Feedback sur le pape Benoît XVI, ou le mystère de la papauté bicéphale actuelle éclairé et résolu par "LA PASSION DE L'ÉGLISE"

 

        Tout le monde, désormais, qui réfléchit un peu, en est conscient. Le pape Benoît XVI ne s'écrit pas, ni historiquement ni théologiquement, au passé. Il s'écrit au... présent composé. Nouveau temps grammatical, certes !, pour un temps ecclésial-pontifical tout-à-fait hors-temps historique, tout marqué par l'eschatologie, les fins ultimes, extrêmes et dernières ; c'est le fameux Ausnahmepontifikat évoqué par Mgr Gänswein en 2016, c'est-à-dire un état d'exception qui abolit toutes les règles constitutionnelles ordinaires, y compris celles de la Légitimité pontificale.  

        Le pape Benoît compose en effet avec le pape François une papauté bicéphale, situation pontificale qui, de près ou de loin, ne s'est jamais vue dans toute l'Histoire de l'Église, depuis sa fondation au pied de la Croix du salut, Ex corde scisso Ecclesia Christo iugata nascitur, De ce Cœur entr'ouvert, l'Église, Épouse du Christ, prend naissance (hymne des vêpres de la fête du Sacré-Cœur de Jésus), jusqu'à nos sinistres jours apocalyptiques. Situation pontificale jamais vue disais-je, sauf, peut-être, mais dans un contexte théologique très-sain, complètement différent et aux antipodes du nôtre, avec le tout premier pape, saint Pierre, s'adjoignant de son vivant ses immédiats successeurs, Lin, Clet, Clément, nommés au Canon de la messe, que, selon la Tradition, il désigna lui-même pour lui succéder, certains auteurs précisant même que saint Pierre régla l'ordre chronologique dans lequel ces trois prochains papes devaient lui succéder et se succéder eux-mêmes l'un l'autre sur le Siège de Pierre.  

        Je l'ai déjà exprimé dans un article précédent, mais l'actualité la plus récente, celle de ce fameux livre co-écrit par lui-même avec le cardinal Sarah, Des profondeurs de nos cœurs, le crie de nouveau à grande trompette en chamade et à tue-tête, à la face du monde entier et surtout de l'Église Universelle : Benoît XVI se considère toujours comme pape en exercice. Une fois de plus en effet, une fois encore, on le voit co-signer ce livre de son plein nom de pape actuel, Benoît XVI (soit dit en passant, la polémique lancée par la honteuse défection et trahison de Mgr Gänswein, certainement circonvenu par les ennemis bergogliens de l'Église et cédant lamentablement à leur pression morale, ne tient pas une seule seconde la route : le cardinal Sarah a exhibé des lettres qui prouvent que Benoît XVI non seulement était au courant mais approuvait formellement la parution du livre, tout le livre : contenu et couverture, en tant que co-auteur à parité avec lui). Et nous sommes fort loin d'un simple lapsus calami puisque Benoît XVI a déjà signé ainsi, de son plein nom de pape en exercice, deux livres publiés l'année dernière, ainsi que je le faisais remarquer dans mon article Pot-pourri dans un pourrissoir ecclésial  (http://www.eglise-la-crise.fr/index.php/component/joomblog/post/pot-pourri-dans-un-pourrissoir-ecclesial?Itemid=483)...  

        Je notais d'ailleurs dans ce même article bien d'autres éléments montrant à qui voulait le voir que Joseph Ratzinger se considère toujours comme pape actuel en exercice, malgré certaines dénégations de façade forcément obligées. Il revêt par exemple toujours la soutane blanche, usuellement réservée au seul Souverain Pontife actuel (et, à la question inquisitrice d'un journaliste ayant osé lui demander pourquoi il ne revêtait pas une soutane noire ou rouge depuis qu'il avait démissionné du Souverain Pontificat, il répondit : "C'est parce que je n'en ai pas d'autres, je n'en ai trouvé que des blanches dans mon armoire"...!). Tout-à-fait dans le même ordre d'idée, Benoît XVI, après sa renonciation au Siège de Pierre, a catégoriquement refusé de changer son thème héraldique, gardant dans ses armoiries les deux clefs signifiant bien sûr un règne pontifical actuel...  

        Il faut rajouter que Benoît XVI a accordé rien moins que la Bénédiction Apostolique à un cardinal, le cardinal Brandmüller, en finale d'une lettre du 23 novembre 2017 qu'il lui écrivait, en ces termes : "Mit meinem apostolichen Segen bin ich, Ihr, Benedikt XVI ― Avec ma Bénédiction apostolique je suis, Ton, Benoît XVI". Or, fait remarquer à juste titre le rédacteur de Disputationes Theologicae qui rapporte le fait, "la Bénédiction Apostolique est quelque chose de bien documenté dans l’histoire et dans la praxis de l’Église, qui a institué une Aumônerie s’occupant d’accorder cette Bénédiction sur mandat juridictionnel du Pape, déléguée seulement par le Souverain Pontife à certains Évêques et prêtres pour des circonstances extraordinaires. Cependant, quiconque en est le dernier et immédiat dispensateur matériel n’est rien d’autre qu’un instrument du pouvoir pontifical qui lui est transmis stablement ou transitoirement. La Bénédiction Apostolique est donc synonyme de Bénédiction Papale et ne peut être accordée que par le Souverain Pontife à ses sujets sur lesquels il exerce la juridiction qui lui a été conférée par le Christ. Celui qui a été Pape, mais qui serait redevenu un simple Évêque, non seulement, en règle générale ne bénit pas un Cardinal (son supérieur quant au pouvoir de juridiction), mais certainement n’accorde pas la Bénédiction Apostolique. Nous faisons ensuite remarquer l’importance de l’adjectif [sic] «ma» : il ne s’agit pas en effet d’une simple Bénédiction Apostolique qui, sur délégation papale, peut être dispensée par un prélat, mais il s’agit de «ma Bénédiction Apostolique» (laquelle en soi comporte aussi d’ordinaire l’indulgence plénière). Elle est en soi un exercice de juridiction, juridiction personnelle de celui qui est en train de l’accorder. Sinon elle ne pourrait pas être dite «mienne» mais seulement «apostolique» ou «papale»" (20 novembre 2018 ― En 2017, Benoît XVI a-t-il accordé la Bénédiction Apostolique ?!? Notes sur la récente correspondance avec le cardinal Brandmüller).  

        Et comme si cela ne suffisait pas pour asseoir le fait que Benoît XVI a conservé quelque chose de la Charge pontificale en exercice, la coutume, qui, cette fois-ci, en sens inverse, ne vient pas de lui vers l'Église mais de l'Église vers lui, a été prise d'une visite systématique au pape Benoît des nouveaux cardinaux créés par le pape François... comme s'ils devaient encore recevoir en quelque sorte de lui un confirmatur final de leur promotion au cardinalat ! Ne nous étonnons donc point de le voir être présent, invité par François, lors des consistoires de créations de cardinaux, notamment ceux de 2014 et de 2015...  

        Certains parmi les conservateurs voudraient que le pape Benoît XVI ait renoncé seulement à l'exercice de la Charge pontificale, mais nullement à son munus ou fondement théologico-canonique qui donne l'Autorité du Christ au pape actuel. Mgr Gänswein, dans sa mémorable et extraordinaire conférence de 2016, contredit cette position théologiquement intenable : "Depuis l’élection de son successeur François le 13 mars 2013, il n’y a donc pas deux papes mais de facto un ministère élargi ― avec un membre actif et un membre contemplatif". Ce serai donc, selon Mgr Gänswein le secrétaire particulier de Benoît XVI qui dans cette conférence parlait très-fidèlement en son nom (ce qu'il n'a sûrement pas fait, ... Dieu, que les hommes sont petits !, dans l'affaire du livre Des profondeurs de nos cœurs), seulement dans le de facto que Benoît XVI continuerait après sa démission à être pape. Le munus, qui regarde le de jure, ne peut en effet être possédé que par une seule personne de pape : si donc François possède le munus, comme le formule implicitement Mgr Gänswein (et l'acte de reconnaissance ecclésiale universelle de la validité de son élection au Siège de Pierre dûment posé par les cardinaux dans leur majorité canonique, lors de la très-solennelle cérémonie de l'intronisation de François, oblige effectivement de fide, par le fait dogmatique, à professer que François possède le munus), cela signifie ipso-facto que Benoît... ne l'a plus. Les conservateurs qui voudraient qu'il l'ait conservé après sa démission, et surtout après l'élection pontificale de François, sont donc par-là même radicalement déboutés.  

        Mais dès lors, qu'est-ce, théologiquement parlant, un pape qui ne possèderait plus le munus mais qu'on prétendrait être toujours en possession du ministerium, ou du moins d'une partie du ministerium qu'on voudrait définir être "contemplative", celle "active" étant aux mains d'une... autre personne de pape ?! Nous sommes là en pleine aberration. Le ministerium pontifical, en effet, est théologiquement une émanation, une mise en oeuvre, du munus pontifical duquel il ne peut jamais être dissocié. Il ne saurait donc exister un ministerium pontifical "contemplatif" possédé par une personne sans que celle-ci soit en même temps en possession du munus pontifical correspondant, à tout le moins, à ce ministerium pontifical dit "contemplatif". Mais Mgr Gänswein s'en défend : il n'y a de jure qu'un pape, dit-il, depuis l'élection de François au Siège de Pierre le 13 mars 2013 et c'est François, et donc lui seul est en possession du munus pontifical. Déduction théologiquement obligée : Benoît ne peut posséder aucun ministerium pontifical après cette date. Le raisonnement de Mgr Gänswein, qui veut qu'un pape ne possédant plus le munus possèderait quand même une partie du ministerium, est en définitive aberrant.  

        Mais donc, au rebours de la thèse aberrante de Mgr Gänswein, qui dans la conférence de 2016 ne faisait rien d'autre, je le répète, qu'exprimer la pensée du pape démissionnaire, et toujours pour tâcher d'expliquer pourquoi et comment Benoît XVI possèderait toujours une partie de la papauté même après sa démission, certains arguent que la formule de démission du 21 février 2013 officiellement prononcée par lui n'inclut pas le munus de la fonction pontificale. Benoît XVI en serait donc toujours pourvu. Théologiquement, ce raisonnement est encore plus aberrant que celui de Mgr Gänswein. Car s'il en était ainsi, comme une seule personne humaine peut être pape, c'est une loi de droit divin irréformable, alors, puisque Benoît possèderait encore le munus, cela aurait comme conséquence immédiate que François... ne l'aurait pas. Mais si François n'est pas en possession du munus pontifical, cela veut tout simplement dire qu'il n'est... pas du tout pape. Or, il est théologiquement impossible qu'il ne soit pas vrai pape, verus papa, puisque l'Église Universelle "engage sa destinée"  (cardinal Journet) infailliblement, sous mouvance directe et immédiate du Saint-Esprit, lorsqu'elle désigne et reconnaît comme sa tête pontificale actuelle, telle personne, ce qu'elle a formellement fait, par l'organe canoniquement unanime des cardinaux, lors de la cérémonie solennelle, et théologiquement signifiante entre toutes, de l'intronisation de François au Siège de Pierre. Puisque donc, déduction finale, nous sommes sûrs de fide, par le fait dogmatique, que François est le pape actuel de l'Église catholique, cela signifie formellement qu'il est en possession du munus pontifical, et donc cela signifie bien sûr que Benoît ne le possède plus...  

        Debriefing. Il n'est que trop vrai de constater que tous ces raisonnements d'ordre théologique et/ou canonique que j'ai fait exprès d'exposer parce qu'ils récapitulent ceux qui sont tenus actuellement dans notre incroyable situation bi-pontificale, se mordent la queue, s'évanouissent les uns après les autres lamentablement dans le Nuage de l'Inconnaissable, cul par-dessus tête et tête par-dessous cul, dans l'inconsistance la plus navrante, décevante, si l'on cherche à expliquer par eux notre stupéfiante situation pontificale actuelle cependant très-véritablement bicéphale non moins que bipolaire... Le rédacteur de Disputationes Theologicae, à la fin de son article fouillé sur la question d'un "pape émérite", une question qu'il a pourtant tâché de scruter et décortiquer à fond du donf, arrive à la bouteille à l'encre pas même violette foncée, mais carrément la bouteille à l'encre noir c'est noir il n'y a plus d'espoir, ce qu'il traduit ingénument et naïvement par une formule des plus humoristiques... pour ceux qui ont encore la force de rire : "Il n’est pas facile de déterminer avec clarté de quoi on est en train de parler"...!!!!!  

        ... Et pourquoi donc en est-il ainsi ?  

        Pourquoi, alors que la théologie catholique a des règles extrêmement claires et précises quant à la Légitimité pontificale, la situation pontificale actuelle ne peut-elle s'encadrer dans aucune de cesdites règles ?!?  

        Éh bien, la réponse est simple, mais elle demande et exige toute la force, le courage et l'énergie de la Foi vive, pour la formuler, et aussi, et surtout, pour... l'accepter. Car s'il en est ainsi, c'est parce que les cadres structurels de l'Église sont explosés, ce qui se constate non pas seulement au niveau de la doctrine ou des mœurs, avec François, mais à tous les autres niveaux ecclésiaux dont celui de la Légitimité pontificale, avec Benoît. Et ils sont tous explosés-implosés, parce que nous vivons "LA PASSION DE L'ÉGLISE". Et que toute crucifixion inhérente à la Passion atteint et écartèle mortellement la substance de l'être qui est crucifié, ici, celui de l'Église.  

        Ce n'est donc pas sur un plan théologico-canonique qu'il faut raisonner l'incroyable situation pontificale actuelle bicéphale, c'est sur un plan mystique, et pas n'importe quelle mystique mais la mystique de la Passion. SEULE L'ÉCONOMIE DE LA PASSION DU CHRIST PERMET DE COMPRENDRE L'ARTICULATION DU BI-PONTIFICAT ACTUEL, UNE ÉCONOMIE DE LA PASSION DU CHRIST QUE VIT DE NOS JOURS SON ÉPOUSE, L'ÉGLISE, ET BIEN SÛR ÉMINEMMENT, LE SIÈGE DE PIERRE. C'est donc "LA PASSION DE L'ÉGLISE", telle que j'en fais l'exposé très-approfondi sur mon site, et elle seule, qui va lever toute obscurité, qui va expliquer en toute clarté surnaturelle la signification profonde de l'inédite situation bi-pontificale actuelle.  

        Voici en effet la raison de la démission du pape Benoît XVI, à la genèse très-profonde du bi-pontificat actuel : à un moment donné de son pontificat, Benoît XVI a soudain ressenti une MISE À MORT RADICALE DE SA FONCTION PONTIFICALE, une sorte de Gethsémani brutal, impossible à éviter, comme présenté par la Main de Dieu, ainsi que l'a vécu Jésus en prenant son agonie de "la Volonté de son Père", lui faisant vivre et mourir à la fois une kénose, un anéantissement complet de sa personne pontificale (l'affaire des VatiLeaks, qui n'a pas du tout été élucidé dans ses raisons profondes, en est probablement un vecteur important, comme aussi cette très, très étrange et soudaine mise en interdit bancaire de tout l'État du Vatican, dans ces mêmes jours, chose JAMAIS arrivée, notons-le avec soin, ni avant ni non plus après jusqu'à présent...). Se sentant radicalement mis à mort en tant que pape, il a raisonné de cette façon : puisque je suis maintenant pontificalement mort, je ne peux plus continuer à assumer la Charge de saint Pierre ; un mort ne peut plus poser des actes de vivants ; je dois donc démissionner. Mais je dois démissionner non pas parce que je ne suis plus pape, mais uniquement parce qu'un pape mystiquement mort ne peut plus remplir la fonction d'un pape vivant. Par conséquent, celui qui me remplacera sur le Siège de Pierre sera lui aussi pape, mais je ne cesserai pas de l'être quant à moi.  

        Le pape Benoît XVI a vraiment vécu LA MORT MYSTIQUE DU CHRIST EN CROIX, soudain, à un moment donné de son pontificat. C'est tout le sens de cette "visite mystique" qu'il a évoquée en des termes pudiques et très-discrets après sa démission, dont il explique ainsi la cause : "«C’est Dieu qui me l’a dit». C’est ainsi que Benoît XVI aurait répondu à la question d’un hôte qui, lui rendant visite dans sa retraite au cœur du Vatican, l’interrogeait sur sa décision de renoncer à la charge pontificale, en février 2013. Selon le site d’informations catholique Zenit, qui a publié ces propos le 19 août, le pape émérite aurait évoqué une «expérience mystique» à l’origine de ce choix. (...) Il a précisé qu’il ne s’agissait pas d’une apparition ou d’un phénomène analogue, mais bien d’une «expérience mystique» au cours de laquelle le Seigneur avait fait naître en lui le «désir absolu» de rester seul à seul avec Lui, recueilli dans la prière. Selon la source citée par Zenit, le pape émérite aurait également affirmé que cette «expérience mystique» s’était poursuivie au cours des mois suivants, le confortant dans son choix" (La Croix, 21 août 2013).  

        Une crucifixion de sa personne pontificale allant jusqu'à la mort mystique, c'est la seule raison profonde et véridique de sa démission du Siège de Pierre. Elle n'a rien à voir avec la raison dilatoire, en vérité parfaitement fausse, évoquée par lui-même lors de sa démission, à savoir une santé physique déficiente, une "vigueur qui, ces derniers mois, s’est amoindrie en moi d’une telle manière que je dois reconnaître mon incapacité à bien administrer le ministère qui m’a été confié" (sic). Car on a bien la preuve, maintenant, sept longues années après sa démission de février 2013, que son soi-disant mauvais état de santé de l'époque était un faux prétexte : non seulement son physique l'a maintenu en vie jusqu'à 92 ans, ce qui n'est pas banal et montre par le fait même qu'il ne pouvait qu'être en bonne santé générale sept ans auparavant, mais il l'a maintenu dans une vigueur intellectuelle universellement reconnue, puisqu'aussi bien il est encore capable, à passé nonante comme disent les Suisses, de contrebalancer l'énergique pape François (pardon, j'allais écrire : l'énergumaniaque) ! Et, soit dit en passant, la mauvaise santé n'a jamais été, pour les papes, une raison valable pour démissionner, le code de Droit canon ne prévoit rien de ce côté-là, qu'il soit l'ancien ou le moderne ; on a d'ailleurs l'exemple édifiant, dans l'Ancien-Régime, d'un pape devenu aveugle et qui n'en a pas moins continué à assumer intégralement la fonction pontificale jusqu'à sa mort, sans que personne à commencer par lui-même, ne pensât à l'abdication de la Charge pontificale.  

        Ce n'est donc pas la santé physique de Benoît XVI qui était déficiente, mais le modus de crucifixion où il a senti sa personne pontificale être plongée brutalement sans retour, qui l'a mis, de force et contre sa volonté personnelle, dans l'empêchement radical de continuer à être le pape en exercice vivant de la Charge de Pierre. Et c'est précisément à cause de cette raison mystique, qu'il a, présentement, la conscience intime, dans le fond de son âme, d'être toujours pleinement et vrai pape. Car subir de force contre sa volonté personnelle une crucifixion dans sa fonction pontificale ne saurait pas être une raison de démission. BIEN AU CONTRAIRE. Subir une crucifixion dans sa légitime vocation, qu'on a embrassée avec amour et générosité, et ce fut le cas de Joseph Ratzinger quant à la Charge de saint Pierre, enracine encore plus dans l'être qui la subit contre sa volonté, ladite vocation. L'être moralement et spirituellement digne qu'est éminemment Joseph Ratzinger perçoit la crucifixion de sa Charge pontificale dont il est victime comme un enracinement encore plus fort dans cette dite Charge. C'est pourquoi, après 2013, Benoît XVI se sent plus pape que jamais, il se sent même plus pape qu'avant de subir cette crucifixion forcée de sa fonction pontificale.

        C'est toute cette situation extra-ordinaire au sens le plus vrai et le plus fort du terme, qu'il a tâché de traduire et d'exprimer dans une langue juridico-politique, en empruntant à Carl Schmitt, un philosophe allemand, sa thèse sur "l'état d'exception".

        "Pour toute personne appartenant à la culture allemande, notait un canoniste italien, Guido Ferro Canale, dans son judicieux article La renonciation de Benoît XVI et l'ombre de Carl Schmitt, le mot Ausnahmepontifikat en évoque un autre : Ausnahmezustand, qui est précisément l'«état d'exception» ou l'«état d'urgence» mentionné par Schmitt. Donc, laisserait entendre Mgr Gänswein, le doux pape Benoît XVI serait arrivé à la détermination de renoncer au Pontificat, non seulement parce que les forces venaient à lui manquer [raison parfaitement fausse, nous venons de le voir, quand on veut donner le sens de santé physique au mot "forces"], mais parce qu'il était conscient que l'Église vivait une période de crise extrême et de fracture, un moment dramatique, et que pour en sortir il était nécessaire de suspendre l'«état de droit» normal, avec ses lois et ses coutumes, et de prendre une décision forte de changement radical [ce que seule explique la crucifixion mystique de sa Charge pontificale endurée par Benoît XVI dans son pontificat, en parallèle in concreto duro avec la Passion mortelle du Christ : aucune autre raison, en effet, ne peut légitimer de mettre le Siège de Pierre et toute l'Église derrière lui, en "état d'exception", ce qui n'est jamais arrivé de toute l'Histoire de l'Église, et pour cause, car l'Église du Temps des nations ne peut vivre la Passion du Christ qu'une seule et unique fois dans sa vie militante, précisément à la toute-fin de son temps]. De cette façon, Benoît XVI aurait exercé la fonction de commandement dans le sens le plus plein et le plus profond du terme précisément par la renonciation.

        "[Car en effet, poursuit judicieusement Guido Ferro Canale :] si la légalité a trait à la gestion normale du pouvoir au sein de l'état de droit, faite de poids et de contrepoids, la légitimité se manifeste plutôt dans l'état d'exception, au moment de crise, de tournant, de rupture, lorsque la loi ne suffit pas. C'est dans ces situations exceptionnelles qu'on peut voir qui détient réellement le pouvoir : c'est celui qui, sortant du cours normal de la loi, détermine un tournant et, ce faisant, crée de fait un nouveau droit. Titulaire de la souveraineté, dans le sens le plus profond du terme, c'est donc celui qui décide dans l'état d'exception. En d'autres termes, l'état d'exception est le test décisif de la souveraineté et donc du pouvoir" (cf. http://benoit-et-moi.fr/2016/benot-xvi/ratzinger-schmitt-et-letat-dexception.html).

        Or, dans notre situation bi-pontificale, celui qui décide et déclare "l'état d'exception", le Ausnahmepontifikat, est bel et bien le seul... Benoît XVI. C'est donc lui qui détient au plus haut niveau le pouvoir pontifical suprême et légitime. C'est précisément en déclarant "l'état pontifical d'exception" par son acte fort de démission, que, contradictoirement, Benoît XVI montre qu'il est le vrai chef de l'Église, détenteur "de la souveraineté et donc du pouvoir". C'est pourquoi il est certain que Benoît ne considère le pape François que comme sa... longue-main ; c'est-à-dire comme remplissant la fonction "vivante" pontificale que lui, pape "mort" de la mort mystique du Christ en Croix dans le lieu du Siège de Pierre, ne peut plus remplir quoiqu'étant toujours pape, et même, pourrait-on dire, plus pape que François, puisque c'est lui, Benoît, qui a déclaré "l'état d'exception". Dans l'esprit de Benoît XVI, François ne fait qu'assumer la fonction "vivante" de Pierre, mais il ne le remplace pas en tant que Pontife romain ayant légitimement été fait pape, et surtout pas après avoir démissionné de la Charge pontificale, car c'est justement par cet acte de démission qu'il a créé "l'état pontifical d'exception", et que celui qui pose "l'état d'exception" montre par-là même qu'il est le véritable détenteur du pouvoir, ici, celui pontifical.   

        C'est pourquoi, à sa manière discrète et forte à la fois, très-personnelle, Benoît XVI continue imperturbablement à remplir un "crypto-Magistère" d'autorité doctrinale en face et en parallèle de celui de François (... et radicalement opposé au sien...). Et il faut noter soigneusement que l'évènement confirme avec force cela, et ne pas oublier que le Saint-Esprit parle le plus ordinairement et le plus souvent, par l'évènement. Considérons en effet que tout ce que dit et fait depuis 2013 le vieillard fatigué qu'est prétendument devenu Benoît XVI, a une résonance et un écho extraordinaires et immédiats dans l'Église Universelle (je ne citerai ici que ses fameuses Notes sur les abus sexuels dans l'Église ; et dans l'actualité la plus actuelle, la magnifique apologie du célibat sacerdotal qu'il fait dans Des profondeurs de nos coeurs, rencontre, paraît-il, un véritable succès de librairie, sans parler de l'immense résonance que cette apologie catholique a dans le coeur des prêtres, on voit par exemple des évêques, qui se sont tus jusque là dans "la crise de l'Église", se lever et l'approuver publiquement ; elle va avoir, Dieu merci, autant de poids pontifical dans le monde catholique que la très-mauvaise porte que le pape François ne va sûrement pas manquer d'ouvrir au mariage des prêtres, je ne suis pas grand'prophète à le prédire, par le biais hypocrite, fourbe et frauduleux, des conclusions du synode de l'Amazonie qu'il va nous livrer prochainement...). Tout simplement parce que c'est le Saint-Esprit qui donne une vie ecclésiale divine à ce qu'il fait, Benoît XVI étant toujours pape.

        ... Mais à présent, je ne peux manquer hélas d'apporter une autre grille de lecture à notre incroyable situation bi-pontificale actuelle, laquelle, si elle était véridique (ce que je ne crois pas), serait beaucoup plus inquiétante quant à la Foi de Benoît XVI, que celle, mystique et compassionnelle, dont je viens de parler. Elle rendrait certes compte elle aussi de "LA PASSION DE L'ÉGLISE", mais négativement cette fois-ci, et non plus positivement quant au rôle joué par Benoît XVI, d'un pape crucifié. Cette nouvelle grille de lecture ferait en effet de lui un pape crucificateur de l'Église au même titre que François.

        Tout tourne autour de la notion Ausnahmepontifikat. Ce terme signifie donc "un état d'exception", en l'occurrence, un état pontifical d'exception.  

        Pris dans un sens positif comme je l'ai fait dans le raisonnement mystique que je viens de tenir dans cet article, cet état pontifical d'exception signifierait que la papauté vit la crucifixion en la personne de Benoît XVI, à son corps défendant, de manière victimale et non-coupable, à l'instar du Christ en croix.  

        Mais hélas, je l'écris en tremblant, horresco referens, on peut donner un tout autre sens au terme Ausnahmepontifikat, cet état pontifical d'exception que donc serait le pontificat de Benoît XVI. Cette situation d'exception serait générée par le protagoniste lui-même, c'est-à-dire par Benoît XVI, qui crucifierait la fonction pontificale volontairement, de manière coupable et non-victimale cette fois-ci, en attentant à la Charge pontificale telle que Notre-Seigneur Jésus-Christ l'a instituée immuablement quand Il l'a fondée dans la personne une de Pierre. Ayons garde d'oublier en effet, et c'est d'Institution divine, que la papauté est créée et voulue par le Christ sur la personne UNE de Pierre : "Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Église" (Matth XVI, 18). Dans le texte scripturaire, c'est au singulier, et la théologie n'a fait que ratifier le Vouloir formel de Jésus-Christ sur cela, en professant que c'est de droit divin que la personne du pape est une et unique, et qu'il ne saurait jamais y avoir deux papes en même temps dans une génération ecclésiale donnée...  

        Mais on peut hélas relever dans les propos de Benoît XVI des choses très-inquiétantes, si l'on prenait le parti de les lire dans le mauvais sens, qui tendraient à signifier qu'il voudrait créer volontairement une nouvelle institution de la Charge pontificale pour renverser et remplacer celle de droit divin, en fondant sous son pontificat une prétendue institution nouvelle, celle de la "papauté émérite", qui serait soi-disant une extension de la fonction pontificale. Il n'est que de lire Mgr Gänswein sur cela, même distraitement, pour apporter de l'eau au moulin de cette hypothèse : "Le mot clé dans cette déclaration est «munus petrinum», traduit, comme c'est le cas la plupart du temps, par «ministère pétrinien». Et pourtant, munus, en latin, a une multiplicité de significations : il peut signifier service, devoir, conduite ou don, et même prodige. Avant et après sa démission Benoît a entendu et entend sa tâche comme participation à un tel «ministère pétrinien». Il a quitté le trône pontifical et pourtant, avec le pas du 11 Février 2013, il n'a pas abandonné ce ministère. Il a au contraire intégré l'office personnel dans une dimension collégiale et synodale, presque un ministère en commun, comme si, en faisant cela, il voulait répéter encore une fois l'invitation contenue dans la devise que le Joseph Ratzinger d'alors se donna comme archevêque de Münich et Freising et qu'ensuite il a naturellement maintenue comme évêque de Rome : «cooperatores veritatis», qui signifie justement «coopérateurs de la vérité». En effet, ce n'est pas un singulier, mais un pluriel, tiré de la troisième lettre de Jean, dans lequel il est écrit au verset 8 : «Nous devons accueillir ces personnes pour devenir coopérateurs de la vérité». Depuis l'élection de son successeur François le 13 Mars 2013, il n'y a donc pas deux papes, mais de facto un ministère élargi ― avec un membre actif et un membre contemplatif. C'est pour cela que Benoît XVI n'a renoncé ni à son nom, ni à la soutane blanche. C'est pour cela que l'appellation correcte pour s'adresser à lui est encore aujourd'hui «Sainteté». Et c'est pour cela qu'il ne s'est pas retiré dans un monastère isolé, mais à l'intérieur du Vatican, comme s'il avait fait seulement un «pas de côté» pour faire place à son successeur et à une nouvelle étape dans l'histoire de la papauté, qu'avec ce pas, il a enrichie de la «centrale» de sa prière et de sa compassion placée dans les jardins du Vatican" (fin de citation).  

        Ainsi donc, dans ce sens très-négatif où le pape Benoît XVI crucifierait la fonction pontificale elle-même, le munus serait à comprendre, ce sont les propos de Mgr Gänswein, comme un service, entendez, qui peut être partagé par plusieurs personnes. C'est pourquoi le secrétaire de Benoît XVI déduit de cette définition qu'il donne du terme théologique (qui n'en est pas le premier sens), une possible participation de Benoît XVI au munus pétrinien après sa démission, en collaboration avec François, et c'est pourquoi encore il continue en disant que Benoît XVI après sa démission élargit le munus pétrinien "dans une dimension collégiale et synodale, presque un ministère en commun" avec François, ce qui est explicitement et carrément formuler la possibilité d'une pluralité de personnes pour remplir la fonction de Pontife suprême.  

        Cette proposition-là est parfaitement hérétique, comme professant une dualité de personnes voire plus, ... pourquoi s'arrêter en si mauvais chemin ?, pour remplir la fonction UNE de Pierre. Et Mgr Gänswein de citer à tort, pour appuyer sa thèse, l'Épître où saint Jean parle des "coopérateurs de la Vérité", cooperatores veritatis, dont Benoît XVI a fait la devise de son épiscopat et qu'il a maintenue en tant que pape. Or, bien entendu, l'erreur est flagrante, grossière : saint Jean parle là des coopérateurs de la Vérité pour la propagation de l'Évangile, pas du tout pour la fonction pontificale !  

        Mais d'oser nous dire qu'il s'agirait là d'une "nouvelle étape dans l'histoire de la papauté", le plus hérétiquement du monde, puisque cette fois-ci, si l'on suit cette interprétation négative de Ausnahmepontifikat, il s'agirait de vouloir transformer sacrilègement l'Institution divine de la papauté telle que le Christ l'a créée, en supprimant la loi de droit divin que la Charge de Pierre est assumée par une seule personne humaine individuelle, et non pas par un collectif humain, qu'on dit être "collégial et synodal". Ainsi donc, il y aurait, dans ce cas de figure, un "avant Benoît XVI" avec une fonction pontificale légiférée de droit divin par l'unicité de la personne remplissant le Siège de Pierre, puis brusquement un "pendant Benoît XVI", où il créerait volontairement lui-même un changement institutionnel dans la fonction pontificale en introduisant pour la première fois depuis saint Pierre la pluralité de personnes remplissant la Charge de Pierre, soi-disant dans le seul de facto pour commencer, et puis donc, et puis enfin, un "après Benoît XVI" où la loi de pluralité des personnes pour la fonction pontificale deviendrait en quelque sorte constitutionnelle, par... jurisprudence nouvelle ayant désormais force de loi ! Une jurisprudence instaurée par les hommes, que dis-je, par Benoît XVI lui-même soi-même, contre la loi de droit divin instaurée par le Christ de manière irréformable !!  

        Le Ausnahmepontifikat lu ainsi de la plus mauvaise manière serait donc une destruction radicale de la fonction pontificale par un vouloir moderniste de Benoît XVI, qui achèverait l'anéantissement de l'Église opéré par François, quant à lui, de manière doctrinale (oecuménisme hétérodoxe, dialogue interreligieux, etc.) et par les mœurs (pas seulement celles sexuelles, comme dans Amoris Laetitia, mais, plus gravement encore si je puis dire, celles ecclésiales fondamentales : très-notamment, François est en train de promouvoir, presque occultement et sans faire de bruit, un mouvement général dans l'Église pour la destruction radicale des Congrégations religieuses contemplatives)... S'il en était vraiment ainsi, Benoît et François œuvrant victorieusement, en tant que papes légitimes, à la destruction de l'Église telle qu'elle est née du Côté du Christ sur la Croix, institution pontificale, doctrine, mœurs, etc., nous ne serions pas loin de l'avènement de l'Antéchrist-personne venant ouvrir son règne maudit entre tous... à partir du Siège de Pierre, sur les ruines définitives de l'Église dite du Temps des nations et de Rome son centre ("Rome perdra la Foi et deviendra le siège de l'Antéchrist" ― prophétie extraordinaire de Notre-Dame à La Salette, parfaitement authentique, que, soit dit en passant, une pauvre petite bergère sans culture comme l'était Mélanie Calvat, n'aurait jamais pu avoir l'idée d'inventer il y a plus d'un siècle et demi, a fortiori lorsqu'elle la révéla aux temps des papautés glorieusement régnantes de Pie IX et Léon XIII, quand nous-mêmes, chrétiens vivant concrètement cette prophétie de la perte de la Foi à Rome, dans l'attente de l'investissement du Siège de Pierre par l'Antéchrist-personne en tant que dernier pape légitime, avons tant de mal à prendre conscience de son accomplissement humainement incroyable...). Car s'il ne reste plus que des papes destructeurs légitimes sur le Siège de Pierre alors qu'il n'y a, plus d'un demi-siècle après le mortifère Vatican II, quasi plus rien à détruire dans l'Église, c'est que nous n'en sommes pas loin.

        Récapitulons les données. Il y aurait donc deux hypothèses pour expliquer le Ausnahmepontifikat que serait le pontificat de Benoît XVI, l'une positive, l'autre négative.  

        1/ Son pontificat d'exception signifierait qu'à l'instar du Christ, il a vécu dans son règne pontifical, seul pape à l'avoir vécue de tous les papes depuis saint Pierre, une vraie crucifixion de sa Charge pontificale, au point anéantissant, kénosant, où il a été obligé, contre sa volonté, de démissionner du Siège de Pierre, quand bien même il n'a nullement donné sa volonté d'acquiescer à cette démission en son for interne. Et alors, pour tâcher d'expliquer sa volonté affichée d'être toujours pape vrai et authentique malgré sa démission au Siège de Pierre à laquelle l'a obligée la crucifixion qu'il endure dans la Charge pontificale, il a bâti à chaux et à sable mais surtout dans l'incohérence théologique la plus totale, non parce qu'il le voulait mais parce qu'il ne pouvait faire autrement, cette fou-thèse nouvelle et aberrante d'un "pape émérite" qui, hélas, prise au premier degré de lecture, est parfaitement hérétique. Decuit, potuit, ergo fecit, commente Gänswein, à partir du célèbre aphorisme de Jean Duns Scott, pour justifier la décision de Benoît XVI d'inventer un prétendu nouveau lieu théologique, celui du "pape émérite" : il convenait de faire, il se pouvait faire, il a donc été fait. Malheureusement, l'application dudit aphorisme à la thèse du "pape émérite" est théologiquement tout-à-fait fausse : tout au contraire, il ne convenait pas de faire, il ne pouvait pas se faire, et donc il ne fallait pas le faire. Seul l'état mystique de crucifixion de la fonction pontificale qu'il a vécu dans son pontificat explique que Benoît XVI a pu faire ce qu'il ne convenait pas de faire et qui est insoutenable sous l'angle théologique pur. Car l'économie de la crucifixion est une "si grande contradiction" (He XII, 3) qui amène à poser les choses en contradictoire. Autrement dit : Benoît XVI se sert de la thèse du "pape émérite" uniquement pour tâcher d'expliciter l'état pontifical de crucifixion, de Passion, dans lequel il se trouve, c'est parce qu'il n'a pas trouvé mieux pour manifester et révéler au for externe de la vie ecclésiale sa crucifixion pontificale, qu'il l'a concoctée, mais il ne veut pas du tout le sens hérétique qu'elle contient.  

        2/ Son Ausnahmepontifikat serait au contraire volontairement, de sa part, par mauvaise motivation moderniste, une nouvelle fondation humaine de la fonction pontificale, élargie, comme dit Mgr Gänswein, "collégialement et synodalement" à au moins deux personnes, et pourquoi pas... à plus, comme d'ailleurs l'insinuent étymologiquement les termes choisis de "collège" et "synode", ordinairement toujours composés de plus de deux personnes. Mais alors, alors, ce serait, par une voie insoupçonnée et détournée, faire triompher l'hétérodoxe conciliarisme sur la fonction pontificale instituée par le Christ, un conciliarisme qui chercha sans cesse, depuis le Haut Moyen-Âge, à subvertir le Siège de Pierre, et qu'un pape Eugène IV eut tant de mal à réprimer après le Grand-Schisme d'Occident ! Le conciliarisme est en effet cette doctrine hérétique qui veut soumettre par principe l'Autorité pontificale à tout concile universel d'évêques, la fonction pontificale ne s'exerçant dès lors plus, comme l'a voulu le Christ, de manière monarchique et royale, mais de manière démocratique-épiscopalienne. Mais vouloir, par le biais de l'institution nouvelle d'une "papauté émérite", qu'il y ait plusieurs personnes pontificales pour remplir le Siège de Pierre (des personnes qui, toutes et chacune, sont des évêques puisqu'il est obligatoire que tout pape soit évêque de Rome), revient, dans l'ordre théologique, à la professer ! Dès lors que la thèse du "pape émérite" est acceptée, on pourrait parfaitement supposer, par exemple, que François, suivant l'exemple de Benoît XVI, démissionne à son tour "pour raison de santé" (après tout, il a plus de 80 ans), Benoît XVI de son côté étant toujours vivant, et qu'un troisième pape serait élu pour remplacer François ! Il serait tout-à-fait envisageable, avec la thèse du "pape émérite", de se retrouver avec deux "papes émérites" plus un "actif" sur le Siège de Pierre (il faudrait alors prévoir des strapontins à côté...), chacun d'eux disant son mot dans l'Église, comme on le voit faire actuellement avec Benoît et François, supprimant par le fait même l'unicité voire même l'infaillibilité du Magistère pontifical, l'enseignement magistériel pontifical étant dorénavant démocratique-épiscopalien !!

        Cependant, après de profondes réflexions, je pense vraiment que c'est la première hypothèse qui est vraie, celle d'un pape Benoît XVI vivant en victime crucifiée "LA PASSION DE L'ÉGLISE", et non pas en coupable crucifiant l'Église : s'il a concocté comme l'on sait et que Gänswein le révèle, sa thèse de "pape émérite", ce n'est pas pour subvertir la fonction pontificale suprême telle que le Christ l'a fondé il y a 2 000 ans, mais parce que c'est la seule façon qu'il a trouvée, façon certes lamentable, pour exprimer et expliciter au for externe ce qu'il vit de si contradictoire dans sa personne pontificale en tant que pape crucifié. Benoît XVI est un grand théologien, mais il n'est pas du tout besoin d'être docteur in utroque en théologie pour comprendre l'aberration primaire de la thèse de "pape émérite" au regard de la Constitution divine de l'Église et de la plus élémentaire théologie ! À supposer que la motivation de Benoît XVI pour concocter cette thèse de "pape émérite" soit mauvaise et moderniste, comme voulant vraiment subvertir l'institution de la Papauté, jamais il n'aurait osé la soutenir, sachant mieux que personne à quel point elle est contraire aux règles les plus élémentaires de la Constitution divine de l'Église ! S'il la soutient, c'est parce qu'il est forcé de la soutenir pour tâcher tant bien que mal, et plutôt mal que bien, d'asseoir sa volonté légitime de se considérer toujours comme pape, alors que la crucifixion qu'il a endurée de sa fonction pontificale active l'a obligée contre sa volonté, à démissionner.  

        C'est le moment de rappeler les propos inspirés de Guido Ferro Canale, après lecture qu'il fit de la conférence de Mgr Gänswein : "Peut-être une indication est-elle donnée par l’affirmation de Gänswein selon laquelle Benoît XVI a «enrichi» la papauté «par la ‘centrale’ de sa prière et de sa compassion, placée dans les jardins du Vatican». La compassion (par les temps qui courent, il est bon de le rappeler), n’est pas la miséricorde. En théologie ascétique ou mystique, elle est le fait de s’unir aux souffrances du Christ crucifié, chacun s’offrant soi-même pour la sanctification de son prochain. UN SERVICE DE COMPASSION APPORTÉ PAR LE PAPE DEVIENT NÉCESSAIRE (d'après moi) SEULEMENT LORSQUE L'ÉGLISE SEMBLE VIVRE PERSONNELLEMENT LE VENDREDI SAINT. Lorsqu’il faut faire réentendre les paroles très amères de Jésus en Luc 22, 53 : «C’est votre heure et le règne des ténèbres»" (fin de citation).      

        Le pape Benoît XVI serait donc le sujet pontifical choisi de la Passion du Christ endurée par son Épouse, l'Église. Pendant le cours de son pontificat, "la puissance des ténèbres" a tout-à-coup mystérieusement prévalu sur la grâce magistérielle pétrinienne, par un secret décret de la Providence divine et pour que l'Écriture s'accomplisse pour l'Épouse comme pour l'Époux, lui faisant vivre invinciblement l'économie crucifiante de la Passion, ce qui a eu pour effet immédiat de lui rendre radicalement impossible l'exercice normal du pouvoir des clefs (c'est là le sens profond du fameux Ausnahmepontifikat, pontificat manifestant un état d'exception). C'est une situation dans laquelle le "doux christ en terre", comme sainte Catherine de Sienne appelait le pape, est entièrement subverti par les forces du mal, exactement comme le Christ durant sa Passion. Ce qui bien sûr permet aux méchants de le supplanter sans qu'il puisse s'en défendre. Et c'est la raison profonde pour laquelle le pape Benoît XVI a démissionné : se sentant intérieurement ligoté, garroté, bâillonné, il ne pouvait plus défendre l'Église contre ses ennemis, alors que sa volonté était de la défendre contre ses ennemis, et c'est pourquoi il s'est démis, ne voulant pas que l'Église pâtisse de son impuissance radicale à la défendre, dûe à la crucifixion mystique qu'il endurait, ne voulant pas non plus en endosser la responsabilité morale devant le Christ. Mais le pape qui souffre la Passion est toujours vrai pape, il l'est même plus, si l'on peut dire, qu'avant de la souffrir ; il l'est cependant dans un anéantissement absolument complet, une kénose radicale, aux yeux du monde et même de l'Église.

        On peut d'ailleurs légitimement se demander si cette crucifixion mystique que Benoît XVI a enduré et endure toujours en tant que pape à l'heure où j'écris ce nouvel article n'est pas à élargir à toute la durée de son Pontificat, c'est-à-dire dès qu'il est fait pape le 19 avril 2005. En fait, il n'y aurait eu, en 2013, qu'un pic de crucifixion radicalement insurmontable, l'obligeant dès lors à révéler à l'Église et au monde entier, urbi et orbi, l'impossibilité désormais absolue où il était d'exercer le pouvoir des Clefs, mais il endurait cette crucifixion pontificale déjà... depuis 2005.

        Certains propos appuyés de Mgr Gänswein dans sa conférence font plus que le suggérer. Il parle par exemple de TOUT le pontificat de Benoît XVI comme d'un "pontificat d'exception", et c'est à cet endroit de sa conférence qu'il cite le très-significatif mot allemand Ausnahmepontifikat. Il faut bien noter, là, qu'il ne qualifie pas de ce mot si révélateur le seul acte de démission de Benoît XVI, mais tout son pontificat, à partir donc de son intronisation au Siège de Pierre, le 19 avril 2005. Ce qui, bien décodé, signifierait que tout le Pontificat du pape Benoît XVI est placé dans l'économie de "LA PASSION DE L'ÉGLISE".

        C'est avec cette pensée qu'il faut lire la suite de sa conférence, lorsqu'il dit que l'élection de Joseph Ratzinger au Siège de Pierre fut le fruit d'une "lutte dramatique" dans le conclave l'élisant, entre le "parti du sel de la terre" et l'autre parti de cardinaux progressistes connu désormais sous l'appellation "groupe de Saint-Gall". Et de préciser plus encore : "L'élection [de Benoît XVI au Siège de Pierre] était certainement aussi le résultat d'un affrontement, dont la clef avait pratiquement été fournie par le cardinal Ratzinger lui-même, en tant que doyen, dans l'homélie historique du 18 Avril 2005 à Saint-Pierre ; et précisément là où à «une dictature du relativisme qui ne reconnaît rien comme définitif et qui n'a comme seule mesure que le 'moi' et ses désirs» il avait opposé une autre mesure : «le Fils de Dieu et vrai homme» comme «la mesure du véritable humanisme»". Et d'affirmer que cette "dictature du relativisme", loin de s'estomper n'a fait que "s'exprime[r] depuis quelque temps de manière irrésistible [c'est-à-dire : radicalement crucifiante, empêchant dès lors l'exercice normal du pouvoir des Clefs pontificales...] à travers les nombreux canaux des nouveaux moyens de communication qu'en 2005, on pouvait à peine imaginer".

        À mots très-légèrement couverts mais en vérité fort clairs, le secrétaire de Benoît XVI nous révèle qu'en fait l'élection pontificale de Joseph Ratzinger eut lieu au moment précis où l'Épouse du Christ, l'Église, rentrait dans l'économie de la Passion, ce moment précis qui fit dire au Christ : "Voici l'Heure et la puissance des ténèbres". Et le cardinal Joseph Ratzinger prit immédiatement une vive conscience de cette crucifixion mystique de l'Église au moment où il devenait pape : "Durant l'élection, ensuite, dans la chapelle Sixtine, je fus témoin, poursuit Mgr Gänswein, qu'il vécut l'élection comme un «véritable choc» et éprouva «un trouble» et qu'il se sentit «comme étourdi» dès qu'il réalisa que «le couperet» de l'élection allait tomber sur lui. Je ne révèle ici aucun secret parce que ce fut Benoît XVI lui-même qui l'avoua publiquement à la première audience accordée aux pèlerins qui étaient venus d'Allemagne. Et il n'est donc pas surprenant que Benoît XVI ait été le premier pape qui immédiatement après son élection, invita les fidèles à prier pour lui".

        Oui, ce fut le premier pape de toute l'histoire de l'Église à demander qu'on prie pour l'aider à soutenir sa Charge pontificale, par trop bien nommée, comme en écho à Jésus demandant en se tordant les mains après l'agonie de Gethsémani, de "veiller avec moi" en cette Heure des heures fatidique pour le salut : "Alors Il leur dit : Mon âme est triste jusqu'à la mort ; demeurez ici, et veillez avec Moi" (Matth XXVI, 38), et de se plaindre douloureusement que les Apôtres ne le firent point : "Ainsi, vous n'avez pas pu veiller une heure avec Moi ?" (Matth XXVI, 40). Ce que commente de cette manière Guido Ferro Canale : "Mais plus que le «surtout je me confie à vos prières» prononcé immédiatement après l'élection, ne nous souvenons-nous pas de l'invitation dramatique de la messe pour le début du ministère pétrinien : «Priez pour moi, que je ne me dérobe pas, par crainte des loups» ? (...) Je crois, par conséquent, que Benoît XVI était en train de confesser une crainte concrète. Et qu'il pensait à des loups très concrets. Je crois aussi que ceci explique le choc, le trouble et les vertiges". Car notre canoniste italien commentant la conférence de Mgr Gänswein se rend bien compte, lui aussi, que la déficience des forces physiques invoquée par le pape Benoît XVI ne saurait rendre compte de la raison profonde de sa démission : "C'est pourquoi il me semble que même la phrase «Benoît XVI était conscient qu'il n'avait plus la force nécessaire pour la charge très lourde» acquiert un sens moins anodin et peut-être plus sinistre. Très lourde, la charge le serait, non pas à cause de la multiplicité des engagements extérieurs, certainement fatigants, mais de la lutte interne épuisante. Tellement épuisante que, ne se sentant plus en mesure de l'assumer..." Et cette lutte interne épuisante est celle de la crucifixion mystique, laquelle rend impossible d'assumer l'exercice vivant de la Charge pontificale.

        Car, faut-il le rappeler, un pape ne démissionne pas parce qu'il a une lutte épuisante à mener dans son pontificat... sauf si cette lutte épuisante est inhérente à la crucifixion mystique radicale de sa Charge pontificale, à la Passion d'une Église vivant sa propre et personnelle fin des temps. La vie de l'Église militante, fort bien nommée, est en effet, ici-bas et même très-bas, une lutte perpétuelle contre les forces du mal, et il n'est que trop vrai qu'aucun pape, peu ou prou, n'en fut exempt dans son pontificat. Voici par exemple le cri du cœur d'un pape mourant, Jules II, vivant pourtant aux temps fort relâchés de la Renaissance : "Peu avant d'expirer, il [Jules II] protesta d'avoir éprouvé dans son pontificat des sollicitudes si poignantes, qu'elles pouvaient être comparées au martyre" (Histoire universelle de l'Église catholique, Rohrbacher, t. XXII, p. 346). Et ce n'était pas de sa part une vaine phrase ! Un jour, le pape Jules II était au lit avec une forte fièvre qui le minait ; on vint lui annoncer qu'une des villes appartenant au Saint-Siège était prête de tomber aux mains des ennemis. Il ne fait ni une ni deux, se lève précipitamment de son lit de souffrance, saute sur un cheval et fonce au camp des défenseurs ! Sa présence énergique ranima les combattants et le siège de la ville fut levé...!!

        Mais ceci n'était pour Jules II qu'un combat qui n'allait pas jusqu'à la crucifixion mystique paralysant radicalement les forces du pape qui vit, et meurt à la fois, la Passion du Christ. Combat spirituel que semble bel et bien vivre depuis 2005 le pape Benoît XVI, prédestiné à vivre "LA PASSION DE L'ÉGLISE" à son plus haut sommet, sur le Siège de Pierre. Et c'est pourquoi Jules II, n'ayant pas à vivre "LA PASSION DE L'ÉGLISE", n'a pas démissionné, bien qu'ayant, durant son pontificat, à son propre dire sur son lit de mort, et on ne ment pas sur son lit de mort, "éprouvé des sollicitudes si poignantes qu'elles peuvent être comparées au martyre" ; et c'est pourquoi Benoît XVI, ayant quant à lui à vivre et à mourir cette "PASSION DE L'ÉGLISE", n'a pu que démissionner...

        La Papauté de notre temps de la fin des fins est un grand mystère, expliquai-je dans mon article Un schisme est-il possible dans l'Église actuelle...? (http://www.eglise-la-crise.fr/index.php/component/joomblog/post/un-schisme-est-il-possible-dans-l-eglise-actuelle?Itemid=483). Il y a "deux papes" de nos jours apocalyptiques. Benoît XVI a eu beau démissionner le plus canoniquement du monde, contrairement à ce que, parmi les conservateurs, voudraient croire et faire accroire certains extrémistes tentés par l'orgueil sédévacantiste et ne connaissant pas leur théologie, il fait toujours figure de pape actuel. Et effectivement, n'a pas tout faux partout celui qui pense qu'il y a deux papes de nos jours. La Papauté de la fin des temps est en effet à la fois crucificateur de l'Épouse du Christ et en même temps crucifiée avec l'Épouse du Christ.      

        Malgré la démission tout ce qu'il y a de plus canonique de Benoît XVI, il resterait en quelque sorte pape lui aussi, comme pape crucifié avec l'Épouse du Christ, quand François serait pape crucificateur de l'Épouse du Christ. Il y aurait donc dans notre Église contemporaine, deux papes sur un plan mystique. N'en soyons pas surpris. Les choses hors-temps de la fin des temps rendent possibles ce que la théologie stricte interdit formellement. J'ai condamné dans mon article Pot pourri dans un pourrissoir ecclésial la position de ceux qui, tel le bouillant curé italien Dom Minutella, professent que Benoît XVI est le seul pape actuel et que François ne l'est pas, mais c'est très-différent si l'on dit que Benoît est toujours pape et que François l'est également. Cependant, une fort belle page de Bossuet va nous expliquer comment cette situation est possible. Dans une de ses nombreuses Lettres, on le voit en effet se poser cette question : "Comment l'Église est-elle son corps [du Christ] et en même temps son épouse ?" Et il répond très-savamment : "Il faut adorer l'économie sacrée avec laquelle le Saint-Esprit nous montre l'unité simple de la vérité par la diversité des expressions et des figures [ce qu'illustre magistralement le fait que, dans la Messe, le Christ est à la fois le Prêtre du Sacrifice et le Sacrifice lui-même]. C'est l'ordre de la créature de ne pouvoir représenter que par la pluralité ramassée, l'unité immense dont elle est sortie ; ainsi, dans les ressemblances sacrées que le Saint-Esprit nous donne, il faut remarquer en chacune le trait particulier qu'elle porte, pour contempler dans le tout réuni le visage entier de la vérité révélée ; après, il faut passer toutes les figures pour connaître qu'il y a dans la vérité quelque chose de plus intime, que les figures ni unies ni séparées ne nous montrent pas ; et c'est là qu'il se faut perdre dans la profondeur du secret de Dieu, où l'on ne voit plus rien, si ce n'est qu'on ne voit pas les choses comme elles sont. Telle est notre connaissance, tandis que nous sommes conduits par la foi" (Lettre de Bossuet à une personne de piété, t. XXXVIII, p. 378, sq., dans l'édition de Versailles, citée par Rohrbacher dans son Histoire universelle de l'Église catholique, t. XXI, p. 160, sq.).      

        Il m'est plus facile, après lecture de cette page très-inspirée, de conclure que notre papauté actuelle est toujours UNE, mais qu'elle a besoin de deux suppôts humains pour manifester "les deux traits si particuliers qu'elle porte" et qui la caractérise à la fin des temps. Or, ces deux traits sont extrêmement contradictoires puisqu'ils manifestent en plein la "si grande contradiction" (He XII, 3) inhérente à la Passion du Christ, ils consistent en ce que le pape UN de la fin des temps doit à la fois et en même temps être crucificateur de l'Épouse du Christ, mais encore être crucifié avec l'Épouse du Christ. Ces deux traits sont si contradictoires disais-je, qu'une seule personne humaine de pape ne pouvait les manifester à elle toute seule, il fallait donc deux personnes de pape pour les manifester l'un et l'autre... C'est pourquoi nous avons, sur le plan mystique, un Benoît XVI toujours pape, quand bien même cela contredit le plan strictement théologico-canonique qui voudrait qu'il ne le soit plus. Le pape crucificateur de l'Épouse du Christ (qui s'avère être François) ne pouvait pas en même temps être le pape crucifié avec l'Épouse du Christ (qui s'avère être Benoît). Mais les deux composantes de la papauté de la fin des temps doivent absolument être représentées, et c'est pourquoi il y a deux papes lorsque l'Église vit sa fin des temps propre et personnelle, et c'est la situation qu'on enregistre effectivement de nos jours.  

        Un mystère terrible et redoutable se cache derrière cette bipolarisation pontificale actuelle. Mais ce mystère n'a rien de gnostique, il est tout simplement que l'Église vit la Passion du Christ usque ad mortem, ce qui prophétise l'imminence du règne de l'Antéchrist-personne. Depuis les deux papes, depuis le 11 février 2013 donc, l'Église vit en effet ce fameux Ausnahmepontifikat évoqué fort adroitement et très-intelligemment par le secrétaire particulier de Benoît XVI, c'est-à-dire un pontificat manifestant un état d'exception. Et quel état ecclésial d'exception !!! Puisqu'il s'agit rien moins que de "LA PASSION DE L'ÉGLISE" devant, au final, sous le règne maudit de l'Antéchrist-personne, engendrer sa mort dans son économie de salut actuelle... 2013 est l'Heure (l'heure des méchants ― Lc XXII, 53) où la Papauté franchit le portillon du jardin de Gethsémani pour y souffrir puis mourir sous "la puissance des ténèbres".  

        On ne peut pas manquer d'être interpellé et remué dans sa Foi par le phénomène météorologique formidable et presque jamais arrivé sur la basilique Saint Pierre de Rome le jour même de l'annonce de la démission de Benoît XVI, le 11 février 2013, ce que Mgr Gänswein traduit ainsi : "[L'annonce de la démission de Benoît XVI] était le matin de ce même jour où, dans la soirée, un éclair kilométrique frappa avec un incroyable fracas la pointe de la coupole de Saint-Pierre posée sur la tombe du Prince des Apôtres. Rarement le cosmos a accompagné de manière plus dramatique un tournant historique"... Historique ? Eschatologique, plutôt !  

        Mgr Gänswein est en tous cas parfaitement fondé à dire, dans sa mémorable conférence : "Par conséquent, depuis le 11 Février 2013, le ministère papal n'est plus celui d'avant. Il est et reste le fondement de l'Église catholique ; et pourtant, c'est un fondement que Benoît XVI a profondément et durablement transformé dans son pontificat d'exception (Ausnahmepontifikat). (...) Comme à l'époque de Pierre, aujourd'hui encore l'Église une, sainte, catholique et apostolique continue d'avoir un unique Pape légitime. Et pourtant, depuis maintenant trois ans, nous vivons avec deux successeurs de Pierre vivant parmi nous, qui ne sont pas dans un rapport de concurrence l'un avec l'autre, et pourtant tous les deux avec une présence extraordinaire ! Beaucoup continuent à percevoir aujourd'hui encore cette nouvelle situation comme une sorte d'état d'exception voulu par le Ciel".  

        À toutes fins utiles et non-utiles, je rappelle ici, sur la fin de mon article, pour ceux qui voudraient s'imaginer que la démission de Benoît XVI est invalide, que les seules conditions posées par le Droit canon pour qu'une démission au Siège de Pierre soit valide, sont : la liberté ; la manifestation extérieure. "S'il arrive que le Pontife romain renonce à sa charge, il est requis pour la validité que la renonciation soit faite librement et qu'elle soit dûment manifestée, mais non pas qu'elle soit acceptée par qui que ce soit" (Code de droit canonique, Art. 1, LE PONTIFE ROMAIN, Can. 332 - § 2), même pas, donc, acceptée par le Sacré-Collège cardinalice dans sa majorité canonique des deux/tiers, représentant pourtant ainsi de soi, en matière de Légitimité pontificale, l'Église Universelle, qui, seule, a pouvoir de dire qui est pape et qui ne l'est pas. C'est donc vraiment la seule volonté libre du sujet pontifical de démissionner et la manifestation extérieure de cette dite volonté de démissionner, qui comptent, pour que la démission au Siège de Pierre d'un pape soit valide, effective, conditions qui ont été parfaitement remplies avec Benoît XVI.  

        ... Alors, un pape ou deux papes ? S'il y a deux papes, comme il appert de la situation réelle de l'Église actuelle, comment concilier cela avec la Volonté formelle du Christ de faire reposer la Charge pontificale suprême sur l'unicité d'une seule personne ? Mais ce n'est pas comme cela qu'il faut raisonner la situation apocalyptique actuelle que nous vivons ecclésialement, pontificalement. Le tout premier point à prendre en considération dans le départ même de notre réflexion, sans lequel nous ne pouvons rien comprendre à rien de rien, c'est que l'Église, dans notre période moderne, vit dans l'économie spécifique de la Passion. Elle est véritablement crucifiée en toute rigueur de crucifixion. Elle est donc dans un état d'exception, ce que nous a fort bien révélé Benoît XVI par son secrétaire particulier Mgr Gänswein, dans ce terme allemand très-ciblé Ausnahmepontifikat. L'état d'exception met théoriquement en suspens toutes les règles constitutionnelles ordinaires, et c'est justement bien cela dont on se rend compte avec nos deux papes actuels. Il y aurait au premier degré une "si grande contradiction" (He XII, 3) avec la Constitution divine de l'Église dans le fait de voir deux papes alors qu'il ne doit y en avoir qu'un pour une génération ecclésiale donnée. Et cependant, là est la réalité d'une Église désormais crucifiée.  

        L'économie de la Passion est un oxymore. Ce mot, en littérature, signifie une contradiction antinomique dans des termes mis ensemble. Si par exemple, je parle d'un jour nocturne, c'est un oxymore. Mais l'Église est plongée en plein oxymore depuis qu'elle vit sa Passion, c'est de cela que saint Paul a voulu parler lorsqu'il décrit la Passion du Christ comme une "si grande contradiction" dans sa Lettre aux Hébreux. Et l'autre formule qu'il prend pour définir l'essence de la Passion est elle aussi un puissant oxymore, lorsqu'il dit que dans sa Passion, "le Christ a été fait péché pour notre salut" (II Cor V, 21). Comment est-il bien possible en effet que le péché, l'économie du péché, puisse générer un quelconque salut, puisque le péché est fait pour la damnation, le non-salut ?! Au premier degré de lecture, c'est impossible, l'affirmation de saint Paul est un oxymore encore plus fort qu'un jour nocturne. Et pourtant, la réalité surnaturelle de notre Rédemption passe par-là, par cet oxymore spirituel indépassable, et pas par un autre chemin... D'identique manière, comment est-il possible que nous ayons deux papes quand cela contredit de plein fouet la Constitution divine de l'Église fondée sur l'unicité de la fonction papale ? Nous sommes, nous aussi, dans une Passion écartelée de l'Église qui se déroule, 2 000 ans après la Passion archétypale du Christ, en plein oxymore. Et pourtant, là aussi, dans la co-Rédemption ecclésiale, la réalité surnaturelle de notre salut passe par-là et par nul autre chemin...

        L'oxymore manifeste l'écartèlement de la croix. La fonction pontificale suprême vivant la Passion à la fin des temps, est donc formellement caractérisée par un oxymore. Ce qui caractérise dans son essence la Passion que doit vivre la papauté à la fin des temps, en effet, n'est nullement la souffrance. Le pape souffrant de la fin des temps, c'est-à-dire un dernier pape doctrinalement "tout blanc" dans sa soutane, qui n'est pas "fait péché pour le salut" mais qui ne fait que souffrir une persécution de la part d'ennemis extra muros de l'Église sans participer lui-même d'aucune sorte au péché pénétré dans l'Église (comme dans la thèse illuministe de "la survie de Paul VI"), est un pur mythe. Il est basé sur une réflexion superficielle et simpliste, sentimentale et doloriste, de l'économie de la Passion, dont hélas certaines prophéties privées ne sont pas exemptes. La cause formelle de la Passion, en tout état de cause, ne peut pas être la souffrance, attendu que la souffrance n'est qu'un effet, et qu'un effet, métaphysiquement, ne peut jamais être une cause. La cause formelle de la Passion, c'est racheter le péché du monde. Or, pour racheter et effacer le péché du monde, il faut soi-même, en tant que Acteur de la Passion (le Christ) ou co-acteur (l'Église, le pape, à la fin des temps), "être fait péché pour le salut", comme l'exprime lapidairement et magistralement le grand saint Paul. Voilà la cause formelle de l'économie de la Passion, qui, certes, est "si grande contradiction", si puissant oxymore, aux fins d'opérer la Rédemption des âmes. Dire donc de la Passion que doit vivre la papauté à la fin des temps qu'elle doit être caractérisée essentiellement par la souffrance, c'est vouloir follement que la fumée qui est un effet, soit la cause de l'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, pour prendre un exemple.

        La cause formelle de la Passion vécue par la papauté de la fin des temps est, à l'instar du Rédempteur, le "être fait péché pour le salut", cela se manifeste donc dans l'oxymore, la contradiction écartelante. Et Dieu sait assez si les papes de la période moderne post-révolutionnaire sont tous dans le "être fait péché pour le salut" inhérent à "LA PASSION DE L'ÉGLISE", depuis l'infâme Concordat napoléonien et plus encore depuis l'hétérodoxe Vatican II, même les plus saints dans leur for privé !! Et c'est ce "être fait péché pour le salut" vécu par les papes modernes, qui va finir par causer en eux, et plus spécialement dans l'un d'entre eux choisi par la Providence divine pour remplir ce rôle (et celui-là semble bien être le pape Benoît XVI), la souffrance et la mort du Christ en croix dans son Église et sur le Siège de Pierre, cette souffrance et cette crucifixion n'étant qu'un effet d'une cause, qui est le "être fait péché pour le salut". S'imaginer, donc, un dernier pape de la fin des temps souffrant une Passion de l'Église sans que celui-ci soit fait "péché pour le salut", comme dans la thèse illuministe de "la survie de Paul VI", c'est ne rien comprendre à rien de ce qu'est fondamentalement "LA PASSION DE L'ÉGLISE" et vivre sa Foi dans un illusionnisme complet. Par contre, Benoît XVI est bel et bien un de ces papes modernes "fait péché pour le salut", susceptible donc de remplir le rôle du pape vivant "LA PASSION DE L'ÉGLISE", car il continue à croire avec enthousiasme, cependant en toute innocence et inadvertance, au bien-fondé catholique de l'hétérodoxe œcuménisme contenu dans Vatican II, très-notamment dans les abominables décrets Dignitatis Humanae Personae Nostra Aetate, voulant voir la cause du mal dans l'Église depuis Vatican II, non pas, comme ça l'est cependant très-véritablement, très-sûrement, dans la lettre magistérielle elle-même dudit concile, mais dans un surréaliste et tout illusoire... "Vatican II des medias" ! Je n'en veux pour preuve, honteuse hélas, que le dernier discours d'adieu, aussi touchant que délirant, qu'il a fait aux curés de Rome le jeudi 14 février 2013, Salle Paul VI, avant de se retirer de la Charge pontificale (cf. http://www.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/speeches/2013/february/documents/hf_ben-xvi_spe_20130214_clero-roma.html)...

        Voilà. J'arrive à la fin de mon article. Oui, feedback sur le pape Benoît XVI, retour en boucle sur un pape qui s'écrit désormais au présent composé. Tout-à-fait extraordinairement.   

        Pour conclure ce nouvel article que j'ai essayé une fois de plus d'écrire à la Lumière divine de "LA PASSION DE L'ÉGLISE", je m'effacerai humblement derrière les propos émouvants, édifiants et éclairants, du pape Benoît XVI lui-même, prononcés lors de sa dernière Audience générale, place saint Pierre à Rome, le mercredi 27 février 2013 : "Permettez-moi ici de revenir encore une fois au 19 avril 2005 [date de mon élection au Siège de Pierre]. La gravité de la décision [de démissionner] a été vraiment aussi dans le fait qu’à partir de ce moment [de mon élection au Siège de Pierre], j’étais engagé sans cesse et pour toujours envers le Seigneur. Toujours ― celui qui assume le ministère pétrinien n’a plus aucune vie privée. Il appartient toujours et totalement à tous, à toute l’Église. La dimension privée est, pour ainsi dire, totalement enlevée à sa vie. J’ai pu expérimenter, et je l’expérimente précisément maintenant, qu’on reçoit la vie justement quand on la donne. J’ai dit précédemment que beaucoup de personnes qui aiment le Seigneur aiment aussi le Successeur de saint Pierre et ont de l’affection pour lui ; que le Pape a vraiment des frères et des sœurs, des fils et des filles dans le monde entier, et qu’il se sent en sureté dans l’étreinte de votre communion ; parce qu’il n’appartient plus à lui-même, il appartient à tous et tous lui appartiennent.  

        "Le «toujours» est aussi un «pour toujours» ― il n’y a plus de retour dans le privé. Ma décision de renoncer à l’exercice actif du ministère, ne supprime pas cela. Je ne retourne pas à la vie privée, à une vie de voyages, de rencontres, de réceptions, de conférences, etc. Je n’abandonne pas la croix, mais je reste d’une façon nouvelle près du Seigneur crucifié. Je ne porte plus le pouvoir de la charge pour le gouvernement de l’Église, mais dans le service de la prière, je reste, pour ainsi dire, dans l’enceinte de saint Pierre".  

        ... Ô DIEU, VENEZ À NOTRE AIDE !  

        SEIGNEUR, HÂTEZ-VOUS DE NOUS SECOURIR !!

En la belle fête de la CHANDELEUR,

Présentation de l'Enfant-Jésus au Temple

& Purification de la très-sainte Vierge Marie,

Lumen ad revelationem gentium,

et gloriam plebis tuæ Israel.

Ce 2 février 2020,

Vincent Morlier,

Écrivain catholique.

 

 

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02 février 2020, 17:23
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