La fable sédévacantiste mensongère
de la bulle de Paul IV
et de son contexte historique
 
           
            "Tu es maître en Israël,
et tu ignores ces choses ?"
(Jn III, 10)
           
        "Au sens premier, le mot «fable» désigne l'histoire ou l'enchaînement d'actions qui est à la base d'un récit imaginaire, quel qu'il soit" (Wikipedia). "Récit, propos mensonger, histoire, allégation inventée de toutes pièces" (Larousse). Bref, on l'a compris : la fable fait vivre celui qui la fabrique et celui qui l'écoute dans un univers faux et phantasmatique, qui ne pose pas les pieds par terre dans le réel, elle le fait vivre dans une sorte de... métavers, dirait-on de nos jours antéchristisés qui se dirigent tout droit vers l'enfer virtuel du règne de l'Antéchrist-personne.
           
        Comme chacun sait parmi les catholiques qui se sont méritoirement souciés de "la crise de l'Église", la bulle de Paul IV (Cum ex Apostolatus, du 15 février 1559) est agitée comme gonfanon de combat par les sédévacantistes. Le malheur pour eux, c'est qu'ils lui font dire n'importe quoi, tirant d'elle par exemple un prétendu argument dogmatique pour leur mauvaise cause de soutenir un soi-disant droit de déchoir de leur propre autorité les papes vaticandeux, argument qui, en réalité, n'existe nullement, n'étant rien d'autre que de la poudre de perlimpinpin. La vérité, c'est qu'ils se sont inventés une fable, ils vivent "la crise de l'Église" dans une sorte de métavers...
           
        Il ne va pas être mauvais de revisiter un peu tout cela en fichant le soc de charrue très-profond, plus encore peut-être dans le champ de l'Histoire que dans celui de la théologie, car le libre-examen hérétique de la Légitimité pontificale dans le contexte ecclésial actuel, ... on voudrait certes tellement que François ne soit pas pape !!, et donc avoir LE DROIT de déchoir ou de choisir le pape actuel qui nous convient !!, ressort périodiquement, de nos jours, de bâbord, de tribord, de poupe, de proue, pas forcément d'ailleurs où on l'attendrait, parfois à l'extérieur des murs sédévacs, extra muros, certains cardinaux conservateurs modernes n'hésitant pas même à y recourir...
 
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        C'est la Foi qui fait le pape, est le raisonnement de base du sédévacantiste, ou pour mieux dire son seul raisonnement. Or, c'est un raisonnement théologiquement faux, à la racine, in radice. En effet, ce n'est pas premièrement la Foi qui fait le pape, c'est l'Église Universelle qui fait le pape, plus précisément dit : c'est la désignation par l'Église Universelle d'un tel comme vrai Vicaire du Christ qui le fait pape actuel certainement légitime. Et parce qu'il est certainement le pape légitime actuel puisqu'il est désigné par l'Église Universelle pour l'être, alors il ne peut qu'avoir la vraie Foi, à tout le moins quant à son Magistère pontifical (car, mais ce n'est qu'un cas d'école purement hypothétique et qui n'est jamais arrivé, il est théologiquement possible de supposer un hérétique occulte en son privé pouvoir être vrai pape, le Saint-Esprit l'empêchant de transvaser dans le for public magistériel l'hérésie qu'il couve dans son for privé, du moment qu'il est toujours le sujet désigné par l'Église Universelle pour être le vrai pape ; Pighius, un théologien du temps de saint Robert Bellarmin, et aussi le jésuite Laymann au XVIIe siècle, l'exposent, Laymann en particulier dit très-clairement : "Notons cependant que, bien que nous affirmions que le souverain pontife, en tant que personne privée, est susceptible de devenir hérétique et, par-là, de cesser d'être un vrai membre de l'Église, pourtant, s'il est toléré par l'Église, et publiquement reconnu comme le pasteur universel, il jouirait réellement du pouvoir pontifical, de sorte que tous ses décrets n'auront pas moins de force et d'autorité qu'ils n'en auraient s'il était vraiment fidèle" ― Theol. mor., livre II, tr. I, chap. VI, pp. 145-146).
 
        La Foi magistérielle du pape, théologiquement, est donc subséquente, seconde, par rapport à la désignation par l'Église Universelle pour décider si un tel est pape ou bien non, elle est seulement une subséquence de sa légitime désignation par l'Église Universelle pour remplir le Siège de Pierre, et non une raison première de sa légitimité.
           
        Si donc, pour rentrer dans notre apocalyptique "crise de l'Église", l'on est dans le cas d'un pape hérétique dans son Magistère, le fait qu'il n'a pas la Foi dans son Magistère n'est théologiquement pas le criterium in capite à retenir pour en déduire et professer qu'il n'est pas pape, le seul criterium à retenir pour l'affirmer serait que sa personne ne soit pas le sujet de la désignation par l'Église Universelle pour être le vrai pape actuel, ou qu'il ne le soit plus s'il l'a été, l'Église Universelle cessant à un moment donné de son pontificat suprême de le désigner pour l'être. Or, in casu, tous les papes vaticandeux, de Jean XXIII à François ont dûment bénéficié, et bénéficie toujours quant à François, de la désignation de leur personne par l'Église Universelle pour être le Vicaire du Christ actuel : ils sont donc certainement pape. La solution théologique de "la crise de l'Église" ne passe donc pas par l'illégitimité de leurs pontificats, comme le croient à tort les sédévacantistes.
           
        Voilà en effet la règle prochaine de la Légitimité pontificale, ou pour parler une langue plus moderne son criterium premier et fondamental : la désignation du pape actuel par l'Église Universelle. Et c'est une règle de droit divin absolument intangible en toutes situations (car le droit divin ne souffre aucune exception, sous peine justement, de ne pas pouvoir s'appeler droit divin), la transgresser est par le fait même, ipso-facto, détruire radicalement l'Église telle que le Christ l'a constituée il y a plus de 2 000 ans.
           
        Autrement dit, il est théologiquement complètement faux de dire qu'il suffit de constater de l'hérésie dans le Magistère d'un pape pour en déduire et professer qu'il n'est pas ou plus pape, cette proposition est théologiquement parfaitement hérétique comme supplantant l'Église Universelle, la détruisant purement et simplement dans l'âme de celui qui la professerait. Seule l'Église Universelle a pouvoir et mandat divins de déchoir un pape hérétique dans son Magistère : si elle ne le fait pas, personne ne peut le faire à sa place. Et si quelqu'un s'arroge le droit de le faire à sa place, alors il supprime l'Église Universelle. Mais que resterait-il de la Foi dans l'âme de celui qui inexisterait l'Église Universelle, laquelle est "Jésus-Christ continué" (Bossuet) ? Il n'en resterait évidemment plus rien. C'est pourtant la situation dans laquelle se place le sédévacantiste, la plupart du temps inconsciemment heureusement pour lui. On se retrouve là exactement avec le cas de figure de Luther qui prétendait faire abstraction de l'Église Universelle, se mettant antichristiquement à sa place, pour entendre la Parole de Dieu. Or, il y a des "membres enseignants" mandataires de l'Église Universelle pour dire infailliblement la Parole de Dieu et il y en a aussi pour dire non moins infailliblement qui est, ou qui n'est pas, pape, à toute heure de la vie de l'Église militante, dans son économie du temps des nations et de Rome son centre. Et en-dehors de leur enseignement, il n'y a rigoureusement aucune possibilité d'entendre la Parole de Dieu ou de savoir qui est pape ou qui ne l'est pas. Pour qu'un pape ne soit pas vrai pape, il n'y a donc qu'un seul considérant à prendre en compte, je le répète, c'est à savoir qu'il ne soit pas désigné par l'Église Universelle pour l'être, ou alors que, ayant dûment bénéficié de cette désignation par l'Église Universelle lors de son élection pontificale, elle ne soit pas tacitement reconduite ultérieurement par l'Église Universelle à un moment donné du cours de son pontificat.
           
        Le fait de voir un pape bénéficiant de la reconnaissance par l'Église Universelle de sa qualité de vrai Pontife romain actuel être cependant hérétique dans son Magistère, ne supprime donc absolument pas la certitude de sa légitimité certaine de vrai pape, verus papa, impérée par ladite désignation de sa personne pour être le vrai pape actuel de l'Église catholique, cela ne fait que montrer à tout regard que l'Église-Épouse du Christ est en contradiction avec elle-même dans ses principes constitutionnels. Et rien d'autre.
           
        Impossible, en effet, quant au pape moderne, de supprimer, soit sa légitimité certaine, soit le caractère hérétique de son enseignement magistériel, puisque tous les deux sont fondés sur deux lieux théologiques intouchables, Autorité et Vérité. Et on ne peut certes point supprimer l'Autorité au nom de la Vérité (comme le font les sédévacantistes et les guérardiens), ni non plus faire l'inverse, supprimer la Vérité au nom de l'Autorité (comme le font les lefébvristes et les "ralliés"). Nous sommes donc dans une situation apocalyptique humainement absolument incompréhensible et il ne faut pas s'étonner qu'elle en fasse déjanter plus d'un dans la Foi, par exemple mon dernier article a montré qu'elle fait moult phantasmer blasphématoirement Mgr Williamson (cf. https://eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/Un%20blasph%C3%A8me%20(s%C3%BBrement%20inconscient)%20%20de%20Mgr%20Richard%20Williamson?Itemid=1).
           
        Mais on sort du blasphème si l'on veut bien approfondir sa Foi, et la vivre jusqu'à accompagner le Christ dans sa Passion, jusqu'au pied du Calvaire Rédempteur, y compatir avec la très-sainte Vierge Marie, saint Jean et les saintes femmes. Car, de contradiction, il peut y en avoir de deux sortes dans l'Église : l'une, formelle, signifierait certes que "les portes de l'enfer ont prévalu contre l'Église", ce que la Foi nous enseigne bien sûr être impossible ; l'autre, simplement matérielle, signifie, radicalement aux antipodes extrêmes de la première signification, que l'Église est rentrée dans l'économie de la Passion du Christ, que saint Paul dans l'épître aux Hébreux, nous décrit comme étant une "si grande contradiction" (He XII, 3).
           
        Et bien entendu, la Foi nous enseigne que seule la seconde possibilité peut exister sans aucunement attenter aux fondements de la Constitution divine de l'Église (cf. l'exposé complet de "LA PASSION DE L'ÉGLISE", ici : https://eglise-la-crise.fr/images/pdf.L/ExposePassionEglise2.pdf).
 
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        Après avoir posé la grande loi, la règle prochaine de la Légitimité pontificale, rentrons à présent dans le concret. Puisque l'acte de désignation par l'Église Universelle du Pontife romain actuel est la règle prochaine de la Légitimité pontificale, il nous faut maintenant dire qui a pouvoir de représenter l'Église Universelle dans cet acte de désignation du Pontife romain actuel, ledit acte étant toujours un fait dogmatique, de soi doté de l'infaillibilité. C'est le Sacré-Collège cardinalice, et lui seul, qui, dans sa majorité canonique des deux/tiers plus un, représente, en corps d'Institution, l'Église Universelle lorsqu'elle a, après la mort d'un pape, à poser cet acte de désignation sur un nouveau pape, qui devient pour toute l'orbe catholique, le Pontife romain actuel. Pour ne citer que cela ici, les papes Pie IX et Léon XIII le diront très-clairement, en ces termes dénués de toute équivoque : "Le droit d'élire le Pontife romain appartient uniquement et personnellement aux cardinaux de la Sainte Église romaine, en excluant absolument et en éloignant toute intervention de n'importe quelle autorité ecclésiastique ou de toute puissance séculière, de quelque degré ou condition qu'elle soit" (Pie IX, const. In hac sublimi, 10 des calendes de septembre 1871 & Consulturi, 10 octobre 1877 ; Léon XIII, const. Praedecessores Nostri).
           
        Puisque, pour l'acte de désignation du Pontife romain actuel, les cardinaux de la sainte Église romaine ou haut-clergé de Rome représentent dans une identité absolue l'Église Universelle, en corps d'Institution dans leur majorité canonique, et que tout ce que fait l'Église Universelle est sous mouvance directe et immédiate de l'Esprit-Saint, alors, leur acte de désignation du nouveau pontife romain est doté de l'infaillibilité. En effet, lorsque l'Église Universelle, par l'organe collectif des cardinaux, se choisit une nouvelle tête visible, elle y "engage sa destinée" (cardinal Journet, dans L'Église du Verbe incarné). Or, elle ne peut que l'engager infailliblement puisqu'en le faisant, elle est sous mouvance directe et immédiate du Saint-Esprit.
 
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        Et justement, je vais en profiter, car c'est important pour bien montrer non seulement l'inanité complète de la thèse sédévacantiste sur le plan théologique, mais encore pour montrer aussi le caractère hérétique formel de ce que va oser dire le pape Paul IV dans le § 6 de sa bulle, que nous allons voir tout-de-suite, je vais en profiter disais-je, pour faire la démonstration théologique de la note formelle d'infaillibilité dont est doté l'acte de désignation du Pontife romain actuel par le Sacré-Collège cardinalice dans sa majorité canonique, organe transparent de l'Église Universelle. Je rassure le lecteur : après l'exposé de la théorie, les choses vont devenir immédiatement très-simples, limpides, claires comme de l'eau de roche, quant à dénouer la problématique posée par la fumeuse beaucoup plus que fameuse, bulle de Paul IV qui nous intéresse (ou plutôt qui ne nous intéresse pas du tout, étant doctrinalement une des bulles pontificale les plus honteuses de tout le Bullaire romain, dans son § 6).
           
        Énoncé de la thèse à démontrer.― L'infaillibilité de la désignation du Pontife romain actuel par l'Église Universelle, dont l'organe ordinaire est le Sacré-Collège cardinalice dans sa majorité canonique, est vérité à croire de Foi, de fide, comme étant une expression formelle du Magistère ordinaire & universel doté de l'infaillibilité. Sous peine d'anathème formel et de se mettre soi-même, en la niant, hors de l'Église, anathema sit.
           
        C'est pourquoi, pour le dire avant de rentrer dans la démonstration, il ne faut pas s'étonner de voir dans le passé des hérétiques être condamnés pour avoir voulu, quant à la Légitimité pontificale, faire passer le criterium de la Foi avant celui de l'Autorité ecclésiale posant dûment cet acte de désignation du Pontife romain actuel, car cedit acte est doté de l'infaillibilité ecclésiale.
           
        Jean Huss, pré-protestant, par exemple, fut condamné par le Concile de Constance, pour avoir professé : "Ce n'est pas parce que les électeurs [du pape], ou une grande partie d'entre eux, ont acclamé telle personne d'après l'observation des hommes, que cette personne est légitimement élue [pape] ; ce n'est pas pour cela qu'il est le vrai et manifeste successeur et vicaire de l'apôtre Pierre, ou dans l'office ecclésiastique d'un autre apôtre. Par conséquent, si les électeurs ont bien choisi ou mal choisi, nous devrions le croire suivant les œuvres de celui qui a été élu : car c'est pour la raison précise que quelqu'un agit selon le bien de l'Église d'une manière pleinement méritoire, qu'il détient cette faculté de Dieu" (26ème ERREUR).
           
        Nous sommes là les pieds en plein dans la double hérésie sédévacantiste qui professe non seulement que c'est la mise en œuvre du Bien-Fin de l'Église qui est la règle prochaine de la légitimité pontificale mais qui en plus s'arrogent le pouvoir de juger si le pape opère ou bien non cedit Bien-Fin de l'Église, avec pouvoir de déchéance si l'examen s'avère négatif ; or, on vient de le lire, les Pères de Constance anathématisent cette proposition comme étant... hérétique.
           
        Wyclif, lui aussi pré-protestant, dans une proposition hérétique similaire, est pareillement condamné par le Concile de Constance, cette fois-ci sous forme de question : "[Les partisans de Wyclif] croient-ils que le pape canoniquement élu, qui a vécu quelque temps, après avoir exprimé son propre nom, est le successeur du bienheureux Pierre, possédant l'autorité suprême sur l'Église de Dieu ?" (24ème ERREUR). Le Concile de Constance pose cette question aux partisans de Wyclif, précisément parce qu'ils ne croient pas que le pape canoniquement élu est avec certitude le successeur de Pierre, mais que sa légitimité est conditionnée par ses œuvres, autrement dit par la rectitude doctrinale de sa Foi.
           
        Il est clair que le Concile de Constance, dans ces deux hérésies, condamne l'affirmation selon laquelle un pape canoniquement élu n'est pas pape avec certitude. Ce qui signifie a contrario qu'on doit reconnaître comme successeur de Pierre la personne canoniquement élue, et que cette dernière l'est avec certitude.
           
        Mais voici maintenant le corps de la démonstration théologique. Cette grande loi fondamentale de l'infaillibilité de toute élection pontificale théologiquement achevée est en effet tirée immédiatement, et non médiatement, des dogmes les plus fondamentaux qui fondent l'Église du Christ, à savoir : 1/ l'infaillibilité dont est dotée l'Église Universelle ; 2/ le fait que le pape est le suppôt (= une substance avec son mode d'exister) immédiat et capital de cette dite infaillibilité de l'Église Universelle, que lui, et lui seul, peut mettre en œuvre et met en œuvre in concreto. Or, évidemment, il est impossible que dans l'acte de se donner une tête qui met en œuvre immédiatement son charisme d'infaillibilité, l'Église Universelle puisse se tromper, par exemple en choisissant un hérétique formel ayant puissance d'infecter le Magistère pontifical de son hérésie, car s'il en était ainsi, cela introduirait ipso-facto une faille par laquelle la faillibilité pourrait s'introduire dans l'Église à chaque nouvelle élection pontificale, et donc il serait impossible que l'infaillibilité ecclésiale puisse être jamais mise en oeuvre. Ce qui prouve donc formellement l'infaillibilité de toute élection pontificale théologiquement achevée. Et il en est bien ainsi, parce que : 1/ L'Église Universelle est infaillible de soi dans TOUT ce qu'elle fait ; 2/ elle est donc infaillible en choisissant sa tête visible. La formule de Journet pour le dire, que je rappelle à nouveau, est très-profonde : l'acte de désignation ecclésiale universelle du Pontife romain est infaillible parce que, dit-il, "l'Église Universelle y engage sa destinée". Car bien entendu, l'Église Universelle ne saurait engager sa destinée que sous la mouvance très-immédiate du Saint-Esprit, c'est-à-dire, donc, de manière... infaillible.
           
        Or donc, puisque cette loi fondamentale de l'infaillibilité de la désignation ecclésiale universelle du Pontife romain actuel est tirée immédiatement et non médiatement des dogmes les plus fondamentaux (c'est bien pourquoi le cardinal Billot dans son exposé sur la question que j'ai cité au long dans L'Impubliable, dit que la raison de l'infaillibilité de l'acte de désignation ecclésiale universelle du Pontife romain actuel "n'est pas à chercher au loin", elle se trouve en effet dans les tout premiers dogmes du fondement de l'Église), dont elle n'est qu'une simple conséquence, subséquence, elle est donc elle-même intégrée, comme vérité implicite, aux vérités à croire de Foi, de fide, comme étant une expression formelle du Magistère ordinaire & universel d'enseignement. Elle est donc à croire FORMELLEMENT, au même titre qu'une vérité dogmatique explicitement formulée. Sous peine d'anathème non moins formel. Rappelons ici la règle de Foi posée par les Pères de Vatican 1er : "Est à croire de Foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans la Parole de Dieu ou écrite ou transmise, et que l'Église, soit par un jugement solennel, soit par son magistère ordinaire et universel, propose à croire comme divinement révélé" (DS 3011).
           
        Le sédévacantiste semble avoir une fausse conception de ce qui est à croire de Foi pour un catholique, voulant, tel son frère ennemi le lefébvriste d'ailleurs, que seules les vérités ayant fait l'objet d'une explicitation dogmatique soient vérités à croire de Foi, de fide.
           
        On est loin de compte. En vérité, il faut y rajouter TOUTES les vérités qui sont professées par le Magistère ordinaire & universel, auxquelles sont intégrés les syllogismes qui contiennent au moins dans la majeure un dogme déjà défini et dans la mineure une vérité philosophique. Or, dans notre cas, nous avons non seulement un dogme dans la majeure, mais... un second dogme dans la mineure ! En effet : Majeure : L'Église est infaillible (vérité qui n'a jamais fait l'objet d'un dogme, mais qui a rang de dogme) ; mineure : le pape est récipiendaire immédiat et capital de l'infaillibilité de l'Église (vérité qui a été dogmatisée à Vatican 1er) ; conclusion syllogistique : toute élection pontificale est donc dotée de l'infaillibilité. La conclusion est donc une vérité à croire de Foi, de fide. L'abbé Favier, dans un petit précis de théologie pour exposer le dogme de l'Assomption résume fort bien la question par cette phrase : "[Outre les vérités révélées par le Magistère extraordinaire,] sont certaines aussi les vérités (...) qui ont une connexion nécessaire avec des dogmes déjà définis". Que le sédévacantiste retienne bien : "qui ont une connexion nécessaire avec des dogmes déjà définis". La loi fondamentale de l'infaillibilité de toute élection pontificale théologiquement achevée en est une illustration excellentissime : si on la nie, alors, on est absolument obligé de dire, soit que l'Église Universelle n'est pas dotée de l'infaillibilité, ou bien alors, que le pape n'est pas le récipiendaire capital et principal du charisme d'infaillibilité donné par le Christ à son Épouse l'Église, deux vérités dogmatiques ou ayant rang de dogme qu'il est hérétique de récuser.
           
        Outre cette dite loi fondamentale que je rappelle, quant à la Légitimité pontificale, voici quelques autres exemples de ces dites vérités implicites à croire de Foi, de fide, objets formels du Magistère ordinaire & universel, quand bien même elles n'ont pas (encore) fait l'objet d'une explicitation dogmatique, pour que le sédévacantiste saisisse bien la question.
           
        1/ Est-ce que le sédévacantiste croit que l'Église Universelle est infaillible ? Il va évidemment me répondre : mais oui, bien sûr, j'y crois, c'est même fondamental. Cependant, qu'il cherche dans tout le catalogue des définitions dogmatiques de l'Église depuis sa naissance jusqu'à maintenant, cette doctrine tellement évidente, à croire de Foi sous peine d'anathème, il… ne l'y trouvera pas. Cette pourtant fort grande vérité entre toutes, qui en commande tant d'autres, n'a en effet... jamais été dogmatiquement définie. Or, évidemment, on est sûr qu'elle est au rang de dogme, de vérité à croire de Foi, de fide, puisqu'un département d'icelle, à savoir l'infaillibilité du pape seul a été, quant à elle, explicitement dogmatisée à Vatican 1er. J'ai un très-excellent article de L'Ami du Clergé sur cette question, que le sédévacantiste pourra chercher et trouver dans L'Impubliable où je le cite (je ne lui donne pas la page précise, je le laisse l'y chercher, il s'instruira en cherchant...!).
           
        2/ L'infaillibilité doctrinale en matière liturgique est une doctrine à croire elle aussi de Foi, de fide : c'est-à-dire que dans un Rite promulgué par le pape pour l'Église Universelle, on ne saurait trouver la moindre prière professant ou même seulement insinuant l'hérésie ; le pape Pie VI l'a du reste bien rappelé pour condamner le concile janséniste de Pistoie. Cependant, là encore, que le sédévacantiste cherche dans le catalogue multiséculaire des dogmes de l'Église cette grande vérité, pourtant à croire de Foi sous peine d'anathème, il ne la trouvera pas plus, elle n'a, elle non plus… jamais été dogmatisée.
           
        Mieux, encore, pour bien faire comprendre ce point fort important : dans les trois premiers siècles de l'Église, il y avait, on le sait, très-peu de dogmes formulés, à telle enseigne que le plus important d'entre eux, à savoir la Divinité du Christ, n'avait pas encore fait l'objet d'une explicitation dogmatique… tellement il était évident que cette vérité fondatrice de toute la Religion catholique et de l'Église, allait de soi, elle n'était, si j'ose dire imparfaitement, que l'expression du Magistère ordinaire & universel (car il ne faudrait pas croire que c'est le Magistère dogmatique extraordinaire qui fonde le Magistère ordinaire & universel, quand c'est tout le contraire qui est vrai, c'est le Magistère ordinaire & universel qui fonde le Magistère dogmatique extraordinaire) ! Le sédévacantiste osera-t-il dire pour autant que parce que la Divinité du Christ n'avait pas été dogmatisée (elle ne le sera que pour régler et terrasser la crise arienne, au IVème siècle), un chrétien vivant avant le IVe siècle aurait pu la mettre légitimement en doute, sans pécher par-là même mortellement contre la Foi ?! Poser la question, c'est évidemment y répondre.
           
        Et, on l'a compris, il en est de même pour la loi fondamentale de l'infaillibilité de la désignation ecclésiale universelle du Pontife romain actuel, de l'infaillibilité de toute élection pontificale théologiquement achevée, exactement de même. Le sédévacantiste ne saurait la mettre en doute, ne pas la professer formellement, sans pécher gravement et mortellement contre la Foi, s'anathématisant ipso-facto lui-même, car théologiquement elle a "une connexion nécessaire", elle est syllogistiquement dérivée très-immédiatement, et non médiatement, de dogmes déjà définis ou ayant rang de dogme, et donc est intégrée au Magistère ordinaire & universel d'enseignement infaillible comme telle, en tant que vérité implicite à croire de Foi, de fide, tout-à-fait au même titre qu'un dogme explicitement défini par le Magistère extraordinaire solennel.
           
        Fin de la démonstration théologique.
 
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        ... Et maintenant, amis lecteurs, lisons ensemble le § 6 de la bulle de Paul IV :
       
        "§ 6 — De plus, si jamais un jour il apparaissait qu'un évêque, faisant même fonction d'archevêque, de patriarche ou de primat ; qu'un cardinal de l'Église romaine, même légat ; qu'un Souverain pontife lui-même, avant sa promotion et élévation au cardinalat ou au Souverain pontificat, déviant de la Foi catholique, est tombé en quelque hérésie, sa promotion ou élévation, même si elle a eu lieu dans la concorde et avec l'assentiment unanime de tous les cardinaux, est nulle, sans valeur, non-avenue. Son entrée en charge, consécration, gouvernement, administration, tout devra être tenu pour illégitime. S'il s'agit du Souverain Pontife, on ne pourra prétendre que son intronisation, adoration (agenouillement devant lui [des cardinaux]), l'obéissance à lui jurée, le cours d'une durée quelle qu'elle soit (de son règne), que tout cela a convalidé ou peut convalider son Pontificat : celui-ci ne peut être tenu pour légitime jamais et en aucun de ses actes. De tels hommes, promus évêque, archevêques, patriarches, primats, cardinaux ou Souverain Pontife, ne peuvent être censés avoir reçu ou pouvoir recevoir aucun pouvoir d'administration, ni dans le domaine spirituel, ni dans le domaine temporel. Tous leurs dits, faits et gestes, leur administration et tous ses effets, tout est dénué de valeur et ne confère, par conséquent, aucune autorité, aucun droit à personne. Ces hommes ainsi promus seront donc, sans besoin d'aucune déclaration ultérieure, privés de toute dignité, place, honneur, titre, autorité, fonction et pouvoir" (fin de citation).
           
        Ce que j'ai mis en italiques dans ce § 6 de la bulle de Paul IV est formellement hérétique comme frappant de plein fouet la loi fondamentale de l'infaillibilité de la désignation du Pontife romain actuel par l'Église Universelle dont l'organe ordinaire est le Sacré-Collège cardinalice, loi que je viens de soigneusement rappeler dans l'introduction de mon nouvel article. Au Moyen-Âge, ce § 6 aurait mené le pape Paul IV Carafa tout droit sur le bûcher, sans autre forme de procès, comme attentant directement à l'Église Universelle dont "le nom d'humilité" (Journet) est l'Église romaine, singulièrement récapitulée dans les cardinaux en corps d'Institution lorsqu'ils procèdent ensemble à l'acte de désignation du Pontife romain actuel. Avouons que cela fait comme un effet électrochoc de voir un pape qui se piquait de voir de l'hérésie partout et dans tout le monde, ... jusqu'à suspecter le cardinal Alexandrin, le futur saint Pie V !!, en commettre lui-même une si énorme dans son Magistère, attentant formellement à la Constitution divine de l'Église en renversant purement et simplement l'Église romaine dans l'acte d'élire un pape, puisqu'il ose soutenir que l'acte de désignation cardinalice du nouveau pape posé au nom de l'Église Universelle assistée infailliblement par le Saint-Esprit peut être... invalide.
           
        Mais on comprendra mieux comment un pape de la Renaissance voulant par extrémisme le bien, pouvait tomber dans un si grave et tel excès anathème, lorsqu'on étudiera ensemble plus loin le contexte historique qui révèlera certains efforts de subversion du Siège de Pierre lorsque Paul IV vivait, mais pas autant qu'il le croyait. Nous verrons qu'il ne fut d'ailleurs pas le seul pape à commettre cet attentat hérétique contre l'Église Universelle dans les élections pontificales, l'un de ses prédécesseurs, le pape Jules II, cinquante ans avant lui, commit exactement le même attentat dans une bulle (qui d'ailleurs est mère de celle de Paul IV, laquelle va jusqu'à en reprendre la forme), cette fois-ci non pas pour empêcher qu'un hérétique formel n'envahisse le Siège de Pierre, comme dans la bulle de Paul IV, mais pour empêcher qu'il ne soit envahi par un simoniaque. En fait, la situation de l'Église du Christ, à la Renaissance, présente une certaine et lointaine analogie avec la nôtre : elle était, non pas comme le croyaient à tort Jules II et Paul IV, sur le point d'être subvertie par Satan, ceci étant de toutes façons une chose que la Foi déclare impossible de toute impossibilité, mais, comme c'est arrivé à notre époque et ça n'est pas arrivé à la Renaissance, elle frisait seulement de pouvoir être soumise à "la puissance des ténèbres" et rentrer dans l'économie de la Passion du Christ, qui l'aurait fait alors "péché pour notre salut" (II Cor V, 21), vivant la "si grande contradiction" (He XII, 3) inhérente à la Passion du Christ. Mais ceci, qui est propre à la toute dernière crise de la fin des temps, n'était pas réservé à l'Église de la Renaissance quand cela est notre lot à nous.
           
        En fait, Paul IV a formulé cet hérétique et même impie § 6 parce qu'il est tombé dans un piège subtil du démon réservé à ceux qui veulent certes la perfection spirituelle (comme c'était bien sûr le cas du restaurateur de l'Inquisition, vénéré jusqu'à un certain point par saint Pie V) mais sans assez la vouloir dans la Volonté divine, la voulant au contraire dans la volonté humaine voire même "l'hommerie" comme disait Montaigne, c'est-à-dire dans l'imperfection humaine : en faire trop, et par-là même, court-circuiter l'Action de la Providence divine en se mettant à sa place (c'était sa terrible manière à lui, qu'illustre ô combien, sur le plan politique, la déplorable guerre qu'il soutint contre les Espagnols en 1556-57). N'y a-t-il pas un proverbe qui dit que "le mieux est... l'ENNEMI du bien" ? On se dit tout cela, surtout quand on lit le préambule de la bulle, dans lequel Paul IV expose ses motivations : "... Et, dit-il, pour que Nous puissions ne jamais voir dans le Lieu-Saint l'abomination de la désolation prédite par le prophète Daniel, Nous voulons, etc." (§ 1). Éh ! Diable de diable ! Est-il possible à l'homme, fût-il pape, de supprimer l'épreuve suprême que Dieu Lui-même a inéluctablement destinée à l'Église et à l'humanité pour la fin des temps, épreuve prophétisée infailliblement dans les saintes-Écritures (... précisément celle que nous vivons et mourons à la fois, nous autres, mais que ne vivaient pas encore les chrétiens de la Renaissance) ? Est-ce bien seulement catholique ? Non, car il faut que "l'Écriture s'accomplisse" (Jésus, justement, se répétait toutes ces prophéties sur la Croix, pour s'encourager à accomplir le Mystère de la Rédemption).
           
        Il faut donc absolument et même nécessairement, précisément pour accomplir le grand Mystère de la Rédemption et de la co-Rédemption ecclésiale, que cette "abomination de la désolation" prédite par le prophète Daniel... s'accomplisse très-réellement : à savoir qu'un très-mauvais jour, que le catholique certes ne souhaite pas, il y aura bel et bien sur le Siège de Pierre un hérésiarque consommé dans la malice du diable, manifestant à plein le mysterium iniquitatis, ce sera l'Antéchrist-personne. ET LE SAINT-ESPRIT LAISSERA FAIRE. Comme aux temps de la mortelle Passion du Christ, Il L'a laissé être crucifié jusqu'à ce que mort s'ensuive. Sans intervenir. Malgré l'horrible blasphème des pharisiens au pied de la Croix : "Il a appelé Élie, voyons s'Il va venir Le délivrer" (Mc XV, 35-36). Voilà, quant à l'Église, qui affole, qui obsède littéralement, voire rend fou, le respectable pape Paul IV dans les dernières années de sa vie, au point d'occuper toutes ses journées, au détriment même des grandes affaires de l'Église : il disait avoir peur qu'après sa mort, ne soit élu pape un des deux cardinaux Pole et Morone, le second héritier spirituel du premier, qu'il jugeait dangereux hérétiques occultes (bien à tort, cependant, je vais l'exposer plus loin)… à moins qu'il n’éprouvât cette peur pour l'un de ses bandits de cardinaux-neveux, comme je le dirais plus loin également !
           
        En 1846, la très-sainte Vierge à La Salette prophétisait dans le Secret confié à Mélanie le règne de l’Antéchrist-personne. Or, à aucun endroit, elle ne cherche à supprimer, comme Paul IV, la "grande tentation universelle" dont nous entretient l'Apocalypse, III, 10, pour les temps où l'Antéchrist-personne se manifestera : elle reste soumise au Plan de Dieu, à sa Volonté, à l’instar de son divin Fils, faisant montre de plus de sagesse, elle qui est le sedes sapientiae, que le pape Paul IV. Sans cesser d'être sereine, elle prophétise l'inéluctable épreuve suprême de l’Église, afin que les âmes fidèles puissent s'y préparer : "ROME PERDRA LA FOI, ET DEVIENDRA LE SIÈGE DE L'ANTÉCHRIST", point, c’est tout. Pas besoin, du reste, d'être grand'clerc pour comprendre que le "siège de Rome qui perd la Foi", c'est le… Saint-Siège, celui... du pape... qu'occupera, donc, un jour, l'Antéchrist-personne lui-même soi-même, en tant que dernier pape LÉGITIME, si dur et humainement parlant incompréhensible cela puisse paraître à nos yeux catholiques (cf. mon article de fond, où je fais l'exposé de cette très-redoutable question, au lien suivant : http://www.eglise-la-crise.fr/images/pdf.L/AntechristDernierPapeLEGITIMEMisEnForme.pdf).
           
        Mais justement… Paul IV, lui, ne veut ab-so-lu-ment-pas de cette horrible Passion du Christ répliquée dans l'Église usque ad mortem, il veut, tel saint Pierre, l'empêcher. Empêcher que l'Écriture ne s'accomplisse, c'est ce qui semble être le but premier de sa bulle volontariste (certes, on doit et il est même méritoire de chercher à retarder, tant qu'on peut, l'avènement de ce règne maudit de l'Antéchrist-personne à partir du Siège de Pierre, mais il ne faut pas s'imaginer pouvoir le supprimer, ce serait en effet lutter contre le Plan de Dieu... comme on le voit très-bien avec Paul IV qui est obligé, pour atteindre ce but qu'il s'est fixé dans son excès de zèle pieux, de toucher sacrilègement à un point fondamental de la Constitution divine de l'Église).
           
        La bulle de Paul IV a donc, dès les prémisses du § 1, un mauvais relent outrancier, bien d'ailleurs dans le caractère entier, violent, cassant, emporté et raide de son auteur. À son entière décharge, il faut d'ailleurs dire que lorsqu'il la promulgua, il était tellement choqué d'avoir été trompé par ses neveux-cardinaux, qu'il n'était plus en possession de tous ses moyens : "La main de la mort l'avait déjà légèrement touché ; l'émotion que lui avaient causée la découverte des méfaits de ses neveux et leur chute, avait donné le choc décisif à sa constitution de fer. À partir de ce moment, il fut malade de l'esprit autant que du corps", commente, un rien romantique mais d'une manière parfaitement exacte pour le fond, l'historien Pastor (Histoire des Papes depuis la fin du Moyen-Âge, t. XIV, p. 189). Je vais bien sûr revenir plus loin sur tout ce contexte historique et sur la personnalité énergumaniaque de Paul IV.
 
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        Le pape Pie X comprit en tous cas tout-de-suite le grave danger hérétique de ces bulles de ses prédécesseurs de la Renaissance, Jules II et Paul IV (contrairement aux sédévacantistes qui s'y sont hélas empalés passionnellement sans réflexion, jusqu'à fond du donf). Dans sa constitution Vacante Sede Apostolica du 25 décembre 1904 sur les élections pontificales, au § 79, il les abrogea, ou plus exactement dit, il abrogea juridiquement la seule bulle de Jules II (ou de tout successeur, notons-le bien), ce qui eut pour effet canonique immédiat d'obroger en même temps la bulle de Paul IV, c'est-à-dire que celle de Paul IV est désormais dans la situation d'une bulle officiellement abrogée sauf qu'il n'y a pas eu de déclaration juridique abrogative explicite, c'est la seule différence ("obrogation : suppression ou abrogation indirecte d'une loi par une loi postérieure contraire et de même degré" ― Dictionnaire de droit canonique, Naz, 1957). Saint Pie X, mettant discrètement le voile de Noé sur le sujet, ne voulait pas, évidemment, porter le discrédit sur ses prédécesseurs de la Renaissance. Qu'on veuille bien noter avec soin que Pie X gardait les anathèmes de son prédécesseur Jules II contre les fauteurs d'une élection pontificale simoniaque, mais il supprimait l'annulation d'une élection pontificale qui aurait eu lieu en étant entachée de simonie, parce que, dira-t-il très-explicitement, cela risquerait d'attaquer la valeur en soi des élections pontificales. Autrement dit, Pie X était parfaitement conscient, contrairement à son prédécesseur Paul IV ou Jules II, de l'infaillibilité attachée de soi à tout acte de désignation cardinalice du Pontife romain actuel, parce que, toujours et à tout coup, il est fait in Persona Ecclesiae, au nom et pour le compte de l'Église Universelle...
           
        En fait, la bulle de Paul IV n'est qu'une décalcomanie de celle de Jules II, de cinquante ans son aînée, dont elle est fille spirituelle, reprenant exactement le même raisonnement de fond qu'elle, à savoir essentiellement, comme le sédévacantiste ne le sait que trop bien ou plutôt que trop mal, d'oser invalider les élections pontificales même approuvées par les cardinaux au nom de l'Église Universelle, c'est-à-dire théologiquement achevées, pour une cause ou pour une autre, simonie (Jules II) ou hérésie (Paul IV), allant même jusqu'à en copier les formules soufflées et boursouflées d'alors. Toutes ces bulles, en effet, ne brillent pas fort par la simplicité et la clarté dans l'expression, comme si la forme emberlificotée, embrouillée, tarabiscotée et brumeuse, rejoignait le fond, en était le signe topique. Lucius Lector, pseudonyme d'un cardinal qui écrivit un gros livre sur les arcanes des conclaves dans les dernières années du pontificat de Léon XIII, a ces lignes sévères mais fort justes sur la forme rédactionnelle de celle de Paul IV : "… Préambule prolixe rédigé dans ce style ampoulé, sonore et creux, qu'ont affectionné parfois les scriptores de la chancellerie pontificale" ; "… toute cette redondance d'un langage riche en pléonasmes menaçants…" ; "En somme, ce sont là sept pages de style éclatant, pour amplifier ce que le décret du pape Symmaque avait dit en neuf lignes" (Le Conclave, Lucius Lector, 1894, respectivement pp. 106-107, 108 & 109).   
           
        Et bien sûr, si le pape Pie X abroge la bulle de Jules II dans sa Constitution sur les élections pontificales de 1904 pour ce motif principal et précis qu'elle invalide les élections pontificales approuvées par les cardinaux agissant in Persona Ecclesiae, la bulle de Paul IV tombe sous la même sentence puisque cette proposition hérétique est explicitement formulée et sert de raisonnement de fond dans son § 6 incriminé. Car que ce soit pour cause d'hérésie ou de simonie, le motif de l'abrogation par Pie X de la bulle de Jules II se retrouve identiquement et absolument dans celle de Paul IV : cette dernière subit donc la même sentence de condamnation, quoique seulement implicitement mais avec la même portée que la bulle de Jules II. La bulle de Paul IV, au moins depuis la Constitution de saint Pie X sur les élections pontificales, n'a donc plus aucune valeur en Église. Les deux bulles, en effet, on est bien obligé d'en prendre acte, que cela plaise ou non, péchaient contre la Foi en ne tenant aucun compte de la loi fondamentale de l'infaillibilité de l'acte de désignation ecclésiale universelle des papes nouvellement élus, dont l'organe ordinaire est le Sacré-Collège cardinalice.   
 
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        Parvenu à ce carrefour, je suis sûr que le sédévacantiste ne comprend plus. Comment, dira-t-il, une bulle dogmatique peut-elle être... hérétique, et, subséquemment, faire l'objet d'une obrogation, c'est-à-dire cesser définitivement d'avoir force de loi ?
           
        C'est là que le sédévacantiste se trompe le plus gravement : la bulle de Paul IV, loin d'être dogmatique, a un objet uniquement et purement disciplinaire, non-dogmatique, elle n'a aucun objet dogmatique.
           
        Lorsqu'un pape promulgue une bulle, il commence généralement dans les tout premiers § par dire pourquoi il l'édicte, en exposant et explicitant clairement son objet de fond. Paul IV n'y manque pas, dès le § 2 il expose l'objet formel de sa bulle, qui s'avère être exclusivement... disciplinaire. Lisons-le, il est là très-clair : "Après mûre délibération à ce sujet avec nos vénérables frères les Cardinaux de la Sainte Église Romaine, sur leur conseil et avec leur assentiment unanime [… hum ! rien moins que sûr, ce prétendu "assentiment unanime" des cardinaux quant à la teneur de cette bulle, au moins pour le § 6, nous verrons cela plus loin…], de par notre autorité Apostolique, Nous approuvons et renouvelons toutes et chacune des sentences, censures et peines d'excommunication, interdit et privation et autres, quelles qu'elles soient, portées et promulguées par les Pontifes Romains, nos Prédécesseurs, ou tenues pour telles, soit par leurs lettres circulaires (extravagantes) mêmes, reçues par l'Église de Dieu dans les Saints Conciles, soit par décrets et statuts de nos Saints Pères (conciliaires), soit par les Saints Canons et Constitutions et Ordonnances Apostoliques portés et promulgués, de quelque façon que ce soit, contre les hérétiques et les schismatiques. Nous voulons et Nous décrétons qu'elles soient portés et promulgués, de quelque façon que ce soit, contre les hérétiques et les schismatiques, observées perpétuellement ; si peut-être elles ne le sont pas, qu'elles soient rétablies en pleine observance et doivent le rester".
           
        Rien de plus clair. L'objet formel de la bulle est purement disciplinaire, donc non-dogmatique. Il s'agit, pour Paul IV, de remettre en vigueur la discipline la plus drastique existant dans l'Église quant au traitement des hérétiques. Il n'y a là, il n'y a même pas besoin de le dire, aucun objet dogmatique. Paul IV est d'ailleurs ici très-logique avec le programme de pontificat qu'il s'est tracé dès son entrée en charge du Siège de Pierre, et qu'il expose dans le premier consistoire qu'il tint avec ses cardinaux le 29 mai 1555 : "Il promit solennellement de consacrer toutes ses forces à la restauration de la paix dans la Chrétienté et au renouvellement de l'ancienne discipline dans l'Église universelle" (Pastor, p. 73). Le problème, c'est que s'il prit beaucoup de mesures heureuses à Rome, par exemple contre les filles publiques, etc., il concevait cette restauration violemment et sans aucun discernement, c'est le moins qu'on puisse en dire, qu'on en juge par le fait absolument époustouflant suivant : "Cette absence de ménagement de Paul IV apparut dans la façon si rude avec laquelle, le 30 juillet 1555, il donna son congé à Palestrina [!!!], de la chapelle papale, dans laquelle à l'avenir il ne voulait plus souffrir de gens mariés [!!!]" (Pastor, p. 74)… Palestrina, viré comme un malpropre !!! Le plus grand polyphoniste pieux de tous les temps !!!
           
        Cette bulle de Paul IV a donc, de par la volonté même du pape qui la promulgue, la discipline pour seul objet. Et après avoir formulé cet objet disciplinaire dans le § 2, Paul IV va magistériellement le mettre en œuvre concrète immédiatement après, dans le § 3. Il emploie pour cela tout un train de verbes pour acter cet objet... disciplinaire. Continuons à le lire : "Nous décidons, statuons, décrétons et définissons : [sans hiatus] Les sentences, censures et peines susdites [celles que le pape vient tout juste d'énoncer dans le grand détail dans le § 2], gardent toute leur force et leur efficacité, entraînant leurs effets".
           
        La première chose dont le sédévacantiste aurait dû se rendre compte, c'est que le verbe "definimus" du § 3, sur lequel il a tellement phantasmé, est, dans la bulle de Paul IV, immédiatement appliqué à… une remise en vigueur des antiques prescriptions disciplinaires concernant le traitement des hérétiques, qui est tout l'objet déjà sus-énoncé au § 2 comme étant le but théologique formel de la bulle, laquelle remise en vigueur purement disciplinaire, grammaticalement, en est le complément d'objet direct. Il s'agit donc pour Paul IV, on l'a déjà vu, on le sait déjà, uniquement, seulement, de ramener la pratique disciplinaire de l'Église à sa forme antique la plus drastique et… c'est tout, strictement tout. Non seulement il le dit dans le § 2, mais il y revient donc formellement dans le § 3, après le train de verbes par lequel il manifeste son vouloir pontifical : nous décidons, statuons, décrétons et DÉFINISSONS… une remise en vigueur de prescriptions d'ordre disciplinaire. Un point, c'est tout. Et c'est cet objet purement et exclusivement disciplinaire que, dans sa bulle, Paul IV dit et veut "définir" et… "définit" effectivement.
           
        Cela aurait dû grandement faire réfléchir le sédévacantiste, avant de se croire autorisé à conclure fébrilement, passionnellement, dans son sens hérétique. En effet, il aurait dû comprendre que Paul IV ne pouvait "définir", au sens dogmatique magistériel extraordinaire du verbe, une… simple remise en vigueur, un simple rappel, de lois disciplinaires ! En tout état de cause, il est en effet totalement exclu qu'une définition dogmatique extraordinaire, telle que le concile du Vatican 1er nous l'a définie, puisse porter sur une remise en vigueur d'une discipline particulière, le seul objet d'une définition dogmatique étant en effet, pardon pour cette lapalissade, de… faire un dogme, c'est-à-dire d'opérer dans le domaine purement doctrinal, ce qui exclut le domaine disciplinaire. Or, c'est bien ici le cas, le "definimus" dans la bulle de Paul IV a comme complément d'objet direct et porte exclusivement sur un objet disciplinaire, de soi évidemment… non-dogmatique. Cela prouve donc que cedit verbe "definimus" ne revêt nullement dans la bulle de Paul IV un sens dogmatique, quel qu'il soit.
           
        Le sédévacantiste, ici, probablement interloqué, va sans doute se demander comment il se peut bien faire que le verbe "definimus" puisse être employé magistériellement pour un objet non-dogmatique, comme c'est, dans la bulle de Paul IV, indiscutablement le cas. L'explication est à la fois théologique, historique et linguistique. En fait, en voulant donner forcément le sens dogmatique extraordinaire au verbe "definimus" contenu dans la bulle de Paul IV, le sédévacantiste commet un anachronisme. Parce que ce n'est seulement que récemment dans l'Église, après Vatican 1er, que le verbe "definimus" a revêtu l'acception stricte, exclusiviste et rigide, inhérente aux définitions du Magistère extraordinaire dogmatique (ou peut-être déjà à la fin de l'Ancien-Régime, la notion commençait à se désenvelopper). AVANT le XIXe siècle en effet, l'Église ne connaissait pas et n'avait pas désenveloppé, quant à son Magistère, la distinction "ordinaire" et "extraordinaire"... ni donc donné une acception théologique exclusiviste aux verbes "enseigner" et "définir", respectivement inhérents à cesdites distinctions. Au temps de Paul IV donc, lorsque les scriptores de la chancellerie pontificale comme dit Lucius Lector ont employé ce verbe "definimus", ils ont très-bien pu le faire en lui donnant le sens d'un simple vouloir pontifical... non-dogmatique. La meilleure preuve de cela, c'est que… c'est justement le cas pour la bulle de Paul IV.
           
        Grammaticalement, en effet, le complément d'objet direct du verbe "definimus" dans cette bulle, c'est immédiatement et seulement… une simple remise en vigueur d'une discipline particulière qui, évidemment, ne concerne pas un objet dogmatique. Il suffit tout simplement de… lire la bulle pour s'en rendre compte. Or, c'est le complément d'objet direct d'un verbe qui en norme le sens ; et ce sens, pour le verbe "definimus" employé dans la bulle de Paul IV est exclusivement et uniquement disciplinaire. Certes, pour être complet sur la question, il faut bien sûr préciser que même lorsque l'Église n'avait pas encore désenveloppé la distinction magistérielle "ordinaire" et "extraordinaire", c'est-à-dire donné une acception rigide et exclusiviste aux verbes "enseigner" et "définir", elle a pu employer et a effectivement employé parfois le verbe "definimus" dans le sens dogmatique (nous en avons par exemple une belle illustration dans la bulle de Boniface VIII où, en plein XIIe siècle, le pape "définit" le plus dogmatiquement du monde, dans la dernière phrase du document, qu'"il est nécessaire à tout être humain pour son salut d'être soumis au Pontife romain"), mais elle l'a aussi employé indifféremment dans le sens non-dogmatique dans d'autres décrets, précisément parce qu'elle n'avait pas encore explicité cette distinction.
           
        Donc, le seul moyen pour savoir avec certitude dans quel sens, elle l'a employé in casu, dogmatique ou non-dogmatique, c'est de prendre connaissance de la nature du complément d'objet direct attaché immédiatement au verbe "definimus", lequel explicite formellement, de manière décisoire, le sens, dogmatique ou non-dogmatique, que le rédacteur pontifical a voulu donner audit verbe dans tel ou tel décret magistériel particulier. Or, je le répète, dans le cas qui nous occupe, la bulle de Paul IV, ce sens est purement et exclusivement… disciplinaire, c'est-à-dire non-dogmatique. Il faut simplement lire la bulle elle-même, pour en prendre bon acte.
           
        Donc, conclusion, le sédévacantiste est débouté purement et simplement dans sa prétention indûe de donner la note dogmatique à la bulle de Paul IV.
           
        Et cette conclusion est des plus logiques avec la Foi. Car en effet, si le sédévacantiste veut que la bulle de Paul IV soit dogmatique, c'est pour pouvoir en connoter la proposition hérétique du § 6, invalidant une élection pontificale théologiquement achevée. Or, justement, comme cette proposition est hérétique, elle ne pouvait donc pas être l'objet d'une définition dogmatique, ce qui est précisément corroboré formellement par le fait que la bulle de Paul IV est non-dogmatique. N'étant pas l'objet d'une définition dogmatique, la proposition hérétique du § 6 pouvait donc être faillible, ce que hélas elle est effectivement et foutrement.
 
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        Mais le sédévacantiste va peut-être encore invoquer pour sa cause perdue d'avance, le fait que Paul IV assigne le caractère de perpétuité aux dispositions de sa bulle ("en vertu de cette Constitution nôtre valide à perpétuité" ― § 3). Or, le caractère de perpétuité convient aux dogmes, et pas à ce qui est non-dogmatique, pourrait-il arguer. Malheureusement pour lui, il ne fait là que souligner en rouge l'excès outrancier du volontarisme de Paul IV dans sa bulle... disciplinaire.
           
        La première question qui doit être posée, c'est en effet la suivante : Paul IV avait-il théologiquement le droit de noter de perpétuité sa bulle... disciplinaire ? C'est, me semble-t-il, tout-de-même bien la première question à poser. Or, il n'en avait pas le moindre droit, précisément parce que, on vient de le voir ensemble, l'objet, le motif formel de sa bulle est d'ordre purement disciplinaire, et que, par définition même de la chose, une discipline donnée, toujours particulière, ne saurait être valable pour tous les temps encore à venir de l'Église… "à perpétuité". Il y a en effet contradiction entre l'objet théologique formel de la bulle, une discipline particulière, et la note "à perpétuité" qu'a voulu y accoler Paul IV dans le § 3.
           
        Là encore, on ne peut s'empêcher de dénoncer l'abus de pouvoir évident, manifeste, scandaleux, de Paul IV… et cette fois-ci, rendons-nous bien compte, contre le Saint-Esprit pas moins !, de vouloir imposer à toute l'Église, pour tous les temps qu'elle aura encore à vivre sur cette terre de par Dieu, la discipline la plus drastique, la plus sévère, la plus rigoriste, la plus dénuée d'indulgence et de miséricorde qui soit ! La paranoïa de Paul IV hélas se voit ici en plein. Il se croyait donc vraiment investi de la grâce du Saint-Esprit pour tous les temps qu'aurait encore à vivre sur terre l'Église militante, puisqu'il suppose savoir de science divine qu'il faudra à l'Église, pour toutes les générations ecclésiales suivant la sienne, la discipline la plus strictement sévère et anathématisante jusqu'à la fin des temps, … "à perpétuité". On ne peut que constater là encore, de sa part, un empiétement sacrilège sur l'action du Saint-Esprit dans l'Église, qui parle à chaque Pontife suprême qu'Il crée Lui-même, comme étant le plus apte à remplir la mission qu'il assigne à chaque génération nouvelle de chrétiens, et à qui Il peut très-bien donner, quant à la chose disciplinaire, une direction, une vocation nouvelles, qu'Il ne révèle pas à l'avance, et qui peut tout-à-fait être à rebours de celle précédente, les périodes pastorales alternatives variant ainsi en Église, à la discrétion du Saint-Esprit (et non de Paul IV), jusqu'à la fin des temps.
           
        Qui ne comprend que dans une simple famille humaine, on ne doit pas toujours diriger les enfants avec la dernière sévérité, mais qu'au contraire la sagesse exige d'alterner les moyens de sévérité avec ceux de douceurs et d'indulgence ? Et que c'est ainsi que l'enfant est le mieux éduqué et dirigé vers le bien ? Combien plus la chose est-elle encore valable pour l'Église et les âmes ! Le changement d'orientation de la pastorale et de la politique pontificales, comme l'a intelligemment noté Lucius Lector, "est un fait historique qui se produit surtout lorsqu'un pontificat a eu une longue durée et une physionomie caractéristique. L'élection et le pontificat suivants marquent alors presque toujours un mouvement de réaction. C'est ainsi que, selon le mot d'un de nos écrivains les plus distingués, la succession des Papes représente «la part de mobilité dans l'immutabilité de l'Église» (L. Lefébure, La Renaissance religieuse, Paris, 1886, p. 69)" (Le Conclave, p. 485, note 1).
           
        Éh bien, l'Histoire ecclésiastique, justement, a remarquablement confirmé cette grande loi… dès le pontificat suivant celui de Paul IV. Le pontificat de son successeur Pie IV, en effet, a été un pontificat d'assouplissement, de pacification, de douceur de discipline, dont les âmes avaient certes fichtrement besoin après les dénis de justice les plus révoltants dont les avait abreuvés Paul IV. Et qui d'ailleurs les avaient tellement révoltés, qu'à peine sa mort fut-elle connue du peuple romain, et même un peu avant qu'elle ne survint (… et non de "la populace romaine", comme le disent les malhonnêtes sédévacantistes lorsqu'ils évoquent le fait, voulant faire accroire qu'il s'agissait de débordements injustifiés ou pire fomentés par les méchants initiés… qui, comme par hasard, ne se seraient produits… que seulement après la mort de Paul IV, mais… pour aucun autre pape dans toute l'Histoire de la papauté…!!), qu'on le vit en colère se répandre en traînée de poudre par toute la ville pour effacer partout où il se trouvait le nom de famille du pape, "Carafa", y cassant toutes ses armes et statues, brûlant et saccageant la prison de l'Inquisition, ce qui est très-révélateur des graves excès et iniquités commis par Paul IV sur le chapitre de la Foi, allant même jusqu'à… défenestrer son infortuné cardinal-neveu.
           
        À toutes les époques de l'Église, en effet, il n'est pas forcément bon sur le plan spirituel, cela va presque sans dire, de déchoir tout prélat dès la première chute dans l'hérésie et sans réintégration possible ultérieure. Certains papes l'ont clairement dit, par exemple dans les affaires compliquées de l'Église orientale, et d'ailleurs, pendant quasi toute la période tourmentée de la survie de l'Empire d'Orient, VIe-XIIIe siècles, Constantinople n'arrêtant pas d'enfanter des hérésies ou plutôt des sophistications d'hérésies déjà condamnées, compliquées d'une terminologie linguistique différente des latins et de questions d'antipathies de race entre les grecs et les latins. Leur pratique pontificale la plus commune a été de remettre sur leurs sièges respectifs, après une pénitence publique convenable, les simples prélats orientaux tombés dans l'hérésie par faiblesse devant la persécution ou par ignorance théologique, sans être eux-mêmes les chefs de file de l'hérésie, l'historien ecclésiastique Rohrbacher a de très-belles et édifiantes pages là-dessus (hélas, sans verser dans la calomnie ou la partialité, l'Histoire enseigne que les prélats grecs-orientaux étaient doctrinalement beaucoup moins forts dans la Foi que ceux romains-occidentaux ; et donc, justement, il convenait d'user d'indulgence avec eux, ce que les papes d'alors comprirent fort bien ; la bulle de Paul IV, parue dans ces temps-là, aurait tout simplement enterré l'Église d'Orient sans retour, bien avant que les musulmans ne le fassent…).
           
        Conclusion : la note "à perpétuité" dont Paul IV a voulu, de volonté volontariste et surtout sacrilègement abusive, doter sa fumeuse bulle, est donc théologiquement indûe, absolument irrecevable, blessante aux oreilles pies… "nulle, sans valeur, non avenue" pour reprendre ses propres anathèmes du § 6, justement appliqués cette fois-ci. On me permettra du reste de douter que ces formules formidables, éclatantes, solennelles, retentissantes comme cymbales, soient à prendre au premier degré, littéralement. Ce qui me fait dire cela, c'est que l'on trouve la même note "à perpétuité" donnée par Jules II à sa propre bulle, ce qui ne l'a nullement empêchée d'être… abrogée en 1904 par Pie X (voici comment s'exprimait Jules II dans sa bulle, et l'on a aucune peine à y retrouver le ton sentencieux et déclamatoire de celle de Paul IV : "Nous, de l'autorité et de la plénitude de la puissance apostolique, ce saint concile de Latran y donnant son approbation, nous approuvons les lettres susdites, nous les renouvelons dans tous leurs points, décrets, peines, défenses, et ordonnons qu'elles soient inviolablement et irréfragablement observées à perpétuité").
 
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        … Mais cependant, comment expliquer, tout-de-même, ces bulles édictées par des papes sérieux et voulant très-sincèrement le Bien supérieur de l'Église, bulles appartenant au Magistère authentique non-infaillible (puisqu'elles ont pour objet la discipline, et non la Foi ou les mœurs, ce que je viens de prouver pour la bulle de Paul IV, et la même note de non-infaillibilité s'applique également à celle de Jules II), bulles qui, on ne saurait se le cacher, contiennent un venin d'hérésie formelle en ce qu'elles supposent, ô blasphème !, l'impuissance du Saint-Esprit dans les élections pontificales ?
           
        C'est, me semble-t-il, dans l'ordre humain, ad hominem, qu'elles trouvent une certaine justification. Et on pourrait même dire, une justification... édifiante. Un peu d'histoire va nous le faire bien comprendre, et quittons un instant Paul IV pour visiter Jules II. Ce pape déjà vieux, intrépide et héroïque défenseur des droits tempo­rels du Saint-Siège comme peut-être nul autre pape avant ni après lui ne le fut (sur son lit de mort, "peu avant d'expirer, il protesta d'avoir éprouvé dans son pontificat des sollici­tudes si poignantes, qu'elles pouvaient être comparées au martyre" ― Histoire universelle de l'Église catholique, Rohrbacher, t. XXII, p. 346 ; ce n'était certes pas de sa part une vaine phrase ; un jour, Jules II était au lit avec une forte fièvre qui le minait ; on vint lui annoncer qu'une des villes appartenant au Saint-Siège était prête de tomber aux mains des ennemis : il ne fait ni une ni deux, se lève précipitamment, saute sur un cheval et fonce au camp des défenseurs, sa présence énergique ranima les combattants et le siège de la ville fut levé...!), quoique dans l'ordre concret on puisse fort discuter les guerres qu'il mena contre la France dans le Milanais, Jules II donc, voyait son époque dans une situation de dégénérescence morale générale chez les grands et, sur le plan humain, il y avait en effet un certain risque de voir le Saint-Siège envahi par un élu corrompu, à sa mort.
           
        Avec Jules II, en effet, nous touchons au déplorable règne d'Alexandre VI (1492-1503) dont il prend pratiquement la succession après l'éphémère passage de Pie III (1503), et sommes en pleine Renaissance païenne si fort pénétrée de l'idée politi­que moderne (que le Florentin Nicolas Machiavel n'a pas inventée, contrairement à ce qu'on croit généralement : dans son célèbre ouvrage, il n'a fait que révéler à tout le monde ce que tout le monde vivait et pensait…), basée sur une morale fort étrange que l'on peut résumer ainsi : un prince, comme individu, peut et même doit avoir de la re­ligion et de la conscience ; mais, comme prince et pour son politique, il n'en a d'autre que son intérêt, pour qui tous les moyens sont bons, même, oui, les moyens... honnêtes.
           
        Or, à cette époque, la translation d'un tel esprit amoral du politique au religieux se faisait tout naturellement car les princes de l'Église étaient tous, à de rares exceptions près, des princes temporels (de plus, le népotisme, c'est-à-dire le favoritisme de la famille du pape, est déjà une "tradition" de plusieurs papes lorsque Jules II monte sur le siège de Pierre). Lucius Lector résume pudiquement la situation, ainsi : "Les cardinaux du XVIe siècle, princes souvent mondains et politiques, s'effrayaient moins de cette espèce de simonie latente et indirecte qui ne se formule guère par des contrats, mais qu'impliquent aisément les adhérences de fac­tions et les compromissions de partis" (Lector, p. 106).
           
        Cette situation, en soi très-périlleuse pour l'Église, que Jules II perçoit avec une douloureuse acuité (Paul IV, à tort ou à raison, se croira dans le même genre de situation subversive, mais sur le plan doctrinal), qui ar­racha au pape dans sa bulle contre les élections pontificales simoniaques ce cri de l'âme "considérant de quelle gravité et de quel malheur seraient les élections adultérines des vicaires du Christ et quel détriment elles pourraient apporter à la reli­gion chrétienne, surtout dans ces temps si difficiles, où toute la religion chrétienne est vexée de diverses manières", fait, qu'en plus du droit divin ou plutôt hélas sans en tenir aucun compte, le pape crut nécessaire de frapper les esprits de son époque de la sainteté des élections pontificales par des dispositions canoniques excommunicatrices formidables qui, en soi, ce­pendant, sont parfaitement... inutiles. En effet, la Providence divine a prévu l'As­sistance toute-puissante et infaillible du Saint-Esprit pour les élections pontificales : cela, faut-il le dire, suffit évidemment à empêcher toute élection d'un simoniaque ou d'un héré­tique au Souve­rain Pontificat !
           
        Mais, cependant, sur le plan humain, ad hominem, on parlerait de nos jours enténébrés de psychologie, il est possible que ces bulles de Jules II et de Paul IV, théologiquement hérétiques, furent quand même utiles voire louables, pour prévenir, à l'époque où elles parurent, la faute de faiblesse de certains grands, leurs "présomption et ambition humaine" comme dit Jules II dans son décret, et pour les garantir miséricordieusement du châtiment divin qui n'aurait pas manqué de tomber sur eux comme la foudre du Ciel abat d'un seul coup d'un seul les chênes les plus noueux, s'ils avaient osé essayer d'envahir le Saint-Siège par des voies impures. En soi, donc, pastoralement, il faut penser que ces bulles firent un bien, et même un grand bien, plus qu'un mal, mais seulement sur les âmes des grands de l'époque où elles parurent, et dans une fourchette de temps très-étroite.
           
        Le problème, c'est que des esprits superficiels, impulsifs, passionnels, bornés et ne possédant pas le sensus Ecclesiae, en tireront de nos jours la conséquence hérétique qu'elles contiennent en droit, et que ne voulaient certainement affirmer ni Jules II ni Paul IV : à savoir que les élections au Souverain Pontificat ne sont pas couvertes infailliblement par le Saint-Esprit. Ce qui est hélas le cas des sédévacantistes de toute obédience.
           
        On ne m'en voudra pas, j'espère, de conclure sur une note d'humour. Rappelons ce trait dans Tintin & Milou (j'étais, Dieu me pardonne !, un tintinophile très-distingué dans ma petite jeunesse !) : quand un des deux Dupond/t affirmait une chose, son frère jumeau le couvrait et renchérissait par un "je dirai même plus", mais... de répéter mot pour mot la même chose que son frère ! Ici, le premier Dupond, c'est... le Saint-Esprit, le second, c'est... le pape Jules II ou Paul IV...! En soi, le fait de droit divin que les élections pontificales sont assumées infailliblement par le Saint-Esprit est bien entendu théologi­quement suffisant pour empêcher toute élection d'un fils de Satan sur le Siège de Pierre ; non, il n'y a vraiment pas besoin du "je dirai même plus" des papes Jules II et Paul IV, surtout, surtout, que ces "je dirai même plus" supplantent par le fait même le Saint-Esprit en mettant des garde-fous humains en lieu et place de ceux divins, et supposent donc théo­logiquement par-là même, quoique sans le vouloir (ce n'est évidemment pas le but de l'opération), que ceux divins ne sont pas suffisants ou pire la non-Assistance du Saint-Esprit dans l'élection du pape, proposition... singulièrement hérétique : en effet, s'il faut des garde-fous humains, cela suppose qu'il n'y en a pas de divin !
           
        Et voilà comment "le mieux est l'ENNEMI du Bien"...
 
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        "Il n'y a rien de plus pratique qu'un principe" (Mgr Duchesne).
           
        Je viens donc d'exposer la théologie de la Légitimité pontificale, toute récapitulée dans l'axiome : la règle prochaine de la Légitimité pontificale réside dans la désignation par l'Église Universelle du Pontife romain actuel. Or, on a une merveilleuse et magistrale démonstration pratique de cette règle prochaine, qui en même temps détruit le raisonnement hérétique et impie tenu par le pape Paul IV dans le § 6 de la bulle, dans l'histoire extraordinaire du pape Vigile (538-555).
           
        Si l'on suivait en effet les prescription dudit § 6, surtout si cesdites prescriptions étaient de droit divin, alors l'Église aurait disparu dès... le sixième siècle, avec Vigile. Le pape Vigile en effet fut, avant son intronisation au Siège de Pierre, complice formel d'hérétiques et de plus simoniaque (il était gourmand !, il cumulait à la fois l'invalidation de son pontificat suprême par la simonie selon Jules II et par l'hérésie selon Paul IV !). Et l'Église aurait donc disparu avec Vigile, puisque les prélats, même le pontife suprême, s'ils sont une seule fois pris la main dans le sac de l'hérésie, sont déchus de leurs sièges "définitivement" (§ 3), et "s'il s'agit du souverain pontife, on ne pourra prétendre que son introni­sation, adora­tion, etc., que tout cela a convalidé ou peut convalider son pontifi­cat : celui-ci ne peut être tenu pour légitime jamais et en aucun de ses actes" (§ 6). Tuediable & morsangbleu ! En aucun des actes pontificaux de Vigile ? Donc, ses ordinations auraient été nulles, et surtout celles du haut-clergé romain, archidiacres et autres primiciers de l’Église romaine chargés d’élire le futur pape (car à cette époque, il n’y avait pas encore de cardi­naux). À cette aune-là, toutes celles qu'a faites ledit pape Vigile (son pontificat a duré environ dix-sept ans, pendant lesquels on peut bien comprendre qu'il re­nouvela pratique­ment tout le haut personnel de l'Église romaine par ses ordinations épiscopa­les et ses créations de grands-clercs romains ― "En deux fois, au mois de décembre, il [Vigile] avait ordonné quatre-vingt-un évêques, seize prêtres, d'autres disent quarante-six, et seize diacres" -Histoire des souverains pontifes romains, par Artaud de Montor, 1851, p. 271-), toutes les ordinations du pape Vigile disais-je, auraient été parfaitement nulles, invalides, etc. Ce qui signifie que l’élection du pape ayant succédé à Vigile aurait été parfaitement... invalide.
           
        Évidemment, toute l'Église sombre et s'écroule. Dès le VIe siècle.
           
        Voici le fait. L'an 535, l'empereur d'Orient, Justinien, très-fort en palabres et autres décrets théologiques quant à la Foi (il y passait des journées entières, entouré de prélats courtisans...), mais un peu moins en actes et en tous cas circonvenu par sa mauvaise femme (une prostituée de théâtre ramassée sous le trottoir, qu'il avait élevée au rang d'impératrice), laissa mettre sur le siège patriarcal de Constantinople un héré­tique eutychien, Anthime. C'était au temps du pape saint Agapit (535-536), lequel, après diverses péripéties qu'il est inutile de relater, excommunia Anthime dans un concile gé­néral tenu à Constantinople même où il s'était rendu sous la pression des Goths d'Ita­lie, formelle excommunication édictée, d’ailleurs, avec le parfait assentiment de l'em­pereur et de toute l'Église. Ceci à peine fait, le pape meurt, l'an 536.
           
        Mais l'impératrice n'était pas d'accord avec cette excommunication, de mèche qu'elle était avec les euty­chiens hérétiques, fort influents à la cour. Et "parmi les ecclésiastiques que le pape saint Agapit avait amenés à Constantinople, se trouvait l'archidiacre Vigile, que le pape Boniface II [530-532] avait déjà précédemment déclaré son successeur [... mais il avait cassé sa bulle outrée, comme étant contraire aux Canons, juste avant de mourir : en quoi il fut donc un peu plus sage que le pape Paul IV], et qui de fait avait grande envie d'être Pape. L'impératrice le fit venir et lui dit en secret, que, s'il voulait promettre, au cas qu'il devînt Pape, d'abolir le concile qui venait de déposer An­thime, d'écrire des lettres de communion à Anthime, à Sévère et à Théodose d'Alexandrie [complices hérétiques d'An­thime], et d'approuver leur foi par écrit, elle donnerait ordre à Bélisaire [célèbre général de l'empire d'Orient à cette époque, qui faisait la pluie et le beau temps à Rome et à Constantinople sous les ordres du couple impérial] de le faire ordonner Pape, avec sept cents livres d'or. Vigile, qui aimait à la fois et l'or et l'épisco­pat, fit volontiers la promesse, et partit pour Rome. Mais il se vit trompé dans son at­tente ; car il y trouva un Pape tout fait. C'était le sous-diacre Silvère, fils du pape Hor­misda, qui avait été marié avant d'entrer dans l'état clérical. (...) Le diacre Vigile, le trouvant ordonné Pape, retourna à Constantinople, comme son apocrisiaire ou nonce [... légat, dirait la bulle de Paul IV...], après avoir vu Bélisaire à Naples.
           
        "(...) Mais l'impératrice, de concert avec le diacre Vigile, écrivit des lettres au pape Silvère, où elle le priait de venir à Constantinople, ou du moins de rétablir Anthime. Ayant lu ces lettres, Silvère dit en gémissant : «Je le vois bien, cette affaire va mettre fin à ma vie». Toutefois, se confiant en Dieu, il répondit à l'impératrice : «Jamais, madame, je ne ferai ce dont vous parlez, de rappeler un homme hérétique, justement condamné pour son opiniâtre malice». (...) L'impératrice, irrité de la réponse du Pape, envoya à Bélisaire, par le diacre Vigile, des ordres conçus en ces termes : «Cherchez quelques occa­sions contre le pape Silvère, pour le déposer de l'épiscopat, ou du moins envoyez-le nous promptement. Vous avez près de vous l'archidiacre Vigile, notre bien-aimé apo­crisiaire, qui nous a promis de rappeler le patriarche Anthime». En recevant cet ordre, Béli­saire dit : «Je ferai ce qui m'est commandé ; mais celui qui poursuit la mort du pape Silvère en rendra compte à Notre Seigneur Jésus-Christ»". De faux-témoins forgèrent alors de fausses preuves que le Pape Silvère entretenait des intelligences avec les Goths contre les Grecs, péché politique capital à cette époque, et, comme de bien entendu, on s'empressa de les croire : le Pape Silvère, en présence de Vigile, fut dépouillé brutalement de son pallium de souverain pontife, revêtu de l'habit monastique, et envoyé brutale­ment en exil.
           
        "Enfin, par l'autorité de Bélisaire, l'archidiacre Vigile, né à Rome d'un père consul, fut ordonné pape le 22 novembre 537" (ibid.). L'empereur, mis au courant, sortant pour une fois de ses nébuleuses plus ou moins théologiques et percevant bien qu'il y avait là un déni de justice, eut alors une velléité de faire remettre Silvère sur le Siège de Pierre : il donna ordre de le réinvestir dans sa charge pontificale, au cas où les lettres invoquées contre lui seraient fausses (ce qui était bien sûr le cas). Mais Vigile, épouvanté du retour de Silvère et craignant d'être chassé, manda à Bélisaire : «Donnez-moi Silvérius, autrement je ne puis exécuter ce que vous me demandez [c'est-à-dire : rétablir l'hérétique Anthime et ses complices !, communier avec eux !, approuver leur foi ou plutôt leur hérésie eutychienne par écrit !]». Silvérius fut donc livré à deux dé­fenseurs et à d'autres serviteurs de Vigile, qui le menèrent dans l'île Palmaria, où ils le gardèrent et où il mourut de faim [!!] le 20 juillet 538. (...) Il se fit beaucoup de miracles à son tombeau.
           
        "Vigile étant ainsi [!!!] devenu pape, l'impératrice Théodora lui écrivit : «Venez, accomplissez-nous ce que vous avez promis de bon cœur touchant notre père Anthime, et rétablissez-le dans sa dignité». Vigile répondit : «À DIEU NE PLAISE, MADAME, QUE JE FASSE UNE CHOSE PAREILLE. Précédemment [AVANT mon élévation au Siège de Pierre], j'ai parlé mal et comme un insensé ; mais, à cette heure [APRÈS cette élévation, donc], je ne vous accorderai nullement de rappeler un homme hérétique et anathématisé. Quoi­que je sois le vicaire indigne de l'apôtre saint Pierre [ô combien, en effet ! n'était-il pas complice formel d'hérétiques déposés, formel simoniaque et parricide spirituel de son immédiat prédécesseur ?!], mes très-saints prédécesseurs Agapit et Silvérius l'étaient-ils indignement comme moi, eux qui ont condamné Anthime ?»
           
        "Telle fut la réponse inattendue que le pape Vigile fit à l'impératrice, d'après le témoignage d'Anas­tase-le-bibliothécaire, qui raconte ensuite tout ce que ce pape eut à souffrir par suite de cette généreuse rétractation. Vigile tint le même langage dans ses lettres à Justinien. (...) Il ajoute que, tous ces hérétiques [Anthime et ses complices] ayant déjà été suffisam­ment condamnés, il avait cru pouvoir se dispenser de répondre à la déclaration que le pa­triarche Mennas [prélat catholique qui avait remplacé Anthime sur le siège de Cons­tantinople] lui en avait donnée dans sa lettre ; déclaration que, du reste, il confirme par l'autorité du Siège apostolique. Comme son silence avait été interprété en mauvaise part, il défie les malveillants, si rusés qu'ils soient, de trouver qu'il ait jamais rien fait ni tenté contre les décrets, soit des conciles, soit des Papes, ses prédécesseurs [... une fois élu Pape, donc ; c'est bien cela : il se retrouve assisté par le Saint-Esprit et donc pur sur la Foi dès qu'il est fait pape, étant tacitement désigné par l'Église Universelle pour l'être...!]. En­fin, il supplie l'empereur de ne point souffrir que les privilèges de la Chaire de saint Pierre soient diminués en rien par les artifices des méchants, et de ne lui envoyer que des personnes irréprochables dans leur foi et dans leurs mœurs" (Rohrbacher, t. IX, pp. 173, sq., pour tout l'épisode).
           
        C'est là certes une des plus surprenantes pages de l'Histoire ecclésiastique, qui en contient pourtant beaucoup, et quoi­que l'authenticité de tous les détails rapportés par Anastase-le-bibliothécaire et les au­tres historiens de l'époque qui consignent la chose ne semblent pas faire l'unanimité des historiens modernes, aucun d'eux ne met en doute, et ne saurait du reste le faire, l'exacti­tude de fond du récit quant à la collusion de Vigile avec le parti des hérétiques, via l'impératrice, pour sa promotion au souverain pontificat, collusion qui se déduit d'ailleurs des simples faits de l'Histoire admis de tous et non controversés (1/ Silvère est démis de la papauté pour son refus de rétablir les hérétiques, comme le voulait l'impératrice per­vertie 2/ celle-ci, désirant à toutes forces rétablir les prélats monophysites sur leurs sièges orientaux, fait alors immédiatement imposer Vigile, qu'elle connaît bien, comme pape).
           
        De cette bien peu glorieuse page, on tire deux enseignements de premier ordre.
           
        L'un condamne sans appel la bulle de Paul IV en son § 6 invoqué par les sédévacantistes pour invalider les papes vaticandeux et post : un complice d'hérétiques formels avant voire même lors de son élévation au Siège de Pierre peut parfaitement bien devenir et être vrai pape, verus papa, si le Saint-Esprit en a ainsi décidé. Puisque c'est arrivé une fois dans l'histoire de l'Église, il est par-là au moins prouvé que la bulle de Paul IV ne manifeste pas le droit divin dans son § 6 (le droit divin en effet, ne supporte aucune exception). Il est ma­nifeste, en effet, que Vigile est de connivence formelle avec les hérétiques avant d'être pape puisque c'est précisé­ment "grâce" à cette complicité avec l'hérésie qu'il est promu pape (selon la bulle de Jules II, il y aurait d'ailleurs une seconde raison grave d'invalidation de son élection, c'est qu'elle est entachée de simonie). Selon Paul IV, donc, aucun pro­blème, son élévation au Souve­rain Pontificat est absolument nulle, non-avenue de plein droit (car, dans sa bulle, non seulement il déclare déchu sans espérance de retour les prélats qui sont eux-mêmes hérétiques, mais aussi ceux qui "favorisent et se rendent complice" des hérétiques -§ 5-, comme c'est bien sûr éminemment le cas de notre très-méchant Vigile). Mais le Saint-Esprit n'a pas vu les choses comme cela, et, d'une pierre, a suscité un pain pour toute la Chrétienté : Vigile fut bel et bien vrai pape, "verus papa", c’est ainsi que l’Église l’a enregistré.
           
        L'autre enseignement est, on en conviendra, une édifiante et fort instructive illustration du caractère infaillible et tout divin de l'acte de désignation ou, à son défaut, comme dans le cas du pape Vigile, de reconnaissance approbative a-posteriori par l'Église universelle de la personne du pape actuel : une fois cet acte ecclésial intervenu, l'Assistance invincible par le Saint-Esprit de la personne du Pape pour les affaires de l'Église universelle ne peut manquer, comme il appert on ne peut mieux du cas Vigile. AVANT sa promotion au Siège de Pierre, Vigile, sur le plan doctrinal, "parle mal et comme un insensé", à son propre et surprenant témoignage ; mais APRÈS cette pro­motion, c'est-à-dire plus exactement après la reconnaissance de l'Église romaine de ladite promotion au Souverain Pontificat suite à la mort de l'infortuné pape Silverius, il devient parfaitement et héroïquement ortho­doxe dans sa Foi, au péril de sa vie, évidemment par grâce du Saint-Esprit qui ne lui per­met pas, dans sa charge et son Magistère de pape, de mener à mal les destinées de l'Église.
           
        Sur le plan théologique, Vigile est un cas d'école tout-à-fait extraordinaire. Il l'est d'autant plus si l'on considère que lorsqu'il supplante illégitimement Silverius, c'est… "sans élection" (de Montor, p. 266) par l'Église de Rome pour remplir la charge de pape ! En fait, il est tout simplement imposé comme pape par le général Bélisaire le lendemain de la déchéance scandaleuse, brutale et parfaitement illégitime de Silve­rius, les cardinaux anglais du grand-schisme d'Occident auraient dit : "par tumulte militaire". Jusque là, c'est exactement le cas de figure de l'intrus Constantin II (767-768), sauf la qualité de clerc et même de grand-clerc de Vigile que ne possédait pas ledit Constantin, simple laïc. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle Vigile "avait figuré comme anti-pape sous Silvère" (ibid.), c'est-à-dire tant que ce dernier fut en vie. Ce n'est qu'après sa mort qu'il est canoniquement reconnu par l'Église Universelle comme pape, acceptus et probatus, car de toutes façons, il avait de grandes qualités pour assumer cette charge, ce n'était pas de sa part une ambition purement désordonnée, la suite montrant bien que "c'était un homme distingué par ses talents et une profonde connaissance des affaires" (ibid.). Gar­dons-nous bien, en effet, d'en rester à son intronisation trouble pour juger du pape Vigile : "Mais aucun de ces faits ne devient une raison pour s'armer de préventions, et surtout de fausses accusations. Examinons la vraie carrière pontificale de ce pape, qui va se montrer, en plus d'une occasion, un courageux soldat de Jésus-Christ" (ibid.).
           
        En tous cas, sur le plan théologique, on a là une magnifique leçon ! L'élévation au Siège de Pierre de Vigile n'est-elle pas une magistrale illustration du fait que l'acte de désignation ecclésiale universelle d'un tel comme pape actuel, assure À LUI SEUL la légitimité d'un pape, quand bien même tout le reste, élection y comprise, serait défectueux ? Vigile, en effet, ne fut jamais vraiment élu pape par l'Église romaine, mais seulement reconnu comme tel par elle à la mort de Silverius, et il n'en fut pas moins vrai pape, UNIQUEMENT, donc, notons-le soigneusement, par cet acte de désignation ecclésiale universelle posé quant à lui d'une manière a-posteriori inusitée et inédite sur sa personne…!
           
        Car, auquel cas d'un élu mauvais et hérétique désirant infecter l'Église, par complicité maligne ou corruption personnelle, le Saint-Esprit, qui n'a pas le bras raccourci, a deux solutions : soit le convertir, changer le persécuteur Saül en l'apôtre Paul (ce qu'il fait magistralement pour Vigile, peu recommandable apparem­ment, mais qui, une fois devenu pape, deviendra une des plus belles figures catholiques de ce temps, un des plus solides et énergiques défen­seurs de la Foi, très-notamment contre l'hérésie dont il s'était rendu l'ignominieux complice… avant son élection !), ou bien soit le dénoncer à la face de l'Église à tout le moins AVANT la consommation de l'élection par l'acte de désignation ecclésiale univer­selle de sa qualité de pape, par tout moyen qu'Il juge utile, si, dans Ses insondables décrets, Il n'a pas décidé de convertir le papabile hérétique.
           
        Mais en aucun cas, comme le suppose blasphématoirement Paul IV, ici vraiment mal inspiré puisqu'il suppose l'absence ou l'impuissance du Saint-Esprit dans l'acte d'élection du Pontife suprême théologiquement achevé, on ne peut supposer une désignation par l'Église Universelle d'un tel comme étant le Vicaire actuel du Christ, sans que celui-ci le soit vraiment, car cette dite désignation est un sceau, un agrément formel du Saint-Esprit, digitus Dei hic est, évidemment toujours doté de l'infaillibililité et de l'ordre du fait dogmatique. Il est vraiment très-important de bien saisir ce point qu'illustre merveilleu­sement bien le cas Vi­gile, mais sacrilègement contredit par le très-hérétique et impie § 6 de la bulle de Paul IV.
           
        Paul IV, pourtant, fut extrêmement persuadé que sa propre élection au Siège de Pierre fut un vrai mira­cle de Dieu ! "Bien que la proposition [du très-influent cardinal Farnèse, de faire voter les cardinaux pour Carafa], étant donné la grande aversion qu'inspirait Carafa même au parti français et l'hostilité ouverte du parti hispano-impérial et l'exclusive du Charles-Quint, n'eût presque aucune chance de succès, Carafa n'en obtint pas moins la tiare. L'auteur de l'Histoire des Conclaves y voit une preuve «du côté miraculeux des Concla­ves et que c'est Dieu qui fait réellement les papes»" (Pastor, p. 50). "Le fait surprenant que lui, le redouté et le haï, eût obtenu la tiare malgré l'exclusive de l'Empereur ne lui paraissait pas pouvoir s'expliquer que par l'intervention d'une puissance supérieure. Il était et resta fermement persuadé que ce n'étaient pas les cardinaux, mais Dieu Lui-même qui l'avait élu, pour l'exécution de Ses desseins" (ibid., p. 59). "[Le car­dinal protecteur de l'Empire], Mendoza, avait dit à Carafa, en entrant au Conclave, qu'il devait renoncer à tout espoir parce que l'Empereur l'excluait : «Tant mieux, avait répliqué l'ardent théatin ; si Dieu veut mon élection, je n'en aurai d'obligation à personne» ! Dieu la voulut en effet : malgré l'exclusion notoire, quoique non officiellement dénoncée, de l'Empereur, Farnèse rassembla ses partisans dans la chapelle Pauline, entraî­nant quelques adhérents flottants du groupe impérial, et Paul IV se trouva pape le huitième jour de ce Conclave extrêmement mouvementé (23 mai 1555)" (Lector, p. 526).
           
        Alors quoi, voyons, Paul IV aurait tout-de-même dû se dire que si Dieu fait déjà un grand miracle pour choisir parmi les catholiques celui qu'Il veut pour être pape, et pas un autre parmi les catholiques, combien plus pouvons-nous être sûr et certain qu'Il interdira toute élection d'un hérétique au Souverain Pontificat, et que donc son § 6 était parfaitement inutile, nonobstant son caractère affreusement hérétique et impie !!!
           
        L'assistance du Saint-Esprit est si forte dans les élections pontificales, que les signes miraculeux de sa Présence n'y sont en effet pas rares : le cas du pape saint Fabien (236-250) sur la tête duquel une colombe se reposa, le désignant ainsi aux électeurs comme le Choisi du Saint-Esprit, est bien connu, mais celui de Benoît XII (1334-1342) l'est moins. En ce qui le concerne, sans que les vingt-quatre cardinaux assemblés en conclave ne se consultassent préalablement, son nom sortit des urnes dans l'unanimité absolue, à la surprise générale ! Même cas de figure dans l'élection de Grégoire XV (1621-1623) : le conclave étant comme à l'accoutumée divisé inextricablement en des factions incapables de s'enten­dre, tout-à-coup, le nom du futur Grégoire XV à peine lancé au hasard, tout fut aplani ! "Cette dernière candidature recueille immédiatement l'approbation générale : le cardinal Borghèse abandonne la candidature Campori et le nouveau pape est élu au soir du 9 février selon la procédure exceptionnelle de l'acclamation : «On vit alors, écrit dans sa relation du conclave le prince Federico Cesi, conclaviste de son oncle et témoin oculaire, tant de discordes et de divergences d'opinions humaines se muer en une concorde subite et universelle, œuvre mer­veilleuse de l'Esprit-Saint ébauchée et accomplie selon un ordre parfait»" (Dictionnaire historique de la papauté, Levillain, art. Gré­goire XV, p. 765, 2e col.). Il est plus que probable qu'il existe d'autres cas similaires. L'Assistance divine dans les élections pontifi­cales est si forte que la chose se constate même au niveau simplement naturel et temporel : "Les 263 papes qui ont occupé le siège de saint Pierre offrent au regard de l'historien une série si remarquable de personnalités éminentes qu'aucune dynastie politique ne saurait soutenir la comparaison. En présence d'un pareil fait historique, l'on se demande instinctivement quelle loi de succession a présidé, à travers les siècles, à la création de ces Pontifes parmi lesquels abondent, plus qu'ailleurs, les saints, les hommes de génie, les politiques de grande envergure" (Lector, p. V). Quelle loi de succession, si formidable ? Mais tout simplement celle de l'in­faillible Assistance du Saint-Esprit…
           
        C'est pour­quoi le cardinal Billot pouvait bien dire : "Dès l'instant où le pape est accueilli comme tel, et apparaît uni à l'Église comme la tête l'est au corps, LA QUESTION NE SAURAIT PLUS ÊTRE AGITÉE D'UN VICE DANS L'ÉLECTION OU DE L'ABSENCE D'UNE DES CONDITIONS REQUISES POUR SA LÉGITIMITÉ. L'ADHÉSION DE L'ÉGLISE [UNIVERSELLE, TOUTE EN­TIÈRE ET EN PERMANENCE INFORMÉE DE LA GRÂCE TOUTE-PUISSANTE DU SAINT-ESPRIT] GUÉRIT POUR AINSI DIRE RADICALEMENT TOUT VICE POSSIBLE DE L'ÉLECTION". Et cette loi divine découle de l'Assistance invincible du Saint-Esprit dans l'élection papale. Dans le cas du pape Vigile, on en a vraiment, il faut l'avouer, une toute miraculeuse et renversante illustration : comment un homme qui s'est laissé aller par ambi­tion personnelle d'être pape jusqu'à un crime crapuleux sur la personne du pape son prédécesseur, son père dans la Foi, à laquelle furieuse ambition il sacrifie sans vergogne la Foi, or et argent d'une prostituée d'impératrice à l'appui, peut-il se retrouver, du jour au lendemain, non seulement catho­lique mais vigoureux défenseur de la Foi sur le point doctrinal même où il avait failli (comme dit le chevalier Artaud de Montor, dans son Histoire des souverains pontifes romains : "TOUT-À-COUP, on vit se manifester dans les dispositions de Vigile un chan­gement inespéré" (p. 266) ? Et d'une manière constante pen­dant les dix-sept années de son Pontificat, sans plus jamais faillir ?! On plaint celui qui ne verrait pas ici une opération aussi visible du Saint-Esprit.
           
        Il n'est pas inutile, malgré les longueurs mais longueurs intéressant notre Foi, de bien établir cette Foi militante extraordinaire du pape Vigile, après sa conversion lorsqu'il devint réellement pape après la mort de Silverius. Quelque dix ans après son élection, coincé à Constan­tinople par un Empereur grec retors, sans parole et favorisant l'hérésie, assisté de prélats courtisans, le pape Vigile aura une saillie digne d'un Confesseur de la Foi : "On le pressa même avec tant de violence [de souscrire à la condamnation des Trois Chapitres, suite bâtarde et compliquée du monophysisme qu'il est inutile d'exposer ici], qu'il s'écria publiquement dans une assemblée : «Je vous déclare que, quoique vous me teniez captif, vous ne tenez pas saint Pierre !»" (Rohrbacher, t. IX, p. 184). "Vigile tint alors une conduite sublime", note le chevalier de Montor.
           
        Rien de plus vrai, en effet. C'est d'ailleurs grâce à sa constance remarquable dans la pureté de la Foi, à son rare sens de la conciliation, à sa grande intelligence spirituelle de la situation globale, à sa pa­tience inouïe à supporter les pires outrages de la part de l'Empereur durant les sept ans qu'il le retint de force à Constantinople (ah, certes !, plus encore que son prédécesseur Silvère dont l'élection se fit sous influence politique goth, le malheureux Vigile paya fort cher et rubis sur l'ongle le grave péché de sa cou­pable élévation au Pontificat suprême !), que cet essai de résurgence du monophysisme fut étouffé dans l'œuf en Orient (… cette même hérésie dont il s'était rendu complice formel avant son élection !), que l'Occident se tint satisfait de la profession de Foi gréco-orientale et que l'Unité de l'Église fut ainsi sauvée...
           
        Le chevalier de Montor termine sa notice sur le pape Vigile par ces lignes très-équilibrées : "Vigile re­connut la nécessité d'une conduite qui, loin d'être une contradiction, devenait la preuve de l'extrême attention avec laquelle ce pape observait les évènements, leur puissance, leurs exigences obstinées, et finissait toujours par un acte d'habileté, après avoir épuisé toutes les phases de la détermination et du courage le plus exalté" (p. 270). C'est le jugement le plus juste qu'on puisse trouver quant au pape Vigile. Certains historiens à mentalité protestante, menteurs éhontés à la suite des centuria­teurs de Magdebourg, hypocrites falsificateurs de l'Histoire ecclésiastique dès lors qu'il s'agit de la papauté, feraient bien de comprendre, avant de vouer le pape Vigile aux gémonies, que si, détachés de leur terrible contexte, les actes de son pontificat semblent parfois sinueux, c'est que les circonstan­ces peu glorieuses de son élection rendaient sa position très-délicate envers un Empe­reur d'Orient politiquement tout-puissant, "entêté de théologie" (De la Monarchie pontificale, Dom Guéranger, p. 106), mais en vérité fort incapable de discerner les pièges des hérétiques pour lesquels sa Foi mélangée éprouvait une sympathie irrépressible, de surcroît devenu malveillant et cir­convenu contre un pape véritablement transfiguré après son élection en athlète du Christ. De plus, certaines lettres citées par Libérat l'Africain comme étant de Vigile, et dans lesquelles il ferait soi-disant ardente pro­fession de foi monophysite, sont reconnus comme des faux certains (l'historien Libérat était très-hostile à Vigile). "Quand on considère toutes ces difficultés, conclut le savant de Marca, on trouve, avec les érudits, que ce qui paraissait inconstance ou légèreté dans Vigile, était, au contraire, de la prudence et de la maturité de conseil" (Labbe, t. 5, Dissert. de Vigilii decreto, col. 603 & 4, cité par Rohrbacher, t. IX, p. 184). Novaes n'a pas une autre analyse : "[Le pape Vigile] décida tantôt dans un sens tantôt dans un autre, tant que son action fut libre, et toujours sans préjudice pour les vérités apostoliques" (cité par de Montor, p. 270). Et, après avoir précisé que la question des Trois Chapitres portait non sur la Foi mais sur des questions de personnes seulement, Novaes conclut de même que les historiens sérieux : "Avoir varié ne fut pas dans le pontife inconstance d'esprit, mais précepte de prudence". C'est le moins qu'on puisse en dire après une lecture appro­fondie de ce pontificat qui fut certainement l'un des plus persécuté de l'Histoire de l'Église, et peut-être bien, en définitive, oui, l'un... des plus saints !
           
        Il est bon de noter pour finir que son immédiat successeur, Pélager 1er (556-561), après avoir critiqué et fort combattu en tant que grand-clerc romain l'attitude du pape Vigile sur l'affaire des Trois Chapitres, fut bien obligé, une fois "poussé" lui-même par l'empereur sur le Siège de Pierre, d'adopter la même position que lui, pour être, pareillement que Vigile, grandement persé­cuté durant tout son pontificat ! L'éloge qu'on trouve sur son épitaphe officielle, rector apostolicae fidei, s'applique donc a fortiori pour Vigile, son "père spirituel" dont il ne fit que suivre en tout la politique religieuse dans l'affaire épineuse et toute passionnelle des Trois Chapitres qui remplit derechef son propre pontificat. Il est également bon de rappeler et bien noter que "quarante ans après [le pontifi­cat du pape Vigile], saint Grégoire-le-Grand trouvait encore les restes de l'opposition que Vigile avait tant redoutée dans l'Occident, et consentait à ce que, dans une occasion délicate, on passât sous silence le cinquième Concile [comme l'avait fait Vigile, donc, en son temps, et l'on voit par-là l'inanité de l'accusation de certains excessifs qui prenaient prétexte de ce même "silence" de Vigile pour lui imputer le péché d'hérésie ; le chevalier de Montor note d'ail­leurs que cedit concile controversé fut reconnu par "des successeurs de Vigile, Pélage 1er, Jean III, Benoît 1er, Pélage II et saint Grégoire-le-Grand" (p. 270)]" (Dom Guéranger, p. 107).
           
        Récapitulons et concluons. Le cas Vigile nous assure qu'un pape ne saurait qu'être vrai pape une fois désigné et reconnu par l'Église Universelle pour l'être, quand bien même il s'agirait avant sa promotion au souverain pontificat d'un comploteur vénal et simoniaque doublé d'un complice d'hérétiques formels et triplé d'un parricide spirituel, parce que son élection ne saurait plus être remise en cause après cet acte tout divin de désignation et reconnaissance universelles de sa qualité de Pontife romain actuel, même pour la raison d'hérésie antécédente à sadite élection. Cette affaire nous fait bien voir l'importance CAPITALE du lieu théolo­gique de l'acte de désignation ecclésiale universelle du Pontife romain actuel, acte parfaitement infaillible et suffisant EN SOI ET TOUT SEUL pour valider son élec­tion, NONOBSTANT TOUT CRITÈRE DOCTRINAL. Comme le disait si bien le cardinal Billot : "L'adhésion de l'Église universelle est toujours À ELLE SEULE le signe infaillible de la légitimité de la personne du Pontife", renchérissant ainsi sur les cardinaux anglais qui remettaient dans le droit chemin les schismatiques français lors du grand-schisme d'Occident par ces mots : "S'il y a eu l'assentiment unanime de l'Église sur le pape, alors, même s'il y a eu tumulte populaire ou militaire, l'élection est certainement valide".
             
        En soi et tout seul, en effet, c'est bien cela, et le cas Vigile le démontre magistralement. J'y insiste à dessein parce que le sédévacantiste se trompe principalement sur ce point que pour lui, ce qui fait qu'un pape est vrai pape, c'est d'abord qu'il a la Foi pour l'Église Universelle. Sans aucun doute, il est bien vrai que pour qu'un pape soit vrai pape, il faut qu'il soit inhabité de la Foi dans son Magistère public, c'est plus que sûr, mais, comme je le disais au début de ces lignes, il est capital de comprendre que cette rectitude doctrinale du pape pour l'Église universelle est la subséquence de sa légitimité impérée par la désignation ecclé­siale universelle de sa personne comme étant le Vicaire du Christ actuel, qui lui a donnée communication permanente de la grâce in­faillible du Saint-Esprit pour l'Église universelle, et non point la cause. Le cas Vigile en est certes une étonnante et magistrale illustration : lui est héré­tique, ou du moins complice formel d'hérétiques déposés, avant son intronisation, ce n'est donc pas parce qu'il a une Foi pure qu'il est fait pape ! Cependant, comme un pape ne saurait l'être s'il n'est catholique, le Saint-Esprit se devait donc de le convertir, et c'est ce qu'Il fait, superbement d'ailleurs.
           
        Notons bien l'ordonnance : le Saint-Esprit, par l'organe de l'Église universelle qui désigne et reconnaît Vigile comme sa tête actuelle, le fait vrai pape, verus papa, et après seulement, Il lui communique la Foi pour toute l'Église.
 
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        La question théologique de fond étant résolue, avec en sus une magistrale démonstration pratique du principe catholique exposé avec le cas du pape Vigile, je pourrais, ma paresse en crierait de joie, m'arrêter là, mettre le point final. Il est donc bien établi dans la Foi et en Église, que la règle prochaine de la Légitimité pontificale est la désignation par l'Église Universelle du Pontife romain actuel. Anathema sit, qui s'y oppose !! Ce qui fait s'écrouler dans son principe même, comme château de cartes dont on tire une carte du dessous, la fumeuse plus que fameuse bulle de Paul IV... et tout le raisonnement sédévacantiste qui s'appuie dessus, qu'il soit pur et dur à la barbaresque ou mitigé à la guérardienne.
           
        Cependant, il est nécessaire de poursuivre le sédévac dans ses erreurs et faussetés jusqu'au fond du donf, pour étouffer complètement son mensonge dans les âmes. Car il ne lui a pas suffi de professer l'hérésie dans le principe de la règle prochaine de la Légitimité pontificale, il triche derechef avec l'Histoire de la confection de cette bulle de Paul IV et de son contexte historique, tordant les faits pro domo sedevacantismus, inventant par exemple de toutes pièces que cette bulle aurait empêché un hérétique de monter sur le Siège de Pierre après la mort du pape Paul IV. De cette menterie, l'abbé Francesco Ricossa, sédévacantiste à la guérardienne et à la diable (c'est synonyme), s'est fait, dans deux numéros de sa revue Sodalitium, le champion, ou peut-être conviendrait-il mieux de dire le Don Quichotte de la Mancha (je rappelle ici mon démontage complet de la thèse guérardienne, au lien suivant : http://www.eglise-la-crise.fr/images/pdf.L/RefuteGuerardismeMisEnForme.pdf).
           
        Il convient en effet d'étudier avec soin le contexte historique, ecclésiastique, dans lequel a paru cette fumeuse bulle, aussi le caractère plus que déséquilibré du pape Paul IV, pour comprendre comment il s'est bien fait qu'un pape vrai pape (on n'en saurait point douter pour Paul IV !), a pu oser se permettre de professer une telle hérésie qui détruit l'Église structurellement d'un seul coup d'un seul, il faut bien en prendre conscience. L'ayant fait, et j'ai consigné mes résultats dans L'Impubliable il y a plus de vingt-cinq ans, je commencerai par dire qu'il appert de l'examen de l'Histoire que les cardinaux de Paul IV n'étaient pas du tout d'accord de souscrire à cette proposition hérétique du § 6, funeste au dernier degré pour l'Église.
           
        Pénétrant les arcanes de l'Histoire, on sent très-bien le conflit, combat, entre le pape atteint d'une sorte de "maladie" de la persécution, de folie paranoïaque de voir des hérétiques partout surtout là où il n'y en avait pas ("Un rapport de l'ambassadeur vénitien du 6 novembre 1557 nous apprend les protestations des cardinaux, parce que le Pape convoquait chaque dimanche l'inquisition pour poursuivre les hérétiques un à un et négligeait pendant ce temps les affaires les plus importantes, telles que le danger où l'on était de perdre des États entiers comme la Pologne et l'Allemagne, qu'il laissait sans nonce" ― Pastor, t. XIV, p. 279), et ses cardinaux maltraités par lui quasi à la Urbain VI, qui transparaît jusqu'à travers le parchemin de la bulle (dans les derniers consistoires secrets avec ses cardinaux, Paul IV se mettait dans de telles colères, qui duraient si longtemps, qu'un cardinal finira par dire, gémissant, en sortant d'une de ces éprouvantes séances : "Il ne va plus être possible de vivre et de traiter la moindre affaire avec le pape !" Qu'on se rende bien compte de la morbidité de l'état mental de Paul IV par le fait qu'il avait été jusqu'à soupçonner le cardinal Alexandrin, le futur pape saint Pie V, son dauphin bien-aimé pourtant, et que le bruit courait de son emprisonnement au château Saint-Ange, juste parce qu'il avait tâché de tempérer le pape dans ses accusations déséquilibrées et ses jugements injustes…!).
           
        Si, en effet, on excepte l'affirmation générale de l'introduction du § 1 : "Nous considérons la situation actuelle assez grave et dangereuse pour que le Pontife Romain (...) puisse être contredit s'il dévie de la Foi, etc.", cinq paragraphes sur sept (nonobstant les § conclusifs), qui forment quasi tout le corps du texte, ne citent nullement le pape comme pouvant être rétroactivement frappé de déchéance pour cause d'hérésie, mais seulement tout grand'clerc ou tout haut personnage laïc, je cite texto : "de quelque état, dignité, ordre, condition et prééminence, qu'il soit même évêque, archevêque, patriarche, primat, de dignité ecclésiastique encore supérieure, honoré du cardinalat et, où que ce soit, investi de la charge de légat du siège apostolique, perpétuelle ou temporaire, ou qu'il resplendisse d'une excellence et autorité séculière, comte, baron, marquis, duc, roi, Empereur, qui que ce soit parmi eux" (sic au § 2, réitéré tel quel au § 3, lequel s'arrête à "même la dignité cardinalice" comme ce qui est conçu hiérarchiquement de plus haut pouvant être frappé de par la bulle, le tout sous-entendu dans les §§ 4 & 5. Et là, c'est parfaitement orthodoxe, quoique nous projetant abruptement aux temps disciplinaires les plus drastiques, draconiens, de l'Église).
           
        Comme si les cardinaux qui, dans leur grande majorité, voulaient tempérer et freiner Paul IV, avaient essayé, dans leur rédaction commune de la bulle avec le très-irascible voire hélas fou Vicaire du Christ, de la cantonner au pouvoir qui lui était théologiquement réservé, contre le désir hérétiquement outré de Paul IV, à savoir : déclarer nulle et non avenue la charge de tout prélat de l'Église dont on découvre qu'il est hérétique, aussi élevé soit-il dans l'échelle de la hiérarchie ecclésiastique (ce qui, dans une période critique de la vie de l'Église où il y a danger prochain et immédiat de subversion, peut se comprendre, et c'était quelque peu le cas au temps de Paul IV mais pas autant que sa folie le lui montrait), MAIS NE SURTOUT PAS TOUCHER AU PAPE ET ENCORE MOINS À LA SACRO-SAINTE ÉLECTION PONTIFICALE.
           
        L'historique de la promulgation de cette fumeuse bulle nous convaincra sans peine de cette lutte interne farouche entre le paranoïaque Paul IV et ses cardinaux. "Moins on trouvait de preuves contre [le cardinal] Morone, plus s'accroissait la crainte de Paul IV que cet homme, qu'il tenait, une fois pour toutes pour hérétique, pût devenir son successeur. Il entendait à tout prix, par les plus sévères ordonnances, rendre impossible une pareille éventualité. À la fin de 1558, le bruit courut que Paul IV préparait une bulle pour retirer tout droit d'élection actif et passif dans les conclaves aux cardinaux convaincus d'hérésie ou à ceux mêmes qui avaient été soumis à l'Inquisition pour simple soupçon d'hérésie [à raison, ou... à tort !!!]. Le 8 février 1559, le Pape fit effectivement lire au Consistoire un document de ce genre. Il n'insista cependant pas ; les cardinaux déclarèrent que l'homme le meilleur pouvait avoir un ennemi qui l'accusât du pire ; tant qu'un cardinal n'était pas convaincu de ce crime, il ne pouvait être exclu du conclave. À la suite de cela, la bulle fut encore une fois remaniée. Dans la teneur où elle fut souscrite, le 15 février, par tous les cardinaux, elle déclarait que l'élection d'un homme qui aurait, ne fût-ce qu'une fois, erré en matière de foi, ne pouvait être valide. Le document en question renouvelait et renforçait solennellement les anciennes et sévères ordonnances contre les hérétiques, laïques aussi bien qu'ecclésiastiques, même s'ils étaient revêtus des plus hautes dignités, ajoutant que toutes les personnes occupant un rang et une dignité devaient être considérées, dès leur première [!!!] faute, comme sujettes à rechuter, car on n'a que trop de preuves des suites fâcheuses qu'une telle défaillance entraîne après elle. Paul IV n'abandonna cependant pas son plan original [on sent la lutte : les cardinaux ne sont pas d'accord d'aller si loin que le veut, à toutes forces, le pape, qui va finir cependant par imposer ses vues dans un des documents les plus regrettables et honteux du Bullaire romain, quant aux très-hérétique § 6]. Le 6 mars, il rendit un décret d'après lequel quiconque aurait été seulement accusé d'hérésie [à raison ou... à tort !!!], ne pourrait plus devenir pape. De la sorte, il ne se borna pas à lui retirer le droit d'élection actif mais même passif [= la possibilité d'être lui-même élu pape : voilà, justement, qui est hérétique comme prenant la place du Saint-Esprit et de l'Église Universelle dans les élections pontificales, et qui précisément est arraché de force des cardinaux terrorisés et apeurés par le pape janséniste et paranoïaque]" (Pastor, pp. 243-245).
           
        ... Mais, avant de poursuivre, un mot, d'abord, sur la vision morale de Paul IV qui motive ses excès, parce qu'elle est trop scandaleuse et même carrément antichrétienne pour ne pas la stigmatiser comme il convient : soi-disant, selon lui, un catholique ayant versé dans l'hérésie une seule fois, est à tout coup absolument et définitivement irrécupérable, ne peut plus qu'être hérétique tout le reste de sa vie, selon la sentence janséniste "là où il y a eu feu il y aura toujours fumée", quoiqu'il fasse, quoiqu'il en ait, de vouloir se convertir…! On est là en plein jansénisme avant la lettre !! L'histoire tellement édifiante du pape Vigile, que je viens de relater que dessus, détruit avec éclat cette vue ténébreuse, pessimiste, janséniste des choses, parce qu'elle fait scandaleusement abstraction totale, impie, de la TOUTE-puissance de la Grâce et de l'Amour divins dans les âmes !
           
        Sans parler du pharisien sectaire Saül devenu saint Paul, l'Apôtre des Gentils et son patron de pontificat, Paul IV se souvenait-il de l'histoire du rhétoricien Augustin d'Hippone, infecté pendant les trente premières années de sa vie de la pire des hérésies, le manichéisme, la plus difficile à se purger au propre aveu de saint Augustin lui-même dans ses admirables Confessions ? Si donc la bulle du janséniste Paul IV avait paru au IVe siècle, l'évêque d'Hippone n'aurait tout simplement pas existé et… l'on n'aurait pas eu… l'un des plus grands… Pères de l'Église.
           
        Mieux encore, si l'on peut dire, parce que l'histoire édifiante qui va suivre eut un grand retentissement et qu'elle se passait à Rome sous les yeux mêmes de Jean-Pierre Carafa, futur Paul IV : je veux parler de la si belle conversion de Sixte de Sienne, jeune et ardent franciscain hérétique "né dans le judaïsme, croit-on" (Saint Pie V, un pape pour notre temps, Pierre Tilloy, p. 39), que Michel Ghislieri, futur cardinal Alexandrin, futur saint Pie V, alors grand-inquisiteur, eut la sollicitude pastorale d'aller visiter en prison quand il était relaps impénitent et déjà condamné au bûcher ; il parvint à le faire se reconnaître, puis, immédiatement, alla demander à genoux sa grâce au pape Jules III qui la lui accorda : Sixte de Sienne se convertit tout de bon cette fois-ci et ne rechuta plus jamais ; le plus beau, c'est que ne voulant pas reprendre l'habit franciscain, "pensant l'avoir déshonoré, le P. Ghislieri le revêtit alors d'une de ses tuniques et introduisit dans son Ordre [dominicain] ce nouveau Frère qui devint [un prêtre,] un écrivain illustre et un vaillant champion du dogme chrétien" (ibid.) ! Un Sixte de Sienne que… Paul IV lui-même, en pleine contradiction avec ses propres principes, ne fut pas rebuté d'utiliser, l'employant pour la conversion des juifs !!! Or, il n'est qu'à peine besoin d'apporter la précision que l'histoire de l'Église regorge de cas semblables qui prouvent que la soi-disant loi morale rigoriste-janséniste de Paul IV qui veut qu'un hérétique converti, même sincère, ne puisse jamais cesser d'être hérétique en son âme (et donc qu'on doit l'éloigner de la prêtrise ou de l'épiscopat ou de la papauté), vient du diable, est janséniste. Et puis, je le redis, l'Histoire ecclésiastique nous enseigne le cas d'un pape, Vigile au VIe siècle, qui fut, avant son accession au souverain pontificat, un formel "complice d'hérétiques" et qui n'en fut pas moins un pape vrai pape, et de plus vigoureux athlète de la Foi contre l'hérésie même dont il s'était rendu complice, ce qui achève de montrer le caractère radicalement faux de la proposition hérétique de Paul IV dans son § 6.
           
        Pour en revenir à la structure rédactionnelle de la bulle, Pastor, dans ce qu'on vient d'en lire, nous permet de comprendre le fond du problème par ses fort intéressantes et intelligentes explications : ce mélange qu'on sent dans la bulle entre ce qu'il est permis de dire, et qui d'ailleurs en forme plus des trois/quarts (= que toute promotion à une charge d'Église sauf celle de pape puisse être déclarée ipso-facto nulle si le prélat est convaincu d'hérésie avant ou pendant l'exercice de sa charge ecclésiale), et ce qu'il n'était théologiquement absolument pas permis de dire, mais que l'insensé Paul IV voulait absolument dire (= que l'élection d'un pape serait elle aussi déclarée ipso-facto nulle au cas où on le trouverait hérétique, avant ou pendant son pontificat), se trouve vérifié par l'historique de l'élaboration de cette bulle regrettable. Les cinq principaux § de cette bulle qui en forment quasi tout le corps, donc, disais-je plus haut, ne touchent nullement au pape et à son élection. Mais brutalement, tout soudain, au seul § 6, on a le rajout surprenant, au bout de la longue litanie des dignités hiérarchiques des § précédents que nous avons citée, qui, pesante, revient à nouveau lourdement à l'identique : "... et même le Souverain Pontife". Ce § 6 n'est d'ailleurs pas seulement nouveau en ce qu'il inclut pour la première fois dans la bulle le pape dans la condamnation, à la suite et fin des grands dignitaires de l'Église, mais également dans le fait qu'il déclare déchus de toute charge dans l'Église non seulement les hérétiques révélés tels une fois en poste (comme cela avait été dit aux §§ 2, 3, 4 & 5), mais encore ceux qui l'auraient été AVANT lesdites élévations auxdites charges et fonctions ! Y compris donc, en ce qui concerne celle du Souverain Pontificat…!!! On croit rêver. Ou plutôt cauchemarder. Et le § 7 continue derechef sur la lancée hétérodoxe du § 6.
           
        Or, le sens précis du premier mot latin qui introduit ledit § 6 rejoint exactement la logique interne de la bulle, pour aboutir à la même formelle séparation du § 6 de tout ce qui le précède. Dans le texte latin originel de la bulle, le § 6 commence en effet par "Adiicientes". Ce terme signifie : "En rajout de, en addition de ce qui précède, au surplus de, etc.", ou toutes autres formules similaires que le lapidaire raccourci français "De plus" rend très-bien, comme toutes les traductions de la bulle de Paul IV que j'ai lues le montrent. Or, par signification définitionnelle même du mot, ce qui se rajoute à quelque chose… ne dépend pas de ce quelque chose. Donc, il est bien démontré que le § 6 est un "rajout" structurel dans la bulle de Paul IV, de deux façons qui le disent formellement (1/ la logique et la structure internes de la rédaction bullaire qui n'incluent nullement dans les cinq premiers § la fonction de pape dans les listes des prélats susceptibles d'être touchés par les condamnations infligées aux hérétiques, mais l'incluent seulement dans le § 6, duquel constat on déduit une séparation formelle dans l'idée entre les §§ 2 à 5 et le § 6 ; 2/ séparation dans l'idée qui est absolument confirmée linguistiquement par le terme latin "adiicientes" introduisant le § 6, qui signifie "de plus", signifiant formellement un rajout par rapport à ce qui précède).
           
        Le § 6 est donc, pour le dire crûment mais en toute vérité, une sorte de tumeur maligne sur un corps sain, une excroissance cancéreuse (avec le § 7 qui lui est subséquent). Et il n'est pas besoin d'aller chercher très-loin le coupable qui a implanté damnablement au forcing et aux forceps avec ses cardinaux cette tumeur cancéreuse : il s'appelle Paul IV…
           
        ... C'est vraiment Paul IV qui est coupable de la proposition hérétique du § 6 de la bulle, qui injurie et offense très-grièvement Dame la sainte Église romaine en faisant accroire et croire à tout fidèle qu'elle pourrait, SANS RÉAGIR OU POUVOIR LE FAIRE, par l'organe collectif des cardinaux qui la représentent formellement dans la vacance du Siège Apostolique, laisser des hérétiques envahir le Siège de Pierre, et de là bien sûr empoisonner toute l'Église…!! Mais, tonnerre de Boanergès !!!, où résiderait donc bien, je vous prie, s'il en était ainsi, la virtus éclatante, suréminente, divine, de l'Église de Rome singulièrement récapitulée dans le Sacré-Collège cardinalice, sur toutes les autres églises particulières du monde, si glorieusement et à si juste titre vantée et professée par tous les papes, tous les Pères, tous les théologiens, tous les scolastiques, tous les saints, tout spécialement sur le chapitre de la pureté de la Foi, si on acceptait l'impie proposition de Paul IV dans son § 6, à savoir que le Sacré-Collège cardinalice peut, dans sa majorité canonique, se laisser subvertir par un hérétique envahissant le Siège de Pierre ?!? Je me le demande. L'Église romaine ne serait que decorum de carton-pâte en faux-semblant.
           
        Que peut-il rester, en effet, de l'infaillibilité, de la sainteté, de la force et de la sagesse divines de l'Église romaine, "nom d'humilité de l'Église Universelle" (Journet), dirigée immédiatement par le Saint-Esprit, et non médiatement, alors qu'elle ne serait même pas capable, de par le droit divin infaillible dont elle est dotée, de barrer la route à un hérétique venant subvertir le Siège de Pierre, et à partir de lui, tout le Magistère de l'Église Universelle…! Il y faudrait soi-disant, dixit Paul IV, des prescriptions humaines pour l'en garantir ! Qui n'ont pas été utiles et nécessaires avant lui, pesons bien la chose, durant… quinze siècles !! Le Christ n'y aurait pas pensé avant le XVIe siècle de Paul IV, et malgré cela, le Saint-Siège ne se serait pas fait subvertir par des hérétiques pendant… quinze longs siècles !! Pas même, non, pendant les trois premiers siècles chrétiens où les hérétiques, les gnostiques, les magiciens tel Simon, les ignobles, les pneumatiques, pullulaient, grouillaient comme vermines autour du Siège de Pierre, menaçant de tout engloutir !!!
           
        Preuve, soit dit en passant, que cette proposition du § 6 était parfaitement inutile, nonobstant son caractère encore plus parfaitement hérétique…
 
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        Mais, au fait, au fait, les cardinaux Pole et Morone, contre lesquels œuvrait le pape Paul IV dans sa bulle comme un malade ou plutôt comme un possédé pour empêcher qu'ils ne soient élus pape, voulant à toutes forces qu'ils soient des hérésiarques occultes (ce qui ne concernait plus que Morone, Pole étant mort un an avant la parution de la bulle), étaient-ils vraiment... hérétiques ?
           
        Épluchons ensemble le contexte historique du pontificat de Paul IV, en y mettant le soc de charrue très-profond, avec tous les attendus de la problématique en mains et pas seulement certains, ce qui nous permettra de trancher cette question de façon définitive et sûre, et nous verrons alors que la réponse à la question sera... négative.
           
        Après la gravissime crise du protestantisme, deux tendances se dessinaient chez les hauts prélats catholiques pour la résorber, l'une rigide, dont le principal moyen sera inquisitorial, allié à l'austérité de vie des membres, l'autre, dite des Spirituels, plus humaniste, plus douce à la saint François de Sales, plus attachée à convertir par le cœur que par l'esprit, à coloration peut-être quelque peu irénique mais pareillement liée au grand et catholique désir d'une vraie réforme dans l'Église et à la sainteté de vie des chefs de file.
           
        Paul IV se trouve dans la première catégorie, la précision est inutile. Pole et Morone, par contre, se trouvent aux premiers rangs de la seconde, quoique les choses ne soient pas aussi tranchées que cela, Morone, quant à lui, n'hésitant pas à appuyer l'élection de Carafa qui deviendra Paul IV au conclave de 1555. Il est d'ailleurs assez étrange d'avoir à se rappeler que Morone et Pole furent les deux papabile les plus en vue avec Jean-Pierre Carafa dans le conclave de 1555 qui élit ce dernier : leur gardait-il un ressentiment ? Cela ne l'honorerait pas beaucoup, surtout si l'on rajoute qu'il fut élu à l'arraché, à une voix près, très-notamment grâce à l'intervention du cardinal... Morone ! auprès des concla­vistes qui ne voulaient pas de sa candidature, et surtout à celle du très-influent cardinal Farnèse, l'ami du cardinal ... Pole !, un cardi­nal Pole qui, d'ailleurs, en 1555, restant à son poste en Angleterre pour le motif spirituel élevé de se consacrer exclusivement, après la chute affreuse du roi Henri VIII, à la conversion du royaume très-fragilement recatholicisé avec la reine Marie -la suite, avec l'impie Élisabeth 1ère, le prouvera abominablement, effroyablement-, ne souhaitait pas du tout être élu pape.
           
        Le vindicatif et quasi insensé Paul IV, par contre, lui, une fois monté sur le Siège de Pierre, fait juger le cardinal Morone comme figure de proue de la seconde tendance, qu'il jugeait à tort hétérodoxe (... quand, dans le même temps, il élevait à la pourpre ses trois neveux indignes, cédant au népotisme ― "Le Sacré-Collège accueillit en silence cette grave déclaration de Paul IV [de promouvoir au cardinalat ses ne­veux], qui, auparavant, lorsqu'il était encore cardinal, n'avait pas de termes assez vigoureux pour condam­ner le népotisme des papes et qui maintenant retombait dans la même faute" ― Pastor, p. 98 ; d'autant plus que l'au­tocrate Paul IV avait bien précisé en convoquant les cardinaux pour ce consistoire, qu'il ne le faisait pas du tout pour leur demander leur avis mais seulement pour porter à leur connaissance sa volonté irrévocable de donner la pourpre à ses neveux…!), puis veut à toutes forces le convaincre d'hérésie formelle, mais sans succès, lors­qu'il le fait emprisonner (emprisonnement qui dura deux ans, de 1557 à 1559, mort de Paul IV ― comme le cardinal Pole, le cardinal Morone était en effet parfaitement innocent : "Quelque effort que les inquisi­teurs fissent par la suite pour trouver contre lui une apparence de faute, ils ne purent y réussir. Au contraire, on trouva des documents qui ne laissaient aucun doute sur les sentiments du cardinal. Malgré cela, le malheureux ne fut pas relâché" ― Pastor, p. 242).
           
        Bien entendu, les sédévacantistes à la guérardienne et à la diable de Sodali­tium font une lecture manichéenne de l'épisode, avec la télé en noir et blanc des années 60 devant les yeux : il y aurait d'un côté, les "mé­chants" (tendance des Spirituels, mystique), et de l'autre, les "bons" (tendance inquisitoriale, qui d'ailleurs, et ce n'est pas un hasard, ressemble comme deux gouttes d'eau au fameux mouvement de La Sapinière, plus officiellement appelé Sodalitium pianum, qui lutta rigoristement, voire jansénistement et anti-sémitiquement, contre le modernisme sous le pape Pie X ; … vous avez dit : Sodalitium ?).
           
        Les choses sont-elles si tranchées ? Je ne le crois vraiment pas du tout. L'Histoire s'inscrit absolument en faux contre le simplisme partisan, zélote, intégriste et sectaire, de cette thèse. Les cardinaux Pole et Morone étaient tout simplement d'une tendance beaucoup plus miséricordieuse que Paul IV dans la lutte contre les protestants, ce qui ne revient pas à dire moins ca­tholique et surtout moins valable pour convertir les nouveaux hérétiques, comme veut à toutes forces le croire Paul IV (Rohrbacher, à propos du grand cardinal Pole, précise : "Les voies de rigueur répugnaient extrêmement à son caractère, et il opina toujours dans le conseil privé [de la reine Marie d'Angleterre] pour celles d'indulgence" ― Rorhbacher, t. XXIV, p. 187).
           
        Le cardinal Morone est, de même que Pole, si peu convaincu d'hérésie, malgré les ardeurs juvéniles incroyablement vertes du vieux pape (Paul IV en effet, s'appuyant sur des antécédents familiaux, ne s'attendait pas du tout à mourir avant d'avoir bien mordu dans le fruit des 90 ans ; lorsque la mort s’invita dans ses 84 ans, il eut peine à le croire), qu'il sort de la redoutable prison du Saint-Office "deux jours après sa mort [de Paul IV]", participe au Conclave de 1559, activement et... passivement, c'est-à-dire avec la possibilité d'être lui-même élu pape et non pas seulement comme votant pour un autre (la chose est si sûre et… si contradictoire, que Philippe II, qui sera le premier roi à écrire à un conclave, ce qui initiera le droit d'exclusive, se raille de cette attitude ecclésiastique de gi­rouette dont fut victime le cardinal Morone, lorsqu'il se permet de passer hautainement en revue les cardinaux susceptibles d'êtres papabile : "Si Morone a commis des méfaits, pourquoi a-t-il été absous ?" ― Lector, p. 528).
           
        Cependant, le cardinal Morone n'est pas élu à la mort de Paul IV, c'est Pie IV, 1559-1565, qui l'est, grâce au cardinal... Carafa, le neveu foudroyé par Paul IV et... réhabilité dans toutes ses fonctions d'électeur par les conclavistes immédiatement après la mort de son oncle de pape ! Ayant toujours beaucoup d'entregent, c'est lui qui fit élire pape, Pie IV.
           
        L'abbé Ricossa, dans l'un de ses deux articles, s'abuse ou triche beaucoup, à lui de cocher la case utile, quand il dit que "grâce à la bulle [de Paul IV], il [Morone] ne fut pas élu pape". C'est totalement et historiquement faux. Au conclave de 1559 qui suivit la mort de Paul IV, lequel se scinda politiquement en trois groupes, Es­pagnol, Français et Carafa, personne n'invoqua cette bulle extrémiste et fanatique, mais surtout hérétique, la présence active et passive de Morone à ce Conclave en étant une preuve suffisante, surtout si on y rajoute celle, plus étonnante encore, de Carlo Carafa ! C'est assez dire que les hauts prélats contemporains de Paul IV n'avaient pas, dans leur grande majorité, jugé sa sévérité excessive et intégriste de bon aloi pour l'Église ; c'est pourquoi, Paul IV à peine mort, on les voit ne tenir absolument aucun compte de ses pourtant tout récents décrets anathématisants, censés foudroyer Morone ou peut-être... le neveu (je vais y revenir).
           
        La meilleure preuve en est dans la bulle sur la législation des conclaves qu'édictera Pie IV, le successeur immédiat de Paul IV, bulle importante que cite notre historien des conclaves, Lucius Lector : "Mentionnant les actes de ses prédécesseurs qui se sont occupés de cet objet de capitale importance, énumérant ces actes antérieurs d'Alexandre III à Jules II, Pie IV ne mentionne pas la bulle de son prédécesseur im­médiat Paul IV" (Lector, p. 114 & note 1 de la même page). Omission volontaire car confirmé par le can. 24 de cette bulle de Pie IV : "Il est interdit aux cardinaux de rien changer à cette bulle. Ils devront prêter serment de l'observer comme celle de Jules II et de ses prédécesseurs" (ibid., p. 120). C'est-à-dire que les bulles de Paul IV sur la question sont tout simplement passées à la trappe et précipitées dans les oubliettes du château Saint-Ange (car Paul IV fit aussi une bulle pour invalider les élections pontificales obtenues par brigue et intrigue passées avant le conclave) !
           
        Pour être complet dans la question, il faut cependant noter que saint Pie V, qui succèdera à Pie IV, remettra en vigueur la bulle de Paul IV du 15 février 1559, celle qui nous intéresse (ou plutôt qui ne nous intéresse pas), dans son motu proprio Inter multiplices curas, du 21 décembre 1566, § 1. Mais, notons bien ceci : saint Pie V ne cita la bulle de Paul IV qu'en annexe de son motu proprio, et non dans le corps de son texte, et en plus, il ne la mentionne que d'une manière générale, c'est-à-dire qu'en fait il n'y fait allusion que pour sa seule partie orthodoxe, et nullement pour son très-hérétique § 6 (rappelons-nous en effet, je l'ai établi plus haut, que les trois-quarts de la bulle de Paul IV, à savoir les §§ 2 à 5, sont parfaitement orthodoxes, seul le § 6 est hétérodoxe).
           
        C'est encore lui, cardinal Morone, qui mènera le Concile de Trente à sa très-difficile conclusion, ce qu'il fit sous le pontificat de Pie IV, pape édifiant dans son constant et fervent appui du concile de Trente, qui, "en général, se distinguait singulièrement de son prédécesseur [Paul IV] par une grande douceur de caractère ; (...) son pontificat fut une période de conciliation et de paix" (Rohrbacher, t. XXIV, p. 284).
           
        Le bon Pie IV, en effet, qui menait le plus saintement possible les affaires de son pontificat avec son neveu inspiré qu'il avait fait cardinal, saint Charles Borromée, avait totalement réhabilité le cardinal Morone suite à l'enquête établie notamment par Michel Ghislieri, le chef de toute l'Inquisition (nommé à cette fonction par trois cardinaux dont le cardinal… Pole ! — Saint Pie V, un pape pour notre temps, Pierre Tilloy, p. 37) et futur saint Pie V, lequel saint patron des tradis de toute obédience et singulièrement de celle sédévacantiste, ne croyait donc pas à l'hérésie de Morone. "Après une enquête suffisante [sur le cas Morone], conduite par les cardinaux Puteo et Ghislieri, dont l'un était réputé comme un grand juriste, l'autre comme un grand théologien, Pie IV rendit, le 13 mars 1560, le jugement définitif. Il releva dans la procédure de l'Inquisition sous Paul IV, une série d'erreurs tant dans le fond que dans la forme. L'incarcération de Morone avait eu lieu sans le moindre fondement de soupçon légi­time. L'instruction, ainsi que toute la procédure [dirigée personnellement par l'irascible, insensé, calomniateur et injuste Paul IV !], dans laquelle n'avaient pas été observées les formes prescrites et nécessaires, étaient flétries comme nulles, inconve­nantes et injustes [… plus le procès avançait, plus Paul IV, exaspéré, se rendait compte que par la procé­dure normale on ne pouvait arriver à la condamnation de Morone ; il eut alors un jour ce mot qui fit trembler tout le monde : "Étant le chef de l'Église, Nous pourrions bien Nous-mêmes juger la cause de Morone"... Sans les cardinaux et s'il n'avait tenu qu'à Paul IV, Morone aurait certainement fini sur le bûcher...!]. Il y était en outre établi qu'on n'y trouvait ni un motif sérieux de condamnation, ni même le plus insignifiant doute contre la rectitude de sa foi, en sorte qu'on en devait conclure juste le contraire des accusations élevées contre lui et que, par suite, le cardinal Morone devait être remis en liberté comme innocent" (Pastor, p. 247).
           
        Et en 1565, à la mort de Pie IV, ce sera encore et toujours lui, cardinal Morone, le papabile le plus en vue, soutenu, s'il vous plaît, par le grand cardinal saint Charles Borromée, neveu choisi dudit pape Pie IV, le plus saint, capable, prudent, avisé, des grands dignitaires de l'Église de l'époque et comme l'âme pensante et agis­sante du Vatican d'alors. Mais ce sera saint Pie V qui sera élu.
           
        Je viens d'écrire que c'est grâce au cardinal Morone que le concile de Trente eut une heureuse fin. Le concile, on le sait, de la Contre-Réforme de tendance conservatrice mais sans être intégristement inquisitoriale à la Paul IV, s'étala sur dix-huit ans et trois interruptions, sans cesse traversé et empêché. Il fut co-présidé en 1545, au tout début de ses assises, par le cardinal... Pole, comme ayant été un des trois légats nommés à cet effet par le pape Paul III (1534-1549), lequel cardinal Pole fit en cette qualité lors de l'ouverture une exhortation si édifiante à tous les Pères que Rohrbacher dit qu'elle "respire le véritable esprit de l'Église, l'esprit de Dieu, comme dans les consolantes lettre de sainte Catherine de Sienne" (Rohrbacher, t. XXIV, p. 18), ce qui n'est pas une petite louange et compliment. Pour sa part, le cardinal Morone œuvra si ardemment à bien terminer le concile, que l'évêque de Nazianze, dans le discours de clôture, lui adressa ces belles louanges : "À ce sujet [fin heureuse du Concile], très-illustre et très-glorieux Moron [sic], vous devez entre tous les autres éprouver une joie qui vous est pour ainsi dire personnelle : vous qui, après avoir, il y a vingt ans, posé la première pierre de ce magnifique édifice, auquel ont travaillé tant d'autres archi­tectes, allez, avec la sagesse admirable et presque divine qui vous appartient, y mettre heureusement la dernière main. Les louanges éternelles de tous les hommes célèbreront cette action si belle et si éclatante et nul siècle ne gardera le silence sur votre gloire".
           
        Ôtez le dithyrambe du discours, il reste que Morone fut le seul prélat a être nommément félicité dans ce très-officiel discours de clôture du concile de Trente, juste derrière le pape Pie IV...
 
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        Mais il me tarde à présent beaucoup de rétablir la bonne mémoire du saint et très-édifiant cardinal Réginald Pole, peut-être encore plus scandaleusement suspecté d'hérésie par le paranoïaque Paul IV que le cardinal Morone.
           
        Rorhbacher, à propos du saint cardinal Pole, après avoir dit, comme je l'ai rappelé plus haut, que "les voies de rigueur répugnaient extrêmement à son caractère, et il opina toujours dans le conseil privé [de la reine Marie d'Angleterre] pour celles d'in­dulgence", continuait ainsi : "Du reste, [le protestant] Burnet même lui rend la justice qu'il [le cardinal Pole] fut illustre, non seulement par son savoir, mais encore par sa modes­tie, son humilité, son excellent caractère ; et il convient que si les autres évêques eussent agi selon ses maximes et gardé la même modération, la réconciliation de l'Angleterre avec le Saint-Siège [après le schisme d'Henri VIII aggravé par son successeur le roi-enfant Édouard VI] aurait été consommée sans retour [... voilà donc celui que Paul IV suspectait d'hérésie !].
           
        "Quoique très-modeste pour sa personne, Polus tenait un grand état de maison et se montrait avec magnificence dans les occasions où il était obligé de paraître avec tout l'éclat de sa dignité. Généreux, libéral, hospitalier, il avait établi le plus grand ordre dans son domes­tique. Il trouvait, par une sage économie, les moyens d'exercer son immense charité envers les pauvres. Les bénéfices et les grâces qui dépendaient de sa légation étaient donnés gratuitement, et il ne souffrait pas que les personnes attachées à son service reçussent aucun présent, sous quelque prétexte que ce fût. Dans son diocèse de Cantorbéry, Polus suspendit l'exécution des anciennes lois contre les hérétiques [qui envoyaient systématiquement au bûcher tout prévenu condamné, en passant par des tortures barbares] et procéda plus par dou­ceur. Les évêques et les prêtres, qui, quoique adhérant au schisme d'Henri VIII, ne s'étaient point prêtés aux innovations religieuses d'Édouard VI, furent maintenus dans leurs bénéfices et dans leurs fonctions : les autres n'y furent réintégrés qu'après avoir subi des épreuves sur leur capacité et sur leur conduite. On répara les défauts des ordinations faites selon le nouveau rituel [anglican]. On obligea les prêtres mariés à se séparer de leurs femmes et à s'abstenir des fonctions sacerdotales, sans toutefois les destituer de leurs places. Le cardinal était entièrement livré au rétablissement de la discipline ecclésiastique, soit dans les assemblées du clergé de sa métropole, soit dans un concile national qu'il tînt à cet effet, et où il fit rédiger d'utiles règlements, tels que les circonstances pouvaient les comporter [on voit très clairement ici que la pastorale miséricordieuse du cardinal Pole était parfaitement catholique et extrêmement fructueuse, remplie de bons et saints fruits, point du tout motivée par une sorte d'indulgence coupable envers l'hérésie. Or, loin d'être suspecte dans l'Église, cette pastorale est en odeur de sainteté puis­qu'elle fut celle communément employée par les papes pour les hérétiques de l'Église orientale, pendant... les quatre siècles de survie de l'Empire d'Orient ! Mais certes, on comprend aussi combien cette douceur des moyens était étrangère à la "pastorale" intégriste et sectaire de Paul IV qui ne voulait rien moins qu'appliquer dans l'Église universelle les mêmes lois d'autodafés rigoristes que celles de la politique anglaise...].
           
        "Ce fut au milieu de ces travaux qu'il éprouva de violents accès de fièvre quarte, qui le conduisirent au tombeau le 18 novembre 1558, le lendemain de la mort de la reine Marie. Il prévit les suites funestes de ce triste événement pour la religion, et il en exprima toute son affliction par les dernières paroles qu'il prononça en embrassant son cruci­fix : «Seigneur, sauvez-nous, nous périssons ! Sauveur du monde, sauvez votre Église !»" (Rohrbacher, t. XXIV, p. 187).
               
        Voilà plutôt la vie et la fin d'un grand et saint prélat plutôt que celles d'un hérétique, n'est-ce pas ?
 
 
CardinalRéginzaldPole
Cardinal Réginald Pole (1500-1558)
            
        Il n'y avait que Paul IV pour ne s'en point rendre compte, la tête cadenassée dans son délire paranoïaque. "Pour vous dire la vérité, dira-t-il à un cardinal le lendemain de l'arrestation sur son ordre du cardinal Morone dans les prisons du Saint-Office (1557), Nous avons voulu Nous opposer aux dangers qui menaçaient le dernier conclave et prendre de notre vivant des précautions pour que le diable n'asseye pas à l'avenir un des siens sur le Siège de Saint-Pierre" (Pastor, p. 234). Paul IV visait là le cardinal Pole, qui avait failli être papabile au conclave de 1555 (mais... Pole lui-même déclina sa candidature à la fonction pontificale, voulant consacrer toutes ses forces à la recatholicisation du royaume d'Angleterre, après la défection du roi Henri VIII ! On était donc très-loin de l'initié maçonnique qui n'a qu'un but : subvertir le Siège de Pierre !), légat pontifical de très-catholique valeur qui eut la bonne idée de mourir en 1558, ce qui lui évita de finir sa vie sainte et édifiante dans les prisons du Saint-Office, en compagnie de Morone...
           
        L'inflexible suspicion d'hérésie de Paul IV à son égard, parfaitement infondée, fut monstrueusement inique et loin d'être heureuse à l'Église, qu'on en juge plutôt : "Le pape se montra dur à l'égard du cardinal Pole, qui remplissait le rôle de légat en Angleterre ; n'ayant aucun égard pour lui et ne tenant pas compte de la prudente conduite qu'il observa, il le destitua et lui substitua le vieux cardinal Peto, peu capable de le remplacer. L'effet produit par cette mesure impolitique et injustifiée, causa un tort considérable au catholicisme en Angleterre (Dictionnaire de Théologie Catholique, à "Paul IV", p. 23). Juste au moment, sous le très-difficile règne catholique de l'édifiante reine Marie Tudor, où il était capital de ne point commettre d'impair, pour empêcher la résurgence de l'anglicanisme ! La reine Marie le pressentit fort bien, après Pole lui-même, et, angoissée, "d'une manière pressante, manda à Paul IV qu'une pareille mesure [la destitution de Pole] apporterait le danger visible d'arrêter le mouvement catholique en Angleterre" (Pastor, pp. 241-242). Ce qui ne manqua pas d'arriver, effectivement, les hérétiques anglicans battant des mains de joie de voir celui qui avait combattu avec succès leur protestantisme après la mort d'Henri VIII et le règne éphémère du roi-enfant Édouard VI, être lui-même soupçonné... d'hérésie par... le pape (goddams ! quelle aubaine, les amis !). "Marie fit arrêter à Calais le messager [papal] avec les brefs pour Peto et Pole. De concert avec Philippe [II, roi d'Espagne, qui n'était pas précisément du genre laxiste, en matière d'orthodoxie doctrinale…], elle avait, dès la fin de mai, réitéré la prière que le pape laissât Pole dans sa fonction. Maintenant, si le pape, disait-elle, ne l'avait pas écoutée jusque-là, elle espérait qu'il le ferait à présent ; qu'on lui pardonnât à Rome, si elle croyait savoir mieux que personne ce qui convenait au gouvernement du royaume" (Pastor, p. 320). C'était la Sagesse même qui s'exprimait là par la bouche de la si catholique reine Marie d'Angleterre.
           
        Mais Paul IV n'était pas homme à changer d'avis, surtout quand il avait été trop loin. Pole fut donc destitué sans appel. C'était discréditer devant tous les anglais un héros catholique appartenant à la plus haute noblesse du pays et qui avait lutté contre Henri VIII jusqu'au martyre de toute sa parenté, surtout celui, terrible, atroce, de sa malheureuse mère : "Je ne saurais passer sous silence le meurtre de la mère du cardinal Polus et de ses autres parents [écrira William Cobbet, un historien pourtant protestant, membre du Parlement anglais]. Dans sa jeunesse, le cardinal avait joui de la plus grande faveur auprès du monarque [Henri VIII] ; il avait même étudié et voyagé aux frais du trésor royal. Mais quand l'affaire du divorce vint sur le tapis, il désapprouva hautement la conduite du roi ; et celui-ci eut beau le rappeler en Angleterre, il refusa d'obtempérer. C'était un homme aussi distingué par ses lumières que par ses talents et ses vertus, et ses opinions avaient un grand poids en Angleterre. Sa mère, la comtesse de Salisbury, issue du sang royal des Plantagenêt, était le dernier rejeton de cette longue dynastie des rois anglais. Le cardinal, que le pape avait élevé à ce poste éminent dans l'Église à cause de son grand savoir et de ses hautes vertus [… on rappelle que c'est un protestant qui écrit ces lignes…], se trouvait donc de la sorte être, par sa mère, le proche parent de Henri VIII : son opposition au divorce projeté par ce monarque suffit pour exciter au plus haut degré le désir de la vengeance dans son cœur. Toutes les ruses et tous les artifices furent mis en œuvre pour s'emparer de sa personne ; mais on eut beau prodiguer l'or, on ne put y parvenir, et Henri résolut alors de faire retomber le poids de sa colère sur les parents du vénérable prélat" (Rohrbacher, t. XXIII, p. 363).
           
        S'ensuivit l'affreuse mort de la mère du cardinal Pole sur l'échafaud qui, la malheureuse femme, outrée de colère dans sa fierté d'aristocrate catholique vertueuse d'être humiliée par la crapulerie d'Henri VIII, répliqua droite comme un i au bourreau qui lui demandait de baisser la tête sur le billot : "Une tête de Salisbury ne se courbe pas sous l'infamie : coupe-la comme tu peux !" S'ensuivit alors que le bourreau rata la comtesse debout, une première fois avec sa hache, mais la blessa affreusement, puis, la pauvre martyre courut sur l'échafaud, hurlant de douleur, gesticulant, affolée, ensanglantée de son sang et hors d'elle-même, poursuivie par le bourreau qui n'arrivait pas à lui donner le coup de grâce... et on vous passe les détails.
 
 
MargaretPole
 Margaret Pole (1473-1541)
 
        … Et voilà donc ce grand chrétien fils de grande chrétienne (qui fut béatifiée par Léon XIII comme martyre) que Paul IV destituait pour... soupçon d'hérésie !!! Quelle honte !!! Quel scandale !!! Quelle folie du diable dans la tête de Paul IV !!! Pastor est plus que fondé à commenter ainsi l'affaire de sa destitution inique : "Plus le noble anglais était doux et bon, plus il avait ressenti profondément l'affront qui lui était fait. Il n'y avait jamais eu d'exemple qu'un cardinal, dans le plein exercice de sa fonction de légat, eût été, sans enquête préalable, déposé de ses fonctions, sous le simple soupçon d'hérésie. «Comment, se demandait douloureusement le malheureux Pole, le Pape a-t-il pu soupçonner ma foi, après mes constants combats et difficultés avec les hérétiques et schismatiques et tant de brillants succès auprès des dévôts de la religion catholique [Qu'on juge de la haute valeur de Pole quant à la Foi, par le fait suivant : "Pour subvenir au manque de prêtres en Angleterre, Pole ordonna l'érection de petits-séminaires. Ce décret servit au concile de Trente d'introduction et de modèle pour son fameux décret si riche en conséquences sur les séminaires. Le nom et l'idée de séminaire ont été inspirés à Trente par le décret de Pole. Pole et Marie [d'Angleterre] s'efforcèrent de parer encore au manque croissant de prêtres par le relèvement des couvents détruits. (...) «De jour en jour, écrit Michiel, l'ambassadeur vénitien, le 1er juillet 1555, se relèvent de leurs ruines, par les efforts de Pole, hôpitaux, couvents, églises». Etc." (Pastor, pp. 315-316)] ? Quelle joie pour les hérétiques d'Angleterre dont j'ai si fort contrarié les agissements, que de me pouvoir retourner à moi-même ce titre d'hérétique ! En supposant que j'aurais jadis tenu pour vraies de fausses doctrines, ce qui n'est pas du tout le cas, il n'y avait plus maintenant aucune raison de me poursuivre, après que j'avais remporté tant de sérieuses victoires, sauvé tant d'âmes par mes efforts, et rétabli l'autorité du Saint-Siège en Angleterre» [c'est le moins qu'on puisse dire ! Effectivement, quoiqu'il en soit de l'hérésie personnelle de Pole, qui n'était pas plus fondée que celle de Morone, il y avait là, de toutes façons, dans le contexte anglais, un oubli total du Bien supérieur de l'Église de la part de Paul IV, qui fait frémir dans un pape !].
           
        "Un biographe de Pole observe avec raison que celui-ci eut à subir l'épreuve la plus dure qui pût être infligée à un fidèle enfant de l'Église, épreuve dans laquelle il eut à montrer que, cardinal, il plaçait au-dessus de sa personne, au-dessus de ses intérêts, la cause sainte à laquelle il s'était dévoué. Pole a brillamment soutenu cette épreuve. Dans son humble obéissance à la plus haute autorité établie par Dieu, il accueillit, comme venant des mains paternelles, l'injuste coup qui lui était porté et qu'il souffrit avec dignité et patience [sans un geste de révolte, il démissionna immédiatement de sa légation dès qu'il apprit la volonté de Paul IV, obligeant la reine Marie Tudor, proprement scandalisée de l'accusation du pape, à l'obéissance ; cette grandeur d'âme au-dessus de la persécution, si éminemment et même si exclusivement catholique, si héroïque à la nature humaine et quasi impossible sans la grâce du Christ, fait d'ailleurs penser à celle de Fénelon, fort injustement accusé par un Bossuet odieusement calomniateur en l'occurrence, mortifié par la supériorité de Fénelon et peut-être plus encore mû par un gallicano-jansénisme mal avorté dans son âme, qui réussit à arracher par Louis XIV une condamnation papale injustifiée : surmontant cette épreuve, Fénelon, lui aussi, se soumit exemplairement à l'iniquité de la condamnation par respect pour l'Autorité de l'Église. C'est à cela qu'on voit les vrais amis de Dieu...]" (Pastor, pp. 247-248).
           
        ... Éh bien !!, je le dis, puisqu'il faut parler de "soupçon d'hérésie" : si l'on veut rester dans la vérité objective et vraie de l'Histoire, ce qui inclut d'avoir à sortir des méprisables mensonges sédévacantistes, il faut bien dire qu'un "initié-infiltré-comploteur" de la pire espèce fait pape, un hérétique occulte sorti des plus sombres noirceurs des conventicules de Satan ayant réussi à envahir le Siège de Pierre, n'aurait pas pu "mieux" faire, ni frapper un plus grand coup de Satan, pour faire triompher le protestantisme dans toute une nation importante, que… ce grand fou possédé de Paul IV, sauf son respect de pape, n'a fait en destituant le grand et saint cardinal Polus !!! Chose qui effectivement arriva, l'Angleterre, depuis lors, étant en corps de nation hérétique jusqu'à la fin des temps, et c'est Paul IV qui en est le grand et premier responsable devant Dieu !!!
           
        L'emprisonnement du cardinal Morone donc, héritier spirituel du saint cardinal Pole, se passait deux ans avant la mort du pape. Paul IV, dans ses derniers mois, fut littéralement obsédé comme un fou furieux bon à enfermer de voir des hérétiques partout. Au point même d'en arriver à soupçonner... son dauphin, Michel Ghislieri, le futur... saint Pie V !! Dans une certaine affaire de soupçon d'hérésie contre un très-haut prélat portugais que le pape lui avait commise (c'est toujours la même histoire), le cardinal Alexandrin futur saint Pie V tâcha de tempérer la procédure draconienne voulue par Paul IV, et le tourner à un peu plus de justice envers l'accusé. Mal lui en prit ! "Cela jeta le Pape, que sa santé rendait de plus en plus anxieux et violent, dans un état tel qu'il fit, pendant une demi-heure, de si violents reproches à ce cardinal si hautement estimé dans le Consistoire, que le cardinal Consiglieri déclara qu'on ne pouvait plus vivre ni traiter de quoi que ce soit avec le Pape. Dans un nouveau consistoire, Paul IV réitéra ses reproches envers Ghislieri, le déclara indigne de sa place et assura qu'il regrettait de lui avoir donné la pourpre. Un rapport du 5 Août 1559 mande de Rome qu'on craignait là-bas que le grand-inquisiteur Ghislieri fût emprisonné au château Saint-Ange [!]. Ce fut en ce temps que Paul IV déclara à l'ambassadeur français que l'hérésie était un crime si grave, que si peu qu'un homme en fût atteint, il ne lui restait d'autre moyen de salut que de le livrer au feu immédiatement, sans se soucier qu'il occupât le plus haut rang" (Pastor, p. 256).
           
        Dès 1557, "son souci légitime de la conservation de la foi catholique dégénéra en une sorte de manie de la persécution, qui lui faisait voir les plus grands dangers là où, en réalité, il n'y en avait aucun. Une légère imprudence, une expression douteuse suffisait à rendre quelqu'un suspect d'hérésie. Imprudent et crédule, Paul IV ne prêtait que trop volontiers l'oreille à toutes les dénonciations même les plus absurdes. Le pieux cardinal Alfonso Carafa qui avait la confiance particulière de Paul IV se plaignait vigoureusement à l'ambassadeur français, en août 1559, «de la malice de ces cagots, desquels une grande partie estaient eux-mesmes hérétiques et remplissaient de calomnies les oreilles et le cerveau de Sa Sainteté». Ni le rang, ni la dignité, ni les services rendus ne pesaient dans la balance : dès que l'on était devenu suspect, on était traité par l'Inquisition avec la même rigueur, indifférente à toute considération, que si l'on eût été ennemi public et déclaré de l'Église. Les inquisiteurs aussi bien que le Pape dans son zèle inexorable flairaient de l'hérésie en de nombreux cas où un observateur prudent et circonspect n'en aurait trouvé trace, même quand il avait gardé le plus strict attachement à la doctrine catholique. Envieux et calomniateurs s'empressaient de détacher un mot suspect, sans tenir compte de ses rapports avec le reste de la phrase, et de dresser une accusation d'hérésie contre les hommes qui avaient été de fermes défenseurs de l'Église contre les novateurs. On en vint aussi contre des évêques et même des cardinaux à des accusations et à des procès aussi incompréhensibles que dénués de fondement. Un véritable régime de terreur commença, qui accabla tout le monde à Rome" (Pastor, pp. 231-232).
           
        "Comme Morone et Pole, un autre prélat eut à répondre à l'Inquisition, sous le soupçon d'hérésie pas plus fondé que pour ceux-ci : Egidio Foscarari. Il appartenait à l'ordre des dominicains et jouissait d'une grande réputation comme théologien autant que comme prêtre. Paul III l'avait nommé maître du Sacré-Palais. Il appréciait fort le livre des exercices de saint Ignace de Loyola. On lisait son approbation du magnifique écrit en tête des éditions imprimées. En 1550, Foscarari avait succédé à Morone comme évêque de Modène. L'année suivante, il participa au Concile de Trente. Revenu à Modène, il fut évêque distingué à tous points de vue. Et maintenant, ce savant et pieux prélat était soupçonné, incarcéré, le 21 janvier 1558, au château Saint-Ange et l'Inquisition faisait son procès. On ne trouva aucune preuve de culpabilité. Foscarari réclama donc une solennelle déclaration de son innocence. Celle-ci lui fut refusée. Il n'obtint sa liberté que le 18 août 1558, en prenant l'engagement de se tenir, à la première réquisition, à la disposition de l'Inquisition. (...) L'augustin Girolamo Negri s'était attiré la haine des luthériens par ses prédications à grand succès. Ceux-ci propagèrent à la fin la calomnie que Negri avait des opinions non-catholiques. La suspicion dont il devint l'objet eut pour résultat que Negri, en 1556, se vit retirer par ordre de Rome, l'autorisation de prêcher. Cette mesure fut un triomphe pour les hérétiques et une cause de consternation pour les catholiques. La hâte et l'imprudence avec lesquelles on avait agi apparurent, en 1557, à la suite d'une dernière enquête, qui se termina par une solennelle proclamation de l'innocence de Negri" (Pastor, pp. 251- 252)...
 
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        Et puis, et puis, pour en revenir à Pie IV, ce direct successeur du paranoïaque Paul IV avait été, au moins sur un point, moins "déliquescent" que lui, à savoir quant aux Capitulations. C'étaient des engagements auxquels s'obligeait le papabile pressenti par un groupe de cardinaux pour être le futur pape, de respecter un programme de pontificat convenu d'avance avec lesdits cardinaux qui, de leur côté, s'engageaient, si le papabile y acquiesçait, à voter pour lui… Il est facile de comprendre que cette coutume, aussi déplorable que le népotisme (auquel, là encore, on vit un certain Paul IV Carafa plus que céder… contre ce qu'il avait pourtant dit hautement avant d'être élu pape !), attentait gravement à la liberté de l'élection pontificale et de l'Église. Or, l'Histoire enseigne que l'autocrate Paul IV… s'y soumit, comme un vulgaire pape de la Renaissance à réformer, mais… pas Pie IV !
           
        "L'usage de ces sortes de Capitulations ou conventions arrêtées par les cardinaux, dans la pensée d'imposer au futur élu un programme de mandat impératif, se généralisa vers le début du XIVe siècle, à la suite de l'abdication de Célestin V et de l'élection de Boniface VIII, alors que le Collège cardinalice s'habitua à accentuer son importance vis-à-vis de la personne même du pontife. Déjà Innocent VI, en 1352, à Avignon, cassa et proscrivit ces conventions, comme faites en dehors de la compétence intérimaire des cardinaux et contraires au droit de juridiction personnelle du pape. [Cependant, malgré l'énorme baisse de popularité et d'autorité des cardinaux au sortir du grand-schisme d'Occident (discrédit parfaitement justifié, car, par l'embourgeoisement scandaleux du divin office que leur avait confié l'Église, dont ils étaient coupables, c'étaient bien eux les principaux responsables dudit grand-schisme), l'abus ne sera hélas pas supprimé :] Paul II (1464) annula celles faites à son conclave, et s'aliéna par-là les cardinaux. Au XVe siècle, l'usage en devint habituel. Innocent VIII (1484) ratifia expressément celles de ses électeurs. On les voit se produire encore de même au conclave de Paul IV (1559). Mais son successeur, Pie IV, dans sa Bulle In eligendis, les réprouve : omisso omnino capitulorum confectione primis diebus fieri solitorum. On en retrouve cependant encore des traces au conclave de Léon XI (1605)" (Lector, p. 401, note 1).
           
        La façon intégriste, déséquilibrée, fanatique, du pape Paul IV Carafa pour traiter les problèmes de la Foi se voit encore dans l'Index des livres interdits qu'il fit dresser en 1559 (il fut le premier pape de toute l'histoire de l'Église à le faire de manière systématique et exhaustive, ce qui en soi, d'ailleurs, était un bien). Son criterium, comme à l'accoutumée, était si excessif, si déséquilibré, suscitant "de profonds désaccords au sein même de l'assemblée [de la Congrégation de l'Index, gérée par dix-huit Pères du Concile de Trente]" (Dictionnaire historique de la papauté, Levillain, article "Index", p. 861, 2e col.), que ledit Index fut amendé dès 1561 par un Moderatio indicis librorum prohibitis, puis carrément refondu en 1564 dans un nouveau Catalogue, sous le pontificat de Pie IV.
           
        Autre illustration, fort peu glorieuse pour lui, non seulement de son tempérament complètement paranoïaque mais surtout de son incroyable absence de discernement dans la chose spirituelle : au rebours de ses trois prédécesseurs, les papes Paul III, Jules III et Marcel II, qui avaient vu naître la Compagnie de Jésus et en avaient globalement favorisé le développement, Paul IV la suspecta d'emblée (comme d'habitude ! En fait, il suspectait tout le monde qui n'était pas lui !...), et l'entrava, "voulant l'unir à sa propre congrégation, les Théatins. En guerre avec l'Espagne, il va jusqu'à faire perquisitionner chez Ignace [de Loyola] qui, sa mort venant, demande quand même sa bénédiction [... on mesure là toute la sainteté du fondateur des Jésuites, mais on ne saurait en dire autant de Paul IV…]" (Levillain, art. Jésuites, p. 966, 2e col.) ! Par ailleurs, il considérait saint Ignace, qu'il avait fréquenté avant son élévation au Souverain Pontificat, comme un… "tyran" (Pastor) !!
           
        Ce sont là des traits du manque de discernement spirituel flagrant de Paul IV, et fort dangereusement au service de l'ennemi des âmes, qu'il faut bien avoir en tête quand on veut parler de sa fumeuse bulle...
 
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        À présent, un point d'Histoire qui a son importance. Les sédévacantistes affirment très-mensongèrement, dans leur "légende dorée" hagiographique et simpliste de Paul IV, complètement trafiquée, que saint Pie V, dauphin de Paul IV, n'avait, une fois élu au Siège de Pierre, qu'une idée en tête : reprendre très-vite la politique religieuse rigoriste de Paul IV, après le pontificat soi-disant doctrinalement déliquescent de Pie IV (… mais derrière Pie IV, c'était son cardinal-neveu qui menait les rênes du pontificat et qui en était l'âme ; or, zut !, celui-ci s'appelait… saint Charles Borromée, il était comme la cheville ouvrière, sainte et saintement agissante, de tout le Vatican d'alors, et, faut-il avoir à apporter la précision, n'avait rien d'un libéral laxiste ni d'un "infiltré-initié-comploteur" ; mais donc, les sédévacantistes nous révèlent qu'il ne sut que donner une note doctrinalement déliquescente au pontificat de son oncle de pape… on en apprend tous les jours).
           
        Or, hélas pour eux, le seul nom de pontificat choisi par le saint pape Ghislieri renverse cette fable mensongère. Si, soi-disant, le pape Pie V, le jour de son élection, quand on lui demanda quelle serait la ligne directrice de son pontificat, répondit avec enthousiasme : "Celle de Paul IV !", selon la fable sédévac, alors, pourquoi dans ce cas, n'aurait-il donc pas pris aussi, avec son programme, son nom de pontificat, à savoir… Paul ? Pourquoi au contraire le voit-on prendre celui de Pie, son immédiat prédécesseur ? N'est-ce pas, justement, parce que ce dernier pape avait tempéré les ardeurs intégristes, iniques et paranoïaques, de Paul IV ? Dont il voulait continuer la ligne de conduite tempérée ? Quand un pape désire avec tant d'ardeur reprendre le programme d'un de ses prédécesseurs sur le Siège de Pierre, la première chose qu'il fait pour bien le faire comprendre de tous, c'est d'en reprendre le nom de pontificat. Mais l'Histoire nous montre Michel Ghislieri, cardinal Alexandrin, prendre le nom pontifical de Pie. Et qu'on ne radote pas, comme l'a fait l'abbé Ricossa, qu'il a choisi le nom pontifical de Pie pour remercier saint Charles Borromée le neveu du défunt pape Pie IV d'avoir favorisé son élection au conclave qui l'élit au Siège de Pierre : un pape nouvellement élu ne choisit pas son nom de pontificat pour faire un simple retour diplomatique d'ascenseur, raison très-secondaire voire mondaine, mais communément et généralement, pour tracer nominalement tout le programme surnaturel de son pontificat, raison première de son choix.
           
        C'est pourquoi il ne faut pas être surpris de constater, dans les actes pontificaux de saint Pie V, et non de saint Paul V, la modération des grands saints, si absente chez l'intégriste Paul IV et si fréquente dans le conciliant et non déliquescent Pie IV : "Ami du pape Paul IV et un instant disgracié par Pie IV, il [Pie V, qui, ayons garde de l'oublier, ne fut pas seulement disgracié par Pie IV mais aussi par son mentor Paul IV, lequel, dans ses accès de fou furieux à camisoler de force de toute urgence, faillit le faire emprisonner au château Saint-Ange, allant même jusqu'à lui dire qu'il "regrettait de lui avoir donné la pourpre"…!!] voulut témoigner hautement que les mêmes sentiments l'animaient envers ses deux prédécesseurs, et que leur mémoire avait droit au même respect. Il régla généreusement un démêlé délicat qui concernait le comte Altemps, l'un des neveux de Pie IV, et en même temps il s'occupa de la réhabilitation des Carafa, neveux de Paul" (Rohrbacher, t. XXIV, p. 391).
 
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        Par ailleurs, le pape Paul IV a invoqué la lutte contre l'hérésie comme seule motivation de sa bulle. Est-ce bien vrai ? Car il faut quand même bien remarquer qu'il avait des neveux-cardinaux qui se comportaient très-mal, et qui, à propos de leur complicité mondaine avec des hérétiques formels, auraient bien pu dire comme le fabuliste : "C'est là le moindre de mes défauts". Et très-probablement Paul IV avait-il aussi peur de voir un membre indigne de sa famille monter sur le Siège de Pierre (ou plus certainement favoriser un cardinal hérétique aspirant au Pontificat suprême, par ambition politique effrénée plutôt que par hérésie personnelle), qu'un hérétique formel étranger à sa famille... motif de sa bulle certes un peu moins glorieux que celui de l'hérésie pure et simple, et qu'il n'avouait pas avec la même franchise.
           
        Sur cela, lisons ensemble l'excellent Rohrbacher : "[Paul IV] était un homme vertueux et de mœurs austères : il avait un grand zèle et de bonnes intentions, mais ses intentions n'avaient pas toute la simplicité de la colombe ; il ne parut pas, comme Melchisédech, sans père, sans mère, sans généalogie, uniquement pontife du Très-Haut ; il eut des cardinaux-neveux qui abusèrent de son affection et de sa confiance, lui firent faire de fausses démarches, et qu'il finit par chasser d'auprès de sa personne et même de la ville de Rome [... mais ils étaient toujours cardinaux, ayant au conclave droit d'élection active et... passive ! La meilleure preuve, c'est que le plus influent d'entre eux, Carlo Carafa, bien que chassé de Rome par Paul IV, y revint immédiatement après la mort de son oncle pour participer au conclave, d'ailleurs "rappelé par décision du Sacré-Collège et réintégré dans ses droits d'électeur" (Histoire de l'Église, par Fliche & Martin, t. XVII, p. 174) ; et de plus, "reprenant tout son aplomb et toutes ses ambitions" (ibid.), il se retrouva possesseur du plus grand nombre des voix cardinalices, "le maître de l'élection" (ibid.) ! Chargé de la haine publique (il finit par être assassiné), il avait certes trop scandalisé tout le monde pour être élu lui-même pape, mais il n'en dirigea pas moins le conclave de 1559 en orientant les voix sur Jean-Ange Medici qui prendra le nom de Pie IV. Celui-ci lui devra entièrement son élection. Paul IV avait donc des raisons valables de craindre la possible élection au Souverain pontificat d'un pareil cardinal de neveu, amoral mais fort puissant et habile, au moins autant que celle du cardinal Morone...]. Paul IV n'avait pas non plus toute la prudence du serpent, mais quelque chose de la raideur du bélier [il refusa toute aide, par exemple, à la Société de Jésus fondée nouvellement par saint Ignace...]".
           
        On lit plus loin, du même auteur : "La guerre entre le pape Paul IV et Philippe II d'Espagne venait d'éclater ; deux neveux du pape en étaient la principale cause [il serait historiquement plus exact de dire que c'est Paul IV lui-même qui voulut cette guerre, par un sentiment mélangé de politique et de religion, voulant expulser de l'Italie les Espagnols et les Impériaux qu'il appelait "les barbares", les Français étant tout juste supérieurs à eux dans son esprit qui n'en pinçait que pour le génie italien...], et ils le paieront cher. Cette guerre rendait impossible le concours des jésuites espagnols à la nomination du général [de leur Ordre]. (...) Le souverain pontife avait chassé de Rome, il avait même puni en prince irrité ses neveux, dont les crimes passaient toute mesure. Cette sévérité prouvait les bonnes intentions de ce vieillard toujours impétueux ; mais elle ne réparait qu'à demi les désordres qui, à l'abri de tant de déportements, s'étaient glissés dans l'administration ecclésiastique. Le pape sentait que, pour faire respecter son autorité compromise, il importait de donner de grands exemples. Les vices pullulaient dans le clergé séculier et régulier. La préoccupation de Paul IV était d'en triompher. Pour réussir dans son dessein, il prend à partie la société de Jésus, innocente de ses désespoirs de famille, plus innocente encore des malheurs de l'Église.
           
        "(...) Le pape Paul IV ayant chassé de Rome ses propres neveux, s'appliqua fortement à réparer les fautes qu'ils lui avaient fait commettre. Il institua un tribunal de cardinaux (...) et redoubla de vigueur dans les mesures contre les hérésies et les hérétiques [ici, on tient à souligner qu'il est manifeste pour Rohrbacher que les mesures anti-hérétiques de Paul IV sont d'abord suscitées contre les cardinaux-neveux, et nullement contre le cardinal Morone ; la question des dates, d'ailleurs, milite fortement pour cette thèse : c'est dans le consistoire mémorable qui eut lieu le 27 janvier 1559, que Paul IV dénonça ses trois neveux au Sacré-Collège "dans un amer discours, d'une voix où le chagrin le disputait à la colère" (Fliche & Martin, t. XVII, p. 170), lesquels neveux "furent privés de toutes charges et titres" (ibid.) ; or, c'est seulement une quinzaine de jours après, le 15 février 1559, que Paul IV fit paraître la bulle qui nous occupe, dans laquelle il n'est pas bien difficile, dans certaines formules, de retrouver la préoccupation du pape quant à ses neveux-cardinaux, dont l'un était légat quand les deux autres administraient absolument tout le temporel et le politique de l’Église, tant pour les affaires de l’État du Vatican que pour celles de l’Église universelle ! Il faut bien se rendre compte que le neveu Carlo Carafa était rien moins que le Secrétaire d'État avant la lettre, le Consalvi de Pie VII, le Villot de Paul VI, tout-puissant sur les membres du Sacré-Collège eux-mêmes ! De 1555 à 1559, il donna plus d'audiences que le Pape, qui ne les aimait pas et qui soumettait au bon vouloir du cardinal-neveu tous les nonces et les ambassadeurs !! Mais, admettons d'en rester à la version officielle de Paul IV, à savoir que sa bulle était uniquement suscitée par le motif de l'hérésie pure, soupçonnée notamment dans le cardinal Morone, Pole venant juste de décéder. De toutes façons, cela ne change rien au débat de fond... quoique, on en conviendra, l'épisode des cardinaux-neveux aide tout-de-même à mieux comprendre dans quel climat cette incroyable bulle, hérétique en son § 6, parut].
           
        "(...) À Rome, pour soulager la misère du peuple, continue Rohrbacher, Paul acheta pour cinquante mille écus de blé, à huit écus la mesure pour ne la vendre qu'à cinq. Cependant, lorsqu'il mourut, 18 août 1559, à 84 ans, le peuple était encore si exaspéré de ce qu'il avait souffert sous le gouvernement de ses neveux, qu'il renversa et brisa la statue du Pape, abattit les armes des Carafa partout où elles paraissaient, brûla la prison de l'Inquisition et commit d'autres désordres jusqu'au 1er septembre. Le corps du pape fut enterré sans pompe. (...) Sa dernière parole fut : «J'ai été réjoui de ce qu'on m'a dit : Nous irons à la maison du Seigneur»" (Rohrbacher, t. XXIV, pp. 191, sq.).
 
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        Une chose doit cependant être rajoutée, concernant la figure par plus d'un côté hélas fort repoussante et même haïssable de Paul IV, si l'on en restait à un point de vue seulement humain. Je serais gravement injuste (… à la Paul IV !), si je ne rendais pas justice non seulement à l'intégrité morale sans tache de son pontificat dont Rohrbacher lui-même n'a pas manqué de prendre bon acte, aussi à une piété sincère et réelle, privée comme liturgique (... dont on peut du reste se demander comment elle pouvait coexister avec un tempérament si injuste, qui pouvait aller jusqu'à s'avilir dans les grossièretés de paroles et les voies de fait sur les personnes quand il était contredit et en colère, ce qui était souvent...), mais encore et surtout au bilan globalement très-positif, au for externe du moins, de son pontificat : "Tout en dépassant parfois la mesure [... doux, très-doux euphémisme !!], Paul IV imprima une impulsion décisive à la réforme catholique et prépara le succès futur du concile [de Trente]" (Dictionnaire de Théologie Catholique, art. Paul IV, p. 22). C'est également grâce à ses mesures sévères contre les mœurs relâchées du clergé (moines gyrovagues, évêques désertant leur résidence pour la cour vaticane, etc.), que l'état moral de Rome s'améliora très-sensiblement. "Un familier des Farnèse prétendait qu'[à sa mort], en 1559, Rome était devenue un monastère de Saint-François" (ibid.).
           
        Mais, pour une bonne et juste appréciation des choses, il est important de noter qu'on disait déjà cela en 1555 à la mort de Marcel II, l'immédiat prédécesseur de Paul IV, ce constat n'est donc pas dû personnellement à Paul IV et à son action. Les historiens Fliche & Martin concluent en tous cas le pontificat de Paul IV par ces mots qui ne sont pas une petite louange, et sur lesquels s'accordent tous les historiens : "Après lui, cependant, le retour à la vie païenne du temps de la Renaissance était devenu impossible" (p. 172). Il est bon aussi de se ressouvenir qu'au temps même où l'énergumène Luther, hérésiarque certes aussi à plaindre qu'à blâmer, affirmait dans ses libelles scatologiques que Rome n'était qu'un ramas de bêtes malfaisantes avec le pape-âne à leur tête, naissait à Rome même, suite au concile déjà réformateur de Latran, précurseur de celui de Trente, un Institut ayant pour but la régénération spirituelle de la société, recrutant parmi les plus hauts prélats ; il y en eut soixante, parmi les plus zélés, et l'on compte dans les tout premiers d'entre eux à s'y être affiliés... Jean-Pierre Carafa alors évêque de Théate, le futur Paul IV, au coude à coude avec saint Gaëtan de Thienne et saint Jérôme Émilien : l'institut ainsi fondé prit même son nom d'évêque, les Théatins !
           
        Cependant, disais-je, à la vérité, il semble que cette nette amélioration des mœurs ecclésiastiques constatable à la mort de Paul IV, en 1559, était surtout dûe à la Providence divine et à son action surnaturelle parmi les hommes. Si l'on veut dépasser la personne elle-même du pape, et c'est conseillé pour avoir une juste vue des choses, un regard scrutateur sur l'Histoire de l'Église nous montre que la Providence avait manifestement décidé de donner aux pontificats suivants ceux de Paul III (1534-1549) et Jules III (1550-1555), la grande grâce de commencer réellement, en pratique, la Réforme des mœurs ecclésiastiques relâchées tant attendue de tous, ce que ces deux derniers papes cités n'avaient réussi à faire que sur papier ou en parole. C'est plus à la grâce divine qu'à l'action de Paul IV et déjà celle avortée de Marcel II, décédé l'année même de son élection au Siège de Pierre (1555), qu'on doit attribuer le succès de la Réforme catholique.
           
        À la mort de Jules III en effet, les temps étaient déjà manifestement ouverts, surnaturellement, pour permettre une Réforme catholique réelle et effective, tous le comprirent par le remarquable pape que le Saint-Esprit envoya alors à l'Église, à savoir Marcel II, dont il est très-regrettable que le nom n'est plus en souvenir parmi les hommes que par la célèbre Messe que Palestrina composa en son honneur. Tout le monde, à juste titre, se félicitait que la Réforme catholique allait enfin commencer avec ce pape qui possédait visiblement toutes les qualités requises pour l'entreprendre dans la justice, l'intelligence et surtout la Charité, et qui de plus en avait personnellement un désir extrême… Mais à peine mit-il la main à la pâte, qu'il mourut d'une apoplexie (AVC) au bout de... vingt-deux jours seulement (et l'ardeur extrême qu'il mit à commencer la Réforme catholique, sans aucun ménagement pour sa personne et sa santé, ne fut sans doute pas pour peu dans cette mort prématurée).
 
Marcellus II Cervini Vatican Museums Musei Vaticani Vatican
 
S.S. Marcel II (1501-1555)
 
 
 
    
     
Messe du pape Marcel (Palestrina)
       
        La Providence divine envoya alors à l'Église un autre "Marcel II", Paul IV, possédant certes autant de qualités que lui pour la Réforme catholique, mais hélas, par défaut d'un tempérament complètement déséquilibré (Pastor parle à son sujet, d'une manière tout-à-fait humoristique par son euphémisme, d'"idiosyncrasie"…!), ne pouvant l'entreprendre, quant à lui et bien qu'il en ait, que trop souvent dans l'iniquité des moyens et l'absence totale de Justice et de Charité, ce qui est très-perceptible dans le cas du saint cardinal Pole. Sans forcer trop le trait, on peut dire que Paul IV fut en quelque sorte… un Marcel II raté. Avec Paul IV, tout se passe comme si, sans doute à cause des péchés des hommes, la Providence divine avait certes décidé de continuer à donner la grâce à l'Église pour commencer effectivement la Réforme catholique, mais elle ne la donnait plus que dans la sainte-Colère et l'Ire de Yahweh-Sabaoth, avec un pape quasi énergumène, alors qu'avec le pape Marcel, la Réforme catholique aurait sans doute eu lieu dans la paix des âmes et surtout la bonne justice. Plus Paul IV voulait le bien, et il faut lui rendre justice que toute sa vie fut tendue sans faille vers le bien, dans une extrême droiture d'âme, et plus, c'était comme malgré lui, il commettait, tant en politique qu'en religion, des injustices souvent grossières envers les personnes, mais hélas plus moralement graves encore que grossières, pour l'opérer… La Réforme catholique prenait corps, certes, mais envers et contre tout le monde et surtout au grave détriment de moult bons catholiques, clercs ou laïcs, qui y furent littéralement injustement sacrifiés, immolés. Sans compter la très-lourde faute de népotisme qu'il commit comme un des pires papes non-réformés de la Renaissance machiavélique.
           
        À ce sujet, qui fut tragique et dramatique pour le pape Carafa, il faut préciser qu'on a trop dit que ses neveux l'avaient "trompé", la vérité vraie est qu'ils le trompaient… avec son tacite consentement et sa complicité, leur ayant mis volontairement dans les mains trop de pouvoirs et n'écoutant personne de ses cardinaux qui lui en faisaient reproche ; ses cardinaux-neveux ne furent donc en vérité rien d'autre que la longue-main qu'il avait voulu lui-même se donner. D'où d'ailleurs le terrible choc moral qu'il éprouva lorsqu'on lui révéla leurs exactions et vies dissolues, qui le précipita vers la tombe : à juste titre, il s'en sentait moralement responsable au premier degré.
           
        On ne souscrit pas à l'une des dernières paroles qu'il prononça trois jours avant de mourir au jésuite Lainez, là encore toujours marquée par l'excès ("Depuis le temps de saint Pierre, il n'y a pas eu de pontificat plus malheureux pour l'Église que le mien ! Ce qui en est résulté me désole beaucoup ; priez pour moi !"), mais d'une manière générale, il est trop vrai que Paul IV ne sut mettre la vertu dans Rome et dans l'Église qu'avec une étonnante haine, passion et colère, la plupart du temps accompagnées d'une iniquité scandaleuse et révoltante dans les moyens, sans compter son absence de discernement presque incroyable dans le Spirituel. Allant jusqu'à lui faire commettre des actes si mauvais, que même les méchants, en y réfléchissant beaucoup, n'auraient pas pu concevoir ni commettre ; comme par exemple, redisons-le, le très-scandaleux rappel du cardinal anglais Pole, qui fut une des causes certaines et principales du triomphe définitif du protestantisme en Angleterre, ou encore le renvoi monstrueux de Palestrina de la chapelle papale (le compositeur le plus grand, le plus pieux, le plus céleste polyphoniste que le monde ait jamais connu : quelle honte, quel scandale inouïs !!!), et d'autres considérables dénis de justice et méfaits jamais réparés envers les prélats les plus respectables voire saints, dont il détruisait sans retour la réputation sans aucun scrupule en faisant porter publiquement sur eux, à tort, le soupçon d'hérésie, ce qui en soi est un très-grand péché de calomnie, suite à sa folie intégriste de voir des hérétiques partout.
           
        D'où, d'ailleurs, la terrible colère, très-justifiée, qui prit tout le peuple romain à sa mort, ou plutôt dans la journée même de sa mort alors qu'elle n'était pas encore arrivée, preuve que ladite colère était contenue à toute force depuis trop longtemps, et qui, ne manquons surtout pas de le noter avec soin, je l'ai déjà fait remarquer, se déchargea immédiatement sur les prisons de l'Inquisition d'une manière fort significative vox populi vox Dei (colère populaire contre lui, et non populacière comme le disent mensongèrement ces menteurs éhontés de sédévacantistes pour les besoins de leur mauvaise cause, juste colère donc que, pesons bien la chose, ne connut à sa mort aucun autre pape dans toute l'Histoire de l'Église depuis saint Pierre, histoire pourtant fort mouvementée et colorée…).
           
        Paul IV, sans doute caractériellement impuissant à faire mieux, ... Dieu lui ait fait miséricorde !, ne sut mettre la vertu dans le cœur de l'homme que, trop souvent, par le zèle amer, la colère, la haine, une iniquité et des dénis de justice envers les plus saintes personnes souvent monstrueux, et cela ne pouvait certes pas y faire fleurir le Bien véritable : il fallait de toute urgence dans l'Église, après le pontificat énergumaniaque de Paul IV, de saints, doux et bons papes à la saint François de Sales, pour mettre sur ce qui n'était qu'une matière de vertu, la forme de la vertu, à savoir la Charité de Dieu. Le Saint-Esprit s'y est employé, sachant mieux que personne ce qu'il fallait à l'Épouse du Christ après le pontificat intégriste de Paul IV, et pas seulement avec saint Pie V mais déjà avec Pie IV l'immédiat successeur de Paul IV sur le Siège de Pierre, Deo gratias.
           
        En vérité, que l'homme est petit, et que la perfection est rare en ce très-bas monde. C'est saint Grégoire de Nazianze qui a dit : "Le juste milieu est le chemin des crêtes".
 
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        Je voudrais maintenant, avant de mettre le point final, revenir sur le fond spirituel du débat. Il est très-important de le méditer pour le bon équilibre et la bonne justice de notre vie de Foi. Le zélotisme sectaire, rigoriste, grossier et janséniste avant la lettre de Paul IV, épousé fort inintelligemment avec grande passion par les sédévacantistes de nos jours, ne saurait en effet aucunement rendre raison du bon combat de la Foi, le bonum certamen dont nous parle saint Paul, ni aux temps de la Renaissance ni encore moins à notre temps qui voit la fin, fin qui, je l'ai dit en début de ces lignes, ne fut seulement qu'effleuré, attouché, à la Renaissance.
           
        Ce morceau de la Vie de l'Église à la Renaissance, au niveau de la papauté, est effectivement rempli d'instructions pour nos âmes. Ce qui est très-frappant, c'est que ce parallélisme de deux tendances au sein le plus intime de l'Église, toutes deux sincèrement au service de la Vérité quoique "frères enne­mis" (conservateur ― moderne, sans être moderniste ; on pourrait plus justement sans doute bapti­ser ces deux tendances : ascétique ― mystique), on va le retrouver... tel quel !, sous Pie XII. Mais, et voilà ce qui est intéressant, Pie XII, contrairement à Paul IV, va se servir à la fois des deux tendances, qu'il mettra sur pied d'égalité. Et il est bon de remarquer que saint Pie V partagera cette même attitude de Pie XII... et non celle de Paul IV, pourtant son mentor, je l'ai noté plus haut dans mon texte, en rappelant que Pie V "voulut témoigner hautement que les mêmes sentiments l'animaient envers ses deux prédécesseurs [Paul IV et Pie IV], et que leur mémoire avait droit au même respect". 
           
        Pour en rester à Pie XII, on s'entretient en effet beaucoup, dans les rangs sédévacantistes, dans une illusion infiniment primaire et en tous cas très-fausse : celle de le voir comme le dernier pape conservateur, digne quoique pâle successeur du rigoriste Paul IV et de saint Pie V (après lui il n'y aurait plus que des papes moder­nistes, et bien des sédévacantistes font remonter la vacance formelle du Siège de Pierre à la mort de Pie XII, en 1958). En vérité, Pie XII en était extrêmement loin. Par certains côtés de son pontificat, il est absolument un ardent "pré-Montini", un "avant-Paul VI", très-notamment sur la question politique constitutionnelle (il suffit de lire ses discours de Noël 39-45 incroyablement démocratiques, sept discours majeurs appelant de tous ses vœux, fervents et chaleureux, l'instauration de ce qui sera l'ONU, pour le comprendre). Paul VI, après la transition Jean XXIII, ne fera que suivre et développer le côté moderne déjà existant en Pie XII, ne faisant que finir les phrases que Pie XII avaient commencées (hélas, sans le contrepoids indispensa­ble du côté conservateur).
 
        Dans l'entourage de Pie XII, disais-je, on retrouve pour copie conforme, absolument, ces deux tendances de l'époque post-protestante du XVIe siècle. Or, le pape Pie XII profite de la mort quasi subite du cardinal Maglione en 1944, qui était son secrétaire d'État, pour choisir justement de nommer deux pro-secrétaires d'État au lieu d'un seul, ce qui était vraiment très-nouveau dans les coutumes vaticanes, et il les choisit comme représentant... les deux tendances qui nous occupent (à savoir Mgr Tardini pour la tendance plus conservatrice-inquisitoriale, et Mgr Montini pour celle moderne-mystique, l'un et l'autre respectivement délégués aux affaires extraordinaires et ordinaires). Avec Pie XII, on est, comme on le voit, un peu loin de Paul IV...
       
        On alléguera sans doute l'éloi­gnement de Montini au siège de Milan en 1953, pour dire que Pie XII "s'est repris" et a par cette mesure, excommunié, tardivement certes, la tendance moderne-mystique. Hélas, on ne peut surtout pas dire cela, et la raison en est d'ailleurs bien connue : en effet, le siège de Milan est traditionnellement oc­cupé par... un cardinal. Pie XII évidemment le savait mieux que personne. Nommer Montini à ce siège, c'était le désigner à son successeur pour l'élever à la pourpre cardinalice. On est donc loin d'un blâme définitif de la tendance moderne-mystique qu'il représentait. Car Montini étant déjà sous Pie XII un des plus sûrs papabile (l'élection de 1963 le prouvera), ce que Pie XII savait là aussi très-bien, le mettre sur le siège de Milan, c'était simplement vouloir retarder l'élection de Montini au Siège de Pierre d'un tour (ré­servant à Jean XXIII de promouvoir Montini au cardinalat, ce que d'ail­leurs celui-ci fit immédiate­ment après son élection, certains ont même écrit que c'était là l'acte le plus important de son pontifi­cat !), et donc non pas vouloir l'empêcher mais tout au contraire la préparer en quelque sorte, en donnant plus d'expérience à Montini. Et on a bien là la volonté de Pie XII, qui donc n'a jamais condamné cette ten­dance moderne-mystique.
           
        Dirais-je toute ma pensée ? Pie XII, en voulant mettre ainsi à l'œuvre ecclésiale les deux tendances, était d'une divine sagesse, véritable­ment inspirée par le Saint-Esprit. Car le contact des DEUX tendances aux grandes affaires de l'Église, l'une doctrinale, ascétique, mais peu inspirée mystiquement, freinant l'autre, beaucoup plus mystique, prophétique, illuminée du Saint-Esprit, voyant plus loin, mais par-là même ayant besoin de la purification des as­cétiques, et ce contact-là seulement, pouvait, dans une authentique, saine et héroïque pénitence des deux tendances mises à œuvrer, se frotter et se frictionner ensemble, faire arriver l'Église, sans heurt et dans l'esprit de pénitence surnaturel, au Royaume de Dieu "qui arrive, sur la terre COMME au Ciel" (Pater noster), c'est-à-dire d'une manière parfaite (pour le dire juste en passant, ces deux ten­dances furent fort bien représentées dans l'Église de France des XVIIe-XVIIIe siècle dans les figures de Bos­suet et de Fénelon).
           
        Combien ici s'impose, pour une saine compréhension de la Vie de l'Église du temps des nations, l'épisode évangélique de la Course de saint Pierre et saint Jean au Tombeau du Christ ! L'Évangile nous révèle des détails qui semblent superflus au regard superficiel, mais qui éclairent ô combien notre problématique : saint Jean le mystique court plus vite (c'est normal : le mystique voit avant l'ascétique les choses à venir du Royaume de Dieu), et arrive au Tombeau le pre­mier, c'est-à-dire à la destiné eschatologique finale de l'Église, qui voit presque concomitamment mort et Résurrection, mais... attend saint Pierre l'ascétique et rentre après lui dans le Tombeau (là aussi, c'est normal : en notre temps des nations qui n'est pas le Millenium où les mystiques auront le pas sur les ascétiques, c'est l'ascétique Pierre qui garde l'Autorité sur le mystique Jean). Cet épisode-là, il me semble, décrit à merveille le modèle tout divin des rapports qui devaient exister entre les deux tendances ascétique-mystique dont nous parlons et dont Paul IV avait satanisé celle ascétique par sectarisme, la tournant contre la tendance mystique.
           
        Et justement, si Pie XII, contrairement à Paul IV, n'a pas condamné la tendance mystique, c'est parce qu'il savait qu'elle était aussi UTILE à l'Église que la première. Ce qui n'est ab­solument pas vu par les sédévacantistes, généralement de tendance intégriste, anti-mystique, anti-prophétique, finalement a-gnostique, a-loge (l'erreur a-loge, sans le Logos, est une demie-hérésie aussi grave que l'illuminisme, comme supprimant du Canon des Écritures, l'Évangile de saint Jean et l'Apocalypse, par rejet de la Prophétie ; cette erreur aussi a une tenace filiation dès les assises de l'Église et, bien que peu perçue, aperçue, elle est généralement très-présente dans la tendance conservatrice, je l'expose dans la première partie de ma réfutation du guérardisme, dont j'ai mis le lien ci-dessus...), c'est que cette ten­dance moderne-mystique est ordonnée à l'Avènement du Règne millénaire, ce Règne du Christ Glorieux dont l'Église, présentement, réalise le Règne sans la Gloire.
           
        En cela elle est parfaitement et même ÉMINEMMENT catholique.
 
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        Je peux maintenant, la conscience heureuse, tranquille et apaisée, mettre le point final à mon présent travail qui, je tiens à le préciser, doit de grands chapitres et de grands hommages à L'Impubliable, mon tout premier ouvrage de fond sur la théologie de "la crise de l'Église" d'il y a vingt-cinq ans (cf. https://eglise-la-crise.fr/images/stories/users/43/LImpubliableCompletTERMINUSDEFINITIF7meEdition2015.pdf)...
           
        "Un peu de science [théologique, historique] éloigne de Dieu [et de la Vérité] ; beaucoup y ramène" (Francis Bacon, dans ses Essais ; et non Louis Pasteur, comme il a été dit).
 
        Remarquable axiome, si juste, qui rejoint d'ailleurs ce qu'en disait Rabelais : "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme".
           
        L'exposé sédévacantiste a montré la véracité de la première assertion et celle de Rabelais, quant à la bulle de Paul IV et son contexte historique.
           
        Quant à moi, Deo adjuvante, j'ai tâché pour ma part, dans ce nouvel article, de bien montrer la véracité de la seconde assertion, "beaucoup de science [théologique, historique] ramène à Dieu et à sa Vérité".
 
En la fête de la Médaille Miraculeuse,
O Marie conçue sans péché,
priez pour nous
qui avons recours à vous !
ce 27 novembre 2022,
Vincent Morlier,
Écrivain catholique
 
 
Légende des vignettes inter-§ :
Photos de mon pélerinage romain, 2003
(Archives personnelles)
 
 
           
27-11-2022 08:59:00
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