Face à l'Église romaine concordatairement prostituée au IIIème Reich d'Adolf Hitler, un "héros discret", un martyr autrichien du droit chrétien : le Bienheureux FRANZ JÄGERSTÄTTER

 

 

 

Face à l'Église romaine concordatairement prostituée

au IIIème Reich d'Adolf Hitler,

un "héros discret", un martyr autrichien du droit chrétien :

le Bienheureux FRANZ JÄGERSTÄTTER

                                                                                         

        Ce n'est pas sans ressentir de grandes émotions contradictoires que je commence ce nouvel article, émotions qui se contre-bousculent violemment dans mon âme.

        Et d'abord, à tout seigneur tout honneur, émotion suscitée par la grande admiration éprouvée en face de la beauté héroïque fulgurante de l'âme de Franz Jägerstätter (1907-1943), qui va tout-de-suite, sans aucun retour sur lui-même, avec une simplicité confondante, comme chose la plus naturelle du monde, au sacrifice de sa vie pour témoigner de l'incompatibilité formelle de la Foi catholique avec le régime nazi, émotion certes des plus positives en ce qui le concerne.

        Puis ensuite, émotion suscitée par la grande indignation ressentie devant l'attitude traître, lâche, et surtout hérétique, de l'Église romaine en face du nazisme, émotion cette fois-ci des plus négatives ― j'entends parler non seulement de l'Église romaine qui, en 1933, se prostitua concordatairement avec une grande détermination, copiée-collée de celle du pape Pie VII avec Napoléon, audit régime de l'horreur et de l'enfer, ainsi que je vais le montrer tout-à-l'heure, et qui, même après qu'elle ait pris conscience de la barbarie nazi en 1937, ce dont témoigne la lettre-encyclique Mit Brennender Sorge, n'a pas dénoncé ledit concordat, mais autant de l'Église romaine qui a osé en 2007 béatifier notre héros autrichien, lequel avait rejeté jusqu'au sacrifice de sa vie le serment d'allégeance au régime nazi... que l'Église romaine obligeait tous les évêques allemands à faire dans le concordat de 1933 (et bien entendu, sans faire le moindre mea culpa sur cela).

        Mais je préfère donner d'abord la raison de mon émotion très-positive, celle qui concerne Franz Jägerstätter. Quand on regarde en effet avec les yeux de l'âme son magnifique témoignage, étymologiquement martyr, on ne peut que se sentir relevé de mettre genoux en terre devant lui. Combien très-peu d'hommes, vivant comme lui sur cette terre l'époque moderne post-révolutionnaire mise sous "la puissance des ténèbres" mais consacrant héroïquement toute leur vie à la Vérité vraie en vérité, méritent cet hommage !!

        Et pourtant, la vie de Franz Jägerstätter, qui donc va aller à sa rapide fin comme une flèche vive tirée du carquois de Yahweh Sabaoth pour se planter en plein cœur du martyre, commence assez mal, au for externe : Franz est enfant illégitime, comme sainte Louise de Marillac la compagne apostolique de saint Vincent de Paul, il naît en effet en 1907 d'une fille de ferme et d'un valet pauvres qui n'étaient pas assez riches pour se marier et fonder ensemble un foyer viable ; il est alors confié à sa grand'mère qui l'éduque chrétiennement, avec affection, jusqu'à l'âge de dix ans. À cet âge, il revient vivre à nouveau avec sa mère qui, le père biologique de Franz ayant été tué dans la grande-guerre, s'est mariée dès 1917 avec un fermier établi, Heinrich Jägerstätter, lequel va généreusement adopter officiellement Franz et le former pour les travaux de la ferme. Franz fréquente alors l'école primaire élémentaire, dont il ne dépassera pas le niveau, développant cependant un grand goût pour la lecture, dévorant les livres et le journal auquel s'était abonné son père adoptif. Dès son enfance, on remarque un esprit indépendant et fort, très-capable de se former un jugement auquel la grande droiture de son esprit se tient.

        En 1927, à vingt ans, il décide de "monter en ville" et trouve un emploi dans une ville minière, en Styrie, à l'est de l'Autriche. Là, il "s'encanaille" quelque peu pourrait-on dire, encore que c'est beaucoup trop dire, la vérité est qu'il met seulement la Foi de son enfance en retrait derrière un caractère fougueux, mais il ne l'abandonne pas vraiment. Il n'y reste d'ailleurs pas très-longtemps, en ville, seulement trois ans, et puis il revient en 1930 dans son village natal de Sankt Radegund, 300 habitants, délicieuse petite bourgade montagnarde haut-perchée, que le cinéaste américain Terence Malick mettra moult en valeur par de superbes clichés photogéniques dans son film de l'année dernière sur Franz Jägerstätter, Une vie cachée. Franz s'est acheté en ville une de ces grosses motos 4-temps pétaradantes très-mode à l'époque, et bien sûr il fait sensation avec quand il revient à Sankt Radegund car il est le seul à en posséder une dans ce petit bourg rural édénique de Haute-Autriche, vivant dans la verte rusticité montagnarde et les traditions simples, là-haut sur la montagne l'était un vieux chalet (https://www.youtube.com/watch?v=KQDvMMy8jiA). Mais son père adoptif meurt, et, ayant hérité de la ferme, Franz reprend à son compte l'exploitation familiale, sur ses vingt-trois ans, avec sa mère. Trois ans plus tard, en 1933, à vingt-six ans, il commet une faute de jeunesse, il a une fille illégitime, avec laquelle il faut noter qu'il entretiendra toujours de bons rapports, assurant son entretien jusqu'à sa mort. Puis enfin, en 1936, à vingt-neuf ans, arrive le grand et nécessaire tournant spirituel de sa vie, que son très-heureux mariage avec Franziska Schwaninger (1913-2013) va concrétiser.

 

       

        Jusque là, certes, Franz Jägerstätter ne retient pas du tout l'attention, sur le plan spirituel. Les liens de la Foi se sont relâchés dans son âme, ce qui, conséquence trop ordinaire, a abouti au relâchement des mœurs, jusqu'à une faute en soi grave. Mais Franziska, dont il est très-amoureux (... au point de faire rire de lui les paysans du coin), est une âme d'une grande spiritualité, très-catholique, elle avait failli être religieuse. Dès son mariage avec elle, à son contact, Franz, qui est une âme très-droite et généreuse, ne va pas demander mieux que de remettre la Foi de son enfance par-dessus sa fougueuse nature. Il quitte résolument et définitivement, et intérieurement il est content de le faire, sa vie de jeune homme un peu dissipée et inconstante, pour embrasser, par la Foi et plus encore la pratique de la Foi, les saintes et libératrices exigences du christianisme. Sa fervente femme l'amène rapidement, mais il ne demande qu'à y être amené, à une véritable conversion intérieure qui va très-vite faire de lui un fervent catholique. Dès lors, c'est-à-dire dès l'immédiate suite de son mariage en 1936, il vit une vie chrétienne intense. Il s'affilie au Tiers-Ordre franciscain, et lorsque le sacristain de sa petite église paroissiale de montagne meurt, il ne demande pas mieux que de le remplacer. Il assiste alors à la messe quotidiennement, apprenant les versets-repons en latin comme pour ainsi dire du jour au lendemain, à l'étonnement de son curé, et ne manque pas de former avec zèle les enfants de chœur au service divin. Il lit les saintes-Écritures et les vies de saints assidument, jeûne parfois, récite son chapelet, se nourrit sans cesse des enseignements de la Foi pour les mettre en pratique, de concert avec son épouse très-chère et les trois petites filles qui naîtront de ce mariage heureux dans les années suivantes, Rosalia en 1937, Maria en 1938 et Aloïsia en 1940.

        C'est en effet à une véritable et merveilleuse ascension spirituelle qu'on assiste, quoique cachée, qui, loin de s'arrêter à un point donné de la pratique de la Foi jugé humainement suffisant pour le salut, va tout au contraire secrètement continuer sur la lancée et aller jusqu'au bout du don héroïque de soi pour le Christ, sans faiblir contre les pires persécutions, la suite et fin de sa courte vie va le montrer glorieusement. Au bout de son cheminement spirituel, Franz ira jusqu'à vivre en vérité ce que dit Jésus-Christ : "Si quelqu'un veut venir après Moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il porte sa croix, et qu'il Me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie, la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de Moi, la trouvera. Que sert à l'homme de gagner le monde entier, s'il perd son âme ? ou qu'est-ce que l'homme donnera en échange de son âme ? Car le Fils de l'homme viendra dans la gloire de Son Père avec Ses Anges, et alors Il rendra à chacun selon ses œuvres" (Matth XVI, 25-27).

        En 1938, à 31 ans, Franz Jägerstätter est véritablement devenu cet "homme nouveau" décrit par saint Paul comme vivant plus du Christ Sauveur que de lui-même, il est devenu un soldat du Christ, miles Christi, dont la Foi est désormais capable de s'opposer à l'enfer jusqu'à la mort. Il écrira plus tard, lorsqu'il fut emprisonné, cette magnifique phrase, qui résume toute sa spiritualité concrète : "De même que les randonneurs, les travailleurs et les combattants ceignent un vêtement long et ample autour de la taille afin de se déplacer plus facilement, ainsi les chrétiens doivent s'équiper pour travailler et combattre au service de Dieu en se dépouillant de tout ce qui les empêche de parvenir à destination. Ils doivent être spirituellement sobres, c'est-à-dire libres de l'ivresse du péché" (Le cas Jägerstätter, sur le site Terre de Compassion).

        La Providence de Dieu avait évidemment fort bien fait et prévu les choses : au même moment, nul hélas n'en ignore, un enfer qui a nom nazi se déchaîne au for public dans l'Autriche, son pays bien-aimé. Immédiatement, Dieu fait comprendre à Franz qu'Il le veut comme un héros de la Foi pour se dresser contre cet enfer qui lève sa tête orgueilleuse et rebelle sur le monde entier et sur l'Église, afin de le vaincre surnaturellement. Il le lui fait comprendre par un songe, qu'on ne peut s'empêcher de rapprocher de celui qu'eût saint Joseph lorsqu'il méditait de renvoyer la très-sainte Vierge Marie. Comme avec saint Joseph, c'est en effet véritablement un Ange de Dieu qui lui dicte alors la voie, le chemin, le channel qu'il doit emprunter pour suivre la Volonté divine en ce qui le concerne, il lui montre la grande mission que Dieu attend de lui face à l'enfer nazi, et en même temps il lui donne mystérieusement la grâce et la force surnaturelles de l'accomplir.

        Voici comment Franz s'exprime sur ce songe, dans son langage tout simple mais saintement déterminé, c'est dans son Deuxième cahier : "Catholique ou national-socialiste ? À l'époque actuelle, la question est d'une extrême gravité : peut-on être les deux à la fois ? Autrefois, en Autriche, quand les sociaux-démocrates [parti athée socialisant, cependant beaucoup moins antichrist que celui nazi] tenaient la barre, l'Église nous a dit qu'il était impossible qu'un social-démocrate soit également catholique. Et maintenant ? Je commencerai tout-de-suite par raconter une brève expérience que j'ai vécue, une nuit de janvier 1938 [il n'est pas anodin de noter que la fameuse aurore boréale annonçant la deuxième guerre mondiale, prophétisée par Notre-Dame à Fatima, apparaît dans le ciel de toute l'Europe dans ce mois de janvier 1938, la nuit du 25 au 26 : "Quand vous verrez une nuit éclairée par une lumière inconnue, sachez que c’est le grand signe que Dieu vous donne, qu’il va punir le monde de ses crimes" ; c'est dommage que Franz Jägerstätter ne donne pas le jour précis de son rêve de janvier 1938...].

        "D'abord, je suis resté dans mon lit presque jusqu'à minuit sans dormir [contre son habitude], et pourtant je n'étais pas malade, mais ensuite, j'ai dû m'assoupir ; d'un seul coup, m'est apparu un beau train qui passait autour d'une montagne et vers lequel affluaient les adultes tout comme les enfants, en si grand nombre qu'on avait du mal à les retenir. Ceux qui n'étaient pas du voyage étaient si rares qu'il est préférable de ne pas en parler ou d'écrire à leur sujet. Ensuite, une voix m'a dit tout-à-coup : «Ce train va en enfer». [Suit une vision sur le Purgatoire, qui ne regarde pas notre sujet, puis, Franz, de continuer son récit :] Seules quelques secondes s'étaient probablement écoulées pendant que je regardais tout cela ; ensuite, j'ai entendu un sifflement, j'ai vu une lumière, et tout a disparu. J'ai aussitôt réveillé ma femme pour lui raconter ce qui s'était produit.

        "(...) Au début, ce train en marche m'a semblé assez incompréhensible, mais plus toute cette affaire s'éloigne, plus j'arrive à débrouiller ce mystère du train en marche. Et aujourd'hui, il me semble que cette image représente tout bonnement le national-socialisme qui, à l'époque, a fait irruption ou s'est infiltré parmi nous, avec toutes ses diverses organisations telles que le NSDAP, le NSV, la NSF, la HJ, etc., bref toute la communauté populaire, tout le monde qui se sacrifie et lutte pour elle [en note 5, p. 85, l'auteur anonyme de Être catholique ou nazi, de préciser : "Il s'agit de la Volksgemeinschaft, concept de propagande désignant la communauté d'esprit et d'action du peuple allemand, toutes classes confondues, et son ralliement à l'idéologie nationale-socialiste"]. (...) Quoiqu'il en soit, on ne fait pas mystère de ce qu'est réellement le WHW [sorte de "secours populaire" organisé et mis sur pied par les nazis] : à Mautern, j'ai vu qu'on avait placardé une affiche avec ce slogan : «Que ton don au WHW soit ta profession de foi en le Führer». Autant dire que le Führer veut sans cesse contrôler son peuple pour savoir qui est pour ou contre lui. (...) Quant à moi, je voudrais crier à tous les gens qui sont du voyage : sautez du train avant qu'il n'arrive au terminus, quitte à y laisser la vie ! Voilà comment Dieu, par ce rêve ou cette vision, m'a assez clairement montré le chemin, je le crois, en me suggérant de me décider à être soit national-socialiste, soit catholique !"

        Il est clair, ici, que le songe que nous relate notre futur martyr, qui l'a fort marqué, est d'origine surnaturelle, venant d'un Ange de Dieu. La Providence divine le lui envoie pour lui signifier sa mission, qui est de se positionner radicalement contre le nazisme jusqu'au sacrifice de sa vie, et en même temps pour lui donner la grâce surnaturelle de l'accomplir. Franz Jägerstätter ne va pas manquer à la grâce : il va décider d'être catholique, je veux dire pleinement catholique, jusqu'au rejet et refus intégral et absolu du nazisme incluant le sacrifice de sa vie. Car le message du songe est clair : il n'y a aucune compromission possible entre l'un et l'autre, soit on choisit le nazisme, soit on choisit le christianisme. Et Franz l'a très-bien saisi, son âme a reçu le message en plein, six sur cinq. Son choix est vite fait, la ferveur chrétienne de sa vie depuis 1936 l'y a prédestiné : il choisit le christianisme, et rejette absolument le nazisme.

        Il doit, pour commencer, refuser absolument de cautionner en quelque manière que ce soit la Volksgemeinschaft, cette communion sociopolitique fasciste de tout un peuple au nazisme, qui contamine, de proche en proche, de plus en plus de ses concitoyens. Le 10 avril 1938, environ trois mois après le songe, une belle occasion lui est donnée de s'en désolidariser radicalement et publiquement en votant "non" au referendum sur l'annexion (forcée) de l'Autriche à l'Allemagne, pour former l'empire Grand-Allemand par l'Anschluss (rattachement, réunion). Il est le seul de son village à voter "non". Il y fallait déjà un fier courage, car dès après l'Anschluss, qui se déclarait en Autriche contre les nazis risquait les pires sévices voire la mort. Les concitoyens de son village, qui aiment et apprécient Franz, et qui par ailleurs, tous catholiques, sont plutôt antinazis au moins jusqu'en 1940, le comprennent si bien que son "non" n'est pas inscrit au registre communal, pour lui éviter des représailles, quoiqu'il n'y ait encore aucun nazi déclaré à Sankt Radegund (ce petit paradis champêtre-montagnard loin de la ville ne se nazifiera que sur le tard)... mais il y a déjà le spectre de la peur, la terrible peur.

        Ce qui est vraiment extraordinaire chez Franz Jägerstätter, c'est qu'il a compris de lui-même, tout seul, en solitaire (il n'appartient à aucun réseau de résistance politique, aucun mouvement religieux), avec un bagage culturel, spirituel et théologique, très-rudimentaire, celui d'un tout simple paysan, et presque tout-de-suite, l'incompatibilité formelle du nazisme avec le christianisme, et le devoir non moins formel pour un catholique de lui résister jusqu'au martyre. On n'y peut voir là qu'une inspiration divine très-forte, authentique, et le songe du train cautionne cette opinion.

        Car Franz n'a rien d'un fanatique ou d'un idéaliste terrestrement et passionnellement motivé par des raisons politiques, qui, volontiers, s'adonnerait à des actes terroristes pour donner corps à ses idées. Bien au contraire, après 1938 et l'Anschluss qui faisait de chaque autrichien un citoyen allemand astreint au service militaire obligatoire, on est presque surpris de le voir poursuivre son combat spirituel en jouant un jeu assez subtil et malin avec les nazis : il accepte volontiers de faire ses classes militaires en 1940 et 1941, à deux reprises, tout en sachant fort bien que les nazis ne l'enrôleront pas en tant que soldat, qu'ils le renverront à ses champs, car ils ont besoin des agriculteurs comme lui pour faire les récoltes et nourrir ceux qui vont au front. Franz sait cependant fort bien qu'il va inéluctablement au martyre, il a la ferme résolution intérieure de l'accepter, mais il ne précipite pas, en le provoquant, le martyre. La sagesse et l'équilibre de son comportement montrent bien que sa décision de rejeter le nazisme jusqu'à son propre et personnel sacrifice, vient de Dieu. C'est ainsi qu'il arrive, en biaisant tant bien que mal avec les nazis, jusqu'à l'année 1943. Entretemps, les relations avec ses concitoyens de Sankt Radegund à qui il a déclaré quant et quant son antinazisme militant basé sur sa Foi, se sont beaucoup détériorées, dégradées, le maire étant devenu pro-nazi après 1940, et c'est maintenant à qui, dans le village, lui montrera sa mauvaise humeur, à lui et à son édifiante épouse, voire le houspillera, surtout lorsque Franz refuse publiquement de faire la moindre obole pour contribuer à l'effort de guerre nazi, et c'est souvent revenu.

        Cependant, Hitler, tel Napoléon à la fin de son règne, avait de plus en plus besoin de "chair à canons", c'est-à-dire de soldats, pour continuer sa guerre. Un sinistre jour de février 1943, Franz reçoit par la poste sa convocation pour être mobilisé à l'actif, en tant que soldat cette fois-ci, et sa femme et lui comprennent que la confrontation, le choc frontal à mort entre lui et le régime nazi, ne peut plus, désormais, être évitée. Un plan B de fuite, de cavale dans les montagnes environnantes qu'il connaît fort bien, sachant qu'il pourrait facilement, s'il voulait, s'y nicher un refuge incognito, aidé par sa femme qui a compris et adhère à son combat spirituel, est moralement rigoureusement impossible : Franz sait fort bien que les nazis feraient de terribles représailles sur sa ferme, sa femme et ses trois petites filles, et il rejette d'emblée cette option-là.

        Ne lui reste donc plus qu'à affronter la Bête en face, c'est-à-dire se rendre à la convocation militaire tout en déclarant officiellement vouloir refuser de combattre pour Hitler et le régime nazi, par motif de Foi. Et c'est ce qu'il fait. Lors de la première présentation des armes qu'il doit faire, il refuse publiquement de faire le "Heil Hitler !" et déclare son refus de servir l'armée du IIIème Reich nazi. Il est immédiatement emprisonné, et son procès s'ouvre. C'est là qu'il est vraiment admirable. Il est en effet vraiment seul, tout seul. Quelque temps avant sa déclaration antinazi radicale, le prêtre de sa paroisse, qu'il a consulté, ne l'a pas du tout encouragé dans cette voie, et l'évêque, également consulté, a carrément improuvé sa voie. Je vais dire tout-à-l'heure à quel point l'église allemande était moralement ligotée par le concordat de 1933 scandaleusement accordé par l'Église romaine au gouvernement nazi et maintenu pendant toute la période de guerre jusqu'en 1945, JUSQU'AU POINT EXTRÊME, UN ARTICLE DUDIT CONCORDAT EN FAISAIT OBLIGATION FORMELLE, DE DEVOIR DÉNONCER TOUT ENNEMI DU GOUVERNEMENT NAZI. Ce qui explique qu'aucun prêtre allemand, a fortiori aucun évêque allemand, ne pouvait de toutes façons publiquement soutenir Franz Jägerstätter... à moins, à son exemple, d'accepter de mettre sa vie dans la balance pour la Foi catholique. Ne pas dénoncer Franz aux autorités nazis comme ennemi du régime était d'ailleurs, d'après le concordat couvert par l'autorité du pape Pie XI, déjà une faute pour l'évêque ! Il ne faut donc pas s'étonner qu'il ne fit à Franz que des réponses politically correct, ayant par ailleurs très-peur d'avoir affaire avec Franz à un espion nazi venu sonder ses opinions d'évêque...

        Tout le monde, donc, sauf son admirable femme, va tâcher de lui dire qu'il "exagère", que son sacrifice individuel et sans écho, de toutes façons, comme il est fort bien montré dans le film de Terence Malick, ne va rien changer au cours de la guerre, qu'il sera parfaitement inutile, qu'en outre il sera inconnu de tous. Humainement parlant, on tâche de lui enfoncer dans la tête qu'il aura tout sacrifié pour RIEN. Tout le monde, sa famille, ses amis, ses concitoyens, ses prêtres et évêque, et jusqu'aux officiers militaires allemands chargés de le juger, qui tâcheront de trouver des biais pour lui éviter la peine de mort... du moment qu'il accepte de signer son allégeance à Adolf Hitler, lui martèlent cela ("Lors de son incorporation, tout soldat doit prononcer un serment d'allégeance à Hitler : «Je jure solennellement devant Dieu d'obéir inconditionnellement au Führer du Reich et du peuple allemand Adolf Hitler»" ― Église catholique d'Allemagne face au nazisme, Wikipedia). Après une grave crise morale au début de son incarcération, causée par un prêtre lui ayant perfidement reproché son intransigeance suicidaire (... mais n'est-ce pas par goût du suicide, qu'il cherche le martyre ? Ce venin de Satan le troubla tellement, que Franz Jägerstätter fut un temps sans communier à la messe, intérieurement persécuté et se croyant en faute), c'est grâce à Franziska sa chère et très-catholique épouse, qu'il retrouve la paix intérieure pour poursuivre son combat. Franz va dès lors rester absolument inébranlable et inflexible quant à son rejet radical du nazisme et de son hideux chef, basé sur sa Foi au Christ, jusqu'au sacrifice de sa vie. Passé le Gethsémani de son épreuve morale, sa détermination est vraiment admirable. Plus le temps avance vers l'inéluctable dénouement de sa mort de martyr, plus son âme gagne en sérénité et en calme intérieur profond, dans son engagement...

        Si Franz avait lu Mit Brennender Sorge, la lettre-encyclique du pape Pie XI parue en 1937, admirable au niveau doctrinal mais au niveau doctrinal seulement, il est cependant fort probable qu'il ne l'a jamais lue, il se serait sûrement trouvé très-réconforté par le § 42 : "Nous ne sommes pas non plus sans savoir qu’il y a dans vos rangs plus d’un obscur soldat du Christ qui, le cœur en deuil, mais la tête haute, supporte son sort et trouve son unique consolation dans la pensée de souffrir des affronts pour le Nom de Jésus".

        Son refus étant définitif et militairement scellé, la condamnation à mort sans appel est prononcée. Quelques petites heures avant de mourir décapité à la guillotine (sinistre legs de la Révolution française aux nazis), et il sait l'heure exacte, 16 heures, de son exécution, on la lui a dit, cette heure, qui va transmuer pour lui le temps en l'Éternité, il écrit à sa femme une lettre admirable, que je vais mettre in extenso en finale de mon article, où se dégage une sérénité vraiment étonnante. Il ne l'aurait pas écrite plus calmement s'il avait su qu'il avait encore quarante ans de vie en bonne santé à vivre sur cette terre. Il est très-manifeste que la grâce de Dieu l'assiste dans son dernier combat, usque ad mortem, sans doute par l'Ange qui lui a communiqué le songe du train... "Le Père Albert Jochmann l'accompagne dans ses dernières heures et propose de lui donner un livre à lire. Jägerstätter refuse : il est calme et serein, à tel point que même la Bible risquerait de le distraire. Ce soir-là [après l'exécution de notre martyr autrichien], le prêtre dira aux religieuses autrichiennes qui travaillaient là que Franz Jägerstätter est le seul saint qu'il ait rencontré dans toute sa vie ; et il les félicite, comme ayant été l'un de leurs compatriotes" (Être catholique ou nazi, p. 22).

        Franz Jägerstätter avait 36 ans. Il n'est pas mauvais de rajouter que, quelque temps après son procès, le juge qui avait prononcé sa sentence de mort se suicida.

        ... Et l'Église catholique, apostolique et romaine, que fait-elle pendant tout ce temps-là ?

        L'Église catholique, apostolique et romaine, pendant tout ce temps-là, elle se prostitue au gouvernement nazi.

        Suivant l'abominable doctrine hérétique, initiée dès le pape Pie VII dans l'Église par le concordat napoléonien, qui veut que TOUT pouvoir politique humainement établi, constitué, est valide et légitime, donc même les pouvoirs qui sont constitutionnellement athées voire antichrists radicaux, comme l'était certes éminemment le gouvernement nazi, et contre le véritable enseignement de saint Paul en Rom XIII qui ne répute la validité des pouvoirs politiques que si, et seulement si, ils sont constitutionnellement ordonnés à la poursuite du Bien commun, le pape Pie XI avait signé un concordat avec Adolf Hitler le 20 juillet 1933, par la main du cardinal Pacelli futur Pie XII. Or, l'aurais-je assez écrit, par le seul fait d'accepter comme partenaire concordataire un gouvernement, l'Église romaine lui répute formellement validité et légitimité. Tout concordat en effet, acte juridique synallagmatique, présuppose formellement la validité de tous et chacun des partenaires acceptés dans l'acte diplomatique solennel. L'Église romaine, rien que par ce concordat officiel, réputait donc devant tout le monde catholique allemand, et par ailleurs aux yeux du monde entier, la validité et la légitimité du gouvernement nazi d'Adolf Hitler. Et là est la faute gravissime du pape Pie XI, aux conséquences négatives antichristiques absolument cataclysmiques et incalculables. Car réputer valides et légitimes des pouvoirs politiques constitutionnellement athées, comme le faisait Pie XI rien qu'en signant concordat avec le IIIème Reich nazi d'Hitler, est tout simplement épouser la cause du mal et de Satan, lui donnant par prostitution la force du Christ, et par ailleurs tomber dans l'hérésie et même l'apostasie pure et simple.

        Pour le dire dès ici, si Pie XI puis Pie XII n'avaient pas mis en oeuvre jusqu'au bout avec le régime nazi cette doctrine hérétique héritée de Pie VII, en passant concordat avec lui en 1933 et puis, beaucoup plus grave encore, en ne dénonçant nullement ce concordat lorsque Pie XI prit conscience de la barbarie et du caractère intrinsèquement pervers de l'idéologie nazi, c'est-à-dire en 1937 lorsqu'il fit paraître l'encyclique Mit Brennender Sorge, cela aurait évité rien moins que la seconde guerre mondiale avec ses millions de morts et ses souffrances infernales, au monde entier... Il est très-facile de comprendre que dénoncer officiellement le concordat de 1933 avec le régime nazi en 1937, lorsque Mit Brennender Sorge parut, alliant l'acte politique à la parole doctrinale, aurait immédiatement délié le catholique allemand du devoir d'obéissance et d'allégeance au gouvernement nazi. Du coup, tous les catholiques allemands auraient fait ce qu'a fait en héros solitaire contre l'Église Franz Jägerstätter, à savoir refuser de servir dans l'armée nazi, et Hitler se serait retrouvé avec une massive défection de bien plus d'un soldat sur deux en 1939, lorsqu'il décida de lancer sa guerre.

        En effet, il y avait certes seulement 20 millions de catholiques pour une Allemagne de 65 millions d'habitants en 1937, c'est-à-dire un peu moins d'un soldat (catholique) sur trois, mais le quota augmente de beaucoup si l'on se place dans l'empire Grand-Allemand, agrandi de populations à très-grande majorité catholique : "Un recensement effectué en mai 1939, six ans après le début de l'ère nazie et après l'annexion de l'Autriche, principalement catholique, et de la Tchécoslovaquie, principalement catholique, indique que 54 % se considéraient protestants, 40 % comme catholiques" (Religions sous le troisième Reich, Wikipedia). De plus, ... et quel plus !, si les catholiques, suivant le pape dénonçant en 1937 le concordat de 1933, avaient excommunié politiquement Hitler, refusant de servir dans ses armées, il est plus que probable qu'une grande majorité de protestants les auraient suivis sur cela, car la dénonciation du concordat aurait été faite sur des motivations chrétiennes, que partageaient les protestants, et non pas catholiques ("Peu à peu, les limites du devoir d'obéissance à l'État sont devenues plus claires pour certains pasteurs, qui ont refusé de servir la dictature, et se sont engagés au nom des principes chrétiens dans la voie de la résistance politique et morale" ― La Résistance allemande au nazisme, 1939-1945, Delphine Bris & Jean-Marc Dubois). Cela signifie qu'Hitler se serait retrouvé avec à peine un soldat sur cinq voire beaucoup moins !! Il lui était dès lors impossible de lancer sa guerre en 1939. Malheureusement, Mit Brennender Sorge ne fut qu'un coup d'épée dans l'eau, ce ne fut, de volonté pontificale hérétique hélas très-délibérée, qu'une parole, certes doctrinalement magnifique, mais émasculée de l'acte politique correspondant (dénonciation du concordat) qui aurait donné agir et vie à cette parole.

        Même un évêque actuel, l’évêque militaire allemand Walter Mixa, saura voir cela, disant, en pensant à Franz Jägerstätter : "Au fond, tous les chrétiens auraient dû refuser de servir. Ainsi, le régime serait devenu impuissant" (apic/kna/khr/bb, 26.10.2007). Cet évêque actuel oublie juste de dire une chose très-importante : les allemands catholiques ne pouvaient pas prendre d'eux-mêmes cette décision, surtout en plus si l'on considère qu'une grande partie d'entre eux en ce compris leurs évêques, étaient très-portés sur le patriotisme, le nationalisme, etc. ("Guenter Lewy note que non seulement les évêques [allemands] n'ont jamais encouragé la Résistance, mais ils l'ont toujours condamnée. Jusqu'à la chute du nazisme, ils clament que le gouvernement du Führer Hitler est l'autorité légitime auquel chacun doit obéissance" ― Église catholique d'Allemagne face au nazisme, Wikipedia), il fallait d'abord que le chef catholique, le pape, déclare invalide le gouvernement nazi en dénonçant le concordat de 1933, il revenait en effet au pape de lancer le mot d'ordre général. Une fois le concordat de 1933 déclaré pontificalement aboli, ce mot d'ordre lancé, tous les catholiques allemands auraient immédiatement compris comme un seul homme qu'ils étaient déliés de tout devoir d'obéissance envers le gouvernement nazi d'Hitler, et qu'ils n'étaient plus obligés de servir dans l'armée du IIIème Reich. Hitler, dès 1937, je le répète, se serait alors retrouvé... cul nu dans une flaque d'eau ! Tout-à-fait dans la position impuissante de l'empereur d'Allemagne Henri IV, qui, excommunié, dût faire très-humiliante pénitence en 1077 devant le pape au château de Canossa ! Avec bien plus d'un soldat sur deux manquant à l'appel si les protestants s'étaient joints aux catholiques, ce qui est extrêmement probable, il aurait été totalement impossible à Hitler de commencer sa guerre en 1939.

        Dès lors, l'on voit donc la gravité incalculable de conséquences de la faute pontificale de Pie XI et de Pacelli son secrétaire d'État qu'il avait institué plénipotentiaire pour le concordat allemand, d'avoir refusé de dénoncer le concordat de 1933 lorsqu'ils condamnèrent seulement l'idéologie nazi dans Mit Brennender Sorge en 1937. Faute qui s'appuie sur l'hérésie-apostasie de vouloir considérer comme valides et légitimes des gouvernements constitutionnellement athées, quoiqu'ils fassent, faute que ni Pie XI ni le cardinal Pacelli ne voulurent voir, obnubilés et véritablement possédés, au sens le plus diabolique du terme, de leur gnose politique constitutionnelle. Ce que, l'œil diaboliquement fixé sur leur chimère, le pape et le cardinal secrétaire d'État ne virent pas, même en 1937, fut pourtant dénoncé par quelques évêques allemands clairvoyants dès 1933 : "... tels le cardinal Schulte et l'évêque Preysing, [qui] critiquèrent ce Concordat, estimant qu'il serait préférable de condamner le gouvernement nazi, au lieu de pactiser avec lui" (La résistance allemande au nazisme, Wikipedia).

        Certains, à l'époque, mirent pourtant le doigt sur la plaie. Ils firent remarquer à Pacelli que dans Mit Brennender Sorge, le pape Pie XI condamnait certes bien, et même brillamment, l'idéologie néo-païenne qui sous-tendait le nazisme, mais ne touchait pas le moins du monde au gouvernement politique qui la mettait en oeuvre parmi les nations, dans un totalitarisme absolu. Pacelli, en réponse, osa justifier un tel comportement si fautif, en ces termes hautains et arrogants, absolument scandaleux : "Le Saint-Siège entretient des rapports amicaux, corrects ou au moins passables avec des États possédant diverses formes et orientations constitutionnelles... En ce qui concerne l'Allemagne, il est constamment demeuré fidèle à ce principe et entend continuer à l'être" (De Pacelli à Bergen, 30 avril 1937, Documents on German Policy, série D, vol. I). L'entêtement diabolique de l'Église romaine dans son hérétique et même apostate direction, ne saurait être mieux marqué ni plus orgueilleusement, que dans ces propos moralement indécents du futur Pie XII. Donc, pour lui, le caractère constitutionnellement athée et même antichrist militant radical du gouvernement nazi d'Hitler n'est rien d'autre qu'une... simple petite question de "forme et orientation constitutionnelle" tout ce qu'il y a de plus anodine et sans importance aucune pour la Religion !!! Il est trop clair que dans l'esprit de Pacelli, la seule chose qui compte, c'est l'État, l'être de l'État, tel qu'il est, la Religion, l'être de la Religion, passe après... C'est ni plus ni moins tomber dans l'antéchristique inversion de faire passer l'homme avant Dieu.

        "Et entend continuer à l'être", ose-t-il rajouter avec orgueil et entêtement dans le mal que pourtant on lui dénonce, c'est-à-dire entend continuer à être fidèle à ce principe hérétique-apostat qui consiste à réputer valide et légitime tout gouvernement quel qu'il soit, y compris s'il n'est pas ordonné constitutionnellement au Bien commun, pourtant condition sine qua non de sa validité selon saint Paul dans Rom XIII. Ce fut le cas, en effet, perseverare diabolicum, pour l'Allemagne jusqu'en 1945. Mais plus loin dans le temps, effectivement, on a la douleur et plus encore la sainte-colère de voir l'Église romaine continuer à y être fidèle, à ce principe diabolique, après la seconde guerre mondiale, en sacrifiant sans vergogne et même sans vouloir s'en rendre compte, des millions de catholiques. Ce sera, après les Cristeros mexicains sacrifiés par Pie XI à un gouvernement franc-maçon avant la seconde guerre mondiale en 1926-29, la très-ignominieuse Ostpolitik sous Paul VI, puis, de nos jours, c'est le concordat scandaleux du pape François et de son secrétaire d'État Parolin, passé avec la Chine constitutionnellement athée et communiste...

        Les héros de la Foi, comme le cardinal Zen, ce "Mgr Lefebvre chinois", ont beau crier en pleurant des larmes de sang et à si juste titre leur scandale, cela ne sert de rien : comme au temps du nazisme et d'Hitler, la papauté moderne, hérétiquement dévoyée dans ses Mœurs au niveau du Politique constitutionnel dès le concordat napoléonien de Pie VII, est si gravement possédée de son démon du concordatisme absolutiste avec tous États et gouvernements, y compris ceux qui sont constitutionnellement athée et antichrist militant radical, qu'elle ne voit même pas qu'elle sacrifie au mal et à Satan ses propres fils, elle a les oreilles fermées aux critiques de Foi les plus basiques et les plus fondées, Jupiter rend fous ceux qu'Il veut perdre... Il est affreux de devoir dire que ce qui se passe de si terrible en Chine de nos jours pour les chrétiens n'est pas vraiment pire que ce qui se passait dans l'Allemagne nazi pontificalement concordatisée entre 1933 et 1945.

        Entre les deux époques, comme on le voit, il n'y a eu aucune conversion de l'Église romaine...

        En fait, Dieu a suscité un "héros discret", notre admirable Franz Jägerstätter, pour faire ce que l'Église romaine (et derrière et avec elle tous les catholiques allemands), aurait dû faire en 1939-45 si elle avait fait son devoir en dénonçant en 1937 le concordat de 1933 : refuser toute allégeance au gouvernement nazi d'Hitler, et donc refuser d'incorporer l'armée nazi, refuser de rentrer dans la guerre. Si l'Église romaine avait rempli son devoir de dénoncer le concordat en 1937, la seconde guerre mondiale n'aurait pas eu lieu, la puissance de l'armée nazi étant réduite à peau de chagrin sans les catholiques allemands l'incorporant augmentés certainement d'un très-grand nombre de protestants. C'est aussi simple que ça.

        L'Église romaine, par son concordatisme absolutiste hérétique-apostat avec des pouvoirs politiques constitutionnellement athées, est donc la grande responsable, la grande coupable, de la seconde guerre mondiale.

        En 1933 puis beaucoup plus gravement en 1937, l'Église romaine entend donc réputer valide le gouvernement nazi d'Hitler, avec la terrible conséquence en découlant, à savoir soumettre moralement tous les catholiques allemands au devoir d'obéissance à un tel gouvernement... alors que ledit gouvernement met furieusement en oeuvre concrète, sans plus se cacher aucunement, l'idéologie antichrétienne que Mit Brennender Sorge condamne formellement. On ne saurait mieux révéler par un tel positionnement qu'on met l'être de l'État au-dessus de tout être, y compris l'Être de Dieu, puisqu'on fait passer les devoirs de la Religion derrière l'obéissance à un État dont on sait pourtant pertinemment bien qu'il est constitutionnellement antichrist. Ce concordatisme pontifical avec des États constitutionnellement athées est en fait rien moins qu'une déclaration d'apostasie radicale, c'est professer une idolâtrie complète de l'État. Dans sa réponse scandaleuse aux critiques qui lui furent faites après Mit Brennender Sorge, le cardinal Pacelli futur Pie XII montra à quel point abominable il idolâtrait l'État, conçu comme un être qui existe métaphysiquement de par lui-même et en avant de toutes choses, y compris de Dieu, de la Religion, et du salut des âmes. L'idolâtrie étatique de Hegel, en vérité, n'est pas pire.

        Pie XI ne fut pas en reste de cette idolâtrie de l'État professée par son secrétaire d'État Pacelli. Il osera appeler dans Mit Brennender Sorge "une excessive sévérité" le fait d'aller plus loin qu'une condamnation simplement doctrinale de l'idéologie nazi, et cela consistait évidemment à excommunier politiquement le gouvernement nazi, donc dénoncer le concordat de 1933, alors que l'antichristianisme virulent et assassin du nazisme, patent, avéré et dûment constaté dans la lettre-encyclique, en des termes certes doctrinalement admirables et énergiques, lui en faisait un devoir formel de Foi. Le pape mettait une fausse balance dans ses propos : "Nous ne souhaitions, ni Nous rendre coupable, par un silence inopportun, de n'avoir point clarifié la situation, ni endurcir par une excessive sévérité le cœur de ceux qui sont placés sous Notre responsabilité pastorale, bien qu'actuellement, ils s'éloignent de nous..." (§ 53). En clair et dans le concret, cela signifiait : c'est notre devoir de dénoncer l'idéologie néo-païenne nazi, mais ce n'est pas notre devoir de dénoncer le gouvernement politique qui met en oeuvre ladite idéologie dans le monde. Autrement dit : c'était donner d'une main ce que l'autre reprenait, pour un résultat zéro pointé. Le concret, c'est en effet que le nazisme condamné seulement en, certes, d'admirables et vigoureuses paroles, mais pas en actes politiques, N'ÉTAIT PAS DU TOUT CONDAMNÉ.

        Le pape Pie XI concluait ainsi Mit Brennender Sorge : "Celui qui sonde les cœurs et les reins (Ps VII, 10) Nous est témoin que Nous n’avons pas de plus intime désir que le rétablissement en Allemagne d’une paix véritable entre l’Église et l’État. Mais si – sans Notre faute – cette paix ne doit pas s’établir, alors l’Église de Dieu défendra ses droits et ses libertés au nom du Tout-Puissant dont le bras, même aujourd’hui, n’est pas raccourci" (§ 55). Que n'a-t-il mis à exécution son dire, par la dénonciation du concordat de 1933 !!! C'était l'arme toute-puissante que la Toute-puissance divine lui avait mise dans les mains, et qui aurait terrassé d'un seul coup d'un seul Hitler et le régime nazi qui possédait l'Allemagne. Alors, pourquoi ne l'a-t-il pas utilisée ? La réponse est hélas toute simple : à cause de l'obsession gnostique dans laquelle le Siège de Pierre se trouve depuis la Révolution française au niveau du Politique constitutionnel, voulant croire, contre l'enseignement de saint Paul en Rom XIII, à la validité et légitimité de toute société politique humainement constituée, établie, même celles constitutionnellement athées comme le sont, peu ou prou, toutes les sociétés politiques post-révolutionnaires.

        Alors que les catholiques allemands puis autrichiens et tchécoslovaques se demandaient péniblement, en souffrant moralement, atrocement écartelés entre leur patriotisme et la Foi catholique, où était leur devoir par rapport au régime nazi qui s'instaurait violemment chez eux, l'Église romaine commençait par leur jeter en pleine figure la validité du gouvernement nazi par le truchement du concordat de 1933, ce qui enchaîna dès cette époque complètement la conscience des malheureux catholiques grand-allemands. L'historien impartial a lui-même ce jugement par trop fondé : "Il est incontestable que Pie XI, en signant les accords du Latran [avec l’Italie mussolinienne en 1929] et le concordat allemand de 1933 [avec l’Allemagne nazi], a pu contribuer, à l’époque, À RENFORCER LA POSITION MORALE DES RÉGIMES FASCISTE ET HITLÉRIEN" (Dictionnaire de l’Histoire — Petit Mourre, p. 184, art. Concordat). Car en effet, Pie XI était loin d'en être à un coup d'essai avec le concordat allemand de 1933, il était au contraire animé d'un désir furieux de passer concordat avec n'importe quel État et gouvernement même le plus ouvertement et constitutionnellement antichrist, comme par exemple avec l'Italie de Mussolini.

        Mais pour en rester à notre affaire, Pie XI, de par le concordat allemand, imposait donc à tout catholique de croire que le gouvernement nazi était valide, avec bien entendu, la conséquence morale obligatoire qui en découlait quant à tout gouvernement valide, en suivant l'enseignement paulinien en Rom XIII : l'obéissance à un tel gouvernement, sous peine de damnation, sous peine d'être condamné à la fois par les hommes et par Dieu. Rome prévariquant ainsi, il ne faut donc point se surprendre de voir la majorité des évêques allemands la suivre : "Les interventions et les lettres pastorales des évêques forment un corpus d'où l'on peut dégager de grandes lignes : depuis le début de la prise du pouvoir par les nazis et le concordat qui a suivi, l'Église est en négociation permanente avec les autorités pour défendre le concordat, c'est-à-dire l'indépendance de l'Église dans le domaine religieux, en échange de quoi, elle ne conteste pas le gouvernement en place et soutient, par patriotisme, ses orientations nationalistes jusque dans la folie de la Seconde Guerre mondiale" (Église catholique d'Allemagne face au nazisme, Wikipedia). Ce n'est pas pour rien que l'historien écrit : "L'Église catholique [allemande] ne pouvait pas s'engager politiquement contre le régime nazi, en raison du Concordat signé avec le Reich (...). Si l'opposition politique était impossible en raison du Concordat, des catholiques ont cependant résisté au nazisme sur le plan moral" (La résistance allemande au nazisme, 1933-1945, Delphine Bris & Jean-Marc Dubois). Nous en avons un glorieux exemple avec Franz Jägerstätter, justement. Mais il est capital de comprendre que ces glorieux catholiques individuels n'ont pu résister au régime nazi qu'en devant se positionner héroïquement et avec une grande force d'âme contre l'Église, contre la direction qu'elle donnait de par le concordat de 1933 en réputant formellement par ce damné acte la validité et la légitimité du gouvernement nazi.

        Ce n'est pas tout. Les termes du concordat de 1933 liaient encore plus la conscience du catholique allemand au régime nazi, par plusieurs articles qui, pour certains, moult rappellent ceux du concordat napoléonien :

        1/ Interdiction aux clercs de s'agréger à un parti politique (§ 32). Ce qui, en pratique, laissait le seul parti nazi en présence forte dans toute la sphère politique allemande...!! Et c'est la raison principale pour laquelle, d'ailleurs, Hitler avait accepté, au début en traînant les pieds lorsqu'il est pressenti par le conservateur von Papen, de passer un concordat avec l'Église : pour inclure un article concordataire qui empêcherait toute autre structure politique importante d'exister en face de lui, à commencer par le Zentrum, sorte de gros parti clérical "démocrate-chrétien" avant la lettre, situé dans le conservatisme social et le centre-droit, qui avait contrebalancé et entravé souvent victorieusement l'avancée nazi en Allemagne dans les années 1920-30. Mais dès après le concordat, le Zentrum, qui était dirigé par un évêque, n'existait plus, de par la folie concordataire du pape Pie XI qui, pour se faire bienvenir d'Hitler, lui ordonna de faire hara-kiri !! Ainsi donc, le concordat de 1933 renforçait non seulement la "position morale" (Mourre) du nazisme, mais formidablement sa position politique. Voici le texte de ce § 32 : "En raison des circonstances particulières existant en Allemagne et en considérant les dispositions du présent concordat garantissant une législation qui sauvegarde les droits et les libertés de l’Église catholique dans le Reich et dans ses Länder, le Saint-Siège édictera des dispositions qui interdisent aux ecclésiastiques et aux religieux d’appartenir à des partis politiques et d’exercer une activité dans ces partis".

         2/ Mais le serment d'obéissance au gouvernement nazi exigé des clercs allemands par le pape Pie XI dans le concordat (§ 16), dont il est bon de noter qu'il n'est qu'un copier-coller de celui contenu dans le concordat napoléonien, est encore plus grave. Il ligotait en effet radicalement toute forme de résistance catholique allemande contre le nazisme, c'était un pur viol de la conscience catholique des allemands. Il est certes exigé et intimé aux seuls évêques mais cedit serment rejaillissait ipso-facto sur les prêtres puis sur les simples fidèles. Voici le texte concordataire de ce § 16 : "Avant que les évêques prennent possession de leurs diocèses, ils prêteront entre les mains du Reichsstatthalter de l’État compétent, ou entre les mains du président du Reich, un serment de fidélité selon la formule suivante : «Devant Dieu et sur les Saints Évangiles, je jure et promets, comme il convient à un évêque, fidélité au Reich allemand et au Land de… Je jure et promets de respecter et de faire respecter par mon clergé le gouvernement constitutionnellement établi. Me préoccupant, comme il est de mon devoir, du bien et de l’intérêt de l’État allemand, je chercherai dans l’exercice du ministère qui m’est confié à empêcher tout préjudice qui pourrait le menacer»". Même le devoir de délation, que j'ai noté plus haut, était clairement imposé, quoiqu'en filigrane, à l'évêque !

        Or, sans probablement jamais connaître ce § 16, c'est très-précisément ce serment au gouvernement nazi et à Hitler que Franz Jägerstätter refuse PAR-DESSUS TOUT de faire au nom même de la Foi, à si juste titre, c'est la pierre de touche de son martyre, le fond mystique de l'injonction que, de par Dieu, lui fait l'Ange dans le songe du train, et auquel notre héros chrétien obéit aussitôt d'une manière si édifiante et si magnifique, jusqu'au sacrifice de sa vie : rejeter radicalement de prêter serment au gouvernement nazi et à Hitler au nom de la Foi ; et encore moins, faut-il le dire, faire sien un devoir de délation au gouvernement nazi des connaissances de son entourage qui lui seraient opposées.

        3/ Puis encore, chose habituelle depuis le concordat napoléonien, on soumet et subordonne la nomination des grands-clercs allemands dans tout le Reich au placet, à l'approbation obligatoire du gouvernement nazi constitutionnellement... athée, c'est dans le § 14 : "La bulle de nomination des archevêques, des évêques, d’un coadjuteur cum jure successionis ou d’un Praelatus nullius, ne sera délivrée qu’après que le nom de la personne choisie a été communiqué au Reichsstatthalter auprès du Land concerné, et qu’il a été constaté qu’il n’y a pas à son encontre d’objections d’ordre politique général".

        4/ Et enfin, cerise sur le gâteau, énième copier-coller du concordat napoléonien, les prières à l'église sont exigées pour le Reich d'Hitler !!, c'est-à-dire que le pape Pie XI ordonnait aux évêques et prêtres allemands de faire prier pour la prospérité d'un gouvernement constitutionnellement... athée !! Sans doute pour que le Bon Dieu lui envoie la grâce des grâces de rester bien, bien athée, et pour qu'il ne se convertisse surtout pas !!! C'est dans le § 30 : "Les dimanches et jours de fêtes religieuses, dans les cathédrales comme dans les églises paroissiales, filiales et conventuelles du Reich allemand, on récitera à la suite du service religieux principal, conformément aux prescriptions de la liturgie, une prière pour la prospérité du Reich et du peuple allemand".

        Il faut cependant noter que les termes des 34 articles du concordat allemand tendent plutôt, sur le papier du moins, à donner une vraie liberté de mouvement à l'Église dans tout le Reich, sauf les articles susvisés. Mais la question n'est pas là, dans la rédaction des articles. La vraie question réside essentiellement dans le fait lui-même de passer un concordat avec un gouvernement constitutionnellement athée, ce qui était lui réputer formellement validité et légitimité. Et c'est là que réside la grande faute pontificale : réputer la validité du gouvernement nazi, simplement en acceptant de passer concordat avec lui. C'était par le fait même, ipso-facto, livrer pieds et mains liés tous les catholiques allemands à la merci d'Adolf Hitler, qui saura fort bien en tirer profit, à sa manière brutale et violatrice, en digne successeur de Napoléon.

        Adolf était donc vraiment fondé à commenter ainsi ce, pardon, putain de concordat : "La conclusion du concordat me paraît apporter la garantie suffisante que les citoyens du Reich de confession catholique se mettront dorénavant sans réserve au service du nouvel État national-socialiste" (Communiqué publié dans la presse allemande le 10 juillet 1933, in Concordat du 20 juillet 1933, Wikipedia)... L'odieux dictateur, et comme on le comprend, en gloussait de plaisir, tel Napoléon, qui, après le concordat de 1801 mettant l'Église de France entièrement à sa botte, et même sous sa botte, jouissait de parler sans cesse de "MES curés et mes gendarmes"...

        Mais à chaque fois qu'on fricote-tricote avec le démon, on est perdant. Il ne fallut pas un an avant qu'Hitler ne fit des entorses de plus en plus nombreuses et fort graves contre la liberté des catholiques dans tout le Reich. Par exemple, "en 1935-36, les nazis eurent recours à des pseudo-procès afin d'éliminer des opposants catholiques : des prêtres furent accusés d'être mêlés à des scandales financiers et à des affaires de mœurs, et furent arrêtés sous ce prétexte" (La résistance allemande au nazisme). Depuis la nuit des longs-couteaux en 1934, les nazis n'hésitaient plus à emprisonner ou déporter, voire même exécuter, des prêtres qui leur étaient hostiles.

        "Très vite, l'Église doit perdre ses illusions : comme en Italie [mussolinienne], le concordat n'est pas respecté. À la fin du mois de juin [1934], lors de la «nuit des Longs Couteaux», les dirigeants des mouvements de jeunesse catholique sont exécutés par les SS. À partir du mois d'octobre, les nazis persécutent le clergé. Au cours de l'été 1934, le chancelier autrichien Dolfuss, fervent catholique, est assassiné. (...) Rome réagit en mettant à l'Index Le Mythe du XXe siècle, de l'idéologue nazi Alfred Rosenberg. Pacelli adresse 55 notes de protestations, de 1933 à 1939, au gouvernement allemand [contre les entorses faites par le régime nazi au concordat ; significative ressemblance avec les innombrables réclamations sans suite de Pie VII auprès de Napoléon, contre les incessantes entorses faites par ce dernier au concordat de 1801...]. Enfin, le 14 mars 1937, Pie XI publie l'encyclique Mit brennender Sorge, condamnant le paganisme et le racisme. Pour autant, le concordat n'est dénoncé par aucune des parties" (Concordat du 20 juillet 1933, Wikipedia).

        Hélas, comme je l'ai dit plus haut, cette encyclique ne rattrapait malheureusement nullement la faute de Pie XI d'avoir fait prêter formel serment au gouvernement nazi dans le concordat de 1933, tout bien pesé, l'encyclique, même, aggravait la faute pontificale. En effet, si je condamne en parole et par écrit l'idéologie du nazisme, mais qu'en même temps, je proclame par la technique concordataire la validité d'un gouvernement qui professe cette idéologie, alors, le concret à retenir, c'est que JE SOUTIENS la mise en oeuvre dans le monde, par une structure politique, de l'idéologie que je prétends condamner. Et c'est exactement ce que l'Église a fait pendant toute la période nazi, de 1933 jusqu'à la mort du nazisme en 1945. Elle a condamné en parole et écrit le nazisme, mais l'a soutenu par oeuvre active et concrète par le seul et simple fait de ne jamais dénoncer solennellement le concordat de 1933 qui, par la seule structure juridique concordataire, réputait formellement validité et légitimité au gouvernement nazi d'Hitler. Si, au lendemain de l'emprisonnement par les nazis de plus d'un millier de prêtres allemands, suite à leur prêche de l'encyclique Mit Brennender Sorge au prône de la messe du dimanche des Rameaux le 21 mars 1937, Rome avait immédiatement réagi en dénonçant publiquement et officiellement le concordat de 1933 à la face du monde entier, le régime nazi se serait écroulé d'un seul coup d'un seul sur pied, tels les tours du World Trade Center s'écroulant sur elles-mêmes lors de l'attentat en quelques minutes. Hitler se serait retrouvé cul nu dans une flaque d'eau, en 1937 donc, pesons bien la date, avec bien plus d'une moitié en moins de soldats, ceux catholiques augmentés des protestants qui les auraient suivis. Inutile de dire qu'il aurait été alors dans l'incapacité militaire de commencer sa guerre en 1939...

        Mais je conclue, maintenant.

        Les faits que je viens d'exposer, que je vais récapituler, sont donc les suivants :

        * Franz Jägerstätter rejette glorieusement le serment d'allégeance au gouvernement nazi et à Hitler, jusqu'au sacrifice de sa vie (s'il n'est pas le seul, ils sont excessivement peu nombreux à avoir rejeté ce serment : "Dans tout le Reich allemand, seuls sept [!!!] catholiques refusent de servir militairement leur pays. Six sont exécutés et le septième est déclaré fou. Parmi les six exécutés, il y a un prêtre, Franz Reinisch. L'aumônier de la prison lui refuse la communion sous le prétexte qu'il a violé son devoir de chrétien en refusant de prêter le serment d'allégeance à Hitler" ― Église catholique d'Allemagne face au nazisme, Wikipedia).

        * L'Église catholique, apostolique et romaine, oblige ignominieusement tout catholique allemand, à commencer par les évêques, à faire le serment d'allégeance au gouvernement nazi et à son chef, dans le concordat de 1933 ; elle ne dénonce pas cedit concordat même lorsqu'elle est parfaitement conscientisée de la barbarie et du caractère intrinsèquement pervers de l'idéologie néo-païenne antichrétienne du nazisme, en 1937, lors de la parution de l'encyclique Mit Brennender Sorge, continuant donc tacitement à réputer valides le gouvernement nazi d'Hitler et ledit serment d'allégeance à lui faire, continuant à lui donner l'emprise morale sur tout le peuple allemand qui va lui permettre d'enrôler tous les soldats catholiques et d'ouvrir avec eux la seconde guerre mondiale en 1939, jusqu'à sa sinistre fin en 1945 ;

        * L'Église catholique, apostolique et romaine, soixante-quatorze ans après le concordat allemand de 1933 jamais dénoncé, béatifie en 2007 Franz Jägerstätter et lui donne la palme du martyre pour le motif théologique précis d'avoir refuser toute allégeance et serment au nazisme au nom de la Foi, au prix de sa vie. Sans bien entendu faire aucun mea culpa pour avoir obligé tout le peuple catholique allemand au serment et à l'allégeance au régime nazi dans le concordat de 1933... jusqu'en 1945.

        Les faits, têtus et indestructibles comme des faits, comme du reste le sont tous les faits, sont là.

        Ne voulant porter moi-même, simple laïc, aucun jugement personnel sur l'Église moderne concordataire, celle de 1933, de 1937, et plus encore celle de 2007, je laisse Notre-Seigneur Jésus-Christ émettre son Jugement sans appel :

        "Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui bâtissez des tombeaux aux prophètes, et qui ornez les monuments des justes, et qui dites : «Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour répandre le sang des prophètes». Par là, vous témoignez contre vous-mêmes que vous êtes les fils de ceux qui ont tué les prophètes. Comblez donc aussi la mesure de vos pères. Serpents, race de vipères, comment échapperez-vous au jugement de la géhenne ? C'est pourquoi, voici que Je vous envoie des prophètes, et des sages, et des scribes ; et vous tuerez et crucifierez les uns, et vous flagellerez les autres dans vos synagogues, et vous les persécuterez de ville en ville, afin que retombe sur vous tout le sang innocent qui a été répandu sur la terre, depuis le sang d'Abel le juste, jusqu'au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez tué entre le temple et l'autel. En vérité, Je vous le dis, toutes ces choses retomberont sur cette génération" (Matth XXIII, 29-36).

        Je ne saurai trop conseiller à ceux qui veulent approfondir cette question concordataire pontificale moderne, si importante comme l'on voit, de lire mon livre J'accuse le Concordat !, qu'on trouvera au lien suivant http://www.eglise-la-crise.fr/images/stories/users/43/JaccuseLeConcordat.pdf, ainsi qu'un de mes derniers articles qui fait le plus possible à fond le point sur cela : http://www.eglise-la-crise.fr/index.php/component/joomblog/post/les-moeurs-ecclesiales-concordataires-avec-les-etats-modernes-athees-sont-la-cause-premiere-de-la-crise-de-l-eglise-la-subversion-de-la-foi-a-vatican-ii-n-en-est-que-le-fruit-pourri-1?Itemid=483.

        ... Mais je ne peux pas rester sur une émotion si négative, je m'empresse de détourner mon regard affligé et plus encore, peut-être, courroucé, de l'Église romaine contemporaine, qui ressemble par trop à la grande Prostituée de Babylone dénoncée par saint Jean dans l'Apocalypse, pour me tourner à nouveau, comme attiré par un puissant aimant bienfaisant et qui mène à Dieu, vers "un prophète, un juste", Franz Jägerstätter.

        Je n'ai pas dit encore ce qui suscite le plus mon admiration chez lui : c'est le fait d'avoir mené le bon combat spirituel contre le nazisme jusqu'au martyre sans même avoir les arguments théologiques et intellectuels suffisants pour le faire, Franz se base effectivement uniquement et seulement sur la grande, invincible et formidable intuition de Foi qu'il a de l'incompatibilité formelle du nazisme avec la Foi catholique, que conforte et confirme la grâce divine reçue dans le songe du train.

        Je note en effet, en lisant ses lettres, qu'il n'a pas le bagage intellectuel pour renverser l'hérésie ecclésiale concordataire moderne s'appuyant sur une lecture hérétique de Rom XIII prétendant que TOUT pouvoir politique humainement établi, constitué, est automatiquement valide et légitime, et que donc le devoir d'obéissance lui est dû, même s'il n'est pas constitutionnellement ordonné à la poursuite du Bien commun, comme c'était le cas du gouvernement nazi que devait affronter Franz Jägerstätter. Or, si l'on s'en tient à la vulgate moderne et mensongère de l'Église quant à l'obéissance des fidèles à TOUT pouvoir politique, notre martyr autrichien avait tort de lui résister, son combat était condamné par Dieu, et d'ailleurs les prêtres le lui diront. Ce qui est extraordinaire chez lui, c'est qu'il n'a cure, absolument, de ces faux raisonnements pseudo-théologiques : s'appuyant magnifiquement sur la seule intuition de Foi basée sur le Saint-Esprit, l'on voit Franz passer par-dessus le faux raisonnement clérical moderne hérétique-apostat sans même le renverser, en l'enjambant par le haut seulement, comme s'il n'existait pas, pour vivre de la vérité très-certaine de la Foi quant au devoir de désobéissance à un mauvais pouvoir politique.

        Cependant, il n'est pas sans voir qu'il y a quelque chose qui ne va pas, dans l'Église, il commence par trouver très-étrange sa non-condamnation du nazisme, on le voit en effet écrire ceci dans son Deuxième Cahier : "En Allemagne, avant que Hitler ne prenne le pouvoir, il paraît qu'on refusait aux nationaux-socialistes l'accès au banc de communion. Et qu'en est-il maintenant dans ce Reich grand-allemand ? Bien des gens vont au banc de communion en toute tranquillité, semble-t-il, et pourtant ils sont membres du Parti national-socialiste et y font entrer leurs enfants ; parfois même, ils leur donnent une formation leur permettant d'être des éducateurs nationaux-socialistes. Ont-ils donc aujourd'hui, alors qu'on pratique depuis plus de deux ans un effroyable carnage, un autre programme qui autorise tout cela ou le déclare sans importance ? Ou bien est-ce que les autorités de l'Église ont déjà décidé ou approuvé qu'il soit désormais permis d'adhérer à un parti hostile à l'Église ? C'est que quelquefois, pour peu qu'on y réfléchisse un peu, il y a de quoi se mettre à hurler, et qui s'en étonnerait, dans un pays comme le nôtre où même les plus justes sont en passe de devenir fous ?" (Être catholique ou nazi, pp. 27-28).

        Ici, d'une manière pratique, Franz Jägerstätter prend fort bien conscience de l'anormalité si préjudiciable à la Foi d'une absence totale de condamnation publique et officielle du gouvernement nazi par l'Église... et qui est responsable de voir la plupart des catholiques allemands, dévoyés par cette absence de condamnation, "devenir fous", c'est-à-dire se laisser séduire par l'air patriotique de la flûte enchantée d'Hitler. À cause de cette absence de condamnation du nazisme par l'Église, "il ne faut vraiment pas s'étonner que des gens ne s'y retrouvent désormais plus dans cette immense confusion" (ibid., p. 60). "Je comprends d'ailleurs, poursuit-il, que ces temps-ci, de nombreuses paroles n'auraient guère pour conséquence qu'une peine de prison, sans plus. Malgré tout, il n'est pas bon que nos prêtres gardent le silence pendant des années" (ibid., pp. 61-62). Quand bien même il excuse la mauvaise décision des évêques autrichiens de ne rien faire contre le parti nazi, parce qu'ils sont "des êtres de chair et de sang, il peut leur arriver d'être faibles" (ibid., p. 29), il n'en conclut pas moins de leur positionnement qu'il s'agit "d'erreurs commises à l'égard du peuple" (ibid., p. 30). Franz n'est en effet pas sans se rendre compte que quelque chose ne va pas du tout chez les prêtres, quant à leur attitude face au nazisme : "Car si on juge et agit selon les principes de la Foi catholique, on se dit que parfois, écoutant sa conscience, on en vient forcément à prendre des décisions et à porter des jugements différents de ceux des prêtres d'aujourd'hui, face à leurs ouailles" (ibid., p. 74).

        Mais, trompé par les prêtres et singulièrement par l'Église romaine, il aborde le grand point théologique ici : "Les commandements de Dieu nous enseignent certes d'obéir aux autorités supérieures séculières même si elles ne sont pas chrétiennes, mais seulement dans la mesure où elles ne nous ordonnent rien de méchant, car c'est à Dieu, bien plus qu'aux hommes, qu'il faut obéir. Et qui peut servir deux maîtres à la fois ?" (ibid., pp. 41-42). Notre martyr est trompé comme tout le monde par la fausse interprétation ecclésiale moderne de Rom XIII. Plus loin, il dira plus précisément encore : "On nous dit par exemple de combattre pour l'État allemand puisque le Christ a ordonné d'obéir à un gouvernement laïc quand bien même il ne serait pas chrétien. Fort bien, mais je ne crois pas que le Christ nous ait dit d'obéir à ce gouvernement même si ses ordres sont mauvais. En effet, lutter pour l'État allemand et non pour le Parti national-socialiste est aussi impossible que de dire : je vais lutter seulement pour Dieu le Père, et non pour le Fils et le Saint-Esprit. Qu'on le veuille ou non, l'État allemand et le Parti national-socialiste sont deux facteurs indissociables" (ibid., pp. 69-70).

        Or, non, faux, les commandements de Dieu nous enseignent, selon saint Paul, de n'obéir aux autorités supérieures séculières que si elles sont constitutionnellement ordonnées au Bien commun et à Dieu, et de n'obéir à aucunes autres qui n'y sont pas ainsi ordonnées, c'est-à-dire qui ne sont pas chrétiennes. Si Franz Jägerstätter, trompé par l'Église moderne concordataire, avait suivi jusqu'à ses dernières conséquences obligées son raisonnement, alors, son combat de lutter contre le nazisme ne pouvait recevoir aucune justification spirituelle. C'est précisément ce que lui dira son évêque, Mgr Joseph Fliesser : "En tant que père de famille, il n'avait pas le droit de juger si cette guerre était juste ou non" (ibid., p. 18). Rien de plus vrai : si le gouvernement nazi est valide et légitime, comme Pie XI et le cardinal Pacelli en assomment hérétiquement le peuple grand-allemand pendant toute la durée de la guerre par le concordat de 1933 maintenu jusqu'en 1945, alors, c'est à Adolf Hitler, en tant que chef investi et recevant de Dieu la grâce de dire ce qui est juste ou injuste pour tout son peuple, et non pas au simple citoyen ou père de famille tel Franz Jägerstätter, de dire effectivement ce qui l'est et ce qui ne l'est pas. À partir du moment où Franz reconnaissait la validité du gouvernement nazi, pour suivre le raisonnement pervers, hérétique-apostat, du concordat de 1933, il n'avait pas le droit de juger lui-même le caractère juste ou injuste de la guerre engagée par Hitler ; en conséquence de quoi, il avait le devoir formel d'intégrer la Wehrmacht. Ce n'est que parce que, contre la trahison de l'Église romaine, le gouvernement nazi est invalide et illégitime, que son rejet d'y faire allégeance et de servir dans l'armée nazi se justifie théologiquement et spirituellement. Heureusement, Franz ne comprendra pas l'incompatibilité formelle du mensonge clérical moderne avec son désir de martyre inspiré par Dieu...

        Ce que j'admire le plus chez Franz Jägerstätter, c'est justement que, dépassé dans son esprit de simple paysan par ces distinguos théologiques, il va immédiatement et superbement à ce que la Foi ordonne de faire à un chrétien en telle occurrence, basant son rejet du nazisme en prise directe sur le Saint-Esprit et l'intuition fondamentale de sa Foi catholique, écrasant le raisonnement hérétique de l'Église concordataire moderne en la matière... sans même en prendre conscience ! C'est cela que j'admire profondément chez lui. Si, dans sa situation, je n'avais pas renversé le mensonge ecclésial moderne pour y mettre à la place la vérité de la Foi, je n'aurais pas pu aller jusqu'au martyre, comme Franz l'a fait sans avoir eu besoin de le renverser, j'aurais été obligé de capituler mon bon combat. Le Bon Dieu exige en effet de moi l'intelligence d'une chose avant de m'y engager personnellement.

        Quant à Franz Jägerstätter, il n'hésite pas une seule seconde sur le bien-fondé de son combat spirituel qui consiste à suivre l'inspiration de l'Ange dans le songe du train, il se donne généreusement jusqu'au sacrifice de sa vie, pour sceller par son sang le rejet d'une société politique non-ordonnée constitutionnellement au Bien commun basé sur la Religion vraie et sur le Christ. Il livre là toute la beauté de son âme, dans laquelle vit une Foi extraordinaire qui va tout-de-suite au sacrifice total, sans retour sur lui-même : "Quant aux souffrances de ce monde, il va de soi qu'on ne saurait les considérer comme les pires, d'autant que les plus grands saints ont eu d'atroces souffrances à endurer avant d'être accueillis par Dieu dans les demeures éternelles. (...) Nous qui vivons dans le péché, nous voudrions avoir une vie sans souffrances et sans combats, une mort douce, et par-dessus le marché, la béatitude éternelle. Jésus-Christ Lui-même, le plus innocent, est celui qui, de tous les hommes, a enduré les pires supplices ; par ses souffrances et sa mort, Il nous a acheté le Ciel, et nous, nous refuserions de souffrir pour Lui ? Si nous observons l'histoire en nous penchant sur les derniers siècles, il ne faut pas nous étonner d'en être arrivés là : la Foi profonde et pieuse n'a cessé de reculer, et le nouveau paganisme, de gagner du terrain" (ibid., pp. 31-32). "4/ Ne devons-nous pas à présent devenir des saints bien plus grands que ne l'ont été nos premiers chrétiens ?" (ibid., p. 74)

        "Pour mettre cette décision à exécution [dire "non" au parti nazi], il convient bien sûr d'être prêt à tout instant pour le Christ et sa Foi, au péril de sa vie si nécessaire. Dès qu'on a mûri cette décision, il s'agit de quitter sur-le-champ la communauté populaire nationale-socialiste" (ibid., p. 39). "Je crois que le Seigneur nous permet assez facilement de risquer notre vie pour notre Foi" (ibid., p. 40). Et il met en pendant le sacrifice de leur vie que font les jeunes allemands dans la guerre pour soutenir Hitler, avec celui, infiniment préférable, de donner sa vie pour la cause du Christ, et ici, il révèle sa décision de donner sa vie pour rejeter l'hitlérisme : "En quoi serait-il plus dur de mettre sa vie en jeu pour un Roi qui, non content de nous imposer des devoirs, nous donne aussi des droits, si Sa victoire finale nous est assurée, et que Son royaume, pour lequel nous luttons, nous est acquis à jamais ? Par ses cruelles souffrances et par sa mort, le Christ nous a seulement délivrés de la mort éternelle, mais non des souffrances terrestres et de la mort. Il exige cependant de nous une profession de Foi publique, tout comme le Führer Adolf Hitler l'exige de ses «camarades du peuple» [la Volksgenosse]" (ibid., p. 41). "De nos jours, l'humanité est certes très intelligente et inventive, mais a-t-on jamais inventé le moyen de vaincre sans se battre ? Moi je n'en ai jamais entendu parler ! (p. 56). Comme l'on voit, notre martyr est très-simple et va tout-de-suite, comme si cela allait sans dire, au sacrifice de sa vie pour la Cause du Christ. C'est en cela qu'il est vraiment sublime.

        "Aujourd'hui, on entend bien souvent : «Il n'y a rien à faire, si jamais quelqu'un ouvre la bouche, ça lui vaudra la prison ou la mort». Il est vrai qu'on ne peut plus changer grand'chose à la marche du monde ; il aurait fallu, je crois, commencer cent ans plus tôt, si ce n'est plus [oui !, en effet ! Il aurait fallu renverser toutes les républiques post-révolutionnaires pour en revenir aux sociétés très-chrétiennes, au lieu de se concordatiser-prostituer ecclésialement avec, dès 1801...]. Mais selon moi, il n'est jamais trop tard, pour nous les hommes, tant que nous vivons en ce monde, pour se sauver soi-même et peut-être gagner encore quelques âmes au Christ" (ibid., pp. 60-61). "Dans les temps anciens, il est arrivé plus d'une fois qu'une ville, voire tout un peuple, tombe très bas ; il n'empêche que quelques hommes se sont relevés pour tenter de sauver ce qui pouvait l'être, incitant les justes à expier leurs méfaits, et les injustes à s'en repentir. Mais de nos jours, est-il encore question d'expiation et de pénitence ?" Ici, Franz nous livre ce qui motive en profondeur le beau sacrifice de sa vie, comme dans cet autre passage : "Ce qu'on veut justement, c'est de voir des chrétiens qui parviennent encore à l'époque actuelle, en pleine obscurité, à garder une clairvoyance, une sérénité et une assurance supérieures, et qui, malgré toutes les menaces pesant sur la paix et sur notre joie, malgré l'égoïsme et la malveillance, conservent parfaitement leur paix intérieure, leur joie et leur serviabilité. Et qui, au lieu d'être comme le roseau vacillant, agité par la moindre brise, au lieu de se borner à regarder ce que font leurs camarades et leurs amis sur tel ou tel point, se demandent simplement : Que nous enseignent le Christ et notre Foi ? Si les poteaux indicateurs, mal fichés dans la terre, pouvaient être bougés ou renversés par le vent, un homme ne connaissant pas son chemin arriverait-il à s'orienter ?" (ibid., pp. 78-79).

        Franz a aussi un très-beau passage, dans son Deuxième Cahier, où il dit que les plus grands chefs mauvais font le mal peut-être par inadvertance (pensait-il à Hitler...?), alors qu'un simple paysan du peuple qui fait le même mal en suivant le chef, peut le faire quant à lui avec advertance et donc plus coupablement que le mauvais chef qui le commet.

        Pour finir mon article par le sentiment profond de mon âme, je dirai que je me sens vraiment petit à côté d'un martyr aussi fort et aussi pur. Franz Jägerstätter est un anticoncordataire qui s'ignore, il n'a pas l'intelligence théologique de la question qui lui permet de renverser l'interprétation hérétique de Rom XIII que fait l'Église romaine moderne, et cependant, il donne sa vie pour refuser au nom de sa Foi de faire allégeance à un gouvernement constitutionnellement athée. Normalement, croyant sur l'hérétique enseignement des prêtres, que Rom XIII obligeait à l'obéissance envers tout pouvoir politique établi, constitué, il n'avait aucun argument théologique valable pour suivre sa voie de refuser l'obéissance au gouvernement nazi, et notamment pour intégrer l'armée de la Wehrmacht. Et cependant, donc, malgré et par-dessus cela, il suit intuitivement la Vérité du Saint-Esprit avec une force d'âme absolument confondante, qui le convainc, contre l'enseignement pervers de l'Église moderne, de refuser toute allégeance au gouvernement nazi et à Hitler. C'est en cela que je le trouve vraiment admirable. Il a plus de mérite que moi : je suis en effet un anticoncordataire qui ne s'ignore pas, le Bon Dieu au contraire m'a donné l'intelligence de mon anticoncordatisme avec des sociétés politiques non-ordonnées constitutionnellement au Bien commun ; et en plus, le Bon Dieu ne m'a pas demandé ma vie pour sceller par le martyre mon anticoncordatisme, comme Franz Jägerstätter !

        Certains ont voulu faire de notre "héros discret", un "pacifiste" ou un "objecteur de conscience". Le petit livret que j'ai en mains, qui a été édité après le film de Terence Malick de 2019 et dont je me suis servi pour mon article, après le titre Être catholique ou nazi, a en effet pour sous-titre Lettres d'un objecteur de conscience. Mais on est loin du compte : notre martyr chrétien n'est absolument ni l'un ni l'autre, il n'a rien, ni d'un pacifiste, ni d'un objecteur de conscience, au sens de conscience personnelle non-éclairée par la Foi. Franz ne condamne absolument pas la guerre en soi, si elle est faite pour une cause juste, par exemple la défense de sa patrie ou mieux encore, la défense de la Religion. Il ne se déclare contre la guerre fomentée par les nazis et Hitler, qu'uniquement parce qu'elle est injuste et non-justifiable devant Dieu. "Franz Jägerstätter n’est pas un objecteur de conscience au sens pacifiste du terme, c’est un catholique pour qui Hitler est l’antéchrist" (Franz Jägerstätter, l’Autrichien qui a dit non à Hitler, Jean Sévillia). Deuxièmement, Franz n'est pas non plus un objecteur de conscience au sens moderne ou plutôt moderniste du terme, c'est-à-dire que son objection serait basée sur le personnalisme subjectiviste de sa conscience qui ne serait pas forcément en adéquation avec la vérité. Or, ce n'est pas du tout sur sa conscience de personne humaine, qui pourrait être dévoyée, qu'il base son martyre, mais sur la Volonté de Dieu qui éclaire sa conscience, c'est le processus inverse, et c'est très-différent. La note de martyre, donc, se justifie parfaitement, pour Franz Jägerstätter.

        Qu'on me permette ici un léger affinement sur la question théologique, pour finir mon article. Franz Jägerstätter est donc béatifié comme martyr pour la Foi. Mais est-ce vraiment pour la Foi qu'il subit son martyre, ou... pour les Mœurs ? Il me semble, quant à moi, qu'il donne sa vie pour refuser de professer la validité et la légitimité d'un gouvernement constitutionnellement athée, en l'occurrence, celui nazi. Certes, trompé par l'enseignement hérétique des prêtres modernes sur la question, il n'en a pas conscience, mais c'est bel et bien pour cette raison fondamentale qu'il donne sa vie et que se consomme son martyre. Or, donner sa vie au Christ pour refuser de faire allégeance à un pouvoir politique constitutionnellement athée, c'est donner sa vie en témoignage des Mœurs, auxquelles sont inhérentes les choses de la Politique constitutionnelle. De même que l'Église est infaillible non seulement quant à la Foi mais quant aux Mœurs, de même également, la note de martyre s'applique à quelqu'un qui donne sa vie pour le Christ non pas seulement pour un motif de Foi mais pour un motif de Mœurs. Un fidèle qui donnerait sa vie pour défendre l'indissolubilité et l'unicité du mariage restauré par le Christ, serait martyr au même titre que celui qui donnerait sa vie pour défendre la Divinité du Christ. Et nous sommes exactement dans ce cas avec notre martyr autrichien : il donne sa vie pour la défense des bonnes Mœurs, à savoir ne reconnaître des pouvoirs politiques que s'ils sont constitutionnellement ordonnés au Bien commun et à la Religion, et refuser toute allégeance à ceux qui n'y sont pas. C'est bien cela le fond premier de son martyre.

        Je livre maintenant, comme promis, sa dernière lettre à sa femme Franziska, écrite le 9 avril 1943, quatre heures avant son exécution :

 

        "Dieu vous salue ! Mon épouse si chère à mon cœur, et vous tous que j'aime.

        "J'ai reçu avec joie tes lettres du 13 et du 25 juillet, et je t'en remercie de tout cœur. Cela fait quatre semaines que nous nous sommes vus pour la dernière fois en ce monde. Ce matin, vers cinq heures et demie, on nous a dit de nous habiller tout-de-suite et que la voiture attendait ; avec plusieurs condamnés à mort nous avons été emmenés ici, à la prison de Brandebourg, sans savoir ce qui allait nous arriver. C'est seulement vers midi qu'on nous a annoncé que la sentence du 14 était confirmée et que nous serions exécutés à quatre heures de l'après-midi. Je veux seulement vous écrire quelques mots d'adieu. Très-chère épouse, très-chère mère, je vous remercie de tout cœur d'avoir tant fait pour moi dans ma vie, je vous remercie de tout votre amour et de vous être sacrifiées pour moi. Je vous demande encore de me pardonner si je vous ai offensées ou vexées [par le féminin pluriel apparemment fautif, ici, Franz Jägerstätter voulait sans doute aussi inclure dans son amour familial, ses trois petites filles] ; quant à moi, je vous ai tout pardonné. Je prie aussi tout ceux que j'ai pu offenser ou vexer de bien vouloir me pardonner, en particulier Monsieur l'abbé, au cas où mes paroles l'auraient beaucoup blessé le jour où il m'a rendu visite avec toi. Je pardonne à tous du fond du cœur. Puisse Dieu reprendre ma vie comme un sacrifice expiant mes péchés mais aussi ceux des autres.

        "Très-chère épouse, très-chère mère, il ne m'a pas été possible de vous épargner les souffrances que vous avez subies à cause de moi. Que notre cher Sauveur a dû trouver pénible d'infliger à sa chère mère de bien cruels tourments par ses souffrances et par sa mort ! Ils ont enduré tout cela pour l'amour des pécheurs que nous sommes. Je remercie aussi notre Sauveur de m'avoir permis de souffrir et même de mourir pour Lui. Confiant en sa miséricorde infinie, je suis sûr que Dieu m'a tout pardonné et ne m'abandonnera pas, même à la dernière heure. Très-chère épouse, pense aussi à ce que Jésus a promis à ceux qui communient les neuf premiers Vendredi du mois pour le Cœur de Jésus. Maintenant aussi, Jésus viendra à moi par la Sainte Communion et me donnera des forces pour ce voyage vers l'éternité. À Tegel, j'ai eu la grâce de recevoir quatre fois les saints sacrements. Transmettez aussi mon bonjour affectueux à mes chers enfants : s'il m'est donné d'aller au Ciel, je demanderai au Bon Dieu d'y préparer une petite place pour vous tous. La semaine dernière, j'ai bien souvent prié la Sainte Vierge de me laisser fêter l'Ascension au Ciel, si c'est la volonté de Dieu que je meure bientôt. Salutations aussi à mes beaux-parents, à ma belle-fille, à tous les parents et amis. Sans oublier Frère Mayer que je remercie encore de sa lettre qui m'a fait très plaisir. Je remercie aussi le révérend Père Karobath de sa lettre [c'était le premier prêtre de Sankt Radegund, jusqu'en 1940, date à laquelle il fut emprisonné par les nazis pour un sermon soi-disant subversif].

        "Et maintenant, cher tous, adieu, et ne m'oubliez pas dans vos prières. Respectez les commandements, et, par la grâce de Dieu, nous nous reverrons bientôt au Ciel. Je salue aussi cordialement mon parrain de confirmation.

        "Votre époux, fils et père, gendre et beau-père, vous salue tous avant son dernier voyage.

        "Que le Cœur de Jésus, celui de Marie et le mien, unis pour l'éternité, n'en fassent qu'un".

 

 

       

        "En 1943, un mois après l’exécution de son mari, Franziska avait écrit au chapelain de la prison de Tegel afin de le remercier pour le soutien qu’il avait apporté à Franz, son mari. Dans sa lettre, elle avait tracé ces mots : «J’attends avec joie de le revoir au Ciel, où aucune guerre ne pourra jamais nous séparer». Fani Jägerstatter est morte en 2013, dans sa 101ème année. Elle était restée veuve pendant soixante-dix ans, dans la fidélité au grand amour de sa vie, cet homme qui avait puisé dans la Foi catholique les raisons et la force de dire non au nazisme" (Franz Jägerstätter, l’Autrichien qui a dit non à Hitler, Jean Sévillia).

 

        Bienheureux Franz Jägerstätter, prie Dieu pour moi !

        Prie Dieu pour tous les chrétiens qui veulent garder la Foi vraie, vive et authentique !

        Prie Dieu pour l'Église catholique, apostolique et romaine !

 

En la fête de l'Immaculée-Conception,

Ce 8 décembre 2020.

Vincent Morlier,

Écrivain catholique.

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08 décembre 2020, 11:15
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