommes tenus, lorsque Dieu se révèle, de lui présenter par la foi la soumission plénière de notre intelligence et de notre volonté» (D. 1789). Telle est la substance des choses, la «métaphysique» de l'obligation liée à la Révélation et à la Foi. La source, le motif formel, la cause propre et adéquate de cette obligation, c'est la Vérité incréée qui se révèle, c'est la Véracité divine, ou encore, comme le dit la suite du texte que nous venons de citer (D. 1789), «l'autorité de Dieu lui-même se révélant, qui ne peut ni se tromper ni nous tromper». Comme on le voit, toute la question de «l'obligation» est réglée, substantiellement, avant et en-dehors de l'intervention de l'Église. Quel est donc ici son rôle ? L'intervention infaillible de l'Église, a pour fonction de déterminer avec précision l'objet matériel de la foi : c'est-à-dire de faire savoir avec certitude quelles sont en détail les vérités révélées. Le rôle propre de l'Église n'est donc nullement d'obliger à croire ; il est de certifier infailliblement que telle proposition appartient au donné révélé. En bref, le magistère comme tel n'oblige pas à croire, mais PROPOSE ce qui est à croire comme divinement révélé.
           
        "C'est ainsi que les choses sont présentées par le texte de Vatican 1er. L'exercice du magistère infaillible, comme tel, ne comporte pas d'affirmer une obligation, mais de faire connaître le caractère révélé d'une proposition : «quae (...) tamquam divinitus revelata credenda proponuntur» ; ce que (l'Église) «propose à croire comme divinement révélé» ou «propose à notre foi comme des vérités révélées par Dieu». En vertu de ce texte de base de Vatican 1er, l'acte propre du magistère infaillible comporte seulement d'affirmer le caractère révélé d'une proposition ; ET ALORS, IPSO-FACTO, L’OBLIGATION LIE LE CROYANT : ON DOIT CROIRE. Non pas parce que l'Église créerait une obligation, mais parce que le fidèle connaît, par suite de l'affirmation infaillible de l'Église que telle proposition est révélée et qu'ainsi il se trouve lié par l'obligation générale de croire ce qui est révélé s'appliquant à ce cas particulier. Il est vrai que l'autorité de l'Église exerce souvent son pouvoir de juridiction conjointement au pouvoir magistériel, en frappant de peines ecclésiastiques ("anathèmes" ou autres) ceux qui refusent extérieurement son enseignement. Mais l'acte du pouvoir de juridiction est formellement et réellement distinct de celui du pouvoir magistériel. Cela est manifeste d'après le texte de Vatican 1er que nous venons d'analyser, et qui ne mentionne pas l'intervention du pouvoir de juridiction.
           
        "Et cela a été clairement exposé par le Père Kleutgen, dans les justifications théologiques jointes au schéma réformé sur l'Église (cf. pp. 15-16) : «Dans ces décrets, il est nécessaire de distinguer l'interdiction (ou le commandement) de la définition (ou du jugement sur la doctrine). D'abord, en effet, l'Église définit que telles opinions sont mauvaises ; ensuite, elle les interdit comme telles, et elle établit des peines contre les contumaces. Or, on doit la soumission de l'esprit à l'Église qui définit, même si elle n'ajoute aucun précepte. Puisqu'en effet Dieu nous a donné l'Église comme mère et maîtresse pour tout ce qui concerne la religion et la piété, nous sommes tenus de l'écouter quand elle enseigne. C'est pourquoi, si la pensée et la doctrine de toute l'Église apparaît, nous sommes tenus d'y adhérer, même s'il n'y a pas de définition : combien plus donc si cette pensée et cette doctrine nous apparaissent par une définition publique ?» (M. 53, 330 B).
           
        "Cet exposé doctrinal de l'un des théologiens de la Députation de la Foi à Vatican 1er est en pleine concordance avec le texte de Dei Filius que nous avons expliqué. L'interdiction ou le commandement (et donc l'explicitation de l'obligation) ne sont nullement constitutifs de l'acte infaillible : ni pour le magistère ordinaire (en-dehors d'une définition au sens strict), ni pour le magistère extraordinaire ("définition"). Dans tous les cas, l'acte du magistère garanti par l'infaillibilité est le «jugement sur la doctrine» (conformité ou désaccord avec la Révélation). Et alors les fidèles doivent adhérer, dans le même acte, et à la doctrine enseignée, et au jugement de l'Église, toujours à cause de l'autorité de Dieu qui révèle : qui révèle, et telle doctrine en particulier, et qu'il assiste infailliblement l'Église dans son enseignement. Bien entendu, si l'interdiction, ou le commandement, ou les peines canoniques ne sont pas constitutifs de l'acte infaillible, ils peuvent en être le signe. Tel est le cas bien connu des «canons avec anathème» des conciles œcuméniques, spécialement de Trente et de Vatican 1er. Dans le canon, seule la peine d'excommunication contre ceux qui disent telle doctrine est explicitée. Mais tous les catholiques reconnaissent que c'est le signe certain du jugement infailliblement porté par l'Église sur la doctrine elle-même" (L'infaillibilité du magistère ordinaire et universel de l'Église, pp. 133-135, Annexe II — Infaillibilité et obligation).           
           
        Dom Paul Nau rappellera, sur ce même sujet de l'obligation intrinsèque à tout acte magistériel doté de l'infaillibilité, les propos de Mgr Martin à Vatican 1er : "On peut s'en remettre sur ce point à la conclusion de Mgr Martin, quand, exprimant la pensée de la Députation, il explique que ce dont il faut affirmer le caractère obligatoire pour la Foi, c'est «ce que Dieu a révélé et que l'Église, de quelque manière que ce soit (quomodocumque [c'est-à-dire : autant par son mode magistériel dogmatique définitionnel que par son mode ordinaire & universel]), nous propose à croire. Le motif de la Foi, en effet, à savoir l'autorité de Dieu qui parle, ainsi que l'obligation pour l'homme de le croire, s'étend à tout ce que le magistère de l'Église, de quelque manière que ce soit (quomodocumque), nous fait constater avec certitude avoir été révélé par Dieu» (Mgr Martin, 6 avril 1870, Mansi, LI, 314 A)" (Nau, 1962, p. 349 & note 3 de la même page).
           
        Et donc, pour conclure sur notre problème spécifique, s'il est possible d'admettre qu'il n'y a dans la rédaction conciliaire de Dignitatis aucune formule d'obligation stricte, cela, de toutes façons, n'a aucune espèce d'incidence sur la qualification d'infaillibilité du document, qui n'en a nullement besoin pour l'être authentiquement, comme il l’est effectivement bien, étant formellement une manifestation du Magistère ordinaire & universel (rappelons en effet les termes conclusifs de Dignitatis : "Tous et chacun des articles édictés dans cette déclaration ont plu aux pères du sacro-saint Concile. Et Nous, par le pouvoir apostolique que Nous avons reçu du Christ, un avec les Vénérables Pères, Nous l'approuvons dans l'Esprit-Saint, Nous le décrétons et le statuons, et Nous ordonnons de promulguer pour la Gloire de Dieu ce qui a été ainsi statué synodalement. À Rome, près Saint-Pierre, 7 décembre 1965, Paul, Évêque de l'Église catholique" ; et la notation générale que donne Paul VI à tous les Actes du Concile dans son Bref de clôture In Spiritu Sancto est de semblable facture).
 
cerveau feminin
Théologie de "la crise de l'Église"
selon la thèse lefébvriste.....
        
        Troisième sophistication hérétique employée par le lefébvriste. ― Le lefébvriste dresse encore malignement quelques herses, qui lui sont inspirées par l'esprit malin, pour s'empêcher d'embrasser dans la Foi la simplicité conceptuelle de l'acte isolé du Magistère ordinaire & universel, que je crois bon de répéter encore une fois ici à son intention, à savoir : l'enseignement doctrinal simple et inchoatif par l'Église Universelle enseignante à l'Église Universelle enseignée.
           
        Par exemple, il évoque la définition de l'infaillibilité pontificale du ch. IV de Pastor Aeternus en s'inventant une interprétation restrictive des plus fausses. Y lisant "la suprême autorité apostolique de docteur et pasteur de tous les chrétiens", il commente en disant que si le pape utilise cette dite suprême autorité apostolique, etc., alors, c'est infaillible, mais pas autrement... et bien sûr, pour lui, ce n'est pas du tout très-souvent qu'il l'emploie.
           
        Or, il appert de cette objection que le lefébvriste n'a tout simplement pas compris ce qu'il a lu. Car cette formule "suprême autorité apostolique, etc." n'est qu'un superlatif qui veut signifier que le pape parle en tant que pape, c'est-à-dire comme docteur universel de tous les chrétiens, et… c'est tout. Or, à chaque et toutes les fois que le pape parle ès-qualités, c'est-à-dire lorsqu'il s'adresse à l'universalité du monde catholique sur la question de la Foi ou des Mœurs, il est ipso-facto dans sa fonction de docteur universel, c'est-à-dire encore… "docteur et pasteur de tous les chrétiens"… et donc encore, bien sûr, à tout coup revêtu de "la suprême autorité apostolique"… et donc enfin, son prêche doctrinal s'insère et s'inscrit par le fait même (ipso-facto) dans le cadre de l'infaillibilité.
           
        Il n'y a en effet strictement aucun cas où le pape parlerait Foi ou Mœurs aux fidèles du monde entier sans le faire au nom de sa suprême autorité apostolique, sauf le cas du docteur privé (mais dans ce cas, il faudrait que le pape le dise très-explicitement et très-expressément au préalable de son prêche, et ce serait d'ailleurs un grand désordre, la Chaire de Saint Pierre n'étant pas commise au pape pour être le haut-parleur de ses opinions théologiques personnelles, petites ou grandes). Ainsi donc, lorsque le pape prêche la doctrine ès-qualités, c'est à dire en tant que docteur et pasteur de tous les chrétiens, c'est toujours au nom de sa suprême autorité apostolique et donc toujours sous le couvert de l'infaillibilité. Le lefébvriste s'imagine qu'il faut que le pape dise absolument quand il parle en tant que docteur universel, pour qu'on en soit bien sûr, et que l'infaillibilité soit employée. Mais la vérité est exactement le contraire : lorsqu'il parle à l'universalité du monde catholique, c'est automatiquement en tant que docteur universel des chrétiens qu'il le fait, et donc, il n'a nullement besoin de le dire, c'est une évidence implicite ; par contre, s'il voulait parler au monde chrétien en tant que docteur privé, alors c'est là qu'il faudrait absolument et nécessairement qu'il le dise, car autrement, puisque quand il s'adresse à l'universalité catholique, on doit croire de Foi, de fide, qu'il le fait en tant que docteur universel, on ne pourrait pas savoir qu'il a l'intention de s'exprimer sur un point de doctrine seulement en tant que docteur privé...
           
        En vérité, le lefébvriste s'est bâti là toute une contre-théologie ecclésiologique où l'Église n'est que de constitution humaine et non divine, puisque, lorsque le pape parle doctrine à l'universalité des fidèles, il professe qu'il peut très-bien le faire en tant qu'homme ou docteur privé (puisque, selon lui, il pourrait être faillible dans cedit prêche). Or, la vérité est aux antipodes : lorsque le pape parle doctrine à l'universalité des fidèles, c'est TOUJOURS en tant que christ (doté de l'infaillibilité ipso-facto). C'est ainsi que le Christ a constitué son Église : pas pour qu'elle vive la Foi, par l'organe de sa tête le pape, en pointillé et très-exceptionnellement, mais TOUS LES JOURS, tout le temps, singulis diebus comme disait Mgr d'Avanzo, rapporteur de la Députation de la Foi à Vatican 1er, que j'ai cité plus haut, c'est-à-dire chaque jour que Dieu fait, dans une longue ligne droite infranchissable par les forces du mal, et qui nous conduit au Ciel si nous la suivons. Que le lefébvriste réfléchisse enfin que s'il était vrai que le pape n'était pas tout le temps infaillible dans son prêche doctrinal universel aux fidèles, alors, l'Église ne serait qu'une construction humaine parmi tant d'autres, puisqu'imparfaite, et non divine, parfaite. Je parle là, on l'a sûrement compris, en me basant sur la théologie fondamentale de la Constitution divine de l'Église, et non pas, malheureusement, en prenant en compte la situation que nos yeux affligés voient dans l'Église aujourd'hui...
           
        Conclusion de ce chapitre : Dignitatis Humanæ Personæ, le décret vaticandeux sur la Liberté religieuse, qui sur le plan théologique a valeur d'exemplaire pour toute "la crise de l'Église", est formellement un acte du Magistère ordinaire & universel, doté de l'infaillibilité, si l'on retient, comme on doit le faire, la conclusion de l'examen hiérarchique de cet acte ayant trait à la nature humaine de l'Église qui est Jésus-Christ continué (la conclusion de l'examen doctrinal de cet acte, ayant trait à la nature divine de l'Église, dit le contraire, certes, à savoir que Dignitatis ne saurait être un acte du Magistère ordinaire & universel, et cette conclusion-là aussi, bien évidemment, il faut la retenir ; nous allons voir en finale ce qu'il faut tirer de ces deux examens théandriquement radicalement contradictoires, pour poser la solution théologique véritable de "la crise de l'Église", c'est-à-dire d'une manière catholique, en tenant compte du Mystère théandrique des DEUX examens, et non en formulant une conclusion monophysite, comme le font les lefébvristes, en ne tenant nul compte dudit Mystère théandrique dont vit l'Épouse du Christ).
 
cerveau feminin
Théologie de "la crise de l'Église"
selon la thèse lefébvriste.....
 
        4/ "Vatican II n'est en fait, théologiquement, qu'un Magistère authentique de soi non-infaillible ; du reste, ce n'est même pas le cas, car s'il l'était, il obligerait encore le fidèle d'assentir aux doctrines hérétiques qu'on y trouve".
           
        Il y a une chose presque drôle, dans l'exposé du lefébvriste. Il commence par nous dire, et là il sait qu'il enfonce une porte ouverte car tout le monde en effet est d'accord sur ce point, que l'infaillibilité du mode extraordinaire dogmatique n'a pas été employée à Vatican II ; puis, continuant son examen, il croit pouvoir ajouter, mais nous venons juste de voir ensemble qu'il raisonne hérétiquement en cela, que l'infaillibilité du mode ordinaire & universel n'a pas non plus été employée au concile moderne. Il se retrouve donc alors avec... une énorme anormalité : un pape actuel et 2 500 évêque cum Petro et sub Petro dans une aula conciliaire tout ce qu'il y a de plus existante, qui ont posé des actes doctrinaux et même dogmatiques (Dei Verbum et Lumen Gentium sont en effet officiellement connotés comme étant dogmatiques), plus nombreux que les plus nombreux conciles généraux du passé depuis les assises du christianisme, Trente ou Vatican 1er par exemple ne réunissant à tout le mieux que 500 évêques ! Mais en fait, selon les lefébvristes, ces 2 500 évêques plus le pape, ... "plus le Saint-Esprit" dira le cardinal Marty l'archevêque de Paris de l'épique époque, auraient été là pour ne... RIEN dire !! Car quand bien même les Actes de Vatican II sont d'une prolixité touffue remarquable jamais vue, le lefébvriste nous dit que les Pères de Vatican II n'auraient jamais voulu enseigner doctrinalement en Apôtres les fidèles du monde entier puisque donc aucun de leurs enseignements ne seraient dotés de l'infaillibilité qui est propre au statut théologique du "membre enseignant", ni par le mode extraordinaire ni par celui ordinaire ! Ce qui veut donc vraiment dire qu'ils n'ont RIEN dit, puisque le seul dict qu'on doit retenir du "membre enseignant" porte obligatoirement sur la Foi ou les Mœurs couvert de soi par l'infaillibilité ecclésiale. Et, on en conviendra, c'est là une énorme anormalité...
           
        N'a-t-on pas vu un moine du couvent d'Avrillé, épousant alors la thèse lefébvriste, oser dire sans rire que La Liberté religieuse est un acte... conciliaire (Congrès théologique de Si, si, no, no, P. Pierre-Marie, 1996) ; et Mgr Gherardini ne trouvait rien de mieux pour connoter les Actes de Vatican II que cette tautologie qui s'écrit et s'épèle surtout... totologie de Toto de Lahurie. Voilà qui en effet rappelle bougrement le bourgeois gentilhomme de Molière, qui s'exclamait de faire de la prose rien qu'en parlant ! Le problème, c'est que si le bourgeois mis en scène par Molière pouvait être sot sans pécher, il n'en est plus du tout de même des lefébvristes qui nous disent que la Liberté religieuse est un acte... conciliaire, car ils le disent pour nier hérétiquement que ladite Liberté religieuse est un acte isolé du Magistère ordinaire & universel doté de l'infaillibilité, ce qu'il est vraiment et authentiquement.
           
        Alors, effectivement, il ne reste donc plus qu'un tiroir où le lefébvriste peut caser les Actes de Vatican II, celui dit authentique, de soi non-infaillible (je veux le suivre, ici, dans son faux raisonnement).
           
        Un article de l'Ami du Clergé cadre bien ce Magistère authentique non-infaillible quant au pape, dont il est fort important cependant de dire qu'on ne l'a vraiment mis sur le chandelier de l'Église que dans la période moderne (il n'en est absolument pas question dans Vatican 1er) : "En-dehors de là [du domaine du Magistère ordinaire et extraordinaire strictement infaillible], il y a présomption en faveur de son inerrance [au pape], à cause de l'Assistance divine qui lui est promise, et pratiquement on doit un assentiment religieux ferme et sans réserve aux décisions pontificales personnelles ou émanant des Congrégations romaines. Bien qu'elles soient réformables, elles excluent absolument tout défaut de prudence et tout mal moral ; elles sont l'autorité éclairant les doutes de la conscience pratique. Les circonstances changeant, ces décisions peuvent être modifiées ou même abolies, et il n'y a pas lieu de se scandaliser de ces changements ni d'opposer les décrets d'un pape aux décrets d'un autre ; mais cette mutabilité n'enlève rien au devoir strict que les fidèles ont de s'y soumettre" (Tables générales 1909-1923, p. 381, 2e col.).
           
        Ce magistère authentique recueille en fait tous les actes des papes et des Évêques qui ont trait à la gestion pastorale du Peuple de Dieu sans faire partie de l'enseignement ayant trait au noyau de la Foi ou des Mœurs proprement dit, sauf de manière plus ou moins éloignée. Mais cependant, là encore, donc, l'assentiment du simple fidèle à ce genre d'actes est absolument requis. On pourrait de prime abord s'en étonner puisque ce Magistère authentique n'est pas couvert par l'infaillibilité. Et pourtant, rien de plus juste, car l'Église est SAINTE. L'infaillibilité accordée à l'Église n'est en effet elle-même qu'une conséquence parmi d'autres, la plus importante certes, de l'Assistance permanente du Christ et de l'Esprit-Saint à l'Église : lors même, donc, que l'Église n'est pas dans le cadre du Magistère ordinaire ou extraordinaire infaillible, elle est quand même assistée par le Christ de telle manière que le fidèle est sûr que toutes ses directives ne peuvent que le mener dans la voie du salut, quand bien même il y aurait erreur dans l'ordre temporel ou accidentel.
           
        Le lefébvriste nous dit donc que tous les Actes de Vatican II ressortent de ce Magistère authentique, c'était d'ailleurs à peu près le message du monsignore romain, Mgr Gherardini.
           
        Cependant, même dans ce cas où il constate le non-emploi du mode magistériel extraordinaire dogmatique à Vatican II, où il y récuse aussi (hérétiquement) celui du mode ordinaire & universel, le lefébvriste n'en est pas moins obligé de prendre acte de l'impossibilité théologique que même les seuls actes du magistère authentique puissent être hérétiques ou favens hæresim, comme il appert de moult Actes du concile moderne. Je laisse le soin à l'abbé Gleize de nous le dire, il le fait très-bien : "L’acte de magistère non-infaillible et simplement authentique oblige lui aussi, au for interne : il est contraignant. Certes, il ne réclame pas un acte de foi, mais il réclame quand même un acte d’obéissance (le fameux «assentiment religieux interne») sous peine de faute grave. Le pape Pie IX va même jusqu’à dire qu’on ne peut refuser d’adhérer aux enseignements du magistère simplement authentique «sans aucun détriment aucun pour la profession de la foi catholique»" (Du magistère vivant et de la tradition - Pour une "réception thomiste" de Vatican II ?, p. 3). "La critique des enseignements du Concile est donc possible si et seulement si il s’avère que nous n’avons pas affaire avec Vatican II à l’exercice d’un véritable magistère (infaillible ou pas)" (ibid., p. 4).
           
        La seule (et abominable) porte de sortie que trouve alors le lefébvriste pour fuir cette obligation d'adhérer aux hérésies de Vatican II quand bien même ses décrets ne seraient que du ressort d'un département magistériel authentique non-infaillible, est donc de déclarer Vatican II un non-Magistère. Qu'il me pardonne de lui dire qu'il retombe là dans sa vomissure, une fois de plus : "Mais il leur est arrivé ce que dit un proverbe très vrai : Le chien est retourné à ce qu'il avait vomi ; et la truie, après avoir été lavée, s'est vautrée dans la boue" (II Pet II, 22). Le porte-plume théologique de la Fsspx n'hésite pas à écrire de manière complètement monophysite, en effet, dans un aveuglement total : "L’acte de magistère se définit par son objet, et, comme nous l’avons expliqué plus haut, cet objet est la Révélation transmise par les apôtres c’est-à-dire le dépôt de la foi à garder saintement et à expliquer fidèlement. Et c’est pourquoi le magistère ecclésiastique est un magistère traditionnel et constant. Si, comme l’a fait Vatican II, on propose des vérités qui sont en opposition manifeste avec les vérités déjà enseignées comme révélées par l’Église, cette proposition ne peut pas être l’exercice d’un magistère digne de ce nom" (ibid., p. 4). Ce qui veut bien sûr dire que l'abbé Gleize ne juge Vatican II que par le seul criterium doctrinal, de manière parfaitement monophysite.
           
        Et de continuer par ces propos qui achèvent le caractère hérétique formel de son monophysisme impénitent : "Parce qu’ils ne sont pas l’expression d’un véritable acte de magistère, les enseignements du Concile Vatican II peuvent être jugés à la lumière du magistère de toujours, à la lumière de la Tradition immuable de l’Église. C’est d’ailleurs ainsi que Mgr Lefebvre concevait la critique du Concile. «Pour moi, pour nous, je pense, dire qu’on voit, qu’on juge les documents du Concile à la lumière de la Tradition, ça veut dire évidemment qu’on rejette ceux qui sont contraires à la Tradition, qu’on interprète selon la Tradition ceux qui sont ambigus et qu’on accepte ceux qui sont conformes à la Tradition" (ibid., p. 5). Ainsi donc, la surnature montrant plus encore que la nature qu'elle a horreur du vide, le monophysite lefébvriste, Mgr Lefebvre en tête, après avoir supprimé la réalité du Magistère, c'est-à-dire, excusez du peu, le pape et la hiérarchie légitime divinement instituée, ne peut que se prendre lui-même pour... le pape et la hiérarchie légitime divinement instituée. Si en effet, en Église, on supprime le pape, c'est parce qu'on l'est soi-même. On ne peut que constater par son propos même que Mgr Lefebvre, sans vergogne, sans aucune retour sur son comportement hérétique, réagissant trop passionnellement et dialectiquement à la persécution moderniste, n'éprouva aucun scrupule, pour garder "mains propres et tête haute" dans "la crise de l'Église", à remplir la fonction du... pape dans un concile, à savoir : juger les documents du concile, rejeter ceux qui ne lui plaisent pas parce qu'il les déclare non-conformes à la Tradition (alors que, sur le plan théologique, seul le pape actuel du présent a mandat divin de dire ce qui est conforme à la Tradition ou bien non), donner l'interprétation des enseignements qu'on juge soi-même ambigus par rapport à la Tradition, donner son placet à ceux qu'on juge être conformes à la Tradition...
           
        Loin donc de trouver une délivrance en connotant tous les Actes de Vatican II de simplement authentique, et donc non-dotés de l'infaillibilité, le lefébvriste est bien obligé de constater, et son porte-plume a l'honnêteté louable de le reconnaître, que son devoir de catholique reste aussi formel d'être soumis auxdits Actes, sans doute pas de la même manière que s'ils étaient dotés de l'infaillibilité de par le Magistère ordinaire & universel, mais aussi formellement. Reste donc devant les yeux du lefébvriste le mur élevé jusqu'au Ciel de l'Autorité inhérente à l'Institution hiérarchique des "membres enseignants" una cum le pape actuel, contre laquelle on ne saurait s'élever voire se rebeller sans être anathème.
           
        Mais au lieu de comprendre que cette situation ecclésiale plus qu'anormale montre une contradiction entre la nature divine et la nature humaine de l'Épouse du Christ, ce qui donc montre au regard catholique que l'Église est plongée dans l'économie de la Passion du Christ, dont saint Paul nous révèle qu'elle est "si grande contradiction" (He XII, 3), il n'y a pas d'autres déductions catholiques à faire en effet, le lefébvriste se braque en rebelle, dialectiquement et passionnellement, et refuse alors, s'anathématisant ipso-facto lui-même, de reconnaître qu'il y a eu un vrai Magistère à Vatican II. Ce qu'il a l'air d'oublier, c'est que dire et professer, comme il le fait erronément, que Vatican II est un non-Magistère en suivant un raisonnement monophysite hérétique, alors que Vatican II est un vrai Magistère, de par le mode ordinaire & universel, c'est exactement dire et professer la non-existence des "membres enseignants" una cum le pape actuel de toute une génération ecclésiale donnée. Le lefébvriste tire ainsi un trait annihilateur sur toute une génération ecclésiale donnée de "membres enseignants" certainement légitimes. Il y a en effet synonymie et équiparité théologiques parfaites entre les deux propositions, de professer un non-Magistère alors qu'on est en présence d'un vrai Magistère, et de professer l'inexistence théologique du pape actuel et de tous les évêques avec lui qui actent ce soi-disant non-Magistère.
           
        Les dernières et ultimes déductions de la doctrine lefébvriste hétérodoxe nous montrent donc qu'ils professent l'ecclesiovacantisme. Déclarer inexistante l'Église enseignante du présent que la Providence de Dieu nous donne, certes dans un état de crucifixion total, c'est être ecclesiovacantiste.
           
        Le lefébvriste est donc un ecclesiovacantiste, qui, on l'espère de tout cœur, s'ignore.
 
cerveau feminin
Théologie de "la crise de l'Église"
selon la thèse lefébvriste.....
 
        5/ "En conclusion, autant par la forme que par le fond, nous nous trouvons à Vatican II avec un non-Magistère ; une génération ecclésiale universelle donnée de "membres enseignants" avec le pape légitime actuel a eu beau se réunir comme, à beaucoup près, elle ne s'était jamais réunie aussi nombreuse auparavant depuis les assises de l'Église, elle n'a cependant pas manifesté le Magistère infaillible de l'Église catholique".
           
        Proposition théologique qui, je viens de l'écrire, est exactement dire : "Je suis ecclesiovacantiste". La position sédévacantiste bien connue consiste à professer que le pape moderne seulement n'est plus pape, à partir de Jean XXIII ou Paul VI. Puis ensuite, mais ensuite seulement, réfléchissant que le pape est comme le résumé théologique de l'Église, le sédévacantiste ne peut qu'étendre son sédévacantisme à l'Église moderne toute entière, c'est une extension obligée de son sédévacantisme. Mais le lefébvriste quant à lui, est bien plus radical : derrière une profession de bouche seulement, très-affichée, de croire à la légitimité des papes modernes et de l'Église qu'ils représentent, il va en réalité carrément, radicalement et brutalement, mais comme occultement, dès les prolégomènes de son positionnement théologique dans "la crise de l'Église", à inexister en bloc toute l'Église enseignante de la génération ecclésiale de Vatican II et post, c'est-à-dire toute l'Église du présent, englobant dès le départ de son raisonnement théologique, le pape actuel légitime avec tous les évêques unis à lui dans cette inexistence. C'est hélas bien cela que signifie théologiquement sa profession de mauvaise foi de déclarer Vatican II, un non-Magistère.
           
        En fait, découvrant jusqu'à fond ce qu'il est dans son cœur, on voit que le lefébvriste est un... super-sédévacantiste !
           
        J'avais déjà fort noté et remarqué en 2011, il y a donc plus de douze ans maintenant, lors de ma réfutation du Courrier de Rome n° 344 qui prétendait répondre aux objections que lui faisait le P. Cavalcoli, dominicain italien, cette profession de foi ecclésiovacantiste très-marquée des lefébvristes. J'en recopie ici quelques passages significatifs :
           
        ... Le lefébvriste en vient à donner sa solution empoisonnée, à savoir : recourir au Magistère du passé contre le Magistère du présent, pour s'exorciser du Magistère du présent quand il est erroné. Et de s'en justifier par ces propos qui ne font que montrer à tous qu'il s'empale, qu'il s'enferre soigneusement, à son grand dam, dans les profondeurs de Satan de ses raisonnements hérétiques : "Le Père Cavalcoli ne peut pas prétendre que le recours au Magistère strictement actuel est le seul moyen de connaître infailliblement la vraie doctrine". Et pour bien montrer que le Magistère du présent ne saurait rendre compte, avec sûreté, de la Foi, le rédacteur lefébvriste prend ici à tâche de nous embarquer dans une réflexion pseudo-philosophique sur le fait que... LE PRÉSENT N'EXISTE PAS VRAIMENT ! C'est hallucinant de voir jusqu'où peut aller une âme qui ne veut pas rejeter son péché intellectuel. Je cite : "Pris dans un sens très strict, presque «mathématique», ce principe [de recourir au Magistère strictement actuel] aboutirait à une absurdité : en effet, l'enseignement que le Pape a donné il y a deux jours n'est plus «actuel» au sens strict, et encore moins l'enseignement d'un Concile qui a eu lieu il y a cinquante ans. Pour être précis, la vérité est que pour un acte de foi actuel d'un membre de l'Église, la règle prochaine est toujours un enseignement passé (au moins de quelques instants)"...!! On est là en pleine folie hérétique qui veut se rendre à elle-même raison qu'elle s'appelle sagesse.
           
        Éh bien !!!, c'est dit. Allons jusqu'au bout du raisonnement, c'est-à-dire pressons tout le pus de l'abcès lefébvriste. S'il en était ainsi du présent que le dit le lefébvriste, alors, il serait un pur fantôme, un véritable ectoplasme spirite, il n'existerait pas. Quand par exemple je prononce une phrase et que vous êtes à deux pas de moi pour l'écouter, ô lefébvriste, cette phrase sera intellectuellement inaudible par vous puisque un mot en chassant un autre immédiatement la seconde suivante, alors, si je vous dis : "Vous êtes fou", vous ne pourrez pas le comprendre. En effet, quand ma langue, juste après avoir prononcé le mot "vous" sera rendue à prononcer le mot "êtes", vous n'aurez plus conscience du "vous" antécédent qui sera déjà évanoui dans les abîmes inconnaissables du passé, et donc vous ne pourrez plus savoir que c'est vous que je considère comme étant quelque chose, et lorsque, troisième palier, ma langue prononcera le mot "fou", il viendra en suspension solitaire dans un univers incompréhensible : non seulement vous ne pourrez pas comprendre que c'est "vous" que je considère comme étant "fou", mais pire, le mot "êtes" étant déjà lui aussi évanoui, vous ne saurez pas si je veux donner une définition générale de la folie par exemple, ou bien en qualifier une personne ! À ce stade-là, où le présent n'existe plus du tout, il n'y a plus, justement, qu'à sortir les camisoles de force pour en garrotter tous les lefébvristes. Le lefébvriste, là, pour justifier son hérésie, vient de nous faire un exposé de l'... inexistentialisme !! Le problème, c'est qu'au lieu d'être un amusant divertissement, un délassement de l'esprit sans suite, un peu comme Xavier de Maistre avait écrit son Voyage autour de ma chambre, on se rend compte, atterré, que le lefébvriste professe très-sérieusement sa folie inexistentialiste quant à la Foi sur le point capital de l'infaillibilité de l'Église actuelle : "L'Église magistérielle actuelle inexiste, donc je suis", nous dit-il. Le lefébvriste est bel et bien théologiquement dans la folie d'inexister l'Église actuelle. Ses propos hélas ne nous font que par trop bien comprendre où il en est, à savoir de ne pas croire à l'Église du présent, celle que le Christ nous donne hic et nunc...
           
        Après ce dangereux vent de folie, il est bon de rappeler la vraie doctrine, catholique, concernant "le seul moyen de connaître infailliblement la vraie doctrine" comme dit le lefébvriste, ce SEUL moyen qui réside TOUT ENTIER dans le Magistère ecclésial actuel du... PRÉSENT. Qu'est-ce que le Magistère ecclésial du présent ? Le Magistère ecclésial du présent, c'est tout simplement le dernier en date, dont, sous peine d'anathème formel, je dois prendre acte et que je dois intégrer à ma croyance, parce que c'est lui qui la fait vivre. Il y a évidemment plusieurs acceptions au mot "présent", mais, in casu, l'acception la plus obvie, commune, est que ce que je dois considérer comme le Magistère du présent pour moi, c'est celui de "ma" génération ecclésiale, celui qui est le compagnon spirituel, l'ange gardien salvifique de ma courte vie terrestre au regard de la vie multiséculaire de l'Église militante, celui de "mon" pape, ou de son successeur s'il vient à mourir quand moi je vis toujours. Je suis né en 1957 ; si je meurs en 2038, le Magistère du présent sera pour moi compris entre ces deux fourchettes de dates. Ce n'est pas plus compliqué que cela.
           
        Voici donc ce que j'écrivais en 2011, dans le cadre de ma réfutation du Courrier de Rome n° 344.
           
        Mais pour clore ce débat magistralement, faisons de nouveau appel au grand théologien jésuite qu'était le P. Perrone, il va exposer on ne peut mieux cette vérité que le Magistère de l'Église du présent norme celui du passé quant à la Foi, et non l'inverse : "… Il nous reste à démontrer que notre thèse [= l'Immaculée-Conception] est fondée sur le sentiment perpétuel de l'Église. Mais ce sentiment se montre dans la manifestation PRÉSENTE de cette même Église. (...) LA FOI ACTUELLE DE L'ÉGLISE EST UN CRITERIUM TRÈS-CERTAIN POUR PROUVER QUELLE A ÉTÉ LA FOI DE L'ÉGLISE À TOUS LES SIÈCLES ; car l'Église ne peut pas changer sa foi, qu'elle tient de la Révélation divine. Il peut se faire, il est vrai, qu'à certains siècles cette foi ait été moins connue, moins nette pour les simples particuliers, mais elle a toujours été la même en soi, et elle n'a subi aucun changement, car, s'il en avait été ainsi, non seulement la promesse divine de l'infaillibilité perpétuelle péricliterait, mais il en serait même fait pour toujours. [Et d'ajouter, en note :] De là Bossuet, dans son ouv. intit. Défense de la tradition et des saints Pères, pose-t-il légitimement ce principe avec saint Augustin : "Pour juger des sentiments de l'antiquité, le quatrième et dernier principe de ce saint (Augustin) est que le sentiment unanime de toute l'Église PRÉSENTE en est la preuve ; en sorte que, connaissant ce qu'on croit dans le temps présent, on ne peut pas penser qu'on ait pu croire autrement dans les siècles passés" ; ce qu'il développe longuement dans les chapitres qui suivent ; œuv. édit. de Versailles, 1815, tom. V, p. 42" (Perrone, t. II, pp. 423-424 & note 1 de la p. 424).
           
        Je prends maintenant un autre passage tout aussi significatif sur la question d'inexister l'Église du présent, dans ma réfutation du lefébvrisme de 2011 :
           
        ... Le rédacteur du Courrier de Rome invoque maintenant pour sa thèse le fait que le Magistère ordinaire & universel du présent peut parfois contenir un exposé doctrinal plus imparfait que celui qui a été fait, sur le même sujet, dans le passé. Cette affirmation est-elle catholiquement fondée ? Approfondissons cela, qui est un sujet d'étude fort intéressant. Nous verrons tout-à-l'heure que chaque acte du Magistère d'enseignement ordinaire & universel actuel est couvert par l'infaillibilité, non en ce sens qu'il est définitif (justement, ce n'est pas son objet, celui-là, de définition, étant l'objet exclusif du Magistère extraordinaire), mais en ce sens qu'il ne saurait contenir la moindre erreur, hérésie, sur une doctrine donnée. Pour résumer lapidairement la question : un acte isolé du Magistère ordinaire & universel actuel ne dit pas TOUTE la vérité sur une doctrine donnée, mais il est capital de saisir qu'il ne peut RIEN dire contre la vérité de cette dite doctrine donnée. De plus, il est de Foi que l'enseignement isolé actuel est, sous la mouvance du Saint-Esprit, celui qui est le plus en adéquation avec le désir spirituel et le besoin salvifique des fidèles au moment où ils l'entendent de la bouche des "membres enseignants".
           
        Ceci étant bien rappelé, est-il possible d'admettre que l'acte isolé du Magistère ordinaire & universel actuel à un moment donné de la vie de l'Église militante, puisse ne pas être le plus parfait quant à son ordonnancement au désir spirituel des "membres enseignés" qui vivent au moment où cet acte d'enseignement leur est donné ? Il est absolument impossible de l'admettre. Ce serait supposer que le Saint-Esprit n'est pas "au courant" de ce qui convient exactement aux fils de l'Épouse du Christ à un moment particulier de l'Église militante.
           
        Prenons un exemple concret. Supposons un père de famille chrétien et son enfant. À 8 ans, cet enfant est témoin d'un vol dans un supermarché, là, juste devant lui, et son père est présent, et il se rend compte que son enfant l'a vu. Il est évident que, à ce moment, le père va faire un long et approfondi enseignement à son enfant sur la nature du vol, son caractère peccamineux, etc., car l'enfant en a pris conscience et doit être enseigné en profondeur. L'enfant grandit, puis, à 11 ans, au cours d'une simple promenade avec son père, il reparle évasivement de vol, sans y attacher d'importance, et pose quelques questions superficielles à son père ; le père alors, voyant le peu d'intérêt de son enfant, ne fera que des réponses courtes et peu profondes sur le vol. Donc, à 8 ans, le père aura donné à son enfant un enseignement approfondi sur le vol, et trois ans après, il ne lui donnera qu'un enseignement fragmenté et superficiel. Le lefébvriste va en conclure : "Vous voyez bien que l'enseignement du passé peut parfois être plus complet et plus riche que l'enseignement du présent". C'est parfaitement vrai dans l'absolu, on ne lui fait nulle réticence de le concéder, mais cela ne revient pas à dire que l'enfant de 11 ans a besoin, pour le salut de son âme, d'entendre l'enseignement approfondi que son père lui a donné quand il avait 8 ans.
           
        Ce qu'il faut bien saisir, c'est que l'acte isolé du Magistère actuel d'enseignement ÉPOUSE LE DÉSIR SPIRITUEL SOUS MOTION DIVINE DE L'UNIVERSALITÉ DES FIDÈLES AU MOMENT OÙ LES "MEMBRES ENSEIGNANTS" LE POSENT. Il est de Foi, de fide, qu'il est en adéquation parfaite avec lui. Si donc, sous la pure motion du Saint-Esprit, les fidèles ne sont pas dirigés vers l'approfondissement de tel point de doctrine, ledit Magistère actuel ne fera, toujours sous motion du Saint-Esprit, qu'un survol de la doctrine en question. Les Pères de Vatican 1er ont d'ailleurs clairement exprimé la chose pour les définitions de leur concile dont les propositions, disaient-ils, n'avaient en vue que de réfuter les erreurs présentes, et non de faire un exposé exhaustif ex professo. Alors, pour conclure, que penser de l'affirmation de notre auteur lefébvriste : "L'enseignement d'un Magistère antérieur [peut être] plus clair que l'enseignement d'un Magistère actuel" ? Elle est juste et licite, mais sous expresse réserve de bien comprendre que s'il en est ainsi, c'est parce que, sous motion du Saint Esprit, les fidèles du Magistère actuel n'ont pas besoin d'en entendre plus.
           
        Or, il appert de son exposé que le lefébvriste ne sait pas en rester là, qui est orthodoxe. À partir de ceci qui est licite, on le voit se laisser entraîner plus loin, beaucoup plus loin, hérétiquement trop loin, en affirmant ensuite, par un glissement très-vicieux vers l'hérésie, subreptice et plein de malice (inconsciente ? c'est à souhaiter...), que le lefébvriste voudrait insensible par amalgame : "On ne peut pas exclure dans l'absolu que, en temps de crise, les affirmations claires du passé puissent clarifier ou juger les affirmations ambiguës ou erronées d'un enseignement présent". Clarifier : oui ; juger : absolument non. Ambiguës : oui (et encore, en excluant que ladite ambiguïté pourrait recouvrir un sens qui serait favens haeresim) ; erronées : absolument non. Là, désolé d'avoir à le lui dire, on voit le lefébvriste revenir encore à sa vomissure hérétique de considérer que le Magistère du présent, non plus seulement "imparfait" comme il est orthodoxe de le dire mais "erroné" comme il est hétérodoxe d'en faire seulement la supposition, puisse avoir à être "réparé" par le Magistère du passé. On ne saurait supposer, en effet, qu'il y ait une seule fois à missionner le Magistère du passé pour réparer "les affirmations erronées d'un enseignement présent", sans attenter mortellement au droit divin du Magistère infaillible du présent, actuel. La Foi enseigne que le Magistère du passé peut certes complémenter accidentellement le Magistère du présent, mais jamais substantiellement, c'est-à-dire comme s'il manquait doctrinalement quelque chose au Magistère du présent pour être catholique. Le Magistère du passé, contrairement à ce que pense hérétiquement le lefébvriste, n'a nullement pouvoir et mandat divins de "juger" le Magistère du présent (on a vu que c'est exactement tout le contraire qui est vrai puisque l'acte de jugement est un acte vivant, que donc, seul le Magistère du... présent peut poser, mettant sous son jugement même le Magistère du... passé).
 
cerveau feminin
Théologie de "la crise de l'Église"
selon la thèse lefébvriste.....
       
        Maintenant, quelques points annexes, qu'il me semble cependant important d'aborder avant de mettre le point final.
           
        À un endroit de son article, Vacant en reste à une confusion terminologique certaine quand il décrit l'objet différent des deux modes magistériels, extraordinaire dogmatique d'une part et ordinaire & universel d'autre part : "Or, il est une foule d’actes pontificaux qui se rapprochent plus ou moins, les uns des jugements solennels, les autres de l’enseignement quotidien, et, si l’on en dressait une liste complète, il serait impossible de marquer, dans cette liste, le point où le magistère ordinaire commence et celui où cessent les jugements solennels" (p. 31). L'abbé Gleize reprend sans réfléchir les obscurcissements de Vacant dans son article ("Mais il y a deux catégories de dogme : dogme de foi divine et catholique et dogme de foi divine et catholique définie" [comprenne qui pourra un tel brouillard-brouillon définitionnel !] ― Pour une juste réévaluation de Vatican II : la tradition et le magistère clairement définis, p. 4).
           
        Il ressort très-clairement de ce passage comme de quelques autres dans son texte, que Vacant ne sait pas bien définir ce qui différencie essentiellement l'objet du Magistère ordinaire & universel de l'objet du Magistère définitionnel. Il n'en faut pas vouloir à Vacant, il n'écrit, somme toute, que dix-sept ans seulement après le concile de Vatican 1er, en 1887, et la compréhension parfaite de ses énoncés fondamentaux n'est pas encore bien assimilé. Il reviendra à un bénédictin de Solesmes, Dom Paul Nau (1901-1984), déjà moult cité dans mon article, la gloire de l'avoir fait magistralement dans deux articles très-savants et d'une grande richesse, Le magistère pontifical ordinaire, lieu théologique, parues dans la Revue thomiste en 1956 et 1962. Dom Nau qui, soit dit en passant, a représenté son Père-Abbé Dom Prou à Vatican II et qui à Rome œuvrait pour le traditionnel Cætus Internationalis Patrum (il connut donc Mgr Lefebvre), bénéficie d'un recul du temps de plus de quatre-vingts ans après Vatican 1er et donc d'un apport plus grand du Saint-Esprit pour éclairer le dogme de l'infaillibilité magistérielle en Église. Il apporte dans ses deux articles des explications autrement lumineuses, qui permettent justement de bien délimiter les objets respectifs du Magistère ordinaire & universel et du Magistère extraordinaire, beaucoup mieux et clairement que ne le fait Vacant dans son article qui, certes, contient une excellente et magistrale doctrine générale sur le sujet, qui a de très-beaux passages comme celui qui inclut les simples "membres enseignés" que sont les fidèles, les prêtres, etc., dans les acteurs dynamiques et authentiques du Magistère ordinaire & universel (... pas besoin d'attendre la synodalité de François, exprimée de façon hétérodoxe, pour comprendre la place très-importante du "peuple de Dieu" dans l'expression ecclésiale du dogme !), mais dont il faut bien dire, après lecture, qu'il s'exprime de manière parfois obscure, absconse, son rédactionnel compliqué et parfois abstrus n'étant sûrement pas la qualité dominante de son article...
           
        Pour la première fois donc, quelques courtes années avant Vatican II, fut bien dégagé avec Dom Paul Nau le fondement substantiel des deux modes magistériels qui les différencie tous deux. Le moine bénédictin nous explique en des formules décisives et admirables, que le fondement substantiel du Magistère ordinaire & universel est l'enseignement doctrinal simple, non-achevé théologiquement, et qu'on a dangereusement appelé dans nos temps modernes, non-définitif, par opposition dialectique avec l'objet du Magistère extraordinaire qui, lui, a pour objet la définition dogmatique achevé théologiquement, que Dom Nau appelle une sententia finalis terminativa.
           
        Certains libéraux-modernistes voulaient soutenir qu'entre les verbes "définir" (qui regarde le Magistère extraordinaire) et "enseigner" (qui a trait au Magistère ordinaire & universel), il n'y a pas de différence substantielle, et que les deux verbes pourraient bien signifier la même chose. Dom Paul Nau en prit occasion pour bien rappeler, à partir des textes même de Vatican 1er, ce qui différencie substantiellement les deux objets des modes extraordinaire d'une part et ordinaire d'autre part, lisons-le : "Que l'acte du magistère ordinaire se présente comme distinct de la définition, le texte même de la Constitution Dei Filius le montre assez clairement. C'est en effet comme opposés l'un à l'autre qu'il introduit ces deux modes de présentations doctrinale : Sive solemni judicio, sive ordinario et universali magisterio. Mais les Pères ne se sont pas contentés de cette présentation négative. Parmi les nombreuses expressions employées par eux pour désigner les diverses formes que peut revêtir ce magistère [ordinaire], deux termes reviennent surtout dans la bouche des orateurs : Prædicatio et doctrina ; prædicat et docet. M. Caudron [l'objecteur à la pensée moderniste que Dom Paul Nau avait pris à bonne tâche de réfuter dans ses articles] pense qu'en leur sens générique, ils auraient aussi bien convenu aux définitions et aux jugements [réservés au mode extraordinaire de l'infaillibilité]. Quoiqu'il en soit de ce sens générique, ces expressions semblent bien employées ici dans le sens spécifique qu'elles ont toujours eu dans la tradition scolastique. De même que le judicium est l'acte propre du juge, de l'autorité qui prononce une sentence, la doctrina est l'acte spécifique elle aussi, du magisterium. (…) Démarche analytique, l'enseignement a pour but de faire connaître ce qui est contenu dans le principe d'une connaissance, dans la Révélation pour la connaissance de Foi, de «l'ex-poser», de «l'expliquer» pour le faire saisir à l'intelligence du disciple. Depuis les siècles, les prédicateurs apprenaient aux fidèles, comme une vérité contenue dans la Révélation, que Notre-Dame est montée au Ciel. Cette vérité, les théologiens la déduisaient de l'article de Foi à l'Incarnation et à la Maternité divine. Opération de synthèse au contraire, affirmant qu'une doctrine est réellement contenue dans son principe, le jugement achève la connaissance ou la proposition doctrinale par cette affirmation décisive : le 1er novembre 1950, Pie XII, revenant sur la doctrine couramment enseignée de l'Assomption de Notre-Dame, la confrontait avec son principe, la Révélation, pour définir que «c'est un dogme divinement révélé que Marie… a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste»" (…) De la seule affirmation qui constitue le jugement, on dira, à parler formellement, qu'elle est vraie ou fausse. De l'exposé, qui fait connaître le contenu de la Révélation, on s'exprimera plus rigoureusement en le déclarant fidèle : c'est l'expression qu'a retenue la constitution Pastor Aeternus : Ut fideliter exponerent" (Nau, 1962, pp. 364-367).
           
        Voilà pourquoi l'objet d'une définition extraordinaire est un dogme, quand l'objet du simple enseignement magistériel ordinaire & universel, est une doctrine, qu'il ne faut pas appeler dogme, comme le fait l'abbé Gleize, qui mélange là les torchons et les serviettes.
           
        ... Pourquoi ne pas oser une analogie qui, certes, comme toutes les analogies, sera boiteuse par quelque côté, mais qui aura l'avantage de donner une photo pratique de ce qu'est le Magistère en Église : l'analogie de l'Autorité parentale avec l'Infaillibilité ecclésiale.
           
        Cela peut aider à bien comprendre la différence entre l'enseignement simple et la définition dogmatique, c'est-à-dire entre le magistère ordinaire et celui extraordinaire, et surtout nous faire bien saisir que l'infaillibilité couvre autant l'un que l'autre. Lorsque les parents chrétiens ont à révéler la vérité de l'amour conjugal à l'enfant, ils ne lui diront pas "la vérité définitive" tout-de-suite, et de plus ils ne lui diront pas la même chose s'il pose question à sept, douze, ou seize ans ; cependant, à chacune de ces tranches d'âge, les parents conscients de leurs devoirs et fidèles aux bonnes mœurs chrétiennes, diront LA VÉRITÉ autant que l'enfant peut la comprendre, et ce sera là des vérités incomplètes, inchoatives, d'un Magistère ordinaire : ce qu'ils lui diront quand il a sept ans en évoquant par exemple la pollinisation naturelle des fleurs, etc., ne sera en rien un mensonge ni contraire à "la vérité définitive" qu'ils lui révèleront en une seule fois quand il sera en âge de l'entendre. Autrement dit, tout ce qu'ils lui diront à ces différents âges de sa vie, qui seront des vérités "non définitives" de leur magistère parental ordinaire, sera infailliblement ORDONNÉ à la vérité définitive, laquelle lui sera révélée en une seule fois uniquement lorsqu'il sera en âge de la comprendre, vérité définitive que, sur le plan doctrinal, on appelle une sententia finalis terminativa.
           
        Les relations entre les différents modes magistériels entre eux, sont aussi éclairées par cette analogie. En effet, la mère de famille a, on pourrait dire, l'exercice quotidien du "magistère ordinaire & universel" et tient le rôle du corpus des évêques, beaucoup plus que le père qui, quant à lui, a l'us du "magistère extraordinaire", c'est-à-dire prendre les grandes décisions dans le foyer chrétien, et tenant le rôle du pape. Lorsqu'un enfant a à obéir à la mère qui lui donne un ordre simple qui a trait au bon fonctionnement quotidien de la maison, et tous les jours cet ordre simple recommence ("Herménégilde, va acheter un pain d'une livre au boulanger !"), la nature de l'acte d'autorité est relativement inférieure seulement à celle d'un acte d'autorité posé par le père lorsqu'il prend, rarement, une grande décision donnant une nouvelle direction au foyer, infléchissant sa destinée, comme, par exemples, s'expatrier et changer de travail, faire changer d'école aux enfants, etc. Mais relativement seulement. Car notons avec soin que l'obéissance dûe par l'enfant à sa mère d'aller acheter un pain d'une livre est aussi stricte que celle qu'il doit à son père lorsqu'il prend la grande décision, "extraordinaire", de le faire changer d'école. C'est la même chose pour notre affaire : l'obéissance dûe aux actes émanant du Magistère ordinaire & universel en Église est aussi stricte que celle dûe aux actes émanant du Magistère extraordinaire… parce que tous les deux émanent aussi strictement l'un que l'autre de Dieu et sont fondés sur le droit divin, dont l'infaillibilité y attachée est le signe topique. De la même manière que l'autorité de la mère sur les enfants émane autant de Dieu, et à égalité, que celle du père de famille.
           
        Par ailleurs, ne manquons pas de noter avec soin comme le père et la mère n'ont pas l'exercice de leur autorité propre, extraordinaire et ordinaire, en séparé l'un par rapport à l'autre : bien au contraire du moindre clivage ou opposition entre eux, c'est un échange quotidien et permanent, un échange d'amour entre l'extraordinaire et l'ordinaire qui se perçoit plus encore, évidemment, en Église, on pourrait presque parler d'une circumincession de charité entre la mère et le père sur les décisions extraordinaires à prendre ou les simples ordres ordinaires à donner aux enfants. Et, par ailleurs, il n'est pas du tout exclu que le père donnât des ordres du… "magistère ordinaire" dans le foyer, et pas plus que la mère puisse exceptionnellement avoir à donner dûment un ordre du… "magistère extraordinaire", qui est une grande décision quant aux destinées du foyer, "rassemblée" avec son mari pour ce faire. Et vice-versa. Car l'un l'autre peuvent poser ces ordres ou décisions, ordinaires ou extraordinaires, ensemble ou en séparé. L'analogie peut encore être poussée plus loin : la mère comme le père, ou les deux ensemble, peuvent donner de simples conseils à l'enfant qui, sans être des ordres formels, lui indiquent la bonne direction pour sa vie, usant ainsi du… "magistère authentique". "Tu sais, Hermen', à ta place, je ferai ceci, je ferai cela, cela me semble être le bon choix pour toi dans cette situation où tu dois prendre une décision". Et l'enfant, là encore, s'il n'est pas tenu de suivre le conseil sous peine de péché grave, doit néanmoins le suivre s'il veut aller dans la bonne direction de sa vie, et il n'est pas sans péché que de ne pas le suivre. Etc.
           
        Mais j'en arrive maintenant à saint Vincent de Lérins. Le porte-plume théologique de la Fsspx en glose évidemment beaucoup dans son article À propos de saint Vincent de Lérins. Il n'a cependant pas assez retenu plusieurs choses importantes. Saint Vincent, on le sait, dans la crise arienne du Ve siècle, avait posé le premier ce principe, pour savoir ce que le catholique devait croire certainement : "Il faut croire certain ce qui a été toujours cru, par tous, et partout (quod ubique, quod semper, quod ab omnibus creditum est)", et les lefébvristes ont cru pouvoir en tirer toute leur théologie profondément hétérodoxe sur l'autorité du Magistère du passé par rapport à celui du présent, jusqu'à même annihiler ce dernier.
           
        Mais il est bon de rappeler que saint Vincent de Lérins était loin de dissocier hérétiquement le Magistère du présent de celui du passé, comme le fait le lefébvriste. C'est en effet bien à tort que le lefébvriste l'invoque comme un Père de l'Église qui aurait professé d'avoir recours au seul Magistère du passé à l'exclusion formelle de celui du présent, pour connaître de la Foi. D'autres textes qu'on lit de lui le prouvent : "Vincent de Lérins dit excellemment, dans son Livre des Instructions, n. 32 : «L'Église de Jésus-Christ est la gardienne soigneuse et attentive des dogmes qui lui ont été confiés ; elle n'y change jamais rien, elle n'en retranche rien, elle n'y ajoute rien, elle ne retranche pas les choses nécessaires, elle n'ajoute rien de superflu, elle ne perd pas ce qui lui appartient, elle n'usurpe pas ce qui appartient à autrui… Enfin, elle ne s'est jamais efforcée, dans les décrets de ses conciles, que de faire croire plus expressément ce que l'on croyait déjà simplement… Voilà, dis-je, ce qu'elle a TOUJOURS fait ; aussi, lorsqu'elle y a été poussée par les nouveautés des hérétiques, l'Église catholique, dans les décrets de ses conciles, n'a fait seulement que confier à l'Écriture, pour transmettre à la postérité, ce qu'elle avait y reçu par la Tradition seule»" (Perrone, t. 1, p. 310, note 1). Il est clair ici que saint Vincent de Lérins ne dissocie nullement la Tradition doctrinale ou Magistère du passé, de la profession de foi actuelle des Pères de l'Église d'une génération ecclésiale donnée, comme le lefébvriste trop pressé a cru pouvoir le déduire de son célèbre Commonitorium, s'appuyant à tort sur un cas d'école pensé par lui tout-à-fait… ex absurdo.
           
        C'est d'ailleurs parler par euphémisme, car la vérité, c'est que la formule lérinienne n'a jamais été considérée par l'Église comme le criterium premier et capital pour accéder à la Vérité. Perrone, dans sa Théologie dogmatique, a un passage où il réfute le fidèle qui voudrait connaître de la Foi par lui-même au moyen du principe lérinien, par ces termes : "Il ne faut pas oublier du reste que cette règle qu'enseigne Vincent n'est qu'un des criterium pour connaître la vérité catholique, mais qu'elle n'est pas le seul, et bien moins encore le principal moyen, le moyen suprême. Car l'enseignement perpétuel et toujours vivant de l'Église seule est tel [= c'est-à-dire le prêche du pape et des évêques de la génération ecclésiale du présent, veut dire le P. Perrone, en quoi consiste véritablement le Magistère ordinaire & universel] ; tous les autres lui sont soumis et en dépendent [… y compris, donc, le principe lérinien de Tradition…!]" (Perrone, t. VI, pp. 483-484).
           
        Pour finir sur l'aspect technique de mon travail, je dirai que, après beaucoup de lectures au fil de longues années, la plus belle formule que j'ai trouvée pour définir Vatican II sous le rapport de l'autorité magistérielle, est celle signée par un "rallié", l'abbé Christian Gouyaud, qui, sous le titre L'autorité du magistère actuel, a écrit dans La Nef n° 158 (2004) : "On peut donc dire que l'Église, à Vatican II, a usé d'une forme magistérielle extraordinaire (un concile œcuménique) pour un contenu ordinaire (le Concile s'étant abstenu de proposer des définitions dogmatiques infaillibles en bonne et due forme). Cette assemblée, constitutive d'«une communion en acte» des successeurs des apôtres avec le successeur de Pierre, mettait singulièrement en valeur l'aspect universel du magistère ordinaire". La forme de Vatican II fut bel et bien extraordinaire quand son contenu, son fond, fut, certes anormalement et contradictoirement aux usages, l'expression très-certaine du Magistère ordinaire & universel, infaillible de soi dès lors qu'il y eût enseignement simple de la Foi enté sur la Parole de Dieu, par une telle assemblée universelle autorisée (ce qui fut le cas, pour en rester là, de Dignitatis Humanæ Personæ). C'est singulièrement bien vu et tout aussi bien dit, cela rejoint d'ailleurs le propos judicieux de Mgr Ocariz, qui non moins magistralement, nous dit : "Le charisme de vérité et l'autorité magistérielle y furent [à Vatican II] certainement présents, au point que les refuser à l'ensemble de l'épiscopat réuni cum Petro et sub Petro pour apporter un enseignement à l'Église universelle, ce serait nier une partie de l'essence même de l'Église". Là aussi, on ne saurait mieux dire. Mais le Père Héris, o.p., affine encore la question en nous permettant de discerner ce qui est doté de l'infaillibilité magistérielle dans Vatican II et ce qui ne l'est pas : "Pour reconnaître les cas où l'infaillibilité de l'Église est engagée, il suffit de se rappeler que TOUTE doctrine enseignée universellement par les pasteurs chargés de conduire le troupeau du Christ, et donnée manifestement comme appartenant directement ou indirectement à la Révélation, est infaillible" (L'Église du Christ, Le Cerf 1930, pp. 44-45).
           
        C'est très-exactement le cas pour Dignitatis Humanæ Personæ, qui ose appuyer sa doctrine très-hérétique et même apostate sur la Parole de Dieu et la Révélation en trois endroits du très-exécrable et abominable décret ("Le Concile du Vatican déclare, en outre, que le droit à la liberté religieuse a son fondement dans la dignité même de la personne humaine telle que l'a fait connaître la Parole de Dieu et la raison elle-même" ― § 2 ; "Qui plus est, cette doctrine de la liberté [religieuse] a ses racines dans la révélation divine, ce qui, pour les chrétiens, est un titre de plus à lui être saintement fidèles [!!!]" ― § 9 ; "L'Église donc, fidèle à la vérité de l'Évangile, suit la voie qu'ont suivie le Christ et les Apôtres lorsqu'elle reconnaît le principe de la Liberté religieuse comme conforme à la dignité de l'homme et à la Révélation divine, et qu'elle encourage une telle liberté [!!!]. Cette doctrine, reçue du Christ et des Apôtres [!!!], elle l'a au cours des temps gardée et transmise" ― § 12)...
 
cerveau feminin
Théologie de "la crise de l'Église"
selon la thèse lefébvriste.....
       
        Conclusion générale. ― Nous avons vu où mène l'hérésie monophysite adoptée par le lefébvriste : pour ne vouloir faire l'examen théologique de "la crise de l'Église" que par la doctrine inhérente à la nature divine de l'Épouse du Christ, on l'a vu aboutir, au fond du cul de sac, à une monstrueuse hérésie ecclésiologique : l'ecclesiovacantisme, nier en corps d'institution l'Église du présent, nier la génération ecclésiale de "membres enseignants" una cum le pape actuel vaticandeuse et post, dont pourtant, très-contradictoirement, il professe de bouche reconnaître la légitimité.
           
        ... Mais alors, où se situe la solution théologique véritable de "la crise de l'Église" ? Quelle est donc la Parole du Saint-Esprit pour l'Église de notre temps moderne ?
           
        Pour la saisir, il faut premièrement bien respecter humblement la Constitution divine de l'Église telle que l'a confectionnée Jésus-Christ Notre-Seigneur lorsqu'Il est venu "habiter parmi nous" il y a 2 000 ans, passer en courbant notre "hommerie" (Montaigne) sous les fourches caudines du Saint-Esprit. Je l'ai rappelé en commençant ces lignes, l'Église, c'est Jésus-Christ continué. Et Jésus-Christ est vrai Dieu, vrai homme, cependant une seule Personne. "La crise de l'Église" s'analyse et s'examine donc sous deux rapports, la nature divine et la nature humaine du Christ incarné ecclésialement. Seul le résultat de ce double examen fait en même temps et comparativement peut donc nous faire la révélation au sens fort de ce qu'est vraiment "la crise de l'Église".
           
        Faisons donc maintenant quant à nous, catholiques, l'examen de "la crise de l'Église" sous les deux rapports, divin et humain, où il doit être fait, en respectant le Mystère théandrique qui constitue l'Épouse du Christ, et le Saint-Esprit va tout-de-suite nous donner la solution.
           
        Premièrement, l'examen selon la nature divine de l'Église, doctrinal, nous révèle la présence d'hérésies dans les décrets de Vatican II.
           
        Secondement, l'examen selon la nature humaine de l'Église, hiérarchique, nous révèle la légitimité certaine des acteurs de Vatican II et la certitude qu'ils ont dûment posé des actes inhérents au Magistère ordinaire & universel, doté de l'infaillibilité, dans les décrets mêmes où gît l'hérésie constatée lors du premier examen.
           
        Ce que révèlent donc ces deux attendus dans la Lumière du Saint-Esprit, qu'on pourrait appeler le Dieu de l'Évidence, c'est donc que la CONTRADICTION est rentrée dans l'Église, le principe de non-contradiction a sauté ; l'Église vit depuis Vatican II un écartèlement au cœur de sa Constitution divine, qui ne peut qu'aboutir à sa mort dans son économie de salut actuelle, dite du Temps des nations et de Rome son centre.
           
        Et c'est pourquoi tout le monde, à l'instar des onze Apôtres sur douze fuyant la Passion du Christ, a voulu fuir ce simple constat, qui pourtant est si simple à faire, si absolument vrai et véridique.
           
        Les tradis, toutes mouvances confondues dont bien évidemment celle qui nous occupe présentement, celle lefébvriste, ont trop voulu une solution humainement logique à "la crise de l'Église", par laquelle le principe de non-contradiction reste debout (et eux avec), ils n'ont oublié qu'une chose, c'est à savoir qu'il peut exister une contradiction DANS l'Église sans que cela signifiât que "les portes de l'enfer ont prévalu contre l'Église" irrémédiablement. Leur raisonnement fondamental, et ils ont foncé dessus comme taureau devant chiffon rouge et s'y sont très-passionnellement empalés, est qu'il ne peut y avoir contradiction dans l'Église. C'est par ce raisonnement apparemment logique que le démon des ténèbres, maître en fausses lumières, a attrapé malignement leurs esprits et qu'il leur fait épouser son mensonge total quant à "la crise de l'Église".
           
        Or, il est faux de postuler qu'il ne peut pas y avoir de contradiction dans l'Église sans que celle-ci signifiât automatiquement la victoire absolue et définitive du mal. Il peut y avoir en effet une contradiction dans l'Église sans que cela signifiât que "les portes de l'enfer ont prévalu contre elle", c'est lorsque l'Église est mise par la Providence divine dans l'économie de la Passion du Christ, laquelle est théologiquement une contradiction, synonyme d'écartèlement sur la croix, l'Église restant cependant dans cet état l'Église, identiquement à elle-même, comme le Christ mis en croix était toujours le Christ. Et cela arrive en Église lorsque nous sommes à la fin des temps de tous les temps, car évidemment cette situation de contradiction qui, à terme, verra la mort de l'Église-Épouse dans son économie de salut actuelle dite du temps des nations et de Rome son centre, à l'instar de celle du Christ mourant au terme de sa Passion, ne peut qu'être celle de la crise dernière, juste avant les grands évènements apocalyptiques devant finir par la Parousie glorieuse de Jésus-Christ Notre-Seigneur.
           
        Saint Paul nous révèle fort bien cette contradiction lorsqu'il décrit, par ses mots lapidaires et tellement inspirés, l'économie de la Passion du Christ : "Considérez, en effet, Celui qui a supporté contre Lui-même de la part des pécheurs une telle contradiction, afin que vous ne vous lassiez point, l'âme découragée" (He XII, 3). Crampon traduit le mot par "une si grande contradiction", ce qui est beaucoup plus près du sens exact du texte. J'incline à penser, d'ailleurs, que la traduction française, qu'elle soit celle de la Vulgate ou de Crampon, tend à atténuer le sens du passage, qui signifie premièrement : une contradiction qu'à la vérité aucun être humain ne peut concevoir. Le fond de la pensée du grand Apôtre des nations est bien en effet de dire que la contradiction inhérente à la Passion du Christ dépasse toutes les limites de ce qui peut être humainement conçu (... c'est bien la raison pour laquelle, précisément, quasi personne parmi les catholiques contemporains ne comprend le fond de "la crise de l'Église" qui est "PASSION DE L'ÉGLISE", pas plus les modernes que les tradis du reste, et qui inclut donc cette même apocalyptique contradiction qui dépasse la faible capacité de la nature humaine...). Et effectivement, pour tâcher de bien le saisir, méditons à deux genoux comme Jésus, Dieu Transcendant incarné qui est en même temps le Roy des rois terrestres, fut moralement foulé aux pieds par absolument tous et chacun des pécheurs qui ont existé et qui existeront sur la terre, depuis le commencement du monde jusqu'à la consommation des siècles, d'une manière infinie et radicalement inimaginable. "Considérez celui qui a supporté contre sa personne une SI GRANDE CONTRADICTION de la part des pécheurs" (He XII, 3). C'est pourquoi d'ailleurs les âmes mystiques à qui Dieu fait la grâce de vivre la Passion, en reviennent complètement bouleversées, pour le peu qu'il leur est donné de la vivre...
           
        Or, cette même si grande contradiction inhérente à la Passion rédemptrice du Christ, dont la motivation spirituelle se trouve révélée par Jésus Lui-même le soir du Jeudi-Saint lorsqu'Il dit qu'Il nous a aimés in finem dilexi (ce qui, selon le mot latin, veut dire pas seulement : jusqu'à la fin de l'Amour, mais : jusqu'à l'excès de l'Amour), est revécue in concreto duro de nos jours par l'Église, puisque, justement, le fond de notre contemporaine "crise de l'Église", c'est qu'elle revit, en tant qu'Épouse mystique, la Passion et la mort sur la croix de son divin Époux, Jésus-Christ. La revivant, elle vit donc en même temps cette si grande contradiction qui dépasse l'entendement humain, contradiction sans coulpe ni faute pour l'acteur divin qui la vit et la meurt, le Saint des saints ou son Épouse mystique, l'Église.
           
        Ainsi donc, si on veut faire l'effort d'ôter le bandeau d'une logique humaine rationnalisée inspirée par Satan, qui aveugle nos yeux, le VRAI syllogisme, quant à "la crise de l'Église", est le suivant : Les papes de Vatican II et post sont certainement légitimes (majeure) ; les Décrets vaticandeux sont, pour la plupart, dotés de l'infaillibilité du Magistère ordinaire & universel (mineure) ; ils professent peu ou prou l'hérésie voire même l'apostasie radicale comme dans Dignitatis (conclusion).
           
        Là, nous sommes dans la "si grande contradiction", certes !, mais surtout et encore dans la vérité vraie en vérité de la situation de l'Église contemporaine... qui signifie formellement que l'Église vit depuis Vatican II dans l'économie de la Passion.
           
        Je vais bien sûr tout-de-suite expliquer comment ce syllogisme de "LA PASSION DE l'ÉGLISE" peut se compatibiliser avec la Foi sans qu'elle soit trouvée le moins du monde en défaut, mais auparavant remarquons bien que c'est cedit syllogisme que ne veut pas voir le tradi, et singulièrement le lefébvriste (comme d'ailleurs tout catholique de toute mouvance ecclésiale actuelle, quelle qu'elle soit, le lefébvriste n'est certes pas le seul à fuir "LA PASSION DE L'ÉGLISE", je ne lui en veux pas à lui particulièrement) : il devient fou furieux de devoir faire le constat véridique de l'hérésie ou plutôt de l'apostasie dans le Magistère infaillible des papes modernes certainement légitimes, ne comprenant pas que, par-là même, le démon l'empêche de vivre authentiquement et salvifiquement ce que le Saint-Esprit fait vivre à l'Église contemporaine : LA PASSION DU CHRIST.
           
        ... Mais, mais, mais, me dira-t-on immédiatement, comment ne pas conclure ipso-facto du syllogisme de "LA PASSION DE L'ÉGLISE" que vous venez d'énoncer, que "les portes de l'enfer ont prévalu contre elle"...?!?
           
        Tout simplement en comprenant qu'il existe deux sortes de contradictions dont l'Église, théoriquement, peut être victime : l'une, formelle, c'est-à-dire que cette contradiction serait mise en œuvre avec advertance du caractère hérétique formel contenue dans les Décrets peccamineux, par les acteurs agissant in Persona Ecclesiæ qui mettent en œuvre cette contradiction formelle, in casu, les Pères de Vatican II, et cette contradiction formelle, que la Foi nous enseigne être impossible, signifierait évidemment que "les portes de l'enfer auraient prévalu contre l'Église" ; l'autre contradiction, simplement matérielle, c'est-à-dire que les Pères de Vatican II ont certes promulgué in Persona Ecclesiæ leur hérésie et apostasie mais en toute inadvertance du caractère hérétique formel contenue dans les Décrets peccamineux (je le montre bien à propos de Benoît XVI, il me semble, dans la seconde partie de mon article écrit aux lendemains de sa mort, au lien suivant : https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/Que%20le%20pape%20Beno%C3%AEt%20XVI,%20MALGR%C3%89%20%20TOUT,%20repose%20en%20paix%20dans%20le%20Christ?Itemid=1). Or, si la première sorte de contradiction est bien entendu rigoureusement exclue (cela va sans dire), la seconde, qui signifie la mise de l'Église dans l'économie propre à la Passion, ne l'est pas du tout. Et c'est cela qu'il fallait comprendre...
           
        Ainsi donc, le syllogisme de "LA PASSION DE L'ÉGLISE" théologiquement bien désenveloppé et exposé à fond, et non plus brut de décoffrage comme je l'ai formulé plus haut, devient : Les papes de Vatican II et post sont certainement légitimes (majeure) ; les Décrets vaticandeux sont, pour la plupart, dotés de l'infaillibilité du Magistère ordinaire & universel (mineure) ; ils professent peu ou prou l'hérésie, voire même l'apostasie radicale comme dans Dignitatis, DE MANIÈRE SEULEMENT MATÉRIELLE, EN TOUTE INADVERTANCE, POUR FAIRE RENTRER L'ÉGLISE DANS L'ÉCONOMIE DE LA PASSION DU CHRIST, QUI MANIFESTE LA "SI GRANDE CONTRADICTION" (conclusion).
           
        Car c'est très-précisément de cette seconde manière seulement, c'est-à-dire par inadvertance totale, que les Pères de Vatican II ont promulgué leur hérésie et apostasie au concile moderne : c'est toute une génération ecclésiale donnée de "membres enseignants" una cum le pape actuel qui a été invinciblement aveuglée par une disposition particulière de la Providence divine sur la malice diabolique de leurs Décrets, aux fins surnaturelles supérieures de faire rentrer par elle l'Épouse du Christ, l'Église, dans l'économie de la Passion fondée sur la contradiction ou plutôt la "si grande contradiction" (He XII, 3).
           
        Il faut revenir à la Passion archétypale vécue par le Christ pour bien comprendre ce qui arrive à son Épouse mystique lorsque, elle aussi, a à vivre et mourir sa propre et personnelle Passion à la fin des fins de tous les Temps, c'est-à-dire pour comprendre ce qui nous arrive, à nous catholiques du temps présent, car c'est notre Église qui vit cette Passion terminale de nos jours. Je viens donc de poser, à la suite de saint Paul dans son épître aux Hébreux, que lorsque l'Église est mise par la Providence divine dans l'économie de la Passion, elle vit donc une "si grande contradiction", puis j'ai expliqué le sens à donner à cette contradiction, compatible avec la Foi. Saint Paul, dans une autre épître, celle aux Corinthiens, va nous révéler, dans une fulgurance transcendante dont il est coutumier, ce que signifie la "si grande contradiction". Il nous dit que lorsque l'acteur de la Passion (il parle du Christ bien sûr mais nous sommes fondés à transcrire pour l'Église), est mis dans la "si grande contradiction" simplement matérielle, cela signifie qu'Il est "fait péché pour le salut". C'est ce qu'il révèle aux Corinthiens : "Le Christ a été fait péché pour notre salut" (II Cor V, 21). C'est-à-dire qu'il nous révèle que la "si grande contradiction" est un péché matériel, à savoir sans aucune coulpe. Tout ce que l'on constate d'hérétique et d'apostat dans Vatican II relève donc du simple péché matériel sans coulpe endossé formellement par l'Église (car tous les Actes posés par les Pères du concile moderne le sont in Persona Ecclesiæ, sinon par le Magistère ordinaire & universel au moins par son Magistère authentique, l'abbé Gleize l'a bien vu), mettant ainsi l'Épouse du Christ dans l'économie de la Passion du Christ. Et c'est pourquoi, puisque être mis dans la "si grande contradiction" est en fait être "fait péché matériel" (au niveau du raisonnement, nous passons de la théologie dogmatique à la théologie morale), l'Ancien-Testament révèle que celui qui est ainsi soumis à l'économie de la Passion est donc réprouvé par la Justice de Dieu : "Celui qui est pendu au bois est maudit de Dieu" (Deut XXI, 23), il est de plus livré implacablement à "la puissance des ténèbres" (Lc XXII, 53). Et, inutile de faire un dessin surtout aux temps cala(très)miteux de François, c'est certes bien tout cela que vit et meurt à la fois notre Église contemporaine qui, depuis et par Vatican II, est "faite péché pour notre salut".
           
        Il y a donc deux écueils principaux à éviter soigneusement, devant cette situation de mise de l'Église dans l'économie de la Passion : soit nier qu'il y ait même une simple matière de péché sans coulpe dans les Actes de Vatican II, se tordant l'âme et l'esprit et, pardon, se masturbant la cervelle dans une malhonnêteté intellectuelle absolument insoutenable et insupportable à appeler blanc, le noir des décrets vaticandeux (c'est la fuite du "rallié"), soit au contraire trop voir le péché conciliaire, au point de transformer la simple matière du péché conciliaire en un péché formel, d'où il se déduirait bien sûr que "les portes de l'enfer auraient prévalu contre l'Église" si l'on en restait là, et alors, pour sortir de la contradiction, il n'y aurait plus, mais en péchant hérétiquement contre la règle prochaine de la Légitimité pontificale, qu'à nier la légitimité des Pères de Vatican II à commencer bien sûr par celle de Paul VI (c'est la fuite du sédévacantiste et du guérardien), ou encore, reconnaître de bouche seulement la légitimité des Pères de Vatican II, mais nier que cesdits Pères ont dûment mis en œuvre le Magistère ecclésial doté de l'infaillibilité à Vatican II (c'est la fuite du lefébvriste qui, derrière une très-fausse profession de bouche seulement de la légitimité des Pères de Vatican II, s'avère être bougrement ecclesiovacantiste).
           
        Le Christ a été fait péché pour notre salut ; l'Église contemporaine est faite péché pour notre salut. Notez bien que saint Paul nous plonge là en plein oxymore, c'est-à-dire dans une contradiction antinomique entre des termes mis ensemble (exemple : un jour nocturne), car le péché est en soi exclusivement générateur de damnation... et non de salut ! Mais justement, c'est là que se situe le nœud gordien de la question, un nœud de grande et salutaire mystique à dénouer, et qu'il faut bien comprendre.
           
        Pour que le Christ Rédempteur anéantisse le péché par sa Divinité, il faut nécessairement de toute nécessité théologique qu'il soit Lui-même "fait péché" RÉELLEMENT, et non simplement porter la malédiction du péché comme s'y sont frileusement cantonnés trop d'auteurs scolastiques. Or, la seule manière pour le Christ d'être "fait péché" sans que ne s'y trouve aucune espère de coulpe ou faute séparant de Dieu, tout en restant toujours le Saint des saints, est d'être "fait péché" simplement matériellement, le péché purement matériel excluant, en soi, dans le principe, toute coulpe. Et c'est exactement ce cas de figure qui arrive à notre Église à Vatican II : elle y est, elle aussi, à des fins co-Rédemptrices manifestes et évidentes, "faite péché pour notre salut".
           
        Car, faut-il le dire, saint Paul a raison de poser les choses de la Passion ainsi : l'acteur de la Passion, qu'il soit le Christ ou l'Église, est... "fait péché". Or, puisqu'il l'est pour notre salut, comme il le dit lapidairement si bien (c'était même la seule chose importante qu'il fallait qu'il dise après avoir dit que le Christ, et donc notre Église de fin des temps, est "fait péché", et c'est pourquoi, très-inspiré du Saint-Esprit, il le dit), alors, il ne peut être fait péché que d'une manière simplement matérielle, c'est-à-dire sans aucune coulpe ni advertance de la malice contenue dans le péché.
           
        Et c'est donc ce qui arrive à notre Église, depuis Vatican II (pour faire court et même extrêmement court !, car en fait il faut remonter au Concordat napoléonien si l'on veut avoir devant les yeux toute la genèse de "la crise de l'Église" et son péché originel, l'Église étant d'abord faite péché au niveau des Mœurs par le Concordat, puis, quelqu'un siècle et demi plus tard, les Mœurs corrompues ayant occultement corrompues la Foi, elle sera faite péché au niveau de la Foi elle-même, et ce sera bien sûr Vatican II qui l'enregistrera ; on lira avec grand'intérêt, si l'on aime la vérité intégrale et complète, mes deux derniers articles ; cf., pour le premier d'entre eux, au lien suivant : https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/coup-d-il-profond-sur-lactu-qui-buzze-et-le-buzz-de-lactu-invalidit-de-la-destitution-de-mgr-strickland-par-fran-ois-comme-de-celle-des-82-v-ques-fran-ais-par-pie-vii-lors-du-concordat-napol-onien-d-fense-des-v-ques-r-clamants-?Itemid=1 ― Une chose est d'ailleurs à remarquer soigneusement, c'est que le péché de "la crise de l'Église" se commet exactement de la même manière que celui originel d'Adam et Ève : d'abord, par les Mœurs, que représente la femme, Ève, puis ensuite, par la Foi, que représente l'homme, Adam) : l'Église, par les Décrets hérétiques voire apostats de Vatican II, éminemment celui de la Liberté religieuse, est faite péché POUR NOTRE SALUT, car les Pères de Vatican II à commencer par Paul VI ont promulgué cesdits Décrets peccamineux en toute inadvertance de la malice y contenue, complètement aveuglés sur cela par une disposition particulière de la Providence divine, Jupiter rend fous ceux qu'il veut perdre, quos vult perdere Jupiter dementat (non d'une perdition éternelle, mais seulement temporelle, c'est ainsi qu'Il a "perdu" son Fils sur la Croix, ce qui Lui a arraché ce terrible cri de désespérance ― et non de désespoir, comme l'avait voulu Luther ―, Eli, Eli, lamma sabachtani !).
           
        ... C'est dur à comprendre ? Certes, cela dépasse complètement l'humain, et si l'on ne dépasse pas ce stade (et rappelons-nous que onze Apôtres sur douze ne le purent point du tout, dépasser ce stade humain, lors de la Passion du Christ ; on ne saurait donc s'étonner que tous les cathos de nos jours ou quasi, fuient eux aussi par le moyen des théories les plus absurdes et folles, les plus hérétiques et impies, "LA PASSION DE L'ÉGLISE"...), on ne peut pas comprendre la Passion, ni celle archétypale du Christ ni non plus celle, actuelle, de son Épouse mystique, l'Église, qui la réplique de nos jours on pourrait dire en décalcomanie. Mais il faut comprendre humblement d'avoir à s'y soumettre, à cette économie de la Passion, si l'on veut goûter le fruit du salut, c'est seulement ainsi, en s'y soumettant, qu'on peut bénéficier des fruits de la Rédemption, et, quant à notre "crise de l'Église", des fruits de la co-Rédemption en cours...
           
        ... Vous ne pouvez pas le comprendre ?, et donc prenez la décision de ne pas vouloir le comprendre ?, pas vouloir croire que le sens profond de "la crise de l'Église" contemporaine est qu'elle vit la Passion du Christ jusqu'à la mort, usque ad mortem ? Je ne saurais en être surpris ni m'en offusquer, car le (petit) disciple que je suis n'est pas au-dessus du Maître. Hélas ! La nature de l'homme est ainsi faite qu'il fuit naturellement la Passion, même quand elle est divinement rédemptrice, ou ecclésialement co-rédemptrice comme de nos jours. Quand le Christ doit vivre Sa Passion et qu'Il la prophétise clairement à ses Apôtres, l'homme, dans les Apôtres, dit qu'il "ne comprend rien à cela". Or, pourtant, le Christ la leur annonce en termes simples, faciles à comprendre, absolument non-équivoques, au surplus Sa Passion était déjà révélée dans les écrits inspirés des prophètes de Yahweh que connaissaient fort bien les Apôtres, auxquels, d'ailleurs, Jésus les renvoie explicitement ("Ensuite, Jésus prit à part les douze, et leur dit : Voici que nous montons à Jérusalem, et tout ce qui a été écrit par les prophètes au sujet du Fils de l'homme s'accomplira. Car Il sera livré aux gentils, et on se moquera de Lui, et on Le flagellera, et on crachera sur Lui ; et après qu'on L'aura flagellé, on Le fera mourir ; et le troisième jour, Il ressuscitera. Mais ils ne comprirent rien à cela ; ce langage leur était caché, et ils ne saisissaient point ce qui était dit" ― Lc XVIII, 31-34 ; Luc, d'ailleurs, affine encore plus la question, en précisant dès les premiers chapitres de son Évangile, preuve soit dit en passant que Jésus avait annoncé sa Passion à ses Apôtres dès le début de sa mission publique, que "... ils ne comprenaient pas cette parole [prédisant sa Passion], et elle était voilée pour eux, de sorte qu'ils n'en avaient pas le sens ; et ils craignaient de L'interroger à ce sujet" ― Lc IX, 45).
           
        Convenons que Jésus, pourtant, la leur disait on ne peut plus clairement, cette parole de sa Passion ! En soi, donc, il n'y avait pas à... ne pas comprendre ! Il y avait juste à entendre le sens obvie, simple et non-équivoque, des mots prononcés par Jésus... Mais les Apôtres ne le purent pas, et je ne saurai me montrer surpris que la plupart de ceux qui lisent mon exposé sur "LA PASSION DE L'ÉGLISE" ne le puissent point non plus. En fait, c'est la chose en elle-même que les Apôtres ne pouvaient admettre, accepter, représentant pour lors tous les hommes dans ce refus de conscientiser la Passion. Et en effet, la Passion est tellement insupportable à l'homme, tellement contre sa nature, qu'il la rejette instinctivement, sans même y réfléchir consciemment : elle est vraiment extra-humaine, j'allais dire... extra-terrestre. Il faut d'ailleurs noter soigneusement que même la très-sainte Humanité du Christ a voulu la rejeter dans un premier mouvement, lequel premier mouvement n'est donc en soi entaché, le Christ étant parfaitement saint, d'aucune espèce de coulpe, aucun péché ("Père, s'il se peut, que ce Calice s'éloigne de Moi..."). Il ne l'a acceptée ("... cependant, non ma Volonté mais la Vôtre" ― Matth XXVI, 39), qu'après être passé par une effrayante suée de sang de tout son Corps, une hématidrose comme s'expriment les spécialistes, c'est-à-dire une sorte d'explosion interne de tout le micro-tissu sanguin sous-cutané, sous le coup d'une émotion extrêmement forte et violente, capable de faire mourir celui qui l'éprouve, un véritable tsunami métabolique, une révolte universelle irrépressible de tout le corps (certains spirituels considèrent d'ailleurs, à très-juste titre, l'Agonie du Christ au jardin des Oliviers comme une première mort : et il est parfaitement vrai que le Christ serait effectivement mort sur-le-champ s'Il n'avait été physiquement soutenu et conforté par l'ange l'assistant alors).
           
        Alors, si le Christ Lui-même ne put faire comprendre et admettre à ses Apôtres par des mots clairs et simples, dénués de toute ambiguïté, la Passion, comment pourrais-je prétendre, moi petit disciple, être mieux compris de mon prochain, lorsque je lui explique que l'Église vit en ce moment la Passion ?, tâchant pourtant le plus que je peux moi aussi, à la suite du divin Maître, d'employer pour ce faire les mots les plus simples, les plus clairs...? Je ne suis donc nullement étonné de la non-compréhension de la plupart de ceux qui me lisent, cependant que je leur dis, comme sainte Bernadette à qui lui jetait à la figure qu'il ne croyait pas aux Apparitions de Lourdes : "Je ne suis pas chargé de vous le faire croire, mais de vous le dire".
           
        ... Mais je vais m'arrêter là, dans l'exposé de "LA PASSION DE L'ÉGLISE", car je me rends compte que si je continue, je vais marcher sur les brisées de mon exposé de fond, mis sur mon site au lien suivant, que j'invite fort mon lecteur catholique à bien lire, surtout s'il est lefébvriste, parce qu'il est le seul à expliquer VRAIMENT la vraie situation de l'Église contemporaine et à en apporter la solution véritable, autant sur le plan théologique que, surtout, pour la conduite et la direction spirituelle de nos âmes dans cette via crucis qui est la nôtre (il serait tout-de-même bien lamentable que les tradis ne comprennent pas ce qu'un évêque moderne persécuté a compris, j'ai bien l'honneur chrétien de citer Mgr Joseph Strickland, invalidement destitué par le pape François : "... Je veux vous dire ceci à tous aujourd'hui : ne quittez jamais, jamais, jamais l'Église ! Elle est l'Épouse du Christ ! Elle est en train de vivre sa Passion, et vous devez vous résoudre à vous tenir résolument à la croix !"Lettre ouverte aux fidèles, 27 novembre 2023) : https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/13-la-passion-de-l-eglise/7-la-passion-de-l-eglise-2.
 
        Je vais terminer mon article par une boutade. Je ne crois pas aux lefébvristes rassemblés, mais je crois aux lefébvristes dispersés ! 
 
        C'est-à-dire je ne crois pas à la pensée lefébvriste sur "la crise de l'Église" partagée et admise par tous les évêques et prêtres de leur Institut, au moins par défaut et passivement, mais je crois au bon travail surnaturel qu'ils font, chaque clerc pris individuellement, isolément, près des fidèles et par rapport à l'Église Universelle. En effet, il faut quand même bien prendre acte que c'est grâce à Mgr Lefebvre et à la Fsspx que tout le monde, depuis "l'été chaud 1976", peut voir, s'il veut, que l'Église est rentrée dans sa Passion depuis Vatican II. Sans lui, sans la Fsspx, nous serions tous arrivés au règne de l'Antéchrist-personne, qui finira "la crise de l'Église" de manière apocalyptique, sans nous en rendre compte le moins du monde, ce qui aurait été très-préjudiciable pour le salus animarum... Et justement, il serait bien bon que les lefébvristes en prennent eux-même conscience, que l'Église vit désormais dans l'économie de la Passion du Christ usque ad mortem, parce que pour l'instant ils n'en prennent pas conscience, c'est-à-dire qu'ils aillent jusqu'au bout du bonum certamen certavi, puisque c'est par eux que cette grâce de conscientiser "LA PASSION DE L'ÉGLISE" a été donnée au monde !
 
        Quelle chose lamentable si ceux par qui la grâce a été donnée universellement aux âmes n'en profitaient pas eux-mêmes !!
           
cerveau feminin   
Théologie de "la crise de l'Église"
selon la thèse lefébvriste.....
       
        Ô grand et bon saint Joseph, Patron de l'Église Universelle, priez le Bon Dieu et la très-sainte Vierge Marie pour tous les lefébvristes, évêques, prêtres et fidèles, priez la Mère et l'Enfant pour ceux qui liront avec bon esprit mes présentes lignes dénonçant leur hétérodoxie quant à leur positionnement théologique dans "la crise de l'Église" (et même pour ceux qui les liront avec mauvais esprit), et bien sûr, priez pour moi aussi également, petit avorton de prophète !
 
En la grande fête de Saint Joseph,
Patron de l'Église Universelle,
Ce 19 mars 2024.
Vincent Morlier,
Écrivain catholique.
 
 
Saint Joseph
Saint Joseph
(Guido Reni, 1635)
 
 
19-03-2024 09:48:00
 

Les Évêques Réclamants d'Angleterre réclament une seconde fois près le pape Pie VII...

 
 
 
Les Évêques Réclamants d'Angleterre
réclament une seconde fois près le pape Pie VII...
 
 
 
 
"Voici que le dominateur,
le Seigneur des armées,
va ôter de Jérusalem et de Juda
l'homme valide et l'homme fort,
toute la force du pain et toute la force de l'eau,
l'homme fort et l'homme de guerre,
le juge et le prophète, le devin et le vieillard,
le chef de cinquante et l'homme au visage vénérable,
le conseiller, les plus sages d'entre les architectes,
et ceux qui ont l'intelligence des paroles mystiques.
Je leur donnerai des enfants pour princes,
et des efféminés domineront sur eux"
(Is. III, 1-4)
           
        ... Que prophétise par-là de précis Isaïe, le plus grand des prophètes de Yahweh, et qui nous regarde si fort, tellement fort ?
           
        En ce qui concerne notre ère post-révolutionnaire, il prophétise que le Dieu de Sainteté et de Justice, qui a créé l'homme avec une colonne vertébrale sur le plan spirituel plus encore que sur celui physique, est tellement fâché de voir sa créature la plus parfaite faite "à son image et ressemblance" (Gen I, 26) consentir depuis la Révolution à s'avilir ignominieusement devant Lui, en se comportant, dans ses devoirs d'Amour et de Religion envers Dieu et envers son prochain, comme un mollusque flasque, de la gélatine molle, un ectoplasme de zombie heureux de l'être, qu'Il a décidé d'ôter de ce peuple indigne tout chef et guide qui ressemblerait à un homme avec une colonne vertébrale. Car le peuple a les chefs qu'il mérite ; et on est toujours puni par où l'on a péché et par où l'on persiste à pécher encore. Et l'on a péché et on pèche encore, depuis la Révolution, essentiellement en tuant quant au Politique et en prostituant quant au Religieux, les Institutions de salut données par Dieu à l'homme pour qu'en en usant, il vive avec une colonne vertébrale.
 
        Voilà le grand châtiment du monde des hommes venant après la Révolution, qui, en vérité, n'est plus un monde d'hommes réels mais un monde d'hommes fantomatiques : Tout gouvernant avec une colonne vertébrale, autrement dit qui sait et met en pratique que la Vie de Dieu est la source génésiaque unique de la vie de l'homme sur cette terre sinon rien, sera ôté du milieu du peuple. Comme s'était écrié Léon Bloy, le plus grand des petits prophètes modernes, il y a déjà plus d'un siècle à présent : "Après les hippopotames, nous avons droit aux tapirs !", c'est-à-dire que des invertébrés indignes à face humaine de toutes sortes, sans jamais être autre chose que des invertébrés qui ont "oublié" qu'ils sont des hommes, par ailleurs mâles ou femelles, se succèdent et se succèderont les uns après les autres pour gouverner les hommes sans colonne vertébrale, c'est-à-dire sans Dieu, tant que le châtiment post-révolutionnaire divin durera...
 
        Quant à la massa damnata, comme disait saint Augustin en parlant des foules qui suivent les maximes du monde et sa séduction, les gouvernés qui, depuis la Révolution, boivent les "droits de l'homme" comme de l'eau et sont donc en train de se damner (sans pour autant qu'il faille en conclure qu'ils se damneront certainement, Notre-Dame à Fatima nous ayant demandé de prier expressément pour qu'il n'en soit pas ainsi : "Ô mon Jésus... prenez au Ciel toutes les âmes, surtout celles qui ont le plus besoin de votre miséricorde"), de ces peuples indignes désormais gouvernés pour leur punition par des hommes sans colonne vertébrale, voici ce qu'on en peut dire :
           
        "[Ce peuple dégénéré et corrompu] a autant de nerf et de ressort moral qu’une holothurie [= classe d'animaux marins au corps mou et oblong, dénuée de toute structure osseuse] rejetée sur la plage et attendant flasquement la prochaine vague. Son problème est justement l’absence totale de conviction de quelque bord que ce soit, car elle n’est pas CAPABLE d’avoir des convictions. Le fait est que cette entité collective amorphe suivra mollement ce qui bouge, ce qui lui semble avoir le pouvoir, ou même parler le plus fort. Donc pour le moment elle suit les satanistes aux manettes, mais à part constituer un bloc compact mais informe et inanimé, elle ne sert à rien.
           
        "Est-ce ce poulpe mongolien que les optimistes prétendent éveiller ? Mais chers amis, ce poulpe n’a ni pensée ni mouvement propre sauf celui que lui donne la gravité terrestre : lâché d’une certaine hauteur, il tombe jusqu’à atteindre le sol, où il reste immobile. Retournez le bocal (= renversez le pouvoir actuel) et l’acquisition d’une énergie potentielle le fera tomber à nouveau, c’est à dire qu’il suivra le nouveau pouvoir. Que le terme énergie ne vous donne pas de faux espoirs le concernant, il est bien trompeur dans son cas. Il est possible qu’une partie de la masse poulpesque réagisse, autant qu’elle en est capable du moins, lorsque les tyrans [qui la gouvernent] se mettront réellement à «décompenser», comme on parle en psychiatrie, c’est à dire lorsqu’ils passeront à l’action sanglante, ce qui ne saurait guère tarder je le crains. Même là, je pense pourtant que la majorité se laissera exterminer physiquement sans guère réagir, ou tout au plus ce sera la réaction purement nerveuse, et… quelque peu tardive, du canard qui court sans sa tête.
           
        "Le paysage de notre fin des temps étant ainsi brossé, force est de constater qu’au fil de mes méditations sur ce blog, quoique par des chemins divers, je reviens toujours à la même conclusion : en ces temps probablement terminaux, ce que Dieu demande de nous est notre sanctification. Comme dans tous les autres temps de l’Histoire, me direz-vous. Certes, mais le fait que nous soyons sortis ou sur le point de sortir de l’Histoire, ne fait que rendre plus évidente cette exigence, puisqu’on peut dire en simplifiant que ce qui était jusqu’alors notre priorité est devenu par la force des événements eschatologiques notre unique but ou devoir. Dieu nous a tellement ôté toute possibilité d’œuvrer à autre chose qu’il semble difficile de ne pas le comprendre (sauf à vouloir rejoindre la montagne flasque et gluante des holothuries : Dieu nous en garde !)" (L'impuissance et l'indispensable abandon, La Mésange, 15 novembre 2021, cf. https://blogdelamesange.wordpress.com/2021/11/15/limpuissance-et-lindispensable-abandon/).
           
        Isaïe résume très-bien l'affreuse situation applicable à notre monde post-révolutionnaire, ainsi : "Jérusalem chancelle et Juda va tomber, parce que leurs paroles et leurs œuvres sont contre le Seigneur, pour provoquer les yeux de Sa majesté. L'aspect de leur visage témoigne contre eux, et ils ont publié hautement leur péché comme Sodome, et ils ne l'ont point caché. Malheur à leur âme, parce que des maux sont tombés sur eux !" (Is III, 8-9).
           
        Ce qu'Isaïe prophétise là est très-clair pour notre monde de prévarication tous azimuts depuis la Révolution : non seulement les hommes n'ont plus de colonne vertébrale depuis qu'ils ont tué ou prostitué les Institutions politique et religieuse de salut données à l'homme par Dieu et son Christ-Messie, en proclamant orgueilleusement à la Face de Dieu les "droits de l'homme" par lesquels ils prétendent subsister et se sustenter par eux-mêmes, avec eux-mêmes et en eux-mêmes, dans une pseudo-liturgie sataniquement à l'envers, per ipsum et cum ipso et in ipso (car, en effet, l'authentique droit de l'homme n'existe que parce que le Droit de Dieu existe et le fait subséquemment exister), mais en outre, "mettant leur gloire dans ce qui est leur honte" (Phil III, 19), ils montrent devant la Face de Dieu et devant leur prochain, avec une arrogance et une impudence extrêmes et extrêmement insupportables, leur fierté d'être... sans colonne vertébrale, c'est-à-dire sans vouloir plus jamais que le Principe surnaturel donnât vie, innervât, celui seulement naturel, excommuniant en leurs âmes au moins implicitement ce qui vient de Dieu, le juste et le bon, l'intelligent et le vertueux, le beau et le distingué, le divin et la stabilité éternelle, la paix joyeuse et la force virile, pour ne plus faire de ces charismes divins dans leur vie humaine dégénérée que des succédanés très-damnés.
           
        ... Évidemment, si on fait une application étroite et étriquée de cette grande prophétie d'Isaïe à l'actu qui buzze et le buzz de l'actu, comme je le faisais pour commencer le discours de fond de mon dernier article, par exemple en l'appliquant au récent remaniement ministériel du pseudo-gouvernement constitutionnellement athée qui régit actuellement la France pour la punition des français, on ne peut qu'être extrêmement frappé de sa formidable justesse de vue et précision... surtout quand on a devant les yeux la mignonnette non moins que poupinette figure de celui qui s'est et qu'on a catapulté dans le rôle de premier ministre pseudo (je crois que si on pressait le nez de cet enfant efféminé, comme dit Isaïe, sûrement il en sortirait encore du lait, car il est permis de douter qu'il soit encore sevré...).
           
        Mais est-il besoin de dire que l'application de la prophétie d'Isaïe à notre époque formatée par la Révolution est beaucoup plus large et générale. Elle ne concerne évidemment pas que la sphère politicarde, la politicaillerie basse, méprisable et sordide du moment, elle concerne surtout celle religieuse par excellence, celle catholique à son plus haut sommet pontifical, et, plus encore, en fait, elle regarde toute la sphère métaphysique de l'homme, tout son cosmos salvifique, tout le domaine de l'homme et de l'humanité ordonné à son salut.
           
        C'est en effet d'une manière vraiment universelle que, depuis la Révolution, il n'y a quasi plus d'hommes sur la terre, ni dans les gouvernants ni dans le peuple ni surtout dans l'Église, plus d'hommes tel que Dieu l'a créé avec une colonne vertébrale, comme vivant de Dieu et ayant conscience que Dieu le fait vivre, qu'il tire de Dieu sa propre vie terrestre et passagère non pas seulement lors de sa naissance mais plus encore si l'on peut dire, jour après jour, instant après instant. Et Isaïe nous dit bien pourquoi, plus loin dans sa grande prophétie, c'est dans son ch. LIX, qui se peut résumer ainsi : "Il n'y a plus d'homme parce que la Vérité est à terre".
           
        Or, la Vérité, c'est Jésus-Christ, le Verbe de Dieu incarné qui s'est déclaré "Voie, Vérité et Vie" (Jn XIV, 6), par qui "toutes choses ont été faites [tout spécialement, l'homme, bien sûr], et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans Lui. En Lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes" (Jn I, 3-4). Et Jésus-Christ, Vérité incarnée qui fait vivre l'homme avec sa colonne vertébrale, a, dans son Amour ineffable pour l'homme, instauré une société en adéquation avec elle, à savoir 1/ la Société très-chrétienne sacrale, basée constitutionnellement explicitement sur le Christ, qui, pour faire court, originée à la Noël de l'an 496 par le premier roy très-chrétien, Clovis 1er, au moyen de la Sainte-Ampoule, fut détruite et assassinée radicalement au for public dans la très-sacrilège décapitation de son dernier successeur, Louis XVI, l'an 1792, et 2/ l'Église catholique, apostolique et romaine vivant intégralement au for public de la bonne Foi et dans les bonnes Mœurs, ce qui n'est plus du tout le cas depuis le Concordat au niveau des Mœurs, et encore moins depuis Vatican II, la corruption des Mœurs ayant envahi et corrompu la Foi, tout étant depuis lors entièrement corrompu au for public dans l'Église, prostitué à la Bête apocalyptique.
           
        Si en effet l'Église, contrairement à la première Institution politique de droit divin, ne fut pas radicalement détruite au for public lors de la Révolution, elle n'en fut pas moins radicalement subvertie par le principe révolutionnaire dès cette époque, tout en restant vivante, au moyen collaborationniste du Concordat napoléonien, dès 1801, ce qui la mit sous "la puissance des ténèbres" (Lc XXII, 53) et la fit rentrer, dès le sortir immédiat de la Révolution, dans l'économie de la Passion du Christ, étant dès lors "faite péché pour notre salut" (II Cor V, 21), sous le rapport des seules Mœurs pour commencer (en attendant que lesdites Mœurs corrompues corrompent la Foi, ce qui aura lieu quelqu'un siècle et demi plus tard, à Vatican II), dans l'attente de sa mort sur la croix, qui aura lieu lors du règne de l'Antéchrist-personne à la toute-fin des temps. Mort qui ne saurait plus tarder à présent, car "quant à l'échéance, elle est surabondamment indiquée par ceci qu'il n'y a presque plus moyen d'attendre, et que l'holocauste va empuantir l'univers, s'il n'est pas bientôt consumé" (Le fils de Louis XVI, Léon Bloy, ch. II).
           
        Mais seuls les hommes avec une colonne vertébrale, dignes de Dieu, vivant de la Vérité intégrale (et non intégriste), peuvent se rendre un compte exact, devant Dieu et dans le miroir de leur âme, de cette vraie situation, affreuse et surnaturellement épouvantable, tous les autres, qui ont abdiqué leur dignité d'homme vivant de Dieu, qui rampent sur la terre en avalant la poussière du sol, ne peuvent plus en prendre conscience...
 
Holothuria fuscopunctata Maldives 1024x768
Homme moderne après la Révolution...
... Oooôôôoooh pardon !! HOLOTHURIE
       
        Ces hommes avec colonne vertébrale, qui ont gardé la Foi intégralement avec les bonnes Mœurs politiques constitutionnelles, sont connus de l'Histoire, quoiqu'il faille devoir se servir d'un microscope très-puissant pour les apercevoir, et même du télescope Hubble, car, comme dit la prophétie, ils sont si peu nombreux qu'ils tiendraient ensemble sous un pommier : ce sont les anti-concordataires catholiques. Et, catholiques, eux seuls, en effet, le sont véritablement, intégralement et authentiquement. Eux seuls, effectivement, ont su garder l'intégralité de la Foi avec l'intégralité des bonnes Mœurs, entendues au sens large et complet du mot, qui inclue suréminemment le domaine Politique constitutionnel.
           
        Nous avons déjà pu nous en rendre compte en étudiant dans mon précédent article les premières Réclamations, etc., des Évêques Réclamants au pape Pie VII, par lesquelles ils dénonçaient son sacrilège attentat contre l'Ordre épiscopal fondé par le Christ c'est-à-dire en fait contre la Constitution divine de l'Église elle-même, en démissionnant de force tout le corps épiscopal national français légitime d'Ancien-Régime (sans même parler de son non moins sacrilège attentat contre le criterium paulinien de validité des sociétés politiques enseigné en Rom XIII, en osant réputer valides et légitimes les nouveaux pouvoirs politiques athées issus de la Révolution, à commencer par l'État français de Napoléon, rien qu'en acceptant comme partenaire concordataire co-contractant, un de ces pouvoirs invalides, l'État français de Napoléon, ce qui était ipso-facto le réputer être valide).
           
        Dans ce nouvel article, nous allons continuer à voir où se trouvent la vraie Foi et les bonnes Mœurs intégrales en étudiant la seconde mouture de leurs Réclamations, etc., aussi catholiquement forte, c'est le moins qu'on puisse en dire, que la première...
           
        Auparavant, cependant, avant de rentrer dans la chair du sujet, il ne me semble pas du tout inutile de méditer le descriptif que, dans le ch. LIX, Isaïe nous fait du monde des hommes sans colonne vertébrale de la post-Révolution, parce qu'ils ont tué la Vérité qui est Jésus-Christ en détruisant ou prostituant les Institutions politique et religieuse de salut qu'Il avait créées pour la faire vivre parmi les enfants des hommes. Considérons avec soin comme ce descriptif est criant de vérité sur notre situation. Jugez-en vous-même, amis lecteurs, je détache chaque verset, car ils méritent vraiment qu'on les rumine lentement, au profond et dans l'intime de nos âmes :
           
        "Ce sont vos iniquités qui ont mis une séparation entre vous et votre Dieu, et ce sont vos péchés qui Lui ont fait cacher Sa face pour ne plus vous exaucer" (v. 2).
           
        "Car vos mains sont souillées de sang, et vos doigts d'iniquité ; vos lèvres ont proféré le mensonge, et votre langue dit l'iniquité" (v. 3).
 
        "Personne n'invoque la justice, et personne ne juge selon la vérité ; mais ils se confient dans le néant et disent des vanités ; ils conçoivent l'affliction, et ils enfantent l'iniquité" (v. 4).
           
        "C'est pour cela que l'équité s'est éloignée de nous, et que la justice ne nous atteint pas. Nous attendions la lumière, et voici les ténèbres ; la clarté, et nous marchons dans l'obscurité" (v. 9).
           
        "Nous tâtonnons comme des aveugles le long des murs, nous marchons à tâtons comme ceux qui n'ont pas d'yeux ; nous nous heurtons en plein midi comme dans les ténèbres, nous sommes dans l'obscurité comme les morts" (v. 10).
           
        "Nous rugissons tous comme des ours, nous soupirons et nous gémissons comme des colombes ; nous attendions le jugement, et il n'est pas venu ; le salut et il est loin de nous" (v. 11).
           
        "Car nos iniquités se sont multipliées devant Vous, et nos péchés témoignent contre nous, parce que nos crimes nous sont présents, et nous connaissons nos iniquités :" (v. 12).
           
        "nous avons péché et nous avons menti contre le Seigneur ; nous nous sommes détournés pour ne pas marcher à la suite de notre Dieu [c'est exactement ce que la Révolution a fait faire aux enfants des hommes, abominablement cautionnés et confortés dans leur rébellion contre l'Institution de salut sociopolitique très-chrétienne par les papes modernes concordataires à partir de Pie VII], pour proférer la calomnie et la violence ; nous avons conçu et fait sortir de notre cœur des paroles de mensonge [= nos nouvelles structures politiques constitutionnellement athées sont aussi valides et légitimes que celles de l'Ordre très-chrétien, si, si !, c'est pourquoi, dira Pie VII, il faut leur faire serment d'obéissance !, c'est pourquoi il faut prier pour leur salut à l'église !, c'est pourquoi il faut attribuer à ces pouvoirs politiques athées les "droits et prérogatives" réservés à l'Ordre très-chrétien !, comme ce pape dégénéré osera le formuler dans les art. VI, VII, VIII & XVI du Concordat]" (v. 13).
           
        "Et la justice s'est retournée en arrière, et la justice se tient éloignée, parce que la vérité a été renversée sur la place publique, et que l'équité n'y a pu entrer" [Depuis la Révolution confirmée par le Concordat sacrilègement parce que religieusement, il n'y a rigoureusement plus aucune possibilité pour l'Ordre très-chrétien d'exister au for public, pour y procurer à l'homme son salut] (v. 14).
           
        "La vérité a été en oubli, ET CELUI QUI S'EST RETIRÉ DU MAL A ÉTÉ DÉPOUILLÉ [... comme cela décrit à merveille la situation faite aux Évêques Réclamants par le pape apostat de l'Ordre très-chrétien, qui leur a invalidement arraché la possession légitime de leurs églises-épouses diocésaines dans l'iniquité la plus totale !]. LE SEIGNEUR L'A VU, et Ses yeux ont été blessés de ce qu'il n'y avait plus de justice" (v. 15).
           
        "Il a vu qu'IL N'Y A PAS D'HOMME, et Il a été étonné que personne n'intervînt [non seulement pour dénoncer la sacrilège iniquité du Concordat de 1801, mais même après l'épopée napoléonienne, lors du concordat avorté de 1817 passé avec Louis XVIII, "personne n'intervînt" pour rétablir véritablement l'Ordre très-chrétien des diocèses, et surtout pas le pape Pie VII, perdu de démocratisme, comme vont excellemment bien nous le dire les Évêques Réclamants d'Angleterre, ainsi qu'on va le voir sans tarder] ; alors Son bras L'a sauvé, et Sa propre justice L'a soutenu" (v. 16).
           
        "Il S'est revêtu de la justice comme d'une cuirasse, et Il a mis sur Sa tête le casque du salut ; Il S'est revêtu de la vengeance comme d'un vêtement, et Il S'est couvert de Sa colère comme d'un manteau" (v. 17).
           
        "Il Se vengera, Il punira dans Sa colère Ses ennemis, Il rendra à Ses adversaires ce qu'ils méritent [punition des méchants et bien sûr, en parallèle implicite, récompense des justes qui auront su garder, au moins dans l'intime de leur âme humiliée et persécutée, la Foi intégrale et les bonnes Mœurs en matière de Politique constitutionnelle, Justice certes à venir, que Dieu accomplira lors de la Parousie, après la chute de l'Antéchrist-personne... car soyons bien convaincus que plus la Justice tarde, moins elle meure, plus elle est vivante, plus elle est glorieuse et forte...]" (v. 18).
           
        Après avoir bien brossé la toile de fond, nous allons donc continuer ensemble, chers amis lecteurs, dans ce nouvel article qui sera une suite directe de mon tout dernier (cf. https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/coup-d-il-profond-sur-lactu-qui-buzze-et-le-buzz-de-lactu-invalidit-de-la-destitution-de-mgr-strickland-par-fran-ois-comme-de-celle-des-82-v-ques-fran-ais-par-pie-vii-lors-du-concordat-napol-onien-d-fense-des-v-ques-r-clamants-?Itemid=191), à entretenir notre Foi avec les seuls hommes spirituels forts de la force de Dieu qui, après la Révolution, ont eu l'insigne et très-méritoire courage de manifester sa Vérité et sa Justice intégrales, à savoir les Évêques Réclamants de Louis XVI refusant le Concordat napoléonien attentant, de par la caution pontificale très-hérétique et même apostate du pape Pie VII, à la Constitution divine de l'Église quant à l'Ordre épiscopal, non moins que plongeant l'Église de France (pour commencer ; toutes les autres nations de l'univers, dans le courant du XIXème siècle et début XXème, suivront "la fille aînée de l'Église" désormais concordatairement prostituée à la Bête de l'Apocalypse, sa vocation divine de diriger les peuples au Temps des nations fonctionnant toujours à merveille, certes, car "les dons et la vocation de Dieu sont sans repentance" ― Rom XI, 29, mais fonctionnant sataniquement à l'envers, "face de Dieu dans les ténèbres" dira Léon Bloy), plongeant l'Église de France disais-je, au beau milieu des ténèbres mortifères de l'abomination de la désolation dans le Lieu-Saint en l'obligeant sous peine de damnation à se soumettre à un pouvoir politique constitutionnellement athée, sur le plan des Mœurs (pour commencer, là encore ; cette corruption des Mœurs ecclésiales amenant infailliblement, quelqu'un siècle et demi plus tard, la corruption de la Foi, à Vatican II).
 
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        Mon lecteur se souvient sûrement que ces Évêques dont la colonne vertébrale n'était pas brisée étaient au nombre de trente-huit pour signer en 1803 la première série des Réclamation, etc., au pape Pie VII. Ce nombre d'hommes forts de l'Église réunissait là les vingt-cinq évêques de Louis XVI réfugiés en Allemagne, la plupart à Münster (... dont mes "ancêtres spirituels" si je puis dire, j'ai l'honneur insigne de nommer Messeigneurs Louis-Charles et Jean-Baptiste du Plessis d'Argentré...!), auxquels s'étaient associés treize autres, qui, quant à eux, s'étaient réfugiés en Angleterre, souvent près de Londres.
           
        Or, ceux qui étaient exilés en Angleterre rédigèrent un an après, en 1804, dans la foulée et la continuité catholiquement si forte et saintement virile des premières Réclamations, etc., une seconde série de Réclamations, etc., que cependant, pour des raisons conjoncturelles, ils ne purent faire signer par leurs pairs et frères Évêques Réclamants réfugiés en Allemagne.
           
        Mais plutôt que de faire une présentation de ces dernières, je préfère laisser parler eux-mêmes nos édifiants Pères français dans la Foi, ce sera mieux fait :
           
        "TRÈS-SAINT PÈRE,
           
        "Les Réclamations Canoniques et très-respectueuses contre différens [sic ; comme avec les premières Réclamations, etc., j'avertis que je conserverai l'orthographe vieux-françois du texte de ces secondes Réclamations, etc.] Actes relatifs à l'Église Gallicane que nous avons déjà mises aux pieds de Votre Sainteté, ont eu principalement pour objet les cinq premiers articles de la Convention conclue entre Votre Sainteté et le Gouvernement François, le 15 Juillet 1801 [= le Concordat], et ce qui a été fait ensuite pour mettre ces cinq articles à exécution.
           
        "Nous y avons représenté à Votre Sainteté, avec le profond respect qui lui est dû, et les témoignages les plus expressifs d'une soumission filiale, ce que nous avions reconnu dans l'amertume de notre âme, que, du consentement donné par Votre Sainteté à ces cinq articles et de ce qui a été fait ensuite pour les mettre à exécution, «il résulterait (contre l'intention sans doute de Votre Sainteté [... du moins, les Évêques Réclamants avaient la bonté grande et très-miséricordieuse de vouloir le croire...]) que si l'on ne se hâtait de remédier au mal [en revenant à l'ancien Ordre très-chrétien], si, par des délais, on le laissait s'enraciner, la Catholicité souffriroit un énorme préjudice ; les droits sacrés de l'Épiscopat se trouveroient anéantis ; la Constitution de l'Église se trouveroit altérée ; l'état entier de la Religion deviendroit précaire et incertain, et se verroit à la merci de tout gouvernement civil qui prétendroit dicter des lois, même en ce qui concerne les objets qui appartiennent le plus à l'ordre surnaturel» (Premières Réclamations, etc.) ; qu'enfin toutes les opérations qui avaient eu lieu jusqu'alors dans l'affaire dont il s'agit n'avaient abouti qu'à rendre l'état de la Religion Catholique en France, «plus fâcheux, et le danger de sa perte plus imminent» (Premières Réclamations, etc.).
           
        "En même temps, nous nous sommes aussi réservés «la faculté d'exposer encore d'autres griefs auxquels donnent lieu surtout la Convention conclue entre Votre Sainteté et le Gouvernement François le 15 Juillet 1801 [le Concordat] ; les Articles dits Organiques de cette Convention, publiés à Paris le 6 Avril 1802 ; et tant de faits affligeans qui ayant suivi la publication de ces deux Actes, semblent en être les fruits amers, d'où il résulte que de pernicieuses nouveautés sont introduites dans l'Église ; que la Religion de la Seconde Majesté [Notre-Seigneur Jésus-Christ et Son Église] est lésée ; qu'enfin, les droits de Dieu même et ceux des hommes sont si peu respectés que Dieu n'a plus ce que la piété lui a consacré, et que les hommes se trouvent frustrés de leurs propriétés incontestables» (Premières Réclamations, etc.) ; Griefs auxquels s'étendent nos [premières] réclamations.
           
        "Obligés, pour ne manquer à aucun de nos devoirs, de remplir cette seconde partie d'une tâche si pénible, et d'exposer ces autres griefs que, jusqu'à présent, nous n'avions fait qu'indiquer, nous commençons par celui auquel donnent lieu les articles VI, VII, Vlll, et XVI de la Convention du 15 Juillet 1801 [le Concordat]. Cette marche nous semble tracée par le rang même que les trois premiers de ces articles tiennent dans la susdite Convention. Ces articles portent :
           
        "«Art. VI ― Les Évêques, avant d'entrer en fonctions, prêteront directement, entre les mains du premier Consul, le serment de fidélité qui était en usage avant le changement de gouvernement, exprimé dans les termes suivants : “Je jure et promets à Dieu, sur les saints Évangiles, de garder obéissance et fidélité au Gouvernement établi par la Constitution de la République française. Je promets aussi de n'avoir aucune intelligence, de n'assister à aucun conseil, de n'entretenir aucune ligue, soit au dedans, soit au dehors, qui soit contraire à la tranquillité publique ; et si, dans mon diocèse ou ailleurs, j'apprends qu'il se trame quelque chose au préjudice de l'État, je le ferai savoir au Gouvernement”.
           
        "«Art. VII ― Les ecclésiastiques du second ordre prêteront le même serment entre les mains des autorités civiles désignées par le Gouvernement.
           
        "«Art. VIII ― La formule de prière suivante sera récitée à la fin de l'office divin, dans toutes les églises catholiques de France : “Domine, salvam fac Rempublicam ; Domine, salvos fac Consules” (Seigneur, sauvez la République ; Seigneur, sauvez les Consuls).
           
        "«Art. XVI ― Sa Sainteté reconnaît, dans le premier Consul de la République française, les mêmes droits et prérogatives dont jouissait près d'elle l'ancien gouvernement».
           
        "Nous nous bornerons ici à considérer les effets qu'a produits le consentement donné par Votre Sainteté à de si étonnantes stipulations. Que ces effets sont déplorables !, et qu'il nous seroit difficile de peindre la douleur profonde dont leur vue pénètre des Évêques qui regardent comme un devoir sacré la fidélité inébranlable à leur légitime Souverain.
           
        "Votre Sainteté n'ignore pas que la France a un Roi légitime : elle l'a solemnellement reconnu elle-même en écrivant à cet auguste Prince, comme aux têtes couronnées, pour lui faire part de son avènement au Siège de Saint Pierre.
           
        "En effet, le 14 Mars 1800, Votre Sainteté a adressé à Louis XVIII, Roi Très-Chrétien, une lettre dans laquelle on lit :
           
        "«La divine Providence, toujours impénétrable dans Ses jugemens, a voulu nous charger du très-pesant fardeau de régir et de gouverner son Église..... Une de nos premières pensées au milieu des sollicitudes multipliées dont nous sommes accablés dans ces premiers momens, a été de faire part nous-même à Votre Majesté de la nouvelle de notre élection..... Certes, nous n'omettrons rien pour vous faire connoître notre prédilection particulière, et nous rechercherons avec empressement les occasions de pouvoir montrer à Votre Majesté quelle est notre estime et notre amour pour elle. Nous prions votre Majesté d'être persuadée de ces sentimens intimes de notre cœur, et de croire que nous ne négligerons pas d'offrir à Dieu des vœux continuels pour Votre Majesté Très-Chrétienne, à laquelle et à sa Royale Compagne, nous donnons, avec la plus grande affection de notre cœur, la Bénédiction Paternelle Apostolique (Lettre Carissimo in Christo filio nostro Ludovico XVIII, Regi Christianissimo)».
           
        "Souverain vous-même au temporel dans vos États, Très-Saint Père, en même-temps que chef visible de la Religion seule véritable, sous ce double rapport, vous n'avez assurément voulu nuire en aucune manière aux droits que tient de Dieu le successeur légitime de tant de Monarques qui ont regardé et chéri comme les plus beaux de leurs titres les titres religieux de fils aînés de l'Église, et de Rois très-chrétiens. Cependant, les quatre articles de la Convention contre lesquels nous nous trouvons maintenant forcés de réclamer, ont fait, (contre l'intention sans doute de Votre Sainteté [... veulent toujours croire par très-grande bonté nos très-indulgents Évêques Réclamants...]) sur beaucoup d'esprits, de si funestes impressions, que ces droits incontestables et consacrés par l'autorité de Dieu même, en ont souffert un énorme préjudice" (pp. 3-9).
 
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Drapeau de la France très-chrétienne
 
        Ici, pour bien comprendre la grande justesse et la très-édifiante catholicité de la réclamation faite quant au Politique par les Évêques Réclamants au pape Pie VII trahissant abominablement la Foi par ses décrets concordataires regardant le domaine Politique constitutionnel (mais faisant mine de n'en rien faire, faisant semblant dans sa susdite lettre au roi Louis XVIII, qu'on ne peut que connoter de très-hypocrite, de reconnaître la légitimité de son pouvoir royal sur la France, bien marquée par lui au moins en filigrane ― pour simplifier, je fais ici abstraction de la mystérieuse question de la survie de Louis XVII, car de toutes façons cela ne change rien au fond de l'affaire), il est excessivement important de bien saisir le fond du problème : il regarde essentiellement une question de validité et de légitimité des sociétés politiques, comme étant constitutionnellement et structurellement aptes à procurer le salut éternel de l'homme en étant basées sur le droit divin (direct pour la France et indirect pour toutes les autres Nations), et subséquemment ordonnées à la poursuite du Bien commun, tant sur le plan surnaturel que naturel, criterium fondamental de validité des sociétés politiques enseigné par saint Paul en Rom XIII, comme je l'ai expliqué dans les premières pages de mon article précédent. Il ne s'agit nullement, qu'on le comprenne bien, d'une question de forme de gouvernement, royauté ou république, mais d'une question de fond.
           
        Qu'on saisisse donc bien que les Évêques Réclamants, ces hommes à colonne vertébrale intacte et non-brisée, ne vont pas, dans la suite de leurs Réclamations qu'on va lire maintenant, reprocher au pape Pie VII d'abandonner une forme particulière de gouvernance des peuples, à savoir la royauté, la question n'est pas du tout là, ils vont lui reprocher, à si juste et si catholique titre, à ce pape abominablement corrompu non pas même dans le républicanisme mais carrément dans le démocratisme sangniériste avant la lettre, ce dont fait (mauvaise) foi son très-exécrable sermon de la Noël 1797 (que Napoléon, l'ayant lu, qualifia de "sermon jacobin"), d'apostasier la Société politique très-chrétienne d'Ancien-Régime dans son acception large, de Clovis à Louis XVI, seule valide et légitime devant Dieu et devant les hommes jusqu'à la fin des temps (ce qu'a prophétisé l'évêque saint Rémy de Reims en sacrant Clovis), parce que basée explicitement sur le droit divin christique et ordonnée constitutionnellement et structurellement à la poursuite du Bien commun, satisfaisant donc au criterium paulinien de validité des sociétés politiques venant de Dieu, omnis potestas a Deo ; et, conséquence inévitable de cette apostasie par Pie VII de la seule Société politique valide et légitime durant tout le Temps des nations (ce qu'il ose professer dans le Concordat, en l'appelant dans l'art. XVI "l'ancien gouvernement", et déjà dans les articles IV & VI, il évoquait sans complexe le "changement de gouvernement"), ils vont lui reprocher en parallèle de réputer valide et légitime l'État français de Napoléon supplantant sataniquement en lieu et place l'Ordre très-chrétien, société politique très-assurément invalide et illégitime car rejetant formellement de se baser sur le droit divin, donc non-ordonnée au salut éternel de l'homme et ne satisfaisant nullement au criterium paulinien de validité des sociétés politiques, et subséquemment d'oser lui donner les droits juridiques fondés sur le droit divin qui n'appartiennent qu'aux sociétés politiques valides et légitimes (ce que Pie VII va oser dire dans le même art. XVI : "Sa Sainteté reconnaît, dans le premier Consul de la République française, les mêmes droits et prérogatives dont jouissait près d'elle l'ancien gouvernement").
           
        C'est en effet essentiellement une question de fond, et non de forme, dont il s'agit, il ne s'agit pas de royalisme ou de républicanisme, il s'agit de sociétés politiques constitutionnellement ordonnées à Dieu et au salut de l'homme, donc valides et légitimes, ou n'y étant pas constitutionnellement ordonnées, donc invalides et illégitimes.
           
        Voilà qui déjà déboute les calomniateurs hypocrites des Évêques Réclamants et des anti-concordataires, ces faux-culs de première qui remplissent tout le XIXème siècle, généralement ensoutanés, et même enturbannés comme le cardinal Pie l'évêque religieusement mondain de Poitiers, grand-phraseur et blablateur s'il en fut jamais, valet suffisant et infatué de lui-même de l'Église concordataire, aimant les honneurs de l'Église et d'y pontifier, ou encore le partisan, escrimailleur mais superficiel abbé Augustin Barruel, le P. de Clorivière même, et tutti quanti s'excitant comme des malades sans aucune Charité et encore moins de raisons théologiques valables contre les anti-concordataires, du haut de leur propre ou plutôt très-sale péché concordataire d'apostasie en matière Politique constitutionnelle, osant juger sans miséricorde la paille des anti-concordataires du haut de leur poutre concordataire, les accuser par exemple de rejeter le Concordat uniquement par leur attachement à une forme de gouvernement, le royalisme. Rien n'était plus faux, gravement calomniateur et mensonger. Mais je me réserve de régler le compte de tous ces "artisans d'iniquité" (Ps XXV, 4 ; Lc XIII, 27) qui se sont fendus à qui mieux mieux de raisonnements captieux contre l'anti-concordatisme, en finale de cet article...
           
        Car si les Évêques Réclamants s'attachent par la Foi à la Société politique d'Ancien-Régime conspuée et méprisée hérétiquement par le pape Pie VII, fieffé démocrate, ce n'est pas du tout par amour de sa forme royale, mais parce que cette dite Société d'Ancien-Régime, certes de forme royale, est constitutionnellement basée sur le droit divin, et que la nouvelle société post-révolutionnaire, républicaine, ne l'est constitutionnellement pas. C'est donc au nom d'une Foi très-pure qu'ils reprochent à si juste titre à Pie VII d'abandonner sacrilègement cette dite Société d'Ancien-Régime, seule légitime et valide devant Dieu et qui donc doit l'être identiquement devant les hommes jusqu'à la fin des temps.
           
        Nous en avons une fort belle preuve avec Mgr Jean-René Asseline (1742-1813), un des plus édifiants Évêques Réclamants de Louis XVI, né soit dit en passant dans les plus basses couches de la société, son père étant palefrenier de la maison d'Orléans, et s'étant élevé par son seul talent qui n'était pas petit, aidé et soutenu à cela par la bonne grâce de la famille d'Orléans, jusqu'à l'épiscopat. Considéré comme "un des plus savants prélats de son temps" et par ailleurs homme très-énergique dès qu'il s'agissait de la défense de la Religion, il est bon de savoir que c'est lui qui prit l'initiative près les Évêques exilés en Allemagne de rédiger les premières Réclamations, etc., que nous avons vues dans mon précédent article. Cependant, quoique très-attaché à la famille royale de France et à la personne de Louis XVIII ("il est en 1807, le confesseur du duc et de la duchesse d'Angoulême, sœur de Louis XVII et il succédera à l'abbé Henri Edgeworth de Firmont comme aumônier de Louis XVIII, à Mitau en Courlande. Il le suit en Suède puis en Angleterre et réside alors à Aylesbury près d'Hartwell"), lorsque celui-ci "lui demande dans une lettre, ainsi qu'à quatre autres prélats des plus distingués et des plus attachés à sa personne, son projet de confier à des prêtres d'élite la mission de ranimer et de soutenir chez les populations l'espoir et l'amour de la royauté, Mgr Asseline lui répond carrément le 31 octobre 1797 : «Il est impossible d'enseigner aux peuples que la religion catholique ne se lie bien qu'à la monarchie…, parce que la vérité est que la religion catholique se lie bien à toute forme de gouvernement légitime»" (cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Ren%C3%A9_Asseline).
           
        ... Et que voilà donc là le dernier mot et en même temps le premier, le mot du début, du juste milieu et de la fin de la chose, qui crée un abîme infranchissable, sans pont ni waypoint de passage, entre cette profession de Foi catholique de l'Évêque Réclamant de Boulogne-sur-Mer, et la profession de Foi apostate des papes concordataires et post, à commencer par celle de Pie VII : le mot... LÉGITIME !! Ce qui est important, effectivement, ce n'est pas tellement d'avoir des roys, des présidents, des consuls, des basileus, des archontes, ou tout ce que vous voulez, à la tête des peuples, mais de les avoir dans un gouvernement LÉGITIME, ce qui signifie, nous l'avons vu, que le gouvernement soit fondé constitutionnellement sur le droit divin (et, il est fort important de le bien comprendre, cette fondation politique sur le droit divin inclue obligatoirement le sacre du chef de l'État de droit divin, qu'on le dénomme roi ou non, le sacre étant signe topique signifiant formellement que l'autorité politique exercée par celui qui est sacré EST CELLE DE DIEU ELLE-MÊME, il n'est que le lieutenant, le tenant-lieu de cette Autorité divine qui lui est commise pour gouverner les hommes et les peuples), et qu'il soit subséquemment ordonné au Bien commun tant surnaturel que naturel. Ce que comprenait fort le dernier évêque légitime de Boulogne-sur-Mer (son diocèse fut supprimé concordatairement)... mais plus du tout le pape Pie VII ni plus aucuns de ses successeurs pontificaux qui l'ont suivi post-concordatairement sur le Siège de Pierre jusqu'à François, même les plus saints en leur for privé.
           
        Et tout l'enténèbrement mortifère de l'Église moderne vient de là : ne plus tenir compte du droit divin qui fonde l'existence métaphysique du pouvoir politique dans les Nations après la Révélation, sinon rien...
 
JeanMarieAsseline 3
Mgr Jean-René Asseline (1742-1813)
           
        Car si mon regard courroucé de sainte-colère se tourne vers les papes concordataires et post, je ne peux que constater que c'est cette question de fond super-essentielle justement, d'une Société politique valide d'Ancien-Régime contre une pseudo-société politique invalide d'État français napoléonien née des entrailles pestilentielles et diaboliques de la Révolution, question de fond qui domine toute la problématique, que tous les papes concordataires et post évacueront systématiquement et formellement de leurs raisonnements tordus, comme si elle n'existait pas, d'une manière scandaleuse presque incroyable, complètement apostate plus encore qu'hérétique, ne voulant voir mensongèrement et le plus faussement du monde la problématique que seulement sous une fallacieuse question de forme, ce qui eut pour résultat très-certain et effet damnable de cacher sataniquement à tout regard que la seule vraie question, quant aux sociétés politiques modernes post-révolutionnaires, était la question de fond, celle de la légitimité gouvernementale fondée sur le droit divin et le Bien commun, ou bien la non-légitimité.
           
        C'est tellement vrai ce que je dis que même le "meilleur" des papes post-concordataires, à savoir Pie X (1903-1914), nous donne une illustration fort honteuse de cette attitude aveuglée et mensongère des papes modernes de vouloir voir la problématique des sociétés politiques modernes sur une question exclusivement de forme, et non de fond.
           
        Pie X, en effet, pris d'instinct comme saint-patron des tradis mitigés comme les robinets entre l'eau chaude et l'eau froide, qui se satisfont des vérités diminuées (ne suivez pas mon regard), ne s'est pas du tout montré en reste de l’hérétique discours concordataire. Il est fort éloigné de dénoncer la non-ordonnance constitutionnelle des gouvernements modernes post-révolutionnaires au droit divin et au Bien commun, et donc d'avoir à les connoter formellement d'invalides et d'illégitimes, comme la Foi catholique lui en faisait cependant devoir extrême et très-grave, en tant que Vicaire du Christ-Roy.
           
        Commençons par nous pencher sur ce qu’il écrit dans sa lettre condamnant Le Sillon : "Ce que nous voulons affirmer encore une fois après Notre prédécesseur [Léon XIII, de très-sinistre mémoire ralliériste], c’est qu’il y a erreur et danger à inféoder par principe, le catholicisme à une forme de gouvernement" (Pie X, essai historique, P. Fernessole, t. II, p. 297). Certes, Pie X dénonçait ici Marc Sangnier qui posait que le catholicisme supposait nécessairement la forme démocratique de gouvernement, et ce n'est pas notre problème. Cependant, je cite ce passage parce qu'il illustre bien que Pie X ne comprend pas le vrai problème, le problème de fond. On constate en effet déjà sans peine que dans ce que le pape Pie X dit, il manque juste... ce qu'il ne fallait absolument pas qu'il manque pour faire de son propos, un propos bien catholique en matière politique constitutionnelle : le principe de légitimité. Il manque bougrement à son propos, pourtant apparemment identique à celui tenu au roi Louis XVIII par Mgr Asseline, qu'on vient de voir (= "Il est impossible d'enseigner aux peuples que la religion catholique ne se lie bien qu'à la monarchie…, parce que la vérité est que la religion catholique se lie bien à toute forme de gouvernement légitime"), le principe de légitimité des sociétés politiques. Le propos du pape Pie X aurait été parfaitement catholique, comme celui de Mgr Asseline, s'il avait dit par exemple : "Ce que nous voulons affirmer encore une fois après Notre prédécesseur, c’est qu’il y a erreur et danger à inféoder par principe, le catholicisme à une forme de gouvernement, du moment que ledit gouvernement soit légitime, comme étant constitutionnellement basé sur le droit divin et ordonné au Bien commun". Mais on ne trouve pas cette précision indispensable pour la catholicité du propos chez le pape Pie X, qu'on est heureux de trouver en un seul mot, le si bien nommé dernier mot, chez le très-catholique Évêque Réclamant de Louis XVI, Mgr Jean-René Asseline...
           
        La vérité, c'est que le pape Pie X ne comprend pas plus que ses prédécesseurs post-concordataires (et pas plus que ceux qui le suivront, jusqu'à François), ce fond exact du problème. Arrive pour lui la grande épreuve politico-religieuse de son pontificat, la crise de la Séparation de l’Église et de l’État que ce pape dut affronter en 1904-1905. Dans un très-pénible aveuglement de l'esprit, on va voir que Pie X va y professer sans équivoque aucune le discours concordataire pontifical invariable et hérétique depuis son prédécesseur Pie VII, commun à tous les papes post-concordataires, en ce compris les plus saints en leur for privé comme c’est ici le cas, à savoir l'indifférentisme de principe quant à l'ordonnancement ou bien non des pouvoirs politiques au criterium de validité paulinien des sociétés politiques.
           
        Voyons comment il se défend, dans le feu du combat, contre les sectaires : "Ce que vont être, contre Notre présent décret et Nos ordres, les récriminations des ennemis de l’Église, il n’est point difficile de le prévoir. Ils s’efforceront de persuader au peuple que Nous n’avons pas en vue uniquement le salut de l’Église de France ; que Nous avons eu un autre dessein, étranger [!] à la religion ; que la forme de République en France Nous est odieuse, et que Nous secondons, pour la renverser, les efforts des partis adverses ; que Nous refusons aux Français ce que le Saint-Siège a, sans difficulté [...!!], accordé à d’autres [à savoir, concrètement, de créer et de choisir leur constitution politique moderne, bien sûr républicaine-démocrate basée sur les "droits de l’homme"... athées !, donc non-ordonnée constitutionnellement au droit divin et au Bien commun !, puis, comme Napoléon l'a fait avec Pie VII, d'aller ensuite et par après demander un concordat et un coup de goupillon à l’Église pour la vernir frauduleusement de légitimité ! ; ce que donc, l’Église… accepte SANS DIFFICULTÉ, Pie X ose le dire !!]. Ces récriminations et autres semblables (…), Nous les dénonçons d’ores et déjà et avec toute Notre indignation, comme des faussetés" (Pie X, essai historique, P. Fernessole, t. II, p. 393).
           
        Saint Pie X donc, dénonce avec indignation, c’est lui qui le dit, le fait qu’on veut lui imputer que la constitution républicaine ATHÉE en France lui est odieuse. Mais si elle ne lui est pas odieuse, elle lui est donc... agréable, elle lui plaît, placet ! Il ose déclarer étranger aux sollicitudes de l’Église ce qui concrètement est la non-ordonnance constitutionnelle au droit divin et à la poursuite du Bien commun des gouvernements adoptée dans les nations après la Révolution, il ose se féliciter des concordats d’essence napoléonienne impie passés avec les gouvernements des autres nations, dont les constitutions, elles non plus, ne sont pas plus ordonnées au droit divin et à la poursuite du Bien commun que celle française post-révolutionnaire. Tu quoque, filii…
           
        En vérité, comment ne point voir ici que les vicaires du Christ-... Roy, préparent de leurs propres mains pontificales les conditions politiques idéales pour le triomphe de la subversion de la Liberté religieuse à Vatican II, l’indifférentisme politique constitutionnel qu'ils théorisent et pratiquent hérétiquement sans faille et qu'ils consomment sans modération, eux et personne d'autres, depuis Pie VII et le Concordat, amenant infailliblement à l’indifférentisme religieux, étant en fait rien moins que l’indifférentisme religieux de facto, le tout devant finir par le règne de l’Antéchrist-personne.
           
        Inutile, donc, soit dit en passant, d'aller chercher, par complotisme profondément obscurantiste, à œillères mensongères et inintelligent, des ennemis extra muros de l'Église pour la subvertir, les ennemis intra muros, ... et le plus puissant d'iceux-là puisqu'il s'agit du... pape légitime !, y suffisant fort bien, suffisant bien en effet à vérifier l'adage que le poisson pourrit par la tête (par SA tête, pas par la tête des autres...).
 
Carbonarism
Les papes concordataires modernes,
infiniment plus doués que les franc-maçons
pour subvertir l'Église et le Siège de Pierre...??
 
        À ce sujet, et en contrepoint de ce qui précède, je ne peux manquer ici d'évoquer les très-mauvais raisonnements cathos tradis qui ont été faits à propos des projets franc-maçonniques des carbonari italiens, aux temps des papes Léon XII, Grégoire XVI et de Pie IX. Certes, ceux-ci, en vrais fils de Satan, prévoyaient l'invasion du Siège de Pierre dès le début du XIXème siècle, non par un des leurs mais par un pape acquis aux idéaux de la Révolution. Citons par exemples quelques extraits, significatifs sur cela, de leurs courriers tirés des archives secrètes du Vatican, dont l'authenticité est certifiée par un bref de Pie IX adressé à l'écrivain Crétineau-Joly lorsque celui-ci les fit paraître avec sa bénédiction et presque sous son ordre, au beau milieu du XIXème siècle : "Ce que nous devons demander, ce que nous devons chercher et attendre, comme les Juifs attendent le Messie, c’est un pape selon nos besoins". Ou encore : "On a chargé nos épaules d’un lourd fardeau, cher Volpe. Nous devons faire l’éducation immorale de l’Église, et arriver, par de petits moyens bien gradués quoique assez mal définis, au triomphe de l’idée révolutionnaire par un pape".
           
        Or, ces lettres ont pratiquement tout le temps été citées inintelligemment, à l'appui de thèses contre-révolutionnaires partisanes, obscurantistes et complotistes, voulant que l'ennemi soit toujours à situer à l'extérieur de l'Église, et jamais, ô grand jamais !, à l'intérieur. Mais, avec l'affaire du Concordat, nous sommes en train de nous rendre compte que les Nubius et autre Volpe, ces adeptes carbonari, étaient complètement... dépassés !, ils avaient vraiment raté le train ! En effet, il suffit de lire le sermon démocrato-sangniériste de Chiaramonti futur Pie VII pour se rendre compte qu'il est complètement converti, déjà en 1797, avant même d'être élu pape, à l'idée, maçonnique s'il en est, de la démocratie en Politique, où l'homme prétend exister en lui-même, par lui-même, pour lui-même et avec lui-même, à l'exclusion formelle de Dieu ! Il suffit aussi de prendre acte que c'est Pie VII lui-même soi-même qui faisait rentrer les ennemis dans le Sacré-Collège puisque, par l'art. XVI du Concordat, il donnait des cardinaux avec droit d'exclusive au conclave à la République française... athée !! Mais en vérité, comment donc mieux faire que le pape Pie VII le fit dans le Concordat, pour arriver à faire élire un pape acquis "à l'idée révolutionnaire", que de donner des droits d'élection active et passive dans le conclave à des cardinaux qui étaient les instruments dociles d'un pouvoir politique maçonnique constitutionnellement... athée ?!! Heureusement, sûrement par une grâce d'aveuglement de la Providence divine, les impies à la tête de l'État français post-révolutionnaire constitutionnellement athée ne se rendirent pas compte que le pape du Concordat leur avait donné un tel incroyable pouvoir sur l'élection pontificale... mais s'ils s'en étaient rendus compte, ils auraient très-bien pu actionner par le cardinal français à leur botte et dévotion ce droit d'exclusive que Pie VII avait concordatairement mis dans leurs mains, pour, sinon mettre un mauvais pape des leurs sur le Siège de Pierre, à tout le moins empêcher l'élection d'un bon pape !!!
           
        Voici en effet le détail de ces "droits et prérogatives" auxquels faisait allusion Pie VII dans l'art. XVI du Concordat, d’après Boulay de la Meurthe : «La principale est d’avoir des cardinaux [!] ; il faut aussi mentionner le droit pour le gouvernement français d’avoir à Rome un cardinal-protecteur, un auditeur de Rote, un ambassadeur avec des préséances, une juridiction et l’exclusive dans le conclave [!!], des établissement, une académie des arts et une poste particulière [dans Rome]»" (Documents, t. III, p. 758, cité par DTC, art. "Concordats", col. 753). Tuediable & morsangbleu ! Est-ce qu’on se rend bien compte de ce qu’on vient de lire ?! Le pape Pie VII, de par le Concordat, plus satanique encore en vérité que la Révolution ne le fut car elle, au moins, affichait couleurs et gonfanon de Satan, accordait en droit à la République française constitutionnellement athée, des... cardinaux ayant droit d’exclusive dans le conclave !!
           
        Donc, en fait, loin qu'il faille s'imaginer d'une manière fort malsaine, et même dangereuse pour la Foi, des complots ourdis dans la noirceur ténébreuse des arrières-loges maçonniques contre le Siège de Pierre (il en existe sans doute, mais ils sont loin d'être le facteur principal de la pénétration subversive du Saint-Siège que l'on constate de nos jours), convient-il surtout de prendre acte que ce sont les papes eux-mêmes qui se sont déjà pervertis à l'idéal maçonnico-démocratique dès le Concordat napoléonien, dès... 1801 ! C'est sans doute un peu moins glorieux, mais c'est ainsi. Un psychiatre pourrait dénoncer ici un évident transfert de culpabilité : les milieux catholiques, à commencer par les papes du reste car c'est Pie IX qui veut révéler, par l'écrivain Crétineau-Joly, ces lettres de la franc-maçonnerie italienne, ne voulaient absolument pas prendre conscience ni admettre leur propre et gravissime faute commise par le Concordat, c'est-à-dire, concrètement, leur affreuse conversion aux idéaux maçonniques dans les Mœurs politiques constitutionnelles, et c'est pourquoi ils la mettent publiquement, cette faute, pour s'en dédouaner eux-mêmes et paraître rester doctrinalement "tout blanc", sur le dos de méchants situés extra muros... C'est certes toujours plus facile de frapper sa coulpe sur la poitrine de son ennemi que sur la sienne propre...
           
        C'est donc le pape Pie IX qui lance le premier le bouchon dans l'eau, un bouchon que, par exemple, Mgr Marcel Lefebvre gobera on ne peut mieux, mordant dans l'hameçon pontifical. Léon XIII suivant Pie IX, tombera lui aussi dans ce "transfert de culpabilité" en tâchant de dire, dans son célèbre exorcisme, que c'étaient les méchants (et eux seuls) qui tâchaient de subvertir le Siège de Pierre : "L'Église, épouse de l'Agneau Immaculé, la voici saturée d'amertume et abreuvée de poison, par des ennemis très rusés ; ils ont porté leurs mains impies sur tout ce qu'elle désire de plus sacré. Là où fut institué le siège du bienheureux Pierre, et la chaire de la Vérité, là ils ont posé le trône de leur abomination dans l'impiété ; en sorte que le pasteur étant frappé, le troupeau puisse être dispersé". La tirade est fort belle assurément, très-lyrique, presque romantique, mais un peu de mea culpa sur la poitrine pontificale n'aurait pas fait de mal, car qui donc, incontinent depuis le Concordat, subvertissait le plus le Siège de Pierre sinon le pape moderne lui-même soi-même, par la pratique concordataire pontificale avec des États constitutionnellement non-ordonnés au droit divin et à la poursuite du Bien commun, ce qui était très-concrètement pourrir les Mœurs des catholiques, à vocation certaine que cesdites Mœurs pourris pourrissent elle-même, plutôt tôt que tard, la Foi ?!?
           
        Les tradis sont donc tombés dans le panneau de ce "transfert de culpabilité". Mgr Lefebvre, pour en rester à lui, avait beaucoup retenu ces histoires de francs-maçons que l'historien Crétineau-Joly, aiguillé par le pape Pie IX, avait trouvé dans les archives secrètes du Vatican, et révélé dans son histoire L'Église romaine en face de la Révolution, ouvrage qui fut réédité comme par hasard en 1976, l'année même où Mgr Lefebvre montait au créneau pour lancer son combat contre la subversion de la Foi à Vatican II.
           
        Les méchants au reste, dans l'affaire, apparaissent comme ce qu'ils sont : de parfaits crétins complotant et supputant pour un futur qu'ils espéraient proche une subversion du Siège de Pierre qui était... déjà arrivée dans l'Église ! Ce dont, les sots, ils ne s'étaient même pas rendus comte !! "Le triomphe de l'idée révolutionnaire" sur le Siège de Pierre ? Mais c'est en effet... LE CONCORDAT NAPOLÉONIEN, tout simplement ! La suite, l'envahissement progressif de l'Église par les idéaux maçonniques, se transvasant par lentes graduations des Mœurs dans la Foi comme le rêvaient les méchants, n'en était que subséquence, conséquence, jusqu'à Vatican II qui verra crever l'abcès. Et ce ne sont pas eux, les méchants, qui l'ont fait triompher, cette "idée révolutionnaire", ce sont les papes eux-mêmes, essentiellement PAR LA PRATIQUE CONCORDATAIRE PONTIFICALE AVEC DES ÉTATS CONSTITUTIONNELLEMENT ATHÉES. Avec l'accord au moins tacite des grands-clercs de toute une génération ecclésiale, puisque, pour en rester à Pie VII, je rappelle qu'il fut élu alors que les grands électeurs près le Siège de Pierre étaient parfaitement au courant de son tristement fameux sermon démocrato-sangniériste de la Noël 1797...
           
        Mais, après cette digression importante, nécessitée par les graves erreurs de raisonnement adoptées par la généralité des cathos de préférence tradis, j'en reviens à présent au pape Pie X. Dans la question politique constitutionnelle, il n’est que trop vrai de dire qu'il fut aussi lamentable que son prédécesseur Léon XIII de mortifère mémoire ralliériste, et, au vrai, que tous les papes qui lui succèderont, jusqu'à François. Ainsi, toujours dans cette crise de la Séparation de l'Église et de l'État en 1904-1905, l’on voit Pie X réunir un consistoire secret, faire calmement devant les cardinaux le constat de l'antichristianisme virulent du gouvernement français, puis poursuivre : "… Tandis que les actes publics du Saint-Siège disent hautement qu'à ses yeux la profession du christianisme peut s'accorder parfaitement avec la forme républicaine, ceux-là [le gouvernement Combes], semble-t-il, veulent, au contraire affirmer que la République, telle qu'elle existe en France, ne peut avoir rien de commun avec la religion chrétienne. Double calomnie [!] qui blesse les Français, à la fois comme catholiques et comme citoyens" (Pie X, essai historique, P. Fernessole, t. II, p. 372).
           
        Quelle pénible chose d'avoir à commenter ici que le saint pape ne comprend rien à rien du fond vrai du problème, se trompe bougrement, complètement, voulant le plus follement possible s'en tenir à une question regardant la forme des gouvernements dans l'abstraction complète de la question de fond, et que les sectaires ont... cent mille fois raison contre lui ! Quelle humiliation de voir que les méchants crient la VÉ­RITÉ ! Et que le pape, le saint pape en plus, NE L'ENTEND ABSOLUMENT PAS ! Que lui crient-ils ? Ils lui crient que la République en France est constitutionnellement et obligatoirement antichrétienne, et ne peut qu'être ainsi (en effet, la forme gouvernementale en France ne peut être, par Volonté divine, que royale théocratique ; si donc l'on supprime les roys très-chrétiens, la république qui les supplante contre la Volonté divine ne peut évidemment qu'être... antichrétienne viscéralement, elle ne peut être donc que non-ordonnée constitutionnellement au droit divin et à la poursuite du Bien commun).
           
        Or, Pie X, la tête embarbouillée de l'utopie de Léon XIII à base d'une très-mauvaise scolastique, fait semblant de croire, ... ou malheureusement croit véritablement !, que ce n'est pas vrai, que les sectaires mentent, qu'en France, une république peut très-bien être constitutionnellement chrétienne et donc ordonnée à la poursuite du Bien commun ! Mais comment pouvait-il faire un raisonnement aussi fou et insensé par tous les côtés, puisque la République qu'il avait en face de lui, en 1905, était constitutionnellement... athée ?!?, comme toutes les républiques en France, d'ailleurs, le furent depuis l'État français de Napoléon ?!? C'était donc toujours et encore l'idolâtrie de l'en-soi politique, scolastiquement entendu, qui possédait son esprit comme celui de tous les papes modernes post-concordataires : la République de 1905 était une société constituée, un gouvernement établi, donc, elle ne pouvait QUE venir de Dieu et y ordonner son agir politique, raisonnement qui se déduit d'une lecture hérétique absolutiste de Rom XIII...
           
        Oh, combien, ici, se vérifie douloureusement une nième fois de plus que les fils des ténèbres sont plus habiles que les fils de la Lumière ! La Providence divine, cela crie dans l’occurrence, voulait réapprendre une bonne leçon au Saint-Siège défaillant depuis Pie VII et même Pie VI (je veux parler du Pie VI de 1796, celui de Pastoralis Sollicitudo, Bref dont j'ai dénoncé la doctrine abominable dans le premier de ma trilogie d'articles sur la question, cf. https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/les-moeurs-ecclesiales-concordataires-avec-les-etats-modernes-athees-partie-1?Itemid=1). Or, l'on voit fort bien dans ce passage que Pie X sent l’aiguillon de la providentielle leçon, mais… il ne la comprend pas, il n'en tire absolument rien, lui non plus, en restant d'une manière très-obsédée à une question gouvernementale de forme, quand il s'agissait essentiellement d'une question gouvernementale de fond. La preuve, c'est sa conclusion : "double calomnie !", s’écrie-t-il, indigné. Pour lui donc, c'est une calomnie de dire qu'en France, il ne peut y avoir une république chrétienne sur une constitution post-révolutionnaire… athée !!! Avouez qu'on est vraiment là en pleine folie, en pleine folie pontificale totale...
 
ConcordatBaiserLamourette
Sous l'apparence tellement trompeuse d'une "union sacrée", 
d'un très-hypocrite baiser Lamourette entre l'Église et l'État,
TOUS les articles du Concordat étaient hérétiques et apostats...
           
        Mais il est temps que je me rabatte maintenant sur le sujet principal de mon article, revenons-en à la brebis dont on est en train de tondre la bonne laine... Je pense avoir bien montré que pour comprendre les reproches et réclamations que les Évêques Réclamants de Louis XVI vont faire au pape Pie VII, dans la première partie de leurs Réclamations, etc., dénonçant l'hétérodoxie des art. VI, VII, VIII & XVI du Concordat professant la validité de l'État français de Napoléon... invalide, il faut bien saisir que la question essentielle est la validité et la légitimité de la Société politique d'Ancien-Régime basées sur le droit divin et son ordonnance constitutionnelle à la poursuite du Bien commun, et, en parallèle, l'invalidité et l'illégitimité de toute société politique née de la Révolution, comme ne satisfaisant nullement au criterium de validité paulinien des sociétés politiques, ainsi que l'était, dans l'occurrence du Concordat, l'État français de Napoléon. Tout le reste n'a, à vrai dire, aucune importance, surtout quant à la forme de cesdits gouvernements respectifs, royaliste ou républicaine. Or, Pie VII, homme d'Église sans colonne vertébrale apostasiant réellement la Foi à la Face de Dieu et des peuples en s'abouchant et faisant s'aboucher l'Église avec la société politique issue de la Révolution, osant, dans le même acte, sacrilègement réputer aboli radicalement "l'ancien gouvernement" très-chrétien d'Ancien-Régime basé sur le droit divin, voyait, en face de lui, des Évêques Réclamants mener courageusement le bonum certamen certavi, le bon combat de la Foi, hommes à colonne vertébrale intacte qui lui rappelaient que la seule société politique à exister métapolitiquement devant Dieu et les hommes était encore et toujours celle d'Ancien-Régime basée sur le droit divin, Dieu, aux toutes dernières nouvelles à la fraîche, n'ayant donné son placet strictement à aucune autre.
           
        Dans les premières Réclamations, etc., dont les extraits principaux ont rempli mon précédent article, nos Évêques Réclamants ont fort bien montré et dénoncé l'inconstitutionalité radicale des cinq premiers Articles du Concordat, lesquels regardaient la destitution des évêques français d'Ancien-Régime en corps national ainsi que la destruction de la structure géographique diocésaine remontant aux premiers âges chrétiens de la France, et la reconstruction ex nihilo par-dessus d'une toute nouvelle réorganisation diocésaine, tant au niveau du personnel épiscopal qu'à celui géographique, véritable nouvelle Église de France formatée pour être entièrement soumise au premier Consul Napoléon et donc, derrière lui, à un État politique invalide et illégitime. Le tout par le seul, unique et exclusif moyen d'un simple motu proprio pontifical. Ce qui était théologiquement radicalement attentatoire à la Constitution divine de l'Église, de plusieurs manières et sous plusieurs chefs, comme on l'a vu.
           
        Suivons à présent nos chers Évêques Réclamants dans leurs secondes Réclamations, etc. Ils vont commencer cette fois-ci par montrer l'inconstitutionalité non moins formelle des articles concordataires suivant les cinq premiers, VI, VII et VIII, plus le XVIème, par lesquels le pape osait réputer et professer on ne peut mieux, non moins qu'hérétiquement, la validité et la légitimité de l'État français napoléonien constitutionnellement... athée, en faisant prêter aux clergés du premier et du second ordre (les évêques et les curés), obligatoire serment solennel devant Dieu d'obéissance inconditionnelle audit État... athée, assorti, s'il vous plaît, d'un formel devoir de délation audit État de tout opposant venant à leur connaissance (art. VI & VII), en faisant prier rituellement à l'église les fidèles pour le salut (!!!) dudit État... athée... très-certainement pour que le Bon Dieu, dans sa très-grande Miséricorde, accordât à cet État la grâce des grâces d'être encore plus athée qu'il ne l'était déjà (art. VIII), et en donnant les droits et prérogatives réservés à un État fondé sur le droit divin, audit État napoléonien... qui n'y était pas fondé (art. XVI).
             
        Nous avons vu, donc, que nos bons Évêques Réclamants se récrient de "si étonnantes stipulations", très-doux euphémisme, en vérité, de leur miséricordieuse part pour stigmatiser comme il convenait la véritable apostasie que constituaient cesdits articles du Concordat, se récrient d'une telle réputation de validité et de légitimité faite par le pape au nom de l'Église à un État napoléonien parfaitement invalide et illégitime, qui entraînait de soi et ipso-facto la suppression sacrilège de l'Ordre très-chrétien, et donc des droits de Louis XVIII qui en était le légitime représentant. Voyons maintenant l'exposé de leurs raisonnements imparables pour dénoncer l'hétérodoxie de cette incroyable et très-scandaleuse réputation de validité de l'État napoléonien dans le Concordat, griefs auxquels Pie VII ne fera pas plus de réponse (Pie IX le confirmera dans une lettre que nous verrons en finale des présentes lignes), pour cause d'impuissance radicale à en faire, que François n'en a fait aux Dubia des cardinaux lui reprochant l'hétérodoxie d'Amoris lætitia... :
           
        "Plusieurs de ceux qui avant le Concordat conclu entre V. S. et le Gouvernement François, regardoient ce Gouvernement comme illégitime, ainsi qu'il l'est en effet ; qui étoient bien convaincus que le descendant, l'héritier, le successeur légitime de St. Louis, avoit seul droit de régner sur le peuple que ce Saint Roi a gouverné avec tant de gloire ; qui en conséquence conservaient religieusement à leur Roi la fidélité qu'ils lui doivent, par le fait même de leur naissance, ont paru depuis la publication des quatre articles dont il s'agit [VI, VII, VIII & XVI], avoir changé d'idées et de sentiments : et dès lors, appuyés sur l'aveu qu'il leur a semblé que V. S. donnoit aux droits de la nouvelle puissance, leur conviction s'est affoiblie et ils ont cherché à se persuader que le Gouvernement actuel était légitime ; que l'héritier de St. Louis étoit déchu du droit au sceptre que ce saint Roi a porté : qu'enfin ils étaient eux-mêmes déchargés de toute obligation envers le Prince dont Dieu les a faits naître sujets ; comme si ces quatre articles se réunissoient à prouver que V. S. reconnoît que le Gouvernement actuel de la France est légitime ; que l'héritier de St. Louis n'a plus de droit à la couronne, et que les François n'ont plus de devoirs à remplir envers le successeur des Rois qui, durant tant de siècles, ont gouverné leurs pères. Hélas ! il n'a malheureusement été que trop facile d'insinuer cette fausse opinion à des esprits inconsidérés. (...) On n'a pas balancé à dire :
           
        "1° ― Sa Sainteté a consenti que les Évêques et les Ecclésiastiques du second ordre prêtassent serment de fidélité et d'obéissance au gouvernement établi par la constitution de la République Françoise, jusqu'à s'engager à faire savoir à ce gouvernement tout ce qu'ils apprendraient se traiter quelque part que ce fût, au préjudice de l'État ; mais il est hors de doute que le Gouvernement qui exige ce serment, regarde comme préjudiciable à l'État tous projets qui auraient pour but le rétablissement du Souverain légitime : que c'est nommément de ces projets, s'il s'en formoit quelques-uns, qu'il est jaloux d'être instruit ; et qu'il faudroit s'aveugler volontairement pour ne point voir que ce gouvernement, en prescrivant le serment dont s'agit, il entende qu'il s'étende auxdits projets : ainsi Sa Sainteté, qui ne peut assurément tolérer qu'aucun serment soit fait autrement que selon l'intention de celui qui l'exige, connue par celui qui le prête, a réellement consenti que Ies Évêques et les Ecclésiastiques du second ordre prêtassent serment d'obéissance et de fidélité au gouvernement établi par la Constitution de la République Françoise, jusqu'à s'engager à faire savoir à ce gouvernement, tout ce qu'ils apprendroient se projeter, quelque part que ce pût être, dans Ia vue de rétablir le Souverain légitime : mais Sa Sainteté auroit-elle pu donner un pareil consentement, si elle ne regardoit le gouvernement actuel de la France comme légitime, et l'héritier de St. Louis, comme déchu du droit au trône ?
           
        "2° ― Sa Sainteté a ordonné que dans toutes les Églises Catholiques de France, après les offices divins, on priât en ces termes : Domine, salvam fac Rempublicam ; Domine, salvos fac Consules. Seigneur, sauvez la République ; Seigneur, sauvez les Consuls.
           
        "Et par conséquent, elle a prescrit des prières publiques pour demander à Dieu la conservation de la nouvelle forme de gouvernement introduite en France : or Sa Sainteté auroit-el!e pu prescrire cette manière de prier, et en même temps considérer le gouvernement actuel de la France comme illégitime ? Seroit-ce une chose conforme à la piété que d'ordonner de prier pour la conservation d'une forme de gouvernement qu'on juge être née du crime, et porter encore, parce que rien ne l'a effacée, la tache affreuse de sa coupable origine ? Prier à cette fin, que seroit-ce, sinon demander à Dieu qu'il conserve une forme de gouvernement contraire à l'ordre qu'Il a établi, un état de choses qu'Il ne peut manquer d'avoir en horreur, puisqu'il blesse grièvement sa Souveraine Majesté ? [Considérez comme on retombe là dans les anathèmes prophétiques d'Isaïe que j'ai cités en commençant ces lignes ! : "Leurs paroles et leurs œuvres sont contre le Seigneur, pour provoquer les yeux de Sa majesté" !]. Et peut-on penser que le chef visible de l'Église ait voulu faire retentir tous nos temples d'une pareille invocation ? [Hélas oui, on peut le penser...]
           
        "3° ― Sa Sainteté a déclaré qu'elle reconnaissoit dans le premier Consul de la République Françoise les mêmes droits et privilèges dont l'ancien gouvernement jouissoit auprès du St. Siège : il est assurément impossible de se dissimuler l'étendue de cette déclaration : Sa Sainteté y reconnoît (et telle étoit aussi l'intention indubitable du gouvernement avec lequel elle traitoit) dans le premier Consul de la République Françoise, non seulement l'exercice des droits et privilèges dont les Rois Très-Chrétiens jouissoient auprès du St. Siège, mais ces droits et ces privilèges eux-mêmes [nos Évêques Réclamants voient fort bien que Pie VII n'hésite pas à aller jusqu'au fond, jusqu'au bout de son péché : il ne donne pas à Napoléon ces droits et prérogatives en effet, seulement dans le de facto, il les lui donne dans le de jure !] : or, Sa Sainteté auroit-elle pu reconnoître dans le premier Consul de République françoise ces droits et privilèges eux-mêmes si elle croyoit que l'héritier de St. Louis en est encore investi, si elle pensoit que ce Prince conserve encore quelque droit à la couronne à laquelle ces droits et ces privilèges appartiennent ?
           
        "Cette erreur sur les droits du Roi s'est répandue dans le public, et elle a été entretenue par des écrits qu'on fait paroître des Évêques nommés ensuite de la convention du 15 Juillet 1801 [le Concordat]" (pp. 10-14).
           
        On ne saurait franchement mieux dire, que ne le font ici nos Évêques Réclamants. Que ces serments, prières rituelles et attributions des droits et prérogatives des pouvoirs politiques légitimes donnés pontificalement à un pouvoir politique illégitime, que toutes ces abominations réputassent formellement non moins que sacrilègement validité et légitimité à l'État français de Napoléon constitutionnellement athée et donc invalide, je l'avais fort remarqué dans ma trilogie d'articles mentionnée dans mon précédent article, et concluais cette abomination mise hérétiquement en œuvre par le pape Pie VII, ainsi :  
           
        "Récapitulons cette multiple et abominable abomination de la désolation dans le Lieu-Saint [qu'est le Concordat]. Nous en sommes à cinq affirmations formelles de la validité de l'État français dans le Concordat, très-fort cautionnées et voulues par le pape Pie VII. 1/ l'acceptation de l'État français dans un concordat dont la forme juridique synallagmatique présuppose systématiquement et formellement la validité de tous et chacun des co-contractants concordataires acceptés ; 2/ le serment solennel obligatoire passé devant Dieu, intimé aux clergé français "du premier et du second ordre" envers la République de Napoléon (art. 6 & 7) ; 3/ les prières publiques à l’Église pour ladite République (art. 8) ; 4/ les mêmes prérogatives et droits transférés tels quels de l’ancien au nouveau gouvernement de ladite République (art. 16), dont 5/ les plus suprêmes et suréminents sont la nomination des premiers pasteurs de France accordée à l'État français de Napoléon (art. 4 & 5).
           
        "... Comment dès lors pourrait-on s'étonner, le pape criant si fortement dans le Concordat à tous les échos non pas du Ciel mais de l'enfer, à gosier ouvert et à tue-tête, la validité de l'État français de Napoléon, de voir le très-sérieux et ultramontain Dictionnaire de Théologie Catholique (DTC), écrire, tout naturellement : «LE CONCORDAT IMPLIQUAIT LA RECONNAISSANCE DE LA RÉPUBLIQUE PAR LE PAPE» (art. Concordats, col. 753)…!" (https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/les-moeurs-ecclesiales-concordataires-avec-les-etats-modernes-athees-partie-1?Itemid=1)
           
        Puis, l'on voit nos édifiants et chers Évêques Réclamants avoir la force morale (je confesse admirer leur courage, mais quant à moi, je m'honore de ne l'avoir point du tout), de citer les abominables mandements de quelques épiscopes concordataires qui, à peine nommés pour remplir les Sièges nouveaux en 1801, n'eurent rien de plus pressé, avant même d'adorer Dieu, que de se dépêcher de monter avec la plus grande hâte dans leur cathèdre épiscopale pour y éructer et débiter à leurs ouailles, avec une flamme infernale, d'insupportables flagorneries flatt'merde & lèche-cul envers Napoléon, et plus encore d'inadmissibles mensonges sacrilèges et scandaleux, à la suite apostate de Pie VII, sur la légitimité du nouveau pouvoir post-révolutionnaire de Napoléon. Désirant garder quant à moi un fond de bile à peu près sain, je n'aurai la force que d'en citer ceci, qui vaut son pesant d'assignats et plus encore de fumier :
           
        "Quelle dette est donc la nôtre, nos très-chers frères, envers le gouvernement, envers son chef suprême surtout..... En toute occasion, nous dirons aux peuples que votre autorité vient de Dieu, et nous avertirons quiconque vous résisteroit, qu'il est rebelle à l'ordre que Dieu a établi [Notons avec soin comme l'épiscope concordataire, à la suite de Pie VII, reprend là la lecture absolutiste hérétique de Rom XIII, comme quoi TOUT pouvoir politique, qu'il soit ou non ordonné constitutionnellement au Bien commun, est légitime...]. Tels sont les devoirs et la morale des Évêques et des ministres de l'intérieur du Sanctuaire. Vous êtes les évêques du dehors : c'est de ce nom que les Saints ont appelé la puissance que vous avez de protéger l'Église, et votre Épiscopat [... Napoléon : un Évêque du dehors avec un É majuscule !!!] n'est pas moins un devoir envers elle que le nôtre : elle fonde sur l'un et sur l'autre de grandes espérances (Lettre pastorale de M. de Pancemont -nommé ensuite de la Convention [le Concordat]-, Évêque de Vannes. Donnée à Vannes le Jeudi 1er Fructidor an 10 -19 Août 1802-)" (pp. 16-17). Un autre épiscope de la cuvée concordataire prostituée osera éructer très-religieusement : "... C'est comme citoyens, c'est comme fidèles, que vous devez servir un gouvernement qui se lie à tous les intérêts de l'Église, comme à ceux de la prospérité publique. Les desseins de la Providence sont remplis ; et vous devez, François et Chrétiens, servir de toutes vos facultés, environner de votre amour et de votre reconnoissance ce gouvernement protecteur, ce gouvernement légitime, à la fois national et catholique, sans lequel nous n'aurions ni culte ni patrie (Instruction pastorale de M. de Boisgelin -nommé ensuite de la convention [le Concordat]-, Archevêque de Tours, aux curés des églises paroissiales et aux desservants des Églises succursales de son Diocèse. Donnée à Tours l'an de Notre-Seigneur 1802, le 30 décembre -9 Nivôse an XI de la Rép. franç.-)" (pp. 15-16).
           
        ... Autant de mots, autant de mensonges ; autant de flagorneries, autant de sacrilèges...
           
        Loin des Évêques Réclamants, hommes si dignes, un tel avilissement ignominieux, un tel reniement sacrilège de la Foi au for public ! C'est pourquoi on les voit conclure : "À la vue de cet égarement de l'opinion [autant, donc, dans les chefs que dans les peuples, tous devenus des holothuries sans colonne vertébrale, suivant flasquement et mollement la puissance de la Bête apocalyptique, comme disait La Mésange...], de cet oubli de la Religion de la seconde Majesté [= Notre-Seigneur Jésus-Christ et son Église, dans l'Institution christique sacrée de l'Ordre très-chrétien], il nous a été impossible de garder le silence, et pour remplir les obligations que nous impose la double qualité d'Évêques et de sujets, nous avons déclaré, dans un acte dressé à cet effet, que notre très-honoré Seigneur et Roi légitime, Louis XVIII, conserve dans toute leur intégrité les droits qu'il tient de Dieu à la couronne de France, que rien n'a pu dégager les François de la fidélité qu'ils doivent à cet auguste Prince, en vertu de la loi de Dieu ; et nous avons protesté contre tous actes contraires à cette déclaration. Nous mettons aux pieds de Votre Sainteté un exemplaire de nos susdites déclaration et protestation" (p. 17).
           
        Je ne saurai dire ce qui est le plus admirable ici, chez nos si édifiants Évêques Réclamants, de leur courage à dénoncer, quasi seuls devant la massa damnata des holothuries, l'hétérodoxie formelle du Concordat professant hérétiquement la validité de l'État français de Napoléon constitutionnellement athée, ou de mettre en montre glorieusement la pérennité de l'Institution sociopolitique très-chrétienne, nullement abolie, car elle ne pourrait l'être que par Dieu qui ne l'a point fait, ni par la décapitation sacrilège de Louis XVI, ni par le Concordat napoléonien prostitué et parjure, et qui se continuait tant bien que mal avec le roi Louis XVIII.
 
(c) National Trust, Hartwell House; Supplied by The Public Catalogue Foundation
Le roi Louis XVIII (1755-1824)
 
        Je ne saurai manquer de faire remarquer qu'ils étaient très-fondés à s'appuyer sur le roi Louis XVIII (quand bien même sa Restauration n'en était pas vraiment une, au niveau du droit divin elle n'était pas du tout une reprise constitutionnelle à l'identique de l'Ancien-Régime, il s'en faut extrêmement, et c'est une des raisons principales d'ailleurs pour laquelle les anti-concordataires resteront campés sur leurs positions, même après la Restauration). Ce premier roy de la Restauration après l'évanouissement de l'épopée napoléonienne, pourtant catholiquement peu fervent en son privé paraît-il (un vieil article de L'Ami du Clergé a été jusqu'à croire devoir s'inquiéter, mais à tort, s'il avait daigné recevoir les derniers Sacrements avant de mourir), saura en effet cependant bien entrevoir un Concordat catholique avec l'Église, sur le modèle très-orthodoxe du premier Concordat ayant existé dans l'Histoire de l'Église, celui de Bologne avec François 1er, l'an 1516, infiniment plus catholique en cela que le pape, que Pie VII. Louis XVIII avait préparé à cet effet une Charte avec les français en 1814, qu'il aurait voulu voir tout naturellement se transmuer en Concordat authentique et officiel avec l'Église, mais l'affaire avorta, et, si on va au fond de la question, le principal fauteur en fut toujours et encore le très-démocrate Pie VII. Et il n'est pas bien difficile de deviner pourquoi : un vrai Concordat catholique, c'était implicitement un cinglant rappel à l'ordre pour un pape hérétiquement très-défaillant sur le chapitre, qui par ailleurs tout imbu de démocratisme sangniériste dès avant son élection au Siège de Pierre (son sermon scandaleux à ses ouailles d’Imola à la Noël 1797 le prouve suréminemment), gardait une mauvaise dent, et même deux, pour tout ce qui pouvait sentir ou ressembler à un roi très-chrétien...
           
        La Charte de 1814, passé par le roy avec les français, et que Louis XVIII voulait donc convertir en Concordat contenait certes un art. V libéral voulant donner sa part aux "droits de l’homme", ainsi rédigé : "Chacun professe sa religion avec une égale liberté et obtient pour son culte la même protection…", mais ce libéral art. V était immédiatement complété par l’art. VI suivant, ainsi rédigé : "… Cependant, la religion catholique, apostolique et romaine, EST LA RELIGION DE L’ÉTAT".
           
        Or, on ne peut pas même s'étonner de voir le pape Pie VII préférer son Concordat napoléonien athée à cette Charte catholique, qu'il ne voulut jamais convertir en Concordat, il serait plus exact de dire qu'il la haïssait sourdement ! Comparez en effet les deux formules : "Le gouvernement de la république reconnaît que la religion catholique, apostolique et romaine est la religion de la grande majorité des français" (Concordat napoléonien ― N'oublions pas que Napoléon refusa totalement de déclarer que la Religion catholique était la Religion de l'État, ce qu'accepta hérétiquement Pie VII, et qui, théologiquement, rendait parfaitement invalide son Concordat), avec : "La Religion catholique, apostolique et romaine est la Religion de l’État" (Charte de Louis XVIII, devant servir de base au nouveau Concordat), … et dites laquelle est la plus catholique !
           
        "On aboutit, après de longs pourparlers [entre le Saint-Siège et Louis XVIII], à la convention du 25 août 1816 d’après laquelle le concordat de 1516 [de Bologne, passé avec le roi François 1er] devait être rétabli. Celui de 1801 n’était ni désavoué, ni expressément révoqué, mais devait cesser de porter son effet : les Articles organiques étaient abrogés, et c’est pour obtenir ce résultat que Pie VII avait consenti à abandonner le concordat de 1801 [… seulement, donc, pour cela, et nullement parce que la nouvelle convention concordataire de Louis XVIII basée sur la Charte contenait, contrairement au Concordat napoléonien, la déclaration que le catholicisme "était Religion d’État" ! Il est affligeant de constater que ce "détail" n’a aucune importance pour le Vicaire du Christ-Roi, pour Pie VII…]. Les gallicans n’étaient cependant pas encore satisfaits, et le roi ne ratifia la convention que sous réserve «des libertés de l’Église gallicane». Devant cette nouvelle prétention, le pape refusa de ratifier le traité ; le concordat de 1801 rentrait en vigueur. De nouvelles négociations aboutirent à la conclusion du concordat du 11 juin 1817. Les propositions du pape y étaient admises en principe, mais avec des restrictions qui permettaient pratiquement de les éluder quand le roi le jugerait bon. (…) Le pape, fatigué de ces variations incessantes du gouvernement français, et peu satisfait d’ailleurs d’une convention qu’il n’avait signée que comme un pis-aller [… car même sans les outrances gallicanes hétérodoxes, Pie VII préférait en soi son Concordat athée à celui catholique proposé par Louis XVIII…], déclara par un «Proprio motu» du 23 août 1819, maintenir provisoirement le Concordat de 1801. Ce provisoire, comme il arrive souvent, devint définitif, et l’on s’en tint finalement au concordat de 1801 [qui donc, de par la volonté de Pie VII, continua à faire régner l'athéisme d'État dans les Mœurs de l'Église de France, jusqu’à sa dénonciation en 1905 par le gouvernement français sectaire]" (Histoire des papes illustrée, Gaston Castella, t. II, p. 340).
           
        Selon le DTC, "le cardinal Consalvi [cheville ouvrière, rappelons-nous, du Concordat napoléonien], redevenu secrétaire d’État, répondit [à la proposition du Concordat faite par le roi Louis XVIII] qu’il était de la dignité du pape de ne pas revenir sur l’acte de 1801 et de la dignité de l’épiscopat de ne point sembler à la merci du pape" (DTC, art. "Concordats", col. 776). Tuediable & morsangbleu !, voilà qui ne manque vraiment pas de sel !! C'est dommage que Consalvi n’ait pas pensé à la dignité des évêques de Louis XVI, bien autrement supérieure à celle des évêques concordataires prostitués à un pouvoir politique athée, lorsque le pape osa exiger brutalement d'eux, sans raison autre que satisfaire l'athéisme constitutionnel de Napoléon, leur démission en corps national d’institution…!!!
 
Concordat1801
"Un concordat est un acte entre deux parties
dans lequel chacune donne à l'autre
ce qu'elle n'a ni le droit ni le pouvoir de lui donner"
           
        Mais, après la dénonciation ô combien justifiée des art. VI, VII, VIII & XVI du Concordat, voici un autre grief d'une gravité extrême exposé par les Évêques Réclamants contre le Concordat, ils ciblent cette fois-ci son art. XIII, ainsi rédigé : "Sa Sainteté, pour le bien de la paix et l'heureux rétablissement de la Religion catholique, déclare que ni elle ni ses successeurs ne troubleront en aucune manière les acquéreurs des biens ecclésiastiques aliénés ; et qu'en conséquence la propriété de ces biens demeurera incommutable entre leurs mains ou celles de leurs ayants cause".
           
        C'était ni plus ni moins, de la part du pape, absoudre le voleur sans que celui-ci n'ait le moins du monde à reconnaître son péché de vol, dont la matière est de soi toujours grave et mortelle, ni encore moins à restituer le bien volé, ce que la loi divine non moins que celle de l'Église exige formellement pour l'absolution valide du péché de vol...
           
        Laissons nos Évêques Réclamants bien exposer la question dans toute son étendue, moralement griève et gravissime, ce qui va remplir quasi les deux/tiers de ces secondes Réclamations, etc., tellement l'affaire est importante. Ils vont commencer l'exposé de ce grief plus que fondé en citant textuellement ce qu'ose dire le pape Pie VII dans la Bulle Ecclesia Christi du 15 Août 1801, qui, souvenons-nous, parut le même jour que la promulgation du Concordat lui-même, et que voici : "Persistant dans la résolution de condescendre, pour le bien de l'unité, à tous les sacrifices auxquels il est possible de se prêter en conservant la Religion, et aussi pour coopérer, autant qu'il est en nous, à la tranquillité de la France, qui seroit de nouveau plongée dans le trouble s'il fallait revendiquer les biens ecclésiastiques aliénés, et afin (ce qui est le plus important) que l'heureux rétablissement de la Religion Catholique ait lieu, nous, suivant les exemples de nos Prédécesseurs, déclarons que ceux qui ont acquis les biens ecclésiastiques aliénés, ne seront inquiétés en aucune manière, ni par nous ni par les Souverains Pontifes nos successeurs : et en conséquence, la propriété de ces mêmes biens, les revenus et droits y attachés, demeureront incommutables entre leurs mains, et celles de leurs ayant-cause".
           
        Or, deux mois après avoir accédé au Siège de Pierre, le même pape Pie VII, par lettre-encyclique du 15 mai 1800, condamnait clairement... le vol des biens appartenant à l'Église de France, simple écho dans cette condamnation de toute la Tradition catholique en la matière, basée sur la plus élémentaire et fondamentale loi morale de justice et d'équité, comme ne vont pas manquer de le rappeler les Évêques Réclamants... au même pape Pie VII donc, soudainement défaillant sur cela quelqu'un an seulement plus tard dans le Concordat :
           
        "Votre Sainteté elle-même, dans la lettre qu'elle a adressée à tous les Évêques catholiques [de France], au commencement de son Pontificat, nous a rappelé de la manière la plus solennelle les devoirs que nous avons à remplir à l'égard des biens consacrés au Seigneur : «Qu'avons-nous à vous prescrire, Vénérables Frères (lisons-nous dans cette lettre) sur ce qui concerne le dépôt des biens de l'Église, qui sont, comme l'enseignent et le déclarent les Pères, les Conciles et les divines Écritures, des offrandes faites au Seigneur, des deniers sacrés, la subsistance des Saints, la chose de Dieu et dont l'Église se trouve aujourd'hui misérablement privée et dépouillée ? Nous ne vous enjoignons qu'une seule chose à cet égard, savoir, de n'omettre ni soins ni efforts pour que chacun comprenne et grave dans son esprit la décision courte, claire et exacte donnée autrefois par un Concile d'Aix-la-Chapelle en ces termes : Quiconque aura enlevé ou entrepris d'enlever ce que d'autres fidèles ont consacré à Dieu des biens qui leur sont échus en héritage pour les besoins de leurs âmes, pour l'honneur et la splendeur de l'Église et l'entretien des ministres, fait indubitablement servir les offrandes des autres, à mettre son âme en danger. Si nous nous déterminons à réclamer ces biens, dont il nous est ordonné d'être de prudens et fidèles dispensateurs, et certes (et nous pouvons en toute manière l'assurer, aussi bien que St. Agapet notre prédécesseur), nous ne sommes point mûs par un attachement sordide aux choses de la terre et aux intérêts temporels mais par la considération du compte qu'il en faudra rendre au jugement de Dieu».
           
        "Et en lisant ce passage de la lettre de Votre Sainteté, nous avons cru entendre retentir à nos oreilles le langage uniforme de Ia tradition de tous les siècles de l'Ère Chrétienne : c'est ainsi en effet que se sont expliqué sur cet objet les Souverains Pontifes vos prédécesseurs, les Conciles et les Évêques qui se sont rendus les plus recommandables par les services immortels qu'ils ont rendu à la Religion" (pp. 18-19).
           
        ... Comme on est hélas obligé de s'en rendre compte ici : la contradiction sur le Siège de Pierre, le tout et le contraire de tout pontificalement dit à quelque très-courts temps d'intervalle, ne prend pas date seulement au souverain Pontificat de notre inénarrable François, n'est pas seulement le fait du jésuitisme, comme on a pu le lire à son propos, Barnabé Chiaramonti futur Pie VII étant bénédictin avant de monter sur le Siège de Pierre ! Tant il est vrai que si je me consacre pour un but mauvais et œuvre pour le mal, comme hélas on voit les papes modernes le faire au for externe, je suis, avec moi-même pour commencer avant de l'être avec Dieu, en pleine contradiction, signe topique du règne de Satan dans mon âme.
           
        En tous cas, le premier positionnement adopté par Pie VII de condamner le vol des biens ecclésiastiques de France était un bel écho de toute la Tradition. Les Évêques Réclamants n'ont pas manqué de le lui dire, puis de lui rappeler pour illustration la ferme et magnifique lettre du pape Nicolas 1er (858-567), son lointain prédécesseur, sur le sujet :
           
        "Nous avons appris, dit ce pape aux habitants de l'Aquitaine, que parmi vous, quelques-uns s'élèvent contre le Seigneur, de manière..... qu'ils ne craignent point de piller les Églises et de détourner les choses qui leur appartiennent..... Il nous seroit impossible d'exprimer la douleur dont une pareille entreprise a pénétré notre âme. C'est pourquoi, nos très-chers Fils, nous avons soin de vous exhorter, pour l'intérêt de votre salut, non-seulement à mettre fin à une si étrange barbarie, mais encore à réparer un si énorme sacrilège, en rendant tout ce qu'en contravention de la loi, vous avez enlevé, ou par violence, ou de quelqu'autre manière que ce puisse être. En effet, quoique la terre et tout ce qu'elle contient soit au Seigneur, cependant on ne balance pas à regarder les biens que des princes religieux, ou d'autres personnes pieuses, quelles qu'elles soient, ont donné aux lieux-saints, comme appartenant spécialement au Seigneur, puisqu'on les voit consacrés à son culte, d'où il résulte que quiconque ose usurper ces biens, et s'en emparer d'une manière illicite, pèche indubitablement contre le Seigneur et est convaincu de lui porter préjudice..... C'est pourquoi nous vous prions et conjurons..... de rendre sans délai à chaque lieu consacré au Seigneur, ce qui est à lui..... car si tous ceux qui ravissent le bien d'autrui doivent....., à moins qu'ils ne réparent leur injustice, être punis très-sévèrement, sinon dans cette vie par le jugement des hommes, certainement dans l'autre par le jugement de Dieu, quel châtiment pensez-vous que doivent subir ceux qui sont manifestement coupables de grands maux commis contre le Seigneur lui-même.... Ainsi, parce que c'est une chose terrible de tomber entre les mains du Dieu vivant, nous vous avertissons et vous exhortons à n'user d'aucun retardement ni délai pour rendre les biens des Églises que vous retenez injustement..... Que si quelqu'un d'entre vous méprise nos salutaires avis, et ne se met aucunement en peine de nous obéir....., en observant et accomplissant ce que nous nous efforçons de vous persuader....., qu'il soit entièrement privé de la communion du corps adorable et du précieux sang de Notre Seigneur Jésus Christ" (pp. 20-21).
           
        Puis dans la suite de leur édifiant texte, nos Évêques Réclamants de citer plusieurs écrits des saints Pères pour condamner le vol des biens d'Église, si enrichissants pour l'entretien de notre Foi rien qu'à les lire, ... ils sentent si bons l'odeur de Jésus-Christ, et nous la sentons si peu nous autres, de la part de nos "membres enseignants" !, mais que je ne peux trop reproduire, pour éviter les longueurs dans mon article déjà conséquent. Ils évoquent par exemple la lettre du pape Grégoire IX (1227-1241) à Frédéric roi de Sicile, où ce saint pape équivaut le vol des biens ecclésiastiques à un "outrage au Rédempteur" (p. 21), puis citent la Lettre synodale des Pères du concile de Toul aux factieux du temps de Charles-le-Chauve (823-877), où on peut lire : "Plusieurs d'entre vous, renonçant à la crainte de Dieu....., enlèvent les possessions des Églises....., qui ont été données à Dieu par ceux qui, avant vous, ont fait profession de la Religion Chrétienne, (...) et parce que Dieu ne se venge pas sur le champ, vous possédez avec une espèce de sécurité ce que vous lui avez ravi..... Ce crime énorme par lequel vous faites tort à vos contemporains et aux générations futures, Dieu s'en vengeroit dès à présent parce qu'il est juste, s'il n'étoit patient : mais qu'il est à souhaiter que la patience de Dieu conduise à la pénitence tous ceux qui en agissent ainsi..... ; que si l'on s'obstine dans des crimes de cette nature, moins on est puni maintenant, plus le châtiment que l'inflexible vengeance fera subir dans la suite, sera rigoureux : Dieu l'a dit : Je me suis tu, me tairai-Je toujours ? Cette parole signifie : je n'agis point durant cette vie, Je punirai dans l'autre" (pp. 22-23).
           
        Pour nos Pères dans la Foi qui avaient des colonnes vertébrales, l'on peut bien voir que le vol des biens ecclésiastiques est un grand crime qui, s'il n'est dûment réparé ici-bas comme il se doit, le sera terriblement dans l'Au-delà...
           
        Puis encore, de citer saint Boniface (675-754), Archevêque de Mayence, Légat du St. Siège en Allemagne, écrivant à Athelbalde, Roi d'Angleterre : "On nous a rapporté que vous aviez violé beaucoup de privilèges des Églises et des Monastères, et que vous en aviez enlevé quelques biens : Si cela est vrai, il est manifeste que c'est un grand péché, selon le témoignage de la Ste Écriture, qui porte : Celui qui dérobe quelque chose à son Père et à sa Mère, et qui dit que ce n'est pas un péché, a part au crime des homicides (Pr XXVIII, 24). Dieu sans doute est notre Père, il nous a créés : l'Église est notre Mère, elle nous a spirituellement régénérés dans le baptême : par conséquent, celui qui par fraude ou par violence s'empare des deniers de Jésus-Christ et de l'Église, sera réputé homicide en présence du juste Juge.....; celui qui ravit les deniers de son prochain, commet une injustice ; mais celui qui enlève les deniers de l'Église commet un sacrilège" (pp. 23-24). Et de rapporter pour finir, le célèbre décret du Concile de Trente (22ème session tenue le 17 septembre 1562), qui résume synthétiquement toute cette doctrine catholique quant au vol des biens ecclésiastiques, en fulminant l'anathème latæ sententiæ à tout voleur desdits biens, réservant la levée dudit anathème au seul Souverain Pontife, après restitution des biens d'Église volés.
           
        Puis enfin, de conclure : "C'est ainsi que l'Église, toujours attentive à veiller à la conservation des grands principes de morale et de justice, et animée d'un saint zèle pour le salut de ses enfans, réprime les injustices et les scandales : [Et, se remettant soudain devant les yeux l'incroyable dol et vol universels dont s'est rendu coupable la République française en s'attribuant purement et simplement la possession et la disposition de TOUS les biens ecclésiastique sis en France, sans en excepter aucun, par décret inique de l'Assemblée Nationale révolutionnaire du 2 novembre 1789, de s'exclamer devant l'énormité du crime inconnue des siècles passés :] Éh ! quelle injustice plus énorme que de faire servir, par esprit de cupidité, par force et par menaces, la spoliation entière de l'Église [de France], l'envahissement de ses ornemens précieux, jusqu'aux vases sacrés, et la vente même de ses édifices, au succès de la révolte et au triomphe de l'iniquité [Car en effet, les biens ecclésiastiques volés pendant la Révolution ne le sont pas que par de simples voleurs, ils le sont par les ennemis jurés de l'Église, qui veulent sa mort...] ! Non jamais, cette Mère tendre n'aurait pu à plus juste titre déployer sa miséricordieuse sévérité, dans la seule vue de soustraire des coupables à ce jugement sans miséricorde, qui attend tous ceux qui obstinés dans leurs injustices, auraient méprisé ses salutaires terreurs. Si cependant, des motifs de prudence et de charité l'ont empêché quelquefois d'appliquer dans toute leur rigueur les lois qu'elle a rendues contre les spoliateurs de ses biens, qui pourrait croire qu'elle voulût jamais consacrer des invasions dont l'objet est de la détruire elle-même ?" [comme n'a pas été rebuté de le faire sacrilègement le pape Pie VII en promulguant cet incroyable art. XIII dans le Concordat, aussi diabolique dans son essence que les autres...].
           
        "Ayant reçu ces renseignernens de ceux qui, pendant tant de siècles, ont été regardés comme les colonnes de l'Église elle-même, si nous réclamons aujourd'hui, et si nous rappellons l'observation des règles qui nous ont été tracées par des autorités si graves sur ce qui a rapport aux biens consacrés à Dieu, nous pouvons, d'après le témoignage de notre conscience, assurer, comme [le pape] St. Agapet, que nous ne sommes point mûs par «un attachement sordide aux choses de la terre et aux intérêts temporels» (S. Agap. pp. 1. Epist. 6 ad Cæsar. Arelat.). (...) Non, aucun sacrifice personnel ne nous coûtera, et nous embrassons volontiers la pauvreté jusqu'au tombeau, mais nous ne pouvons perdre de vue «le compte qu'il nous faudra rendre au jugement de Dieu» (St. Agapet, ibid.), du patrimoine de nos Églises ; la considération de ce redoutable jugement nous presse de ne rien omettre pour n'être exposés à aucun reproche sur la fidélité à conserver ce dépôt : enfin, de remplir autant qu'il est en nous cette partie de notre devoir :
 
PieVIISignantConcordat
Le pape Pie VII, signant le Concordat...
           
        "Premièrement, nous ne dissimulerons point à Votre Sainteté les fâcheuses impressions d'étonnement et de tristesse qu'a produites sur une multitude d'esprits, la déclaration énoncée en l'article XIII, rapporté ci-dessus, de la Convention du 15 Juillet 1801 [le Concordat], et ratifié ensuite par la Bulle Ecclesia Christi, qui pareillement a déjà été citée.
           
        "À peine cette déclaration a-t-elle été rendue publique, qu'on a entendu dire de toutes parts : Pourroit-on regarder comme un apanage de la primauté d'honneur et de juridiction dans toute l'Église, qui appartient de droit au successeur de Saint Pierre, que le Souverain Pontife puisse, de son propre mouvement et par un seuI acte de sa volonté [motu proprio], transférer en d'autres mains la propriété de tant de biens (ensemble des droits et revenus y attachés), dont se trouvent dépouillés 136 tant Archevêchés qu'Évêchés, autant de Chapitres Métropolitains et Cathédraux ; plus de 40,000 Cures ; toutes les Abbayes, Prieurés, Églises collégiales, Monastères, Congrégations ; en un mot tous les bénéfices et établissemens religieux d'un grand royaume ; et livrer à des usages profanes tous ces biens que les pieux fondateurs avaient consacrés au culte divin, à l'entretien des ministres de l'Église, au soulagement des pauvres ? [Notons soigneusement comme là encore, le pape outrait derechef et outrepassait scandaleusement dans l'abus son pouvoir pontifical en prenant cette mesure de l'art. XIII de liquider les biens ecclésiastiques de France par simple "motu proprio" pontifical, sans aucunement en référer aux évêques français, alors qu'il n'en avait rigoureusement pas plus le droit que de destituer les Évêques de Louis XVI ou de détruire tous les diocèses d'Ancien-Régime en employant toujours et encore le même seul et théologiquement insuffisant procédé du "motu proprio" pontifical, comme vont maintenant, à juste droit, le lui souligner en gras de gras et en rouge vif les Évêques Réclamants :]
           
        "Pourrait-on regarder comme un apanage de la Primauté, que le Souverain Pontife puisse faire une opération d'une aussi grande conséquence ?
           
        "1° ― À l'insu des Évêques légitimes qui, par leur titre même, ont le droit incontestable et sont dans l'indispensable obligation de veiller à la garde de tous les biens consacrés à Dieu dans leurs Diocèses respectifs ?
           
        "2° ― À l'insu du Souverain légitime protecteur-né de ces biens, et qui de plus représente ses glorieux Ancêtres, qui ont fondé dès l'origine, ou augmenté par des donations postérieures, une si grande partie de ces établissemens de piété ?
           
        "3° ― Au préjudice des intérêts spirituels d'une multitude de fondateurs qui avoient donné une partie de leurs biens pour s'assurer à eux-mêmes, à leurs auteurs, et à leurs descendans des prières dont tous se trouvent désormais privés ?
           
        "4° ― Au préjudice des intérêts temporels de beaucoup d'héritiers frustrés de biens, dont les saisiroit la volonté toujours inviolable des fondateurs ? Il y a en effet beaucoup de fondateurs qui ont expressément stipulé, dans les actes même de fondation, que si la bonne œuvre pour laquelle ils donnoient leurs biens cessoit un jour d'avoir son exécution, ces mêmes biens retourneroient alors à leurs héritiers. C'est à cette condition que lesdites fondations ont été faites et acceptées : et malgré cet engagement sacré, beaucoup d'héritiers voient aujourd'hui attribuer à d'autres la propriété incommutable de biens, dont selon toutes Ies lois, la volonté si respectable de leurs auteurs les saisissoit comme seuls légitimes propriétaires.
           
        "5° ― Sans avoir pris aucune précaution efficace pour assurer la subsistance des titulaires de bénéfices, des membres actuels de monastères, de congrégations ?
           
        "6° ― Enfin, pour faire servir ces biens au maintient de la rébellion et au renversement de l'Autel et du Trône ? [En effet ! La République française n'est pas seulement un simple voleur, c'est un voleur qui vole pour anéantir l'Église, le but de son vol est la destruction de l'Église elle-même !, ce qui aggrave considérablement son péché... et celui de Pie VII qui s'en rend complice !]
           
        "Non, les annales de la Religion ne fournissent aucun trait semblable : non, durant ce long espace de dix-huit siècles qui se sont écoulés depuis l'établissement de l'Église, aucun Souverain Pontife n'a rien entrepris de pareil, aucun ne s'est attribué un pouvoir si exorbitant. (...) Telles sont, disons-nous, les réflexions qui ont été faites de toutes parts, et qui donnent assez à connoître les impressions fâcheuses d'étonnement et de tristesse qu'a produite sur une multitude d'esprits cet article [XIII] qui déclare que la propriété des biens ecclésiastiques aliénés, les droits et revenus y attachés demeureront incommutables entre les mains des acquéreurs de ces mêmes biens, ou de leur ayant cause.
           
        "En second lieu, nous sommes forcés de mettre sous les yeux de Votre Sainteté une autre considération qui, par son importance, demande à être, de préférence à toutes les autres, attentivement pesée : c'est que, si l'on a égard surtout aux circonstances qui ont précédé et suivi la convention conclu entre Votre Sainteté et le Gouvernement François le 15 Juillet 1801 [le Concordat], il est visible que l'article XIII de cette Convention, que votre Sainteté s'est déterminée à confirmer, dans la vue de procurer l'heureux rétablissement de la Religion Catholique en France (Bulle Ecclesia Christi), y a porté au contraire à cette Religion sainte, le plus grand préjudice, et même un coup mortel, si le présent ordre des choses subsiste.
           
        "Ceux qui avoient formé le funeste projet de dépouiller l'Église de France, et de lui ôter absolument toutes les ressources temporelles, n'ont pas trouvé de moyen plus propre à les conduire aux fins criminelles qu'ils s'étaient proposées, que de faire décréter par I'Assemblée Nationale, que les biens Ecclésiastiques étoient à la disposition de la Nation : aussi les a-t-on vus, dès qu'ils eurent réussi à faire donner à cette erreur, une apparence de loi (L'Assemblée Nationale déclare que tous les biens ecclésiastiques sont à la disposition de la Nation. Décret, 2 novembre 1789), envahir aussitôt tout ce qui avoit été consacré a Dieu durant une si longue suite de siècles ; l'usurper, s'en emparer, et en disposer de la manière la plus arbitraire, avec une entière indépendance, et sans connoître à cet égard d'autre règle que leur volonté. Certes, il suffit de jeter un coup d'œil sur les vénérables monumens de la tradition pour juger combien une assemblée politique qui s'est saisie de la force, abuse de cette force, dont elle s'est emparée, lorsqu'elle ne craint point d'afficher ce prétendu droit, et qu'au mépris de toutes les règles, elle se permet d'exercer.
           
        "En effet, de tous les gouvernemens Chrétiens, Monarchiques ou Républicains, quelqu'étendue qu'ils aient donné au droit de haut domaine sur les propriétés de leurs sujets, aucun n'a jamais érigé en principe le droit d'en disposer à son gré, de quelque nature que fussent ces propriétés. C'est cependant ce principe monstrueux que l'Assemblée Nationale n'a pas craint de proclamer à l'égard des propriétés ecclésiastiques, par ce décret qui porte : Les Biens Ecclésiastiques sont à la disposition de la Nation.
           
        "Il est vrai qu'on a vu des puissances abuser de leurs forces, et, sans établir le droit en principe [comme l'a fait sacrilègement la Révolution], dépouiller l'Église et ses ministres de toutes leurs propriétés [de facto seulement, comme l'a fait par exemple le petit-fils de Charlemagne, Charles-le-Chauve au IXème siècle] ; mais ces spoliations universelles rappellent toujours le temps des factions, les divisions dans l'État, les guerres civiles, Ies persécutions, et la détermination de détruire la Religion, dont on usurpoit les possessions. Jamais on n'auroit imaginé que le sacrifice entier de ces biens, fait aux spoliateurs, fût un moyen de rétablir la Religion [comme osait le dire le pape Pie VII dans sa Bulle Ecclesia Christi complétant le réprouvé art. XIII du Concordat]" (pp. 25-33)
           
        Une chose en effet est que ces spoliations ecclésiastiques soient toujours considérées comme un mal, comme ce fut le cas dans tous les siècles chrétiens du passé, les spoliateurs restant toujours des spoliateurs obligés, tôt ou tard, à rendre les biens spoliés, tout autre chose est de connoter in fine comme un bien ces spoliations, ainsi que le faisait Pie VII en déclarant incommutables dans les mains des spoliateurs les biens ecclésiastiques volés sous prétexte que c'était pour le Bien du rétablissement de la Religion en France. Comme si un vol non-absous, un péché de soi mortel, pouvait jamais servir au Bien de la Religion !, ce que font remarquer à si juste titre nos Évêques Réclamants. Un fondement essentiel de la théologie morale, en effet, n'est-il pas qu'il n'est jamais permis de faire un mal pour obtenir un bien ? Pie VII, comme pour tout le reste, l'avait donc "oublié".
           
        En tous cas, on ne saurait mieux dire ni poser la question dans la vérité vraie de la chose que ne le font nos chers et bons Évêques Réclamants. Des gens à courte vue, comme il n'en manque jamais chez les holothuries, ... et, O tempora, O mores !, y a-t-il désormais une autre race sur cette terre depuis la Révolution où tout le monde, chefs et peuples, s'est cassé la colonne vertébrale...?, veulent croire superficiellement que ce n'est pas si mal que ça que les bâtiments ecclésiastiques appartiennent à l'État après la Révolution, car c'est lui qui est obligé de financer leur coûteux entretien. Ils n'oublient qu'une chose, la plus importante, c'est à savoir que celui qui est plein-propriétaire d'un bien, comme donc l'État français s'est formellement réputé l'être sacrilègement depuis la Révolution des biens ecclésiastiques de France, peut juridiquement lui donner la destination qu'il veut. Pour l'instant certes, les bâtiments d'églises qui donc n'appartiennent plus à son légitime propriétaire, la Sainte Église de Jésus-Christ mais à leur spoliateur et voleur, l'État républicain français, ont une destination cultuelle, mais si l'État constitutionnellement athée voulait tout-à-coup leur donner une autre destination non-cultuelle et non-catholique, il serait juridiquement parfaitement fondé à le faire, libre et autorisé, en droit (républicain), de le faire.
           
        Car n'oublions pas que l'État athée post-révolutionnaire n'a passé en France un Concordat avec la Religion catholique que parce qu'elle est la Religion "de la majorité des français" (art. 1er). Alors, ce n'est pas compliqué : si demain c'était la religion athée (car c'en est une, comme le disait l'ancien ministre Vincent Peillon), plus encore que la religion musulmane, qui devenait la religion de "la majorité des français", ... mais que dis-je bien, demain !!, puisque c'est déjà le cas aujourd'hui !, alors, suivant la loi qu'il a posée dans l'art. 1er du Concordat, c'est-à-dire prenant comme criterium premier et très-démocratique "la religion de la majorité des français", l'État athée changerait comme tout naturellement et à son gré, sans même besoin de faire de nouvelles lois, juste en suivant son (pseudo-)droit républicain, la destination catholique des bâtiments d'églises qui lui "appartiennent" par spoliations et vols approuvés par le pape Pie VII dans l'art. XIII du Concordat... "pour l'heureux rétablissement de la Religion en France" (Bulle Ecclesia Christi), en en faisant des centres culturels, des musées, des, pourquoi pas, boîtes de nuit, des salles de gymnastiques, ou les vendant à des hommes d'affaires qui en feraient des hôtels-restaurants de luxe, comme cela s'est déjà vu, etc. ... comme du reste ladite République l'avait déjà fait en pleine période révolutionnaire après 1789, en faisant des églises de France, autant d'écuries, de granges à foin, d'étables et magasins de fourrage pour l’armée, de temples de la Raison, etc.
           
        Et nos Évêques Réclamants de faire remarquer dans leur suite, justement, la différence essentielle entre l'inique Concordat et les temps très-chrétiens où le Principe de justice et d'équité restait debout, quant bien même il pouvait y avoir parfois des atteintes aux biens ecclésiastiques, car les méchants existent de tout temps :
           
        "Qu'ils ont été différens [de ceux de Pie VII] les sentimens du Prince et de l'État lorsqu'ils ont été animés du désir sincère de rétablir la Religion et de réparer ses pertes ! Leur premier soin a été de remettre en vigueur des principes oubliés et des droits foulés aux pieds, dans des temps d'anarchie, où l'on ne connoissoit d'autres lois que celles de la force et du brigandage [contrairement donc à Pie VII qui sacrifie sacrilègement ces droits et ces principes... fondés sur le droit divin]. La Nation, et son auguste Souverain, Charlemagne, nous en offrent un bel exemple dans Ia requête que le peuple présenta à l'Empereur sur cet objet au Concile de Worms, et dans la réponse que l'empereur fit à cette requête de son peuple :
           
        "«Nous savons que les biens de l'Église sont consacrés à Dieu : nous savons que ce sont des offrandes faites par les fidèles pour la rémission de leurs péchés : c'est pourquoi, si quelqu'un les enlève aux Églises à qui ils ont été donnés par les fidèles pour être consacrés à Dieu, il est hors de doute qu'il commet un sacrilège : il faudroit être aveugle pour ne pas le voir : en effet, quiconque d'entre nous donne ses biens à l'Église, les offre et consacre au Seigneur Dieu et à ses Saints, et non à aucun autre : car voici ce qu'il dit, voici ce qu'il fait : Il dresse un acte énonciatif des objets qu'il désire donner à Dieu, et tenant en main cet acte devant ou au-dessus de l'autel, il dit aux prêtres et aux gardiens du lieu : J'offre et consacre à Dieu tous les objets mentionnés dans le présent acte, pour la rémission de mes péchés, de ceux de mes parens et de mes enfans, (ou pour quelqu'autre motif que ce puisse être qui le détermine à cette offrande), afin qu'ils servent à Dieu pour les sacrifices, pour les solemnités des messes, pour les prières, pour le luminaire, pour l'entretien des pauvres et des clercs, et pour l'avantage de cette Église : Que si quelqu'un (ce que je ne crois nullement) les enlève, il deviendra coupable de sacrilège et en rendra un compte très-sévère au Seigneur, à qui je les offre et consacre..... Si prendre quelque chose à son ami, c'est un vol ; frustrer l'Église de ce qui lui appartient, c'est incontestablement un sacrilège : c'est pourquoi les Saints Canons, qui ont été faits avec l'assistance de l'esprit de Dieu, portent : Si quelqu'un veut recevoir ou donner hors de l'Église, ce qui a été offert à l'Église, et en agir ainsi sans l'aveu de l'Évêque ou de celui à qui ces fonctions sont commises..... qu'il soit anathème. Afin donc que tout ceci soit observé dans les temps à venir avec une entière exactitude, par vous et par nous, par vos successeurs et par les nôtres, ordonnez qu'il en soit fait mention dans vos Capitulaires».
           
        "À des représentations si religieuses et si équitables [de son peuple] l'Empereur répondit : «Nous octroyons ce que vous avez demandé... Nous savons que la chute de plusieurs Royaumes et de leurs Rois a eu lieu, parce qu'ils ont dépouillé les Églises, qu'ils en ont ravagé, aliéné, pillé les biens; et qu'ils les ont enlevé aux Évêques et aux Prêtres, et qui plus est, à leurs Églises. Et afin que ce que vous venez de nous demander soit plus religieusement observé dans la suite, nous ordonnons et enjoignons que personne, soit de nos jours, soit dans les temps à venir, ne demande jamais, soit à nous, soit à nos successeurs, sans le consentement et la volonté des Évêques respectifs, les biens des Églises, et n'ose entreprendre de les envahir, de les ravager, ou de les aliéner de quelque manière que ce puisse être. Que si quelqu'un le fait, qu'il soit de notre temps et du temps de nos successeurs, soumis aux peines du sacrilège : qu'il soit légalement puni par nous, nos successeurs et nos juges, comme sacrilège, comme homicide, comme voleur sacrilège, et qu'il soit excommunié par nos Évêques» (Cap. Franc., Tom. 1)" (pp. 34-36).
           
        Puis, après avoir rappelé ce qu'étaient capables d'édicter les peuples et les rois qui avaient une colonne vertébrale, vivant avec le droit de Dieu précisément pour vivre authentiquement et concrètement leur droit de l'homme vrai et véritable, les Évêques Réclamants de conclure :
           
        "Il n'est, en effet, aucun gouvernement qui n'ait senti qu'ériger en principe le droit de disposer à son gré des biens consacrés à Dieu, comme de sa propriété, étoit commettre un attentat contre l'ordre social et renverser toutes les idées de justice et de Religion, pour leur substituer une erreur manifestement contraire à la gloire de Dieu, parce qu'elle tend à faire disparoître de dessus la terre l'éclat des honneurs qui lui sont dus. Les fabricateurs de ce mensonge (Jb XIII, 4) veulent éteindre la gloire du temple du Seigneur et de son autel (Est XIV, 9). Cette erreur détourneroit infailliblement les hommes d'aimer la beauté de la maison du Seigneur. On ne les verroit plus rien entreprendre, faire aucun sacrifice pour la splendeur du culte divin : et qui voudra jamais consacrer une partie de ses biens à la subsistance des ministres, à la pompe des solemnités, à l'entretien des temples, à la décoration des autels, s'il est reçu que cette destination si sainte peut être changée au gré de la force séculière ; que celle-ci peut arbitrairement s'emparer de ces biens, et sans aucun égard à la volonté des pieux donateurs, les employer à des usages profanes, peut-être même, comme nous avons eu le malheur de le voir, les faire servir à la ruine de la Religion, dont ils étoient le patrimoine ?
           
        "Aussi, le prédécesseur immédiat de Votre Sainteté, Pie VI, s'est-il élevé avec une grande force contre ce décret de l'Assemblée Nationale. «Nous passons maintenant (écrivoit cet illustre Pontife, dans sa lettre Apostolique donnée à Rome, à St.-Pierre, le 10 Mars 1791), à l'envahissement des biens Ecclésiastiques, autre erreur de Marsille de Padoue..... condamnée par une constitution de Jean XXII, et long-temps avant, par cette décision du Pape St. Boniface 1er : Il n'est permis à personne d'ignorer que ce qui a été une fois donné au Seigneur, lui demeure irrévocablement consacré, et appartient au droit des prêtres : c'est pourquoi l'on est inexcusable d'enlever, de ravager, d'envahir ou de piller ce qui est à Dieu ou à l'Église : et quiconque se rend coupable de pareils délits doit être regardé comme sacrilège jusqu'à ce qu'il se soit amendé et qu'il ait satisfait à l'Église : et celui qui refuse de s'amender doit être excommunié..... mais que ceux qui participent à l'usurpation dont il s'agit lisent la vengeance que Dieu a tirée d'Héliodore et de ses complices, parce qu'ils avaient entrepris d'enlever du temple des trésors qui y étaient déposés. L'Esprit de Dieu s'est fait voir d'une manière bien sensible pour réprimer leur audace, en sorte que tous ceux qui avaient osé obéir à Héliodore étant renversés par une vertu divine, furent tout d'un coup frappés d'une terreur qui les mit hors d'eux-mêmes. Qu'il est aisé de voir que dans cet envahissement des biens Ecclésiastiques [fait par la Révolution en France] on s'est proposé, entr'autres choses et on a eu en vue de profaner les saints temples, d'attirer le mépris général sur les ministres de l'Église, et de détourner les autres de s'engager désormais dans la milice du Seigneur ! Car à peine avoit-on commencé à envahir ces biens que l'abolition du culte de Dieu s'en est aussitôt suivie ; les temples ont été fermés ; les ornemens sacrés ont été enlevés ; et il a été prescrit de cesser dans les Églises Ie chant des divins office" (Lettre apostolique, 10 mars 1791).
 
BiensNationauxTalleyrand
Le diable inspirant de Talleyrand-Périgord,
de proposer à l'Assemblée nationale de nationaliser
les biens ecclésiastiques, le 2 novembre 1789...
           
        "Cependant, Ie gouvernement avec lequel Votre Sainteté a conclu la convention déjà tant de fois mentionnée, du 15 Juillet 1801 [le Concordat], professe hautement cette même erreur dans laquelle avaient donné ceux qui les premiers ont décrété que les biens consacrés à Dieu étaient à la disposition de la Nation" (pp. 35-39).
           
        Et de citer Portalis, ce misérable impie très-actif dans les hauts-rouages juridiques de l'État napoléonien, blabateur pseudo-philosophique orgueilleux, franc-maçon très-distingué qui, tout au service de la cause révolutionnaire, trompait avec astuce et mensonge ceux qui avait la sottise de l'écouter, dans une langue très-hypocrite, fielleuse et mielleuse, un Portalis que Napoléon avait fait son ministre des cultes (notez bien le pluriel), mais qu'il complimentait en l'appelant "notre plus grand orateur de France s'il avait su s'arrêter".
           
        Qu'on juge de l'ignoblerie du personnage par ce qu'il ose dire sur notre sujet, et qu'on veuille bien noter comme cet impie caresse avec grande tendresse Pie VII, comme aidant tellement et si bien à l'impiété révolutionnaire qu'il défend et cautionne pour sa réprouvée mais pontificale part : "Nous avons dit que, dès les premières années de la révolution, le Clergé Catholique fut dépouillé des grands biens qu'il possédait : le temporel des états, étant entièrement étranger au ministère du Pontife de Rome, comme à celui des autres Pontifes [... par exemples, les Évêques diocésains où ces biens étaient sis, leurs seuls légitimes propriétaires !], l'intervention du Pape n'était certainement pas requise pour consolider et affermir la propriété des acquéreurs des biens ecclésiastiques : les ministres d'une Religion qui n'est que l'éducation de l'homme pour une autre vie, n'ont point à s'immiscer dans les affaires de celle-ci : mais il a été utile que la voix du Chef de l'Église, qui n'a point à promulguer des lois dans la société, pût retentir doucement dans les consciences [!!!], et y apaiser des craintes et des inquiétudes que la loi n'a pas toujours le pouvoir de calmer [!!!]. C'est ce qui explique la clause [le très-exécrable non moins que sacrilège art. XIII du Concordat] par laquelle le Pape, dans sa convention avec le Gouvernement, reconnoît les acquéreurs des biens du Clergé comme propriétaires incommutables de ces biens" (Discours prononcé par le citoyen Portalis, orateur du Gouvernement, dans la séance du Corps Législatif du 15 Germinal an X, sur l'organisation des Cultes)" (pp. 39-40).
           
        Puis, nos bons Évêques Réclamants, pleins de justice et de vérité, font remarquer que l'État napoléonien a pris des mesures pour empêcher juridiquement que les possesseurs de biens ecclésiastiques qui s'en sont rendus peccamineusement acquéreurs mais qui en éprouvent un juste remord, puissent ultérieurement jamais les redonner, sous forme déguisée de fondation libre, à l'Église de France, leur propriétaire légitime, invoquant à cet effet... le droit des familles à ne pas être dépossédées d'un bien acquis...!
           
        "Et nous ne pouvons nous empêcher d'observer ici, qu'il a été pris un parti bien funeste aux acquéreurs des biens ecclésiastiques, quand on leur a ôté la faculté d'effectuer maintenant la restitution de ces biens, dont au dernier jour il leur faudra rendre compte au Souverain Juge. Qu'il est a craindre, en effet, que tant qu'ils auront en possession ces biens mal acquis, Dieu ne leur soit point propice, et ne répande point sur eux ses bénédictions ! Non, jamais les dépouilles des Églises et des pauvres n'ont présagé des événemens favorables..... Jésus-Christ, qui est la souveraine justice, ne souffre pas que ces spoliateurs aient une heureuse issue. Voilà donc à quoi expose les acquéreurs ce déplorable article XIII du Concordat, qui leur persuade, contre l'intention de Votre Sainteté, que les fruits de l'iniquité deviennent légitimes entre leurs mains, et cette mesure plus déplorable encore du Gouvernement qui met obstacle aux restitutions que leur conscience, mieux éclairée, pourroit leur suggérer. Est-ce donc en perpétuant l'injustice que l'heureux rétablissement de la Religion aura lieu ? Comment la raison d'État peut-elle mettre obstacle à ces restitutions qui, n'étant commandées que par le cri de la conscience, loin de troubler l'État, rendent à la patrie des citoyens probes et religieux. La Religion est tellement inséparable de la Justice, que c'est s'abuser que de croire qu'à la faveur des décrets du Gouvernement et des renonciations alléguées, les spoliateurs puissent revenir sincèrement à Dieu" (pp. 43-45).
           
        Puis encore, nos Évêques Réclamants font judicieusement remarquer que le scandale de l'art. XIII est beaucoup plus grand et peccamineux que s'il regardait seulement les biens de l'Église : car en effet, dès qu'il a été appris que le pape l'avait signé et promulgué pour les biens ecclésiastiques, il a aussitôt été fait la réflexion que les biens nationaux vendus mais n'appartenant ni de près ni de loin à l'Église, seulement à des particuliers, souvent aux français qui avaient émigré et qui, ayant été déclarés "ennemis de la République", s'étaient vus spolier par l'État tous leurs biens, que ces biens nationaux non-ecclésiastiques disais-je, devaient recevoir le même traitement que ceux ecclésiastiques. Car si le pape passait l'éponge sur le dol et le vol des biens ecclésiastiques qui de soi sont sacrés, déclarant propriétaires incommutables leurs acquéreurs, a fortiori devait-il donc en être de même pour les biens nationaux non-sacrés, comme appartenant simplement à des particuliers...! Et cela, en invoquant, plus scandaleusement encore sur le plan moral, "l'heureux rétablissement de la paix en France", une paix décidément diabolique, basée sur le dol et le vol des révolutionnaires. Si, pour la tranquillité de la France, Pie VII exigeait qu'on n'inquiétât pas les acquéreurs des biens nationaux ecclésiastiques, tout le monde en France ne pouvait que suivre l'exemple de celui qui a la plus haute autorité morale au monde, mais cette fois-ci pour les biens non-ecclésiastiques "parce que d'un côté, ces biens, qui n'appartenoient ni aux Églises ni à aucun autre établissement de piété, n'étoient assurément pas plus sacrés que les biens ecclésiastiques eux-mêmes : et que de l'autre, la tranquillité de la France demandoit que les uns et les autres, qui ont été aliénés par la même autorité ne fussent point redemandés aux acquéreurs. Cependant, qu'une pareille assertion est opposée aux véritables règles de la justice !" (pp. 45-46)
           
        Par cet abominable art. XIII, le pape cautionnait moralement, donc, en réalité, par rebond, TOUT le vol des biens, à la fois ecclésiastiques et non-ecclésiastiques, dont la Révolution s'était rendue coupable envers les prêtres et les simple français rejetant la Révolution, qui donc majoritairement étaient des gens de bien attachés à l'Ordre très-chrétien, en envahissant les biens très-notamment des émigrés... mais pas que, il s'en faut de beaucoup, extrêmement même. Avant les émigrés, avant même ceux qu'on déclarait mensongèrement émigrés pour pouvoir s'emparer de leurs biens, et ces malheureux ne furent pas peu nombreux, il y avait en effet ceux que la Révolution guillotinait et dont les tribunaux révolutionnaires ne rougissaient pas d'avouer souvent que c'était pour remplir le Trésor national, leur seul crime étant en fait de... posséder des biens. Combien furent guillotinés uniquement pour que leurs biens deviennent biens nationaux !
           
        Il y a donc derrière ce blanchissement de sépulcres qu'est l'appellation "biens nationaux" non seulement le péché de vol et de dol mais au moins à égalité avec lui, l'infiniment plus grave péché encore, de crime et d'homicide, de calomnie et de mensonge, notamment en déclarant "émigré" des particuliers qui demeuraient encore en France, tous péchés de malice infernale et de passion ténébreuse dans le crime... Et voilà donc maintenant, depuis l'art. XIII du Concordat, la lâcheté et la trahison tellement coupable du pape Pie VII, tous ces biens tout ce qu'il y a de plus mal acquis, "odieux amas de rapines" (p. 50), devenus des biens déclaré possessions légitimes... pour "la tranquillité et le rétablissement de la paix en France" !! Comme commentaient, horrifiés, les Évêques Réclamants : "Qui pourra jamais entendre sans horreur proclamer le meurtre comme un titre en vertu duquel on acquiert Ia propriété des biens de celui à qui l'on a fait subir une mort injuste ? Qui peut, au contraire, ignorer le terrible jugement que Dieu Lui-même a porté contre Achab et Jézabel après que cette reine impie eût fait lapider Naboth, afin de pouvoir s'emparer de sa vigne et par-là satisfaire la convoitise du Roi son époux (cf. I Reg XXI) ?" (p. 52)
           
        Formidable, affreux délit, en vérité, de la part de Pie VII, que cet art. XIII du Concordat, dont il devra rendre compte rigoureux à Dieu...
           
        Mais ce pape concordataire, qui avait décidé de manger avec le diable sans longue cuillère, ne peut que se contredire lui-même, vivre dans la contradiction, comme on en a déjà noté deux tout-à-l'heure, puisqu'il suit un mauvais chemin (comme l'on voit : le pape François n'est pas le premier à nous abrutir de contradictions...). Ainsi, ne le voit-on pas, lorsque les armées de la République envahissent les États Pontificaux et se mettent à y "acquérir" des biens, eux aussi appelés Nationaux, condamner pro domo ces agissements ! Nos Évêques Réclamants le lui font remarquer : "Obligés par notre ministère de conserver dans toute son intégrité le dépôt non seulement de la foi, mais aussi de la morale évangélique, sur laquelle tout l'ordre social porte comme sur la base la plus solide, nous ne pouvons nous empêcher d'élever la voix pour réclamer contre une aussi pernicieuse altération des principes de la Justice [à laquelle mène l'abominable art. XIII du Concordat, qui renverse radicalement toute idée de propriété, de justice, abolissant le péché de vol, etc.]. En remplissant cette partie de nos devoirs, nous avons pour guide Votre Sainteté elle-même durant ces temps orageux qui ont aussi pesé sur la souveraineté temporelle de Votre Sainteté. Il s'y est fait de semblables aliénations de biens qui ont de même été appelés : Nationaux ; et, après un mûr examen, Votre Sainteté par un édit solemnel a déclaré que les acquéreurs de ces sortes de biens ne pouvoient légitimement, ni en retenir la possession, ni exercer sur eux aucun droit de propriété, parce que l'un et l'autre est contraire aux règles, soit du droit public, soit de la justice particulière (Editto daro delle Stanzo del Quirinale, questo di 24 octobre 1801)" (pp. 48-49)...!!
           
        Mais il faut suivre jusqu'au bout de l'infamie nos Évêques Réclamants dans leur dénonciation des conséquences les plus damnables de ce révoltant art. XIII. Puisque donc le pape l'avait promulgué, il ne restait plus aux prêtres, quels qu'ils soient, qu'à le suivre. Jusqu'à déclarer propriétaires incommutables, non seulement les acquéreurs des biens ecclésiastiques, mais aussi ceux qui avaient acquis des biens NON-ecclésiastiques, c'est-à-dire ceux des émigrés, des guillotinés, etc !! Il est par ailleurs à peine besoin de préciser que les nouveaux Évêques concordataire se donnèrent à cette tâche... apostolique que leur assignait le pape, presque... à cœur joie. Ne s'agissait-il point, mes très-chers frères, de travailler à "l'heureux rétablissement de la paix et de la tranquillité en France", comme disait Pie VII...?
           
        "Les Ecclésiastiques requis par les possesseurs de biens nationaux de déclarer s'ils peuvent les retenir, sont obligés de répondre, afin que la paix publique et l'ordre social ne soient point troublés [!], que personne ne peut s'opposer aux lois existantes rendues par le gouvernement souverain, relativement à ces biens, et qu'en conséquence, ils peuvent légitimement retenir la possession de ces mêmes biens [qu'il s'agisse de biens ecclésiastiques OU NON-ECCLÉSIASTIQUES !] ; et plusieurs Évêques nommés d'après le Concordat, l'ont publiée ; en attribuant à Son Eminence le Cardinal Légat a latere de Votre Sainteté et du St. Siège Apostolique, et enjoignant de la manière la plus pressante aux Ecclésiastiques de s'y conformer, comme on le voit par ce qui suit : «Le Cardinal Légat nous a transmis une décision sur l'aliénation des biens nationaux qu'il importe de vous communiquer..... Son Éminence..... veut, sans aucune distinction, que les prêtres, interrogés par les acquéreurs des biens nationaux, leur répondent qu'ils peuvent légitimement retenir la possession de ces biens» (Extrait d'une lettre de M. Cambacérès -appelé Archevêque de Rouen, suivant la nouvelle circonscription-, contenant diverses instructions pour les Ecclésiastiques de son Diocèse).
           
        "«Nous sommes informés que plusieurs d'entre vous, nos chers Coopérateurs, se permettent de troubler les consciences des acquéreurs des biens nationaux..... Ils prétendent que la possession n'en est pas légitime, qu'ils ont été usurpés sur les propriétaires, qu'ils sont mal acquis, et qu'on ne peut, sans crime, en conserver la possession..... Ces plaintes ont été d'autant plus sensibles pour nous, que les dispositions des prêtres qui les ont occasionnées, annoncent qu'ils sont dirigés par des principes contraires aux lois de l'Église et de l'État, et qu'ils sont animés d'un zèle exagéré, et point assez éclairé. Cependant, nous vous avons transmis dans le rescrit du Légat a latere la règle de conduite que vous aviez à tenir à l'égard des acquéreurs des biens nationaux : nous avions donc droit d'attendre de vous, nos chers Coopérateurs, que vous vous y conformeriez..... Nous sommes infiniment peinés d'avoir à reprocher à des prêtres, qui doivent l'exemple de la soumission, une infraction aux lois de l'Église et de l'État : notre devoir et la sagesse de nos principes ne nous permettent pas de nous taire plus long-temps sur une pareille conduite..... Nous vous déclarons que ceux des ecclésiastiques de notre Diocèse qui ne se conformeront pas à l'avenir aux lois de l'Église et de l'État, perdront notre confiance, et encourront les peines que le gouvernement ne manquera pas de leur infliger» (Metz, le 15 Février de l'an de N. S. 1803, 26 Pluviôse an XI de la République) [Il est à peine besoin de faire remarquer ici que l'épiscope concordataire, sans sûrement s'en rendre compte lui-même, unifie comme si elles n'étaient qu'une, les lois de l'Église et de l'État, un État constitutionnellement... athée !, les lois athées étant donc celles, aussi, de l'Église... concordatisée, comme il fallait s'y attendre]
           
        "On voit même, continuent nos Évêques Réclamants, cette décision appuyée sur votre autorité par M. Rousseau (appelé Évêque de Coutances, suivant la nouvelle circonscription) dans sa lettre adressée à un acquéreur de biens laïcs qui le consulte, et qui est conçu en ces termes : «Je suis, Monsieur, édifié de la délicatesse de votre conscience [!!], et je m'empresse de la tranquilliser. Le Souverain Pontife a déclaré que les acquéreurs des biens nationaux en étaient détenteurs légitimes : ainsi l'on peut les posséder religieusement [!!!] sans aucune inquiétude» (Signé : Claude-Louis, Évêque de Coutances, 9 Pluviôse an XI).
           
        "Qui pourrait néanmoins, sans être pénétré de la plus vive douleur, penser aux maux que cette décision à déjà occasionnés ?
           
        "Avertis par les remords de leur conscience, plusieurs de ceux qui ont acquis des biens laïcs dits Nationaux, avoient reconnu les droits des propriétaires légitimes ; la justice et la paix allaient s'embrasser, lorsque tout-à-coup la décision dont nous parlons [celle de Votre Sainteté dans l'art. XIII du Concordat, confirmée et mise concrètement en œuvre par Votre Légat a latere] a détruit ces heureuses dispositions, apaisé les remords, et anéanti toutes les idées de justice. Les acquéreurs des biens dits Nationaux, qui n'appartenoient ni aux Églises, ni à aucuns autres établissements de piété, ayant une fois reçu cette décision qui flatte leur cupidité, l'ont regardée comme un oracle d'après lequel ils pouvoient, sans aucun scrupule, retenir la possession desdits biens : en conséquence, les légitimes propriétaires, frustrés de l'espérance qu'ils avoient conçue, n'ont que trop senti que cette même décision leur portoit un énorme préjudice, puisqu'elle leur arrachoit l'adoucissement de leur malheureux sort, au moment où il leur sembloit être sur le point de l'obtenir. Ainsi cette funeste décision a, tout à la fois, retiré les uns des sentiers de la justice dans lesquels ils rentroient, et replongé les autres dans les angoisses de la pauvreté d'où ils alloient sortir" (pp. 56-60)
           
        Et nos Évêques Réclamants de citer une lettre écrite au pape Pie VII par quelques émigrés dépossédés de leurs chez eux français : "Il restoit encore une étincelle de justice dans le cœur de ceux qui ont acquis nos biens..... Déjà plusieurs nous avoient écrit pour nous proposer un accommodement..... ainsi nous avons vu luire l'espérance de pouvoir au moyen des arrangemens qui nous étoient offerts, recouvrer une partie de nos propriétés..... et par-là pourvoir à nos besoins..... mais cet espoir, si consolant pour nous, est devenu bien éloigné lorsque..... tout récemment il a été décidé qu'il ne falloit plus contester la légitimité de la détention de nos biens, et que les prêtres ne pouvoient pas refuser d'absoudre sous prétexte de leur injuste détention..... Si une pareille décision pouvoit subsister, il n'est, Très-Saint Père, aucun homme sage qui ne voie, qu'au mépris des commandemens de Dieu, il faudroit dire avec des philosophes novateurs qu'un crime heureux cesse d'être crime : c'est pourquoi, ayant à nous plaindre d'un sort si énorme qui nous a été fait, nous nous prosternons humblement aux pieds de Votre Sainteté, et la supplions de ne pas permettre qu'une pareille décisions subsiste" (p. 60).
           
        ... Las !, pauvres malheureux !, c'était Pie VII lui-même soi-même qui, principalement par l'art. XIII du Concordat, avait pris cette décision ! Comment voulez-vous qu'il la rapporte, cette décision, puisque, fort loin d'ailleurs de la regretter, il s'y était engagé et y avait engagé tout son pouvoir pontifical devant tous les peuples et tous leurs chefs, surtout celui, Napoléon, dont il était littéralement obsédé, et ce, le plus publiquement possible !
           
        ... Dieu !!!, alors, quelle trahison inouïe dès 1801 sur le Siège de Pierre, sous tout rapport !! Et, considérant, affligés, atterrés, interdits, le pape Pie VII et tous les papes qui le suivront pendant tout le XIXème siècle puis le XXème, qui de plus aggraveront considérablement leur cas à partir de Vatican II, y corrompant la Foi par la corruption concordataire des Mœurs, jusqu'à François, considérant disais-je, tout cet amas d'iniquités pontificales, combien le redoutable mystère de Judas, mysterium iniquitatis, s'impose soudain à la réflexion catholique !
           
        Pour finir l'exposé de leurs justes et catholiques griefs faits au pape Pie VII quant à l'affaire du Concordat, par trop bien fondé en Église et dans la Foi, les Évêques Réclamants sortent du Concordat à proprement parler, pour dénoncer quelques propositions hérétiques et antichrétiennes du Code civil napoléonien, dont la cheville ouvrière principale fut le franc-maçon Portalis, sur la question du mariage ; ce qui prouve outre-mesure, s'il était encore besoin de le faire mais il n'en est nul besoin, que l'État français de Napoléon (et de toutes les Républiques post-révolutionnaires qui le suivront) n'était pas ordonné constitutionnellement à la poursuite du Bien commun, condition essentielle et fondamentale pour la validité du pouvoir politique comme l'enseigne saint Paul, condition subséquente, je le rappelle, pour avoir le droit d'être accepté validement dans un Concordat passé avec l'Église du Christ...
 
portalis
Jean-Étienne Portalis (1746-1807)
âme doctrinaire damnée de Napoléon
           
        Nos Évêques Réclamants n'ont aucun mal à montrer que le Code Civil attaque très-hérétiquement les décrets du concile de Trente ainsi que les commentaires plus qu'autorisés qu'en a donnés le grand canoniste qu'était le pape Benoît XIV (1740-1758), sur beaucoup de points regardant le mariage, tel qu'il a été rétabli dans sa pureté originelle par Notre-Seigneur Jésus-Christ, à savoir :
           
        1/ Donner à l'État le pouvoir de faire des dispenses d'empêchements dirimants, consanguinité ou autres (ce misérable impie plein d'orgueil qu'était Portalis osera par exemple dire : "Dans l'ancienne jurisprudence, les dispenses étaient accordées par les ministres de l'Église, mais en ce point, dans tout ce qui concernait le contrat, les ministres de l'Église n'étaient que les vice-gérens de la puissance temporelle" ― p. 69) ;
           
        2/ Donner à l'État le pouvoir de faire la validité du mariage et l'enlever à l'Église ("Le mariage est un contrat qui, comme tous les autres, est du ressort de la puissance séculière à laquelle seule il appartient de régler les contrats..... Il est donc évident qu'il doit être défendu aux ministres du culte d'administrer le sacrement de mariage toutes les fois qu'on ne leur justifiera pas d'un mariage civilement contracté" ― p. 68...! Étonnez-vous, cher lecteur, qu'après ce sacrilège empiètement de l'État républicain athée sur les Droits de l'Église dérivant de ceux divins de Notre-Seigneur Jésus-Christ quant aux unions matrimoniales, fort bien acté comme on le voit dès les années 1800 du Code Civil, étonnez-vous disais-je, de la répartie de Colette Capdevieille, députée socialiste de la 5ème circonscription des Pyrénées-Atlantiques, montant au créneau pour faire passer la loi Taubira : "Le mariage est une institution républicaine, et grâce à ce texte [la loi Taubira] il le deviendra encore davantage. Mais le mariage n’est pas sacré [!!!], sauf à considérer que le principe de laïcité est devenu caduc" ― Intervention de la ci-devant ci-derrière à l'Assemblée nationale, le 30 janvier 2013) ;
           
        3/ Et bien entendu, donner à l'État le pouvoir d'introduire le divorce dans les mœurs matrimoniales des français (Une autre mauvaise herbe que Portalis, de commenter superbement, au nom du Gouvernement : "Le divorce ne doit pas être signalé comme un mal, s'il peut être un remède quelquefois nécessaire..... Dans les maux physiques, un artiste habile est forcé quelquefois de sacrifier un membre pour sauver le corps entier ; ainsi des législateurs admettent le divorce pour arrêter des maux plus grands : puissions-nous un jour par de bonnes institutions en rendre l'usage inutile ! (...) Mais jusque-là, gardons-nous de repousser un remède que l'état actuel de nos mœurs rend encore, et trop souvent nécessaire" ― Motifs de la septième loi, exposés par le citoyen Treilhard. Cod. Civil. tom. 1, Paris an XI, 1803 ― p. 75).
           
        Nos chers Évêques Réclamants sont on ne peut plus fondés à fustiger d'importance et couvrir de confusion les sycophantes républicains impies et hypocrites de la Religion catholique dans ses Mœurs pures : "Ainsi Jésus-Christ se seroit trompé en rappelant pour toujours le mariage à son indissolubilité primitive ! C'est lorsque la terre couverte des ténèbres épaisses de l'idolâtrie étoit en même temps inondée d'un déluge de crimes, que le Dieu des sciences (I Reg II, 3), celui à qui aucune créature n'est cachée, aux yeux duquel tout est à nue, à découvert (Hebr IV, 13), qui connoît toutes choses avant même qu'elles se fassent (Dan XIII, 42), a statué que l'union conjugale seroit désormais indissoluble, comme elle l'avait été au commencement (Matth XIX, 8) : mais s'il faut en croire l'orateur dont il vient d'être fait mention, quand Jésus-Christ en qui habite véritablement et substantiellement toute la plénitude de la Divinité, a défendu pour toute la suite des siècles que l'homme séparât des époux que Dieu auroit unis, il n'a point aperçu cet abîme de désordres dans lequel se précipiteraient un jour des peuples qui auroient reçu la connaissance du vrai Dieu : il n'a pas prévu que dix-huit cents ans après sa vie mortelle, la corruption dès mœurs parmi des hommes qui feroient profession d'être ses disciples, seroit portée au point qu'il en résulterait une nécessité indispensable d'admettre le divorce, et il a fallu que la sagesse des législateurs modernes, suppléant au défaut de la législation de l'Homme-Dieu, apportât à la dépravation de ceux à qui ils donnent des lois, un remède proscrit par l'Évangile !" (pp. 75-77)
           
        ... On ne saurait mieux dire !! Combien, dans leurs judicieuses réflexions, se voient ici en transparence l'impiété et l'orgueil des révolutionnaires ! Mais on ne sera pas sans remarquer que cette prétendue justification d'une soi-disant nécessité de déborder la morale enseignée par Jésus-Christ qui avait lieu dans la période immédiatement post-révolutionnaire, se reproduit quasi à l'identique... de nos jours. La bénédiction des homosexuels n'est-elle pas dire à la Providence divine : "Tu n'as pas su prévoir que dans la période après Vatican II, les hommes n'auraient plus la force morale de respecter la Création de Dieu le Père, homme et femme, dorénavant il faut donc donner un statut moral aux hommes qui s'unissent entre eux..." !
           
        Après avoir mis en montre l'impiété et la non-ordonnance au Bien commun, tant naturel que surnaturel, des sociétés politiques post-révolutionnaires, nos Évêques Réclamants commentent judicieusement et mettent le doigt où ça fait mal quant à l'illusionnisme mortifère dans lequel Pie VII voulait entretenir à faux son esprit, perverti de démocratisme et s'obsédant, s'obnubilant perseverare diabolicum sur une très-funeste et antichristique chimère : "Or, qui ne voit combien ces entreprises multipliées [de l'État républicain] sur les droits de l'Église, ces systèmes opposés à son enseignement, ces renversements de sa discipline, qui sont autant de traits lancés contre la Religion Catholique, s'accordent peu avec l'heureux rétablissement de notre Sainte Religion que Votre Sainteté avoit en vue de procurer en France" (pp. 70-71)... c'est le moins qu'on puisse dire !!
           
        Mais laissons nos Pères françois dans la Foi conclure eux-mêmes la seconde série de leurs remarquables et si édifiantes Réclamations, etc. :
 
        "À la vue de tous ces maux et de tant d'autres que nous passons encore maintenant sous silence [bien d'autres griefs pourraient en effet tout-à-fait encore être rajoutés...], nous ne pouvons nous empêcher d'adresser à votre Sainteté les mêmes paroles qu'adressait autrefois Saint Bernard au pape Eugène III votre prédécesseur : «Voyez, ô Père commun ! jusqu'à quel point votre religion a été surprise..... l'apparence du bien vous a trompé..... Mais maintenant que le zèle se lève, et qu'il déploie toute son énergie..... que Dieu vous inspire d'accueillir avec des sentiments paternels nos respectueuses représentations, et de faire une réponse [il n'y en aura aucune...] qui, donnant l'espoir de voir le bien renaître, procure une vraie consolation à nous tous qui sommes désolés à l'excès, et affligés au-delà de toutes expressions» (Epist. CCLXX ad Dominum Papam Eugenium).
           
        "Et, prosternés aux pieds de Votre Sainteté, nous la conjurons humblement de nous accorder sa Bénédiction Apostolique.
 
"De Votre Sainteté,
"TRÈS-SAINT PÈRE,
"Les très-humbles et très-obéissans
"Serviteurs et Fils"
(p. 77).
[Suivent les signatures
des treize Évêques Réclamants
résidant en Angleterre]
 
ReclamationsEvequesLouisXVISUITEPremièrePage
 
"Le titre authentique était : Canonicæ et reverendissimæ
expostulationes apud SS. DD. Pium VII, divina Providentia Papam,
de variis actis ad Ecclesiam Gallicanam spectantibus.
Imprimée à Londres une traduction française en parut à Bruxelles l'an 1804,
une autre à Londres, l'an 1813, sous le titre indiqué plus haut.
Parmi les signataires figuraient trois noms nouveaux,
ceux des évêques de Tarbes, d'Orape, coadjuteur de l'évêque de Metz
et de «l'ancien évêque» de Rieux. Ne figurait pas l'évêque de Grenoble"
(Cf. Revue des sciences religieuses, t. XVI, 1936, C. Constantin, p. 371) 
         
        Tout au long de notre lecture de ces très-admirables Réclamations, etc., seconde mouture, comme du reste dans la première, on ne peut manquer de remarquer à quel point, dans tout leur texte, les Évêques Réclamants vénèrent la fonction pontificale de Pierre dans la personne de Pie VII, et d'en être profondément édifiés. Ils ont un tel respect du pape pourtant tombé dans les pires reniements au for public concordataire, qu'ils emploient moult et sans cesse la formule "contre l'intention de Votre Sainteté" lorsqu'ils sont obligés d'exposer les pires conséquences hérétiques du Concordat, ayant visiblement à cœur d'en décharger le pape, contre même, hélas !, l'évidence des actes ou décrets posés par Pie VII. Il n'est pas étonnant, dès lors, que leurs Réclamations, etc., première et seconde moutures, servirent de véritable bible à tous les groupes anti-concordataires qui vont naître dans la mouvance morale de nos bons Évêques Réclamants, se constituant par la suite ecclésialement ou bien non en Petite-Église. Et le comportement chrétien très-digne de la plupart d'entre les anti-concordataires, au niveau de leur piété, de leurs mœurs, souffrant sans haine la persécution de l'Église concordataire, fut souvent remarqué, avec étonnement, par les observateurs se penchant plus ou moins sociologiquement sur leurs communautés. L'accusation de jansénisme qui a été faite par certains contre eux n'est qu'une calomnie de plus à leur endroit : n'oublions pas qu'il faut salir préalablement celui qu'on a décidé d'égorger, ce qui est le propre de l'esprit sectaire, qu'on trouve en vérité beaucoup plus chez les concordataires que chez les anti-concordataires...
           
        À propos de calomnies, je ne saurai passer sans réagir sur la Première lettre pastorale aux dissidents de la Petite-Église, à l'occasion du jubilé demi-séculaire, 25 octobre 1851, du cardinal Pie. Cette lettre infâme est une véritable et ignoble salauderie pleine d'emphase pompeuse, remplie hypocritement de mots de la Charité mais sans la Charité, dégoulinant de graisse ecclésiastique impure, pleine de suffisance de pharisien, et n'ayant en définitive qu'un seul et misérable but non-avoué : écraser l'anti-concordataire et ne pas même lui laisser la peau sur les os.
           
        Qu'on en juge ! Cet évêque de Poitiers que des conservateurs obscurantistes ont dressé en statue à vénérer à genoux dans certains milieux tradis peu doués du côté de la cervelle, qui ne fut cardinal qu'un an avant de mourir, après avoir hypocritement esquivé la question doctrinale de fond, très-gênante en effet pour des carriéristes concordataires de son espèce, n'a voulu superbement en rester dans sa lettre "pastorale", qu'à étaler indécemment et mettre en grand relief l'état déplorable où subsistaient les anti-concordataires dans son diocèse. Il ose prendre comme base de son pamphlet scandaleux la situation misérable où ils se trouvaient réduits, souffrant dans leurs vies humaines forcément réduites sur le plan social, affligés de faim spirituelle, absence de Sacrements, etc., à cause de leur fidélité même à la pureté de la Foi : "Il n'entre pas dans notre dessein, ose dire cet histrion emphatique, de traiter à fond des questions [doctrinales ayant trait au Concordat] parfaitement éclaircies par tant de controverses pleines d'érudition et de solidité [mensonge éhonté, scandaleux, effet d'affiche misérable et hypocrite : ces controverses soi-disant victorieuses contre l'anti-concordatisme... n'existent pas ! Mais ce gros mensonge avait pour but d'assommer les gens simples que le méprisable orateur avait en face de lui...]. C'est en prenant la Dissidence dans son état actuel que nous voulons lui montrer qu'elle est évidemment hors de la vérité"...! C'est tout-à-fait comme si, pénétrant dans un camp de concentration nazi pendant la seconde guerre mondiale, vous jetiez à la tête des prisonniers dans un état physique lamentable, mourant de faim, de soif, etc., que leur état déplorable était la preuve que leur combat antinazi était mauvais !! Une telle attitude juge non pas les victimes mais celui qui les accuse, et peut-être même l'Église concordataire et pharisienne qui se cachait derrière le cardinal Pie.
           
        Par contre, la lettre que le pape Pie IX lui-même adressa à quelques anti-concordataires en 1854, équilibrée et dépourvue de tout orgueil et de toute haine, est fort intéressante quant à l'exposé bien fait des raisons de fond que l'Église prétend donner pour soutenir l'orthodoxie du Concordat, elles nous permettent de voir qu'elles sont toutes controuvées et fausses. Je commence d'abord par citer intégralement cette missive du pape Pie IX, puis je la commenterai ensuite :
           
        "Aux honorables Félix Costes et autres signataires de la lettre collective à nous adressée. PIE lX , PAPE.
           
        "Hommes honorables, salut.
           
        "La lettre par laquelle vous témoignez de votre dévouement envers notre personne et le Saint-Siège, a été pour nous un grand sujet de consolation. Quant aux questions que vous posez, nous répondons que Pie VII, notre prédécesseur, de glorieuse mémoire, dans le Concordat de 1801 et dans ses actes de la même année et de la suivante, après mûr et libre examen de l'état des choses, a, il est vrai, usé de remèdes extraordinaires pour rétablir en France l'exercice public de la religion catholique et obvier ainsi aux périls que couraient les âmes, en raison de la difficulté des secours spirituels, mais qu'il n'a jamais rien statué ni fait contre la doctrine proclamée par Pie VI, son prédécesseur, dans ses lettres apostoliques concernant les affaires de France ; nous répondons ensuite que Pie VII lui-même n'a jamais, en aucune manière, approuvé les réclamations des évêques qui n'avaient pas voulu consentir aux mesures prises par lui pour la réorganisation des Églises de France, et que, bien plus, ces mêmes réclamations ont été condamnées par un décret de la Congrégation de l'Index et par l'autorité du même souverain pontife ; nous répondons, en outre, que Pie VII, le 24 mai 1802, a publiquement demandé la correction des articles organiques, peu de jours auparavant décrétés à son insu par le gouvernement français et promulgués à Paris en même temps que le Concordat, et il n'a cessé, dans la suite, d'improuver par des plaintes réitérées ces mêmes articles, en tant que contraires aux lois divines et ecclésiastiques ; nous répondons enfin que non seulement vous pouvez, mais encore que vous devez absolument vous mettre en communion avec les prêtres qui exercent parmi vous le saint ministère, sous l'autorité de notre vénérable frère Jean-François Croizier, qui a été fait évêque de Rhodez par notre prédécesseur immédiat, Grégoire XVI, et qui gouverne cette église en pleine communion avec nous.
           
        "En effet, les véritables enfants du Saint-Siège et de la sainte Église catholique doivent reconnaître comme les vrais pasteurs des diocèses de France tous les prélats qui ont été préposés aux Églises de France par Pie VII, ou par ses successeurs Léon XII, Pie VIII et Grégoire XVI, ou par Nous-même. Rappelez-vous la déclaration dogmatique du Concile de Trente sur cette matière, dans sa session XXIII, canon 8, qui porte : "Si quelqu'un dit que les évêques qui sont établis par l'autorité du pontife romain ne sont pas légitimes et vrais évêques, mais une invention humaine, qu'il soit anathème !" Hâtez-vous d'acquiescer à nos avertissements, et, sans plus tarder, revenez à l'obéissance à votre évêque, auprès duquel vous trouverez tous les secours spirituels dont vous avez besoin, afin que, purifiant vos âmes des œuvres mortes et accomplissant les commandements de Dieu et de Son Église, vous obteniez le salut, qui est la fin de votre foi. Quant à nous, dans notre sollicitude à cet égard, nous vous recommandons à Dieu et à la parole de Sa grâce, et nous aimons à espérer que bientôt nous recevrons l'heureuse nouvelle de votre retour à la communion de votre évêque ; c'est alors que nous pourrons reconnaître dans chacun de vous un fils bien-aimé, réellement uni et respectueusement soumis au Saint-Siège et à Nous, qui y sommes assis, et vous donner, avec toute l'affection de notre paternelle charité, la bénédiction apostolique.
           
        "Donné à Naples, au faubourg de Portici, le dix mars de l'année 1854, le quatrième de notre pontificat.
 
        "PIE IX, PP.
           
        "Nous certifions que cette traduction remplit fidèlement le texte original et y est en tout point conforme.
"CÉLESTIN, card. Du PONT, Archevêque de Bourges".
           
        Cette lettre émanant du pape Pie IX en tant que docteur privé n'est qu'un tissu de faux raisonnements, dont il est évidemment très-important de montrer au grand jour les sophismes pour la gloire et le triomphe de la Vérité vraie, au moins dans les âmes, à cause même, bien évidemment, de l'autorité suréminente de son auteur pontifical.
           
        Le raisonnement de fond de Pie IX pour justifier le Concordat est de dire, d'ailleurs à la suite de son prédécesseur Pie VII, que ce dernier a "usé de remèdes extraordinaires pour rétablir en France l'exercice public de la religion catholique et obvier ainsi aux périls que couraient les âmes".
           
        Premièrement, son pouvoir pontifical suprême, même étendu dans la plénitude absolue de son exercice, n'était pas habilité à user des remèdes extraordinaires dont il s'est servi, et dont le principal est bien sûr la totale, incroyable et radicale refonte des diocèses en France, comme comprenant absolument toutes les personnes épiscopales et toutes les structures géographiques remontant aux assises chrétiennes mêmes de la France. Je l'ai exposé dans mon premier article : de par la Constitution divine même de l'Église, le droit divin pontifical n'est pas absolutiste comme les concordataires veulent le croire, mais seulement tempéré. C'est-à-dire que si le pape est effectivement bien le maître de la juridiction, si même il est au-dessus du Droit canon, il n'a cependant aucun pouvoir sur le droit divin constitutif de l'Église, tel que le Christ l'a confectionné lorsqu'Il est venu sur terre il y a 2 000 ans, très-notamment le droit divin épiscopal une fois celui-ci mis canoniquement en œuvre.
           
        Si le pape a effectivement bien un pouvoir discrétionnaire absolu sur la juridiction épiscopale en amont, c'est-à-dire pour donner à un évêque une portion du troupeau du Christ, une église particulière ou diocèse (aucun évêque en effet n'a le pouvoir de se donner à lui-même une juridiction en Église), une fois et dès lors qu'il a institué canoniquement le nouvel évêque dans cette église particulière qui devient très-théologiquement son épouse, le droit divin épiscopal se développe immédiatement à équiparité en face du droit divin pontifical. On pourrait tout-à-fait dire, en prenant la juste comparaison avec ce qui se passe dans les périodes de vacance du Siège de Pierre par mort de pape, lorsque tous les cardinaux, assumant en corps d'institution la Juridiction universelle mettent rituellement leur rochet à découvert par-dessus tous leurs autres vêtements, insigne vestimentaire qui symbolisait leur pouvoir juridictionnel : une fois l'évêque canoniquement institué dans son diocèse par le pape, dès lors véritablement uni par un lien sponsal très-sacré créé par le Saint-Esprit avec son épouse-église, il a immédiatement et formellement, lui aussi, son rochet à découvert. Ce qui signifie, et les Évêques Réclamants le diront assez et en exposeront avec soin les assises et racines scripturaires et traditionnelles très-catholiques (et non gallicano-conciliaristes, comme de vils calomniateurs ou ignorants ne connaissant pas leur théologie tâcheront en pure perte de le faire accroire) dans leur première mouture de Réclamations, etc., comme nous l'avons vu ensemble dans mon précédent article, ce qui signifie disais-je, que le pape, sur l'évêque une fois dûment institué, n'a pas le pouvoir de le destituer par seul motu proprio pontifical (il y faut adjoindre alors, pour la validité de la destitution, soit l'accord de l'évêque lui-même, soit procès en cour de Rome prononçant légitimement la destitution de l'évêque, et dans ce cas, le motif n'en peut être qu'une faute grave de l'évêque, à l'exclusion de toute autre raison). Supposer que le pape aurait le droit de destituer validement un évêque par seul motu proprio pontifical serait juste supposer que le droit divin du pape a le pouvoir de supprimer le droit divin de l'évêque, ce qui, théologiquement, est bien sûr une aberration, une absurdité complète, comme aboutissant à une sorte de hara-kiri radical de l'Église.
 
Rochet plisse
Rochet plissé
 
        Deuxièmement, à supposer, ce qui n'est donc absolument pas le cas, que le pape Pie VII aurait eu le pouvoir de destituer tous les évêques de Louis XVI par seul et simple motu proprio pontifical, comme il l'a fait, mais de soi invalidement, dans le Concordat, le but d'un tel acte, comme croit pouvoir l'affirmer mais à gtand'tort le pape Pie IX après Pie VII, n'était pas du tout "pour rétablir en France l'exercice public de la religion catholique", mais pour établir en France, et non rétablir, son exact et satanique contraire : un succédané très-damné de Religion catholique, amputé d'un de ses deux éléments constitutifs essentiels, à savoir les Mœurs. La Religion catholique, en effet, ce n'est pas seulement la Foi, c'est, à égalité, la Foi ET les Mœurs. Or, pour que le rétablissement authentique de la Religion catholique dans un pays donné soit un fait avéré, que le but affiché par Pie VII soit vérifié, il faut sine qua non que, non pas seulement la Foi, mais les Mœurs avec la Foi, soient rétablies dans toute leur intégrité catholique, ce qui présuppose et exige formellement que la Religion catholique soit la seule Religion à régner au for public, sociopolitique, c'est-à-dire soit Religion d'État. Sinon, à défaut de la liberté des enfants de Dieu dans le for public, à défaut du rétablissement intégral des Mœurs autrement dit, il est totalement faux et mensonger de parler de rétablissement de la Religion catholique, comme l'a prétendu Pie VII, et comme, à sa suite, le prétend Pie IX dans sa lettre. Le rétablissement de la Religion catholique, c'est en effet à la fois le rétablissement de la Foi et des Mœurs, et si l'un seulement est rétabli à défaut de l'autre, la Foi sans les Mœurs, ou les Mœurs sans la Foi, alors, c'est mentir de dire qu'il y a rétablissement de la Religion catholique. La Religion du Dieu véritable, en effet, c'est tout, ou rien. Pour bien le comprendre, on peut prendre l'exemple de l'être humain. Un être humain, c'est une âme et un corps. Il serait vain, et on le comprend facilement, de prétendre qu'un être humain puisse être dit existant avec seulement une âme (= la Foi), sans que son corps (= les Mœurs) existât et lui soit obligatoirement adjoint.
           
        Or, l'État constitutionnellement athée français de Napoléon fait régner dans le for public, ce qui a directe incidence sur les Mœurs, non pas la Religion catholique, mais l'indifférentisme religieux le plus absolu tiré d'un principe constitutif de sa constitution athée, toutes les religions, la vraie mélangée avec les fausses étant toutes constitutivement réputées égales en droit. Le Concordat ne rétablissant donc en France la Religion catholique que seulement au niveau de la Foi, mais ne la rétablissant nullement au niveau des Mœurs (c'est tout le contraire qui est vrai, car il détruit très-concrètement les Mœurs catholiques rien qu'en acceptant comme partenaire concordataire l'État français athée qui professe l'indifférentisme religieux dans les Mœurs au for public), il est donc totalement faux et mensonger de parler de rétablissement de la Religion catholique en France par le moyen du Concordat, comme le font tous les papes concordataires et post, Pie IX, donc, ainsi qu'on vient de le lire, après Pie VII. Le rétablissement de la Religion catholique en France aurait été vrai après le Concordat, si, et seulement si, comme dans les temps très-chrétiens d'Ancien-Régime, la Religion catholique avait été déclarée par l'État seule Religion existante au for public, ce qui n'est pas du tout le cas après le Concordat.
           
        Mais puisque donc le but de l'opération concordataire était un mauvais but, non pas le rétablissement de la Religion catholique en France mais l'établissement nouveau d'un succédané très-damné de Religion catholique soumise à une puissance politique constitutionnellement athée corrompant radicalement ses Mœurs, Pie VII n'était théologiquement fondé à n'employer aucun moyen, qu'il soit extraordinaire ou bien non, pour le mettre en œuvre, attendu que le pape n'a le droit d'œuvrer légitimement en Église que pour le Bien-Fin de l'Épouse du Christ et jamais pour un mauvais but.
           
        C'est donc rien moins que sous deux motifs théologiques fondamentaux, dont l'un comme l'autre est formellement dirimant pris tout seul, que le pape Pie VII n'avait pas le droit d'employer ce que Pie IX appelle "les remèdes extraordinaires" : 1/ son pouvoir pontifical ne pouvait théologiquement s'étendre jusqu'à les employer ; et 2/ le but mauvais qu'il poursuivait, cependant, comme le disent si bien les Évêques Réclamants, "contre l'intention de Votre Sainteté", Pie VII n'ayant certes aucune mauvaise intention de mal faire, lui interdisait formellement de les prendre, eût-il pu théologiquement les prendre...
           
        Troisièmement, le pape Pie IX croit pouvoir préciser, dans la dernière partie de sa formulation, que le rétablissement de la Religion catholique en France, "obvi[ait] ainsi aux périls que couraient les âmes". Allons...!!, voyons, soyons sérieux : comment supposer une seule seconde que, les Mœurs de cet établissement nouveau de l'Église catholique en France, et non son rétablissement, étant complètement prostituées à un État constitutionnellement athée, ce succédané très-damné de Religion catholique puisse favoriser et travailler au salut des âmes...?!? Les papes concordataires et post, se mettant un bandeau d'aveuglement sur les yeux, naviguent là en pleine absurdité, en plein mensonge même.
           
        Pour n'évoquer que quelques faits qui contredisent totalement que le Concordat œuvrait au salut des âmes, au salus animarum, est-ce en faisant sacrilègement prier à l'église, dans les solennités du rite, pour le salut d'une République constitutionnellement athée... que le Concordat œuvrait au salut des âmes ? Est-ce en faisant des évêques et des curés, des serviteurs à la botte d'un État constitutionnellement athée, en les obligeant rigoureusement à lui prêter serment et à lui dénoncer tout opposant au régime athée... que le Concordat œuvrait au salut des âmes ? Est-ce en obligeant les fidèles à rendre le devoir d'obéissance aux lois civiles républicaines athées, n'ayant sournoisement en vue profonde que la destruction de la Religion catholique, comme le divorce, le fait de réputer valide le mariage par l'État et non plus par l'Église, ce qui est parfaitement hérétique et condamné par le concile de Trente, le fait de voir l'État athée s'arroger le droit sur les dispenses de mariage... que le Concordat œuvrait au salut des âmes ? Est-ce en faisant table rase du droit de propriété, en légitimant par l'art. XIII le vol et le dol des biens non seulement ecclésiastiques, mais par extension morale tous les biens volés des émigrés et des français ayant déplu à la Révolution (et c'était donc la sanior pars des français), d'une manière en définitive très... communiste !... que le Concordat œuvrait au salut des âmes ? Est-ce en donnant sacrilègement "les droits et prérogatives" réservés aux rois très-chrétiens, aux consuls de l'État français constitutionnellement athée, avec possibilité pour eux de se servir du droit d'exclusive dans le conclave (!)... que le Concordat œuvrait au salut des âmes ?
           
        Et je pourrai encore continuer très-longtemps la maudite liste. Il suffit d'ailleurs de relire les Réclamations, etc., première et seconde moutures, pour voir que la matière ne manque hélas pas... Mais ce qui était indiscutablement le point le plus préjudiciable au salus animarum des français, résidait évidemment dans le non-Règne du Christ et de sa Religion véritable au for public de l'État français de Napoléon. Tout le reste en découlait. Comme disaient si bien les Évêques Réclamants : "ils [les sacrifices faits par Pie VII sur l'autel de Napoléon] n'ont abouti qu'à rendre plus déplorable l'état de cette Religion sainte [en France], et à la mettre, pour ainsi dire, à deux doigts de sa ruine totale".
           
        La vérité, en effet, c'est que les Mœurs concordataires pourries ainsi confectionnées ne pouvaient avoir la vocation réprouvée que de pourrir tôt ou tard, quoique occultement et insensiblement au fil du temps, la Foi elle-même des catholiques obligés de vivre ces Mœurs pourries, par contamination obligée... ce qui a fini par être explicité abominablement, au bout de quelqu'un siècle et demi, au concile Vatican II. De plus, il ne faudrait pas oublier le point essentiel du débat : le pape Pie VII attentait au criterium de validité des sociétés politiques enseigné par saint Paul en Rom XIII, rien qu'en acceptant comme partenaire concordataire un pouvoir politique constitutionnellement athée, réputant ainsi formellement la validité à une puissance qui était invalide comme n'étant pas ordonnée constitutionnellement à la poursuite du Bien commun, ce qui est hérétique.      
           
        Mais je continue maintenant à lire l'intéressante missive du pape Pie IX. Il nous affirme que le pape Pie VII "n'a jamais rien statué ni fait contre la doctrine proclamée par Pie VI, son prédécesseur, dans ses lettres apostoliques concernant les affaires de France". Si l'on regarde uniquement la grande affaire de la Constitution civile du Clergé, à laquelle semble faire allusion Pie IX, c'est presque vrai. Je dis presque, parce que si, théoriquement, le pape Pie VII n'a rien supprimé des justes et catholiques condamnations de Pie VI relativement à la Constitution civile du Clergé, il n'en a pas moins, cependant, dans la restructuration fort impurement mélangée de l'épiscopat français suite au Concordat, laissé beaucoup d'évêques constitutionnels remplir les nouveaux Sièges épiscopaux sans faire ni vouloir faire aucune abjuration (ce que Napoléon avait exigé, et, comme pour tout le reste et le reste du reste, Pie VII fut obligé de lui céder sur ce point), comme l'ont bien fait remarquer nos Évêques Réclamants dans la première série de leurs Réclamations, etc. Voilà qui nuance un peu et même sévèrement, le propos de Pie IX.
           
        De plus, il n'est pas du tout vrai de dire que Pie VII n'a rien fait contre ce qu'a fait Pie VI pour lutter contre la Révolution : en 1790-91, nous l'avons vu dans la première mouture des Réclamations, etc., Pie VI s'était opposé fermement au désossement, à la désarticulation des diocèses français déjà voulue par l'Assemblée Nationale, se retranchant d'ailleurs fort habilement, on l'a vu, derrière l'autorité des évêques français ; or, l'État français de Napoléon reprenant dans le Concordat pour copie conforme et ne varietur le projet des révolutionnaires qui ne datait que de dix ans, Pie VII s'est quant à lui positionné au rebours complet de ce positionnement catholique de Pie VI, non seulement en acceptant la restructuration tabula rasa des diocèses français, mais de plus, loin de respecter et de se retrancher derrière l'autorité des évêques, il n'a fait que suivre la volonté "apostolicide" de Napoléon en les guillotinant pontificalement ! C'était bel et bien là se positionner du tout au tout, radicalement, contre ce qu'avait fait le pape Pie VI ! Autre point aussi grave où l'on trouve Pie VII en contradiction flagrante et formelle avec Pie VI : son très-exécrable art. XIII, qui légitime la possession par vol des biens ecclésiastiques, ce que Pie VI avait formellement condamné, comme on l'a bien vu. Le moins qu'on puisse dire, donc, c'est qu'on ne peut vraiment pas souscrire à l'affirmation de Pie IX, comme quoi Pie VII n'aurait rien fait contre le positionnement à la fois doctrinal et pratique de son immédiat prédécesseur, Pie VI, dans la période révolutionnaire...
           
        Mais j'arrive maintenant, dans la lettre de Pie IX, à la cerise sur le gâteau. "Nous répondons ensuite que Pie VII lui-même n'a jamais, en aucune manière, approuvé les réclamations des évêques qui n'avaient pas voulu consentir aux mesures prises par lui pour la réorganisation des Églises de France, et que, bien plus, ces mêmes réclamations ont été condamnées par un décret de la Congrégation de l'Index et par l'autorité du même souverain pontife".
           
        Voilà qui rappelle que lorsque Notre-Seigneur Jésus-Christ comparut devant le sanhédrin et Caïphe, après leur avoir vertement rappelé la vérité, un sbire le gifla. "Un des satellites, qui se trouvait là, donna un soufflet à Jésus, en disant : «Est-ce ainsi que Tu réponds au grand prêtre ?» Jésus lui répondit: «Si J'ai mal parlé, montre ce que J'ai dit de mal ; mais, si J'ai bien parlé, pourquoi Me frappes-tu ?»" (Jn XVIII, 22-23)
           
        Je crois que les Évêques Réclamants pourraient en dire de même : POUR QUELLE VÉRITÉ DANS NOS RÉCLAMATIONS, ETC., NOUS SOUFFLÈTES-TU, NOUS FRAPPES-TU, Ô ROME CONVERTIE À LA BABYLONE ANTICHRISTIQUE DES NATIONS DEPUIS LE CONCORDAT ?
           
        Quel scandale digne de pharisiens, que cette inique mise à l'Index des vérités qui dérangent, que les grands-prêtres, pardon, les papes concordataires ne peuvent faire taire, n'ayant plus dès lors que l'issue des méchants, scandaleuse et réprouvée, de les assassiner ecclésialement ! Comme ce genre de procédé est honteux pour l'Église concordataire, comme il dénonce bien son mauvais chemin emprunté !! On ne peut plus penser à de l'innocence, là, nous sommes en pleine malice de pharisien, et il est bon de rouvrir certaines pages d'Évangile... Cette condamnation ecclésiastique du Juste persécuté ne dérange cependant pas beaucoup. Attendu que le premier excommunié injustement par une Église officielle, s'appelle Jésus-Christ Lui-même Soi-même. Et ma foi, le sort n'est pas trop mauvais de se trouver en compagnie de Jésus-Christ condamné injustement non moins qu'ecclésialement. C'est en souriant comme le fit Mgr Lefebvre dans son sermon du sacre des quatre évêques en juin 1988, que je dirai moi aussi : "Ils vont encore nous dire schismatiques !, ils vont lancer haut en l'air le grand mot de schisme !" disait-il en riant...
           
        Quant aux Articles organiques, le pape Pie IX ne pouvait, dans sa lettre, qu'avoir vraiment beaucoup de mal à s'en... dépatouiller et à en... débarbouiller son prédécesseur Pie VII. Pie VII n'a cessé, durant de longues et infructueuses années, s'empresse-t-il de mettre en montre et en avant, de réclamer leur abolition près l'État français de Napoléon ? C'est très-exact, mais ce qui l'est encore plus, c'est que, dans le principe de la chose, il s'était engagé lui-même, pape Pie VII, dans le corps du texte concordataire, à l'art. 1, à... les suivre, à y obtempérer ! Les Évêques Réclamants soulignaient à combien juste titre cette contradiction tellement significative de Pie VII, une de plus soit dit en passant, rappelons-nous, c'était dans leurs premières Réclamations, etc. : "Plût à Dieu qu'on n'eût pas donné occasion à ces Articles [organiques], en souscrivant purement et simplement, sans aucune précaution, à la seconde partie du premier article de la susdite Convention du 15 Juillet 1801, lequel est conçu en ces termes : «La Religion catholique, apostolique et romaine sera librement exercée en France..... en se conformant aux règlements de police que le Gouvernement jugera nécessaires pour la tranquillité publique»". Or, les Articles organiques n'étaient rien d'autres que ces... "règlements de police que le Gouvernement a jugé nécessaires pour la tranquillité publique"...! Il est bien dit là, le plus clairement du monde, que c'est le Gouvernement qui a l'autorité pour juger ce qui est nécessaire à la tranquillité publique, et lui seul ! Sans avoir à en référer au pape, ni lui demander son avis, encore moins son placet. Stipulation que le pape a acceptée rien qu'en signant le Concordat. Le Gouvernement n'a donc fait que mettre en application cet art. 1er par les Articles organiques. Mais qu'avait donc à y redire Pie VII, sinon à manger la honte de son inconséquence ?
           
        Et les Évêques Réclamants d'en conclure fort justement : "Hélas ! cette Convention [le Concordat], prise dans tout son ensemble, loin de guérir les maux de l'Église, n'a fait que les aigrir (sans doute contre l'intention de V. S.) mais la seconde partie de l'article premier lui a été spécialement funeste, parce qu'elle a fourni à la Puissance séculière l'occasion de s'emparer du Gouvernement spirituel, occasion qu'elle n'a eu garde de laisser échapper. Oui, voilà ce qui lui a applani le chemin pour en venir à tant d'étonnantes dispositions, auxquelles un Catholique ne peut penser sans la plus vive douleur. Et comme, d'une part, V. S. a formellement reconnu dans son Allocution du 24 Mai 1802, que lesdits Articles, tels qu'ils sont, mettent obstacle à l'exécution de ce qui est prescrit par la Constitution de notre Sainte Religion, ainsi qu'à l'exacte et fidèle observance de la Discipline établie par les loix de l'Église ; et que de l'autre ces mêmes Articles, tels qu'ils existent, sont des règlements de Police qui ont force de loi en France, et auxquels on est tenu de se conformer dans l'exercice de la Religion ; il s'en suit évidemment que la Religion catholique, apostolique et romaine, est aujourd'hui exercée en France, sous la condition expresse, que ses Ministres obéiront à des réglemens qui, au jugement de V. S. elle-même, s'opposent à ce que l'on pratique ce qu'exige la divine Constitution de notre Sainte Religion, et à ce que l'on observe fidèlement la salutaire Discipline que l'Église a établie par ses loix" (Premières Réclamations, etc., pp. 94-101). Et que voilà-t-il pas, soit dit en passant, une raison de plus, que j'ai oubliée de consigner tout-à-l'heure, comme quoi il était faux et mensonger de dire, comme Pie IX voulait le dire, que le Concordat "obvi[ait] ainsi aux périls que couraient les âmes" ! Loin d'y obvier, il y précipitait les âmes, en les obligeant, par l'inconséquence damnable de Pie VII, à l'obéissance aux Articles organiques !!
           
        Avouez qu'on ne saurait mieux dire que ne le firent nos chers Évêques Réclamants... mais Pie IX, quant à lui, se garde bien de le dire ! Il préfère souscrire, comme on le comprend, à l'interdiction pharisaïque de lire ces vérités dénonciatrices condamnant le très-mauvais chemin pris par la papauté concordataire et post...!
           
        ... Quant à moi, écrivain catholique ainsi que je signe tous mes articles, et de plus l'étant de manière insupportablement invétérée et, j'espère, impénitente, n'ayant abyssalement que foutre ni que faire des oukase pharisiens de l'Église concordataire cependant légitime, lesquels n'ont aucune valeur devant la Cour éternelle de Dieu, je préfère de beaucoup m'inspirer, genou en terre, en tant que catholique véritable, des derniers cris du cœur de Mgr Alexandre de Lauzières-Thémines (1742-1829), l'évêque Réclamant si édifiant de Blois, qui sentent si bons la bonne odeur du Juste persécuté, et auxquels mes deux derniers articles tâchent un peu de faire écho et de répondre : "Le plus nécessaire sera de parler après notre mort, pour que les simples fidèles soient sauvés dans leur simplicité, et que les enfants de lumière marchent dans la Lumière... Plaise au Ciel que les Réclamations et Oppositions de l'Église Gallicane soient perpétuées jusqu'au redressement des torts et des injures, qu'un cri Apostolique fasse entendre partout, comme il s'est déjà entendu quelque part : PERSONNE DANS L'ÉGLISE DE JÉSUS-CHRIST N'A LE DROIT DE FAIRE DES INTRUS" (Lettre à Louis XVIII, 15 octobre 1817) ; dans un autre endroit, le même prélat, de s'écrier : "Si tout est perdu, la vérité nous reste !" ; ou encore ceci, qui, bien sûr, n'est pas sans me toucher personnellement et même profondément : "Plusieurs prétendent que les laïques ne doivent pas se mêler de cette affaire religieuse, et moi je dis que la succession Apostolique est au contraire le dogme salutaire de tout le monde. OMNIS HOMO MILES [Tout homme est soldat]" (Lettre à un ancien magistrat, 20 août 1825) ― (cf., pour les citations de ce § : https://www.jstor.org/stable/44814719).
     
        Mgr de Lauzières-Thémines, issue d'une vieille et noble famille de France, "se voua à l'état ecclésiastique avec élan et piété. Il avait une belle fortune et tous les avantages de la naissance, de l'éducation et du talent. Il fut, tout jeune, grand-vicaire de Senlis et aumônier du Roi. À trente-trois ans, il était appelé à l'épiscopat et sacré à Blois, le 6 octobre 1776. Pendant vingt-cinq ans, il administra son diocèse dans la paix et la charité, et sa vie était aussi édifiante que bien remplie. Il parut quelquefois dans les chaires de Paris en de solennelles circonstances, comme par exemple pour prêcher l'Oraisons funèbre de l'Impératrice Marie-Thérèse d'Autriche, le 30 mai 1781, en l'église Cathédrale, devant le plus brillant auditoire. Mgr de Thémines était un digne et pieux évêque, entouré de la vénération du clergé et des fidèles. Tous lui en donnèrent la preuve, quand la Constitution civile fut décrétée. La lettre si touchante qu'il écrivit aux administrateurs du département de Loir-et-Cher est instructive à cet égard. «... Ce serait, dit Mgr de Thémines, un honneur et un devoir très consolant pour moi de n'avoir qu'à vous remercier des égards que M. le Président a bien voulu me témoigner de votre part ; mais les ministres de Jésus-Christ ne peuvent plus guère apercevoir des égards, dès qu'ils n'accompagnent que la subversion des règles et de l'autorité de l'Église : ils ne peuvent y répondre que par l'expression de leurs sentiments et de leur douleur».
 
        "Il se livra un rude combat dans son cœur quand il fallut prendre parti. «... Des fidèles qui se croient abandonnés ! Des vierges consternées dans les cloîtres ! Le jeune clergé qui se voit sans appui ! Nous nous sommes trouvé accablé sous le poids de tous ceux qui gémissent ; et quand on est pasteur, conseil et père de cette nombreuse famille, ah ! il faut avoir un cœur de bronze pour ne pas défaillir comme Rachel, “qui ne veut pas se consoler, parce ses enfants ne sont plus”. Il est des moments où il faut, comme les Apôtres, entrer dans le Cénacle avec les gens de bien, pour demander les secours que la terre ne fournit pas». Il protesta avec force et dignité contre l'élection de l'intrus Grégoire [venant usurper son Siège de Blois, comme évêque constitutionnel civil], qui devait devenir le chef de l'Église constitutionnelle ; et ce devoir accompli, il prit avec une grande tristesse le chemin de l'exil. Il ne se consola jamais d'être éloigné de son diocèse et de sa cathédrale, et il conserva, jusqu'à son dernier jour, l'espérance d'y reprendre sa place. À la Restauration de 1814, pressé à diverses fois par ses amis de revenir à Paris, comme plusieurs de ses confrères, il répondit : «Pour ramener un évêque français dans sa patrie après tant de tourmentes, il ne suffit pas de la restauration de la monarchie, il faut de plus l'entière et parfaite restauration de la religion de nos pères». Mgr de Thémines quitta l'Angleterre pour venir se fixer à Bruxelles, où il vécut en paix ses dernières années. Il mourut à Bruxelles, le 2 novembre 1829, à l'âge de quatre-vingt-huit ans (cf. http://shenandoahdavis.canalblog.com/archives/2019/06/17/37417472.html)".
 
MgrDeLauzièresThémines
Mgr Alexandre de Lauzières-Thémines (1742-1829)
... Une grande tristesse et souffrance morale,
celle du Juste persécuté, n'est-elle pas empreinte sur le visage
de cet homme dont les habits ne sont plus vraiment ceux d'un évêque ?
"La vérité a été en oubli, et celui qui s'est retiré du mal a été dépouillé" (Is LIX, 15)
       
        À son lit de mort ou peu s'en faut, Mgr de Lauzières-Thémines se résigna héroïquement à faire sa soumission au pape Pie VII, et reconnut, dans le principe de l'acte, le Concordat. En cela, et comme je le professe de faire moi-même, il accepta d'être crucifié avec l'Église, de vivre (et mourir en même temps) "LA PASSION DE L'ÉGLISE", endossant généreusement et prenant là le rôle de saint Jean au pied du Calvaire Rédempteur, quand, de leur côté très-imparfait, les clercs, grands ou petits, de l'Église concordataire, rejetant très-loin d'eux d'embrasser cette "PASSION DE L'ÉGLISE", ne voulant surtout pas prendre conscience de l'hétérodoxie viscérale et irréformable de la doctrine du Concordat qui leur aurait fait comprendre cette "PASSION DE L'ÉGLISE", frayaient donc avec les onze Apôtres sur douze qui fuirent coupablement la Passion du Christ, et dont l'un d'entre eux, il est toujours bon de s'en rafraîchir la mémoire, est mort en odeur de damnation.
 
        Il est en effet très-important, dans notre affaire, de comprendre ceci : une chose est d'accepter l'acte magistériel du Concordat, qui sont les clous qui crucifient l'Église sur la croix de la co-Rédemption, parce qu'il émane du pape légitime, une toute autre chose ou plus exactement dit un autre devoir aussi grand et aussi nécessaire à remplir quand on est catholique, est de condamner absolument la doctrine du Concordat moderne post-révolutionnaire, un devoir que ne comprennent absolument pas ceux qui font haro sur les anti-concordataires, ces derniers étant catholiques dans cette dénonciation et condamnation quand les concordataires ne le sont pas de ne pas la dénoncer ni la condamner. On est catholique véritable quand on satisfait à l'un ET à l'autre devoir, on ne l'est pas si l'on remplit seulement l'un SANS l'autre, soit condamner la doctrine du Concordat mais en refusant de faire allégeance au pape Pie VII et donc reconnaître la validité du Concordat, à la manière schismatique des sédévacantistes actuels, soit accepter le Concordat et bien sûr la légitimité du pape Pie VII mais sans dénoncier ni condamner l'hétérodoxie doctrinale du Concordat (et les deux devoirs peuvent et doivent être remplis tous les deux, attendu, quant au second, que le péché doctrinal du Concordat est ordonné à l'économie de la Passion du Christ, au "être fait péché pour le salut" que saint Paul enseigne en II Cor V, 21, c'est-à-dire à un simple péché matériel sans coulpe, et non bien sûr à un péché formel qui ne pourrait que signifier que "les portes de l'enfer ont prévalu contre l'Église", ce qui bien sûr est impossible). La perfection catholique réside en effet dans l'acceptation crucifiée de l'Acte concordataire, tout en condamnant et rejetant la doctrine hérétique qu'il contient de très-multiples façons (c'en est même un feu d'artifices...).           
       
        Justement, le pape Pie IX finit sa missive sur le prêchi-prêcha facile et ficelle, venant de l'Église concordataire certainement légitime, celle de Rome, en direction de fidèles anti-concordataires sur sa marge, dans "les périphéries" dirait François : Revenez, chers enfants du Seigneur, dans le Bercail du Christ. Il faut continuer à en dire quelques mots, pour bien exposer ce qu'est "LA PASSION DE L'ÉGLISE".
           
        Bien sûr, c'est vrai, il faut vivre sa Foi en Église en étant dans l'obédience des prêtres, et évêques, et papes, certainement légitimes. Mais je le redis encore une fois ici, car c'est le plus important à comprendre : dans le contexte cataclysmique et apocalyptique de "la crise de l'Église", qui commence au Concordat et qui se continue par Vatican II en attendant le règne de l'Antéchrist-personne, la seule manière de vivre sa Foi en Église en toute orthodoxie est de professer puis de vivre spirituellement "LA PASSION DE L'ÉGLISE".
           
        Seule en effet, "LA PASSION DE L'ÉGLISE" peut permettre au catholique de comprendre que l'Épouse du Christ puisse être "faite péché pour le salut" (II Cor V, 21), sans pour cela aucunement qu'elle le soit avec coulpe, faute réelle séparant de Dieu, et bien entendu, subséquemment, sans qu'elle ne soit plus l'Épouse légitime du Christ. Que ce soit dans l'occurrence peccamineuse du Concordat, quant au péché pontifical commis contre les Mœurs, ou dans celle non moins peccamineuse du Concile Vatican II, quant au péché pontifical commis cette fois-ci contre la Foi. C'est ainsi, et ainsi seulement, par "LA PASSION DE L'ÉGLISE", que le fidèle catholique peut être prémuni du scandale de la Foi, sans verser de babord ou de tribord, ni dans le schisme ni dans l'hérésie voire l'apostasie. Appréciation réelle de la situation ecclésiale moderne qui permet donc au catholique, et elle seule le lui permet, de continuer à entretenir sa Foi, comme il doit le faire, dans l'Église de Rome, toujours légitime, tout en prenant parallèlement bien conscience, ce que ne font pas les concordataires ou les conciliaires, du péché matériel inhérent à l'économie de la Passion du Christ, dans lequel péché matériel, désormais, gît, et vit et meurt, l'Église, qu'il s'agisse du péché concordataire ou de celui conciliaire, signe topique de sa crucifixion sur la croix de co-Rédemption, dans l'attente non certes de sa mort mystique qui aura lieu dans et par le règne de l'Antéchrist-personne, mais plutôt de sa Résurrection lors de la Parousie qui seule, pourra terminer et terminera "la crise de l'Église".
           
        Ceci, de fondamental, étant dit, revenons à la vraie question à poser en l'occurrence des anti-concordataires, suite à l'exhortation que le pape Pie IX leur fait en finale de sa lettre d'avoir à rentrer dans l'Église de Rome, question qui est la suivante : se sont-ils vraiment retirés schismatiquement de l'Église légitime de Rome, hélas devenue concordataire, c'est-à-dire "faite péché pour notre salut" (ce dont, soit dit en passant, ni Pie IX ni aucun autre pape moderne ne prennent conscience) ?
           
        D'une manière pratique, certes, les anti-concordataires s'en sont retirés, mais très-probablement pas d'une manière théorique, à la manière doctrinale sédévacantiste que nous montrent les extrémistes et/ou fanatiques de nos jours vaticandeux, du moins pour la plupart d'entre eux. La situation est en effet la suivante, après la signature du Concordat. Ceux qui le refusaient, le déclarent tout de go et naturellement en effet, dans un premier temps, à leurs frères chrétiens avec lesquels ils ont l'habitude de frayer, qui, quant à eux, acceptant le Concordat, ne tardent évidemment pas à leur faire reproche de le rejeter, puis tardent encore moins à leur déclarer qu'ils ne peuvent être catholiques s'ils n'acceptent pas le Concordat. Et, les positions se cabrant rapidement sous l'impulsion des passions humaines, les concordataires, le cardinal Pie l'a honteusement montré, montrant autant de passion à traiter en ennemis les anti-concordataires que ces derniers à s'exclure de la communion des concordataires, tout le monde arrive presque sans y penser à un clivage radical, sans cependant que des positions doctrinales schismatiques aient été vraiment formellement posées de la part des anti-concordataires, c'est plutôt de manière pratique qu'ils se retirent et s'excluent de l'Église officielle.
           
        Nous en avons une belle preuve dans la lettre que les anti-concordataires enverront aux Pères du concile de Vatican 1er, et qu'ils préparent avec beaucoup d'énergie et de soins dès 1868, faisant de grandes réunions entre eux dès qu'ils ont vent de l'intention de Pie IX d'ouvrir un concile universel, lettre dont l'intitulé est fait au pape et à tous les évêques de l'orbe catholique tout entière, qui contient des formules d'obédience parfaite de leur part, en tant qu'enfants soumis de l'Église. Ce qui aurait été bien sûr impossible si les anti-concordataires avaient été de vrais schismatiques ou sédévacantistes (exactement d'ailleurs, il faut le remarquer, de la même manière totalement soumise au pape que l'ont fait les Évêques Réclamants dans leurs Réclamations, etc. ; et le plus probable, d'ailleurs, c'est que c'est précisément en suivant l'humble exemple de ces bons pasteurs d'âmes, qu'ils vénèrent dans leur lettre, que leurs ouailles se déclarent soumises entièrement et sans réserve au pape Pie IX et à tous les évêques catholiques, dans leur grande lettre envoyée à tous les membres du concile Vatican 1er, avec les Réclamations, etc., en pièce jointe s'il vous plaît, lettre qu'on peut lire intégralement, ici : https://www.jstor.org/stable/44814719).
           
        Mais en voici assez dit, il me semble, pour la lettre du pape Pie IX. J'ai lu également, dans les documents historiques si l'on peut dire des argumentaires anti-concordataires, le délayage verbeux insupportable, entrelardé de mensonges au moins implicites, de l'abbé Augustin Barruel, contre-révolutionnaire bien connu mais d'esprit très-partisan. Il n'y a rien à dire de ce texte d'une superficialité lamentable étant donné la gravité du sujet, on a affaire à un discours bassement polémique et théologiquement complètement insuffisant, un verbiage inconsistant et insipide.
           
        Et je terminerai cette recension pénible d'auteurs s'imaginant dans leur vacuité spirituelle régler leur compte aux anti-concordataires, par le Père de Clorivière, contre-révolutionnaire lui aussi complètement insuffisant dans ses réflexions d'une lâcheté vraiment honteuse à dénoncer le Concordat, ce qui est du devoir de tout catholique. Qu'on en juge sur pièce : "Je viens de lire le Concordat, ma chère fille, et mon cœur en est navré de douleur. Cependant, le dogme catholique est à couvert [!!!] ; la religion sera publiquement exercée [mais.. quelle religion ? Le P. de Clorivières ne se pose même pas la question ! Or, il s'agit d'un Religion émasculée de ses Mœurs catholiques, dont le for public est radicalement subverti par l'indifférentisme religieux professé et imposé par l'État français républicain... athée. Mais voilà qui ne trouble point trop le très-cher P. de Clorivières...] ; bien des personnes pourront être secourues ; mais l’Église et ses ministres seront dans l’oppression exposés de la part des méchants à toutes sortes de vexations [Ah !, tout-de-même !, un peu de bon sens !] ; le chef de l’Église en qui je vénère l’autorité de Jésus-Christ, a cru pouvoir tolérer toutes ces choses pour le salut du peuple et le bien même de l’Église et de la religion. Je me soumets et je ne veux rien examiner ; Dieu sait tirer le bien du mal. Ce premier pas peut nous acheminer vers quelque chose de mieux. Tout coopère au bien de ceux qui aiment Dieu. Bornons là toutes nos vues, tous nos désirs, et rien de ce que font les hommes ne pourra nous nuire". 
 
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        Quant à moi, ma conclusion générale sur le Concordat, la voilà. S'il m'est permis de penser qu'il puisse encore rester en ce très-bas monde un ressort dans le ventre mou et spongieux des holothuries (ce que ne sont certainement pas mes lecteurs qui m'ont lu jusque là !), je leur conseille de méditer cette conclusion générale que j'ai déjà formulée dans mon précédent article, et je ne vois pas mieux à faire pour ce présent article que de la recopier ici à nouveau, car elle me semble synthétiser fort bien ce qui est le plus important à comprendre et retenir, dans cette terrible et affreuse affaire du Concordat de 1801, déclenchant, il y a plus de deux siècles à présent, notre apocalyptique "crise de l'Église" :
           
        "C'est donc bien à partir du Concordat que l'Église-Épouse du Christ est «faite péché pour notre salut» (II Cor V, 21), qu'elle vit dès lors dans la «si grande contradiction» (He XII, 3), sous «la puissance des ténèbres» (Lc XXII, 53), autrement dit qu'elle rentre dans l'économie spécifique de la Passion du Christ, pour vivre «LA PASSION DE L'ÉGLISE» et, in fine, à la toute-fin du processus, en mourir de mâlemort sous le règne de l'Antéchrist-personne. On ne s'en rendit absolument pas compte lors du Concordat et après, parce que cette mise de l'Église dans le «être fait péché pour le salut» co-Rédempteur fut vécu occultement de 1801 jusqu'au concile Vatican II, seulement au niveau des Mœurs ecclésiales, la Foi restant contradictoirement encore sauve au for externe public et ecclésial des choses, trompant ainsi toutes les âmes, on ne s'en rendit généralement compte qu'au moment fatidique où la corruption des Mœurs ayant infesté et infecté occultement la Foi pendant plus d'un siècle et demi, la corruption de la Foi perça soudainement et brutalement à Vatican II dans les années 1961-65, comme elle avait spectaculairement et non moins brutalement percé au niveau des seules Mœurs, en 1801. Et toujours, remarquons-le avec soin, par un pape, Pie VII puis Paul VI... tant il est vrai que le poisson, qui fut pris comme symbole du christianisme dans la primitive Église, pourrit par la tête. Tout le mouvement tradi, par exemple, a fondé sa juste et légitime réaction à l'hétérodoxie de Vatican II sans prendre du tout conscience, à commencer par Mgr Marcel Lefebvre, de ce grand point : le premier épisode de «la crise de l'Église» qui donc est «PASSION DE L'ÉGLISE», est le Concordat napoléonien et nullement Vatican II, qui n'en est que subséquente et lointaine suite et débouché débauché..." (fin de citation)
 
En la fête de la Conversion de Saint Paul,
l'Apôtre des nations,
Ce 25 janvier 2024.
Vincent Morlier,
Écrivain catholique.
 
 
ConversionSaintPaul
 
 
 
25-01-2024 09:12:00
 

Coup d'œil profond sur l'actu qui buzze et le buzz de l'actu (INVALIDITÉ de la destitution de Mgr Strickland par François... comme de celle des 82 évêques français par Pie VII lors du Concordat napoléonien...! ― Défense des évêques Réclamants)

 
 
 
 
Coup d'œil profond sur l'actu qui buzze et le buzz de l'actu
(INVALIDITÉ de la destitution de Mgr Strickland par François...
comme de celle des 82 évêques français par Pie VII
lors du Concordat napoléonien...!
― Défense des évêques Réclamants)
 
 
           
           
À Messeigneurs
Louis-Charles & Jean-Baptiste
du Plessis d'Argentré,
Évêques glorieusement Réclamants,
dont le bien-fond familial breton est
ma commune... Argentré-du-Plessis.
 
Blason du Plessis dArgentré2               
 
        Il est très-important pour le catholique actuel d'activer et tisonner sans cesse sa Foi, de la mettre sans relâche en œuvre avec vigueur et énergie, pour qu'elle triomphe victorieusement tous les jours sur les faits de l'actualité qui viennent, eux aussi sans cesse, surtout ceux ecclésiaux, l'agresser dans son âme aux fins évidentes de l'y faire mourir. La Foi en Jésus-Christ mort et ressuscité, la Foi dans son Épouse-Église très-sainte, doit toujours rester victorieuse en nous. C'est un exercice spirituel, ou plutôt un combat à mort incessant dans l'arène, que le catho de nos jours doit mener sans jamais se lasser mais tout au contraire en saisissant le taureau par les cornes pour toujours vaincre. Cela a pour effet non seulement de nous faire garder la Foi véritable jusqu'à la fin, assurance de notre salut éternel, mais de l'aguerrir et la rendre de plus en plus forte, corsetée de fer contre le mysterium iniquitatis qui, autrement, la ferait tôt ou tard mourir dans l'âme si ce bon combat n'était mené. C'est un combat à mort et sans merci, qui ne vainc pas sera vaincu, que Jésus a mené avant nous contre les pharisiens et les anciens du peuple juif, quand bien même, quant à Lui, évidemment, Il n'avait pas besoin de mener ce combat spirituel pour garder la grâce divine de son Père, étant le Saint des saints et Dieu Lui-même.
           
        C'est à ce prix que nous pouvons connaître dès ici-bas et maintenant, à l'instar des martyrs, la joie intérieure suréminente et pleine de gloire divine que Jésus-Christ n'a jamais manqué de posséder lors même qu'il Lui fallait vivre et mourir sa terrible et affreuse Passion, selon qu'Il le révéla à ses Apôtres le soir du Jeudi-Saint : "Je vous ai dit ces choses, afin que Ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. (...) Mais maintenant Je viens à Vous [ô Père saint, par la Passion qui va commencer pour Moi], et Je dis ces choses dans le monde, afin qu'ils [mes Apôtres] aient Ma joie complète en eux-mêmes" (Jn XV, 11 & XVII, 13). Jésus, en effet, prononçait ces Paroles de joie quelque très-court moment seulement avant de souffrir la mâlemort mystique, une agonie morale épouvantable dans la grotte de Gethsémani, jusqu'à en suer Son sang : "Mon âme est triste jusqu'à la mort" (Matth XXVI, 38). Cela nous enseigne que dans cette "crise de l'Église" atroce que nous vivons, qui réplique en décalcomanie la Passion du Christ puisqu'elle est "PASSION DE L'ÉGLISE", nous pouvons, nous aussi, si nous faisons sans cesse, en combattants infatigables, triompher la Foi dans nos âmes sur toute contradiction prétendument mortelle mais en réalité inconsistante et passagère, connaître cette joie et cette paix glorieuses et divines qui dépassent tout sentiment, dont l'âme du Christ était inhabitée jusque dans sa Passion...
           
        C'est dans cet esprit de triomphe surnaturel invincible du Bien sur le mal, alors même que, ecclésialement, de nos jours, nous sommes tous, au for externe, "foulés aux pieds par la Bête" (Dan VII, 25), que je vous livre maintenant, chers amis catholiques fidèles à votre Foi, le fruit de mon combat spirituel de ces derniers mois, interpellé voire pris au collet par certains faits qui buzzent dans l'actu à qui mieux mieux pour prétendument contredire la Foi et la renverser sans merci.
 
Jacob Angel Delacroix 
Lutte de Jacob avec l'Ange (Delacroix)
 
        Le principal fait ecclésial en montre spectaculaire qui interpelle vigoureusement ma Foi, est en soi tout positif quant à lui. C'est la magnifique figure d'un saint évêque de l'Église moderne actuelle, Mgr Joseph Strickland (à laquelle figure de saint pontife du Seigneur, on peut joindre aussi celle du cardinal chinois, Joseph Zen, vieux par l'âge mais si jeune d'âme, pareillement issu de l'Église moderne). Tout le monde connaît son histoire, et il est bien inutile que je rappelle ici que le plus clair de ce qui a motivé sa destitution épiscopale par le pape François, est qu'il est non seulement catholique ("curé mais catholique", comme disait l'abbé Sulmont !), mais qu'il l'est... saintement et héroïquement, jusqu'à pouvoir mériter la palme du martyre.
           
        Or, pour notre Foi, il y a là une toute première très-grande leçon à retenir de ce fait ecclésial bougrement aberrant, je n'ai cependant vu personne y réfléchir : c'est tout simplement qu'un fidèle catholique formé dans le giron de l'Église moderne pendant toute sa vie, de l'enfance à l'épiscopat, puisse... devenir fervent voire saint, estimer la Tradition, tant celle doctrinale que liturgique, enfin mener vraiment dans sa vie le saint combat spirituel, le bonum certamen paulinien ! Ce qui signifie que l'Église Universelle actuelle dont François est le pape crucificateur est donc bien encore assistée par le Saint-Esprit puisqu'elle peut donner et donne effectivement la grâce de la sainteté à ses membres qui la désirent ardemment et sincèrement. Comment, en effet, autrement, si l'on voyait "la crise de l'Église" avec la télé en noir et blanc des années 60, les bons d'un côté (tradi) les méchants de l'autre côté (moderne), pourrait-il bien surgir de cette Église contemporaine pourtant bel et bien abominablement "faite péché pour notre salut" (II Cor V, 21), des géants de sainteté à la Foi pure, vraie, forte et innocente, comme Mgr Strickland, n'hésitant pas à aller avec force d'âme jusqu'au sacrifice personnel, vivant authentiquement de Jésus-Christ crucifié ?, ainsi qu'on le constate presque interloqué par les messages si édifiants, d'une Foi vive, humble, simple et ardente, presque incroyable, adressés aux fidèles par cet évêque américain se mouvant dans le giron de l'Église moderne depuis qu'il est prêtre, sans jamais rejoindre quelque mouvance tradi que ce soit...??
           
        C'est une très-belle et excellentissime première leçon que Mgr Strickland, sûrement sans s'en rendre compte, nous donne là, elle nous aide à mieux comprendre "LA PASSION DE L'ÉGLISE" en évitant et expurgeant soigneusement de notre âme tout pharisaïsme intégriste. Je viens d'écrire une nouvelle fois que l'Église, vivant dans sa période moderne sa Passion propre et personnelle, est "faite péché pour notre salut". Cela veut dire qu'elle est faite péché simplement matériel et sans coulpe aucune, en toute innocence. C'est bien pourquoi justement ses membres, d'une manière générale, en ce compris ceux qui sont les plus élevés dans l'échelle hiérarchique, n'ont pas la moindre conscience et advertance de ce "être fait péché" ecclésial et peuvent donc y trouver la grâce de la sainteté véritable, ce que j'ai montré dans plusieurs de mes précédents articles (très-notamment, par exemple, à propos du pape Benoît XVI, dans l'article écrit après sa mort, cf. https://eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/Que%20le%20pape%20Beno%C3%AEt%20XVI,%20MALGR%C3%89%20%20TOUT,%20repose%20en%20paix%20dans%20le%20Christ?Itemid=1), un péché simplement matériel que par ailleurs l'Église moderne vit non seulement depuis Vatican II mais bien avant, beaucoup avant, depuis le Concordat napoléonien comme nous allons le voir tout-de-suite, là aussi de manière éclatante.
           
        Quoiqu'étant faite péché, l'Église moderne qui est aussi Universelle n'en garde pas moins, en effet, la Note de sainteté (car elle est faite péché pour notre salut, donc dans une mission immaculée de co-Rédemption que la Providence de Dieu lui impartit, vivant ainsi l'économie spécifique de la Passion), Note de sainteté qu'elle peut donc, comme en tous temps ecclésiaux ordinaires, transmettre de par le Saint-Esprit à ses membres aspirant sincèrement à la perfection chrétienne. Il ne faudrait pas s'imaginer en effet que cette Note de sainteté inhérente à l'Épouse du Christ est désormais le seul apanage des morceaux d'Église tradis, elle réside autant, et à égalité, dans le grand morceau de l'Église moderne, bien entendu à la discrétion et saint vouloir d'en user de la part des membres respectifs de cesdits morceaux d'Église, qu'ils soient tradis ou modernes. Quant à l'Église moderne, Mgr Joseph Strickland en est donc, à la vérité, une preuve merveilleuse et éclatante, un témoin des plus édifiants et aussi, des plus surprenants. On voit certes d'autres évêques et cardinaux post-vaticandeux se lever dans l'Église actuelle pour défendre la vraie Foi, et il est important de bien remarquer qu'ils le font tous non pas à partir d'une conversion au traditionalisme mais tout simplement à partir de la grâce du Saint-Esprit qu'ils ont puisée dans leur morceau d'Église moderne, car elle y reste encore et toujours, mais il faut reconnaître qu'ils n'ont pas cette héroïcité pure et forte de témoin de la Foi, étymologiquement martyr, qu'on voit, édifié, dans Mgr Joseph Strickland...
           
        ... Prions pour que le Bon Dieu soutienne dans sa grande épreuve actuelle ce saint prélat (dont il est bon de noter qu'il fut sacré évêque par le pape Benoît XVI), par laquelle il lui est désormais donné la meilleure et plus grande récompense, celle du Juste persécuté, à savoir d'être ecclésialement crucifié. Comme Jésus-Christ le fut il y a 2 000 ans par l'église synagogale-mosaïque, au mont Golgotha qui se situait en-dehors des murailles de Jérusalem, signe formel de Son excommunication religieuse.
 
        Jésus, en effet, ayons bien garde de l'oublier, fut le premier excommunié par l'Église...................
 
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Mgr Joseph Strickland, évêque de Tyler (USA)
 
        Concernant Mgr Strickland, j'ai lu des choses bien surprenantes ces derniers jours, mais qui vont nous permettre de dégager une autre leçon extrêmement grave et importante, et de pénétrer beaucoup plus avant dans la profondeur et la vérité des choses de "LA PASSION DE L'ÉGLISE".
           
        Certains clercs et prélats qui ont réagi à l'annonce de la destitution de Mgr Strickland par François, non seulement ont dénié toute raison canonique valable à cette destitution, et c'est juste l'évidence catholique des choses de dire que ce très-édifiant évêque n'a commis aucune vraie faute la justifiant, mais ont été jusqu'à connoter d'anormale la destitution elle-même. Car en fait il n'y a pas eu de procès canonique où l'accusé puisse présenter juridiquement sa défense, et pas plus n'y a-t-il eu un jugement ecclésiastique formel, il n'y a eu qu'une décision motu proprio du pape sans procès ni possibilité de faire appel, suite à une visite apostolique complètement hypocrite de son diocèse, scandaleusement tendancieuse et pro-bergoglienne. Celui qui a le mieux exprimé la question est Mgr Rob Mutsaerts, évêque auxiliaire de Bois-le-Duc aux Pays-Bas (... autre exemplaire d'évêque de l'Église moderne, soit dit en passant, qui, lui aussi, a néanmoins trouvé dans son sacerdoce issu de cette dite Église la grâce du Saint-Esprit de s'appuyer sur la Tradition et de la défendre avec vigueur...). Mais laissons cet évêque néerlandais nous dire son profond scandale quant à la procédure, ou bien plutôt absence de procédure, de destitution de Mgr Strickland : "Il est extrêmement inhabituel d'être privé d'une procédure canonique. Ce sont des méthodes que l'on pourrait s'attendre à voir en Corée du Nord ou à Rome à l'époque de Néron". Plus loin, il souligne à juste titre : "Aucune accusation spécifique n'a été portée [contre Mgr Strickland, qui] n'a même pas eu l'occasion d'être entendu". Mgr Mutsaerts s'est particulièrement indigné de l'absence de recours canonique ouvert à son frère évêque : "Ce n'est pas la première fois, note-t-il, que le pape François impose personnellement une telle sanction, en tant qu'autorité suprême de l'Église. Privant ainsi son destinataire de toute forme d'«appel à la défense». (...) Le pape étant la plus haute autorité, aucun appel ou défense n'est possible. Une procédure canonique s'imposerait pourtant" (Cf. https://www.lifesitenews.com/fr/blogs/le-pape-francis-a-eu-tort-de-destituer-leveque-strickland-sans-appel/). 
           
        Cette réflexion de Mgr Mutsaerts va certes dans le bon sens, il a au moins le grand mérite de lever le lièvre (il est au reste bien le seul à le faire), mais c'est cependant mal formuler et poser le problème. La vraie grande question qui se pose en l'occurrence est en effet, premièrement et en avant de toute autre, celle-ci : Le pape a-t-il le droit et le pouvoir, théologiquement et canoniquement, de destituer un évêque légitimement intronisé dans son diocèse sans aucun procès canonique, uniquement par voie de motu proprio appuyé sur la plénitude universelle de son pouvoir pontifical...?
           
        Or, je vais en faire la démonstration théologique tout-à-l'heure, la réponse à la question est formellement NON. Le pape n'en a, de droit divin, ni le droit ni le pouvoir. Une prétendue procédure de destitution par le pape d'un évêque légitimement intronisé dans son diocèse, sans aucun procès canonique en bonne et due forme près la cour de Rome, est, dans le principe de droit divin de la chose, formellement INVALIDE ; quelque soit par ailleurs le motif, non-fondé ou même fondé, de cette destitution. Dire donc qu'une telle procédure est seulement "inhabituelle", comme le fait Mgr Mutsaerts, c'est maladroitement et surtout inexactement affirmer implicitement qu'elle serait valide, quoiqu'étant cependant à ranger dans la catégorie "exception confirmant la règle générale en la matière", ce qui est faux. La vérité est toute autre : il est rigoureusement impossible de qualifier une telle procédure, ou plus exactement dit une telle absence de procédure, de rare, inhabituel, mais qui pourrait cependant arriver, par conséquent être valide, sans commettre ipso-facto un attentat mortel contre la Constitution divine de l'Église telle que le Christ l'a confectionnée quant à l'Ordre épiscopal, je vais bien l'expliquer tout-à-l'heure.
           
        Parvenu ici dans mon discours, je donnerai ce grave avertissement. Il est vraiment grand'temps que les catholiques actuels, qu'ils soient d'ailleurs modernes ou tradis, sortent de l'engourdissement cataleptique, de l'aveuglement spirituel où ils croupissent quasi tous, peu ou prou, depuis de si longues décennies, depuis de si nombreux et calamiteux lustres, et même très-miteux, bien avant Vatican II. Qu'ils veuillent bien enfin tirer le bandeau d'aveuglement qu'ils ont sur les yeux, afin de ne pas ressembler à l'insensé "qui regarde dans un miroir son visage naturel, et qui, après s'être regardé, s'en va, et oublie aussitôt quel il était" (Jac I, 23-24).
           
        Ne se souviennent-ils donc pas que ce problème de destitutions épiscopales iniques et invalides par un pape est terriblement déjà arrivé dans l'Église lors du Concordat napoléonien il y a plus de deux siècles à présent ?, que ce fut le tout premier acte pontifical très-peccamineux qui ouvrit ainsi la porte à "la puissance des ténèbres" (Lc XXII, 53) pour subvertir et investir l'Église, d'abord celle de France puis ensuite celles du monde entier ?, générant et accouchant dans la suite des temps, de Charybde en Scylla, "la crise de l'Église" dans sa phase terminale, c'est-à-dire son épisode vaticandeux final ? Veulent-ils donc toujours continuer à ressembler jusqu'à leur mort à la tête de linotte sans cervelle de l'épître de saint Jacques qui, à peine ayant vu, oublie ce qu'elle a vu, oublie ce que l'Histoire ecclésiastique a pourtant formellement enregistré ? Le premier épisode de "la crise de l'Église" que nous vivons actuellement, en effet, et dont le dernier volet spectaculaire et scandaleux est l'inique destitution de Mgr Strickland, n'est pas du tout le Concile Vatican II, se situant chronologiquement dans la moitié du siècle précédent (1961-1965), c'est le Concordat napoléonien, se situant chronologiquement dès le sortir de la Révolution française (1801) qui, nous allons le voir avec le pape du Concordat, à savoir Pie VII Chiaramonti, fit bien pire que ce que fait actuellement notre pape François post-vaticandeux, quant aux mœurs pontificales pour destituer injustement des évêques.
           
        ... Qu'est-ce bien, en effet, la destitution non-canonique de quelques évêques épars, par-ci par-là, de temps à autre, par coups d'autoritarisme félons, comme s'en rend certes bougrement coupable le pape François, comparée à l'incroyable destitution non-canonique, en forme d'oukase et sans aucun respect de la personne épiscopale, de TOUT l'épiscopat français en corps de nation par le pape Pie VII, quatre-vingt deux évêques en bloc, sans leur demander le moins du monde leur avis, tout au contraire leur interdisant sévèrement de le donner, pour permettre la signature hérétique et inique du Concordat, sinon... rien ?
           
        L'actualité ecclésiale qui buzze rend donc apparemment urgentissime la mise à plat chirurgicale de cette cataclysmique page historique, et on va voir qu'elle éclaire prodigieusement "LA PASSION DE L'ÉGLISE" en nous faisant comprendre que celle-ci commence dès le Concordat napoléonien, Vatican II n'en étant qu'une lointaine et subséquente suite, qu'on pourrait même évaluer comme étant moins hérétiquement grave, ou, à tout le moins, n'étant pas la cause génésiaque première du mal hérétique que ce très-funeste concile universel a eu le malheur immense de manifester ad extra dans l'Église au niveau de la Foi, ce mal hérétique étant en effet déjà vécu occultement ad intra au niveau des Mœurs depuis le Concordat napoléonien, plus d'un siècle et demi auparavant...
 
440px Gérard Signature du Concordat entre la France et le Saint Siège le 15 juillet 1801
Dans ce tableau si représentatif, remarquons bien
 comme l'État (Napoléon) est ASSIS, regard impérieux,
quand l'Église (Cal Consalvi) est DEBOUT, regard baissé...
 
        Pour commencer, je ne saurai évidemment pas reproduire ici, dans ce nouvel article, les raisons théologiques qui font que le Concordat napoléonien est intrinsèquement mauvais et pervers. J'ai établi soigneusement ces raisons dans une trilogie d'articles rédigée il y a plus de trois ans à présent, en mai 2020, intitulée Les Mœurs ecclésiales concordataires avec les États modernes athées, sont la cause première de "la crise de l'Église" ; la subversion de la Foi à Vatican II n'en est que le fruit pourri (cf. https://eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/les-moeurs-ecclesiales-concordataires-avec-les-etats-modernes-athees-partie-1?Itemid=1), et bien sûr aussi dans mon livre J'accuse le Concordat !, datant quant à lui de 2009 (cf. https://eglise-la-crise.fr/images/stories/users/43/JaccuseLeConcordat.pdf).
           
        Je n'en ferai ici que résumer les attendus de fond, renvoyant le lecteur qui veut l'exposé complet et le grand détail de la question, aux articles et livre susdits : le Concordat napoléonien est en effet intrinsèquement mauvais et pervers, pour la fondamentale raison qu'il a attenté hérétiquement au criterium catholique de validité des sociétés politiques enseigné par saint Paul en son célèbres chapitre XIII de l'épître aux Romains, que voici (je résume synthétiquement l'enseignement paulinien) : Une société politique est valide et l'exercice de son pouvoir est légitime, si, et seulement si, elle est constitutionnellement ordonnée à la poursuite du Bien commun véritable, normé à la fois sur les lois naturelles et celles surnaturelles ; si une société politique n'est pas ordonnée constitutionnellement à la poursuite dudit Bien commun, par-là même, elle n'est pas valide et n'a aucune existence aux Yeux de Dieu, et bien sûr n'en doit avoir aucune pour les hommes.      
           
        Saint Paul, en effet, dans ce chapitre politique de Rom XIII, ne parle que des pouvoirs politiques qui sont constitutionnellement ordonnés à la poursuite du Bien commun, à l'exclusion formelle de tout autre. La démonstration en est facile à faire.      
           
        Nous en avons la preuve formelle dans le v. 3 dudit chapitre XIII, qui, Lapalisse l'aurait dit, suit immédiatement les deux premiers versets, que voici : "Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures : car il n'y a pas d'autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent ont été instituées par Dieu. C'est pourquoi celui qui résiste à l'autorité résiste à l'ordre établi par Dieu ; et ceux qui résistent attirent la condamnation sur eux-mêmes". Et saint Paul, de continuer immédiatement au v. 3, en disant, sans hiatus : "CAR les princes ne sont pas à craindre pour les œuvres bonnes mais pour les mauvaises. Veux-tu donc ne pas craindre la puissance ? FAIS LE BIEN, ET ELLE TE LOUERA".      
           
        La pensée de saint Paul est claire : il nous dit là qu'à chaque et toutes les fois que je fais le bien dans l'ordre public, la puissance m'en louera, m'en récompensera. Mais, théologiquement, il est rigoureusement impossible qu'une puissance qui n'est pas constitutionnellement ordonnée à la poursuite du Bien commun, puisse, à tout coup, à chaque et toutes les fois, me louer pour le bien public que je fais : il ne reste en effet pas assez de grâce dans l'homme taré du péché originel, qu'il soit seul ou réuni avec ses semblables également tarés comme lui, pour pouvoir, à chaque et toutes les fois que le bien public est acté, opéré, louer celui qui le fait. Un pouvoir politique qui n'est pas ordonné constitutionnellement à la poursuite du Bien commun, pourra certes louer quelques biens publics, mais pas tous et à chaque fois, comme l'enseigne saint Paul. Or, depuis le passage du Christ sur la terre, Lui qui a tout racheté dans sa Rédemption y compris la sphère sociopolitique, seul un pouvoir politique chrétien-sacral constitutionnellement ordonné à la poursuite du Bien commun, c'est-à-dire basant son pouvoir politique explicitement sur le Christ, a ce pouvoir de louer tout bien public opéré par l'homme, quel qu'il soit.      
           
        Il est donc clair que saint Paul n'entend parler, dans son fameux ch. XIII aux Romains, que des pouvoirs politiques qui sont constitutionnellement ordonnés à la poursuite du Bien commun, qui, eux et eux seuls, sont capables de louer celui qui fait le bien dans l'ordre public, à chaque et toutes les fois qu'il l'opère. Lorsque saint Paul dit : "Il n'y a pas d'autorité qui ne vienne de Dieu", omnis potestas a Deo, cela ne doit être entendu que de la façon suivante : "Il n'y a pas d'autorité ordonnée constitutionnellement à la poursuite du Bien commun qui ne vienne de Dieu". Un point catholique, c'est tout. Les autres "autorités" n'existent tout simplement pas, pour saint Paul, et c'est pourquoi il n'a aucun mot pour elles (le cas de l'Empire romain, qui était le pouvoir politique aux temps de saint Paul, ne contrevient nullement à cette grande loi que je rappelle : sans faute de sa part, le pouvoir romain ne connaît pas Jésus-Christ, certes, cependant, comme toutes les structures politiques de l'Antiquité, sa constitution est ordonnée inchoativement à la poursuite du Bien commun, et c'est pourquoi saint Paul le range dans les autorités politiques "qui viennent de Dieu", auxquelles, donc, le devoir de soumission des chrétiens est dû ; mais il serait hors-sujet et trop long d'en donner toute l'explication ici, je l'ai donnée dans la seconde partie de mon article L'obéissance et le respect dûs aux Autorités politiques légitimes sont-ils dûs à la République française actuelle et aux dépositaires de son "pouvoir"...?, auquel je renvoie mon lecteur, article qu'il pourra trouver ici : http://www.eglise-la-crise.fr/index.php/component/joomblog/post/l-obeissance-et-le-respect-dus-aux-autorites-politiques-legitimes-sont-ils-dus-a-la-republique-francaise-actuelle-et-aux-depositaires-de-son-pouvoir?Itemid=483).      
           
        C'est bien pourquoi d'ailleurs l'Apôtre des Nations continue très-logiquement son propos, dans le v. 4, par ces mots : "CAR elle [la puissance politique] est le ministre de Dieu pour le bien", qui a même sens et complète très-bien le "CAR les princes ne sont pas à craindre pour les œuvres bonnes mais pour les mauvaises" du v. 3. Comprenons bien là encore ce que nous dit saint Paul. Il ne dit pas, comme l'entendent très-pernicieusement et très-faussement les scolastiques : la puissance est le ministre de Dieu seulement quand elle poursuit accidentellement le Bien commun quand bien même elle n'y est pas ordonnée constitutionnellement, l'Apôtre des Nations nous dit tout au contraire qu'elle est le ministre de Dieu dans son être et son essence même qui la constitue politiquement et la fait tenir dans l'existence. D'où il s'ensuit précisément qu'à chaque et toutes les fois que le bien est opéré dans le for public, elle le loue, car l'agir suit l'être, agere sequitur esse : puisque l'être du pouvoir politique est ordonné au Bien commun, alors, lorsque ce bien est opéré, il le loue tout naturellement et systématiquement. Et c'est également pourquoi du reste, toujours aussi logiquement, saint Paul continue ainsi ce v. 4 : "Que si tu fais le mal, crains ; car ce n'est pas sans motif qu'elle [la puissance politique] porte le glaive, puisqu'elle est le ministre de Dieu dans sa colère contre celui qui fait le mal". Notons soigneusement comme saint Paul fait exactement le même raisonnement pour celui qui fait le mal au for public que pour celui qui y fait le bien : celui qui fait le mal au for public doit s'attendre, à chaque et toutes les fois qu'il le commet, à être châtié par "la puissance", comme il dit pour parler des pouvoirs politiques. Or, si à chaque et toutes les fois que je fais le mal au for public, je dois m'attendre à être châtié par la puissance, c'est donc bien que ladite puissance est constitutionnellement ordonnée au Bien commun, et non accidentellement.      
           
        Il est donc absolument clair et tout ce qu'il y a de plus indiscutable que dans Rom XIII, saint Paul n'entend parler que des pouvoirs politiques qui sont ordonnés constitutionnellement à la poursuite du Bien commun, À L'EXCLUSION FORMELLE DE TOUS LES AUTRES. Or, depuis la Révélation, c'est-à-dire depuis le passage du Christ sur la terre, le Bien commun a un Nom : celui du Christ, celui de Jésus. Tout pouvoir politique donc, depuis lors, pour être ordonné constitutionnellement à la poursuite du Bien commun sur la terre, doit être explicitement basé sur le Christ, ou, à tout le moins, sur le Dieu Un et Trine, le vrai Dieu catholique. Sous peine, tout simplement, de... ne pas exister métaphysiquement. La doctrine que j'expose ici à la suite de saint Paul, et qui veut qu'un pouvoir politique qui n'est pas constitutionnellement ordonné au Dieu vrai et à son Christ, et donc au Bien commun, n'a aucune existence métaphysique, n'est pas nouvelle, elle est au contraire celle de la Foi catholique, bien connu de tous les papes... avant les papes modernes. Voyez par exemple le pape saint Pie V reprenant vertement le faible roy de France Charles IX d'avoir nommé dans une lettre "empereur" le Pacha turc, en ces termes : "... Votre Majesté désigne le tyran le plus inhumain, qui est en même temps l’ennemi le plus acharné de la Religion chrétienne, sous le nom d’Empereur des Turcs, COMME SI CELUI QUI NE CONNAÎT PAS LE VRAI DIEU POUVAIT JAMAIS ÊTRE EMPEREUR ! Très cher fils en Jésus-Christ, donner le nom d’empereur à un tyran et à un infidèle, ce n’est pas autre chose que d’appeler le mal, bien, et le bien, mal" (Saint Pie V, un pape pour notre temps, Tilloy, p. 248). Pour saint Pie V, comme pour tout vrai catholique, le Politique dérive du Religieux, tout pouvoir politique post-christique qui ne s'appuie pas sur le Dieu vrai et sur son Christ-Messie, explicitement et constitutionnellement, n'existe... tout simplement pas.      
           
        Ce criterium de validité des sociétés politiques, basé sur l'ordonnance constitutionnelle obligatoire desdits sociétés politiques à la poursuite du Bien commun, regarde au premier chef, c'est bien le cas de le dire, les Mœurs couvertes par l'infaillibilité de l'Église. Prenons donc bien conscience qu'on ne saurait le rejeter sans pécher hérétiquement contre les Mœurs AUSSI GRAVEMENT QUE SI L'ON TOUCHAIT À UN DOGME DÉFINI DANS LA FOI.
           
        Or, les sociétés politiques post-révolutionnaires constitutionnellement basées sur les "droits de l'homme", lesquels rejettent formellement le vrai Dieu et son Christ à la source du pouvoir politique, ne satisfont pas à ce criterium paulinien fondamental d'être constitutionnellement ordonnées au Bien commun (on s'en rend compte de nos jours par les lois sur l'avortement, le mariage gay, etc., mais dès l'État français de Napoléon, le Code civil, base juridique de cet État, introduisait et légalisait le divorce, sans parler de son fondement juridique destructeur de la famille ; il était en effet rédigé, dira un célèbre auteur dont le nom malheureusement m'échappe, "pour un homme qui n'a ni père ni mère, ni enfants", pour l'individu des "droits de l'homme" autrement dit, au détriment de la famille, un individu idéologique formaté par les prétendues Lumières, inexistentiel, qui n'est pas l'homme vivant, c'est-à-dire l'homme-famille, que Dieu crée), et à cause de cela même, elles ne sont pas valides, elle sont radicalement invalides, in radice.
           
        C'est pourquoi le pape Pie VII n'avait théologiquement pas le moindre droit de recevoir dans un concordat comme partenaire co-contractant l'État français de Napoléon qui était un de ces pouvoirs post-révolutionnaires invalides, car le seul fait d'accepter un partenaire concordataire est lui réputer ipso-facto et formellement la validité, à cause de la structure synallagmatique de tout concordat, acte diplomatique solennel qui présuppose juridiquement la validité de tout co-contractant audit acte. Mais dire d'un pouvoir politique constitutionnellement athée et donc invalide, qu'il est valide, c'est une hérésie gravissime comme étant un attentat formel et à son plus haut niveau contre les Mœurs, dont l'Église est garante infailliblement, au même titre que pour la Foi.
           
        Or, ce qui aggrave considérablement la faute commise, c'est que Pie VII, en acceptant l'État français non-valide dans le Concordat napoléonien, lui réputant ainsi hérétiquement la validité, n'a pas seulement commis une faute passagère, dans le de facto, seulement pour l'État français de Napoléon, c'est au contraire dans le principe même de droit divin de la chose qu'il a prétendu changer radicalement le criterium de validité des Sociétés politiques enseigné par saint Paul, appuyé sur une fausse philosophie scolastique idolâtrant l'en-soi, l'être politique par laquelle on a, depuis le Concordat qui a servi de matrice archétypale à ce nouvel enseignement hérétique pour tous les temps qui lui ont succédé, donné une interprétation hérétique de Rom XIII, en voulant que le "tout pouvoir vient de Dieu" paulinien, omnis potestas a Deo, soit à entendre d'une manière absolutiste, qu'il s'appliquât désormais aux pouvoirs constitutionnellement mauvais comme à ceux qui sont constitutionnellement bons, sans plus tenir aucun compte du théologiquement nécessaire et obligatoire ordonnancement constitutionnel au Bien commun du pouvoir politique, ce qui est hérétique. C'était là pécher, et soumettre l'Église audit péché, en commettant un attentat formel contre les Mœurs, auxquelles sont inhérentes toutes choses regardant le domaine politique constitutionnel, et singulièrement quand il était ni plus ni moins question de renverser le criterium paulinien catholique de validité des puissances, comme dit l'Apôtre des nations en parlant des pouvoirs politiques. C'était là, pour la première fois depuis les assises de l'Église, depuis dix-huit siècles, faire rentrer l'Épouse du Christ dans l'économie de la Passion qui consiste essentiellement à être "faite péché pour le salut" (II Cor V, 21), le Concordat s'avérant être le portillon du jardin de Gethsémani...
           
        Cependant, dans cette question du Concordat, ce n'est pas cette problématique de fond que j'étudierai ici, l'ayant déjà fait et bien fait dans les grandes profondeurs me semble-t-il, notamment dans mes écrits sus-visés, mais celle en relation directe avec la destitution invalide de Mgr Strickland par le pape François... qu'on retrouve exactement à l'identique, pour copie conforme, et cela ne saurait surprendre, dans la destitution invalide et en bloc, d'un seul coup d'un seul, des quatre-vingt deux (!) évêques français d'Ancien-Régime par le pape Pie VII, pour permettre la signature du Concordat. On ne saurait se montrer étonné, en effet, que le moyen employé par François Bergoglio ou par Pie VII Chiaramonti pour mettre en œuvre leur agenda respectif au service du diable, à deux siècles de distance, soit lui-même hérétique, car en effet, si j'ai un mauvais but, je ne peux qu'employer de mauvais moyens pour y arriver.
           
        C'est ce qu'on va voir maintenant...
 
Claude Louis Desrais signature concordat Bonaparte encre lavis 1024x669
Signature du Concordat, très-faussement représentée
en stéréotype idéal et parfait entre l'État et l'Église...
(Remarquons avec soin comme l'allégorie du fond,
censée représenter la Religion et donc Dieu derrière,
est tournée vers Napoléon et non vers le pape,
comme s'il était le premier Dispensateur de la Religion
... par-dessus le pape)
 
        Commençons par dire que le pape Pie VII ne se rangea pas tout-de-suite à la tyrannique et implacable exigence de Napoléon sur ce chapitre, car c'est Napoléon en effet qui exigea, comme condition sine qua non du Concordat, la destitution de tous les évêques français en place à la fin de la Révolution. Cet hypocrite fils de Satan mit haut et fort en avant la raison du royalisme de ces évêques, mais en réalité, la véritable et profonde raison de son exigence était que des évêques catholiques intégraux l'auraient empêché radicalement de mettre en œuvre la reconstruction totale de la France qu'il voulait faire sur la seule base exclusive des "droits de l'homme", tant politiquement que religieusement. Napoléon en effet voulait rien moins que construire un véritable novus ordo sæculorum, en France pour commencer, exactement comme de nos jours les tenants de la IVème révolution dite industrielle veulent, derrière le mondialiste initiatique Klaus Schwab accouplé à la papauté moderne corrompue, introduire le monde dans une nouvelle économie de salut tant politique que religieuse. Comme il avait fait dire à son frère Jérôme Bonaparte, "La Révolution, c'est autre chose que du fumier retourné", il ne s'agissait pas de faire quelques amendements à une vieille constitution, il s'agissait de TOUT reformater le cosmos sociopolitique dans un tohu-bohu pseudo-génésiaque car franc-maçonnique... Or, dans les deux cas, la Religion catholique est un obstacle absolu qui empêche ce grand'œuvre initiatique, opera magnum, et il faut bien sûr commencer les choses par le supprimer, cet obstacle. Il faut donc bien comprendre que derrière son hypocrite volonté de supprimer non seulement tout le corps épiscopal français mais encore toute la structure géographique spirituelle des anciens diocèses qui remontaient à la naissance de la France chrétienne et qui fleuraient bon la sainteté antique, Napoléon n'avait rien moins en projet que de vouloir effacer complètement et radicalement toute trace de la vraie Religion en France...
           
        Et c'est pourquoi, pour y aboutir, sachant fort bien qu'il ne pouvait pas se passer de la force religieuse mais qu'il ne pouvait au contraire qu'en avoir nécessairement besoin pour bâtir son ordre nouveau, ayant vitalement besoin de la force de cohésion sociale que le Spirituel génère et lui seul, il lui fallait absolument des évêques dévoués corps et âmes à l'État, faisant obligatoirement allégeance à son pouvoir... constitutionnellement athée ("L’abbé Bernier [négociateur de l'État français] fait valoir que le Gouvernement «ne veut en France d’autre clergé que celui sur les dispositions duquel il pourra parfaitement compter» ― Lettre de l’abbé Bernier à Mgr Spina du 17 brumaire an IX -8 novembre 1800- Cf. Un coup de force dans l’église : le bref Tam multa du 15 août 1801, Arnaud Decroix, in https://books.openedition.org/putc/12694?lang=fr). Et c'est la raison profonde pour laquelle ce précurseur de l'Antéchrist-personne voulait refaire toute la structure épiscopale en France, personnes et diocèses et même jusqu'aux simples cures, le redécoupage de toutes les paroisses de France et de Navarre étant en effet au programme, en commençant bien évidemment par la destruction radicale de l'ancien Clergé. Par certaines déclarations, on peut bien voir que le fond de la pensée de Napoléon était la haine de la Religion catholique et que s’il avait pu, il l’aurait rayée de la face de la terre. Voyez par exemple, sa petite phrase au philosophe-médecin Cabanis : "Je veux rétablir la religion [catholique en France] comme vous la vaccine, l’inoculer POUR LA DÉTRUIRE". Il écrivit aussi à son frère Joseph Bonaparte, après la mort de Pie VI, faisant écho aux pires sans-culottes révolutionnaires : "Mettez tout en œuvre, pour qu’un autre Pape ne soit pas élu !" (Jeanne d’Arc et la Monarchie, abbé Marie-Léon Vial, p. 496). Le drame, c'est qu'on va voir le pape Pie VII, complètement aveuglé par sa propre corruption démocratique personnelle, lui donner entièrement main et même bras pour cela, honteusement, jusqu'au pire du pire...
           
        De plus, on a peine à s'imaginer, en nos jours éloignés de l'épopée napoléonienne, l'inouïe emprise morale que, certainement pour la punition des peuples et... des papes, la Providence de Dieu avait donné à Napoléon Bonaparte sur tous les esprits, même sur ceux qui le haïssaient, c'était ni plus ni moins cette "puissance active d'égarement" dont parle saint Paul lorsqu'il traite de l'Antéchrist-personne, venant "avec toutes les séductions de l'iniquité pour ceux qui périssent, parce qu'ils n'ont pas reçu l'amour de la vérité pour être sauvés. C'est pourquoi Dieu leur enverra une puissance d'égarement, pour qu'ils croient au mensonge" (II Thess II, 10).
           
        Une dizaine d'années après sa mort (1821), Henri Heine, séjournant à Paris dans les années 1830, aura ce commentaire sur la puissance maléfique de Napoléon sur les esprits, donnant cette photo littéraire de l'époque : "Napoléon est pour les français une parole magique qui les électrise et les éblouit... Le portrait de l'homme est suspendu dans chaque chaumière... Je l'ai trouvé couronné d'immortelles, comme nos images du Sauveur pendant la Semaine-Sainte [!!!]" (La postérité spirituelle de Joachim de Flore, Henri de Lubac, t. II, p. 255). Mais voici un souvenir personnel. Au cours d’un pèlerinage, j’ai eu l’occasion de toucher l’orgue Aubertin de l’église saint Louis à Vichy, église qui a été rebâtie par Napoléon III (1808-1873) et que Pétain fréquenta entre 1940 et 1943. Or, quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre par l’organiste qui tenait à me présenter son originale église, que le généreux bienfaiteur, voulant que les vitraux du fond représentassent les saints de la famille impériale, y adjoignit, à côté des saints Eugène, Jean, Hortense, Louis, Eugénie, Joseph et Charles, un vitrail représentant le fameux saint… Napoleone (qui n’existe pas, au Martyrologe !), avec, tenez-vous bien… LA TÊTE DE NAPOLÉON 1ER !!! Bien entendu, le vitrail, dont je reproduis la carte postale ci-dessous (car apparemment le clergé est fier de ce qui fait sa honte), fut béni-oui-oui par la clergie post-concordataire XIXème siècle…!!!
 
NapoléonVitrailEgliseVichy
 "Ils mettent leur gloire
dans ce qui est leur honte"
(Phil III, 19)
       
        Nous sommes là dans l'idolâtrie du personnage post-mortem. Que dire, de son pouvoir magique sur les esprits faibles et pas assez catholiques, c'est-à-dire sur les 99 % de la tourbe humaine, de son vivant !! Le premier à être séduit, c'était... le pape Pie VII, il était complètement sous l'emprise totale et honteuse de son faux charme d'"homme fort" basé sur l'orgueil et l'idolâtrie très-révolutionnaire de l'homme (... alors que le seul "homme fort" qui a jamais existé et qui existera jamais, c'est Jésus-Christ...). Ce qui le prédisposa à cette emprise maléfique fut certainement les opinions politiques non pas même seulement républicaines mais démocrates qu'il avait, comme il osa le montrer scandaleusement dans son incroyable sermon de la Noël 1797 à ses ouailles d'Imola (que j'ai reproduit et analysé dans la 1ère partie de ma trilogie d'articles sus-mentionnée), lequel, Napoléon, l'ayant lu, qualifia de "sermon jacobin".
           
        Mais pour en finir sur le mauvais sujet de l'époque, je dirai que Napoléon Bonaparte ne fut qu'une sale bête malfaisante très-pénétrée de l'orgueil luciférien des "droits de l'homme" au service de l'Antéchrist et de Satan. Peut-être, au reste, en quelques très-rares éclairs de lucidité sur ce qu'il était vraiment devant le Seigneur, il s'en rendit compte lui-même, témoin cette phrase qu'il prononça un jour lorsqu'il fit halte sur la tombe de Jean-Jacques Rousseau, en Suisse : "Il eut mieux valu pour les hommes que ni lui ni moi ne fussions nés". Terrible aveu, qui n'est pas sans faire penser à la parole indignée du Christ lorsqu'Il prédit la trahison de Judas : "Malheur à l'homme par qui le Fils de l'homme sera trahi ! Il aurait mieux valu pour cet homme de n'être jamais né" (Matth XXVI, 24)...
 
        Le Fils de l'Homme n'était-Il pas abominablement trahi dans son Épouse l'Église par le Concordat, dont Napoléon, bien plus que Pie VII, est la principale cheville ouvrière d'iniquité...?
 
og napoleon waterloo
Napoléon, après la défaite de Waterloo : comprit-il enfin
qu'il avait un Maître, un Dieu, comme tout le monde...?
       
        Toujours est-il que lorsque Napoléon fit part directement à la cour romaine de son exigence inconditionnelle de destituer tous les évêques de France en 1800, le pape Pie VII, dans un premier temps, tâcha de trouver des expédients pour l'éviter. Il avait tout-de-même trop conscience de l'anormalité incroyable de destituer tout un corps épiscopal national d'un seul coup d'un seul... quand bien même il finit par céder sur toute la ligne à la volonté inflexible de Napoléon qui l'obligea à marcher sur sa conscience pontificale, laquelle lui montrait pourtant la radicale inconstitutionalité d'une telle procédure par rapport à la Constitution divine de l'Église quant à l'Ordre épiscopal, ainsi que je vais le montrer plus loin.
           
        Ce rusé antichrist, devinant fort bien que s'il avait commencer d'exposer son projet de destitution aux évêques légitimes de France, ceux-ci, évidemment, l'auraient rejeté d'emblée, les court-circuita d'entrée de jeu, dès les prémisses de la négociation, en s'adressant directement, par-dessus leurs têtes, au pape, à Pie VII. Une fois averti des intentions de Napoléon, Pie VII, "par une lettre en date du 13 septembre 1800, informe les évêques de France de la tenue de négociations avec le Gouvernement français. Cependant, là encore, les évêques sont tenus éloignés de l’avancée des négociations que se réserve le Saint-Père, qui ne consulte qu’un petit nombre de cardinaux et de théologiens à qui est imposé le secret" (Decroix, ibid.). Ainsi donc, scandalisé, on voit le pape, foulant aux pieds les droits les plus élémentaires et sacrés des évêques français, ne manifester honteusement aucune autre volonté que celle de suivre Napoléon comme un petit toutou dans la sacrilège mise sur la touche des évêques concernant la grande affaire de leur destitution et du saccage complet de leurs diocèses...
           
        Les négociations du Concordat, qui durèrent plus d'un an, commencent en effet "immédiatement par la question si difficile et si grave de la démission des anciens évêques. Le gouvernement consulaire exige, en effet, l’acceptation de cette mesure comme préalable à toute discussion. Mgr Spina [négociateur du pape] s’efforce de combattre cette position, sachant combien la conscience de Pie VII s’oppose à la démarche impérative qui lui est demandée. Il propose, ainsi, la voie de l’exhortation et de l’obéissance [faite aux évêques légitimes d'avoir à démissionner] au lieu de celle du commandement. Cependant, il ne peut rien obtenir. Le Premier consul reste inflexible et maintient ses exigences qu’il prétend imposer au Saint-Siège comme clauses fondamentales du futur concordat. Ainsi, bien que Rome porte, en partie, devant l’histoire la responsabilité du coup de force que nous étudions, elle n’a, cependant, rien négligé au début pour résister à la demande brutale de Bonaparte" (Decroix, ibid.).
           
        On voit très-bien ici que le grand point, le point le plus important du Concordat voulu par Napoléon, était bel et bien la destruction de tout le corps épiscopal national de la France réelle doublé de l'anéantissement géographique des anciens diocèses, basés sur l'Ordre très-chrétien remontant aux assises mêmes de la fille aînée de l'Église, c'est "l’article essentiel, la clef de voûte du Concordat" (Initiation à l’histoire ecclésiastique, Dom Poulet, t. II, p. 36, cité par Decroix, ibid.). Napoléon va même jusqu'à faire du chantage pour l'obtenir, car il menaçait d'envahir les États Pontificaux dont il avait déjà occupé les Légations, et même Rome : "Vous réclamez les Légations ? Vous voulez être débarrassé des troupes ? Tout dépendra de la réponse que vous ferez à mes demandes, particulièrement au sujet des évêques" (Le Premier consul à Mgr Spina, in L’Église de France sous le Consulat et l’Empire 1800-1814, abbé Constant, p. 113, cité par Decroix, ibid.).
           
        Mais Pie VII, personnellement perverti par son démocratisme, ne comprend pas qu'en cédant à cet homicide spirituel inouï, il va ainsi introduire le sanglier dans la Vigne du Seigneur et que celui-ci, une fois dedans, va la ravager, y faisant son office diabolique. Le rouge de la honte au front mais encore la sainte-colère Boanergès dans l'âme, on le voit se soumettre à la volonté antichristique de Napoléon, et, faute gravissime de sa part pontificale, le suivre dans le mépris sacrilège de l'autorité des évêques légitimes de France pour décider, excusez du peu, de leur... destitution. Ainsi donc, le pape obéissant à Napoléon décida du sort des évêques sans les consulter aucunement, sans aucune forme de procès, par un autoritarisme outrant son pouvoir pontifical et attentant sacrilègement à l'autorité épiscopale et à la Constitution divine de l'Église, ce qui, je vais l'expliquer tout-à-l'heure, invalidait formellement la procédure de leur destitution sur le plan théologique (... et c'est exactement la même chose qui arrive avec Mgr Strickland, de nos jours...).
           
        Puis, le cardinal Ercole Consalvi, Secrétaire d'État de Pie VII, homme énergique qui prendra auprès de Napoléon la suite des négociations après l'effacement de Mgr Spina, finit la convention, après de mémorables entretiens entre Napoléon et lui dont il nous a laissé le souvenir haut en couleurs dans ses Mémoires (dans lesquels, entre autres, on voit l'odieux sans-culotte refuser de déclarer catholique la France dans l'acte concordataire), et le Concordat, achevé de rédiger le 15 juillet 1801, fut avalisé promptement par le pape Pie VII le 15 août suivant. L'article principal du Concordat en était donc le § 3, dans lequel le pape, d'une manière incroyable, inconcevable sur le plan catholique, détruisait non seulement tout l'épiscopat légitime de France mais encore la structure même des diocèses et des cures dont la plupart existaient depuis l'ère mérovingienne, voire même avant, dans l'ère gallo-romaine, c'est-à-dire, on l'a compris, dès la naissance chrétienne de la France (ce que le § 2 formulait lapidairement ainsi : "Il sera fait par le Saint-Siège, de concert avec le Gouvernement, une nouvelle circonscription des diocèses français") ! Ce que le pape, je vais l'exposer plus loin, n'avait rigoureusement pas plus le droit de faire quant à la géographie spirituelle de la France que quant à l'institution épiscopale légitime...
           
        Mais voici cet article 3 du Concordat, suivi du 4 qui lui est attaché : "Sa Sainteté déclare aux titulaires des évêchés français qu'elle attend d'eux avec une ferme confiance, pour le bien de la paix et de l'unité, toute espèce de sacrifices, même celui de leurs sièges. D'après cette exhortation, s'ils se refusaient à ce sacrifice, commandé par le bien de l'Église (refus, néanmoins, auquel sa Sainteté ne s'attend pas), il sera pourvu par de nouveaux titulaires au gouvernement des évêchés de la circonscription nouvelle, de la manière suivante : Article 4. Le premier Consul de la République nommera, dans les trois mois qui suivront la publication de la bulle de sa Sainteté, aux archevêchés et évêchés de la circonscription nouvelle. Sa Sainteté conférera l'institution canonique suivant les formes établies par rapport à la France avec le changement de gouvernement".
           
        Il est clair ici que le pape destitue l'évêque légitime français, ou menace de le faire sans appel s'il refusait, par motu proprio ou mouvement propre qu'il prétend abusivement pouvoir tirer de son pouvoir pontifical suprême. C'est exactement ce qu'il va oser leur dire dans le bref Tam multa, lettre adressée le jour même de la promulgation du Concordat, le 15 août 1801, à tous les évêques légitimes de France, pour exiger d'eux brutalement et sans ménagements aucuns autrement que de pure forme, leur démission obligatoire (cf. https://www.vatican.va/content/pius-vii/it/documents/breve-tam-multa-15-agosto-1801.html, en italien). Mais laissons Arnaud Decroix résumer le bref, il le fait très-bien, quoiqu'en suivant la doxa pro-concordataire : "Le bref Tam multa commence par un éloge des évêques qui ont souffert pour l’Église. Mais le Pape termine en leur demandant le sacrifice de leurs sièges, dans l’intérêt de l’unité de l’Église et du rétablissement de la religion catholique en France. En effet, ces motifs justifient la démission des évêques légitimes de leurs sièges. Ils doivent, alors, en faire librement la remise entre les mains du Pape. Ainsi, le bref est rédigé en termes impératifs : les victimes, priées de se «démettre spontanément», sont tenues d’envoyer dans les dix jours une réponse définitive, «absolue et non dilatoire», faute de quoi le Saint-Père passera outre. Par ailleurs, il se dispense de communiquer le traité qui motive cette rigueur. Par conséquent, soit que les évêques donnent leur démission passé ce délai de dix jours, soit qu’ils ne la donnent pas, ils seront réputés en avoir donné une négative. Dans ce cas, Sa Sainteté peut, alors, procéder, sans autre avertissement, à ce qui est nécessaire pour rétablir la religion, conformément à l’article 3 du concordat. De plus, ce court délai de dix jours vise également à empêcher d’éventuelles concertations entre les évêques auxquels la démission est demandée" (Decroix, ibid.).
           
        Consignons dès ici le résultat de la demande du pape aux évêques français : "Au total [sur les 135 évêques institués lorsque la Révolution commence en 1789, il n'y en avait plus que 98 toujours en vie en 1801], 37 refusent la démission contre 48 qui l’acceptent et 13 qui le font avec réserves et protestations, ce qui constitue selon Camille Latreille une «majorité morale pour la résistance»" (L’opposition religieuse au Concordat de 1792 à 1803, Camille Latreille, pp. 214-215)" (Anticoncordataires ou Petite Église ? Les oppositions religieuses à la loi du 18 germinal an X, Jean-Pierre Chantin, p. 99).
 
Pie VII
 Barnabé Chiaramonti, futur Pie VII
 
        Or, cette lettre Tam multa contient deux gravissimes mensonges de la part de Pie VII, qui en invalident complètement les exigences, in radice.
           
        Le premier mensonge, c'est le motif de fond qui soi-disant légitimerait sur le plan spirituel l'acte concordataire, à savoir "l’intérêt de l’unité de l’Église et du rétablissement de la religion catholique en France". Or, la vérité, c'est que le Concordat, c'est tout, sauf ça. Le Concordat ne rétablit en effet nullement la vraie Religion catholique en France, doctrinalement intégrale, pure et libre comme devant, ce qui donc, en conséquence, ne peut pas servir "l'intérêt de l'unité de l'Église". Il n'y rétablit en effet qu'un ersatz frelaté, hérétique et corrompu, de religion catholique, institutionnellement ligotée à une puissance politique constitutionnellement athée, avec en plus l'obligation de professer la validité de ladite puissance... invalide, sous peine de destitution et même d'excommunication, ce qui attente au criterium paulinien de validité des sociétés politiques comme on l'a vu plus haut. Loin de servir "l'intérêt de l'unité de l'Église", le Concordat ne fit donc en droit et en fait qu'établir une église schismatique en France, au regard de toutes les autres églises du monde entier qui, elles, vivaient toujours dans la vraie liberté des enfants de Dieu, dans les Mœurs politiques constitutionnelles toujours catholiques, comme respectant le criterium paulinien de validité des sociétés politiques. Ce qui donc, à partir du Concordat, n'était plus du tout le cas de la seule Église de France parmi toutes les autres églises dans le monde entier, elle ne vivait plus, dès lors, qu'inféodée à l'Antichrist politique, sous la botte de son précurseur Napoléon qui, gloussant de plaisir d'être arrivé à ses fins une fois l'acte signé, par la faute gravissime du pape, parlait sans cesse de "MES curés et mes gendarmes", appelant SES évêques, mes préfets en violet...
           
        La conséquence, c'est que si la Foi restait encore intacte doctrinalement, les Mœurs de cette prétendue "religion catholique" rétablie en France par le Concordat étaient corrompues jusqu'à la mœlle et de force par l'indifférentisme religieux au for public imposé à tout fidèle catholique par l'État constitutionnellement athée et approuvé par le pape rien qu'en promulguant le Concordat, lequel indifférentisme, par la dynamique du mal, après un siècle et demi de transvasement des Mœurs dans la Foi, toujours insensible et occulte, finira par amener Vatican II avec sa proclamation apostate de la Liberté religieuse. Car si je ne vis pas par mes Mœurs comme je pense par ma Foi, je serai inéluctablement obligé, tôt ou tard, de penser par ma Foi comme je vis au niveau de mes Mœurs. La raison en est que les Mœurs et la Foi sont aussi viscéralement liées entre elles que le corps et l'âme dans l'être humain, elles ont une interaction directe et immédiate l'une sur l'autre, se forçant mutuellement à l'unité absolue de direction métaphysique. Ce n'était donc pas la Religion catholique véritable qui était rétablie en France par le Concordat, intégralement pure quant aux Mœurs et quant à la Foi, elle n'était pure seulement, et encore pas pour très-longtemps, que quant à la Foi et affreusement impure quant aux Mœurs sur le plan Politique constitutionnel, on avait en fait affaire à une prétendue "religion catholique" ayant en outre maudite vocation de corrompre tôt ou tard la Foi par ses très-mauvaises Mœurs, ce qui arriva à Vatican II.
           
        Et non seulement on rétablissait la Religion catholique en France en corrompant radicalement ses Mœurs, mais de plus, seconde raison théologique mais non des moindres que le Concordat ne travaillait nullement pour "le bien supérieur de l'Église" comme osait le dire le pape Pie VII, on attribuait le fait de ce rétablissement à l'homme et non pas à Dieu. Alors que Dieu, et Lui seul, a le pouvoir, qui est tout surnaturel, de faire vivre ses enfants dans la liberté de la Religion. On orientait donc ainsi les âmes à la fois sur l'effacement, l'apostasie de Dieu, et sur l'idolâtrie de l'homme déifié, en prétendant attribuer faussement à ce dernier le pouvoir de donner la liberté de Religion. La doctrine concordataire napoléonienne professe en effet que c'est l'homme qui donne la liberté des enfants de Dieu en matière de Religion, non seulement d'ailleurs aux catholiques, mais à tous les tenants des autres religions en France (l'État français, en effet, ne contracta pas un Concordat seulement avec la Religion catholique, il en contracta d'autres, dans la foulée, avec les protestants, avec les juifs, et même avec... les franc-maçons !).
           
        En voici une illustration, parmi tant d’autres. Le pieux biographe de saint Vincent Ferrier au XIXe siècle, le R.P. Fages, relate une anecdote du temps de la Révolution, une sordide effigie sans-culotte qui, au fronton d’une des portes de Vannes, avait été mise en lieu et place de la belle statue du saint, qui avait été détrônée… mais voyez plutôt comment il termine l’épisode : "Ce mannequin disparut en 1802, dès que le concordat eût accordé aux catholiques la Liberté religieuse" (saint Vincent Ferrier, Fages, p. 187) ! Voyez comme dans l’esprit de l’auteur, pourtant fort catholique, ce n’est déjà plus Dieu qui accorde la Liberté religieuse, mais un traité humain, mais l'homme… la glissade infernale est commencée. Il faut d'ailleurs bien remarquer que c'est le pape lui-même, c'est le démocrate Pie VII, qui, dans le Préambule du Concordat, gauchit la bonne doctrine en la matière, en formulant que la liberté de Religion en France dépend désormais de la bonne volonté des... Consuls de la République : "Sa Sainteté reconnaît également que cette même religion [catholique, apostolique et romaine] a retiré et attend encore en ce moment le plus grand bien, et le plus grand éclat de l'établissement du culte catholique en France et la protection particulière qu'en font les Consuls de la République" (notons comme la formule, soit dit en passant, est étrangement tarabiscotée et absconse...).
           
        Donc, nous sommes en train de voir que le prétendu "bien supérieur de l'Église", au nom duquel le pape prétend légitimer le Concordat devant Dieu et les hommes... et légitimer la destitution des évêques légitimes de France, est un pur mensonge, un diabolique trompe-l'œil en carton-pâte, une très-funeste illusion d'optique, une super-supercherie. La vérité, si l'on va au fond des choses, c'est qu'il s'agit en fait d'un "mal supérieur de l'Église", comme étant le premier épisode de la mise de l'Église sous "la puissance des ténèbres" antichristiques, par lequel l'homme, épousant la doctrine révolutionnaire, prétend être l'étalon normatif du droit de la Religion, et non plus Dieu. Il est trop vrai que le Concordat, première pierre fondatrice de construction sur laquelle s'ajouteront beaucoup d'autres dans la suite des temps post-concordataires, est métaphysiquement ordonné à l'avènement du règne de l'Antéchrist-personne à la toute-fin des temps, adveniat regnum antechristus tuum, c'est-à-dire au "mal supérieur de l'Église"...
           
        La conclusion est simple. Le pape Pie VII ne pouvait donc absolument pas prétendre être moralement fondé à déployer ce qu'il croyait être la plénitude de son pouvoir pontifical au nom de ce qui est objectivement "le mal supérieur de l'Église", mais qu'il voulait appeler très-mensongèrement "le bien supérieur de l'Église" : cette dite plénitude de pouvoir, en effet, aurait-elle pu être théologiquement déployée pour destituer tous les évêques légitimes de France par simple motu proprio pontifical (et nous allons voir que non, là encore le pape se trompait complètement), ne le pouvait théologiquement être, de toutes façons et en tout état de cause, que sur une bonne motivation, une bonne raison de l'employer. Le pape en effet, n'est autorisé à employer son pouvoir magistériel pontifical que pour le Bien-Fin de l'Église...
 
consalvi 1840
Le cardinal Ercole Consalvi qui finit
au bras-de-fer le Concordat avec Napoléon...
       
        Or, justement, deuxième mensonge gravissime dans le bref comminatoire et brutal Tam multa, très-napoléonien, non seulement le pape Pie VII n'était nullement habilité à déployer la plénitude de sa puissance pontificale pour un mauvais objet, mais en outre, le déploiement de la plénitude de sa puissance pontificale ne pouvait théologiquement pas aller jusqu'à destituer des évêques par simple motu proprio. Même si la motivation pour le faire eût été spirituellement bonne. C'est ce que n'ont pas voulu comprendre les thuriféraires mondains du Concordat, qui, fort honteusement, voudront tous s'éblouir, se shooter jusqu'à l'extase, de la prétendue extraordinaire puissance pontificale déployée en l'occurrence par le pape Pie VII dans le § 3 du Concordat...
           
        ... Dieu sait assez en effet, ad nauseam, leurs dithyrambes hérétiques, impudents et indécents !
           
        Avant de poursuivre, il n'est d'ailleurs pas inutile, pour se dérider un peu dans un sujet d'étude tellement triste et funeste, d'en citer quelques-uns, rapportés par Arnaud Decroix. Voici, pour commencer, une tirade signée de l'abbé Émery, un des pires collabos qui se puissent jamais non pas rêver mais cauchemarder, aux temps atroces de la Révolution (sa biographie fait penser à Laval, le ministre de Pétain durant la seconde guerre mondiale...) : "Les papes qui ont porté le plus loin leur autorité n’ont point fait dans la suite des siècles des coups d’autorité aussi grands, aussi importants que ceux qui ont été faits en ce moment par le pape Pie VII" (Decroix, ibid.).
           
        Grand-clerc de cette époque qui alla sans cesse dans le sens d’une compromission aveugle avec les nouvelles "autorités constituées", comme osait dire le pape Pie VI dans son bref Pastoralis Sollicitudo du 5 juillet 1796 en parlant du gouvernement du Directoire, le plus franc-maçon des gouvernements révolutionnaires, l'abbé Émery s’abouchait sans vergogne aucune avec lesdites nouvelles "autorités constituées", quelles qu'elles soient, même les pires coupeurs de têtes, et quoiqu'il en soit. Il ira dans ce sens jusqu’à la limite insupportable de la servilité, de la veulerie, de la malhonnêteté intellectuelle insoutenable, voire de l'abandon de la Foi. Un seul exemple. Le serment que le Directoire fit prêter l’an V de la République incluait une déclaration explicite "de haine à la royauté". Émery, sans jamais vouloir quitter sa position de reconnaître les nouvelles "autorités constituées" adoptée par lui dès le début de la Révolution, se disculpa toujours de donner un quelconque mot d’ordre sur ce qu’il fallait faire dans ce cas précis, signer ou non (signer était faire profession de haine envers une catégorie de prochain, en l’occurrence les roys, ce qui est formellement incompatible avec la profession de Foi chrétienne ; ne pas signer, c’était se mettre en infraction avec les nouvelles "autorités constituées")... Émery était là bel et bien coincé dans ses petites sinuosités intellectuelles et ses subtils distinguos, il se contenta donc de ne... rien dire, de ne donner… aucun mot d’ordre. Et voilà à quel genre d’impasse insurmontable on voit tôt ou tard se vouer infailliblement, dans leurs impures caresses aux "nouvelles autorités constituées", les contempteurs de l’Ordre très-chrétien que Pie VII, dans le Concordat, osa sacrilègement appeler "l'ancien gouvernement" (§ 16) !
           
        L'influence de l'abbé Émery fut cependant très-grande pendant toute la période révolutionnaire au sein du clergé français voire même romain : au pire moment de la tourmente révolutionnaire, celui que P. de la Gorce appela "l’éminence grise de l’Église gallicane" (Histoire religieuse de la Révolution, t. IV, p. 161), par de rusées et fort subtiles complicités avec les nouvelles "autorités constituées", résidait toujours à Paris, même en pleine Terreur, sans être inquiété ! Et de là, avec bénédiction de Rome, il fut celui qu’on consultait sur les affaires de France, le maître à penser de l’Église gallicane jusqu’à Napoléon, lequel fit de ce prêtre, contradictoirement saint dans son privé, "l’un de ses conseillers favoris" (Monsieur Émery, l’Église d’Ancien-Régime et la Révolution, Leflon, p. 557).
           
        Mais je redis sa tirade, j'en éprouve beaucoup de plaisir : "Les papes qui ont porté le plus loin leur autorité n’ont point fait dans la suite des siècles des coups d’autorité aussi grands, aussi importants que ceux qui ont été faits en ce moment par le pape Pie VII". À la peser sur la balance de la vérité, nous n'allons pas tarder à voir ce que cela vaut, convertis en assignats...
           
        Arnaud Decroix cite d'autres mondains qui lancent l'encensoir très-haut en l'air dans le ciel en faveur du Concordat. Mgr Frayssinous, la coqueluche ecclésiastique mondaine sous la Restauration, le qualifia de "plus grand acte de puissance pontificale qui se fût produit depuis dix-huit siècles" (Histoire religieuse de la France, Goyau & Hanotaux, p. 290, cité par Decroix, ibid.)...!! Portalis, le ministre des Cultes de Napoléon (notez bien le pluriel) et franc-maçon très-distingué, le considérait quant à lui comme un véritable "prodige politique et moral" (Decroix, ibid.). L'historien Rohrbacher n'est pas en reste, lui aussi, de son côté, lorsqu’il commente ainsi la suppression en corps d’institution de tous les évêques français lors du Concordat : "Il s’agissait d’une opération unique dans l’histoire ; il s’agissait, par un même acte, d’anéantir tout un monde et d’en créer un autre" (Histoire universelle de l'Église catholique, t. XXVII, p. 578). C'est effectivement très-exactement ça : comme je l'ai écrit que dessus, il s'agissait pour Napoléon d'anéantir tout un monde vivant sur le droit divin pour le remplacer par un monde maçonnique d'iniquité fondé sur le droit du diable. C'était effectivement un peu autre chose que "du fumier retourné" dans le champ du monde...
           
        Mais il me semble que Hippolyte Taine, cartésien et positiviste, mérite haut la main le 1er accessit avec les félicitations du jury pour son dithyrambe exalté et illuminé dont les pieds ne touchent visiblement plus du tout la terre du réel, lorsqu'il reconnaît au pape, dans son acte de destruction de toute une Église nationale et la reconstruction d'une autre sur ses ruines, "un pouvoir extraordinaire qui n’est limité par aucune coutume, ni par aucun canon, une autorité plénière et absolue, un droit au-dessus de tous les droits, en vertu duquel, dans des cas qu’il détermine lui-même, il pourvoit d’une façon discrétionnaire aux intérêts catholiques, dont il devient ainsi l’arbitre suprême, l’interprète unique et le juge en dernier ressort" (Les origines de la France contemporaine, t. II, p. 637-638, cité par Decroix, ibid.)...!!! Il n'a vraiment manqué à cet alumbrados bourgeois XIXème siècle d'un nouveau genre que de faire un tout petit peu de théologie élémentaire : ce qu'il décrit là ne fait guère, en effet, que montrer un pouvoir absolutiste du pape, et donc complètement hétérodoxe...!! Mais un siècle plus tard, un auteur interroge encore : "Qui aurait jamais pu imaginer un pareil coup d’autorité ?" (Hippolyte Prélot, in Études, t. LXXXVIII, 1901, p. 306, cité par Decroix, ibid.).
             
        À un seul mot et "détail" près, je suis tout-à-fait d'accord avec ce dernier auteur : qui aurait jamais pu imaginer un pareil ABUS d'autorité...?
           
        Car nous sommes là bel et bien en présence d'un pur abus d'autorité de la part du pape, comme nous l'allons voir à présent...
 
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        Ainsi donc qu'on vient de le constater, les thuriféraires du Concordat, suivis d'une multitude complètement innombrable de nabots de la pensée jusqu'en nos sinistres jours, se sont extasiés jusqu'au délire indécent sur le prodigieux pouvoir employé par le pape dans l'acte de destitution de tous les évêques légitimes de France. Alors que la vraie signification de cet acte inique s'il en fût jamais en Église, était que Rome avait été "l'instrument docile d’apaisement de Napoléon et comme l’exécuteur d’un meurtre des apôtres" (La primauté du Pape, son histoire, des origines à nos jours, Klaus Schatz, p. 214, cité par Decroix, ibid.), d'autres auteurs bien inspirés ayant qualifié le bref Tam multa d'"apostolicide" (Nouvelle Histoire de l’Église, Rogier, Bertier de Sauvigny & Hajjar, t. IV, p. 279 & Histoire religieuse de la France contemporaine, Dansette, p. 141, cités par Decroix, ibid.).
           
        Dès lors, convenait-il vraiment, était-il décent, de s'enthousiasmer sans retenue de l'assassinat spirituel de tout un corps épiscopal national, de quatre-vingt deux évêques valeureux et méritants ayant souffert généreusement les affres de la Révolution sans faiblir, mais destitués à la guillotine pontificale, sans aucun droit d'appel...? Même le cardinal Consalvi, qui pourtant mena à terme le Concordat dans un duel éreintant et personnel avec Napoléon, s'en rendit compte : "Qu’on lise tant que l’on voudra l’histoire ecclésiastique. On ne trouvera pas un exemple semblable. Un massacre de cent évêques ne se peut faire" (Histoire religieuse de la France contemporaine, Dansette, p. 133, cité par Decroix, ibid.). Il n'est pas le seul, s'occupant aux premières lignes de l'affaire du Concordat, à s'en rendre compte : "La majorité des membres de la Congrégation [ad hoc, constituée par Pie VII pour s'occuper de la grande affaire], à la suite de Mgr Di Pietro, déclare que le Pape ne doit pas commettre un pareil abus d’autorité. Selon Mgr Spina : «Vous ne trouverez pas de pareils exemples dans l’histoire ecclésiastique. Quoique l’objet de cette destitution et substitution des nouveaux évêques fût le précieux rétablissement de la religion catholique en France [ce qui était archi-faux, nous l'avons vu, il s'agissait du rétablissement d'une religion catholique prostituée à la Bête républicaine constitutionnellement athée, avec obligation hérétique de professer sa validité et d'attenter ainsi très-hérétiquement aux Mœurs de l'Église], il serait bien étrange de voir arborer de nouveau dans ses provinces l’étendard de notre sainte religion sur les ruines de quatre-vingts colonnes de la foi renversées et anéanties par le même bras de Pierre qui doit les soutenir et les protéger» (Lettre de Mgr Spina à l’abbé Bernier du 11 novembre 1800, cité par Theiner, in Histoire des deux Concordats de la République française et de la République cisalpine, p. 96)" (Decroix, ibid.).
           
        Mais tous les intervenants et acteurs du Concordat au plus haut niveau, tant du côté ecclésiastique que gouvernemental, désirant rester à s'éblouir les yeux avec le miroir aux alouettes concordataire, tous, cul et chemise, se poussant du coude à qui mieux mieux les uns les autres à pécher à cet effet très-passionnellement voulu de tous, ne voulurent conclure qu'une chose, c'est que le pape avait le droit d'employer son pouvoir pontifical pour cet acte inouï de destituer d'un seul coup d'un seul tout un corps national épiscopal, évitant soigneusement d'avoir à se demander si, en fait, il le faisait en outrepassant hérétiquement son pouvoir pontifical, tel que le Christ l'a donné à Pierre, ou bien non.
           
        C'était pourtant bien la toute première question théologique de fond dont il fallait impérativement s'occuper dans l'affaire, et dont je vais m'occuper maintenant, Deo adjuvante.
           
        Je vais d'abord commencer par mettre en exergue la grande règle catholique en la matière, qui domine toute la problématique :
           
        Le modèle constitutionnel de l'Église ordonné par le Christ est fondamentalement et exemplairement tempéré : autant de vouloir abolir l'Autorité pontificale par l'ensemble des évêques de l'orbe catholique (doctrine conciliariste et/ou gallicane, donnant un pouvoir absolutiste aux évêques), est formellement prohibé pour cause d'hérésie, autant de vouloir abolir l'Autorité épiscopale d'une manière absolutiste par le pouvoir universel pontifical, l'est.
           
        La raison théologique en est que, autant l'institution de la Papauté que l'institution de l'Épiscopat, est sujet de droit divin. Laissons un théologien pourtant vraiment pas recommandable par son modernisme ultra, Karl Rahner, fort bien synthétiser la doctrine sur cela : "L’essence juridique de l’Église est constituée à la fois par la Primauté pontificale et par l’Épiscopat, qui, tous deux, procèdent de manière également immédiate de l’Institution par le Christ" (in Quelques réflexions sur les principes constitutionnels de l’Église, cité par Decroix, ibid.). Ce qui signifie qu'il est impossible que l'une des deux Institutions puissent avoir droit de vie ou de mort sur l'autre, car l'une comme l'autre est de droit divin. C'est pourtant ce que l'on veut supposer en donnant un pouvoir discrétionnaire au pape de destituer par motu proprio l'évêque... Par ailleurs, saisissons bien que si l'une des deux donnait la mort à l'autre, elle se donnerait la mort à elle-même ipso-facto, par et dans le même acte, et les deux droits divins fondateurs de l'Église étant morts signeraient par le fait même la mort instantanée de l'Église.
           
        Il devient d'une grande nécessité, parvenu ici, de bien exposer la doctrine, en la décortiquant avec soin de long et de large, pour avoir une vue exacte sur cette question très-importante. L'Institution de droit divin de l'évêque comprend son pouvoir d'Ordre sacramentel (Christ-Prêtre), et son pouvoir de juridiction (Christ-Roy). Dans l'affaire qui nous occupe, il n'est évidemment question que du pouvoir de juridiction épiscopal. Cependant, il faut déjà bien comprendre que dès lors que ce pouvoir de juridiction est donné par le pape à l'évêque lors de l'institution canonique sur une église particulière ou diocèse, il se lie aussitôt ipso-facto au pouvoir d'Ordre et participe intrinsèquement immédiatement du droit divin. Il y a en effet un distinguo très-important à faire entre la juridiction épiscopale en amont, donnée par le pape à l'évêque lors de son investiture, et celle en aval, dont jouit l'évêque une fois qu'il est canoniquement institué...
           
        Mais commençons par régler une question préliminaire, qui a agité les siècles ecclésiastiques sans être résolue vraiment que dans ces derniers temps, sous le pontificat du pape Pie XII : la juridiction donnée à l'évêque sur une portion du troupeau du Christ est-elle donnée médiatement ou immédiatement par le pape ? C'est-à-dire, ressort-elle au premier chef du Christ ou du pape ?
           
        L'abbé Fsspx Gleize a fort bien exposé la question dans son article L'opinion commune des théologiens sur l'épiscopat (cf. https://laportelatine.org/formation/crise-eglise/sacres-1988/lopinion-commune-des-theologiens-sur-lepiscopat#footnote_4_193460), lisons-le : "Dans l’état de l’explicitation de la doctrine, relative à l’épiscopat, telle qu’elle avait été proposée par le Magistère avant Pie XII, les théologiens restaient partagés pour résoudre la question de l’origine de la juridiction chez l’évêque. Certains d’entre eux ont pu estimer que les évêques reçoivent leur pouvoir de juridiction immédiatement du Christ, l’investiture du Pape n’intervenant que comme une condition nécessaire mais non suffisante. On rencontre cette explication chez les espagnols François de Vitoria, op (1492–1546), Alphonse de Castro, ofm (1495–1558), Gabriel Vasquez, sj (1549–1604) et chez le lazariste français Pierre Collet (1693–1770). Pour ces théologiens, le pouvoir de juridiction est donné immédiatement par le Christ, et moyennant la mission canonique du pape qui joue le rôle d’une simple condition. Il est bien connu que cette explication théologique a été élaborée à l’occasion de la 23e session du concile de Trente. Cette explication ne dit pas encore que le Christ donne l’investiture [juridictionnelle] dans et par le sacre, et distinction est donc faite entre le pouvoir d’ordre et le pouvoir de juridiction non seulement selon leur essence de pouvoir mais même selon leur origine.
           
        "Par la suite, d’autres théologiens sont même allés jusqu’à soutenir que ce pouvoir de juridiction était formellement communiqué à l’évêque par la consécration épiscopale, de concert avec le pouvoir d’ordre. Cette explication se présente sous sa forme la plus achevée chez Jean-Vincent Bolgeni (1733-1811), dans son ouvrage L'Episcopato ossia la potestà di governare la Chiesa, de 1789. Ces explications sont restées relativement isolées.
           
        "Avant le concile de Trente et après, la plupart des théologiens suivent l’opinion classique, déjà soutenue par saint Thomas, selon laquelle l’évêque reçoit son pouvoir de juridiction directement du Pape lors de l’investiture ou de l’institution canonique : Jean de Torquemada, op (1388-1458), saint Robert Bellarmin, sj (1542-1621) et Benoît XIV (1675-1758) en sont les témoins principaux. L’explication de Bolgeni, en particulier, a été critiquée et réfutée par la grande majorité des théologiens" (ibid.).
           
        Il aurait semblé, pourtant, que la thèse soutenue par Bolgeni avait grande valeur, s'appuyant sur des raisons théologiques très-fortes. En effet, on dit souvent sans trop réfléchir à ce qu'on dit que les évêques sont les "successeurs des Apôtres". Mais les Apôtres, qui donc sont les tout premiers évêques, ont reçu leur juridiction directement par le Christ Lui-même, et de plus, leur juridiction était de soi universelle, sans être circonscrite de quelque manière par Pierre ! Puisque donc les évêques sont les "successeurs des Apôtres", il semblait des plus orthodoxes de pouvoir soutenir qu'ils reçoivent leur juridiction directement du Christ, et l'on pourrait même ajouter de plus que leur juridiction, à tous et chacun des évêques postérieurs aux Apôtres jusqu'à ceux de maintenant, serait, de soi, virtuellement universelle ! L'abbé Gleize, dans les grandes lignes, ne peut qu'en convenir : "Certes, cette opinion nouvelle [de Bolgeni] ne va pas directement contre la Foi, dans la mesure où elle reste conciliable avec le dogme du Primat du Souverain Pontife et avec la distinction formelle entre le pouvoir d’ordre et le pouvoir de juridiction" (ibid.).
           
        Mais la thèse Bolgeni doit être abandonnée, après décision de Pie XII : "Cependant, les enseignements subséquents du Magistère de Pie XII ont fini par dirimer la question. En vertu de l’autorité de ce Magistère ordinaire tel qu’il s’est exprimé notamment dans les trois Encycliques Mystici corporis, Ad sinarum gentem et Ad apostolorum principis, les fidèles catholiques doivent désormais regarder comme une doctrine catholique commune et certaine l’explication traditionnelle selon laquelle l’évêque reçoit sa juridiction immédiatement du Pape, de par l’investiture canonique, et indépendamment de la consécration épiscopale. Pie XII déclare en effet dans la troisième de ces Encycliques, qui fait référence aux deux autres, que : «la juridiction ne parvient aux évêques que par l’intermédiaire du Pontife romain, comme Nous vous en avertissions dans Notre encyclique Mystici Corporis : “Si les évêques jouissent du pouvoir ordinaire de juridiction, ce pouvoir leur est immédiatement communiqué par le Souverain Pontife [immediate sibi ab eodem Pontifice impertita]”. Nous avons rappelé cet enseignement dans la lettre encyclique, à vous destinée, Ad Sinarum gentem : “Le pouvoir de juridiction, qui est conféré directement au Souverain Pontife par le droit divin, les évêques le reçoivent du même droit [divin] mais seulement à travers le Successeur de saint Pierre”. L’opinion inverse doit être logiquement abandonnée comme étant — implicitement — sinon téméraire et fausse, à tout le moins improbable"(ibid.).
           
        Soit dit en passant, ne soyons pas surpris de ces hésitations quant à formuler le dogme dans une "sententia finalis terminativa" (Dom Paul Nau) au cours de l'histoire ecclésiastique, rien là que de très-normal, le Dépôt de la Foi, le Donné révélé, depositum fidei, n'est pas en effet un catalogue de règles mais avant tout la Vie du Christ en son Église, que l'avancement des siècles, sous l'inspiration du Saint-Esprit, désenveloppe harmonieusement à l'intelligence des fidèles sous forme doctrinale (sans que ne s'y trouve jamais aucune vraie contradiction, comme le veulent les modernistes), quand bien même tout le fond doctrinal se trouve bien sûr déjà dans l'Église dès sa naissance au pied de la croix du Salut. On pouvait déjà aussi noter, quant à la doctrine de la Légitimité pontificale, une pareille hésitation doctrinale à laquelle Pie XII, là encore, mettra un terme, autour de la question : Le pape est-il vrai pape dès le moment de son élection conclavique approuvé par lui ou seulement au moment de son intronisation-couronnement, ayant lieu rituellement dans l'octave de ladite élection conclavique ? Dans l'Ancien-Régime et plus généralement depuis la Renaissance, les papes opinaient pour l'intronisation-couronnement, mais les papes modernes, surtout Pie XII, décidèrent qu'un pape est vrai pape dès son élection conclavique approuvée par lui, et non pas seulement à son couronnement ou intronisation.
           
        Mais revenons à notre sujet. Ce bon exposé de la question nous permet déjà d'avoir les idées très-claires sur l'origine de la juridiction chez l'évêque, la juridiction en amont : elle est toute entière dans la main du pape. C'est le pape qui donne formellement la juridiction à l'évêque, et il la donne de manière discrétionnaire, à qui il veut et comme il veut, c'est-à-dire en délimitant selon sa seule volonté pontificale la portion du troupeau des fidèles du Christ donnée à gérer par l'évêque.
           
        Mais il nous faut maintenant impérativement poser la doctrine catholique quant à la juridiction épiscopale en aval, c'est-à-dire définir son statut théologique après que l'évêque en ait été légitimement institué par le pape. Car c'est là que se situe notre problème, le nœud gordien à dénouer. Or, il s'en faut qu'une fois canoniquement donné par le pape à l'évêque, le pape ait le même pouvoir discrétionnaire sur le pouvoir de juridiction épiscopal en aval que celui dont il disposait pour ledit pouvoir en amont, de par la Constitution divine même de l'Église fondée par le Christ quant à l'Ordre épiscopal ! Le pape, en effet, une fois canoniquement donné à l'évêque le pouvoir de juridiction, n'a pas plus de pouvoir sur lui que l'évêque le possédant légitimement, ils ont tous les deux à parité, de droit divin, le même pouvoir sur lui, pape et évêque, évêque et pape. C'est ce point extrêmement important que n'ont pas compris, ou plutôt n'ont pas voulu comprendre, les concordataires (à commencer par Pie VII), qui ont tous passionnellement foulé aux pieds la doctrine sur cela, aux fins mauvaises d'autoriser le pape à faire le Concordat dont le premier point préliminaire était, nous l'avons vu, la destitution du corps épiscopal français.
           
        Expliquons-la bien, cette doctrine, si importante pour notre sujet, de la juridiction épiscopale en aval. Avant de donner à l'évêque le pouvoir de juridiction, celui-ci, en effet, est à l'entière discrétion du pape ; mais après l'avoir donné, et immédiatement après et non médiatement, le pouvoir de juridiction donné à l'évêque n'est plus du tout à la discrétion du pape, parce que, rien qu'en le donnant, le pape a mis immédiatement en œuvre un lien sponsal sacré créé par le Saint-Esprit entre l'évêque institué et son église particulière qui devient son épouse, également entre l'Ordre et la juridiction de l'évêque sur l'objet de l'église particulière épousée, par lequel lien sponsal sacré, qui a plusieurs objets, le droit divin épiscopal joue automatiquement, se met automatiquement en œuvre. L'Église percevait si bien et si fortement le lien sponsal sacré entre l'évêque institué et son église-épouse particulière, qu'elle interdisait très-sévèrement les translations d'un siège épiscopal à un autre, ce qui eut lieu au moins jusqu'au IXème siècle. Tellement l'évêque, une fois canoniquement institué, est considéré comme l'époux de son église particulière, et alors joue pour lui instantanément la grande règle de l'indissolubilité du mariage. C'est la raison pour laquelle, d'ailleurs, l'élection au Siège de Pierre était toujours doublée du sacre épiscopal de l'élu, car, avant le IXème siècle, celui qui devait être le nouveau Vicaire du Christ n'était jamais évêque...
           
        Le pouvoir juridictionnel de l'évêque légitimement institué par le pape est à partir de là théandriquement immédiatement lié à son pouvoir d'Ordre, dans l'unité du droit divin épiscopal mis en œuvre. "Avec ceci, il reste vrai que les deux pouvoirs sont un, d’une unité d’ordre, car l’un dépend de l’autre dans son exercice et c’est pourquoi ils sont le plus souvent sinon ordinairement exercés par un seul et même sujet. Dans le passage déjà cité, Charles Journet a soin de le préciser. «Le pouvoir d’ordre et le pouvoir de juridiction sont deux pouvoirs réellement distincts. Ils ne sont pas cependant, disons-le ici déjà succinctement, indépendants l’un de l’autre»" (Gleize, ibid.).
           
        Ce qui signifie qu'une fois intronisé canoniquement par le pape dans son église particulière, alors, les deux droits divins qui fondent l'Église Universelle, celui du pape et celui de l'évêque, sont tous deux à équiparité en présence dans l'évêque institué, à parfaite égalité, l'un en regard de l'autre dans la Charité de Dieu, et qu'on ne saurait plus du tout supposer sans attenter mortellement à la Constitution divine de l'Église que l'un, tout seul, aurait droit de supprimer l'autre sans son formel accord, sans devoir en conclure ipso-facto que l'Église est, par-là même, radicalement détruite. Ce qui signifie évidemment que le pape Pie VII n'avait absolument pas le droit de destituer les évêques légitimes de toute la France de son seul propre mouvement, motu proprio, sans que lesdits évêques concernés, à parité de pouvoir avec lui, ne donnassent leur exprès et formel accord à cette destitution, sous peine d'invalidité radicale et ipso-facto de ladite destitution. Et, on l'a déjà compris, le même raisonnement est à faire pour la "destitution" par le pape François de Mgr Strickland...
           
        C'est précisément cette doctrine très-catholique des épousailles de droit divin de l'évêque avec son église particulière, de soi indissolubles une fois l'évêque canoniquement institué par le pape, doctrine qui existe dès les assises de l'Église, que vont rappeler d'une manière très-édifiante les évêques français Réclamants dans leurs Réclamations canoniques et très-respectueuses adressées à notre très-saint Père Pie VII, par la Providence divine, Souverain Pontife, contre différens Actes relatifs à l'Église Gallicane, 1804 (cf. https://books.google.fr/books?id=hp7ugYcbWSEC&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false).
           
        Doctrine très-catholique disais-je, dont il faut remarquer avec grand'soin que si elle avait été respectée par Pie VII, qui se serait retranché derrière elle dans un triomphant Non possumus (Nous ne pouvons pas destituer validement les évêques de France par notre seul pouvoir pontifical, il Nous faut obligatoirement leur libre accord), comme il aurait été catholiquement tellement souhaitable qu'il le fît et comme nous verrons tout-à-l'heure son prédécesseur, Pie VI, le faire en 1790, elle aurait instantanément dressé un rempart infranchissable et inexpugnable qui aurait d'un seul coup d'un seul terrassé Napoléon et son projet maçonnique de détruire la vraie Église de France dans ses évêques, projet auquel s'est hélas accouplé misérablement, traîtreusement, hérétiquement et ignominieusement Pie VII ; doctrine très-catholique qui, en sauvant l'Église de France aurait en même temps empêché radicalement la subversion a-posteriori de l'Église Universelle, mais que les habituels mondains de service, minus habens avec ou sans soutane, petits insectes méprisables, affecteront de connoter péjorativement de gallicane pour mieux l'évacuer, alors qu'elle n'était que romaine et très-catholique...
 
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        Voyons, justement, le remarquable exposé qu'en font les victimes épiscopales du Concordat, ces glorieux évêques de Louis XVI dont l'assiette diocésaine remontait aux assises mêmes de la France très-chrétienne. Voici la première phrase qu'ils prononcent dans leur discours de gémissements plaintifs, comme de doux agneaux innocents qu'on mène à l'abattoir, sans pour autant qu'ils aient, pas plus que le Christ Lui-même, aucun mauvais sentiment contre celui qui les y mène :
           
        "Nous supplions instamment et nous conjurons VOTRE SAINTETÉ, avec un profond sentiment de respect et d'amour, comme il convient à des enfans [sic ; j'avertis dès maintenant que je respecterai l'orthographe vieux-françois du texte], de daigner, dans sa justice, nous écouter favorablement ; nous allons plaider la Cause la plus importante, peut-être, et la plus intéressante qu'il soit possible d'imaginer. (...) Ce témoignage de notre dévouement ne peut paroître suspect à V. S., puisqu'il lui est rendu par des Évêques blanchis dans l'exil et sous le poids d'une longue tribulation, pour avoir toujours enseigné, soutenu, défendu, avec un courage invincible, la primauté d'honneur et de jurisdiction dans l'Église universelle, qui appartient de droit divin au Pontife Romain. Ni les calomnies, ni les invectives ne répandront jamais le moindre nuage sur cette foi dont nous faisons profession, sur cette amour filial pour le Siège apostolique et pour VOTRE SAINTETÉ, que tant de voyages, de dangers, d'exils, de travaux et de souffrances ont annoncés depuis douze ans, et annoncent encore à l'univers" (pp. 11-13).
           
        Voilà comment les victimes innocentes s'exprimaient dans la grande sincérité de leur Foi pure, avec un ton d'humilité touchant qu'il n'est pas besoin de souligner.
 
CharlesLouisDuPlessisDArgentré Jean BaptisteDuPlessisDArgentré Alexandre Angélique de Talleyrand Périgord
De gauche à droite :
Louis-Charles du Plessis d'Argentré (Limoges), Jean-Baptiste du Plessis d'Argentré (Séez), 
Alexandre-Angélique de Talleyrand-Périgord, oncle du "diable boîteux" (Reims),
 
Évêques Réclamants
 
        Puis, les évêques Réclamants, après avoir dit à grande raison que l'affaire de la destitution de leurs sièges épiscopaux par la seule main du pape est une affaire qui ne regarde pas seulement leurs personnes épiscopales, mais qu'elle regarde le statut même de l'Épiscopat catholique dans l'Église, car "il s'agissait du sort de chacun de nos Diocèses en particulier, de toute l'Église gallicane, et même de tout l'Épiscopat catholique" (p. 19), commencent par montrer que le pape n'a eu aucun respect envers leur fonction épiscopale de droit divin, très-notamment en fixant un délai comminatoire, brutal et irrespectueux, napoléonien pour tout dire, de dix jours seulement, si petit pour une si grande affaire, donné pour faire l'envoi de leur démission au pape. Surtout pour ceux qui, parmi eux, n'avaient même pas reçu le bref Tam multa où ce délai leur était intimé, car il y en eût dont ce fut le cas, mais qui furent traités comme s'ils l'avaient reçu, subissant comme les autres le couperet de leur destitution formelle et définitive décrétée dans le bref du 29 novembre 1801.
 
        C'était ignominieusement montrer là que Pie VII n'avait aucun souci des évêques français légitimes, le seul souci qu'il montrait était, encore et toujours, de satisfaire à tout prix la volonté de Napoléon de construire une nouvelle église en France, donc de faire à toute vitesse la démission des évêques français pour satisfaire ce précurseur de l'Antéchrist, sans aucuns égards pour eux, et non seulement quant à leurs personnes privées mais infiniment plus gravement quant à leur fonction épiscopale de droit divin, dont le pape, honteusement indigne de la Chaire de Pierre, montrait qu'il n'avait que foutre...
           
        Le pape, en effet, osait refuser dans le bref Tam multa toute concertation avec les évêques français pour leur démission, leur interdisant en dictateur toute réponse "dilatoire" à sa demande de démission pure et simple. Il est à peine besoin de faire remarquer que c'était là faire usage d'un despotisme absolutiste complètement réprouvé, que la fonction pontificale suprême de Pierre ne permet absolument pas sur la fonction épiscopale, et dont, soit dit en passant, on voit de nos jours le pape François faire un bougre d'usage immodéré... très-notamment dans l'affaire de Mgr Strickland. Il était évident que Pie VII voulait faire l'acte de démission des évêques français tout seul, en tant que pape, et en cela précisément, il outrepassait hérétiquement le pouvoir de la fonction pontificale, comme nous l'avons vu plus haut en définissant le pouvoir juridictionnel des évêques en aval, dont je rappelle ici l'élément essentiel : dès lors que l'évêque est institué canoniquement, les deux droits divins de l'Église, celui du pape et celui de l'évêque, sont théologiquement en équiparité, et donc, la démission d'un évêque ne peut canoniquement se faire qu'avec l'accord de l'évêque (sauf s'il y a faute grave de l'évêque, et que celui-ci ne veut pas donner sa démission : dans ce cas, certes, seul un procès canonique en cours de Rome peut prononcer sa destitution valide ; mais là, avec les évêques Réclamants, nous sommes exactement dans le cas contraire : c'est le pape qui est en faute, et les évêques ont le bon droit pour eux ; en ce cas, si l'évêque, injustement poussé, acculé à démission, ne la donne pas, la destitution par le pape seul ne peut avoir et n'a effectivement aucune valeur canonique).
           
        Mais qu'à cela ne tienne : Pie VII, sans cesse obsédé par Napoléon comme je ne le serai pas d'une prostituée sur le bord du trottoir (dès que le Concordat fut signé, Pie VII entra dans une "agitation, une inquiétude, et le désir d'une jeune épousée qui n'ose se réjouir le jour de son mariage"Histoire religieuse de la France contemporaine de la Révolution à la troisième République, Dansette, p. 175), ne tint absolument aucun compte de ses évêques français, qu'il trucida sans vergogne dans le décret du 29 novembre 1801, sans aucune Charité, avec une brutalité toute... napoléonienne, et, ce qui est à peine croyable, absolument sans aucun égard pour le droit divin épiscopal inhérent à la Constitution divine de l'Église dont il était le suprême Pasteur et Gardien. Laissons les victimes porter leur juste plainte à la barre : "Maintenant V. S. a passé outre ; ce qu'elle ne nous avoit d'abord annoncé qu'à mots couverts [dans le bref Tam multa du 15 août 1801], elle l'exécute aujourd'hui publiquement [dans le bref Qui Christi Domini vices du 29 novembre 1801] ; et elle prononce, à la face de toute I'Église, un décret en vertu duquel ceux d'entre nous dont les libres démissions ne lui sont pas parvenues au 29 Novembre 1801 subiroient un sort parfaitement semblable à celui des Évêques punis par une sentence de déposition. (...) Nos Églises seroient regardées comme vacantes, quoique de notre vivant, et malgré notre refus de nous démettre ; nous-mêmes interdits à perpétuité de tout exercice de la Jurisdiction ecclésiastique, et les actes que nous en pourrions faire à l'avenir, déclarés nuls et invalides" (p. 20).
           
        Nous venons pourtant de voir que le droit ecclésial fondé sur le droit divin, et du pape, et de l'évêque, exigeait que dans l'affaire d'une démission épiscopale sans qu'il y ait aucune faute grave de l'évêque, il y eut obligatoirement concertation et accord entre le pape et l'évêque pour ladite démission. Sans quoi, tout est frappé d'invalidité formelle. Le pape Pie VII était donc, dans sa procédure, ou plutôt son absence de procédure (dont on voit un exemple de nos jours dans la "destitution" forcée de Mgr Strickland), doublement en faute, et en faute gravissime : premièrement, il n'avait pas à prononcer une sentence de déposition de l'évêque, qui en l'occurrence était rien moins, excusez du peu, que tout un corps épiscopal national de 82 évêques, laquelle, théologiquement, ne valait rien sans l'accord formel des évêques de France, mais de plus, le droit lui faisait obligation d'en débattre préalablement avec l'évêque. Ce qui signifie bien évidemment qu'il n'avait rigoureusement pas le moindre droit d'exiger des évêques français qu'ils ne fassent aucune demande d'explication quant à cette demande de démission, mais juste de la donner sans aucun commentaire, comme il osa scandaleusement le formuler quasi manu militari dans Tam multa, en leur interdisant avec une brutalité inqualifiable quoique enrobée dans du papier de soie, toute réponse "dilatoire" à sa demande de démission !
           
        Dilatoire veut dire, en effet : "Qui tend à différer l'instruction ou le jugement d'une affaire, d'un procès" (Cnrtl). Or précisément, la justice théologique de l'affaire EXIGEAIT TOUT AU CONTRAIRE qu'il y eût ajournement de la demande de démission des évêques français tant qu'elle ne fut pas instruite par lesdits évêques français à parité et de concert avec le pape ! Le pape, aux antipodes du bon droit et de la justice, exigeant de traiter la question tout seul en excluant formellement l'avis des évêques dont il ne voulait aucune "réponse dilatoire", voulait là une procédure complètement hérétique, eu égard au droit divin épiscopal. Et c'est là qu'on est bien obligé de remarquer, atterré, que le démocrate pape Pie VII rentrait étonnamment bien dans les vues antichristiques de Napoléon, comme pied dans chausse exactement de même pointure ; indigné, on le voit ne pas du tout reculer devant l'attentat mortel contre la Constitution divine de l'Église fondée par le Christ quant au droit divin épiscopal, pour œuvrer de son pontifical côté et satisfaire à la mise en œuvre du plan antichristique de Napoléon... Je ferai remarquer ici qu'on détecte déjà dans Pie VII, dès le Concordat de 1801 donc, toute l'attitude radicalement pro-antichristique qu'on est affligé et plus encore encoléré de sainte-colère de constater dans François...
 
Louis Joseph de Montmorency Laval 1 arthur richard dillon quartier saint cyprien toulouse Louis Hilaire de Conzié
De gauche à droite : Cardinal-évêque Louis-Joseph de Montmorency-Laval (Metz), 
Arthur-Richard Dillon (Narbonne), Louis-François-Marc-Hilaire de Conzié (Arras),
 
Évêques Réclamants
       
        Mais après s'être justement plaint saintement, avec douceur et sans passion, de leur hérétique mise à l'écart par le pape dans l'affaire de leur démission, les évêques français vont maintenant faire appel au droit, ce qui va convaincre la procédure de Pie VII d'hérésie dans l'affaire de leur démission sans leur accord exprès (dans ce qui va suivre, je vais mettre en gras voire en rouge ce qui, dans leur texte, fait allusion au droit divin épiscopal foulé aux pieds scandaleusement par le pape Pie VII, comme vil sanglier saccageant la Vigne du Seigneur) :
           
        "D'ailleurs, comment faire un crime à des Évêques de ces réponses dilatoires, dont l'objet n'était pas de chercher des prétextes pour reculer leurs démissions, mais d'exposer clairement les motifs [en italiques dans le texte] qui leur imposoient l'obligation de les différer ; de ces réponses, dans lesquelles ces mêmes Évêques, avec tous les égards et toutes les marques d'une soumission filiale, ainsi qu'il convenait, ont représenté à V. S. ce qu'ils craignoient pour leurs Diocèses respectifs, pour leur Église nationale de France, pour tout l'Ordre épiscopal, pour l'Église catholique toute entière, pour le Saint-Siège lui-même, si l'on consommoit les projets dont l'exécution paroissoit déjà entreprise ; de ces réponses, dans lesquelles ils ont supplié, conjuré V. S., avec de si vives instances, de leur communiquer, avec bonté, les motifs qu'elle avoit de se rassurer et de se livrer à la confiance pour l'avenir, s'il pouvoit y en avoir quelques-uns dans des conjonctures aussi extraordinaires ?
           
        "Votre Prédécesseur, Benoit XIV, de glorieuse mémoire, a enseigné que des Évêques qui se conduisent de la sorte [en faisant leurs représentations au pape], non-seulement sont exempts de tout reproche, mais qu'ils ne font que s'acquitter d'un devoir indispensable. «Un Évêque, disoit ce Pontife (dans son Traité du Synode diocésain), qui a lieu de craindre qu'une loi du Siège apostolique ne soit préjudiciable à son Diocèse, a non-seulement le droit de faire ses représentations au Pontife Romain, mais il y est même étroitement obligé» (Benoît XIV, Traité du Synode diocésain, Liv. 9, ch. VIII, n° 3).
           
        "Pie VI, pareillement de glorieuse mémoire, votre Prédécesseur immédiat, n'a pas moins expressément justifié d'avance les Évêques françois qui, dans l'affaire importante dont il est question et qui concerne leur Église, exposent, avec respect, leurs sentimens à V. S., lui qui, dans ses Lettres données à Rome à Saint-Pierre, le 10 Mars 1791, les prioit, les supplioit si ardemment de lui faire parvenir leurs avis. «Le Roi nous demande entr'autres choses, écrivoit Pie VI, d'exhorter les Métropolitains et les Évêques à consentir à la division et à la suppression des Églises métropolitaines et épiscopales..... cette demande du Roi prouve clairement qu'il reconnoît lui-même la nécessité de consulter les Évêques dans une pareille circonstance, et qu'en conséquence il est juste que nous ne décidions rien avant de les avoir entendus. Ainsi nous vous demandons un exposé fidèle de vos avis, de vos sentimens, de vos résolutions, signés de tous, ou du plus grand nombre. Nos idées s'appuyeront sur ce monument comme sur une base solide ; il sera le guide et la règle de nos délibérations ; il nous aidera à prononcer un jugement convenable, également avantageux pour vous et pour tout le Royaume de France..... Nous vous conjurons de nous faire connoître comment nous pourrions parvenir à concilier les esprits. La grande distance des lieux ne nous permet pas de juger quels sont les moyens les plus convenables. Mais vous, placés au centre des événemens, vous trouverez, peut-être, quelqu'expédient qui ne blesse point le Dogme catholique, ni la Discipline universelle de l'Église. Nous vous prions de nous le communiquer, afin que nous puissions l'examiner avec soin et le soumettre à une mûre délibération» (pp. 22-25).
           
        "Pie VI, Prédécesseur de V. S., avoit jugé, dans une affaire absolument semblable [à celle du Concordat], que le Chef visible de l'Église devoit la traiter d'une manière bien différente. Il n'ignoroit pas à quel triste état se trouvoit réduite la Religion en France, lorsqu'on lui demandoit [en 1791] d'approuver la nouvelle circonscription des Diocèses de France, décrétée par l'Assemblée nationale (alors investie du pouvoir) comme le Gouvernement actuel a signifié à V. S. qu'il vouloit pareillement une nouvelle division des Diocèses. Voici néanmoins de quelle manière s'expliqua Pie VI sur la proposition qui lui étoit faite. «On nous demande, dit-on, d'approuver cette division des Diocèses décrétée par l'Assemblée nationale. Mais ne faut-il pas que nous examinions mûrement si nous devons le faire ?..... car il ne s'agit pas ici de quelques changemens dans un ou deux Diocèses, mais du bouleversement universel de tous les Diocèses d'un grand Empire. Il s'agit de déplacer une multitude d'Églises illustres, de réduire des Archevêques au simple titre d'Évêques, nouveauté expressément condamnée par Innocent III, qui fit à ce sujet les reproches les plus vifs au Patriarche d'Antioche..... Ajoutez à cela qu'avant de consentir à une telle opération, il nous faudroit consulter les Évêques dont il s'agit d'abolir les droits ; prononcer sur leur sort sans les avoir entendus, ce seroit violer à leur égard, les lois de la justice.... » (Lettres apostoliques du 19 Mars 1791)" (pp. 50-51).
                 
        "Il est bon d'observer que dans cette nouvelle circonscription des Diocèses voulue par le Gouvernement actuel de France, se rencontrent précisément les mêmes inconvéniens dont vient de parler Pie VI, et qu'il a jugés aussi graves que difficiles à lever. (...) Mais surtout, ce qu'il ne faut pas oublier et ce qui est ici le point le plus important, c'est que Pie VI a déclaré hautement et à la face de toute l'Église, dont il étoit le Chef à la place de Pierre, qu'avant d'approuver la nouvelle division des Diocèses, il étoit absolument nécessaire d'interroger les Évêques des droits desquels il s'agissoit, de peur qu'on ne l'accusât d'avoir violé, à leur égard, les lois de la justice" (pp. 51-52).
 
JosephFrançoisDeMalide LouisAndréDeGrimaldi Jean Louis dUsson de Bonnac
De gauche à droite : Joseph-François de Malide (Montpellier),
Louis-André de Grimaldi (Noyon), Jean-Louis d'Usson de Bonnac (Agen),
 
Évêques Réclamants
       
        Les Évêques Réclamants faisaient là allusion à l'attitude du pape Pie VI lorsque l'Assemblée Constituante, en 1790-91, complotait déjà de détruire l'Église de France, non seulement par la Constitution civile du Clergé, mais déjà, donc, en voulant la destruction géographique des diocèses existants en bouleversant et saccageant toute la structure diocésaine érigée au fil de longs siècles sous l'inspiration et l'Action divine du Saint-Esprit en France. C'est cependant une chose qu'ils ne purent réaliser parce que le pape Pie VI s'y opposa, comme le font fort bien remarquer nos évêques Réclamants, mais que Napoléon, reprenant le projet antichristique des "grands-ancêtres", réalisa... par la main scandaleusement lâche et traîtresse du pape Pie VII. Notons bien, en effet, que tout seul, Napoléon n'y serait pas plus arrivé que les révolutionnaires de 1790 ! Le comble, c'est qu'il y arriva... "grâce" au pape !! "Alors que le refus massif avait, en 1791, aux yeux du pouvoir, rendu de fait les évêques démissionnaires, Bonaparte a l’habileté en 1801 de charger le pape lui-même de la basse besogne de demander sa démission à l’épiscopat réfractaire, et même, comble d’ironie, aux évêques constitutionnels" (Histoire des catholiques de France, du XVe siècle à nos jours, Lebrun, p. 276, cité par Decroix, ibid.). Or, il n'est pas besoin de souligner beaucoup, dans ce qu'on vient de lire, que le pape Pie VI, en l'an 1791 qui voit le même cas de figure qu'en 1801 avec le Concordat, respectant la Constitution divine de l'Église en la matière et le droit divin épiscopal quant à la structure géographique des diocèses, met entièrement dans les mains des évêques français concernés la décision à prendre en l'occurrence. On est exactement, et très-catholiquement, aux antipodes du comportement hérétique de Pie VII... à dix ans d'écart seulement.
           
        L'attitude du pape Pie VI a d'autant plus de poids qu'elle est soutenue par tout le Collège cardinalice, comme le soulignent à juste titre nos évêques Réclamants : "Il ne faut pas oublier d'observer que Pie VI témoigne en avoir agi ainsi d'après l'avis des Cardinaux assemblés ; car voici comment s'en explique ce vénérable Pontife, dans ses Lettres monitoriales, données à Saint-Pierre, le 13 Avril de la même année 1791 : «S'étant assemblés deux fois pour en conférer, l'avis unanime des Cardinaux de la Sainte Église romaine, appelés à notre conseil, d'après un examen sérieux et approfondi, a été qu'il falloit demander aux Évêques de France leur sentiment sur ce sujet»" (pp. 25-26).
             
        Devant la volonté des sans-culottes de détruire les diocèses de France, ce qui touche au droit divin des évêques français canoniquement institués dans lesdits diocèses, on a donc deux attitudes pontificales :
           
        — En 1791, le pape Pie VI et ses cardinaux, refusant ce qui est presque un sacrilège, ont l'habileté des fils de la Lumière de se retrancher derrière l'autorité des évêques de France pour soutenir leur propre cardinalice et pontifical refus de toucher à la structure des diocèses ;
           
        — En 1801, le pape Pie VII et ses cardinaux, acquiesçant à ce quasi sacrilège, ont l'habileté des fils des ténèbres de court-circuiter les évêques de France pour autoriser Napoléon dans le Concordat, par un abus hérétique d'autorité pontificale, à détruire les diocèses, attentant ainsi hérétiquement non seulement au droit divin épiscopal mais encore, comme vont le souligner plus loin les évêques Réclamants, à la Constitution divine de l'Église.
           
        C'est donc peu dire qu'ils étaient plus que fondés à conclure ainsi : "Il est indubitable que le Gouvernement civil n'a aucun droit de prescrire des règles sur cette matière [soit toucher à la structure des diocèses, soit démissionner leurs évêques] ; et que de l'autre, c'est une chose avouée de tout le monde, qu'il n'existe aucune loi ecclésiastique qui enjoigne aux Évêques d'abdiquer l'Épiscopat, promptement et sans en connoître les raisons, dès que cette démission leur est demandée par un Souverain Pontife (...). Enfin, comme ces Prélats ne sont accusés d'aucun crime, qu'on n'a formé contr'eux aucune plainte, qu'on n'a entamé aucune procédure, les règles les plus sacrées et les plus inviolables de tous les droits s'opposent invinciblement à ce qu'on prononce contre eux un jugement de condamnation" (pp. 26 & 27).
           
        "Qui pourroit encore douter du grand préjudice que portent à la Religion le mépris des Saints Canons, et les innovations introduites dans la Discipline générale de l'Église, quand il est manifeste que c'est pour avoir abandonné le chemin frayé par nos Pères, que les choses en sont venues au point (sans doute contre l'intention de VOTRE SAINTETÉ) que si l'on ne remédie promptement au mal, et si on n'en arrête les progrès, c'en est fait de la Religion ? Car, comment peut-elle subsister, lorsqu'on foule aux pieds les droits sacrés de l'Épiscopat ("Cette cause [de la destitution des sièges épiscopaux par le pape seul] regarde l’épiscopat de toute la catholicité" ― Lettre de Mgr de Coucy du 4 novembre 1801, cité par Decroix, ibid.) ; qu'on ébranle la Constitution de l'Église ; qu'on ne lui laisse plus qu'une existence précaire, incertaine, qu'on la met sous la dépendance de tous les Gouvernemens civils, même dans les choses qui sont le plus incontestablement du ressort de la Puissance spirituelle ?" (pp. 43-44).
           
        "Mais, ce qui n'est pas moins déplorable, c'est la manière dont on s'y est pris pour exécuter ces innovations. Car, pour en venir à cette suppression et extinction de tant d'Églises, opération jusqu'alors sans exemple, on n'a observé aucunes formes canoniques. Tout s'est fait sans entendre ni les Peuples, ni les Chapitres, ni même les Évêques, des droits desquels il s'agissoit, et auxquels cependant on a refusé la liberté d'exposer leurs raisons. (...) Quoique les Archevêques et les Évêques qui occupoient leurs Églises, voyant les dangers extrêmes dont la Religion catholique étoit menacée, eussent refusé leurs démissions ; quoiqu'ils demandassent à être entendus dans des affaires aussi importantes et qui les touchoient de si près, ils ont cependant été repoussés ; ils n'ont été ni interrogés, ni écoutés" (pp. 48-49).
 
PierreJosephDeLastic 560px Mgr Jean François de La Marche Pierre Augustin Godart de Belbeuf 
 De gauche à droite : Pierre-Joseph de Lastic (Rieux, émérite),
Jean-François de La Marche (Léon), Pierre-Augustin de Belbeuf (Avranches),
 
Évêques Réclamants
       
        Puis, de poursuivre en mettant le doigt là où ça fait vraiment mal : "Lorsque ce vénérable Pontife [Pie VI] proclamoit d'une manière si solemnelle, que cette dette du Chef de l'Église envers les Évêques étoit d'une étroite et rigoureuse justice, il étoit bien éloigné de penser (comme on l'a souvent répété depuis) que le pouvoir de faire des opérations dont, pour de puissantes raisons, il se croyoit obligé de s'abstenir, appartenoit à la primauté de son Siège non pas, à la vérité, dans les circonstances ordinaires, mais dans les temps orageux. Car, nous le demandons, en quelles conjonctures se trouvoit-il placé lui-même, lorsqu'il parloit ainsi ?, étoit-ce dans des circonstances ordinaires, ou plutôt n'étoit-ce pas au milieu de la plus furieuse tempête [en 1790, veulent dire les évêques Réclamants, la situation politique et religieuse était aussi bousculée et terrible qu'en 1800] ? Et cependant il a prouvé par sa conduite combien il étoit persuadé que les lois de la justice ne pouvoient pas se prêter aux variations et à l'inconstance des événemens humains, et que les difficultés des temps, quelques terribles qu'elles fussent, n'autorisoient jamais le Pontife Romain à enfreindre ces lois à l'égard de qui que ce fût puisque la primauté du Saint-Siège apostolique a été établie par Celui-là même qui est l'unique et divine source de tout droit et de toute justice [contrairement à Pie VII qui osa invoquer dans Tam multa "la nécessité urgente des temps", formule très-moderniste soit dit en passant, pour s'autoriser à renverser les lois de la Constitution divine de l'Église quant au droit divin épiscopal...].
           
        "Il falloit d'autant plus se donner de garde de violer ces lois de la justice à l'égard des Évêques, que leurs droits sacrés n'ont pu être blessés dans cette affaire, comme ils l'ont été réellement, sans que la Constitution de l'Église ne fût en même-temps ébranlée.
           
        "Et, en effet, conclure une affaire d'une telle conséquence sans l'intervention des Évêques qui s'y trouvoient spécialement intéressés ; juger seul des circonstances infiniment graves et périlleuses dans lesquelles, pour prévenir ou pour détourner le mal, il étoit plus nécessaire que jamais de s'aider des lumières et des conseils de plusieurs, comme l'ont fait tant de fois les Souverains Pontifes, en sollicitant du haut de leur Chaire les secours de leurs frères les Évêques [ainsi que Pie VI lui-même l'avait fait, comme on l'a vu, en 1791] ; décider, dans des temps si critiques, du sort, de l'état, de tous les biens, de tous les droits de tant d'Églises, non-seulement sans interroger les Évêques des intérêts desquels il s'agit, mais sans vouloir même les écouter lorsqu'ils demandent la liberté de dire leurs raisons, comme ils ont droit de le faire ; n'est-ce pas agir comme si Dieu n'avoit établi qu'une seule puissance pour le Gouvernement de l'Église, celle du Pontife Romain ? Or, telle n'est point la Constitution que Jésus-Christ a donnée à son Église.
           
        "Que les Évêques soient appelés de Dieu à prendre part au Gouvernement de l'Église, c'est ce qu'enseignent de concert les Livres saints et la Tradition universelle. Car ce n'est pas seulement à Pierre et à ses successeurs, mais à tous les Apôtres et à leurs successeurs que Jésus-Christ a dit : «Allez donc, enseignez toutes les Nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit..... Et voilà que je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles» (Matth XXVIII, 19-20).
           
        "On ne doit donc pas être surpris de ce que saint Augustin écrivoit au Pape saint Boniface 1er : «La surveillance pastorale nous est commune à nous tous qui sommes Évêques, quoique vous teniez un rang plus éminent dans le gouvernement de l'Église» (Saint Augustin, Liv. I, Contre deux lettres des Pélagiens, ch. I, n° 2). Nous lisons aussi dans saint Cyprien : «Il n'y a qu'un seul Épiscopat ; chaque Évêque en a reçu et en exerce solidairement une portion» (Saint Cyprien, De l'unité de l'Église). Le Pape saint Jean 1er écrivoit à des Évêques : «Le soin de l'Église a été confié à vous et à nous : travaillons donc pour tous» (Saint Jean 1er, Pape, lettre à Zacharie, Archevêque).
           
        "Mais comment les Évêques auroient-ils été établis par le Saint-Esprit pour gouverner I'Église de Dieu ?, comment la Sainte Église leur auroit-elle été confiée, ainsi que le dit le Pape saint Jean 1er ?, comment la surveillance pastorale leur seroit-elle commune à tous, ainsi que l'écrit Saint-Augustin ?, comment enfin pourroit-on dire, avec saint Cyprien, que chaque Évêque est chargé solidairement d'une portion de cet Épiscopat unique que Jésus-Christ a institué, si, sans avoir le moindre égard pour eux, sans les interroger, sans vouloir même les écouter, lorsqu'ils demandent à être entendus, on peut validement décider du sort, de tous les biens, de tous les droits d'un grand nombre d'Églises qui leur ont été confiées canoniquement ; en supprimer, annuller et éteindre à perpétuité le titre, le nom et l'état tout entier ? S'il en étoit ainsi, ne faudroit-il pas (ce qu'à Dieu ne plaise) changer le langage des Livres-Saints et de toute la Tradition, et dire dorénavant que le Pape seul a été établi par le Saint-Esprit pour gouverner l'Église ; que c'est à lui seul qu'elle a été confiée ; qu'à lui seul appartient la surveillance pastorale, à l'exclusion de tous les Évêques ; que lui seul enfin possède tout l'Épiscopat ; en sorte qu'il ne peut être solidairement partagé ni exercé par chacun des Évêques ?
           
        "Car (ce qu'on n'a jamais vu dans l'Église jusqu'à ce jour) il a été décrété, dans ces Lettres [Tam multa, du 15 août 1801 & Qui Christi Domini vices, du 29 novembre 1801], que de légitimes Évêques seroient chassés de leurs Sièges canoniquement érigés et canoniquement subsistans ; et cela, sans aucune procédure, sans aucune forme de jugement, du propre mouvement [motu proprio] du Chef de l'Église, et comme en vertu de sa Providence pontificale [il faut hélas remarquer que non seulement Pie VII procédait dans l'hérésie, mais en outre, il le faisait avec un orgueil peu croyable, ce qui est perceptible dans la bulle de saccage révolutionnaire des diocèses de France du 29 novembre 1801, intitulé Qui Christi Domini vices, qui signifie : Celui qui est le vicaire du Christ...].
           
        "Quel Évêque catholique pourra à l'avenir se croire en sûreté sur son Siège ? [Mgr Strickland en sait quelque choses...], comment les Fidèles pourront-ils se reposer sur la sollicitude paternelle de leurs Évêques canoniquement institués, s'il est permis, même sous le prétexte d'une nouvelle circonscription de Diocèses, de chasser de légitimes Évêques de leurs Sièges canoniquement érigés et canoniquement subsistans, sans procédure, sans aucune forme de jugement, du propre mouvement du Pape, et en vertu de sa Providence pontificale ; ce qui supposeroit que l'Épiscopat n'a aucune stabilité, et qu'il peut être révoqué au gré du Pontife Romain ? Mais assurément, Jésus-Christ n'a pas établi son Église, sous cette condition qu'elle seroit composée d'Évêques révocables à la volonté d'un seul homme, pas même de celui qu'il leur a donné pour Chef et pour Supérieur.
           
        "Dans toutes les Églises catholiques et de temps immémorial, on a cru et enseigné unanimement, que la dignité Épiscopale étoit stable et inamovible ; en sorte que les Évêques canoniquement institués ne peuvent être privés de leurs Sièges selon le bon plaisir de qui que ce fût, et sans une sentence juridiquement prononcée, après les instructions et procédures requises.
           
        "Mais Saint Grégoire le Grand s'exprime là dessus d'une manière encore plus précise : «Si nous ne conservons pas à chaque Évêque la Jurisdiction qui lui appartient, que faisons-nous autre chose, que mettre le trouble et le désordre dans l'Église, tandis que c'est à nous à y maintenir la paix» (Saint-Grégoire le Grand, Liv. XI, lettre 37, à Romain, défenseur de Sicile ; alias, liv. IX, Lett. 324) ? Ce saint Pontife nous fait assez entendre par ces paroles, combien il étoit éloigné de s'attribuer le pouvoir d'interdire à de légitimes Archevêques ou Évêques, l'exercice de toute Jurisdiction ecclésiastique dans leurs Diocèses respectifs, sans examen, sans procédure, sans aucune forme de jugement, de son propre mouvement et en vertu de sa Providence Pontificale ; et de déclarer, nonobstant le défaut de démission de leur part, leurs Églises et Diocèses entièrement libres, afin d'en disposer et ordonner selon une forme nouvelle.
           
        "[Voici] ce que disoit Pie VI, il y a quelques années, aux Évêques de France, touchant la manière dont peut être rompu le lien spirituel qui unit les Évêques à leurs Églises : «C'est à vous maintenant que nous adressons la parole, VÉNÉRABLES FRÈRES qui tous, à l'exception d'un très-petit nombre ; avez si bien connu vos devoirs envers votre troupeau, qui, foulant aux pieds tous les intérêts humains, avez fait une profession publique de la saine doctrine, et qui avez jugé que vos soins et vos travaux devoient être proportionnés à la grandeur du péril..... Le spectacle de votre conduite est pour nous une consolation bien douce, et nous vous exhortons instamment à persister dans vos généreuses résolutions. Retracez-vous sans cesse le souvenir de l'alliance spirituelle qui vous unit à vos Églises, et qui ne peut être rompue que par votre mort, ou par notre Autorité apostolique, en suivant les formes que nous prescrivent les Canons. Restez-y donc inviolablement attachés (Lettres Monitoriales du 13 Avril 1791)».
           
        "Or, il n'y a que deux formes canoniques selon lesquelles l'Autorité apostolique puisse rompre le lien de ce mariage spirituel des Évêques avec leurs Églises : la première, quand le Souverain Pontife, conformément à la discipline actuelle de l'Église, accepte la libre démission d'un Évêque faite entre ses mains ; «car l'abdication de l'Épiscopat...... est nulle et invalide aux yeux de l'Église, tant qu'elle n'a pas été ratifiée par le consentement et l'autorité du Pontife Romain» (Lettre de Son Éminence, Monseigneur le Cardinal de Zélada, écrite par ordre de Pie VI, aux Grands-Vicaires du Diocèse d'Autun, le 2 Avril 1791). La seconde, quand on prononce contre un Évêque une sentence juridique de déposition, après avoir exactement observé toutes les formalités requises pour la validité d'un jugement, selon les règles, usages et coutumes de chaque Église.
           
        "Mais c'est une chose inouïe dans toute l'antiquité, QUE LE PROPRE MOUVEMENT DU PAPE [MOTU PROPRIO] SOIT UNE FORME CANONIQUE, en vertu de laquelle puisse être validement dissous le mariage spirituel qui unit les Évêques à leurs Églises, sans qu'il soit besoin d'examen, de discussion, ni de jugement.
           
        "Au contraire, Pie VI ayant, à l'exemple des anciens Pères, comparé à l'union conjugale, le lien spirituel qui attache les Évêques à leurs Églises («Il est hors de doute que l'Église de l'Évêque est son Épouse» — Saint Calixte 1er, Pape, Lettre 2, aux Évêques des Gaules ; «Puisqu'un lien spirituel est plus fort qu'un lien corporel, on ne doit pas douter que le Dieu tout-puissant n'ait réservé à son jugement seul de dissoudre le mariage spirituel qui existe entre l'Évêque et son Église» — Innocent III, chap. Inter corporalia 2, de translation Episcopi), nous a clairement enseigné par là que ces Évêques, liés à leurs Épouses par l'institution divine, n'en peuvent être arbitrairement séparés par qui que ce soit, et qu'il ne peut y avoir d'autre manière de rompre une si sainte alliance, que celle qui a été établie et consacrée par les loix de l'Église, ou par une Tradition constante et perpétuelle. Or, selon les lois de l'Église, et d'après une Tradition non-interrompue, un Siège épiscopal, occupé canoniquement, ne peut devenir vacant que par la mort du légitime titulaire, ou par sa démission volontaire et acceptée [par le pape], ou enfin par une sentence de déposition prononcée juridiquement, après que la cause a été instruite, et en observant religieusement toutes les formalités prescrites pour la validité de pareils jugemens.
           
        "Le lien spirituel qui unit les Évêques canoniquement institués avec leurs Églises, subsiste donc dans son entier et dans toute sa force, tant qu'ils vivent, ou qu'ils n'ont pas donné librement leurs démissions, ou qu'ils n'ont pas été dépossédés par une sentence juridique, rendue selon les formes requises par les saints Canons.
           
        "Mais tant que ce lien spirituel subsiste dans son entier, les Églises, qui ont leurs Époux, ne peuvent, en aucune manière, être réputées libres, ni l'être effectivement. D'où il suit, qu'en donnant à ces Églises, ou à quelques portions d'entr'elles, de nouveaux Évêques, même sous prétexte d'une nouvelle circonscription de Diocèses, on introduit dans l'Église du Dieu vivant, un état de choses entièrement contraire à sa Constitution, et qui l'expose aux plus grands périls" (pp. 52-78).
           
        L'inconstitutionalité de la procédure, ou plutôt absence de procédure, employé par le pape Pie VII pour destituer les évêques de France, est donc patente et formelle (il en est de même pour la manière dont a été destitué Mgr Strickland, bien évidemment, qui n'est presque qu'une pâle suite, on en conviendra, de l'attentat inouï qui fut commis par le pape Pie VII lors du Concordat envers quatre-vingt deux évêques légitimes...) ; l'attentat mortel contre la Constitution divine de l'Église ne l'est pas moins.
           
        Nos évêques Réclamants le disent fort bien. Continuons à les lire, genou en terre et yeux baissés, comme devant la bonne et sainte Justice de Dieu :
           
        "Sans doute les Évêques qui, se conformant aux avis de Pie VI, rapportés ci-dessus, ont cru devoir s'attacher de plus en plus à leurs Églises, loin de les abandonner, peuvent, du moins, se rendre ce témoignage, que pénétrés de tendresse pour leurs Épouses, ainsi que de vénération pour V. S., ils ont fait provisoirement tout ce qui pouvoit dépendre d'eux, pour prévenir les maux considérables qu'ils prévoyoient, sans peine, devoir résulter de ces étranges innovations ; mais il n'a pas dépendu d'eux d'empêcher qu'elles n'altérassent la Constitution de l'Église. Car, comme d'un côté, il n'est rien de si contraire à cette divine Constitution que le défaut d'unité, et que de l'autre l'unité de l'Église consiste, en grande partie, dans l'unité des Pasteurs, il est impossible que la Constitution de l'Église ne soit point altérée, lorsqu'on donne de nouveaux Évêques à des Diocèses dont les Titulaires, canoniquement institués, sont encore vivans, et continuent de demeurer attachés à leurs Épouses, c'est-à-dire, leurs Églises, puisqu'alors le nœud sacré qui les unit à elles, n'a point été rompu.
           
        "«L'Apôtre dit : “Une femme est liée par la loi, tant que son mari est vivant ; mais lorsqu'il est mort, elle est affranchie de la loi du mariage”. De même l'Épouse de l'Évêque, c'est-à-dire, son Église, lui demeure liée, tant qu'il est vivant. S'il vient à mourir, elle est libre, et peut se choisir un autre époux, pourvu que ce soit dans le Seigneur, c'est-à-dire, en observant les saintes Règles : mais si une Église, du vivant de son Évêque, c'est-à-dire, de son Époux, s'attache à un autre, elle devient adultère» (Saint Calixte 1er, Pape, Lett. 2, aux Évêques des Gaules)" (pp. 78-80).
 
        Les évêques Réclamants sont par trop bien fondés à décrire à présent ce qui va s'ensuivre de l'attentat sacrilège et inouï commis dans le Concordat par Pie VII. Et ici, ces bons évêques, toujours légitimes, mais persécutés, calomniés, humiliés et foulés aux pieds avec une brutalité toute napoléonienne par un pape misérablement et ignominieusement séduit et obsédé de démocratisme et de napoléonisme, vont visiblement user du charisme prophétique divin attaché à leur rang d'Apôtres, ils vont revêtir tout soudain la livrée glorieuse des grands Prophètes de Yahweh Sabaoth, le Dieu des Armées célestes. À genoux dans notre âme, considérons en effet et méditons avec soin à quel point de véracité quasi divine nous voyons tout le XIXème siècle et plus encore le XXème et à l'excès notre début de XXIème, réaliser dans l'Église leurs malédictions divines et sinistres prédictions faites en... 1801 : "Alors l'Église subira toutes les variations que la mobilité des intérêts et des passions du monde introduira dans le Gouvernement temporel («Nous ne croyons pas que la mobilité des intérêts du monde doive rendre l'Église de Dieu sujette à l'instabilité» — Saint Innocent 1er, Lett. 24, à Alexandre, Évêque d'Antioche, chap. 2, n° 2, tom. I, col. 852, édit. de D. Coustant). L'état entier de la Religion deviendra flottant et incertain ; les Souverains Pontifes, jamais tranquilles sur le premier Siège, sans cesse fatigués par d'importunes et vives instances, forcés par l'urgente nécessité des temps, se verront obligés de céder, et paroîtront, en quelque sorte, avoir abandonné les rênes du gouvernement de l'Église. Bientôt les hommes les regarderont moins comme les Vicaires de Jésus-Christ, régnant dans les Cieux, que comme les Ministres de toute Puissance temporelle, quelle qu'elle soit, à qui il plaira de vouloir disposer à son gré des objets mêmes les plus divins et les plus spirituels ; et les maux que souffrira l'Église seront d'autant plus difficiles à guérir, que son Chef visible lui-même deviendra le complice des coups qui lui auront été portés [... n'est-ce pas que cela décrit fort bien François, pour ne parler que de lui parmi les papes modernes post-concordataires...?].
           
        "Ces lugubres pressentimens, cette vue anticipée de tant de calamités, produit sur notre âme une si vive impression de crainte et d'horreur, que nous ne pouvons nous empêcher d'adresser à V. S. la même prière qu'adressoit autrefois au Pape Paschal II, saint Bruno, Évêque de Segni et Abbé du Mont-Cassin. «Ayez pitié de l'Église de Dieu, de l'Épouse de Jésus-Christ, et faites en sorte, par votre prudence, qu'elle recouvre sa liberté (et nous, nous ajoutons : sa Constitution) qu'elle semble avoir perdue» (Baronius, Annales ecclésiastiques, an. IV, n° 24)" (p. 85).
 
 PhilippeFrançoisDAlbignac FH de VS Eveque de Gap Cardinal de la Fare
De gauche à droite :
Philippe-François d'Albignac (Angoulême), François-Henri de la Broüe de Vareilles (Gap),
Anne-Louis-Henri de La Fare, qui deviendra cardinal sous la Restauration (Nancy),
 
Évêques Réclamants
           
        ... "All’urgente necessità dei tempi", osera invoquer Pie VII pour s'autoriser à ses attentats sacrilèges contre la Constitution divine de l'Église, dans Tam multa ("Nous sommes contraints par la nécessité urgente des temps -qui exerce en cela aussi sa force sur Nous- à vous rappeler l’impérieuse nécessité que vous donniez une réponse écrite à cette lettre dans le délai d’au moins dix jours"), osant très-hérétiquement, par cette formule très-moderniste, soumettre la Constitution divine de l'Église donnée aux hommes par le Sacrifice divin de Jésus-Christ pour leur Rédemption et salut éternel, à la volonté mauvaise des hommes, en l'occurrence aux "droits de l'homme" athées, sous les auspices desquels Napoléon voulait construire son novus ordo sæculorum, ce que remarquent bien nos évêques Réclamants, qui poursuivent ainsi : "Depuis dix-huit siècles que la Religion catholique, bâtie sur la pierre ferme, est demeurée inébranlable au milieu de tant d'orages dont elle a été battue, il est souvent arrivé que l'urgente nécessité des temps exerçât son empire, et sur les Papes, et sur les Évêques. Cependant jamais aucun Souverain Pontife n'a, de son propre mouvement, et sous prétexte d'apaiser la tempête, bouleversé à la fois tous les Diocèses d'une immense étendue de pays, et anéanti une multitude d'Églises illustres : aucun n'a entrepris de dépouiller de son Siège, sans forme de jugement, un seul Évêque canoniquement institué, et non convaincu de quelque crime" (p. 89).
           
        Et de rappeler à excellente et très-bonne enseigne le cas du pape Pascal II (1050-1118) qui, cédant sur la question des Investitures, ce qui était hérétique, sous la menace d'un sac de Rome et du massacre des romains par l'empereur césariste Henri V d'Allemagne, se rétracta très-peu de temps après, généreusement et avec grande humilité, devant un concile rassemblé à ce sujet dans la basilique romaine Saint Jean de Latran. Mais voici comment nos évêques Réclamants résument la question... suivez leur regard en direction de Pie VII : "Le Pape Paschal II se vit pareillement dans des conjonctures difficiles, et il céda aussi à l'urgente nécessité des temps : mais il reconnut sa faute, et il avoua publiquement le jugement qu'il portoit lui-même du Décret sur les Investitures, qui lui avoit été arraché par la force impérieuse des circonstances" (p. 88). Et de conclure très-catholiquement : "Ajoutons à cela que, comme selon saint Augustin, «il ne peut jamais y avoir de vraie nécessité de rompre l'unité de l'Église» (Saint Augustin, contre Parménien, Liv. II, chap. 2), de même il ne peut y en avoir non plus d'ébranler sa Constitution, par la raison évidente et décisive qu'en donne le Pape saint Félix II ; c'est qu'«il est certain qu'au jour du jugement, Dieu nous redemandera son Église dans toute son intégrité, telle que nous l'avons reçue de nos Pères» (Saint Félix II, Lettre à Acace de C. P. dans Baronius, an. 485, n° 29).
           
        "Non, il n'est jamais permis, quelques violentes que soient les tempêtes qui s'élèvent contre la maison de Dieu, jamais il n'est permis, même sous prétexte de rétablir le calme, d'altérer le moins du monde la Constitution de l'Église et quand il arriveroit qu'on en fût réduit à une telle extrémité, qu'il ne parût plus y avoir aucun autre moyen d'apaiser les flots irrités, que de consentir à une telle altération, il faut bien se donner de garde d'exercer, même dans la vue de procurer le salut de l'Église, un pouvoir que Jésus-Christ n'a conféré à personne : car si on en agissoit ainsi [comme l'a fait sans remords le pape Pie VII...], outre que tout ce qu'on feroit seroit nul et invalide, on sembleroit accuser la Providence du Rédempteur, de n'avoir pas suffisamment pourvu aux besoins de son Épouse. Il faut alors reconnoître, avec humilité, que tout le pouvoir des hommes est insuffisant, qu'il ne leur appartient pas de faire cesser l'orage ; et recourir à Jésus-Christ, «l'Apôtre et le Pontife» (Hebr III, 1) de la Religion que nous professons" (pp. 90-91 & 93).
 
 
FrançoisMarieDeVintimille Jean Charles de Coucy JeanMarieAsseline 2
De gauche à droite : François-Marie-Fortuné de Vintimille (Carcassonne),
Jean-Charles de Coucy (La Rochelle), Jean-Marie Asseline (Boulogne-sur-Mer),
 
Évêques Réclamants 
       
        Puis encore, d'aborder la question fameuse des Articles organiques, qui montrent quant et quant que l'Église concordatisée est abominablement jugulée, ligotée, esclavagisée jusque dans son fondement spirituel sous la puissance de l'État constitutionnellement athée avec lequel, ayant accepté l'obligation faite par le pape de manger avec le diable sans longue cuillère, elle s'est prostituée... sous l'impulsion très-ardente du pape Pie VII. Il ne sert à rien, en effet, de se récrier hautement et hypocritement, avec de grands accents hystériques et effarouchés de vierges violées, que le pape n'accepta jamais lesdits Articles organiques, qu'il portât sans cesse et à maintes reprises au fil des ans sa réclamation près le Gouvernement français, qui, avec une extrême politesse de fin de non-recevoir et de grands ronds-de-jambe diplomatiques n'en tint jamais aucun compte, pour la raison très-simple que dans le corps du texte concordataire, le pape s'y était lui-même librement soumis en promulguant le § 1, ainsi rédigé : "La religion catholique, apostolique et romaine sera librement exercée en France. Son culte sera public, en se conformant aux règlements de police, que le Gouvernement jugera nécessaire pour la tranquillité publique". Or, les Articles organiques n'étaient rien d'autres que cesdits "règlements de police" mis en forme...! Ce qui montre l'incohérence et l'illogisme insensés où s'était enfermé le pape, dès lors qu'il était rentré dans l'attentat contre la Constitution divine de l'Église par le Concordat. De quel droit en effet pouvait-il bien réclamer contre ces Articles organiques puisqu'il s'y était lui-même librement soumis dans le principe de la question par le § 1 du Concordat qu'il avait promulgué...?! Mais laissons nos évêques Réclamants fort bien exposer la question au regard de la Foi, comme on les voit se montrer fort accoutumés de le faire si bellement, depuis que nous les lisons :
           
        "Il est d'autant plus fâcheux que cette conduite [de ne pas mettre hérétiquement la prétendue "nécessité urgente des temps" au-dessus de la Constitution divine de l'Église] n'ait pas été suivie dans la triste affaire dont il est question, que c'est précisément parce que l'on s'en est écarté, que la Religion catholique, apostolique et romaine, loin d'avoir retiré un avantage réel de ce qui a été fait, en éprouve, au contraire, un grand dommage et un énorme préjudice.
           
        "Car, quoique V. S. ait toujours eu l'intention, comme elle l'a déclaré, «de porter la condescendance jusqu'à faire pour le bien de l'unité tous les sacrifices qui ne sont pas incompatibles avec l'essence de la Religion» (Bulle Ecclesia Christi), il s'en faut de beaucoup néanmoins, qu'elle ait obtenu, au prix de ces sacrifices, la conservation de la Religion en France (ce qui étoit le grand objet de ses vœux), puisqu'au contraire ils n'ont abouti qu'à y rendre plus déplorable l'état de cette Religion sainte, et à la mettre, pour ainsi dire, à deux doigts de sa ruine totale. Comment, en effet, pourroit-on espérer de voir la Religion se maintenir dans notre malheureuse Patrie ; qui ne craindroit plutôt pour elle les plus terribles désastres, en considérant cette suite de Décrets que le Gouvernement françois a publiés le 6 Avril 1802, sous le titre d'Articles organiques de la Convention du 26 Messidor, an IX ; Articles dont V. S. a eu tant de raison de se plaindre, comme elle l'a fait dans le Consistoire secret du 24 Mai de la même année 1802, et au sujet desquels elle a déclaré qu'elle n'en avoit eu aucune connoissance avant leur publication.
           
        "Car, outre que ces Articles renferment plusieurs dispositions qui tendent nécessairement à détruire la Religion, ils assujétissent entièrement à la Puissance séculière le Ministère que Jésus-Christ n'a confié qu'à son Église, et convainquent leurs auteurs, avec la dernière évidence, d'avoir usurpé l'autorité spirituelle. Il n'est que trop visible que les auteurs desdits Articles ont réellement usurpé la puissance de l'Église ; et qu'ils n'ont pas craint de porter des lois sur des objets spirituels, en attirant à eux ce qui y a rapport : c'est ainsi que s'arrogeant un Ministère qui n'est nullement de leur compétence, ils se sont ouvertement déclarés les ennemis de la divine Constitution de la Religion catholique.
           
        "Et plût à Dieu qu'on n'eût pas donné occasion à ces Articles, en souscrivant purement et simplement, sans aucune précaution, à la seconde partie du premier article de la susdite Convention du 15 Juillet 1801, lequel est conçu en ces termes : La Religion catholique, apostolique et romaine sera librement exercée en France..... en se conformant aux règlements de police que le Gouvernement jugera nécessaires pour la tranquillité publique.
           
        "Hélas ! cette Convention, prise dans tout son ensemble, loin de guérir les maux de l'Église, n'a fait que les aigrir (sans doute contre l'intention de V. S.) mais la seconde partie de l'article premier lui a été spécialement funeste, parce qu'elle a fourni à la Puissance séculière l'occasion de s'emparer du Gouvernement spirituel, occasion qu'elle n'a eu garde de laisser échapper. Oui, voilà ce qui lui a applani le chemin pour en venir à tant d'étonnantes dispositions, auxquelles un Catholique ne peut penser sans la plus vive douleur. Et comme, d'une part, V. S. a formellement reconnu dans son Allocution du 24 Mai 1802, que lesdits Articles, tels qu'ils sont, mettent obstacle à l'exécution de ce qui est prescrit par la Constitution de notre Sainte Religion, ainsi qu'à l'exacte et fidèle observance de la Discipline établie par les loix de l'Église ; et que de l'autre ces mêmes Articles, tels qu'ils existent, sont des règlements de Police qui ont force de loi en France, et auxquels on est tenu de se conformer dans l'exercice de la Religion ; il s'en suit évidemment que la Religion catholique, apostolique et romaine, est aujourd'hui exercée en France, sous la condition expresse, que ses Ministres obéiront à des réglemens qui, au jugement de V. S. elle-même, s'opposent à ce que l'on pratique ce qu'exige la divine Constitution de notre Sainte Religion, et à ce que l'on observe fidèlement la salutaire Discipline que l'Église a établie par ses loix" (pp. 94-101).
           
        ... Amen ! Il n'y avait rien à dire face à ces vérités si criantes rappelées par nos évêques Réclamants montrant l'hétérodoxie radicale du Concordat et de son application en France, Pie VII n'avait plus qu'à pleurer de honte son péché, en se frappant la poitrine d'un mea MAXIMA culpa retentissant, tel saint Pierre après avoir renié le Christ lors de sa Passion, tel Pascal II l'avait fait... Hélas !, on ne le sait que trop bien : Pie VII ne le fit point ; et même, bien pire : il n'y pensa jamais. Comme non plus, on ne le vit faire aucune réponse aux Réclamations, etc., rédigées par nos évêques Réclamants, dont on peut bien se rendre compte, depuis qu'on les lit, que les critiques savantes, pieuses, fermes et toutes ciselées dans une extrême droiture de Foi non moins que toutes mesurées dans la plus grande Charité envers le pape étrangement défaillant, sont toutes forgées à l'aune de la plus pure Vérité catholique... Quelle ressemblance, n'est-ce pas, avec l'attitude coupable de François ne faisant, lui non plus, aucune réponse aux Dubia des cardinaux relativement à Amoris Laetitia !!
 
 
Marie Joseph de Galard de Terraube JeanBaptisteDuChilleau Francois de Gain de Montaignac 1782 Tarbes 
De gauche à droite : Marie-Joseph de Galard de Terraube (Puy-en-Velay),
Jean-Baptiste du Chilleau (Châlon-sur-Saône), François de Gain de Montagnac (Tarbes),
 
Évêques Réclamants
       
        Mais voici le pire. Et ce pire du pire nous met incroyablement de plain-pied avec ce que nous vivons et mourons à la fois en Église de nos jours, à savoir que les hérétiques et les scandaleux vont très-concrètement être acceptés et accueillis dans l'Église concordatisée de France, au même titre que les catholiques purs de toute hérésie et de tout scandale... Non, ô lecteur !, tu ne vas pas lire, dans ce qui va suivre, un commentaire autorisé sur ce qui se passe actuellement dans l'Église Universelle aux temps cala(très)miteux du Synode sur la synodalité, tu vas lire ce qui s'est passé il y a 220 ans dans l'Église de France... avec les prêtres jureurs et/ou mariés synodalisés de par la Constitution civile du Clergé, et réintégrés sans aucune repentance dans le clergé officiel, de par le Concordat. Napoléon, en effet, avait exigé du pape, qui lui céda sur ce chapitre comme sur tous les autres, qu'on n'inquiétât pas ces pécheurs ecclésiastiques et qu'on leur réservât le même traitement que les prêtres restés purement catholiques, dans la recomposition prostituée du Clergé concordataire... Toute ressemblance, évidemment, avec la situation des pécheurs de notre temps, par exemple les divorcés remariés et autres déviants sexuels qu'on veut admettre sans repentance dans l'Église et au banquet eucharistique, est bien sûr totalement fortuite, comme on dit dans les films biopics...
           
        Or, de quoi se rendaient coupables les prêtres qui avaient juré la Constitution civile du Clergé ? Ils se rendaient coupables de souscrire à une synodalisation de la vie de l'Église en France... exactement comme on la voit de nos jours vouloir ressurgir et s'imposer, non seulement sous le pontificat de François mais par François lui-même.
           
        La Constitution civile du Clergé en effet, était essentiellement basée sur la doctrine hérétique du richérisme. Qu'est-ce que le richérisme ? C'était tout simplement vouloir que l'Autorité dans l'Église parte de la base pour remonter vers le haut, aux antipodes radicales mêmes de la structure hiérarchique voulue par le Christ pour son Épouse, qui part du haut pour descendre vers le bas, et que la théologie a cristallisé par les termes "membres enseignants" et "membres enseignés". Le richérisme, c'est, sous terminologie différente, théoriser une Église... synodale, prétendant ainsi revenir à une soi-disant pureté de l'Église primitive. Le principe essentiel d'Edmond Richer (1559-1631), était en effet celui-ci : "Chaque communauté a droit immédiatement et essentiellement de se gouverner elle-même, c’est à elle et non à aucun particulier que la puissance et la juridiction a été donnée" (cherchez où est l'erreur, avec la doctrine actuelle du Synode sur la synodalité...!).
           
        "La doctrine entend appliquer le principe de gouvernement des communautés à tous les niveaux de l’organisation ecclésiale. Au niveau supérieur, le richérisme se confond avec la doctrine gallicane qui considère que le Pape est soumis, en termes d’autorité temporelle et dogmatique, au Concile, donc à l’ensemble des évêques représentant le peuple chrétien. Mais la doctrine n’en reste pas à ce premier niveau. Ainsi de la même manière, l’évêque est soumis, au synode diocésain, donc à l’ensemble des curés représentant le peuple chrétien du diocèse. On comprend que le richérisme recueillait les faveurs du bas-clergé. Et enfin au troisième niveau, le curé est soumis à l’assemblée paroissiale, donc à l’ensemble du peuple chrétien de la paroisse. Très influents à l’Assemblée constituante, les partisans du richérisme orientèrent la réorganisation de l’Église gallicane, tant à l’égard de la constitution civile du clergé qu’à l’égard de la constitution ecclésiastique, autour du principe de gouvernement démocratique des communautés paroissiales et diocésaines dont le système de Richer avait fourni l’une des premières théorisations" (https://fr.wikipedia.org/wiki/Edmond_Richer).
           
        En condamnant la Constitution civile du Clergé, c'est surtout la doctrine du richérisme qui la sous-tendait que le pape Pie VI condamna solennellement, mais le Concordat va voir les prêtres qui avaient hérétiquement juré ladite Constitution, c'est-à-dire qui étaient au moins implicitement richéristes, c'est-à-dire... synodaux !, être mis à rang d'égalité avec les prêtres réfractaires, c'est-à-dire catholiques, qui avaient refusé d'y souscrire. Exactement, l'analogie est frappante, comme dans l'Église de nos jours, les plus hauts prélats richéristes-synodaux, notamment ceux d'Allemagne, gardent place et faveur près le pape, et ne sont pas sanctionnés (ce sont les catholiques qui le sont, tel Mgr Strickland).
           
        Mais, pour exposer l'affaire, je laisse parler, ils le font si bien, nos bons Pères dans la Foi, nos évêques français Réclamants.
           
        "Rien, en effet, de plus déplorable, et en même temps de plus certain que ce qui est arrivé depuis peu, lorsqu'il s'est agi de la rétractation à laquelle étoient si justement obligés les Ecclésiastiques assermentés, intrus, invaseurs, [ayant juré la Constitution civile du Clergé], et de la réparation du scandale causé par ces Prêtres, qui ont osé contracter des mariages sacrilèges [c'est principalement sous la Terreur, entre 1793 et 1794, que 70 % des prêtres mariés pendant la Révolution se marient, on ne peut attribuer en soi à la Constitution civile du Clergé d'en être responsable, quand bien même "le mariage des prêtres est un phénomène important qui a touché près de 6 000 individus, soit près du quart du clergé constitutionnel"Les prêtres mariés sous la Révolution française, thèse soutenue à Paris 1 par Xavier Maréchaux, 1995].
           
        "Le Prédécesseur de V. S., Pie VI, d'heureuse mémoire, après avoir condamné la Constitution civile du Clergé, décrétée par l'Assemblée nationale, après avoir prononcé des peines canoniques contre les Ecclésiastiques qui avoient prêté purement et simplement, et n'auroient pas rétracté dans le temps prescrit, le Serment civique, «source empoisonnée de toutes sortes d'erreurs, et la principale cause des maux qui affligent l'Église de France» (Lettres monitoriales du 13 Avril 1791), comme aussi contre ceux qui s'étoient souillés du crime de l'intrusion, ou qui s'en souilleroient à l'avenir, régla la manière dont les uns et les autres pourroient être réconciliés avec l'Église, «en ne consultant que sa Discipline la plus douce et la plus favorable» (Indult du 13 Juin 1792).
           
        "Le Saint-Père se réserva à lui seul et à ses Successeurs, la faculté d'absoudre les Archevêques et les Évêques. Cependant il n'ôta point auxdits Archevêques et Évêques tout espoir de pardon, il ajouta, au contraire, dans les mêmes Lettres : «À Dieu ne plaise que cette réserve que nous faisons à notre Tribunal soit, pour les coupables, un sujet de découragement. Notre désir le plus ardent est qu'elle soit, au contraire, pour eux un plus pressant motif de recourir, avec confiance, à notre commune Mère, et de se jetter dans son sein avec empressement. Si leur pénitence est sincère, s'ils sont disposés à avouer leurs fautes, à les réparer pleinement, et à renoncer aux Églises qu'ils ont usurpées, nous l'avons déjà déclaré avec Saint-Léon, et nous le déclarons de nouveau, nous les recevrons à bras ouverts , et nous les ferons jouir de l'Unité de notre paix et de notre communion (Indult du 13 Juin 1792)».
           
        "Quant aux Ecclésiastiques du second ordre, le même Pontife accorde aux Archevêques, Évêques et Administrateurs des Diocèses du Royaume de France, d'abord la faculté d'absoudre ceux qui auroient prêté le Serment civique, à condition néanmoins que ceux-ci rétracteroient, ou plutôt, après qu'ils auroient rétracté ledit Serment, et réparé, le mieux qu'il leur seroit possible, le scandale qu'ils auroient donné aux fidèles (Indult du 19 Mars 1792).
           
        "Il a ensuite accordé aux légitimes Archevêques, Évêques et Administrateurs des Diocèses, le pouvoir d'absoudre les Intrus, en prescrivant, toutefois, les conditions préalables que ceux-ci auroient à remplir pour obtenir cette grâce : «Afin d'empêcher, dit Pie VI, que ces sortes d'absolutions ne soient accordées indiscrettement, ou qu'elles ne présentent des formes diverses, nous en tenant..... à la plus douce discipline de l'Église, nous défendons qu'aucun Intrus ne soit absous, à moins d'avoir auparavant rétracté, par écrit, le Serment civique, et les erreurs contenues dans la Constitution civile du Clergé de France, et déclaré spécialement que les Ordinations reçues ou conférées par les Intrus, sont toutes sacrilèges ; que l'autorité déléguée par eux est nulle ; que leur intrusion viole toutes les lois de la justice, et que tous les actes qui en ont été la suite, sont frappés d'une nullité radicale ; d'avoir promis, avec serment, obéissance au Saint-Siège apostolique et aux légitimes Évêques ; enfin d'avoir renoncé à la Paroisse, ou à la portion de Paroisse qu'ils ont envahies ; lesquelles rétractations et abdications doivent être publiques, comme le crime l'a été» (Indult du 13 Juin 1792).
           
        "Une heureuse expérience a fait voir que, si cette manière de procéder, tracée par Pie VI, étoit nécessaire, aussi n'a-t-elle pas été inutile et sans fruit. Beaucoup d'Ecclésiastiques qui avoient prêté le Serment, ou qui s'étoient souillés du crime de l'intrusion, se soumirent avec une scrupuleuse exactitude, aux conditions prescrites ; satisfirent pleinement pour le passé ; rentrèrent en grâce avec l'Église, leur mère, et la consolèrent, par la sincérité de leur pénitence, après l'avoir contristée par leurs égaremens. Ainsi, quoiqu'elle eût la douleur d'être privée du Culte public et solemnel [dans les années 1791-1800], on voyoit de temps en temps triompher l'Unité par le renoncement public au schisme, et par la rétractation du fatal Serment qui y avoit donné lieu ; on voyoit de temps en temps triompher la Foi par l'abjuration publique de l'erreur ; on voyoit de temps en temps triompher la Discipline, la sauvegarde de la Foi, par la condamnation solemnelle que faisoient les pécheurs publics des crimes énormes qu'ils avoient commis.
           
        "Mais les choses se sont passées et se passent encore bien différemment, depuis la publication de la Convention conclue le 15 Juillet 1801, entre V. S. et le Gouvernement françois [c'est-à-dire le Concordat lui-même], et des Articles dits organiques de cette même Convention" (pp. 101-107).
           
        Napoléon, en effet, exigeait que le clergé constitutionnel civil, de soi hérétique et schismatique, soit traité de la même manière que le clergé qui n'avait pas péché contre l'Unité de l'Église, qu'on ne leur demandât aucune rétractation de quoi que ce soit. Et il imposa cette mesure au pape comme condition du Concordat, lequel laissa faire, et on ne peut y voir de la part de Napoléon, une fois de plus, qu'il n'avait que foutre de la pureté de la Foi catholique, son seul désir étant de se créer un clergé français inféodé à son pouvoir politique. C'est pourquoi les prêtres jureurs redressèrent la tête en rebelles impénitents lorsque le Légat Caprara, au nom du pape Pie VII, vint à Paris recueillir leurs rétractations. Ils se savaient soutenus par le Gouvernement, et refusèrent hautement toute rétractation. Mais le plus grave, et même l'incroyable, c'est que le Légat s'est prêté et plié scandaleusement à une parodie de rétractation, et, pour satisfaire aux exigences du Gouvernement napoléonien, s'est avili sacrilègement à donner des Lettres d'absolution à ceux qui lui déclaraient en face ne point se rétracter. Voici ce qu'en disent nos édifiants évêques Réclamants :
           
        "Parmi les Ecclésiastiques qui avoient prêté le Serment civique, ainsi qu'il a été dit, et qui, de plus, s'étoient souillés du crime de l'intrusion, en occupant, contre les lois de l'Église, des Sièges épiscopaux, et qui, à raison de ces délits, avoient encouru la peine de suspense, et étoient ensuite tombés dans l'irrégularité, plusieurs ont été promus à des Archevêchés ou Évêchés de la nouvelle circonscription : cependant ils n'ont point condamné leur criminelle conduite ; bien loin de là, quelques-uns d'entr'eux ont publié des écrits, où déposant tout honte, ils se vantent de n'avoir fait aucune rétractation, d'être dans la résolution de n'en jamais faire, et se font gloire d'avoir rejetté, avec mépris, la grâce de l'absolution qui leur à été offerte, parce que, disent-ils, «il n'en avoient pas besoin».
           
        "C'est ce qu'on lit dans la lettre de Dominique Lacombe (appellé Évêque d'Angoulême, selon la nouvelle circonscription), au vénérable Prêtre Binos, ancien Chanoine de St-Bertrand, écrite à Paris le 4 Juin 1802, et imprimée à Bordeaux chez Simart, rue Ste-Catherine. «Il est très-vrai que M. le Légat a voulu de nous une rétractation ; il est très-vrai qu'il ne l'a pas obtenue..... Je déclarai que je ne faisois l'abandon de la Constitution civile du Clergé, que parce qu'une nouvelle loi la rend impraticable ; qu'ayant respecté et aimé ses dispositions, je continuerois de les respecter et de les aimer ; que bien loin de me blâmer d'y avoir obéi, d'y avoir été fidèle, je regardois comme les meilleurs actes de ma vie, comme les plus dignes des récompenses éternelles, tous les actes qu'elle m'a prescrits, et auxquels je me féliciterai toujours de m'être prêté. On vous dira, peut-être, que M. le Légat nous a donné l'absolution, que la preuve en est dans les registres de sa Légation, qu'on y a vu..... plusieurs exemplaires d'un Decretum absolutionis humblement demandé par plusieurs de nous, et à plusieurs de nous charitablement accordé. Comment repousserez-vous ces faits là ? Vous direz avec moi, que M. le Légat, aux mépris des règles usitées dans le Sacrement de Pénitence, au mépris de ces paroles célèbres d'une infinité de Papes : Nisi vere contritis et confessis, a donné une absolution qui n'étoit ni voulue ni demandée ; que lorsque le Decretum en a été remis.... à quelques-uns d'entre nous, ils en ont fait justice en le jettant au feu, en présence de celui de qui ils l'avoient reçu..... Vous direz de plus, que le constitutionnel Lacombe n'a pas été gratifié de ce Decretum : sans doute qu'on a craint qu'il ne fût moins patient que les autres».
           
        "Qui pourroit assez déplorer une pareille obstination, une si invincible opiniâtreté, dans l'erreur ? Qui ne seroit pénétré d'indignation, en voyant que ces Hérétiques, loin d'avoir demandé avec humilité la grâce de la réconciliation dont ils ont tant besoin, l'ont, au contraire, orgueilleusement repoussée, au grand mépris du Saint-Siège apostolique ? N'est-ce pas ici le cas de dire avec saint Bernard : «Beaucoup de gens s'étonnent et se scandalisent de voir de pareils hommes protégés, défendus, favorisés, comblés d'honneurs» (Saint Bernard, Lett. 178, au Pape Innocent II, n. 3) ? Quelle doctrine vont enseigner au Clergé et au Peuple des hommes qui ne rougissent pas de manifester un respect et un attachement si opiniâtres pour cette Constitution civile du Clergé, qui, comme personne ne l'ignore, a été condamnée par un jugement solemnel du Saint-Siège apostolique, aux applaudissemens de toute l'Église gallicane ; et sans la moindre réclamation de la part des autres Églises catholiques ; condamnée, disons-nous, «comme étant un composé de principes hérétiques, par conséquent hérétique elle-même, et contraire au Dogme catholique en plusieurs de ses Décrets ; schismatique et sacrilège, dans d'autres ; destructive des droits de la primauté du S. Siège et de ceux de l'Église ; opposée à la Discipline, tant ancienne que nouvelle, et qui enfin n'a été inventée et publiée que dans le dessein d'abolir entièrement la Religion catholique» (Lettres monitoriales du 13 Avril 1791) ?
           
        "Quelle est grande et quelle est juste l'horreur de toute l'Église, lorsqu'elle voit des hommes frappés de la censure de suspense, qui ont encouru l'irrégularité ; et qui, après avoir repoussé avec mépris le bienfait de l'absolution, s'emparent du Gouvernement d'immenses Diocèses, et ont l'audace d'y exercer les fonctions épiscopales !
           
        "Au reste, nous n'avons pas seulement à gémir des fautes commises par les Ecclésiastiques depuis la conclusion du Concordat et des Articles dits Organiques ci-dessus mentionnés, il est encore émané du Gouvernement civil et de ses Agents, depuis la même époque, des actes plus funestes à la Religion qu'il n'est possible de l'exprimer.
           
        "En effet, quoique Pie VI, Prédécesseur de V. S., s'en tenant, comme nous l'avons déjà observé, à la plus douce discipline de l'Église, ait défendu d'absoudre aucun Ecclésiastique Jureur ou Intrus, à moins, qu'au préalable, il n'eût satisfait à l'obligation indispensable de se rétracter, ainsi que les saints Canons l'ont prescrit dans tous les temps, et n'eût rendu sa rétractation aussi publique que le crime l'avoit été (Indults du 19 Mars et du 13 Juin 1792), la Puissance séculière a néanmoins défendu d'en exiger d'aucune espèce. Car voici ce qu'on lit dans la lettre circulaire du Ministre de la Police générale, aux Préfets, datée de Paris, 18 Prairial, an X, le 7 Juin 1802 : «Vous devez porter une égale attention à ce qu'aucun des partis qui ont divisé l'Église, n'exige aucune espèce de rétractation. Je vous ait fait connoître la volonté du Gouvernement à cet égard. On ne peut, sans la méconnoître, demander aux Prêtres ni Serment, ni Formule, autre que la déclaration qu'ils adhérent au Concordat, et qu'ils sont dans la Communion des Évêques nommés par le Premier Consul. Si l'on se croyoit autorisé, de part et d'autre, à demander des rétractations réciproques, où seroient les fruits de la réconciliation religieuse, dans laquelle doivent s'éteindre toutes les haines et tous les souvenirs du passé ? L'organisation des Cultes est dans l'Église ce que le 18 Brumaire est dans l'État. Ce n'est le triomphe d'aucun parti, mais la réunion de tous dans l'esprit de la République et de l'Église».
           
        "Après cette défense d'exiger aucune espèce de rétractation des Ecclésiastiques, soit Jureurs, soit Intrus, les Archevêques et les Évêques des Diocèses de nouvelle circonscription, ont reçu une instruction, ou pour mieux dire, un ordre du Gouvernement civil, de ne mettre aucune différence entre les Prêtres qui ont obéi à l'Église, et ceux qui lui ont désobéi, et d'appeller ces derniers dans une proportion du tiers au quart à remplir les fonctions de Curés et de Vicaires. Car on trouve ce qui suit dans la lettre circulaire du Conseiller d'État chargé de toutes les affaires concernant les Cultes, écrite le 8 Juin 1802, aux Archevêques de nouvelle circonscription, lettre si répréhensible à tant d'autres égards. «L'intention du Premier Consul est que, pour réaliser un système d'impartialité équitable, vous choisissiez un de vos Grands-Vicaires parmi les Ecclésiastiques du second Ordre qui ont appartenu à ce qu'on appeloit le Clergé constitutionnel, et que les Ecclésiastiques de la même classe soient appellés dans une proportion du tiers au quart à remplir les fonctions de Curés, de Chanoines et de Desservans».
           
        "Enfin, quel est celui qui n'a pas frémi d'horreur, lorsqu'il a entendu traiter de véritable scandale la réparation publique d'un sacrilège commis publiquement, et qu'il a vu une réparation si digne d'éloges sévèrement blâmée et rigoureusement interdite à l'avenir ? Le Conseiller d'État chargé de toutes les affaires concernant les Cultes, a écrit ce qui suit au Préfet du Département de la Somme, le 14 Mai 1802 : «Avec votre lettre du 10 du courant, j'ai reçu, Citoyen Préfet, les pièces qui constatent la rétractation publique faite par Claude de la Cour, Prêtre marié, et l'anathème dont il frappe son mariage. Cette démarche est un véritable scandale..... Les Prêtres qui administrent la Paroisse ou l'Église dans laquelle de la Cour a fait sa rétractation solemnelle, auroient dû veiller à ce que pareil scandale n'eut pas lieu ; et vous les avez très-justement rendus responsables, pour l'avenir, de tout évènement pareil».
           
        "Quoi donc ! Est-ce que le scandale ne vient pas ici tout entier de la part de ces malheureux Prêtres, qui ont osé se marier ? Et le simple bon sens ne dit-il pas qu'on ne peut faire un crime à un pécheur de réparer publiquement un scandale qu'il a donné en public ? Pour justifier de si étranges mesures, on allègue le prétexte de rétablir la Paix et l'Unité. Mais, comme le disoit autrefois saint Hilaire de Poitiers : «S'il n'y a effectivement rien de plus précieux et de plus beau que les noms de Paix et d'Unité, personne ne peut ignorer que l'Église et l'Évangile ne connoissent d'autre Paix, ne connoissent d'autre Unité, que la Paix de Jésus-Christ, que l'Unité de Jésus-Christ» (Saint Hilaire, Livre contre les Ariens ou contre Auxence de Milan, n° 4). Et, par la manière dont nous avons dit que se faisoit la réconciliation des pécheurs publics, ce n'est point la Paix de Jésus-Christ, l'Unité de Jésus- Christ qu'on établit ; mais, au mépris de la vérité évangélique, on introduit dans l'Église un simulacre de Paix, un simulacre d'Unité, beaucoup plus dangereux qu'une guerre ouverte et qu'un schisme déclaré.
           
        "Peut-on dire qu'on a la Paix de Jésus-Christ, l'Unité de Jésus-Christ, lorsqu'un Gouvernement temporel usurpe, contre la volonté de Jésus-Christ, une autorité toute spirituelle, s'érige en juge de controverses qui se sont élevées sur la doctrine, ordonne de regarder comme de pures questions oiseuses et qui ne touchent point à la Foi, des erreurs solemnellement condamnées par l'autorité légitime ; lorsqu'il décide que la rétractation de ces erreurs n'est pas nécessaire ; et, qui plus est ; lorsqu'il ne craint pas de défendre ces rétractations qui ont été prescrites par l'autorité ecclésiastique, et va jusqu'à fixer de nouvelles conditions, lesquelles, selon lui, n'ont rien que de licite, et sont suffisantes pour réconcilier avec l'Église ; en sorte que ceux qui avoient commis les crimes le plus énormes, et à qui on avoit interdit très-justement les fonctions redoutables du Saint-Ministère, reprennent aussitôt et sans autre obstacle, l'exercice de ces mêmes fonctions ?
           
        "Peut-on dire qu'on a la Paix de Jésus-Christ, l'Unité de Jésus-Christ, lorsque l'Église, son Épouse, est avilie au point d'être regardée comme une faction qui produit des troubles, et dont il est nécessaire de réprimer les mouvemens séditieux pour avoir la tranquillité ?
           
        "On représente l'Église comme ayant été déchirée par différentes factions ! Le pape Pie VI étoit-il donc le chef d'une faction, lorsque, s'acquittant des devoirs de l'Apostolat, il a déclaré et prononcé du haut de son Siège, que, «de l'aveu et du consentement unanime de toute l'Église gallicane, les Sermens civiques devoient être regardés comme autant de parjures et de sacrilèges, absolument indignes, non-seulement de tout Ecclésiastique, mais de tout bon catholique, et que tous les actes subséquens devoient être réputés schismatiques, entièrement nuls, et qu'ils méritoient d'être soumis aux censures les plus graves. Nous ordonnons, par ces présentes, à tous, sans aucune exception, Cardinaux de la sainte Église romaine, Archevêques, Évêques, Abbés, Vicaires, Chanoines, Curés, Prêtres, et à tous autres Ecclésiastiques séculiers ou réguliers, qui auroient prêté le Serment civique, purement et simplement, tel qu'il a été prescrit par l'Assemblée nationale...... de le rétracter dans l'espace de quarante jours, à compter de la date des présentes. Que ceux qui, dans cet intervalle, n'auroient pas fait la rétractation prescrite, soient suspens de l'exercice de tout Ordre quelconque, et soumis à l'irrégularité, s'ils en exercent les fonctions (Lettres monitoriales du 13 Avril 1791)».
           
        "L'Église a constamment maintenu, sur ce point, la sévérité de sa Discipline, et ne s'est jamais relâchée d'une vigueur aussi salutaire qu'indispensable ; c'est ce qu'atteste, de la manière la plus énergique, le Pape saint Gélase 1er : «Que l'on parcoure les Annales de la Religion chrétienne, disoit ce saint Pontife, dans son Avertissement à Fauste, et que l'on cite un seul fait, un seul exemple qui prouve que, dans l'Église de Dieu, les Pontifes les Apôtres, Jésus-Christ lui-même aient jamais accordé le pardon à d'autres qu'à ceux qui ont témoigné un sincère repentir. On n'a lu nulle part, jamais on n'a ouï-dire, qu'on ait entendu tenir un langage pareil à celui qui sort de la bouche de ces gens-ci : Pardonnez-nous, mais permettez-nous en même temps de persévérer dans nos erreurs».
           
        "Il ne faut donc pas croire (quoiqu'en aient pu dire contre nous tant de calomniateurs et d'hommes mal-intentionnés) qu'en nous plaignant de ce que ceux qui ont attaqué la Foi et rompu l'Unité, n'en ont pas fait une pleine et entière réparation, nous soyons inspirés par la haine que nous leur portons. Bien éloignés d'une disposition si condamnable, en même-temps que nous accomplissons le devoir que nous impose le zèle pour la loi (I Mach II, 54-58), nous n'en conservons pas moins, à leur égard, au fond de nos cœurs, l'amour fraternel (II Petr I, 7) et la charité évangélique.
           
        "Mais aujourd'hui il n'est point abattu ce mur de séparation élevé par l'erreur. Il est ordonné, au contraire, de fermer les yeux sur l'obstination des errans, afin de pouvoir présenter une fausse apparence de Paix. On prescrit de dissimuler l'impénitence de ceux qui sont tombés, afin de pouvoir présenter une fausse apparence d'Unité.
           
        "Cependant il est encore d'autres maux énormes qui résultent de la défense qu'on a faite de rétracter l'erreur, d'abjurer le Schisme et de réparer le scandale qui en a été la suite ; ainsi que de l'ordre qui a été donné, d'admettre aux fonctions saintes les Ecclésiastiques dont la conduite a été criminelle, sans exiger d'eux aucune pénitence, aucune épreuve préalable. Car, outre qu'en agissant ainsi, l'on augmente l'impudence des errants et des prévaricateurs, on jette encore les fidèles dans les plus grandes perplexités, et la Foi des peuples devient presqu'incertaine et chancelante. Aussi se rencontre-t-il des fidèles qui, lorsqu'ils viennent à comparer ce qu'ils ont vu avec ce qu'ils voient maintenant, ne savent plus quel parti prendre, ni à quoi s'en tenir. Plusieurs sont tentés de croire que Pie VI s'est donc trompé, en s'imaginant voir l'erreur là où il n'y en avoit pas, et que la Constitution civile du Clergé ne renferme rien de contraire à la Doctrine catholique, puisqu'on n'exige plus de rétractation de ceux qui y ont adhéré. Beaucoup d'autres croient avoir un juste sujet de se plaindre amèrement, de ce qu'on les a gratuitement et sans cause exposés aux fureurs de la persécution la plus cruelle, en leur défendant de communiquer, dans les choses saintes, avec les Intrus, quel qu'ils fussent, puisque ces mêmes hommes sont maintenant admis à exercer toutes les fonctions du Saint Ministère, sans avoir préalablement condamné leur Intrusion et leur résistance à l'Autorité de l'Église. Les Intrus font tous leurs efforts pour entretenir dans le Peuple ces fausses idées ; car ils se vantent, de tous les côtés (quoique sans aucun fondement), d'avoir remporté, au jugement de VOTRE SAINTETÉ elle-même, une victoire complette de sorte, qu'à les entendre, ce n'est pas V. S. qui leur a fait grâce, mais ce sont eux qui ont triomphé de V. S., en l'amenant au point d'approuver leurs erreurs.
           
        "Nous avouons que depuis la publication du Concordat conclu entre VOTRE SAINTETÉ eť le Gouvernement françois, on a obtenu une espèce de permission, qu'on n'avoit pas auparavant, d'exercer publiquement le Culte catholique. Mais les sacrifices qu'il a fallu faire pour cela prouvent évidemment que le sort de la Religion n'en est pas devenu meilleur.
           
        "Et, en effet, à quel prix a-t-on acheté cette espèce de permission ? Notre esprit n'y pense qu'avec horreur, notre main se refuse à l'écrire ; car, pour ne parler ici que de ce qui fait le sujet de nos présentes Réclamations, cette permission, si on peut l'appeller de la sorte, n'a été accordée qu'au prix d'une violation des lois canoniques et de la Discipline de l'Église, dont les siècles passés ne fournissent pas un seul exemple, et capable d'entraîner, pour la suite, les plus dangereuses conséquences ; au prix des droits sacrés de l'Épiscopat et de la Constitution même de l'Église qui a été ébranlée. Pour avoir ce Culte public, il a été nécessaire de mettre la Religion, cette très-Sainte Religion que Jésus-Christ a établie par l'effusion de son sang, sous le dur esclavage d'un Gouvernement laïque, et de la rendre entièrement dépendante. Enfin, pour procurer ce Culte public, on a donné, contre toutes les lois canoniques, l'institution à des Ministres, qui, après s'être rendu coupables publiquement des crimes les plus énormes, loin d'en avoir réparé le scandale par une pénitence proportionnée, les ont, au contraire, aggravés par leur endurcissement, et n'ont donné que trop de sujet de craindre qu'ils se serviroient du pouvoir spirituel qu'on leur confioit, non pour édifier, mais pour détruire (II Cor X, 8 & XIII, 10)" (pp. 113-149).
           
        Qu'on se rende bien compte, en effet, à quels ignominieux abaissements et sacrilèges le Concordat réduisait l'Église, par le fait suivant : lorsqu'il s'est agi de sacrer évêque tous ceux que Napoléon et Pie VII avaient promus de concert pour remplir les nouveaux sièges concordataires mais qui ne l'étaient pas encore, l'évêque consécrateur qui fut choisi pour le faire à toute vitesse fut... l'ex-évêque d'Autun, de Talleyrand-Périgord, qui avait défroqué puis s'était marié et qui ne savait même plus toutes les rubriques à respecter quand il devait dire une messe, par ailleurs effrayé et tremblant comme une feuille quand il fallait qu'il en dise une, tout juste relevé d'excommunication par le pape... Et voilà comment fut mise debout la toute première génération épiscopale française enfantée impudiquement par le Concordat : comme une putain qui accouche ses enfants de fornication sur le fumier !
 
        Mais je laisse nos dignes évêques Réclamants donner leur conclusion générale :
           
RéclamationsEvêquesDeFrancePageDeTitre redressé
 
        "Tout cela mûrement considéré, voyant la grandeur du péril dont notre Sainte Religion est menacée, et voulant, dans des circonstances aussi critiques, ne rien omettre de ce que nous devons à nos Diocèses, à l'Église Gallicane, au Saint-Siège, à l'Église Catholique toute entière :
 
"NOUS RÉCLAMONS PAR CES PRÉSENTES
           
        "Contre [suit la liste détaillée des sept actes magistériels promulgués par le pape Pie VII relatifs au Concordat]
           
        "Et sans nous départir, en aucune manière, du profond respect que nous ne cesserons jamais de porter à VOTRE SAINTETÉ ;
 
"NOUS FORMONS OPPOSITION AUX SUSDITS ACTES.
 
"Prosternés aux pieds de VOTRE SAINTETÉ,
"nous la conjurons de nous accorder
"sa Bénédiction apostolique.
 
"DE VOTRE SAINTETÉ,
"TRÈS-SAINT PÈRE,
 
"Les très-humbles et très-obéissans 
"serviteurs et Fils"
(pp. 150, 152 & 156)
           
        J'ai cité tout au long ces passages, parce qu'ils sont très-intéressants dans le parallélisme presque transparent avec ce que le processus synodal engagé dans l'Église de nos jours, nous montre : pas besoin d'être grand'clerc pour comprendre que le refus qu'on fait d'une conversion des divorcés remariés, des transgenres, etc., avant de les intégrer dans l'Église, que la démocratisation richériste-synodale inconstitutionnelle de l'Église, avec l'accord du pape François, au moins par défaut, se retrouve étonnamment dans la situation de l'Église de France, lorsqu'elle fut soumise avec l'accord du pape Pie VII, au moins par défaut, au lois du Concordat et à son régime réintégrant sans pénitence ni abjuration convenables les tenants hérétiques richéristes-synodaux de la Constitution civile du Clergé et autres scandaleux...
 
France Ancien Régime Diocèses 1789 
Carte de France des anciens diocèses 
       
        Il y a un autre point très-important, dans l'affaire du Concordat, que je n'ai pas vu traiter, sauf en passant, par les évêques Réclamants dans leurs Réclamations, etc., c'est la question du bouleversement géographique de fond en comble des diocèses de France, par son § 2, dont je rappelle ici les mots exacts, extrêmement lapidaires mais de conséquence inouïe non moins extrême, sacrilège et cataclysmique : "Il sera fait par le Saint-Siège, de concert avec le Gouvernement, une nouvelle circonscription des diocèses français", et que la bulle Qui Christi Domini du 29 novembre 1801 mettra concrètement en œuvre à coups de bulldozer en détruisant complètement toute l'ancienne structure diocésaine. La question, là encore, est, comme pour la destitution pontificale motu proprio des évêques dont nous venons de voir qu'elle est radicalement non-canonique, et donc invalide : Le pape Pie VII avait-il le droit, par simple motu proprio pontifical, de faire tabula rasa de cette structure géographique diocésaine traditionnelle en France, suivant ainsi sans aucun scrupule de conscience la maxime très-révolutionnaire : "Du passé, faisons table rase" ?
           
        Là encore, la réponse est NON, théologiquement NON. Le grand point qui fonde cette réponse négative, est toujours le même : Ces églises particulières étaient, jusque dans leur structure géographique, les épouses des évêques français canoniquement institués, qui, dès lors, étaient leurs époux très-sacrés. Le pape n'avait donc pas le moindre droit de les "toucher" si j'ose le dire ainsi, ces épouses, pour carrément les tuer sur le plan géographique, autrement qu'avec l'accord desdits époux, déroger à cet accord était attenter au droit divin épiscopal comme nous l'avons vu. Or, le pape Pie VII détruisit les épouses sans le moindre accord de leurs époux, ce qui, par-là même, frappait d'INVALIDITÉ radicale cette dite destruction géographique des diocèses très-chrétiens d'Ancien-Régime...
           
        Rappelons ici qu'il s'agissait, pour Napoléon dont Pie VII suivra les volontés les plus sacrilèges sans sourciller le moins du monde, je l'ai déjà dit, de casser, détruire radicalement toute la structure très-chrétienne en France, tant sur le plan purement spirituel que sur celui matériel géographique, pour refaire ex nihilo un simulacre de reconstruction d'Église catholique dont le fondement le plus certain était d'être institutionnellement inféodé au pouvoir politique constitutionnellement athée qu'il représentait, aux fins occultes voulus par Napoléon, et après lui par tous ses successeurs républicains dans le pouvoir politique sur la France, de construire un novus ordo sæculorum qui excluait dans le principe métaphysique la Religion catholique. Car le fond de la question, c'est que Napoléon, digne précurseur de l'Antéchrist, avait nécessairement besoin de la force morale et spirituelle de la Religion pour établir son grand-œuvre maçonnique, il ne pouvait pas s'en passer, mais c'était non pas pour la Religion, mais tout au contraire contre la Religion. Le grand paradoxe en effet, c'est que le méchant, et c'est son supplice, ne peut pas se passer du surcroît du Royaume de Dieu pour supprimer le Royaume de Dieu, son but profond ! Comme le disait si bien saint Eucher de Lyon, un des premiers Pères de l'Église des Gaules au IVème siècle : "Ceux qui n'aiment pas Dieu ne peuvent cependant aimer que ce que Dieu a créé"...
           
        C'est bien pourquoi, d'ailleurs, un siècle après le Concordat, les hommes politiques de la IIIème République, affichant bien en montre, pour que nul n'en ignore, ce désir religiocide qui sous-tend en soubassement essentiel tout pouvoir politique post-révolutionnaire constitutionnellement athée, quelque soit la forme qu'il adopte, voudront la séparation de l'Église et de l'État : pour bien faire saisir à tout homme qui acceptait de réfléchir, ce qui ne fut absolument pas le cas des papes, que s'ils avaient besoin de la virtus de la Religion, ce n'était absolument pas pour la Religion, mais tout au contraire, contre elle, c'était pour la détruire ! Et, mettant soudain bas le masque de leur hypocrisie, ils croyaient, en 1905, le moment venu pour donner le coup fatal à l'Église ! Raison profonde que le pape Pie X, à l'époque, ne comprit pas plus que son prédécesseur Pie VII, tous les papes venant après la Révolution en effet, même les plus saints en leur for privé, ayant bandeau d'aveuglement très-honteux sur les yeux quant à la mise de l'Église sous "la puissance des ténèbres" par le Concordat napoléonien, au niveau des seules Mœurs pour commencer, au niveau politique constitutionnel. Un journaliste pouvait bien résumer la question ainsi, en 1905 : "Le Concordat qui, religieusement, avait clos la Révolution, n'existe plus ; religieusement, la Révolution recommence" (Le Correspondant, 25 décembre 1905).
           
        Mais revenons à notre sujet précis. "Déjà en 1790 [car, nous l'avons vu, dès cette date l'Assemblée Constituante avait dans le collimateur la destruction radicale de la structure géographique des diocèses français, ce qu'elle ne réussit pas à faire grâce à l'opposition de Pie VI... quand Napoléon réussit à le faire "grâce" à la trahison collaborationniste de Pie VII], l’abbé Maury estimait que ni l’Assemblée constituante, ni même le Pape, ne pouvait «bouleverser de son propre mouvement [motu proprio] tous les diocèses du royaume et les étendre ou les circonscrire à son gré» (Conscience religieuse en révolution, Plongeron, p. 201, cité par Decroix, ibid.).
           
        Car rappelons-nous que lesdits évêques destitués en corps de nation par le pape Pie VII, tant sur le plan spirituel que celui géographique, de cette manière scandaleusement superficielle et tellement désinvolte qu'on voit dans le Concordat, étaient les successeurs légitimes de ceux gallo-romains puis mérovingiens, puis carolingiens, puis capétiens, qui fondèrent tous la France non seulement religieuse, mais celle sociale, géographique, et encore bien celle purement politique ! Ce sont les évêques en effet, les tout premiers d'entre eux, les gallo-romains devenus mérovingiens, qui élevèrent politiquement Clovis à la royauté sur une Gaule virtuellement Unie pour commencer, créant ainsi ce que le géant romain n'avait pu faire ! En vérité, en détruisant leurs légitimes successeurs, comment mieux montrer qu’on voulait détruire complètement, radicalement, la France RÉELLE, c’est-à-dire celle sacrale, acheiropoïète (= non-faite de main d'homme) aux fins et profit de la nouvelle fondation d’une AU­TRE France religieuse et politique non-réelle, car faite de main d’homme et non-sacrale, et donc donnée à Satan ! Et c'était le pape qui mettait le plus et le mieux la haute-main à cela !!
 
        La France politique réelle est en effet très-véritablement née par un acte collectif des évêques gallo-romains de la Gaule, de la Neustrie, de la Germanie, toute l'Europe d'alors, derrière saint Rémy de Reims, c’est historique (cf. mon ouvrage L’extraordinaire conversion de Clovis ou le devoir catholique de NE PAS voter, au lien suivant : http://www.eglise-la-crise.fr/images/pdf.L/L'extraordinaireConversionDeClovis.pdf), évêques gallo-romains dont justement les évêques de Louis XVI, que le pape démissionnait tous de force comme des malpropres, étaient les légitimes successeurs ! En fait, le pape Pie VII, perverti de républicanisme et même de démocratisme, ce qui le mettait à la remorque infâme de Napoléon, tirait là sacrilègement un trait annihilateur sur la France réelle, religieuse mais encore politique, d’ailleurs, ... ô douleur et mille hontes !, sans même se rendre compte de ce qu'il faisait, tel un vil barbare, un méprisable vandale qui ne sait pas penser, un sanglier dévastateur qui ravage la Vigne du Seigneur sans du tout savoir ce qu'il fait, mais dont les ennemis du nom chrétien, avec Satan leur maître, savaient bien, eux, ce qu'il faisait ou plutôt ce qu'il défaisait !!!
           
        Quant à la géographie de cette France réelle, acheiropoïète, qui existe de par le Christ qui innerve la structure naturelle, commençons par dire qu'on ne méditera jamais assez cette remarquable réflexion de Fustel de Coulanges : "Il est digne de remarquer que les vieux états gaulois ont conservé jusqu'à une époque très voisine de nous, leur nom, leurs limites et une sorte d'existence morale dans les souvenirs et les affections des hommes. Ni les Romains, ni les Germains, ni la féodalité, ni la monarchie n'ont détruit ces unités vivaces ; on les retrouve encore dans les provinces et les pays de la France actuelle" (Histoire des institutions politiques de l'ancienne France, Fustel de Coulanges, p. 7).
           
        C'est précisément sur ce réel géographique que les diocèses chrétiens vivant dans cette structure naturelle innervé surnaturellement par la grâce divine, vont se construire, jusqu'au Concordat, principalement sous la très-active impulsion des grands, saints et énergiques évêques mérovingiens dont la plupart étaient des dignitaires de l'ancien Empire romain, et qui, en ce temps-là, in illo tempore, géraient les peuples autant dans l'ordre sociopolitique que dans celui purement spirituel, surtout après l'écroulement de l'Empire romain.
           
        "La Gaule est christianisée progressivement à partir du IIème siècle. Les communautés chrétiennes apparaissent d'abord dans les grandes villes, notamment à Lyon (sainte Blandine). Lorsque les communautés chrétiennes sont organisées, notamment après l'édit de tolérance de l'empereur Constantin, elles sont placées sous la direction d'un évêque (episcopus) siégeant au chef-lieu de la cité. Les évêques sont eux-mêmes placés sous la direction d'un métropolitain ou archevêque dont le siège est au chef-lieu de la province, voire du diocèse impérial. Les premiers archidiocèses de Gaule sont Lyon, Bordeaux et Reims (chefs-lieux des provinces d'Auguste).
           
        "Par un glissement sémantique, le terme «diocèse» est utilisé pour désigner le ressort d'un évêque. Mais le mot «cité» reste lié à la fonction épiscopale : une ville ou un quartier de ville est une «cité» s'il s'agit d'un siège épiscopal (par exemple : l'île de la Cité à Paris). Une des conséquence est que très souvent, la ville épiscopale perd son nom gaulois ou romain et prend le nom du peuple éponyme : par exemple, Condevicnum, chef-lieu de la cité des Namnètes (Namnetes), reçoit au IVe siècle le nom de Namnetes (puis de «Nantes»). Le même processus a lieu à Poitiers (Limonum), Angers, Vannes (Durioritum), Avranches, Bayeux, Lisieux, Vieux, Amiens, Arras, etc. Certains sièges épiscopaux conservent cependant leur nom antique : Lyon, Bordeaux (Burdigala), Lillebonne (Juliobona), Narbonne (Narbo), etc.
           
        "Lorsque l'Empire romain s'effondre dans sa partie occidentale en raison des invasions germaniques, du sac de Rome en 410 à la déposition de l'empereur d'Occident en 476, les structures administratives impériales disparaissent aussi (notamment les décurions), la seule structure qui résiste [et qui donc est fondée sur le Réel naturel] est celle de l'Église chrétienne. Les structures ecclésiastiques perdurent ensuite pour une grande part jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, voire au-delà" (https://fr.wikipedia.org/wiki/Territoires_du_royaume_de_France#cite_ref-3). 
           
        Or, le Saint-Esprit ne travaille pas contre le Saint-Esprit. Impossible de supposer qu'ayant patiemment donné sa Grâce pour la lente et toujours homogène élaboration ordonnée des diocèses français pendant de si nombreux siècles depuis l'ère gallo-romaine puis mérovingienne, carolingienne, capétienne, sans qu'il n'y ait jamais de destruction tabula rasa mais toujours un harmonieux et saint développement des structures, le Saint-Esprit puisse avoir soudain la volonté de tout détruire, tout supprimer d'un trait de plume concordataire ce travail divin qu'Il avait fait dans les siècles très-chrétiens, pour refaire à zéro, sans tenir aucun compte de Son travail antécédent fait avec les hommes saints ses serviteurs, un tout nouveau découpage de diocèses, comme le veut très-sacrilègement le § 2 du Concordat. Le Saint-Esprit ne méprise pas le Saint-Esprit, Il travaille toujours en continuité très-respectueuse avec ce qu'Il a précédemment fait avec le concours des saints, ses "serviteurs inutiles" (Lc XVII, 10). Car en effet : "Si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume ne peut subsister" (Mc III, 24).
           
        Et c'est pourquoi il est donc rigoureusement impossible de supposer une reconstruction ex nihilo de la structure géographique diocésaine en France ne tenant pas compte de la structure naturelle antécédente, qui serait soi-disant agréée par le Saint-Esprit via l'aval, le placet, du pape. Cette non-conformité radicale de la nouvelle structure moderne par rapport à l'ancienne n'est par ailleurs que trop bien montré rien que par le chiffre des nouveaux diocèses redécoupés par le Concordat : "Alors que la France d’Ancien Régime comptait 135 diocèses, le concordat n’en prévoit dans un premier temps que 60 : dix métropoles et cinquante évêchés. Ce nombre limité a essentiellement pour cause une raison financière : il s’agit de limiter les traitements épiscopaux et les frais de remise en état des cathédrales" (Decroix, ibid.). Tuediable ! De cent trente-cinq, les diocèses français sont réduits à soixante !! Il est évident, rien que par ce chiffre, que tout est reconstruit idéologiquement et anarchiquement, sous impulsion maudite des Lumières et de son coryphée Lucifer, ange déchu qui vit dans une idée qu'il s'est inventée du Réel, à la fois naturel et surnaturel, idée qu'il veut voir supplanter le vrai Réel, qui est le Dieu vrai et son Christ, tant sur le plan surnaturel que sur le plan naturel qui est généré par celui purement surnaturel...
 
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Voici le plus beau calvaire que j'ai vu, 
tiré du trésor de la cathédrale Saint-Lizier (Ariège),
supprimée par le Concordat...
       
        Et puis, soit dit en passant, là encore : comment pourrait-il être pour "le bien supérieur de l'Église", comme osait le dire très-mensongèrement le pape Pie VII du Concordat, que l'État ne subvienne plus financièrement qu'à 60 diocèses, alors que l'ancien Ordre très-chrétien en gérait sans difficulté 135...? Impossible à supposer, bien évidemment, le nombre réduit d'évêques et de prêtres et l'augmentation du territoire diocésain à gérer, multiplié par deux, ne pouvant évidemment plus donner la même qualité de service spirituel aux fidèles. Car c'est en effet ce prétexte financier que le Gouvernement napoléonien osera invoquer sans rougir de honte jusqu'à la crête pour réduire à plus de la moitié le nombre des diocèses... alors qu'il avait par ailleurs volé les biens du Clergé et de l'Église de France, et que donc l'entretien financier des nouvelles églises était un dû formel de l'État à l'Église, mais vol dont, là encore, Pie VII l'absoudra sans eau bénite dans le Concordat sans que le voleur ait à reconnaître le moins du monde son vol (§ 13), pas plus que les richéristes-synodaux ayant souscrit à la Constitution civile du Clergé ne furent obligés de faire rétractation de leur hérésie.
           
        ... Est-il encore besoin de rajouter que par tous les bouts où on prend le Concordat, on voit la patte du diable, toujours, partout, partout, toujours, à tous les endroits, carrefours, chemins de traverse, culs de basse-fosse, impasses et surtout mauvais lieux et autres bouges...         
           
        Mêmes les auteurs profanes, qui analysent le phénomène concordataire de manière seulement universitaire, s'en rendent compte. Voici par exemple ce qu'on peut lire dans Wikipedia, frappé du sceau du bon sens :
           
        "Les dispositions édictées par cette bulle [Qui Christi Domini, du 29 novembre 1801] sont absolument uniques dans l'histoire de l'Église. Jamais un pape ne s'était accordé le droit de supprimer purement et simplement un seul siège épiscopal, ni a fortiori tous les sièges d'une nation ou d'un royaume, ni de déposer un ou plusieurs évêques hormis les cas de schisme, hérésie ou scandale. Les réorganisations territoriales des diocèses qui ont eu lieu dans l'histoire de l'Église se sont traduites par exemple par la création de nouveaux sièges dont le territoire diocésain était démembré d'un ancien diocèse ; ou encore, on a réuni des diocèses à un même siège. Mais jamais on n'a supprimé purement et simplement des sièges et des diocèses, surtout à une telle échelle.
           
        "Par cette bulle, tous les sièges épiscopaux, remontant la plupart à l'Antiquité, étaient supprimés et abolis ; et de nouveaux sièges étaient érigés. Comme les nouveaux sièges ont été fondés la plupart dans les mêmes villes et les mêmes cathédrales que les anciens, cette mesure est passée un peu inaperçue. Néanmoins, elle a causé un grand étonnement parmi de nombreux fidèles. Certains ont continué à reconnaître les anciens évêques canoniquement installés, d'autres ont rejeté les évêques constitutionnels installés par le pape sur des nouveaux sièges. Ainsi, ceux qui ont rejeté ces mesures inouïes ont constitué une sorte de schisme qui dure encore au XXIe siècle. (...) Cette politique de la tabula rasa a pour conséquence que les évêques diocésains français, à partir de 1801, ne sont pas, juridiquement, les successeurs des anciens évêques, quoiqu'ils le demeurent du point de vue symbolique. Par exemple, l'archevêque de Lyon a comme plus lointain prédécesseur non pas les saints Pothin et Irénée, mais le cardinal Fesch [le cardinal-oncle de Napoléon, né en 1763, mort en 1839, premier archevêque concordataire de Lyon en 1802].
           
        "(...) Malgré la suppression de tous les sièges épiscopaux et l'érection de soixante nouveaux sièges, le Pape Pie VII autorisa le port, par les nouveaux évêques, du titre de quelques anciens sièges, mais uniquement à titre de «souvenir», sans qu'on puisse en conclure que ces Églises «n'ont pas été réellement supprimées» : «Nous ordonnons, en vertu de l'autorité apostolique à nous déléguée, et nous donnons respectivement la faculté aux archevêques et aux évêques qui seront canoniquement institués, de joindre chacun au titre de l'église qui lui sera confiée, les autres titres des églises supprimées que nous avons mentionnés dans le tableau ci-dessus ; de manière, cependant, que de cette union et de cette application de titres, uniquement faites pour l'honneur et pour conserver le souvenir de ces églises illustres, on ne puisse en aucun temps en conclure, ou que ces églises subsistent encore, ou qu'elles n'ont pas été réellement supprimées, ou que les évêques à qui nous permettons d'en joindre les titres au titre de celle qu'ils gouverneront, acquièrent par-là aucune autre juridiction que celle qui est expressément conservée à chacun d'eux par la teneur de notre présent décret»" (https://fr.wikipedia.org/wiki/Qui_Christi_Domini#cite_ref-1). Comme on le voit, indigné, le pape Pie VII tenait donc énormément à ce qu'il ne reste RIEN de l'ancienne structure diocésaine très-chrétienne, à épouser la cause révolutionnaire qui veut faire du passé, table rase !!!
           
        Donc, pour conclure cette question très-importante de la structure de droit divin des diocèses de France d'Ancien-Régime : leur restructuration faisant table rase de leur socle très-chrétien sans l'accord de leurs époux légitimes, à savoir les évêques d'Ancien-Régime, était radicalement invalide, tant sur le plan théologique que canonique...
           
        Certes, il est vrai d'autre part, que sur ce sacrilège, le pape légitime a créé ex nihilo d'autres diocèses qui ne peuvent être, quant à eux, que légitimes puisque le pape l'est et qu'il est le maître de la juridiction universelle. Mais comme le souligne fort bien l'auteur de l'article de Wikipedia que nous venons de lire, les titulaires de ces nouveaux diocèses ne peuvent plus dire qu'ils sont les successeurs des évêques très-chrétiens d'avant le Concordat sacrilègement destructeur, ni remonter aux glorieuses assises de leur fondation, "par exemple, l'archevêque de Lyon a comme plus lointain prédécesseur non pas les saints Pothin et Irénée, mais le cardinal Fesch" (ibid.).
           
        Ceci soulève d'ailleurs une question extrêmement grave, celle de la Note d'Apostolicité des Églises concordataires, depuis 1801. Celles-ci l'ont-elles... encore ? Gardons-nous bien de répondre par la négative, car comme aucune église catholique ne saurait l'être sans posséder la Note d'Apostolicité, alors, si les églises concordataires ne la possédaient pas, cela équivaudrait à dire qu'elles ne sont... pas catholiques ! Le vrai, sur le sujet, c'est qu'elles sont en possession de la Note d'Apostolicité, effectivement, mais non plus par l'Apôtre qui fonde les antiques églises de France (par exemple, saint Jean Apôtre, d'où est très-probablement issue l'apostolicité de l'évêque saint Pothin, premier évêque de la ville et du diocèse de Lyon), désormais toutes le sont uniquement par le seul Apôtre Pierre, puisqu'elles reçoivent toutes leur institution canonique par le pape Pie VII. Mais cette nouvelle institution n'était pas que seulement apostoliquement pétrinienne, elle était en même temps, par le même acte concordataire, ayons garde de l'oublier, prostituée obligatoirement à un État constitutionnellement athée, pervertie dans ses Mœurs, entachée hérétiquement de l'attentat contre le criterium paulinien de la validité des puissances politiques...
           
        Non seulement donc, pour conclure ce chapitre, la destitution des évêques français d'Ancien-Régime attaquait en son cœur la Constitution divine de l'Église, comme nous l'avons vu plus haut et comme nos évêques Réclamants le soulignent à si juste titre dans leurs Réclamations, etc., mais encore bien, ne l'attaquait pas moins la destruction puis restructuration radicales des diocèses français par le Concordat. Tous deux en effet étaient actées sans le moindre accord des époux desdites églises et diocèses, à savoir leurs évêques légitimes, ce qui était théologiquement formellement proscrit et rédhibitoire.
 
 
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        C'est donc bien à partir du Concordat que l'Église-Épouse du Christ est "faite péché pour notre salut" (II Cor V, 21), qu'elle vit dès lors dans la "si grande contradiction" (He XII, 3), sous "la puissance des ténèbres" (Lc XXII, 53), autrement dit qu'elle rentre dans l'économie spécifique de la Passion du Christ, pour vivre "LA PASSION DE L'ÉGLISE" et, in fine, à la toute-fin du processus, en mourir de mâlemort sous le règne de l'Antéchrist-personne. On ne s'en rendit absolument pas compte lors du Concordat et après, parce que cette mise de l'Église dans le "être fait péché pour le salut" co-Rédempteur fut vécu occultement de 1801 jusqu'au concile Vatican II, seulement au niveau des Mœurs ecclésiales, la Foi restant contradictoirement encore sauve au for externe public et ecclésial des choses, trompant ainsi toutes les âmes, on ne s'en rendit généralement compte qu'au moment fatidique où la corruption des Mœurs ayant infesté et infecté occultement la Foi pendant plus d'un siècle et demi, la corruption de la Foi perça soudainement et brutalement à Vatican II dans les années 1961-65, comme elle avait spectaculairement et non moins brutalement percé au niveau des seules Mœurs, en 1801. Et toujours, remarquons-le bien, par un pape, Pie VII puis Paul VI... tant il est vrai que le poisson, qui fut pris comme symbole du christianisme dans la primitive Église, pourrit par la tête. Tout le mouvement tradi, par exemple, a fondé sa juste et légitime réaction à l'hétérodoxie de Vatican II sans prendre du tout conscience, à commencer par Mgr Marcel Lefebvre, de ce grand point : le premier épisode de "la crise de l'Église" qui donc est "PASSION DE L'ÉGLISE", est le Concordat napoléonien et nullement Vatican II, qui n'en est que subséquente et lointaine suite et débouché débauché... 
           
        Certains voudront sûrement opposer à la prostitution concordataire de l'Église de France après 1801 par laquelle elle est très-véritablement "faite péché pour notre salut", les nombreux saints qui ont surgi en son sein durant tout le XIXème siècle, et puis encore l'immense élan missionnaire qui remplit surtout la dernière moitié de ce siècle immédiatement post-concordataire, jusqu'au martyr de tant de ses saints membres. L'objection est facile à faire, mais plus encore ficelle, de bien peu de portée. Un mot, un, seulement, sera suffisant pour détruire l’amalgame vicieux qu’on prétend faire en mettant les saints du XIXème siècle dans la charrette concordataire. Ce constat qu’il y eut de nombreux saints au XIXe siècle, ce qui est parfaitement vrai, en vérité, ne prouve absolument rien quant à démontrer que Dieu cautionne le Concordat. De tout temps, en effet, Dieu avait prévu de susciter des saints pour ce XIXème siècle. Mais ce n’est pas parce que les hommes ont prévariqué à la fin du XVIIIème siècle, qu’Il va rapporter son plan, Lui, Dieu, Il l’exécute, Il envoie les saints qu’Il avait prévu d’envoyer pour ce temps ecclésial. Cela ne fait que prouver que l'Église concordataire est toujours inhabitée du Saint-Esprit qui donne toujours sa grâce à qui veut être saint, son Action est toujours là, quand bien même le vers est désormais dans le fruit, quand bien même cette Église est désormais "faite péché pour notre salut", vivant désormais l'économie de "LA PASSION DE L'ÉGLISE".
           
        Il n’y a donc là nulle caution de la part des saints, encore moins de Dieu, apportée au Concordat de l’abomination de la désolation dans le Lieu-Saint. C'est comme si on disait, pour justifier Vatican II et sa dérive doctrinale, que puisqu'il y a encore des saints dans l'Église moderne, ce que donc Mgr Strickland, pour sa très-édifiante part, vérifie, comme je l'ai fait remarquer en commençant ces lignes, donc cela prouverait que Vatican II ne peut être mauvais ! On voit tout-de-suite la fausseté intrinsèque du raisonnement. En vérité, cet argument qu'on croit pouvoir soutenir ne pourrait être fondé et prouver que Dieu approuve et même suscite le Concordat que si, et seulement si, Dieu avait donné un saint au XIXème siècle avec mission publique spéciale et expresse d'enseigner que Dieu approuvait le Concordat, que c'était un moyen de salut voulu par Lui… Mais est-il besoin de préciser que le XIXème siècle n’enregistre AUCUN "saint" de cet acabit-là, pas le plus petit, pas un seul, je mets bien au défi tout concordataire de m’en citer un seul ou une seule...!! La plupart des saints suscités par Dieu pour cette malheureuse époque, n’ont-ils pas, tout au contraire, réparé d'une manière pratique autant qu’ils ont pu les désordres révolutionnaires près des peuples ? Réparer les désordres, c’est bien autre chose que les agréer en cautionnant Napoléon et son Concordat (car il est bien plus de lui que du pape), qui faisaient passer dans la vie des peuples les principes révolutionnaires qui les avaient produits, ces désordres !
           
        Et puis, je rappelle qu'à Pontmain, en 1870, lorsque tout prêtre français était encore sous le régime concordataire de 1801, la très-sainte Vierge se mit aussitôt sur la grande défensive dès que le curé Guérin, le prêtre de Pontmain, pourtant saint en son privé, arriva sur le lieu de l'Apparition, exactement comme si elle avait affaire à un ennemi potentiellement mortel ! La très-sainte Vierge n'était pas dupe. Quand bien même le prêtre de Pontmain était un saint prêtre en son for privé, elle n'en avais pas moins affaire, quant à son for public, à un prêtre... concordataire, donc parfaitement ennemi de son Fils sous ce rapport ! Et c'est ce qu'elle manifesta dans l'appareil de l'Apparition (cf. https://eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/le-saint-abbe-guerin-cure-de-pontmain-aux-temps-des-apparitions-a-t-il-plu-en-tout-a-la-tres-sainte-vierge-et-au-bon-dieu?Itemid=1). Et puis, et puis, trente ans auparavant, lorsqu'elle apparaissait à La Salette, pourquoi fustigea-t-elle d'importance le clergé français en général, en le traitant de "cloaque d'impureté" ? On ne peut pas dire qu'à cette époque il s'agissait de l'impureté charnelle des prêtres, comme hélas la nôtre l'enregistre, Notre-Dame de La Salette ne pouvait donc dénoncer là, dans les prêtres de France, que l'impureté concordataire...
 
 
 Blason du Plessis dArgentré2
 
Blason des Du Plessis d'Argentré
       
        J'ai eu grand'plaisir à découvrir, en listant les trente-huit signataires de ces Réclamations, etc., Messeigneurs DU PLESSIS D'ARGENTRÉ, Louis-Charles (1723-1808), évêque de Limoges, et Jean-Baptiste (1720-1805), évêques de Séez, deux frères ayant trois ans d'écart entre eux et qui se sont beaucoup suivis dans la vie, tant pour leurs études, leurs carrières ecclésiastiques très Ancien-Régime, que lorsqu'il s'est agi pour tous deux d'émigrer ensemble en Allemagne très-peu de temps après que la Révolution éclata. En effet, le bien-fonds familial des du Plessis d'Argentré est devenu précisément la commune que j'habite... ARGENTRÉ-DU-PLESSIS !
           
        Le comportement de Mgr Louis-Charles du Plessis d'Argentré, d'ailleurs, quant à la grande affaire du Concordat, est fort instructif et même édifiant, au moins dans les grandes diagonales. Ainsi qu'on l'a vu, "[il] signe d'abord, avec trente-sept autres évêques français [dont son frère Jean-Baptiste], des remontrances qui sont adressées à Pie VII. Mais, craignant un schisme qui serait fatal à l'Église, il fait passer, le 20 février 1802, aux fidèles de son diocèse, un avertissement, avec des instructions pour les vicaires généraux et pour le clergé : il reconnaît le nouvel évêque qui est entré en fonctions avec l'autorisation du pape, il retire ses pouvoirs aux vicaires généraux que lui-même a institués. Par suite de cette décision, il n'y eut presque point d'ecclésiastiques dissidents dans ce diocèse, et l'ancien évêque fut constamment en relation avec son successeur l'évêque concordataire Jean-Marie-Philippe Dubourg" (https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Charles_du_Plessis_d%27Argentr%C3%A9).
           
        Cette attitude de Mgr Louis-Charles du Plessis d'Argentré est très-intéressante, quoiqu'elle n'aille pas jusqu'au bout de la question, qui est de comprendre que par le Concordat, l'Église Universelle, pour commencer, seulement dans sa portion française, est rentrée dans l'économie de "LA PASSION DE L'ÉGLISE". Elle relève en tous cas d'une grande sagesse, et me fait penser à l'attitude de Mgr Marcel Lefebvre lors du concile Vatican II. Dans sa biographie monumentale sur le fondateur de la Fsspx, Mgr Tissier de Mallerais révèle en effet dans un endroit que Mgr Lefebvre a lutté à de nombreuses reprises, tant qu'il a pu, contre le décret de la Liberté religieuse, pour qu'il ne soit pas promulgué, dénonçant à si juste titre son caractère doctrinalement hérétique ; mais dès qu'il apprit que le pape, Paul VI, l'avait signé et promulgué, il se résigna et s'obligea immédiatement à le signer lui-même, mais seulement en signe d'union avec le pape actuel légitime, Paul VI, faisant toute expresse réserve sur l'orthodoxie dudit décret. Et la raison de l'attitude qu'il donna de sa conduite était très-louable : il s'appuyait sur la raison théologique très-forte qu'on ne saurait s'opposer au pape légitime actuel sur le plan doctrinal. En droit théologique, rien de plus catholique, et même édifiant, c'était tout-à-fait exact.
           
        Et précisément, nous devons avoir la même attitude quant au Concordat. Et c'est donc l'attitude adoptée, on vient de le voir, par Mgr Louis-Charles du Plessis d'Argentré. Premièrement, le Concordat est intrinsèquement mauvais et pervers, car,  il corrompt formellement les Mœurs des fidèles en les obligeant à reconnaître la validité à un pouvoir politique qui ne l'est pas, ce qui est pécher contre le criterium catholique de validité des sociétés politiques enseigné par saint Paul. De là, évidemment, résulte que dorénavant les catholiques sont donc obligés de professer et pratiquer l'hérétique indifférentisme religieux au for public, que professe et pratique ledit pouvoir politique mauvais, nonobstant toutes autres très-mauvaises lois qu'il tire de son mauvais fond constitutionnel. De plus, et, théologiquement, c'est encore plus grave, le Concordat attente hérétiquement à la Constitution divine de l'Église quant à l'Ordre épiscopal, tant sur le plan de la destitution des évêques légitimes que quant à celui de la restructuration des diocèses. Mais deuxièmement, ce qui est aussi sûr, c'est qu'il est promulgué par un pape légitime, Pie VII, et nous devons donc, en tant que catholiques respectant l'intégralité des exigences de la Foi, l'accepter, en tant qu'instrument crucificateur de l'Église-Épouse, comme les clous fixant mains et pieds du Christ sur la croix jusqu'à ce que mort s'ensuive, usque ad mortem...
           
        En fait, face au Concordat, il y a deux écueils dont il faut se garder avec soin, à savoir : soit le sédévacantisme, c'est-à-dire faire schisme avec Pie VII et l'Église Universelle, comme un seul Évêque Réclamant cependant, il est bon de le rappeler et de le souligner, l'a possiblement fait parmi les anticoncordataires (tous les Évêques Réclamants qu'on a vu, même Mgr de Coucy, ont fini par se rallier au pape Pie VII, parfois à l'article de la mort, comme Mgr de Lauzières-Thémines, et aucun n'a fini sa vie dans le schisme sédévacantiste, sauf peut-être, semble-t-il, mais c'est fort loin d'être sûr, Mgr Louis-André de Grimaldi) ; soit tout au contraire blanchir à la chaux pharisienne le péché concordataire (... comme les Ralliés l'ont fait pour la Liberté religieuse de Vatican II...), vouloir voir blanc ce qui est très-objectivement noir, comme tous les cathos l'ont fait à partir du Concordat jusqu'à nos jours, qu'ils soient modernes ou tradis, en voulant connoter comme très-orthodoxe la nouvelle doctrine concordataire moderne qui veut que tout pouvoir politique, quelqu'il soit, est de soi valide, même ceux qui ne sont pas constitutionnellement ordonnés au Bien commun, ce qui est hérétique et contraire à l'enseignement catholique de saint Paul.
           
        La seule vraie et équilibrée solution théologique de "la crise de l'Église" déjà manifestée par le Concordat, bien avant donc Vatican II qui voit la même problématique, consiste et réside dans "LA PASSION DE L'ÉGLISE" : d'abord, premièrement, reconnaître le péché ecclésial soit concordataire soit conciliaire ; ensuite, connoter ce péché ecclésial de simplement matériel et sans coulpe, comme étant le signe topique de la mise de l'Épouse du Christ dans l'économie de la Passion du Christ, celle-ci étant, par cesdits actes concordataire puis conciliaire, "faite péché pour le salut" (II Cor V, 21). Et enfin, vivre et mourir quant à soi, en union avec saint Jean et les saintes femmes au pied de la croix, la Passion, sans reniement laxiste de la Foi, sans non plus de durcissement stérile...
 
Mgr Joseph Strickland Diocese of Tyler
           
        En conclusion générale de mon long article, et pour revenir sur l'actu qui buzze et le buzz de l'actu, je vais citer la belle lettre ouverte aux fidèles que Mgr Joseph Strickland a publié le 27 novembre dernier, laquelle permet de bien faire le point sur sa............... "des-ti-tu-tion" (Tonton, pourquoi tu tousses ?, comme disait Fernand Raynaud) :
           
        "Comme vous l'avez certainement appris, j'ai été démis de mes fonctions d'évêque du diocèse de Tyler. On m'a demandé de rencontrer le nonce apostolique aux États-Unis et, au cours de cette réunion, on m'a lu la liste des raisons pour lesquelles j'étais démis de mes fonctions. Je mettrais ces raisons à votre disposition si cela était possible ; cependant, je n'ai pas reçu de copie de cette liste à ce moment-là, et je n'ai pas encore été en mesure d'en obtenir une malgré mes demandes.
           
        "Dans les raisons qui m'ont été lues, aucune mention n'a été faite de problèmes administratifs ou d'une mauvaise gestion du diocèse pour justifier mon renvoi. Les raisons invoquées semblaient être liées, pour la plupart, au fait que je disais la vérité sur notre foi catholique et que je mettais en garde contre tout ce qui menaçait cette vérité (y compris les questions soulevées lors du Synode sur la synodalité). On a également mentionné le fait que je n'ai pas accompagné mes frères évêques lorsque j'ai défendu l'Église et ses enseignements immuables, et que je n'ai pas mis en œuvre le motu proprio Traditionis custodes. Si je l'avais mise en œuvre, j'aurais dû laisser une partie de mon troupeau sans nourriture et sans soins. En tant que berger et protecteur de mon diocèse, je ne pouvais pas prendre des mesures dont je savais avec certitude qu'elles porteraient préjudice à une partie de mon troupeau et le priveraient des biens spirituels que le Christ a confiés à son Église. Je maintiens mes actions car elles étaient nécessaires pour protéger mon troupeau et défendre le dépôt sacré de la foi.
           
        "C'est le moment où tout ce qui est actuellement couvert doit être découvert et où tout ce qui est actuellement caché doit être clarifié. En fait, c'est à l'époque où l'on cachait des choses concernant le cardinal Theodore Mc-Carrick, aujourd'hui en disgrâce, et le scandale des abus sexuels de l'Église, que je suis apparu pour la première fois dans le collimateur du Vatican. Mon principal crime, hier comme aujourd'hui, semble avoir toujours été de mettre en lumière ce que d'autres voulaient garder caché. Malheureusement, il semble aujourd'hui que c'est la Vérité elle-même, notre Seigneur Jésus-Christ, que beaucoup souhaitent voir cachée.
           
        "Même si je n'ai plus de diocèse, je suis toujours un évêque de l'Église et donc un successeur des apôtres, et je dois continuer à dire la Vérité, même si cela exige ma propre vie. Je veux vous dire ceci à tous aujourd'hui : ne quittez jamais, jamais, jamais l'Église ! Elle est l'Épouse du Christ ! Elle est en train de vivre sa Passion, et vous devez vous résoudre à vous tenir résolument à la croix ! Il est important d'assister à la messe tous les dimanches et aussi souvent que possible, de passer du temps en adoration, de prier le rosaire tous les jours, de se confesser régulièrement et d'appeler toujours les saints à l'aide ! Je vous exhorte à persévérer afin de pouvoir dire à la fin : "J'ai combattu le bon combat jusqu'au bout, j'ai couru la course jusqu'à l'arrivée, j'ai gardé la foi".
           
        "Que Dieu tout-puissant vous bénisse et que notre sainte et bienheureuse Mère intercède pour vous et vous renvoie toujours à son Divin Fils Jésus en ce temps de l'Avent.
           
        "Je reste votre humble père et votre serviteur,
 
            "L'évêque Joseph E. Strickland"
           
           
        ... "Ne quittez jamais, jamais, jamais, l'Église ! Elle est l'Épouse du Christ !" Voilà qui fait penser à l'admirable image empruntée par le cardinal Zen pour faire comprendre le devoir catholique de rester dans l'Église, quand bien même son âme est déchirée de voir son Église chinoise être abominablement crucifiée par un concordat chinois qui n'est rien d'autre qu'un énième scandaleux copier-coller du Concordat napoléonien : "Quand un enfant reçoit une fessée par sa mère, loin de s'en éloigner, il se colle à elle, s'agrippe en pleurant à ses jupes"...
           
        Monseigneur Strickland au Rome Life Forum 2023, a eu également une autre très-belle parole : "Les catholiques qui vivent cette crise doivent se rappeler qu’ils sont nés pour cela". Voilà une parole très-inspirée, qui rejoint celle que le Christ prononça pour Lui-même lorsqu'il eût à vivre et mourir sa Passion : "Maintenant Mon âme est troublée [car le moment où je dois vivre ma Passion est arrivé pour Moi]. Et que dirai-Je ? Père, délivrez-Moi de cette heure. Mais c'est pour cela que Je suis arrivé à cette heure" (Jn XII, 27).
           
        D'une certaine manière ou plutôt d'une manière certaine, on pourrait dire, comme pour le Christ : c'est pour vivre la Passion à la fin des temps, que le chrétien est né il y a 2 000 ans...
           
        N'est-ce pas cela, "la largeur, et la longueur, et la sublimité, et la profondeur du mystère du salut" (Eph III, 18) manifesté de nos jours dans et par "LA PASSION DE L'ÉGLISE"...?
 
En la très-grande fête de
L'IMMACULÉE-CONCEPTION,
Ce 8 décembre 2023,
Vincent Morlier,
Écrivain catholique.
 
 
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"Que soy era Immaculada Councepciou"
 
 
08-12-2023 08:12:00
 

La Foi très-schismatique de Mgr Carlo-Maria Viganò ― Précis d'Histoire sur le grand-schisme d'Occident, d'où l'on tire que l'anti-pape Clément VII ne fut pas approuvé par l'Église Universelle, Mgr Viganò s'abusant fort en disant le contraire

 
 
 
La Foi très-schismatique
de Mgr Carlo-Maria Viganò ―
Précis d'Histoire sur le grand-schisme d'Occident,
d'où l'on tire que l'anti-pape Clément VII
ne fut pas approuvé par l'Église Universelle,
Mgr Viganò s'abusant fort en disant le contraire.
 
 
        Mgr Viganò vient de lancer il y a quelques jours, le 3 octobre dernier, une très-violente diatribe contre le pape François, un brûlot qu'il voudrait ardemment voir enflammer toute la Chrétienté.
 
        Cependant, à le lire, on ne peut manquer de constater non seulement le ton très-passionnel de son propos virulent, quoique en très-grande partie justifié au niveau factuel de ce qu'il reproche au pape François, mais surtout son incompréhension totale de "la crise de l'Église", dont le fond est d'être "PASSION DE L'ÉGLISE" (il en parle évasivement, certes, en finale, mais sans savoir ce qu'elle est, comme je l'expose au lien suivant : https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/13-la-passion-de-l-eglise/7-la-passion-de-l-eglise-2). Il en veut évidemment toujours énormément, avec bien de la rancœur, c'est manifeste et, au reste, cela, humainement parlant, peut se comprendre aisément, au pape François qui a méprisé le rapport complet qu'il lui avait envoyé concernant l'affaire du scandaleux cardinal Mc-Carrick...     
      
        Mais d'une manière générale, tout ce qu'il reproche à François, en termes de scandales contre la Foi, par exemple son allégeance au mondialisme, peut très-bien être reproché également à tous les papes modernes sans exception, singulièrement bien sûr, à ceux vaticandeux et post. Tout focaliser "la crise de l'Église" sur la seule personne, certes catholiquement très-peu aimable, de Jorge Mario Bergoglio, comme le fait Mgr Viganò, montre le déséquilibre tendancieux, fanatique et hélas passionnellement haineux, de son analyse.
 
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        Cette diatribe est de plus toute entachée du péché en soi mortel de schisme, ce qui est beaucoup plus grave. Mgr Viganò ose en effet soutenir, par des raisons théologiquement toutes plus fausses les unes que les autres, l'invalidité de l'élection pontificale de François au Siège de Pierre en 2013, ou à tout le moins la possibilité très-grande qu'il en soit ainsi, fort notamment en professant la soi-disant non-valeur de l'approbation par l'Église Universelle du pape actuel au Siège de Pierre, comme criterium primordial à retenir prouvant formellement la validité de toute élection pontificale, et bien sûr de celle de François qui en a bénéficié et en bénéficie toujours et encore, à l'heure où Mgr Viganò a écrit ses lignes erronées et à celle où j'écris maintenant les miennes, rectificatrices. Car, théologiquement, c'est de l'Église Universelle que dépend, et d'elle seule, la validité ou l'invalidité de toute élection pontificale (je n'ai pas lu Mgr Schneider qui soutient lui aussi cette doctrine catholique, au rapport de Mgr Viganò, et c'est bien à tort qu'il le contredit sur cela dans son texte).           
           
        Mais une fois hérétiquement évacué le criterium de l'Église Universelle pour savoir si un pape l'est ou ne l'est pas, ne reste plus alors, l'hérésie appelant l'hérésie, que le libre-examen hétérodoxe de la Foi du pape et le jugement subséquent de déchéance pontificale qu'on en fait, sans avoir aucune autorité pour le faire, si l'on juge que cette foi pontificale est hérétique. Mgr Viganò, hélas pour lui, n'y manque bougrement pas, et après avoir jugé que la Foi de François est hérétique, il le déchoit ou appelle véhémentement dans sa diatribe à le faire (certes, tout catholique peut et même doit faire le constat de l'hérésie dans le Magistère des papes modernes, pas seulement celui de François, mais ce n'est qu'un constat intellectuel qui ne donne aucun pouvoir pour déchoir les papes modernes : théologiquement, seul le Sacré-Collège cardinalice dans sa majorité canonique des deux/tiers plus un peut déchoir un pape en place ; le constat seulement intellectuel de l'hérésie dans le Magistère des papes modernes n'est que le premier palier, l'amorce, pour commencer une bonne réflexion de Foi qui, menée à excellente fin, doit aboutir à comprendre et vivre "LA PASSION DE L'ÉGLISE", cedit constat ne doit pas pousser à s'engouffrer violemment tête baissée, avec colère réprouvée, aveuglement et orgueil, dans le schisme sédévacantiste, comme taureau impulsif et passionnel qui fonce sans réflexion sur chiffon rouge).           
           
        En cela, Mgr Viganò adopte une attitude schismatique très-dangereuse pour la pureté de la Foi, attitude qui a été anathématisée dans les hussites et autres wicliffistes, ces pré-protestants, par les Pères du concile de Constance, anathème dont on ne manquera pas de remarquer qu'il foudroie tout le raisonnement de fond de sa diatribe. Jean Hus, par exemple, condamné par le Concile de Constance, professait : "Ce n'est pas parce que les électeurs [du pape], ou une grande partie d'entre eux, ont acclamé telle personne d'après l'observation des hommes, que cette personne est légitimement élue [pape] ; ce n'est pas pour cela qu'il est le vrai et manifeste successeur et vicaire de l'apôtre Pierre, ou dans l'office ecclésiastique d'un autre apôtre. Par conséquent, si les électeurs ont bien choisi ou mal choisi, nous devrions le croire suivant les œuvres de celui qui a été élu : car c'est pour la raison précise que quelqu'un agit selon le bien de l'Église d'une manière pleinement méritoire, qu'il détient cette faculté de Dieu [d'être vrai pape]" (26ème ERREUR).           
           
        Nous sommes là les pieds en plein dans la double hérésie sédévacantiste adoptée par Mgr Viganò, qui professe non seulement que c'est la mise en œuvre du Bien-Fin de l'Église qui est la règle prochaine de la légitimité pontificale mais qui en plus s'arroge le pouvoir de juger si le pape opère ou bien non cedit Bien-Fin de l'Église, et donc s'il est vrai pape ou bien non. Mgr Viganò le formule très-clairement, hélas : "Ainsi, en prenant acte du fait que Bergoglio est un hérétique - et Amoris Lætitia ou sa déclaration sur l'immoralité intrinsèque de la peine capitale suffiraient à le prouver - nous devons nous demander si l'élection de 2013 a été en quelque sorte invalidée par un défaut de consentement, c'est-à-dire si l'élu a voulu devenir pape de l'Église catholique". Et d'insister lourdement, en citant à l'appui Matth VII, 16-20 : "Vous les connaîtrez par leurs fruits. Cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des ronces ? Ainsi, tout bon arbre produit de bons fruits ; mais le mauvais arbre produit de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut produire de mauvais fruits, ni un mauvais arbre produire de bons fruits. Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu. Vous les reconnaîtrez donc à leurs fruits". Tirez la chevillette du raisonnement, et la bobinette cherra : puisque le pape François produit de mauvais fruits, il n'est donc pas pape, quand bien même le Saint-Esprit l'a adoubé infailliblement comme vrai pape, verus papa, par l'organe transparent de l'Église Universelle représentée par les cardinaux dans leur majorité canonique...           
           
        Or, on vient de le lire, les Pères de Constance anathématisent dans Jean Hus cette proposition comme étant... hérétique. Wycliff, dans une proposition hérétique similaire, est lui aussi condamné par le Concile de Constance, cette fois-ci sous forme de question : "[Les partisans de Wycliff] croient-ils que le pape canoniquement élu, qui a vécu quelque temps, après avoir exprimé son propre nom, est le successeur du bienheureux Pierre, possédant l'autorité suprême sur l'Église de Dieu ?" (24ème ERREUR). Remarquons avec soin que dans cette formulation, il n'est nullement question, pour les Pères de Constance, du criterium de la Foi pour décider si un pape l'est ou bien non, mais uniquement du criterium de l'Église Universelle qui "élit canoniquement" ; or, le sédévacantiste se trompe hérétiquement précisément en mettant le criterium de la Foi à la place de celui de l'Église Universelle assistée du Saint-Esprit, qu'il ose considérer blasphématoirement comme inexistant. Le Concile de Constance pose cette question aux partisans de Wyclif, précisément parce qu'ils ne croient pas que le pape canoniquement élu est avec certitude le successeur de Pierre, mais que sa légitimité est conditionnée par ses œuvres.           
           
        Il est clair que le Concile de Constance, dans ces deux hérésies de Jean Hus et Wicliff, condamne l'affirmation selon laquelle un pape canoniquement élu n'est pas pape avec certitude, nonobstant toute considération de Foi. Ce qui signifie a contrario qu'on doit reconnaître comme successeur de Pierre la personne canoniquement élue par l'Église Universelle, et que cette dernière l'est en toute certitude théologique, nonobstant tout criterium de Foi.           
           
        Donc, la doctrine de la reconnaissance ecclésiale universelle du pape actuel comme règle prochaine de la légitimité pontificale, est la Foi de toute l'Église, et, dans nos derniers temps modernes, les cardinaux Billot et Journet, dans leurs travaux théologiques, n'ont rien fait d'autre que d'exprimer cette Foi de l'Église, à croire sous peine d'anathème formel.
 
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        Mais, dans sa diatribe, comme si cela ne lui suffisait pas d'épouser l'hérésie sédévacantiste dans la mauvaise compagnie des Hus et des Wicliff, Mgr Viganò aggrave son péché schismatique en osant soutenir effrontément que l'Église Universelle se serait trompée en reconnaissant comme vrai pape le premier antipape du grand-schisme d'Occident, Clément VII, ce qui donc, suivez son regard, prouverait bel et bien que l'Église, même dans son universalité, ne serait pas infaillible lorsqu'elle reconnaît un tel pour le Vicaire du Christ actuel. Voilà qui, premièrement, est un pur blasphème contre le Saint-Esprit qui assiste infailliblement en permanence l'Église Universelle depuis la Pentecôte jusqu'à la fin des temps, très-singulièrement dans toute élection pontificale, blasphème doublé, dans le cas cité, d'un pur mensonge historique en ce qui concerne l'antipape Clément VII. Celui-ci, en effet, n'a absolument pas été le sujet d'une approbation par l'Église Universelle de son anti-papauté comme si elle était la vraie, jamais et à aucun moment de l'histoire certes fort tourmentée, bousculée, du grand-schisme d'Occident, nous l'allons voir ensemble sans tarder.           
           
        Ayant en effet déjà énormément écrit pour bien asseoir le caractère certain et indubitable de la règle prochaine de la Légitimité pontificale, en avant et par-dessus toute autre règle ou loi, à savoir la Reconnaissance par l'Église Universelle de la qualité de pape actuel sur un tel, Église Universelle représentée ordinairement, pour cet acte capital, par le Sacré-Collège cardinalice dans sa majorité canonique des deux/tiers plus un, je ne me fatiguerai pas à le rappeler ici de nouveau, je renvoie le lecteur à mes écrits très-nombreux sur le sujet, qui, en long et en large, le démontrent formellement et surtout irréfutablement (voir, par exemple, ma démonstration théologique de l'intégration de cette loi fondamentale dans le Magistère ordinaire & universel, toujours doté de l'infaillibilité ecclésiale et à croire de Foi, de fide, sous peine d'anathème ipso-facto, au début de cet article : https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/la-fable-s-d-vacantiste-mensong-re-de-la-bulle-de-paul-iv-et-de-son-contexte-historique?Itemid=1 ; on lira aussi avec beaucoup de fruit l'article suivant : https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/o-se-situe-lacte-de-droit-divin-qui-fait-certainement-le-pape-actuel-chez-les-cardinaux-qui-l-lisent-canoniquement-dans-le-conclave-ou-chez-les-v-ques-de-lorbe-catholique-qui-approuvent-a-posteriori-l-lection-des-cardinaux-?Itemid=1).           
           
        À un certain moment de la discussion avec ceux qui rejettent la vérité (qui est toujours Jésus-Christ Lui-même, en Personne, "Je suis la Voie, la Vérité et la Vie" ― Jn XIV, 6 ; et plus elle est importante, cette vérité, plus elle EST Jésus-Christ), il ne convient plus, en effet, devant leur mauvaise foi, de la leur présenter à nouveau et plus longtemps : par le long laps de temps pendant lequel la bonne doctrine leur a été sans cesse et de nombreuses fois exposée (... plus de vingt-cinq ans, en ce qui me concerne...) et qu'ils ont sans cesse méprisée perseverare diabolicum, ils se montrent indignes qu'on la leur réexpose une énième nouvelle fois, ce serait même fautif de continuer à le faire, n'étant désormais plus, selon le mot cinglant du Christ Lui-même, que des "chiens et des pourceaux" (Matth VII, 6). C'est l'attitude adoptée par Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même devant ses ennemis de mauvaise foi, lorsqu'Il comparaît devant eux dans la nuit du Jeudi-Saint, attitude qu'à Sa divine suite, j'adopte donc moi-même. Lorsque le grand-prêtre Caïphe ose Lui demander quelle était sa doctrine, alors que Jésus l'avait sans cesse moult prêchée publiquement pendant trois ans dans leurs synagogues et que donc Caïphe et les anciens du peuple ne pouvaient que la connaître, Jésus les renvoie abruptement à ce qu'Il en avait dit antécédemment et que nul ne pouvait ignorer, surtout pas eux : "Cependant, le grand prêtre interrogea Jésus sur Ses disciples et sur Sa doctrine. Jésus lui répondit : «J'ai parlé ouvertement au monde ; J'ai toujours enseigné dans la synagogue et dans le temple, où tous les Juifs s'assemblent, et Je n'ai rien dit en secret. Pourquoi M'interroges-tu ? Demande à ceux qui M'ont entendu ce que Je leur ai dit ; eux, ils savent ce que J'ai dit»" (Jn XVIII, 19-21).           
           
        Je me contenterai donc ici, dans ce nouvel article, de dénoncer l'erreur historique flagrante dont, pour sa grande honte, se rend coupable Mgr Viganò, à savoir que l'antipape Clément VII aurait soi-disant été approuvé comme vrai pape par l'Église Universelle, ce qui est totalement faux, et par rebond, effet boomerang, cette erreur démasquera le péché de schisme que commet Mgr Viganò en refusant de se soumettre quant au pape François à la grande loi fondamentale basée sur les fondements premiers mêmes de la Constitution divine de l'Église en ce qui concerne la légitimité des élections pontificales, à savoir, l'infaillibilité de la Reconnaissance ecclésiale universelle de la qualité de Pontife romain actuel sur un tel, encore appelée pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, qui est toujours et à chaque fois, un fait dogmatique doté de l'infaillibilité.
 
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        Commençons à lire cette grande et très-douloureuse page historique par le commencement, c'est-à-dire par le dernier pape siégeant au Siège de Pierre dans la paix de l'Église Universelle, avant que le grand-schisme d'Occident ne la déchirât scandaleusement pendant trente-neuf ans fort pénibles à toute la Chrétienté. Il s'agit de Grégoire XI (1331-1378), dernier pape français à remplir le Siège de Pierre jusqu'à nos jours de fin des temps (avant lui, on compte dix papes français dans la liste des papes) ; et d'aucuns, à juste titre, y verront une punition de Dieu sur la France, car le gravissime péché du grand-schisme d'Occident est à mettre principalement sur la tête orgueilleuse et insoumise des cardinaux français, comme nous l'allons voir.           
           
        À cette époque en effet, rappelons-nous que la France avait une énorme prépondérance dans les affaires du Saint-Siège, jusqu'à attirer sur son sol la papauté à Avignon, ce qui était certes un déséquilibre dans le Plan divin, et les saints d'alors, sainte Catherine de Sienne fort notamment, faisaient tout pour ramener le pape à Rome, là où la Providence divine voulait qu'il dirigeât les destinées de toute la Chrétienté. Précisément, Grégoire XI va obéir en 1377 à cette injonction divine de ramener le Siège de Pierre à Rome, il en avait d'ailleurs l'intention dès 1372, pour que finisse ce que les saints du temps appelaient à juste titre l'exil de Babylone qui, pesons bien la chose, dura autant que l'exil juif antique, soit soixante-dix ans mystiques, de 1305 à 1377, avec une succession de papes uniquement français à Avignon, on aurait vraiment dit que la papauté et le Siège de Pierre étaient devenus et à jamais, exclusivement français ("Les sept papes qui siégèrent à Avignon de 1305 à 1377 sont tous français selon le territoire actuel ; en réalité, ce sont des papes de langue d'oc dont la région d'origine dépendait, soit directement du roi de France, soit du roi d'Angleterre -pour ses terres relevant du roi de France-, soit du comté de Provence -qui relevait du Saint-Empire romain germanique-" ― https://fr.wikipedia.org/wiki/Papaut%C3%A9_d%27Avignon), à savoir : Clément V (1305-1314), Jean XXII (1316-1334), Benoît XII (1334-1342), Clément VI (1342-1352), Innocent VI (1352-1362), Urbain V (1362-1370) & Grégoire XI (1370-1378).           
           
        Mais, quelqu'un an seulement après être revenu à Rome, le pape Grégoire, de santé fragile et très-notamment ébranlé par les incessantes révoltes politicardes brouillonnes et agressives du peuple romain, meurt le 27 mars 1378, presque subitement, à quarante-sept ans seulement. Les cardinaux présents à Rome, peu nombreux (seize seulement), presque uniquement des français (quatre, seulement, sont italiens, et un, espagnol), se réunissent alors le plus canoniquement du monde, pour élire son successeur. Ces seize cardinaux, donc, élisent le plus canoniquement du monde en conclave l'archevêque de Bari, Barthélemy, et celui-ci prend le nom d'Urbain, sixième du nom pontifical. Puis, ils en écrivent aux six cardinaux, tous français, qui étaient encore restés à Avignon après le départ du pape Grégoire à Rome en 1377. Et ceux-ci approuvent tous l'élection. L'élection d'Urbain au Siège de Pierre était donc faite et approuvée à l'unanimité absolue du Sacré-Collège cardinalice composé en tout, lors de la mort du pape Grégoire XI, de vingt-trois membres, bien au-delà donc des théologiquement nécessaires deux/tiers plus un (le seul cardinal qui approuva a-posteriori l'élection pontificale d'Urbain VI, étant absent de Rome lors de l'élection, fut le cardinal d'Amiens : "Venant à Rome, de sa légation de Toscane, le vingt-cinquième d'avril, [il] fut reçu en consistoire comme légat, et salua Urbain comme Pape. Ainsi, il fut reconnu expressément par tous les vingt-trois qui composaient alors le Sacré-Collège. Reconnu par tous les cardinaux, il le fut par tous les royaumes chrétiens, notamment par la France, où l'on trouve plusieurs actes datés de son pontificat" ― Histoire universelle de l'Église catholique, abbé Rohrbacher, t. XXI, p. 2).           
           
        Rohrbacher relate fort bien toute l'affaire dans sa très-célèbre Histoire universelle de l'Église catholique parue au XIXème siècle, et on ne saurait mieux faire, pour bien comprendre le fond de toute l'histoire, que de le suivre :           
           
        "Le pape Grégoire XI était mort le vingt-sept mars 1378. Le dix-neuf du mois d'avril, les seize cardinaux qui étaient à Rome écrivirent aux six qui étaient demeurés à Avignon une lettre où ils disaient : «Afin que vous sachiez la vérité de ce qui s'est ici passé, et n'ajoutiez pas foi à ceux qui vous l'ont autrement rapporté, sachez qu'après la mort de notre seigneur et père, le pape Grégoire XI, de sainte et heureuse mémoire, nous sommes entrés en conclave le septième de ce mois, et le lendemain matin, vers l'heure de tierce, nous avons élu librement et unanimement pour Pape le seigneur Barthélemi, archevêque de Bari, homme distingué par l'éclat de grands mérites et de beaucoup de vertus, et nous avons déclaré cette élection en présence d'une très-grande multitude de peuple. Le neuvième de ce mois, l'élu, intronisé publiquement, a pris le nom d'Urbain, et, le jour de Pâques, il a été couronné solennellement dans la basilique du prince des apôtres, aux acclamations d'un peuple innombrable. Nous vous mandons ces choses, afin que, comme vous avez été affligés de la mort du seigneur Grégoire, vous vous réjouissiez avec nous d'avoir obtenu ce nouveau Père ; car nous espérons de celui dont il tient la place sur la terre, que sous son gouvernement l'état de l'Église romaine et catholique refleurira, et que la foi orthodoxe prendra d'heureux accroissements».           
           
        "Cette lettre est signée des seize cardinaux qui étaient à Rome, notamment de Robert de Genève, fait cardinal-prêtre des douze apôtres en 1371 [... qui deviendra l'anti-pape Clément VII, à propos duquel fantasme hérétiquement Mgr Viganò...], et de l'Aragonais Pierre de Lune, fait cardinal-diacre de Sainte-Marie-en-Cosmedin, l'an 1375 [... qui deviendra le trop célèbre anti-pape Benoît XIII...], l'un et l'autre par le pape Grégoire XI. Le cardinal Robert de Genève écrivit en son particulier à l'empereur, Charles IV, au roi de France, Charles V, au roi d'Angleterre, Richard II, témoignant de la libre élections d'Urbain VI. D'autres cardinaux écrivirent individuellement, dan