Une sacrée bonne Lettre à Mgr di Falco-Leandri, évêque de Gap & d'Embrun.

 

        Monseigneur di Falco Leandri,

        C'est un simple pèlerin qui vous écrit, pour vous faire part des réflexions que lui ont inspirées la "messe de bénédiction des cartables" à laquelle il a assisté tout-à-fait par hasard mais il n'y a pas de hasard. Pour commencer, je vous demande d'avoir bien la bonté de pardonner la longueur de cette lettre de 8 pages, mais il y a des dialogues nécessaires, qui n'ont jamais lieu et qui doivent avoir lieu ; et puis d'autre part, je ne crois pas avoir à vous "ennuyer" ultérieurement avec un aussi long courrier, mettant dans celui-ci tout ce que j'ai d'essentiel à vous dire.

        J'étais en effet à La Salette jusqu'au samedi 8 septembre [2012], Nativité de la très-sainte Vierge, mais ma chambre étant réservée le lendemain dimanche je devais la quitter. M'engageant alors sur la route du retour, pour être sûr de trouver une messe dominicale dans votre diocèse que je ne connais pas, j'ai tout-à-coup pensé, en regardant la carte, au Laus. Mais oui bien sûr, il faut aller au Laus, là je serai sûr d'avoir une messe, et donc, le 9, je me suis retrouvé avec la "messe de bénédiction des cartables" pour la rentrée des enfants, que vous présidâtes solennellement sous chapiteau bondé pour l'occasion.

        Ah oui, j'oublie de vous dire : je suis ce qu'il est convenu d'appeler un "traditionaliste", ou plus exactement dit : je vis depuis quelques décennies ma Foi dans cette mouvance. Mot qui pour moi ne signifie plus vraiment grand'chose car, après de longues méditations, il m'est apparu que la vérité ecclésiale contemporaine est vraiment ailleurs, dépasse ces clivages tout-à-fait artificiels, dialectiques, entre "tradis" et "modernes". Les formes entre les deux sont certes opposées formidablement, voire irrémédiablement (... diablement étant en effet le mot et la chose), mais l'important c'est le degré de Foi authentique au Christ qui visite les âmes appartenant à ces différentes tendances. Or, hélas, dans le cadre de cette crise affreuse de l'Église que nous traversons, tout le monde, un peu comme les zélotes lors de la chute de Jérusalem, s'est trop habitué à diaboliser la forme de l'autre, ce qui nous empêche de voir son fond, où peut résider et où réside souvent humblement le Christ, Dieu merci. Le moderne d'ailleurs n'a pas vraiment de complexe de supériorité à faire quant à cela sur le tradi, car il est au moins aussi sectarisé contre le tradi, que le tradi l'est contre lui, moderne. Je le répète : et si la réalité ecclésiale d'aujourd'hui était infiniment ailleurs que dans ce clivage "tradi-moderne" ?... C'est à dessein que je pose cette question, Monseigneur, car je compte vous entretenir de cette réalité de Dieu que l'Église a aujourd'hui à vivre. Et qui dépasse, comme le Ciel dépasse la terre, ledit clivage. Je vous rendrai ainsi un peu le beau témoignage de Foi que j'ai reçu dans cette "messe des cartables", et je vous prie de bien vouloir me lire JUSQU'AU BOUT car il y a de fortes chances que mon témoignage, de par le Saint-Esprit, vous apporte quelque chose que vous ne savez pas. Et qu'il est bien difficile et dur pour moi de vous exposer ex abrupto, sans préparation (d'où, hélas, quelques longueurs prolégoméniques…).

        Mon inquiétude première donc, en assistant à votre messe, où visiblement une bonne représentation de la communauté catholique du diocèse était réunie, était d'abord de m'assurer de la Foi catholique de l'assemblée, de votre Foi, Monseigneur, et de celle de vos fidèles. Vous êtes plutôt connoté "moderne" dans l'épiscopat français déjà tellement, tellement moderne, alors...      

        Grâce à Dieu, mon appréhension plutôt angoissée s'est transformée en vraie joie et en remerciements au Seigneur quand j'ai entendu les réponses des enfants, à la place du sermon, lorsque vous les avez interrogés sur l'estrade autour de l'autel. Bien sûr, ces réponses avaient sûrement été quelque peu préparées par les Sœurs, comme on fait avec les hommes politiques dans les émissions TV, mais justement, ces enfants, en tout état de cause, ne faisaient donc que dire… la Foi de l'assemblée, outre qu'ils la prenaient à leur compte. Vous leur aviez posé LA question, questio magna : "Qui est Jésus ?" Or, la première réponse qui a superbement fusé a été : "Le Fils de Dieu !" ; la seconde, "Le messie !" ; la 3ème, "Celui qui sauve le monde !". Etc. Tuediable...! Les enfants du catéchisme de Mgr Lefebvre n'auraient pas mieux répondu…! La 1ère réponse surtout, qui m'a beaucoup ému, est antinomique de tout modernisme. À partir de là, j'étais sûr d'être dans une messe bien catholique. Certitude qui n'a pas été remise en doute par la prestation musicale quelque peu allumée-branchée, dirais-je, de l'Offertoire... ni non plus par les applaudissements subséquents de la foule des fidèles après icelle, à tout va, liturgiquement plus qu'indécents (à toute messe, on assiste à mort d'homme, et quel homme !, donc on n'applaudit pas : le moderne n'est même plus capable de sentir cela).

        Ni non plus par cette manière pénible et très-dangereuse de la messe moderne de faire "réciter" à voix haute le Canon par l'officiant, ce qui a pour effet formel d'insérer dans la liturgie un possible sens favens haeresim, à savoir qu'on pourrait penser, à la manière protestante, qu'on "rappelle" seulement ce que le Christ a fait il y a 2 000 ans mais sans intention de l'actualiser de nouveau in concreto, sans intention transsubstantiatoire ; sens hérétique aggravé par les fidèles qui, réponse de la bergère au berger, restent debout pendant et après la Consécration... "récitée". Mais malgré ces formes liturgiques déviantes ou peut-être seulement beaucoup débiles (au sens étymologique de : faible et sans force), j'ai été rassuré, même édifié, de noter la croyance de l'assemblée au Corps et au Sang du Christ ré-actualisés hic et nunc sur l'autel, certains signes d'adoration remarqués dans les fidèles pendant la Consécration, ne peuvent tromper (… ce qui est vraiment contradictoire et par ailleurs humainement incompréhensible puisque ces formes liturgiques modernes déviantes durent depuis plus de quarante ans maintenant et donc cela aurait dû éteindre la Foi dans les âmes qui les pratiquent ; oh qu'elle est donc bien grande la grâce de l'Église et du Christ, puisque la Foi demeure malgré ces grandes déficiences...). Croyance de l'assemblée en la transsubstantiation tout-à-fait confirmée et explicitée par les paroles non-équivoques du beau cantique des Sœurs à la communion des fidèles.

        ... Pourquoi donc vous écris-je cette lettre, Monseigneur di Falco ? C'est ce que vous êtes en train de vous demander.

        Réponse. Pour vous faire prendre conscience que l'Église contemporaine vit présentement, à l'instar du Christ, sa propre et personnelle Passion, "LA PASSION DE L'ÉGLISE". Jusqu'à ce que mâlemort s'ensuive. Et que, c'est grande faute des traditionalistes de le penser, l'Église moderne n'est pas originellement en faute, du côté de ses évêques et de ses papes, d'être ainsi "faite péché pour notre salut" (II Cor. V, 21), c'est comme cela que saint Paul définit le Christ vivant sa Passion, ce qui évidemment s'applique aussi pour l'Épouse mystique lorsqu'elle a de par Dieu, cette même Passion à vivre, lors de sa propre fin des temps. En vérité, l'Église actuelle est recouverte d'un manteau de péché, "afin que l'Écriture s'accomplisse", c'est, derrière les causes secondes, une Volonté divine. C'est parce que la très-sainte Vierge a VU cette situation de crucifixion de l'Église, cette "si grande contradiction" (He XII, 3-4) entre d'une part une bonne motivation ecclésiale et d'autre part des formes liturgiques ou doctrinales carrément hérétiques, qu'elle a pleuré du début jusqu'à la fin de l'Apparition, à La Salette, ce qui est unique dans toutes les annales mariales de tous les temps chrétiens, prenons-en bien conscience (d'autres manifestation mariales enregistrent certes des pleurs de Marie, mais pas tout le temps et/ou sans parole en même temps, comme à Quito, Syracuse, etc.). Et bien entendu, cela, de sa part mariale sous la mouvance immédiate du Saint-Esprit, ne pouvait pas signifier un message ordinaire mais extraordinaire, comme l'est précisément l'Apocalypse à vivre par le monde, ou mieux dit : à vivre premièrement par l'Église "qui est au commencement du monde" (St Épiphane).

        L'Église, vivre la Passion, sa propre fin des temps, de nos jours ? Je viens de souligner, Monseigneur di Falco, la possible interprétation protestante de toute messe moderne, non-transsubstantiatoire, ce qui en soi est parfaitement anormal, puisque toute promulgation par le pape d'un rite pour l'Église Universelle rentre ipso-facto dans le cadre de l'infaillibilité. Ainsi donc, il est trop vrai que l'Église moderne, sur cela, est en état de péché, je le dis au sens de saint Paul que je viens de citer, "le Christ a été fait péché pour notre salut" pendant sa Passion, ce qui est la "si grande contradiction" qu'il dira aux Hébreux. Liturgiquement, l'Église est donc en état de péché matériel depuis la réforme liturgique de Paul VI (on ne saurait en effet supposer aucune coulpe dans le péché de l'Église, puisqu'elle est parfaitement sainte, et qu'elle le reste bien sûr dans sa Passion).

        Mais sur le plan doctrinal, c'est encore plus fort, plus palpable, plus peccamineux.

        Pour vous le mettre bien en évidence, Monseigneur, il n'est que de revenir à cette belle "messe des cartables". Quelle était la motivation, le but, de cette édifiante cérémonie ? N'était-ce pas d'entourer, d'encourager les enfants catholiques dans leur rentrée scolaire ? Mais en même temps que je me réjouissais de voir l'Église de Gap & d'Embrun ainsi entourer de son amour bienveillant l'enfant à éduquer (… ah ! j'aurais bien aimé avoir une telle messe, moi, dans mes petites années scolaires 1965 !), j'ai eu, pendant toute la cérémonie, constamment, le cœur gros de larmes, les larmes de Notre-Dame de La Salette, au souvenir du § 5 de Dignitatis Humanae Personae, le décret de Vatican II sur la Liberté religieuse, qui est un attentat direct et formel de l'Église magistérielle contre la dignité humaine de tout enfant né hors foyer catholique. Comment, je vous prie, plaît-il, que dites-vous, Monseigneur ? Que vous n'en avez pas pris conscience ? Que ce n'est absolument pas possible ? Éh bien, relisons ensemble si vous le voulez bien, ce § 5, texto : "À chaque famille, en tant que société jouissant d'un droit propre et primordial, appartient le droit d'organiser librement la vie religieuse du foyer sous la direction des parents. À ceux-ci revient le droit de décider, dans la ligne de leur propre conviction religieuse, la formation religieuse à donner à leurs enfants" (sic). Ce § 5 est d'ailleurs une suite logique, une naturelle extension, du droit à la Liberté religieuse accordé à toute personne humaine individuelle dans le § 2, les Pères de Vatican II l'accordant subséquemment aux "groupes religieux ou sociaux" (§ 4), puis à la famille dans ce § 5. Rien de plus logique donc que ce § 5, fort malheureusement il s'agit d'une logique de Satan, puisque le principe de base du § 2 est hérétique. Nous l'allons bien voir ensemble, Monseigneur di Falco, pour les enfants, avec les conséquences concrètement criminelles du prétendu "droit" posé par les Pères de Vatican II dans ce § 5.

        En effet, SEULE la religion catholique, celle véritable, est en adéquation, en harmonie parfaite avec l'intégrité morale et physique de l'enfant, et donc avec sa dignité humaine. Tout simplement parce que l'homme est fait à l'image de Dieu, et que donc, seule la religion du Dieu vrai peut respecter intégralement la nature de l'homme, vrai et complet. Celui qui croit à un faux dieu et qui donc professe des faux dogmes, lorsqu'il descend dans la pratique de son faux dogme, attente, ne peut qu'attenter, d'une manière ou d'une autre, directement à l'intégrité de sa nature humaine… ou à celle de ses enfants. Comme disait le célèbre historien archéologue Mgr Duchesne au siècle dernier : "Il n'y a rien de plus pratique qu'un principe". Qu'il soit bon ou mauvais. Or, dans Dignitatis, on vient de le lire ensemble texto Monseigneur, les Pères de Vatican II ont osé formuler un droit à la liberté religieuse dans leurs foyers pour TOUS les parents, c'est-à-dire ceux qui croient au vrai Dieu, les catholiques, comme aussi tous les autres qui croient à un faux dieu. La conséquence est immédiate, directe : donner un "droit" positif aux parents adeptes de faux dogmes, à la libre formation religieuse de leurs enfants, "selon leurs propres convictions religieuses", c'est ipso-facto leur donner concrètement le droit… d'attenter à l'intégrité morale et souvent physique en même temps, de leurs enfants, et toujours à leur dignité humaine véritable.

        Illustrations rapides. L'indigne père africain qui pratique l'excision sexuelle de sa fillette à cause de ses croyances idolâtres souvent aggravées de coranisme, peut brandir ce § 5 de Dignitatis à tout celui qui lui reprocherait sa pratique criminelle et abominable : cette pratique, il la tire de ses croyances idolâtres, c'est-à-dire de sa religion, et donc il a "droit", comme disent scandaleusement les Pères de Vatican II una cum Paul VI, à former, ou plutôt affreusement et atrocement déformer, sa fillette, "selon ses propres convictions religieuses". Idem pour le père musulman qui donne sa fillette de 12 ans en pâture à des vieux singes libidineux de 60 ans, à des "maris" ignobles. Il y a "droit" selon sa croyance coranique : en effet, ne croyant qu'à un dieu Un mais pas en Trois Personnes, il ne croit pas que Dieu est famille, composée de plusieurs Personnes divines d'égale valeur entre elles. Par conséquent, quand il fonde un foyer, le musulman se croit le seul à y exister métaphysiquement, en tant que représentant le dieu Un ; sa femme et ses enfants, qui métaphoriquement représentent le Fils et le Saint-Esprit dans la famille, n'existent pas vraiment, sauf en dépendance complète de lui, père de famille, qui est image du dieu-un Allah. Sa femme et ses enfants ne sont qu'un "complément" de lui comme les fourbes "Frères musulmans" ont voulu tout récemment l'inscrire dans la constitution du Maroc ou de la Tunisie, je ne sais plus. Il a donc droit de vie et de mort sur eux, ou de prostitution, ou d'esclavagisme, ou tout ce qu'on veut d'attentatoire à l'intégrité et la dignité de la nature humaine… puisque sa "propre conviction religieuse" lui enseigne… que ni femme ni enfants n'ont une existence vraiment ontologique. C'est d'ailleurs inscrit dans la charia, la femme et l'enfant y étant tenus dans un non-droit juridique découlant très-directement de la croyance hérétique du musulman en un dieu un mais pas en trois personnes, pas familial… Et quant au père adepte de l'abominable "église de scientologie", la seule "formation religieuse" qu'il donnera à son enfant sera de le mettre en esclavage psychique complet du feu gourou Ron Hubbard, le fondateur abject de cette secte exécrable entre toutes. Pour le viol, la mutilation totale et souvent irréversible de son âme, fors la toute-puissance divine réparatrice.

        Et les Pères de Vatican II, dans la folie et l'irresponsabilité totales, ont osé dire, le 7 décembre 1965, que c'est un "droit" pour tous ces parents "assis à l'ombre de la mort", de former leurs enfants "selon leurs propres convictions religieuses"…!!! J'ai envie, Monseigneur di Falco, de commenter par l'adage antique : Jupiter aveugle ceux qu'Il veut perdre. C'est-à-dire, en catholicisant la formule : Dieu aveugle une Église qu'il veut recouvrir d'un manteau de péché pour lui faire vivre la Passion, puis sa mise en croix et sa mort, qui deviendra effective par et sous l'Antéchrist-personne.

        Voilà ce que c'est, Monseigneur, que l'abomination de la désolation dans le Lieu-Saint prédite par le prophète Daniel pour les derniers temps, Lieu-Saint qui, ici, in casu, est la dignité humaine, l'intégrité à la fois morale et physique de la nature humaine. Or, le monstrueux, l'inouï, c'est que les Pères de l'Église d'une génération donnée una cum le pape ont sanctionné magistériellement l'attentat à la dignité humaine de l'enfant, dans un décret qu'ils ont appelé : De la dignité humaine ! Incroyable, vraiment diabolique inversion, puisque, nous venons de le voir ensemble, le contenu doctrinal de cedit décret devrait le faire appeler : INdignitatis Humanae Personae, de l'indignité de la personne humaine.

        Je mets bien au défi quiconque de me fourbir et fournir une "herméneutique de continuité" catholique de ce § 5 de Dignitatis avec les bonnes mœurs et la Tradition doctrinale. Hélas, personne n'en sera capable, fut-ce le pape, et pour cause.

        EPHATA, ouvre-toi !!!, lisait-on dans l'Évangile du dimanche 9 septembre. Et, derrière le cardinal Vingt-Trois, vous l'avez commenté en l'appliquant aux fidèles, dans la petite messe de sept heures, à la basilique du Laus, j'y assistais quelques minutes, juste pendant ce passage de votre sermon. Alors, de par Jésus-Christ Notre-Seigneur, évêque catholique moderne, ouvre-toi, ouvre tes deux oreilles et écoute. Ne dis pas seulement au fidèle de le faire, comme le cardinal Vingt-Trois a l'air de s'y cantonner dans l'aveuglement de son esprit qui ne veut pas remonter à la cause première du mal, fais-le toi-même. Ouvre tes deux oreilles et surtout tes deux yeux à la réalité ecclésiale contemporaine qui révèle que l'Épouse du Christ a passé le portillon du jardin de Gethsémani à Vatican II et qu'elle est depuis lors "faite péché pour notre salut" (II Cor. V, 21).

        Vous m'avez donné le globalement beau témoignage collectif de votre Foi, Monseigneur de Gap & d'Embrun, au sein de tous vos fidèles, dans cette "messe des cartables". Je l'ai perçu, j'en ai été touché. Je vous dois à mon tour le mien, sur mon devoir de charité, sinon la "communion des saints" de la terre est un vain mot (au Credo en effet, on ne fait pas que professer la communion des saints au Ciel, ou de la terre vers le Ciel, on professe aussi celle des saints de la terre avec les autres saints de la terre).

        Le voici, je suis en train de vous le faire. Ce n'est pas facile pour moi, car la charité vraie ne consiste évidemment pas forcément à se faire plaisir les uns les autres, mais à se dire la vérité. Cette vérité, la voici : nous ne sommes pas à l'alléluia de l'Église, mais au requiem de l'Église. Un requiem ignominieux parce que c'est l'Épouse du Christ qui, au for externe, se fait hara-kiri. C'est Jésus-Christ qui revit sa Passion dans son Épouse mystique, et Passion ignominieuse.

        -Un rite de la messe promulgué par le pape pour l'Église Universelle est doté de soi de l'infaillibilité inhérente au Magistère ordinaire & universel. Il ne saurait donc contenir la moindre possibilité de sens favens haeresim, sorte de Janus à deux visages dont l'un serait orthodoxe et l'autre hétérodoxe. C'est pourtant le cas de la messe de Paul VI qui est, depuis plus de 40 ans, le "rite ORDINAIRE" pour toute l'Église, comme dit Benoît XVI (oh terrible révélation de ce qualificatif employé ingénument par le pape actuel, qui montre bien que l'Église toute entière a adopté ce rite équivoque et ambivalent, receptus & probatus…).

        -Un concile universel qui s'exprime sur la chose doctrinale est pareillement doté de soi de l'infaillibilité ecclésiale. L'espèce d'échappatoire de "pastoralité" que les pusillanimes de tous camps ont inventé n'est qu'une sottise, une plaisanterie de foies jaunes. Dans ses Mémoires, le cardinal Garrone, qui s'était violemment opposé à Mgr Lefebvre en 1976, saura bien le dire : "Comme tous les autres, ce Concile [Vatican II] était dans l'ordre de l'autorité doctrinale un sommet et une valeur suprême. (...) Certains ont estimé qu'en se déclarant pastoral, le Concile signifiait qu'il ne voulait pas être doctrinal. C'est là une absurdité" ("50 ans de vie d'Église", Garrone, Desclée 1983). Vatican II, dans le principe, ne saurait donc contenir la moindre proposition doctrinale hérétique comme l'est cependant indubitablement la Liberté religieuse, dont je vous ai montré que dessus les scandaleux attentats contre l'intégrité et la dignité humaine des enfants nés en foyers non-catholiques, pour en rester là, qui touchera de près votre âme sacerdotale, par un domaine qui vous est familier et où vous avez de l'expérience, Monseigneur di Falco, à savoir la pédagogie (j'ai lu votre biographie).

        Là, cependant, au niveau de la critique objective des faits ecclésiaux contemporains, s'arrête tout-à-fait ma ressemblance avec les traditionalistes. Car eux, rendus à ce constat terrible qui révèle à toute âme bien née qui ne veut pas tricher avec elle-même, que l'Église contemporaine est crucifiée et mise dans l'économie propre de la Passion du Christ, en rejettent vite-vite toute la faute sur les papes et les évêques modernes. Justement pour éviter d'avoir à embrasser, eux aussi, ladite Passion de l'Église, aux fins de ne pas goûter à son fiel salvifique. C'est facile à comprendre : nous les tradis on est tout blancs, parce que les autres sont tout noirs. Nous ne voulons pas endosser le péché de l'Église, c'est les évêques et les papes modernes qui en sont coupables. Et l'Église c'est nous puisque nous sommes tout blancs. Les tradis en général ont tous cédé au péché dialectique.

        Donc, et pour ce même but de ne pas vivre ce que Dieu fait vivre à l'Épouse du Christ aux jours d'annhuy, à savoir la Passion, on a, d'un côté, les modernes qui ne veulent pas prendre conscience de la mise en état de péché matériel de l'Église contemporaine (je suis bien certain que vous aurez un mal fou à admettre la réalité cependant irrécusable, irréfutable, des deux accusations d'hérésies que je dénonce quant à la nouvelle messe et au décret conciliaire sur la Liberté religieuse… je me cantonne à ces deux-là, mais il y en a bien d'autres…), et d'un autre côté, les traditionalistes qui prennent bien conscience de la mise en état de péché de l'Église contemporaine, mais c'est pour en rejeter pharisaïquement la réalité sur des ennemis qu'ils situent extra muros, et puis, en réaction, recréant artificiellement quant à eux une Église "toute blanche" qui n'existe plus de par Dieu, mais qu'ils veulent toujours faire exister en la ghettoïsant dans leurs chapelles et autres prieurés, pure de toute mise en état de péché matériel qui est le propre de l'économie de la Passion. Comme disait André Frossard des tradis : "Ils veulent faire la volonté de Dieu contre la volonté de Dieu". Les "modernes" comme les "tradis" donc, rejettent la Passion de l'Église. Quant à moi, qui, bien imparfaitement, accepte de la vivre, je dis que cette situation ecclésiale peccamineuse est plus due à une volonté divine de faire rentrer l'Église catholique dans l'économie propre à la Passion du Christ, qu'à imputer coupablement à l'homme d'Église et aux humains. Inutile, donc, de chercher, et surtout de trouver, des boucs émissaires. Et à l'opposé, il faut en prendre conscience, que l'Église vit sa Passion, qu'elle est "faite péché pour notre salut". Sous peine de forfaiture. De lâchage, de trahison de la Foi véritablement vécue, vraie et vivante.

        L'Église contemporaine, la nôtre, est donc dans l'économie de la Passion du Christ, jusqu'à ce que mort s'ensuive, qui sera consommée dans et par l'avènement maudit du règne de l'Antéchrist-personne, que tout, sur le plan politique universel, économico-financier, mais encore religieux (par le syncrétisme œcuménique), annonce. S'ensuivra ce règne maudit, la chute de l'Antéchrist telle que décrite dans les Stes-Écritures, et ce sera vraiment apocalyptique, la Création toute entière participant à cette espèce d'exorcisme universel, nous verrons le déchaînement de tous les éléments de la Création, tant spirituels que physiques : il y aura un déluge de feu universel qui purifiera la terre d'une manière plus radicale encore que lors du premier déluge, celui d'eau, aux temps de Noé. Ensuite, et ensuite seulement, viendra, par la Parousie, le Règne de la Gloire du Christ, que vivront les rescapés, le fameux "petit reste". "S'ils se convertissent, les pierres et les rochers se changeront en blé, et les pommes de terre se trouveront ensemencées par les terres", a dit la Vierge Marie à La Salette dans le Discours public approuvé par l'Église. Pour celui qui a quelque connaissance de la Ste-Écriture et des écrits des premiers Pères de l'Église, cette petite phrase mariale apparemment fort hyperbolique est typique d'une annonce formelle de l'avènement du Millenium entendu à la manière millénariste orthodoxe de saint Irénée de Lyon, dans le Livre V de son célèbre "Contra Haereses" (… lequel dernier Livre V, soit dit en passant, fut longtemps expurgé et occulté par les scolastiques, pendant plus de mille ans, jusqu'au XVème siècle ! Le néo-pharisaïsme n'est pas d'hier).

        Voilà ce que la Vierge pure et véridique, la reine des Prophètes, a VU à La Salette, essentiellement ces deux choses capitales, et c'est cela que votre âme ne sait pas et que je veux lui dire, par vraie charité chrétienne (ou du moins, en a-t-elle eu peut-être intellectuellement vent, écho, d'une manière lointaine, mais elle ne l'a certainement pas pris en considération) : 1/ le passage prochain, la pâque de l'humanité à commencer par l'Église, dans le purificatoire de l'Apocalypse, 2/ puis après, le renouvellement de toutes choses, et surtout de la chose ecclésiale, dans la Gloire du Christ. Et c'est ce véritable changement d'économie de salut à venir qui est furieusement occulté par les clercs, petits ou grands, "tradis" ou "modernes", depuis 1846, dans une attitude de "copier-coller" sur celle des antiques pharisiens envers le Christ et la nouvelle économie de salut qu'il apportait au monde...

        Voilà, quant à moi, le témoignage de ma Foi que je vous fais à cœur ouvert, en toute simplicité et sympathie spirituelles, Monseigneur di Falco, en retour de celui que j'ai reçu, et ai été surnaturellement content de recevoir, de votre édifiante "messe des cartables". Il n'est pas bon de recevoir sans donner, ma conscience m'aurait vraiment reproché de ne pas faire l'effort de vous faire le témoignage de ma Foi, au plus près.

        Vous allez peut-être me dire maintenant : mais quelle spiritualité adopter et faire adopter aux fidèles quand l'Église vit ses derniers temps, qu'elle est dans l'économie de la Passion du Christ ? L'humain, fût-il clerc, ne peut rien s'apprendre à lui-même, quant au salut, vous le savez autant que moi. Il faut lire l'Écriture pour connaître la réponse. Je vous citerai deux passages, mais on peut évidemment s'inspirer de bien d'autres :

        "Pécheur, pèche encore, juste sanctifie-toi encore, puis viendra le Seigneur" (Apoc. XXII, 11).

        Trois enseignements dans ce passage qui a trait à l'attitude des âmes ayant à vivre la fin des temps. D'abord, 1/ l'effort du salut est à faire par l'homme dans tous les temps, tous les âges de l'Église, y compris celui de la fin des fins ; il n'y a donc rien à relâcher de l'effort du salut sous prétexte que tout est foutu sur le plan humain et, pire, celui ecclésial ; 2/ Ensuite, il est indiqué par saint Jean que l'économie de la Passion qui voit l'Église être mise en état de péché matériel, aura pour effet commun de faire pécher plus encore le pécheur, qui bien entendu, prendra prétexte du péché dont il voit l'Église être recouverte, pour s'autoriser à pécher plus encore ; quant au juste, le processus spirituel sera héroïquement inverse : lui qui veut se sauver, qui croit à l'Église, sera purifié et sanctifié plus encore rien qu'en restant dans une Église désormais recouverte d'un manteau de péché, dans laquelle il vivra sa Foi humilié, souffrant de partout… comme le Christ lors de sa Passion. C'est pourquoi, le pécheur sera amené à plus pécher encore, s'il ne veut se convertir, il ne pourra pas rester à un péché médiocre, et le juste, à devenir plus saint qu'il ne l'est. La fin des temps forge l'âme "dans l'Absolu" aurait dit Léon Bloy, jusqu'à atteindre "la plénitude de l'âge", précisera Notre-Dame à La Salette dans le Secret donné à Mélanie Calvat. 3/ "Puis, viendra le Seigneur". Cette situation de mort mystique de l'Église doit amener l'âme à attendre beaucoup plus sa délivrance par le Retour du Christ, extrinsèque à la sphère humaine, développer en elle l'espérance eschatologique des "nouveaux cieux et de la nouvelle terre". Quand tout manque du côté de la terre, on est bien forcé de se tourner vers le Ciel. Et le Christ en Gloire reviendra quand tout le monde aura comblé sa mesure, et le pécheur, et le juste.

        Accroître l'effort du salut, être plus vigilant, plus éveillé, est donc le premier fruit spirituel de conscientiser la fin des temps. Le second fruit spirituel est de développer l'attente eschatologique de la Délivrance d'une Église mise à mort, par le Retour glorieux du Christ.

        Ici, je rendrai hommage à Mgr Lefebvre. J'ai assisté au sacre des quatre évêques en 1988, à Écône. Au sermon, Mgr Lefebvre a dit que ce qu'il faisait était une "opération-survie" ; il a répété ce mot plusieurs fois avec force dans son sermon ; c'était visiblement inspiré, et on n'aurait pas pu mieux l'être en effet.

        "Opération-survie". À partir du moment où le Christ rentre dans sa Passion, Il n'a plus qu'une chose à attendre : sa mort. C'est inéluctable. Ce n'est qu'une question de temps plus ou moins long. Pareil pour l'Église : depuis Vatican II et la nouvelle messe, l'Église, parfaitement crucifiée, n'a plus qu'à attendre sa mort, à plus ou moins longue échéance. Tout ce qui est donc fait avec, en, par & pour elle, dans cette fourchette de temps, est une "opération-survie". Le sacre des quatre évêques tradis est une "opération-survie" ; la bénédiction des cartables pour la rentrée 2012 des petits écoliers de Gap & d'Embrun est une "opération-survie" ; l'aide charitable à une école indoue est une "opération-survie". Tout est "opération-survie" dans l'attente de la mort de l'Église qui, elle-même, est annonciatrice de sa Résurrection d'entre les morts. Car bien sûr, la mort n'aura pas le dernier mot.

        Ce qui me fait venir à l'autre passage scripturaire que je voulais vous citer, ou plutôt passage liturgique. Il est tiré de l'hymne de la messe pascale :

        "Mors et vita duello, conflixere mirando ; dux vitae mortuus, regnat vivus !" La mort et la vie sont dans un duel merveilleux ; le chef de la vie est mort, et vivant, il règne !

        Je crois que ce passage contient toute la spiritualité dont il faut que l'âme catholique se nourrisse durant le temps affreux de la mort mystique de l'Église. Ce passage m'aide beaucoup, et quotidiennement. Il y a la mort, il y a la vie ; et tous les deux s'entrechoquent sans miséricorde pendant ce temps affreux, se contrebousculent sans cesse, voulant dominer, phagocyter et anéantir l'autre, étant en conflit irréductible l'un par l'autre, et, ô stupéfaction !, le liturgiste nous dit que c'est un conflit… merveilleux ! (vu du Ciel sans doute, vu de la terre, c'est plutôt l'enfer).

        Mors et vita duello.

        Non, nous ne sommes pas à "la naissance de l'Église", comme avait voulu se l'imaginer, d'une manière fort illuministe, un certain cardinal Lustiger. Il ne faut pas foncondre les vagissements du nouveau-né avec les râles de l'agonie. Il obnubilait son âme des actes de la vie, pour s'empêcher de prendre conscience qu'en parallèle, la mort côtoyait la vie, dans l'Église… Non, ce sont les deux À LA FOIS qu'il faut embrasser pour être dans la bonne spiritualité lorsque l'Église est dans l'économie de la Passion. À la fois, continuer les actes de la vie, et comprendre qu'ils sont irrémédiablement frappés de mort. Inutile de dire que l'humain n'est pas capable de cette perfection spirituelle.

        Car bien sûr, il ne faut pas non plus adopter l'attitude inverse, celle par exemple des survivalistes américains qui se construisent des bunkers anti-atomiques, tellement ils ont compris l'aspect "mort" de la situation de fin des temps contemporaine : au rebours du cardinal Lustiger qui ne voulait plus voir que la "vie", ils ne voient plus, eux, que la "mort" et oublient que la vie continue toujours, tant que Dieu ne l'a pas suspendue. Mors et vita duello. Donc, il faut s'occuper des deux à la fois, de la mort et de la vie, et là est la perfection à laquelle il faut tendre quotidiennement. Si c'est un travail spirituel valable pour tous les temps, ça ne l'est que d'une manière relative, à la fin des temps, c'est d'une manière absolue.

        Je pense pouvoir m'arrêter ici, de mon témoignage de Foi. Je crois que j'ai à peu près dis tout ce que je voulais vous dire d'essentiel, Monseigneur di Falco, dans un sain échange catholique. Je fais confiance au Saint-Esprit pour vous révéler le sens vrai des mots que j'ai employés, dont certains sont peut-être malhabiles ou imparfaits. Si vous voulez quelque chose de plus intellectuellement suivi, je vous informe que j'ai créé un site Internet où j'expose plus "ex professo" si je puis dire, cette thèse de "LA PASSION DE L'ÉGLISE", plus et mieux en tous cas que je ne le fais ici dans ce courrier à bâtons rompus. En voici l'adresse : www.eglise-la-crise.fr.

        Un dernier mot, anecdotique. J'ai trouvé vos vidéo-clips, sur le site diocésain. Je les ai toutes regardées attentivement ; celle qui m'a le plus édifiée, c'est le clip sur Georges Brassens. Vous y dites de grandes et belles choses. Que quand il n'y a plus Dieu dans la vie, il reste toujours la très-sainte Vierge Marie. Le juif Ratisbonne, évidemment non-baptisé en Jésus-Christ, qui s'est converti miraculeusement au siècle dernier par une apparition de la très-sainte Vierge, a expérimenté très-concrètement cette grande vérité, il en fait un fort émouvant témoignage dans son récit de conversion.

        Éh bien, c'est à elle, Notre-Dame Marie, singulièrement sous le vocable de La Salette, que je confie ce courrier au long cours, me sentant de mon côté parfaitement indigne de vous entretenir des grandes vérités qui y sont contenues.

        … Puisse-t-elle vous dire, beaucoup, beaucoup mieux que moi, les choses ecclésiales de la fin des temps !

        Croyez bien à tout mon entier et profond respect, catholique et sincère, Monseigneur di Falco Leandri, avec ma prière.

Vincent Morlier

   

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14 septembre 2012, 17:44
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