Les papes modernes ont-ils des excuses d'avoir cédé au républicanisme post-révolutionnaire constitutionnellement athée...? (II)

 

Les papes modernes ont-ils des excuses

d'avoir cédé au républicanisme post-révolutionnaire

constitutionnellement athée...?

(II)

 

À la Papauté,

À tous les papes

qui se sont succédés

sur le Siège de Pierre.

        L'Histoire est maîtresse de Vérité, disais-je en introduisant cette série de deux articles, dont le but est de comprendre les raisons qui ont poussé les papes à reconnaître formellement, par l'outil juridique concordataire, la validité, la légitimité, des Institutions politiques constitutionnellement athées dérivées de la Révolution... ce qui, en soi, et selon le mandat divin donné par le Christ à Pierre et à ses successeurs, est pourtant tellement contre-nature, tellement contraire à l'économie du salut que l'Église a mission de mettre en oeuvre dans le monde !

        Dans le premier article (I), j'ai privilégié un grand historien suisse des années 1950, quoique de tendance libérale, Gaston Castella (1883-1966), lequel nous a bien montré que les papes et le Siège de Pierre ont été persécutés à mort, ce n'est hélas que triste et sinistre réalité, par les roys et princes autrefois très-chrétiens, tout le long des XVIIème et XVIIIème siècles : ceux-ci ont sans cesse, le plus qu'ils ont pu, attenté mortellement à la mission de gouvernance de la politique universelle attachée de droit divin au Souverain Pontificat, avec l'arrière-pensée antichrist de réduire à rien la fonction pontificale elle-même et tout l'Ordre surnaturel basés sur le Christ et l'Église. Car, ne nous y trompons pas, c'est bien à la suppression radicale de la papauté que veulent aboutir les responsables politiques d'Ancien-Régime, pervertis de plus en plus non pas seulement par une doctrine césariste et absolutiste seulement d'ordre politique, mais surtout par la pensée antichrist radicale des Lumières. Ce ne sont pas seulement des enfants difficiles, donnant certes du fil à retordre au père de famille mais ayant gardé l'esprit droit, ce sont des enfants qui se révoltent contre l'autorité paternelle elle-même, qu'ils veulent supprimer, ils ne sont pas seulement despotes, mais despotes éclairés, entendez : par la fausse lumière de Lucifer, qui déifie la nature jusqu'à supplanter radicalement la surnature, c'est-à-dire Dieu et son Royaume. C'est pourquoi on les a vu exiger du pape la suppression de l'ordre des Jésuites, menace de schisme national à l'appui qu'ils auraient sûrement mise à exécution si le pape avait refusé de sacrifier les fils de saint Ignace, pour bien montrer leur volonté d'anéantir toute juridiction du Vicaire du Christ sur la chose politique universelle...   

        Méditant en profondeur cette situation nouvelle faite par les dirigeants politiques de l'Ancien-Régime au Saint-Siège et à la papauté, constatant le retirement de plus en plus complet des papes de la vie politique des nations, l'historien Gaston Castella en met toute la faute sur les hommes politiques de l'Ancien-Régime. Pour lui, les papes sont uniquement des victimes de cette situation, sans aucune faute de leur part, ils ne font que subir la mauvaise volonté des roys et princes autrefois très-chrétiens. S'ils se retirent de la vie politique des nations, c'est uniquement parce qu'on les y oblige.

        Nous allons voir maintenant un autre historien, Jacques Crétineau-Joly (1803-1875), ultramontain quant à lui, et donc fort peu suspect de vouloir calomnier les papes, nous donner une vue des choses différente, en disant que les papes eux aussi ont voulu se retirer des choses de la Politique universelle. Ce ne serait donc pas seulement les roys et les princes autrefois très-chrétiens qui mettent les papes sur la touche de la Politique universelle, mais ce sont les papes eux-mêmes qui s'en désolidarisent volontairement, épousant en quelque sorte la cause des méchants qui les persécutent, dans une attitude qui n'est pas sans rappeler ce que les psychologues appellent le syndrome de Stockholm, c'est-à-dire que les otages ou victimes finissent par épouser la cause de leurs ravisseurs ou persécuteurs (https://fr.wikipedia.org/wiki/Syndrome_de_Stockholm).

        Les papes ne vont cependant pas abandonner leur mission divine de gouvernance de la chose politique universelle pour la même raison que les roys et princes autrefois très-chrétiens veulent qu'ils l'abandonnent, à savoir par refus et apostasie du Surnaturel dans la Politique, ils vont l'abandonner, quant à eux, par désespoir : à cause de la persécution mortelle des roys et princes d'Ancien-Régime contre leur mission divine dans la Politique universelle des nations, ils ne croiront plus possible, désormais, que le Royaume du Christ puisse encore s'y établir par le moyen de l'Ordre très-chrétien royal et sacral, celui-ci étant dorénavant aux mains d'ennemis du Christ.   

        Pour autant, les papes de la fin d'Ancien-Régime ne vont évidemment pas abandonner la croyance au Royaume du Christ en ce monde (ils ne le pourraient pas, bien sûr, sans renier carrément par le fait même leur mandat de Vicaire du Christ ; un de leurs lointains successeurs, Pie XI, va même, encore et toujours, proclamer le plus solennellement possible la royauté de droit du Christ-Roy sur toutes les nations en 1925, dans l'encyclique Quas Primas, alors que celles-ci sont toutes... constitutionnellement athées !), mais, affreusement trompés par la scolastique et la philosophie antique, comme je l'ai montré dans d'autres de mes articles ou de mes livres, ils vont s'imaginer pouvoir translater le pouvoir politique, de la main des roys et des princes dans celle des peuples, dans lesquels peuples ils veulent voir résider le pouvoir politique ordonné au Christ par le truchement de républiques naturelles. S'illusionnant sur cela complètement et le plus gravement du monde sur la nature essentiellement et viscéralement antichrist et donc antinaturelle des républiques démocratiques post-révolutionnaires, très-notamment par les "droits de l'homme" qui sont leur base métaphysique : elles sont en effet directement constituées contre le Christ et son Royaume et ne peuvent donc pas... faire régner le Christ parmi les nations, même La Palice aurait pu le dire. Mais les papes modernes, et déjà ceux de l'Ancien-Régime finissant, ne se mettront pas, dans un aveuglement de l'esprit inouï et presque incroyable, à la hauteur... du marquis de La Palice.  

        Or, les papes n'avaient, sur le plan de la Foi, rigoureusement pas le droit de chercher autre chose, pour diriger la Politique du Temps des Nations, que l'Ordre très-chrétien royal et sacral. Parce que c'est l'Ordre politique que Dieu Lui-même a instauré parmi les enfants des hommes pour tout le Temps des nations, jusqu'à la Parousie. Et Il n'en a point instauré d'autre. Dieu a parlé en effet en Politique pour tout le temps des nations, et Il ne l'a pas fait en cachette des hommes et de l'Église, mais avec grand éclat et visiblement, très-notamment par le miracle de la Sainte-Ampoule à la Noël 496 ou encore par la très-miraculeuse geste de sainte Jeanne d'Arc. L'Ordre royal et sacral très-chrétien est donc voulu par Dieu pour diriger la Politique universelle aux temps des nations jusqu'à la Parousie, il a une base purement surnaturelle avant même d'être naturelle. Or, le problème de fond est que l'Église n'y a rien compris, n'a jamais pris en compte ce Vouloir divin formel d'ordonner la Politique universelle des nations par l'Ordre très-chrétien basé sur le sacre royal de Clovis, l'élection divine des francs et de la nation franque toute entière qui, dans son extension totale, dilatatio regni disent les Chartes carolingiennes, est tout simplement l'Europe ou Grande-France.  

        Tout au contraire, au satanique rebours de l'Ordre très-chrétien, l'ordre politique nouveau révolutionnaire non seulement n'a qu'une base humaine, mais en outre cette base humaine est antichrist et donc n'a rien de naturelle, elle est uniquement ordonnée contre Dieu et son Ordre surnaturel, par le vecteur des "droits de l'homme" ; et, faut-il le dire, ce nouvel ordre politique révolutionnaire qui ne se constitue que pour détruire l'Ordre surnaturel royal et sacral très-chrétien, n'a reçu aucun aval ni placet de la part de Dieu.  

        Les papes vivant la terrible charnière historique du bouleversement politique universel, certes affreusement coincés entre l'Ordre politique divin-naturel et celui révolutionnaire antichrist-antinaturel, n'avaient donc théologiquement strictement pas le moindre droit, ... c'est un comble d'avoir à dire une chose aussi évidente !, d'acquiescer au remplacement de l'Ordre très-chrétien par le nouvel ordre révolutionnaire basé sur les "droits de l'homme" et sur des sociétés politiques constitutionnellement athées : c'était non seulement se positionner contre la Volonté divine quant à la Politique universelle des nations mais encore épouser carrément la cause des méchants, et même commettre le péché d'apostasie.  

        C'est là, justement, que les papes auraient dû se souvenir de l'enseignement paulinien en Rom XIII, et surtout l'appliquer à bon escient à la terrible situation politique engendrée par la Révolution : tout pouvoir constitutionnellement ordonné au Bien commun vient de Dieu, dit saint Paul, et, subséquemment, toute obéissance et allégeance ne sont dûes qu'à cedit pouvoir ; et tout ce qui veut le renverser est réprouvé des hommes et de Dieu : "Celui qui résiste à l'autorité résiste à l'ordre établi par Dieu ; et ceux qui résistent attirent la condamnation sur eux-mêmes" (Rom XIII, 2). Or, en présence des deux Ordres politiques qui s'affrontaient dramatiquement durant la Révolution, l'application pratique de cet enseignement était on ne peut plus simple, on ne peut plus clair. L'Ordre royal et sacral très-chrétien venait de Dieu, et le nouvel ordre politique révolutionnaire venait des hommes et de Satan : donc le devoir formel de tout un chacun, ... a fortiori du pape qui était le tout premier parmi les enfants des hommes à s'obliger à ce devoir !!!, était d'obéir et d'être soumis à l'Ordre politique qui venait de Dieu, à savoir bien sûr celui très-chrétien, et de rejeter formellement le nouvel ordre révolutionnaire. Sous peine, surtout quand on s'appelle le pape, d'attirer sur soi et donc sur l'Église toute entière, la plus grande malédiction divine. Ce n'était pas en effet parce que les détenteurs politiques de l'Ordre très-chrétien étaient devenus méchants et mauvais, que cela abolissait l'Ordre très-chrétien lui-même, le devoir de respect et d'obéissance lui était toujours dû, comme à Dieu Lui-même. Avec bien entendu le rejet formel du nouvel ordre révolutionnaire prétendant le supplanter.

        On est affligé d'avoir à dire que les papes n'ont absolument pas compris ce devoir fondamental et primordial. Ils ont fait tout le contraire. L'esprit complètement perverti par les données scolastiques et philosophiques antiques en matière politique constitutionnelle, ils n'ont jamais pris en compte la Parole de Dieu dans la Politique du Temps des nations, laquelle était toute entière incarnée dans l'Ordre royal et sacral très-chrétien. C'est pourquoi, lorsque, avec la dégénérescence des temps et des âmes, les détenteurs de cet Ordre très-chrétien prévariqueront, les papes croiront pouvoir s'autoriser à abolir et supprimer carrément cet Ordre très-chrétien. Pie VII, dans un article du Concordat napoléonien, le dit crûment et sans vergogne, en osant appeler l'Ordre très-chrétien royal de France "l'ancien gouvernement" (art. 16). Ce ne sont donc pas que les révolutionnaires qui disent "Du passé, faisons table rase", c'est... le pape !! C'est là la première faute pontificale : prétendre abolir l'Ordre très-chrétien voulu par Dieu pour tout le Temps des nations. La deuxième faute pontificale est encore plus grave s'il se pouvait. Après avoir aboli le pouvoir politique donné aux hommes par Dieu, il faut bien, évidemment, en trouver un autre. Tant il est vrai que la nature a horreur du vide. La Politique est en effet tellement inhérente à la vie de l'homme, cet animal social, qu'il ne peut pas même respirer une seconde sans elle. Alors, pour remplacer l'Ordre très-chrétien sacrilègement aboli par eux, les papes vont élaborer un projet parallèle à celui des révolutionnaires, en mettant le pouvoir politique légitime dans les mains des peuples, démocratiquement. Voulant absolument voir dans les républiques post-révolutionnaires antichrists-antinaturelles, à toutes forces et contre l'évidence métapolitique des choses, des républiques naturelles pouvant être ordonnées au Christ, comme il y en avait dans l'Antiquité. Ce qui montre à quel point Dieu punissait la papauté d'avoir osé abolir l'Ordre très-chrétien qu'Il voulait, puisqu'Il lui envoyait le châtiment d'un aveuglement des plus affreux, que Léon XIII élèvera aux pinacles de l'abomination de la désolation dans le Lieu-Saint : Jupiter aveugle ceux qu'Il veut perdre, quos vult perdere Jupiter dementat. C'était en effet quasi pécher contre le Saint-Esprit de vouloir voir dans les républiques post-révolutionnaires antichrists-antinaturelles des républiques naturelles pouvant, Léon XIII le voulait à toutes forces, être ordonnées au Christ...!! Mais les papes modernes ne reviendront JAMAIS sur cette erreur magistrale, aucun d'entre eux, même les meilleurs, tel saint Pie X.  

        Et tout le problème de ce qu'on a appelé "la crise de l'Église" à partir de Vatican II, vient de là : une déviance originelle dans l'ordre métapolitique, constitutionnel, inhérent aux mœurs, lesquelles, corrompues par la papauté dès la Révolution, finiront par se transvaser dans la Foi et la corrompre elle-même. Et ce sera Vatican II qui enregistrera cette corruption ultime qui appelle l'Antéchrist de toutes ses forces.  

        Mais brisons-là, quant à la théorie et à la morale de l'histoire, j'aborde à présent la grande page historique qui va, ... hélas !, illustrer mon propos introductif.   

        Cette grande page que va nous relater en détail Jacques Crétineau-Joly va en effet nous obliger à poser ce dramatique et tragique constat, à savoir que les papes de la fin d'Ancien-Régime ne croyaient plus à la restauration de l'Ordre très-chrétien voulu par Dieu, à la fois royal et sacral, celui fondé surnaturellement sur le sacre de Clovis, désespérant donc en Politique de ce que Dieu Lui-même avait institué pour le salut des hommes pendant tout le Temps des nations. Cette page d'Histoire, il est bon de le souligner, a pour elle une garantie d'authenticité absolue, non seulement dans le matériau de tout premier ordre dont s'est servi l'historien pour rédiger ses lignes, à savoir les archives secrètes du Vatican (lesquelles, à l'époque, n'étaient consultables par personne), mais encore par l'approbation officielle qu'a faite de sa rédaction le pape Pie IX lui-même, qui avait autorisé notre historien à consulter lesdites archives, ce qui montre la très-haute estime dans laquelle le pape tenait la valeur professionnelle de Crétineau-Joly non moins que son entier accord sur l'analyse de fond qu'il en fait (ce qu'avait soigneusement noté un certain Mgr Marcel Lefebvre ; et d'en tirer, quant à lui, la conclusion que la dénonciation du complot franc-maçonnique contre le Saint-Siège que notre historien fait dans d'autres pages de son ouvrage, était donc chose certaine puisqu'approuvée par le pape Pie IX...). C'est dire que cette page d'Histoire que je vais citer maintenant est au-dessus de tout soupçon quant à la véracité du fait lui-même et de l'attitude de tous ses acteurs, principalement bien sûr celle du pape Pie VI.   

        Elle est tirée de l'ouvrage écrit par Jacques Crétineau-Joly L’Église romaine en face de la Révolution, t. I, pp. 183-198, dans la réédition faite par des tradis en 1976. Les italiques et les majuscules dans le texte cité, seront de moi ; j'y rajouterai aussi de temps en temps de sérieux et graves commentaires entre crochets :   

        "... Depuis longtemps, les roys de l’Europe n’avaient plus entre eux de lien commun, plus de centre d’unité et d’action, plus de modérateur omnipotent, qui apaisait les colères, dissipait les défiances, réglait les intérêts, et se portait garant de la bonne foi comme de la parole de chacun. Violemment séparés de l’Église par le Protestantisme, ou amenés, par les coupables manœuvres de leurs ministres, à redouter l’influence de la Papauté, les princes s’étaient isolés sur leurs trônes. Ils ne s’entendaient que pour laisser organiser le mal autour d’eux, et faire de la force contre le Siège romain. Par un concours de circonstances que l’Histoire ne s’est jamais donné la peine d’étudier ou qu’elle a cherché à obscurcir, la Chaire de Pierre s’était peu à peu déshabituée de son influence légitime. Cette influence qu’elle exerça au Moyen-Âge tournait constamment au bénéfice du peuple, dont les papes se constituaient les interprètes et les tuteurs. Ils étaient toujours en mesure de stipuler, de prier ou de commander pour lui. (...) Ce pouvoir, qui fut un frein pour les monarques et un bienfait pour les peuples, avait été le plus souvent exercé par le Pontificat avec une modération admirable. Son autorité était un contrepoids et une protection, quelquefois aussi un stimulant. Armée du double prestige de la vertu et de la puissance spirituelle, elle entraînait les souverains et les nations sous un drapeau commun, et les Croisades et la bataille de Lépante, et les grandes ligues se formaient à sa voix. Au nom du pape, des légats parcouraient l’Europe, imposant la guerre ou la paix. Ils discutaient avec les princes, ils négociaient avec les républiques, ils servaient de trait d’union dans tous les différends. Médiateurs craints ou respectés, ils aplanissaient les obstacles, et se faisaient tout à tous pour consacrer les droits de chacun. L’univers entier reposait à l’abri de la science, de la sagesse, de la justice et du courage de Rome chrétienne.   

        "À travers les mille péripéties de l’histoire, le Siège apostolique n’avait jamais manqué d’hommes pour remplir ce grand rôle de la paternité universelle [dans l’ordre politique universel]. La disette des caractères fortement trempés et des esprits éminents ne se fait jamais sentir autour de la Chaire de Pierre. L’Église, se renouvelant sans cesse, et choisissant ses pontifes, ses cardinaux et ses prélats au plus haut comme au plus bas de l’échelle sociale, a toujours à sa disposition de vastes capacités qui peuvent répondre à tous les besoins. Mais quand le Luthéranisme et le Calvinisme eurent divisé l’Europe et modifié sa manière d’être, l’Église comprit qu’elle devait peu à peu s’effacer du mouvement politique [Notons bien comme Crétineau-Joly attribue le retirement des papes de la Politique universelle à un vouloir de la papauté elle-même, et non comme un confinement qu'ils subissent sans le vouloir eux-mêmes ; par ailleurs, je ne saurai passer sur sa formule "l'Église comprit" : il y a là, de la part de Crétineau-Joly, une volonté manifeste, bien ultramontaine au demeurant, d’excuser l’attitude nouvelle des papes, certes en partie compréhensible mais préjudiciable à la vérité que l’on doit poursuivre jusqu’au bout, même si elle nous humilie et crucifie dans nos chefs spirituels, car seule la Vérité vraie et entière DÉLIVRE ; c’est pourquoi il faut rectifier le propos de Crétineau-Joly en disant hélas que l’Église, loin d’avoir à "comprendre" qu’elle devait s’effacer du mouvement politique universel (elle avait simplement à supporter à son corps défendant la mise sur la touche où la très-mauvaise volonté des princes l’avait confinée), avait bien au contraire à proclamer hautement qu’elle réservait ses droits pleins et entiers pour des temps meilleurs ; et au grand jamais, n’avait-elle pas à les abdiquer purement et simplement d’aucune manière, comme elle le fit hélas officiellement par la suppression des Jésuites ; car il y avait là ni plus ni moins le reniement d’un mandat divin confié par le Christ à Pierre]. Il ne s’agissait plus d’être Guelfe ou Gibelin, et de disserter avec la Maison de Souabe sur les prérogatives du Sacerdoce ou sur les ambitions de l’Empire. Toutes ces rivalités d’un autre âge [... voyez comme le penser libéral atteint même les meilleurs contre-révolutionnaires, tel notre historien !] tombaient devant une nécessité plus pressante. Rome voulut préserver le Catholicisme d’une crise dangereuse [... en retirant son épingle du jeu ?!? Curieuse et insensée stratégie qui consiste à laisser toute la place à l'ennemi, en prétextant que c'est pour mieux le vaincre...!]. Rome se résigna à laisser les roys et les peuples débattre entre eux les questions purement temporelles [N'oublions pas que le pape Pie IX a approuvé ces lignes de notre historien... Ô funeste résignation, nullement chrétienne, nullement louable, nullement inspirée par le Saint-Esprit !]. Son abstention calculée, MAIS VOLONTAIRE, avait les apparences d’un affaiblissement moral [Crétineau-Joly, quoiqu’il en ait, ne peut esquiver la vérité vraie de ce lâchage pontifical ! Hélas, il ne s’agissait pas que d’une apparence de démission !]. En renonçant à l’exercice d’une autorité qui féconda le pouvoir et l’obéissance, les papes avaient consommé un sacrifice [... qu’il ne fallait surtout pas faire]. Personne ne leur en tint compte [c’est bien normal : on est puni par où on a péché]. Ils ne parlaient plus qu’au nom de la puissance des Clefs ; ils ne se mêlaient plus que de matières naturellement soumises à leur examen. Ce fut ce moment qu’on choisit pour accuser l’Église d’empiéter sur le domaine temporel. Ils se renfermaient dans les affaires de conscience ; ils se tenaient à l’écart de tout débat politique. On ne voulut jamais se persuader que cette abstention était sérieuse ; alors on s’imagina de faire des tableaux de fantaisie de leur prépondérance passée. On désirait que les roys n’eussent plus entre eux de lien ni d’accord : on leur apprit à se défier du pape et à s’éloigner de l’Église.

        "On alla plus loin. L’esprit du siècle, qui était en marche et en progrès comme tous les esprits du siècle, contraignit les roys de la terre et leurs gouvernements à humilier le pouvoir ecclésiastique et à le tenir en tutelle, tandis qu’il sera toujours d’une sage politique de laisser croire aux peuples que la Religion est indépendante. L’autorité des princes, des législateurs et des magistrats n’est possible, et durable peut-être, que lorsque ces mêmes peuples ont le droit de regarder la Religion comme la source, et la première, de toutes les autorités [grande vérité, qui justement faisait toute la force de l'Ordre très-chrétien]. Cette pensée, innée au cœur des multitudes, est pour elles une consolation et une espérance. Par-là même, elle devient un appui pour les trônes, car il n’y a que ce qui est puissant qui donne la force ou qui y ajoute. La politique abaissa donc les trônes qu’elle prétendait exhausser. En les effrayant d’un pontife comme Grégoire VII ou comme Jules II, elle fit naître aux princes la pensée de gouverner par eux-mêmes, et surtout pour eux-mêmes. Cette pensée d’égoïsme devait leur être fatale : ils ne s’en aperçurent même pas lorsque le danger approcha. Ils étaient privés de cette vigilance toujours active [... que Pierre possédait, et qu’il ne demandait qu’à communiquer, via ses successeurs modernes sur son Siège, aux princes, comme il l’avait fait libéralement dans les temps du Moyen-Âge...!] qui, à l’heure des périls, les réunissait sous la bannière de l’Église, et leur désignait l’ennemi commun qu’il fallait frapper de la parole ou du glaive. Ils restèrent désunis, incertains, ne formant que des vœux stériles, ou ne se prêtant qu’à contrecœur à d’impuissantes combinaisons. L’homogénéité n’existait plus dans le conseil des monarques, elle passa dans le camp révolutionnaire. Les monarques avaient dédaigné ou affaibli la seule influence qui pouvait dompter l’idée démocratique ; aucun d’eux ne sentit la nécessité de recourir à Rome, comme à la source de tout principe. (...) [Rome, de son côté, d’une manière tout aussi répréhensible,] semblait s’être désintéressée de toutes les questions politiques. On avait eu l’air de craindre son activité et de suspecter sa domination ; elle la restreignait aux choses de la Foi. Depuis Benoît XIV [1740-1758] surtout, plus elle s’était vue injustement attaquée, plus elle avait cherché à se montrer conciliante et réservée [c’est hélas bien autre chose que cela : il ne s’agit plus de condescendance miséricordieuse, il s’agit, sur le Siège de Pierre, de lâcheté voire de trahison pure et simple du mandat divin dans la chose politique universelle ; c’est sous ce pape, par exemple, qu’on voit s’initier dans la pratique diplomatique pontificale ce maudit mouvement concordataire avec des gouvernements constitutionnellement non-catholiques, attentant de soi à la constitution divine de l'Église, rien moins : "En 1747, un fait inédit depuis la Réforme s’était produit dans les rapports entre la papauté et un pays protestant : la nomination, certes officieuse, du représentant du Palatinat à Rome comme agent diplomatique de la Prusse. Un accord général avec une référence particulière aux bénéfices ecclésiastiques et à la législation matrimoniale fut signé l’année suivante" (Dictionnaire historique de la papauté, Levillain, p. 216). Est-ce un hasard de voir Benoît XV, le pape si "diplomatique" de la première guerre mondiale, prendre explicitement son nominal prédécesseur comme modèle de pape, ce pape Benoît XIV au demeurant bien bon pape mais qui, par tellement de côtés, peut être appelé le Jean XXIII de la fin de l’Ancien-Régime ? C'est-à-dire un pape bonasse, qui laisse faire le mal, qui y participe même (car accepter un diplomate en poste à Rome comme représentant un État constitutionnellement hérétique, c'était reconnaître la validité de cet État), sans réagir ?]. (...) Il fut tacitement convenu dans le conseil des roys que les progrès du siècle et de la civilisation s’opposaient à une intervention quelconque du Pontificat suprême [dans toute affaire politique regardant les nations].   

        "Tout hérétique que fut l’Angleterre, elle ne partagea pas cette erreur. [Le second] Pitt [premier ministre anglais en place aux temps de la Révolution, après la brillante carrière politique de son père], avait réfléchi sur les conséquences morales et politiques du fait révolutionnaire. Il s’en constitua l’ennemi personnel ; il chercha les moyens de réunir l’Europe contre les prédicants de démagogie. Son infatigable persévérance ne se dissimulait pas les obstacles de tout genre dont une pareille alliance était entourée ; mais il crut parer à plus d’une difficulté EN PROPOSANT AU PÈRE COMMUN DE SE PLACER À LA TÊTE DE CETTE LIGUE SAINTE. Pie VI, outragé et menacé à la tribune de tous les clubs et sur tous les théâtres de France, avait jugé nécessaire de prendre quelques précautions en vue de l’invasion antichrétienne. Plutôt pour sauvegarder les frontières de l’État romain que pour abriter le Saint-Siège apostolique, il avait ordonné des mesures militaires et une concentration de troupes autour de Rome. Il avait auprès de lui le cardinal Maury, nature vigoureuse, qui ne demandait pas mieux que de continuer par les armes la croisade que son éloquence avait entreprise à l’Assemblée nationale. Les cardinaux de l’intimité du Pontife, étaient par leur caractère ou pour leurs antécédents, tout disposés à seconder une coalition monarchique. Pitt s’était fait rendre compte de ces dispositions. Il connaissait le courage personnel du vicaire de Jésus-Christ. Il savait qu’aux maux extrêmes on doit opposer des remèdes encore plus extrêmes ; IL CRUT DONC QUE LE ROYAUME DE DIEU POUVAIT ENCORE ÊTRE DE CE MONDE [... lui, l’hérétique !, il y croyait encore !, quand nous allons avoir la douleur et l'humiliation d'enregistrer, par les lignes qui vont suivre, que le pape Pie VI n'y croyait plus !]. Les Roys hésitaient ou tremblaient. Ceux mêmes qui avaient les armes à la main ne combattaient que dans le but d’arriver à une transaction, la moins déshonorante possible, mais, avant tout, la plus profitable à leurs intérêts du moment.   

        "Au milieu de tous ces affaissements royaux, Pitt entrevoit que LE SEUL MOYEN DE VAINCRE L’IDÉE RÉVOLUTIONNAIRE, C’EST DE LUI OPPOSER L’IDÉE RELIGIEUSE [Quelle remarquable vue supérieure, possède cet... hérétique !]. Les ambassadeurs anglais dans les cours étrangères ont ordre d’approuver, d’exalter, de citer comme modèle l’attitude et la vigueur du Pape. Bientôt l’éloge du Saint-Siège et l’urgence de reconnaître le Pape comme chef suprême et lien ostensible de la ligue contre la Révolution se trouvent dans la bouche de tous les ministres britanniques. Une négociation officieuse s’ouvrit à Londres entre le cabinet de Saint-James et les prélats émigrés, à la tête desquels se trouvait Arthur Dillon, archevêque de Narbonne. William Pitt voulait mettre la grande image de la Papauté en face de la Révolution ; il espérait en tirer parti pour ses vues ultérieures. Une correspondance sans caractère officiel s’engagea à ce sujet entre le cardinal de Montmorency-Laval et Arthur Dillon, puis François de Conzié, évêque d’Arras, écrivit en mai 1794, au cardinal de Bernis :

        "«Depuis mes dernières communications d’Allemagne, mande-t-il au vieil ambassadeur de Louis XV et de Louis XVI près le Saint-Siège, j’ai reçu, à mon arrivée ici, un billet du cardinal Zelada, secrétaire d’État de Sa Sainteté, et j’ai beaucoup causé avec M. Pitt de son contenu. Le ministre m’a témoigné une sincère et profonde admiration pour la vigueur que déploie la cour de Rome ; mais il m’a dit très-franchement que, sans vouloir faire d’une vaste coalition monarchique une affaire particulière de religion, il croyait plus que jamais l’intervention du Pape essentielle dans les circonstances présentes. Avec son prodigieux bon sens, M. Pitt entre très-bien dans les raisons que développe le Saint-Père ; mais il désirerait que la cour de Rome appliquât À L’UNIVERS ENTIER les mesures qu’elle a prises en vue d’une invasion républicaine sur le territoire pontifical [… c’était l’hérétique qui rappelait le pape à son devoir en matière de Politique universelle !]. M. Pitt pense qu’il n’est possible de s’opposer au torrent révolutionnaire qu’en lui jetant comme digue l’Europe entière armée. Ses idées sur cette coalition sont celles-ci. Il m’a dit : Je ne demande pas que le Pape se mette de sa personne à la tête d’une croisade politique ou qu’il la prêche comme Urbain II. Ces temps sont passés ; et, si je ne les regrette pas comme anglican, je puis bien, dans la situation actuelle, ne pas avoir le même sentiment comme homme et comme ministre de la Grande-Bretagne, chargé de veiller à la conservation de l’Europe ébranlée [... voyez comme les simples intérêts temporels, humains, voire bassement matériels, ont besoin de la force de la Religion pour simplement... exister !]. Les coalitions auxquelles nous travaillons, au nom de l’ordre social, sont combattues et déjouées par des intérêts particuliers. En plus d’une occasion, j’ai déjà vu les cours du continent reculer devant les divergences d’opinion et de culte qui nous séparent ; JE PENSE QU’UN LIEN COMMUN DEVRAIT TOUS NOUS RÉUNIR. LE PAPE PEUT SEUL ÊTRE CE CENTRE. Il a l’Italie, l’Espagne, l’Autriche, et une partie de l’Allemagne sous la main. Son autorité, momentanément affaiblie par des causes regrettables [... tout le monde se rendait bien compte de la persécution fomentée par les cours royales et princières contre le Saint-Siège, et qui l'avait affaiblie...] peut très-facilement recouvrer le prestige perdu, surtout quand la Prusse et la Russie, de concert avec l’Angleterre, y prêteront la main [raisonnement ô combien judicieux et inspiré : le ministre d'État hérétique, ici, sur des bases de raisonnement de Foi, d'une Foi vive et agissante, semblait vraiment l'instrument de Dieu, et s’entretenait l'âme dans la vertu d’Espérance en Politique... que les papes avaient abandonnée]. Le soulèvement de la Vendée indique qu’en France on pourrait encore, dans plusieurs provinces, trouver de pareils dévouements. Je crois donc que la cour de Rome pourrait et devrait jouer un beau rôle au milieu des secousses. Sur l’observation que je me permis de lui faire de l’âge du Souverain pontife [il avait 80 ans] et de sa manière de juger les évènements, M. Pitt ajouta qu’il comprenait et approuvait cette réserve ; qu’on avait eu tort de tenir la Papauté dans l’isolement, qu’elle était une force avec laquelle il fallait toujours compter, et que les gouvernements devaient se reprocher cette ingratitude ; mais, reprit-il, dans le danger commun, il n’est plus temps de se laisser aller à d’inutiles récriminations. (...) Une bulle du Pape, présentée aux cours catholiques par des légats a latere, et annonçant la guerre sainte, la guerre à l’anarchie, produirait un grand et salutaire effet. ELLE ARMERAIT LES SOUVERAINS ET LES NATIONS ; elle fonderait une alliance INDISSOLUBLE, SEUL moyen de résister au sauvage enthousiasme de la démagogie. J’ai eu de longues conférences avec quelques-uns de vos évêques émigrés. Il y en a plusieurs encore dans la maturité et qui seraient tout prêts à seconder nos vues, si le pape s’y associait. (...) Si le pape se décidait à envoyer des légats aux cours catholiques, je connais assez mon pays pour répondre d’avance qu’ils ne seraient pas reçus avec plus de respect à Vienne ou à Madrid qu’à Londres même. Les divergences de religion s’effacent dans un immense péril commun. Si le pape consent à publier la bulle de coalition, une flotte anglaise ira croiser sur les côtes d’Italie pour protéger les États romains, et cette flotte portera en même temps un ambassadeur extraordinaire de Sa Majesté près le Saint-Siège pour honorer le chef visible de cette alliance indispensable.

        "«Tel est en abrégé le récit de mon entrevue avec M. Pitt. Votre Éminence y verra qu’il ne recule devant aucun obstacle, et qu’il sait très-bien les aplanir [... et en effet, quelle incroyable chose de voir un hérétique promouvoir le Plan divin si intelligemment, si bellement, si... catholiquement, auprès des catholiques défaillants, pape y compris !]. La proposition que je suis en état de transmettre n’a rien d’officiel ; c’est le résultat d’une conviction particulière si l’on veut ; mais pour qui connaît M. Pitt et sa ténacité, il n’y a pas à douter de l’adhésion du Parlement anglais à un semblable projet. (...) Tous croient avec nous qu’une aussi auguste manifestation [que constituerait la bulle de coalition du pape] pourrait avoir des conséquences incalculables [mais oui, bien sûr, c’était parfaitement bien vu !]. Mais à Rome, où est le conseil, la lumière et la direction, sera-t-on du même avis ? (...) Je dois faire observer à Votre Éminence que la proposition de M. Pitt me semble renfermer beaucoup d’avantages et fort peu d’inconvénients. La cour de Rome n’ignore sans doute pas le sort que la Convention lui destine ; un jour ou l’autre, le Vatican sera la proie de nos révolutionnaires, et alors que deviendra le pape ? [prophétie parfaitement lucide et réalisée à peine un an après, lorsque Pie VI consommera son martyr !] (...) M. Pitt, en discutant avec d’autres prélats les éventualités de sa proposition, a émis l’idée qu’en cas d’invasion prévue du patrimoine de Saint-Pierre, le Pape et le Sacré-Collège pourraient, en toute sûreté, se retirer sur des vaisseaux anglais, qui les transporteraient en Sicile, à Madère ou aux îles Baléares ; le lieu de retraite choisi serait mis à couvert d’un coup de main par les flottes britanniques. L’Angleterre s’est montrée et se montre chaque jour, envers le clergé français [émigré], animée d’une si sainte et si généreuse délicatesse, que je croirais faire injure à l’humanité en soupçonnant d’une arrière-pensée ce peuple qui nous entoure, nous, évêques proscrits pour notre Foi, de toutes sortes d’hommages pieux et de soins paternels. Je n’ose pas insister davantage sur tous ces points dont Rome est meilleur juge que moi. Je transmets à Votre Éminence les principaux détails de mon entrevue avec M. Pitt, et je vous prie de les soumettre au Saint-Père, afin de m’acquitter de la mission dont je suis heureux d’avoir été chargé»".

        Autant le projet Pitt remplit l’âme de la vertu de Dieu, autant, hélas, la réponse de Rome, du pape Pie VI, que nous allons voir maintenant, couvre de honte, et c’est avec cette honte particulière pour les fautes des pères, aigüe, cuisante et cruelle, qui atteint l'âme dans son tréfonds, que je continue à rapporter ces lignes :

        "À cette communication, ne manquant ni de perspicacité ni de prévision [certes, certes, ô combien !], le cardinal de Bernis répondit le 10 juin 1794 : «Le très-saint Père, dans la dernière audience qu’il a daigné m’accorder, a voulu lire lui-même à haute voix et devant le cardinal secrétaire d’État, votre lettre dernière. Au milieu de tous les tourments qui l’accablent, Sa Sainteté a été profondément émue et s’est montrée très-reconnaissante des sentiments dont Votre Grandeur se faisait l’interprète. Le Pape désire que vous en témoigniez à M. Pitt toute sa plus sincère gratitude. Il l’a exprimée avec une telle éloquence de cœur et de langage que je ne puis vous rendre que très-faiblement l’impression que j’en ai ressentie. Le très-saint Père apprécie avec une haute sagesse tous les dangers dont il est entouré ; il les connaît, il les prévoit depuis longtemps. Son inébranlable constance saura les braver ; il a le martyre du devoir à endurer : il s’y prépare par la prière [... on ne peut s’empêcher de remarquer ici que le Saint-Père répond complètement à côté de la question : à une adresse faite par le premier ministre anglais à sa Personne publique de "Vicaire du Christ", ayant de soi vocation à la Politique universelle, Pie VI répond en faisant allusion à sa simple personne privée...]. M. Pitt a la bonté de lui offrir, en cas de besoin, un asile assuré sous la protection du pavillon britannique [ce n’est pas cela que proposait le ministre anglais au pape : certes, Pitt offrait cet asile à la personne privée du pape, mais uniquement dans le cadre des possibles attaques révolutionnaires qui auraient été les suites probables de l’émission par Pie VI de la bulle de coalition européenne contre la Révolution, pas pour les suites naturelles de l’évolution révolutionnaires laissée à elle-même, comme veut l’entendre ici le pape, avec une grande fausseté dans sa réponse : il y a quand même une bougre différence ! Mais, on ne le voit que trop bien ici, la mort dans l’âme, il est trop clair que le pape Pie VI ne pense pas UN SEUL INSTANT à sa fonction de Pasteur universel ayant, de par sa Charge même, à jouer un rôle sur le plan politique international...]. Sa Sainteté déclare qu’elle accepterait avec bonheur cet honorable asile, et que le Sacré-Collège l’y suivrait avec pleine confiance. Mais le Pape croit ne pouvoir et ne devoir laisser le tombeau des saints Apôtres que forcé et contraint ; sa résolution irrévocable est d’attendre, au pied de son crucifix, l’ennemi venant au nom de la Révolution".

        Sans, donc, RIEN faire, pour l’empêcher. Quand bien même le plan Pitt ne lui demandait qu’un très-léger effort, prenant toute l’organisation sur lui...! Le génial premier ministre anglais avait en effet fort bien prévu les choses en se réservant à lui même et aux puissances politiques de préparer militairement toute la Croisade anti-révolutionnaire, déchargeant le pape âgé de tout effort : en fait, la Croisade ÉTAIT DÉJÀ PRÊTE, le pape, auquel Pitt mettait clefs en mains, n’avait plus qu’à tourner la clef pour allumer le moteur, c'est-à-dire apporter sa caution morale publiquement. Le pape n'avait qu'à simplement bouger le petit doigt en signant la bulle de coalition européenne, puis à la promulguer officiellement ! Quelle PETITE chose, qui demandait si peu d’efforts et de soucis au pape, et qui, fort peccamineusement, ne fut pas faite !!!

        En vérité, comme nous sommes loin, avec le pape Pie VI, de la dignité et de l’esprit de sacrifice personnels du pape Grégoire VII, préparant ardemment lui-même, en personne physique, une Croisade pour délivrer les chrétiens des pays d’Orient, tâchant d’y intéresser le césariste Henri IV d’Allemagne (en pure perte d’ailleurs), aux mœurs rien moins que chrétiennes ; voici la mâle lettre qu'il lui écrit, par exemple : "En outre, je donne avis à votre grandeur que les chrétiens d’au-delà des mers, cruellement persécutés par les païens, journellement mis à mort comme de vils animaux et pressés par la misère extrême qui les accable, ont envoyé me prier humblement de les secourir de la manière que je pourrais, et d’empêcher que la Religion chrétienne, ce qu’à Dieu ne plaise, ne périsse entièrement chez eux. J’en suis navré de douleur, jusqu’à désirer la mort et aimer mieux exposer ma vie pour eux que de commander à toute la terre, en négligeant de les secourir. C’est pourquoi j’ai travaillé à y exciter tous les chrétiens et à leur persuader de donner leur vie pour leurs frères, en défendant la loi de Jésus-Christ, et de montrer, par cette preuve éclatante, la noblesse des enfants de Dieu. Les Italiens et ceux d’au-delà des monts, inspirés de Dieu, je n’en doute point, ont reçu de bon cœur cette exhortation, et il y en a déjà plus de cinquante mille qui se préparent à cette expédition, s’ils peuvent m’y avoir pour chef et pour pontife [car le pape Grégoire VII avait bel et bien l’intention de "faire le voyage" en personne…], résolus de marcher à main armée contre les ennemis de Dieu, et d’aller, Lui conduisant, jusqu’au sépulcre du Seigneur" (Histoire universelle de l'Église catholique, abbé Rohrbacher, t. XIV, p. 240) ; et notre historien de commenter ainsi, avec raison : "Si le roi Henri avait voulu seconder le pape dans cette expédition et réunir les forces de l’Allemagne contre les païens, l’Allemagne eût été tranquille au-dedans, les païens se seraient convertis au christianisme, ou du moins rendus tributaires aux princes chrétiens. C’est la réflexion d’un historien du temps, Brunon de Saxe" (ibid., p. 241).

        Exactement de la même manière, je le dirai mieux tout-à-l’heure, que la "Croisade Pitt" aurait tout naturellement ramené les hérétiques protestants, allemands, anglais, et les schismatiques russes, au Siège de Pierre, sans oublier d’y ramener à deux genoux les princes catholiques, singulièrement défaillants de leurs devoirs de vénération envers le pape depuis les Traités de Westphalie (1650), reprenant soudain et salutairement conscience de la puissance supérieure de la fonction pontificale dans les affaires TEMPORELLES, c'est-à-dire sur leur propre pouvoir politique ! Or, avec le pape Pie VI, le tableau est affreux : loin que ce soit, comme avec Grégoire VII, le pape qui entraîne le laïc dans le bon combat, le bonum certamen dont nous parle saint Paul dans une épître, c’est le laïc, ... de religion hérétique de surcroît !, qui y entraîne providentiellement, de par Dieu, le pape, un pape qui... refuse de se laisser entraîner dans le bon combat, jouant le rôle négatif du… rebelle et fort peu chrétien Henri IV d'Allemagne de l’époque du pape Grégoire VII ! Quelle affreux renversement ! L’espèce de démission confinant au désespoir du pape Pie VI était si évidente, si affichée, qu’elle fut perçue par les ennemis du nom très-chrétien eux-mêmes, témoin cette commission que Napoléon pria le P. Fumé, supérieur général des Camaldules, de transmettre au pape : "Vous direz à Pie VI que Bonaparte n’est pas un Attila, et que, quand il en serait un, le pape devrait se souvenir qu’il est successeur de Léon" (ibid., Rohrbacher, t. XXVII, p. 544). Quelle douleur, pour l’âme catholique, de voir un Napoléon rappeler le pape, par ces paroles cinglantes, à son devoir militant !!!

        Mais poursuivons la lecture de Crétineau-Joly, qui continue à nous rapporter la lamentable attitude du pape Pie VI, dans sa réponse au génial et très-providentiel plan Pitt : "Le gouvernement pontifical a pris, dans la mesure de ses moyens, les précautions militaires qui lui étaient suggérées pour sauvegarder ses bien-aimés sujets ; mais il n’entre ni dans sa politique, ni dans ses vœux, de fomenter des guerres PLUS OU MOINS JUSTES [Quel propos scandaleux, monstrueusement scandaleux !!! Que Pie VI récusât le projet de Pitt, c’est chose déjà coupable et répréhensible, mais qu’en outre, il ose le condamner, assez vicieusement il faut le dire, en faisant reposer sur lui d’injustes et volontairement vagues suspicions (le pape aurait été bien empêtré de dire en quoi le plan de Pitt était une guerre "plus ou moins juste", à moins qu’il ne faille supposer que l’idée démocratique avait déjà fait son chemin dans le cerveau de Pie VI, ce que montrerait, il faut bien le remarquer, son très-scandaleux Bref Pastoralis Sollicitudo signé deux ans après cet épisode...), ce n’est plus une simple faute de faiblesse qu’on peut comprendre à cause de l’attitude rebelle des cours absolutistes, c’est le reniement d’un point capital de doctrine, c’est carrément une apostasie de l'Ordre très-chrétien tout entier, de la politique universelle chrétienne-sacrale d'essence surnaturelle, que le Vicaire du Christ avait, au tout premier chef, le devoir de faire respecter parmi les enfants des hommes : il y a vraiment là, dans ce refus de Pie VI, une véritable apostasie, des plus scandaleuse, qui dévoile hélas fort bien que les grands-clercs ont prévariqué en matière de Politique universelle dès la période pré-révolutionnaire...]. Plus que personne, Sa Sainteté déplore les inqualifiables excès auxquels se livre la France révolutionnaire [c’est bien le moins !] ; mais ces excès, ce n’est pas au souverain Pontife, qui est toujours père, qu’il appartient de les punir par des armes temporelles [!!!] ; le Saint-Siège en aurait la volonté, qu’il n’en a plus la puissance [MAIS IL NE L’A PLUS, CETTE VOLONTÉ !, IL VIENT DE NOUS LE DIRE SANS COMPLEXE ! ET C’EST POURQUOI IL NE VEUT PLUS EN AVOIR LA PUISSANCE QUE PITT LUI METTAIT PROVIDENTIELLEMENT DANS LES MAINS. Et puis, et puis, remarquez ce scandaleux prétexte qu'ose invoquer le pape de sa qualité de "père de tous", pour... ne point réprimer les méchants, les révolutionnaires, prétexte que, soit dit en passant, on retrouvera presque pour copie conforme chez Pie XII pendant la guerre 39-45... Le Pape aurait mieux fait de se rappeler qu’AVANT d’être le père des méchants, il l’était des bons, massacrés par les méchants, qu’il abandonnait ainsi lâchement à leur sort... avant de les obliger, sous peine de damnation, deux ans plus tard, en 1796, par le Bref le plus scandaleux de tout le bullaire pontifical, Pastoralis Sollicitudo, de reconnaître la prétendue autorité politique des méchants sur eux !]. Tout en admirant l’active énergie de M. Pitt [hypocrite, feinte admiration de ce qui était effectivement vraiment très-admirable : quelle Foi vive et agissante, en effet, dans le premier ministre anglais William Pitt, cet... hérétique !, ce… schismatique !], le Pape se résigne au spectacle du mal [oh ! quelle atroce phrase !!!], et attend d’en être la victime [il sera exaucé].

        "La coalition dont s’occupe le gouvernement britannique, est une chose grave et utile [… le pape vient de dire le contraire, en traitant le projet Pitt de "guerres plus ou moins justes"…]. Le gouvernement pontifical est tout disposé à y adhérer et à lui prêter son concours [... sans en prendre la tête, ce qui revenait en pratique à saborder ledit projet puisque sa force principale résidait dans le fait de mettre le pape à la tête de la coalition... qu’on prétend ainsi, par le refus, hypocritement soutenir] : c’est pour lui un droit et une obligation [comme tout cela sent le forcé !!] ; mais pour le moment, Sa Sainteté ne désire pas aller plus avant [on l’avait deviné]. On a trop reproché à la Papauté son immixtion dans les querelles des roys et des peuples pour que le Saint-Siège vienne encore fournir matière à des blâmes inconsidérés ou à des représailles coupables [certes, certes, c’était une excuse fondée, nous l’avons vu, et même parfaitement fondée : mais ce qui ne l’est pas, c’est d’assimiler une immixtion papale dans les affaires politiques entre roys très-chrétiens d’Europe avec celle qui aurait consisté, pour le Pape, à intervenir contre des rebelles de l’Ordre très-chrétien lui-même. On voit bien, là, entre les lignes, que le principe de cet Ordre très-chrétien "fondée par Dieu" (loi salique), royal et sacral, avec la nation française à sa tête, est formidablement absent, ne pèse d’aucun poids, dans l’esprit du pape ! Quelle incroyable démission ! Notez bien d’ailleurs que Pitt avait par avance récusé cette excuse, en disant au pape : "… qu’on avait eu tort de tenir la Papauté dans l’isolement, qu’elle était une force avec laquelle il fallait toujours compter, et que les gouvernements devaient se reprocher cette ingratitude ; mais, reprit-il, dans le danger commun, il n’est plus temps de se laisser aller à d’inutiles récriminations" : l’Histoire nous force de constater que le pape, lui, préférait s’y laisser aller, se laisser aller à de mauvais et réprouvés sentiments de dépit, de rancœur froissée, bref, écouter le "vieil homme" que saint Paul demande de remplacer par l'homme nouveau…].

        "Le Pape ne peut plus avoir de guerre, MÊME JUSTE, à ordonner ou à prêcher [... ô blasphème !] ; il ne lui reste qu’à en subir les conséquences [ce propos inouï, de peccamineuse démission et désespoir, par lequel le pape refuse dans le principe même de patronner des guerres justes, est ni plus ni moins une abdication d'un mandat majeur de la fonction pontificale… Mais faut-il lire : ne peut ou ne veut ? Il semblerait que ce soit : ne veut plus ; considérer en tous cas que le très-scandaleux "même juste" est une avant-première de la gnose "chrétienne-laïque" qui professe que toute guerre ne peut, en soi, qu'être injuste, formule et raisonnement de fond qui seront... textuellement repris, quasi mot pour mot, par Pie XII, dans ses discours de Noëls de guerre 1939-45]. Il n’y a pas assez d’union, pas assez d’homogénéité chez les souverains, et surtout dans leurs conseils, pour espérer que l’intervention pontificale aurait l’efficacité désirée [... mais, mais, précisément, voyons ! Le projet Pitt était suscité par la Providence divine pour... la faire renaître, cette unité internationale détruite par les péchés des hommes ! C'était ne plus croire à la puissance des Clefs, et c'était... le pape qui n'y croyait plus ! C’était vraiment là désespérer en Politique, sans raison sérieuse, désespérer du succès raisonnablement tout-à-fait prévisible de l’opération envisagée par Pitt, désespérer du bonum certamen et de la puissance des Clefs ainsi que de la grâce de rénovation du Christ sur les âme, faute particulièrement grave chez le chef des chrétiens]".

        La meilleure preuve de la fausseté intrinsèque du prétexte mis en avant par le pape Pie VI, la meilleure preuve que le projet Pitt était tellement suscité par la Providence divine, on la voit dans le fait que la coalition envisagée par lui fut finalement formée AVEC SUCCÈS par les puissances européennes pour permettre la réunion du conclave qui élira le successeur de Pie VI, le cardinal Chiaramonti, au Souverain Pontificat, en 1800...! C'est une autre très-belle page d'Histoire que nous relate... Crétineau-Joly lui-même, un peu plus loin dans son ouvrage, et que voici : "[Après la mort de Pie VI arrivée en 1799, provoquée par les mauvais traitements des soldats du Directoire lors de son exil], il n'y avait plus de pape, il ne devait plus y en avoir ; plus d'Église par conséquent. La Révolution se félicitait, avec le Directoire, de régner au Capitole et de commander au Vatican. Elle s'applaudissait d'avoir dispersé le Sacré-Collège et de rendre ainsi tout conclave impossible. Les jours marqués par le Philosophisme unis aux Jansénistes et aux Constitutionnels civils arrivaient à pas précipités. L'Église romaine allait tomber par morceaux comme un vieux mur qui n'a plus d'étais, quand tout-à-coup, la face des évènements change avec une rapidité providentielle. Ce qui jusqu'à ce jour a été la chose impossible devient soudain la chose la plus réalisable. Des rivalités, des malentendus, de sourdes ambitions, de tristes mécomptes, avaient, depuis 1792, maintenu entre les cabinets des Puissances, une fatale division. Leurs armées, se mettant en ligne, se faisant battre les unes après les autres, n'avaient produit ni un grand capitaine ni un grand fait militaire. Tout-à-coup, l'empereur Paul 1er de Russie se place à la tête d'une coalition formidable (...). Chose extraordinaire ! Les princes oublient leurs différends, les ministres ne se souviennent plus de leurs passions : tous sont équitables, tous sont modérés. Bientôt, les ambitions et les intérêts reprendront leur empire ; mais dans ce moment, chacun est dominé par une pensée plus élevée. On dirait que le Ciel, daignant concourir à leur oeuvre de réparation, inspire à tous un profond sentiment de justice. Des Russes, des Anglais et des Turcs se sont improvisés les alliés de la catholique Autriche ; par une suite ininterrompue de victoires, ils ouvrent au Sacré-Collège les portes du Conclave. Les cardinaux, abrités par les baïonnettes de Souwarow, sortent de tous les lieux où la Démagogie les relégua. La République française et son Directoire ont détrôné le pape Pie VI et persécuté l'Église romaine. La République n'existe déjà plus que de nom ; le Directoire a sombré le 18 brumaire aux acclamations universelles, et, 22 jours après, le Conclave s'assemble paisiblement" (ibid., t. I, pp. 218, sq). Cette coalition, à la tête de laquelle il ne manquait que le pape, était EXACTEMENT ce que voulait faire, avec un sens très-haut de la Providence divine, le ministre Pitt (anglican !). Et voyez comme le rôle imparti dans ce plan au pape n’était que d’un très-petit poids puisque la Providence divine, quelques années plus tard, s’est arrangée SANS LE PAPE pour former une coalition européenne, et que celle-ci a TRIOMPHÉ un moment, un trop court moment certes, de la Révolution…! En vérité, nous le disons dans l’amertume et l’opprobre, il n’y eut donc vraiment que la cour de Rome et le pape pour ne pas être à la hauteur de la Providence divine.

        "M. Pitt, qui négocie avec toutes ces incertitudes royales ou ministérielles, doit comprendre, mieux que personne, le sentiment de dignité dont le Saint-Père est animé [c’était vraiment faire intervenir de mauvais sentiments de fierté et de dignité blessée là où il s’agissait justement de mettre en avant de hauts, dignes et surtout chrétiens sentiments d’oubli de l’offense : quel bel exemple ç’aurait été, de la part du Vicaire du Christ ! Pitt lui-même, rappelez-vous, prenant là comme le rôle des prophètes de Yahweh envers les roys d'Israël défaillants, le lui avait conseillé : "… Mais, dans le danger commun, il n’est plus temps de se laisser aller à d’inutiles récriminations". Ah !, sagesse romaine ! Comme tu aurais bien fait de suivre le prophète... anglican ! Tu peux vraiment te vanter de marcher avec des pieds de plomb… pour le Bien !]".

        Même Crétineau-Joly, relatant cette très-affligeante page de l’Histoire en excusant au maximum la cour de Rome, on l’a vu, ne peut s’empêcher, tellement c’est évident, de remarquer à quel point le projet Pitt était providentiel: "Placer le souverain Pontife à la tête d’une coalition formée de roys catholiques ou non-catholiques, et faire rendre par ces roys à la puissance des Clefs l’hommage qu’ils lui avaient si longtemps disputé ou refusé, ÉTAIT UN PROJET D’UNE RARE INTELLIGENCE. La papauté seule, en effet, aurait pu triompher de l’idée révolutionnaire [... ce projet était en effet d’une "rare intelligence" : on ne peut s’empêcher de voir qu’en suivant le plan Pitt, tous les gouvernements non-catholiques européens, unis dans le feu et l’héroïsme du bon combat à mener pour le Bien, se seraient forcément, invinciblement, rapprochés de ceux catholiques et du Siège de Pierre, et l’hérésie et le schisme des premiers et le gallicanisme des seconds, auraient fort bien pu alors, la grâce de Dieu aidant, "fondre comme cire devant le feu" (exorcisme de Léon XIII)… Lorsque l’homme donne la première main, Dieu fait des miracles, Il ne se laisse jamais vaincre en générosité : c’est tout cela, ce Bien immense au niveau des Nations et de toute l’Europe, et donc du monde entier, que le pape envoie promener d’un revers de main las et désespéré, cachant mal sa mauvaise humeur…]. Pour cela, il n’eut pas fallu de longue main dénaturer son caractère ou diminuer son empire sur les masses [c’est parfaitement vrai, mais il n’aurait pas fallu non plus que la papauté abdiquât sa charge en ce domaine de la politique universelle, comme elle le fit cent vingt ans avant la Révolution, l’Histoire nous oblige hélas à l’enregistrer]. Le projet de Londres arrivait donc trop tard. Son accomplissement était impossible [... non, non, c’est totalement et scandaleusement faux : tout au contraire, il semble plutôt que la Voix du Ciel proposait là, tel le Sacré-Cœur à Louis XIV, un Plan de salut de Miséricorde ineffable qui aurait tout réparé à la fois, d’une Pierre (c’est bien le cas de le dire), deux coups, voire même plusieurs, des plus salutaires sur le plan surnaturel : 1/ anéantissement des rebelles athées de la Révolution ; 2/ réunion des Nations de l’ancienne Chrétienté autour du Pape, entraînant : a) à tout le moins, atténuation du schisme russe et anglais et sans doute même leur conversion au niveau national (voyez par exemple l’attitude fort édifiante des anglais pendant la Révolution envers les émigrés, où l’on sent si bien le désir du pécheur protestant de revenir à bien, ce que même Pitt perçoit et qu’il dit au pape) ; b) à tout le moins, atténuation de l’hérésie protestante, luthérienne et calviniste, des pays allemands et suisses, et probablement conversion de toute la sphère germanique (n’oublions pas que du temps de Bossuet, il s’en fallut d’un cheveu que la grande masse des protestants allemands ne se convertisse…) ; c) soumission et attitude de nouveau respectueuses et filiales des roys et princes européens catholiques envers le pape, ceux-ci ayant salutairement repris tout soudain conscience de la suprématie politique internationale du Saint-Siège sur leur propre pouvoir ; 3/ et en finale, reformation des liens de la Chrétienté par l’abolition des déjà révolutionnaires Traités de Westphalie, autour d’un Siège de Pierre immensément glorifié par sa victoire sur la Révolution et ayant récupéré par le fait même toute son autorité morale, jusques et y compris dans le domaine politique international, autorité politique universelle que Pierre possède par mandat divin, comme avait si bien su l'enseigner dans sa bulle le pape Boniface VIII aux temps de Philippe le Bel]".

        Et, si l’on continue à enseigner son âme par l’Histoire, lieu théologique pour accéder à la Vérité (Melchior Canus), il est étrange de voir Pie VI adopter pendant la Révolution exactement la même attitude diminuée que Pie XII pendant la seconde guerre mondiale, ou encore bien celle de Benoît XV pendant la première du nom, je veux dire : se cantonner à une action charitable purement... PRIVÉE, que d’ailleurs la réponse de Pie VI à Pitt laissait entrevoir : "Le vieux pape ne se dissimule pas que les jours de son règne sont comptés. (...) D’une voix rendue plus éclatante par l’approche des dangers, il a exalté ceux qui meurent en confessant leur Foi ; il veut veiller, comme une mère attentive, aux besoins de tous les proscrits. Évêques, prêtres, nobles et peuple, errent à travers l’Europe sans pain et sans vêtements [… quelle inconséquence cruelle ! Pie VI n’avait-il pas répondu à Pitt qu’il ne voulait plus de guerre "plus ou moins juste", faite, précisément, pour rendre bonne... justice à ceux que la Révolution avait réduit à la misère en les spoliant de tous leurs biens pour cause de Religion ou d’attachement à l’Ordre très-chrétien ?!]. Les revenus du patrimoine de saint Pierre sont bien affaiblis. Pie VI s’impose tous les sacrifices personnels les plus rigoureux pour subvenir à tant de glorieuses misères. Il a offert une royale hospitalité à Mesdames Adélaïde et Victoire, tantes du roy Louis XVI. À tous les exilés que la piété ou le hasard des évènements conduit vers les États de l’Église, le Pontife ouvre ses bras et son cœur ; il partage, il donne, il prodigue [... c’est fort touchant, la larme vient à l’œil, mais ce n’est pas édifiant après le refus démissionnaire et désespéré, immotivé et moralement scandaleux, du plan Pitt]. Son inépuisable charité rappelle à la terre, étonnée de tant de merveilleux résultats, cet œil vigilant, dont parle le prophète Daniel, et de qui la paupière ne s’appesantit jamais [... du moins, pour les choses de la charité privée...]. On dirait que le miracle de la multiplication des pains est devenu la chose la plus ordinaire à Rome, qui ne fut jamais marâtre à personne. Pie VI a consolé, il a secouru dans ses États [on verra bientôt les papes Benoît XV, Pie XII, pendant les deux guerres mondiales, en faire autant, avec les juifs quant à Pie XII... sans cependant se permettre la moindre condamnation publique des agissements nazis contre eux !] ; il faut que ses consolations et ses secours s’étendent partout où se trouvent une infortune et un dévouement. Sa main, déjà tremblante, ne cesse d’écrire. Il presse, il conjure les princes et les évêques d’Italie, d’Espagne et d’Allemagne de se coaliser dans de saintes générosités [... quelle misère de voir à quelle coalition de bonnes sœurs à cornette et de bons frères quatre-bras de la Charité chrétienne, le Pape se réduisait ! Comme si Notre-Seigneur Jésus-Christ avait donné au pape la Charge suprême de Vicaire universel des peuples pour soigner les malades dans les hôpitaux d’incurables ! Mais ne voit-on pas notre pape François avoir la même attitude d'abandon pratique d'un mandat majeur de sa fonction pontificale, c'est-à-dire se focaliser uniquement sur la charité privée en trahissant la charité publique que le Souverain Pontife doit absolument aux nations, c'en est même un devoir fondamental, principal, de la Charge pontificale ? Dans les jours mêmes, en effet, où j'écris ces lignes, François déclare, s'appuyant donc, il faut soigneusement le remarquer, sur une très-longue pratique pontificale de ses prédécesseurs en la matière : "La sécurité des migrants passe toujours avant la sécurité nationale" (Message du pape pour la journée mondiale du migrant et du réfugié, 21 août 2017) ; hélas, il est trop évident qu'il ne fait là que suivre l'exemple des papes modernes, à commencer par Pie VI, s'occupant de charité privée mais abandonnant complètement la charité publique commise au premier chef à la charge suprême de Vicaire du Christ]. Il fait passer son âme dans l’âme de tous les fidèles, et, renouvelant l’ère de la primitive Église, il veut que dans la Chrétienté il n’y ait plus qu’un seul cœur et qu’un même esprit [... pas dans la Politique, en tous cas !].

        "Au spectacle de cette bienfaisante sollicitude implorant de tous et de chacun des asiles pour abriter les proscrits, des dons pécuniaires pour les empêcher de mourir de faim, l’Église universelle applaudit en l’imitant. Catherine II de Russie met à la disposition des émigrés bien au-delà de ce que les prières du Pontife semblent demander. L’Angleterre hérétique ouvre au Clergé français un crédit d’hospitalité, qu’elle continuera même à travers les désastres. Depuis le jour où elle s’est séparée de l’unité, l’Angleterre n’a eu avec le Saint-Siège que des rapports hostiles. PIE VI A PARLÉ ; L’ANGLETERRE PRODIGUE SES TRÉSORS POUR HONORER UNE CONSTANCE RELIGIEUSE QU’ELLE N’A PAS IMITÉE [… la perfide Albion !, elle, proverbialement si avare ! Russie schismatique, Angleterre hérétique : PIE VI A PARLÉ, ILS OBÉISSENT IMMÉDIATEMENT, L’HISTOIRE NOUS LE DIT ! Voilà bien la meilleure preuve que les nations, TOUTES les nations, auraient suivi le pape comme un seul homme sur le plan politique universel, s’il avait eu le courage de se mettre à leur tête pour renverser la Révolution en France, sans même s’occuper de rien d’autre, comme le lui demandait Pitt, vrai prophète de Yahweh, étonnant, édifiant et véritable instrument de la Providence divine dans cette affaire...]".

        Cependant, dans cette descente en flamme du pape Pie VI que ma Foi m'oblige à faire, la mort dans l’âme (sans pour autant, tel saint Alphonse de Liguori à propos de Clément XIV, me permettre le moindre jugement sur lui, je m'empresse de le dire ; je vénère au contraire du fond de l’âme, encore et toujours, et jusqu’à ce que mort s’ensuive, la papauté, tous les papes, jusqu'à l'inénarrable François de mes jours actuels, quand bien même je me vois forcé de dénoncer leur dérive dans la chose politique universelle), je ne serais pas complet si je ne mentionnais ici que l’attitude du pape Pie VI fut différente en 1792. L’Histoire révèle en effet qu’il essaya bel et bien de fomenter une coalition militaire contre les révolutionnaires, mais à un niveau beaucoup plus réduit, beaucoup moins viril, et pour tout dire beaucoup moins divin, que celui entrevu par le formidable plan Pitt :

        "Le bouleversement accompli [= la Constitution civile du clergé], le pape, par son Bref du 3 mars 1792 invite même l’empereur Léopold à intervenir dans les affaires de la religion en France pour la protéger. Un peu plus tard, il rappelle au successeur de Léopold, l’empereur François, qui pourtant, comme grand-duc de Toscane, lui avait donné tant de soucis avec son synode de Pistoie et ses lois léopoldines, ce même droit d’intervention si décrié dans la politique du droit nouveau ; et il lui donne un conseil de politique chrétienne qui paraîtra bien suranné aujourd’hui ("Itaque, in componendo bello, illae apud te potiores esse debent conditiones, quae regno Dei conveniant, undè in caetera humana regna omnis publicae potestatis vis vigorque promanat"). La tolérance civile pourra s’imposer quand le mal aura fait tant de progrès que les moyens de coercition deviendraient impuissants et risqueraient de l’accroître ; ce sera alors le cas de supporter avec patience ce que Dieu Lui-même souffre, comme la mansuétude libérale le réclame. Mais, tant qu’il reste un espoir raisonnable de ramener au bien une nation égarée, en combinant la force des armes et l’appareil de la justice avec les paroles de persuasion et les exemples, les princes chrétiens doivent se souvenir qu’ils ne portent pas l’épée en vain ; qu’ils doivent la tirer principalement pour protéger l’Église et la tirer de la servitude, et «avoir soin de ne jamais séparer les intérêts religieux de tous les autres» [... mais n’était-ce pas cela que projettait de réaliser à merveille le plan Pitt, avec une toute autre envergure ?!]. Plusieurs seraient tentés peut-être de dénoncer là une excitation du pape à la guerre contre la France, un attentat de sa part à l’indépendance de notre pays, au profit de la Religion. Mais tout lecteur attentif verra d’abord dans les textes cités ici que Pie VI ne provoque pas l’intervention armée des souverains et qu’il a même soin d’en noter le dessein déjà formé par eux, ensuite, qu’il qualifie à bon droit leur entreprise de «guerre très juste» [... mais pourquoi donc, alors, soutiendra-t-il radicalement le contraire deux ans après, en osant qualifier le projet Pitt, sans le nommer tout en le nommant, de "guerres plus ou moins justes" ?! Mystère ! L’historien qui pourrait apporter une réponse à ce problème, ne perdrait pas son temps], sans doute parce que la France propage la révolution dans leurs États, et qu’il la considère comme une guerre «défensive». Cela étant, Pie VI demeurait bien dans son rôle en rappelant aux princes que la restauration de l’Ordre chrétien était le vrai et le seul moyen de rendre cette défensive efficace [... hélas ! il abandonnera ce bonum certamen deux ans plus tard !]" (Histoire du catholicisme libéral et social, abbé Emmanuel Barbier, pp. 73-74).   

        ... Alors, pour conclure d'une manière générale et récapitulative, comment puis-je, en toute bonne justice et respect des faits historiques véridiques qui sentent la bonne odeur de Jésus-Christ, en tout respect aussi de l'institution divine de la papauté et de chacun des papes modernes de Pie VI à François, répondre à la question cruciale que j'ai posée en ces deux articles conjoints Les papes modernes ont-ils des excuses d'avoir cédé au républicanisme post-révolutionnaire constitutionnellement athée...?   

        Il me semble qu'on peut répondre à la fois un tout petit oui, un microscopique oui, sur le plan naturel, mais surtout un formidable non, un non sur le plan surnaturel qui phagocyte et annihile même ce oui.   

        Oui, ad hominem, seulement sur le plan strictement humain, les papes ont quelque excuse d'avoir désespéré de l'Ordre très-chrétiens représenté par des roys et princes européens convertis aux Lumières franc-maçonniques depuis au moins un siècle, et qui ne cessaient de les persécuter à mort dans leur mandat divin de gouvernance de la Politique universelle des nations.   

        Mais non, mille fois non, sur le plan divin, surnaturel, les papes n'ont absolument aucune excuse d'avoir désespéré de l'Ordre très-chrétien, parce que cet Ordre politique universel est basé sur Dieu, et qu'il n'est pas permis de désespérer de Dieu et de son Ordre. Surtout quand on est pape. Même quand cet Ordre est foulé aux pieds par la Bête apocalyptique commençant à se manifester lors de et par la Révolution. Le reniement des principes n'est JAMAIS permis, même pour un bien, ou plutôt un prétendu bien. C'est ce que dit lapidairement Mgr Freppel dans sa belle formule : "On peut se relever de tout le reste, sauf du sacrifice des principes". Or, c'était, ... ô combien !, sacrifier le principe, que de prétendre abolir l'Ordre politique royal et sacral très-chrétien pour le remplacer par un nouvel ordre politique, a fortiori lorsque ce nouvel ordre est révolutionnaire.   

        La papauté moderne a donc commis deux péchés gravissimes, dont on ne sait trop quel est le plus grave : 1/ d'avoir souscrit à l'abolition pure et simple de l'Ordre royal et sacral très-chrétien voulu par Dieu pour tout le Temps des nations jusqu'à la Parousie ; 2/ d'avoir souscrit à la formule politique de la Révolution, par le Concordat napoléonien de Pie VII. Ce n'est hélas pas tout. Je ne voudrais pas charger les papes modernes, mais la page historique très-authentique que Jacques Crétineau-Joly tire des archives secrètes du Vatican nous révèle qu'ils ont commis un troisième péché gravissime : celui d'avoir abdiqué un mandat confié à la Chaire de Pierre par le Christ, à savoir la gouvernance de la Politique universelle du Temps des nations. L'historien révèle en effet que les papes ont eux-mêmes lâché de leurs mains ce divin mandat commis à eux par le Christ, peut-être malsainement mûs par le syndrome de Stockholm, pour désormais le commettre aux peuples devenus soi-disant politiquement assez mûrs, Pie XII le dira clairement dans son message de Noël 1944, suffisamment en tous cas pour se gérer eux-mêmes dans les affaires de Politique internationale. Cette démission peccamineuse des plus coupable sera très-évidente avec les papes Benoît XV et Pie XII ayant à vivre, chacun, les deux premières guerres mondiales, et qui s'interdiront rigoureusement, avec des scrupules de vieilles filles et quasi maladivement, toute prise de position au niveau politique international. Jusqu'à se faire taper sur les doigts par tout le monde, de la même manière humiliante qu'on voit déjà Napoléon le faire avec Pie VI, lorsqu'il lui rappelle vertement son devoir politique au niveau de la protection des nations et des peuples. C'est bien pourquoi l'on verra les papes après Pie XII (mais déjà Pie XII lui-même), surtout Jean XXIII et plus encore Paul VI, se féliciter abominablement de la création de l'ONU, organisme international babelesque prétendant représenter légitimement les peuples du monde entier dans... la gérance de la Politique universelle.   

        Par-là même de ces deux péchés gravissimes, et même trois, les papes ont crucifié l'Épouse du Christ, ils l'ont fait rentrer toute entière dans l'économie de la Passion du Christ, faisant peser sur elle la plus grande malédiction divine, exactement comme les grands-prêtres juifs de Jérusalem refusant leur Messie attirèrent implacablement et sans retour la plus grande malédiction de Yahweh sur la synagogue, initiant eux-mêmes, de leurs propres mains de Vicaires légitimes du Christ,   

        "LA PASSION DE L'ÉGLISE".

En la date anniversaire

de la mort de Pie VI, pape,

Ce 29 Août 2017.

Vincent Morlier,

écrivain catholique.

 

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29 août 2017, 01:01
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