La notation "non-infaillible" du concile Vatican II selon Mgr Gherardini : du grand n'importe quoi... moderniste.

 

        Mgr Brunero Gherardini est un professeur ecclésiastique romain émérite qui s'est fait remarquer ces derniers temps par sa critique vive & acérée des déviances doctrinales de Vatican II. C'est un intellectuel chevronné, très-chevronné même nous dit-on, savant érudit au cursus impressionnant, grand théologien parmi les plus grands paraît-il, enfin il n'est que de lire les encensements des "lefébvristes" ou des "ralliés" à son sujet pour s'édifier de la réputation du prélat romain (le "dernier grand théologien de ce qu'on a appelé l'École Romaine", "l'illustre professeur émérite de l'Université du Pape, doyen de la faculté de théologie", selon le rédacteur du site "Disputationes theologicae" qui a encore quelques autres formules très-laudatives ; "l'un des plus éminents doyens de la faculté romaine", assure de son côté, à deux genoux sinon à trois, Côme Prévigny sur le site lefébvriste "La porte latine" ; etc., etc.)…

        Pour ma petite part, je ne peux m'empêcher d'être beaucoup plus froid à son sujet, surtout après l'avoir lu. Et même, pour dire les choses comme je les sens, aussi froid que pierre tombale par nuit d'hiver glaciale moins que zéro.

        Pour commencer, une chose me frappe, d'emblée, tue soigneusement par les thuriféraires susdits qui ne pensent qu'à glousser de plaisir non-dissimulé devant les critiques du prélat romain contre Vatican II : c'est à savoir un grand et suspect "trou noir" dans la biographie du digne monsignore, un énorme demi-siècle qui va des années 1955 à 2005 pour le moins, lesquelles années furent, comment dirais-je ?, des années importantes n'est-il pas, pour le combat catholique. Où était donc Mgr Gherardini durant toutes ces longues décennies les plus cruciales pour la Foi, où les traditionalistes, certes avec tous leurs défauts (qui hélas ne sont pas petits), furent seuls à porter la chaleur et le poids du jour ? Que faisait-il alors pour mener le bonum certamen ? Même s'il ne semble pas avoir une grande sympathie pour Mgr Lefebvre qu'il ne cite paraît-il jamais dans ses écrits critiques contre Vatican II, étant donné sa position en vue, sa Foi aurait pu se manifester publiquement indépendamment de lui, de manière ou d'autre, en réprobation à la chose conciliaire, bien avant nos tout récents jours : mais non, depuis le Concile jusqu'en ces toutes dernières années à la fraîche, il n'a rien trouvé à redire publiquement contre la "religion conciliaire"...

        Mgr Gherardini est donc un ouvrier de la onzième heure et demi. Arrivé sur ses quatre-vingt cinq ans, toute sa carrière ecclésiastique passée en tout bien tout honneur dans le giron de l'Église conciliaire, on ne peut, en soi, certes, que se réjouir de voir le prélat romain enfin réagir. En toutes manières, c'est bon pour son âme, Dieu en soit béni, d'autant que, sûrement, cette réaction n'est pas spontanée, elle a été méditée depuis bien des années dans le silence intérieur de son esprit de plus en plus réprobateur. Mais tout-de-même, gardons le sens des proportions : un ouvrier de la onzième heure et demi n'a pas vocation à être un "chef de file". Ni à se prendre pour tel, ni non plus à voir les ouvriers qui ont travaillé tout le jour, devoir le prendre pour tel et lui courir sus aux pieds, indécemment et honteusement, comme hélas on le voit faire.

        Sa réaction fort tardive est-elle, au moins, non pas intégriste mais intégrale, parfaite ?

        Il s'en faut, hélas. De beaucoup. In globo, sa réaction se scinde en deux pôles : 1/ on ne saurait que le louer pour sa courageuse critique doctrinale, élaborée et fort lucide, des décrets de Vatican II, qui ressemble beaucoup, pour le fond, à celle de son concitoyen Romano Amerio (qui a réagi bien avant lui), et, sur cela, il est quasi "traditionaliste", quoiqu'il se défendrait sûrement de l'étiquette ; 2/ mais on ne peut que constater qu'il reste bougrement moderniste quant à son appréciation théologique des actes magistériels de Vatican II, qu'il professe être quasi tous non-dotés de l'infaillibilité. Donc actes théologiquement inexistants, car pouvant être, soi-disant sans aucun préjudice pour la constitution divine de l'Église, tout simplement (re)modelés comme vulgaire pâte dudit nom, à volonté, pontificale de préférence. Et même, si la pâte vaticandeuse se montre trop revêche, rébarbative au remodelage, le "grand théologien" ne voit aucun inconvénient théologique à ce qu'elle soit jetée… à la poubelle. Tout simplement. Sans se compliquer la vie.

        Ce second pôle de sa réaction anti-conciliaire, d'ailleurs, me fait me demander sérieusement si les thuriféraires susdits du chanoine émérite de la basilique Saint-Pierre de Rome ne le louangeraient pas aussi hautement, par hasard, moins pour sa critique doctrinale vaticandeuse que pour sa notation non-infaillible des actes de Vatican II. Car c'est cela surtout qui est important pour eux, là gît leur angoisse secrète. Si jamais en effet il s'avérait vraiment que les décrets peccamineux de Vatican II étaient de soi dotés de l'infaillibilité magistérielle, hé bien les amis, prenons conscience que cela "foutrait" toute la belle mécanique "lefébvriste" et "ralliée", parfaitement identique sur le fond de vouloir un Vatican II RÉPARABLE, complètement en l'air. Adieu, veaux, vaches, cochons, couvées… Plus de "Demain, la chrétienté" comme disait feu Dom Gérard du Barroux, pas plus à prévoir de Pétain II accessoirement couronné, et non plus de Pie XIII, et encore moins de Vatican III. Il y aurait "seulement" si j'ose dire, ce qui rebute extrêmement les pusillanimes, à attendre et hâter, comme dit saint Pierre dans son Épître, par notre vie chrétienne pénitente de souffrance acceptée sous le règne de la Bête, sans plus aucun espoir humain, le Retour du Christ glorieux venant sur les Nuées du Ciel, pour nous délivrer et nous sauver de la main de fer impie de l'Antéchrist. La différence n'est donc pas mince. Si jamais la théologie nous obligeait à considérer que les décrets magistériels de Vatican II, ceux formellement hérétiques par exemple celui sur la Liberté religieuse, sont dotés de l'infaillibilité, et que donc ils sont, par-là même, IRRÉPARABLES, il faudrait bien entendu immédiatement tirer un trait sur tout concept historico-canonique de la "crise de l'Église", et alors, adopter résolument la seule explication possible qui rende compte de la Foi, brûlant ce qu'on a adoré et adorant ce qu'on a brûlé : cette "crise de l'Église" manifeste la Fin des Temps, elle est d'ordre purement eschatologique, apocalyptique, ses considérants théologiques révélant que l'Église est crucifiée. C'est-à-dire adopter la thèse de "LA PASSION DE L'ÉGLISE" que j'expose sur mon site, reconsidérer et mettre à la première place, qu'elle aurait toujours dû avoir et conserver, la grille de lecture prophétique de notre situation, que les clercs tradis., dans leur immense et honteuse majorité, se sont cléricalement autorisés à mépriser, contre le conseil de saint Paul, à leur grand dam. Ou alors, en présence de décrets magistériels hérétiques mais théologiquement irréparables puisque infaillibles, il ne resterait plus, si l'on refuse "LA PASSION DE L'ÉGLISE", qu'à adopter la seule autre alternative théoriquement possible mais... maudite, celle de l'impie, à savoir, horresco referens, que cette situation révèlerait que "les portes de l'enfer ont prévalu contre l'Église", elle signifierait que l'Église ne serait pas de constitution divine, puisqu'elle est convaincue de faillibilité là où l'infaillibilité lui avait été divinement assurée, et que donc Dieu n'existerait pas, son Christ fondateur de l'Église n'étant de son côté qu'un pur imposteur. Tertium non datur.

        … Alors, dotés de l'infailliblité ecclésiale, les actes magistériels de Vatican II (ou du moins certains d'entre eux les plus cruciaux, tel celui sur la Liberté religieuse), ou pas dotés ?

        C'est au fond la seule question importante à traiter, en avant-première de toutes autres. Comme écrit lui-même fort justement le rédacteur de "Disputationes theologicae" : "À ce propos, la première question à laquelle il est urgent de trouver une réponse est celle relative à la nature du Concile Vatican II et des ses documents. Ce n'est qu'après cette réponse, et pas avant, qu'on pourra définir les limites du débat possible sur le contenu de ces textes". Rien de plus exact. Et, comme il dit, depuis quasi cinquante ans qu'on (fait semblant de) se pose(r) la question, cela devient urgent en effet, d'y répondre, ça urge vraiment d'urger. Mais contrairement à ce que veulent penser bien des esprits brouillons-pressés animés par la méthode Coué, de préférence ensoutanés, ladite question, bien réfléchie, sans parti-pris et à fond, ne peut pas être résolue dans le sens du "bien-penser" tradi., qui consiste à professer la non-infaillibilité de principe des actes de Vatican II ou de la grande majorité d'iceux-là...

        Sur la valeur magistérielle des Actes de Vatican II, Mgr Brunero Gherardini a rédigé deux articles ("La valeur magistérielle de Vatican II", du 7 mai 2009 & "Église-Tradition-Magistère", du 7 Décembre 2011, commandités semble-t-il par les responsables du site "Disputationes theologicae"). Ces deux articles, qui concluent à la non-infaillibilité de la grande majorité des actes conciliaires, sont à peu près des abominations de la désolation dans le Lieu-Saint, qui ici, in casu, est l'infaillibilité magistérielle, lieu théologique qui est le signe topique du Dieu Vivant dans son Église chaque jour qu'Il fait, singulis diebus. D'où le quasi sacrilège d'y attenter.

        Oh !, ne demandez surtout pas aux "lefébvristes" ni à leurs frères ennemis les "ralliés" de s'en rendre compte : ils ne peuvent pas le faire, attendu que les uns et les autres se sont plongés la tête sous l'eau de cette abomination, telle Bécassine dans son étang, à vrai dire depuis qu'ils existent, et justement, je vous l'ai dit que dessus, on peut légitimement se demander s'ils n'encensent pas à tout va le prélat romain, plus pour professer cette abomination que pour sa dénonciation des déviances doctrinales contenues dans le concile moderne.

        De quelle abomination parlai-je ? De celle qui consiste à évacuer complètement le Magistère ordinaire & universel d'enseignement non-définitif, doté de soi de l'infaillibilité, dans l'exposé sur les modes magistériels. Ou plus exactement dit, à le supplanter hérétiquement par un tout moderne et récent Magistère, plus ou moins flottant sur la mer du monde, dit "authentique", dont on nous dit cette fois-ci qu'il n'est pas doté de l'infaillibilité mais qui soi-disant n'en comprendrait pas moins les actes magistériels d'enseignement non-définitif. Avec bien entendu comme travaux pratiques immédiats le concile Vatican II : si l'on trouve dedans des actes d'enseignement doctrinal universel simple, non-définitif, immédiatement, sans aucune réflexion, le moderne va les faire rentrer dans le tiroir de ce soi-disant Magistère authentique non-infaillible… Pour le moderne en effet, il n'existe plus de concret, en fait, que deux modes magistériels : celui extraordinaire dogmatique définitionnel infaillible, et celui authentique non-infaillible, lequel, entre autres, comprendrait soi-disant l'enseignement non-définitif qui est pourtant, la Foi manifestée par les Pères de Vatican 1er nous fait formelle obligation de le professer, l'objet exclusif du mode ordinaire & universel doté de l'infaillibilité. Donc, véritable tour de prestidigitation diabolique qui a abusé tout le monde, les progressistes comme les traditionalistes avec ou sans étiquette, on a fini par aboutir, dans l'ère moderne, à cette profession de foi parfaitement hérétique qui consiste à considérer des actes d'enseignements universels simples portant sur la Foi, c'est-à-dire non-définitifs, comme pouvant être… non-dotés de l'infaillibilité.

        Et attention, quand j'écris "Pour le moderne", je veux dire pour TOUS les prêtres de l'ère moderne post-Vatican 1er, c'est-à-dire autant ceux qui sont modernistes ou progressistes affichés que ceux qui sont connotés conservateurs ou traditionalistes, lesquels s'entendent tous à merveille sur cela, en ce compris bien entendu ceux, tels Mgr Lefebvre ou Mgr Gherardini, qui sortent de l'École française de Rome, eux aussi corrompus, certes sans le vouloir, par la manière moderniste de comprendre les différents modes magistériels au sein de l'Église depuis, grosso modo, le début du siècle dernier. Ainsi donc, par pénétration moderniste dans la dogmatique concernant la question magistérielle et son infaillibilité inhérente, on a abouti à professer très-sérieusement, et on y tient maintenant dur comme fer, et s'inscrire en faux contre cela n'est même plus accepté (je suis bien certain qu'on s'offusquera très-fort, avec grand scandale, en jetant son manteau dans la poussière comme les antiques pharisiens, que j'osasse discuter la chose), que des actes d'enseignements universels de la Foi non-définitifs pourraient cependant tout-à-fait bien ne pas être dotés de l'infaillibilité. Et bien sûr, on dit que c'est le cas pour le décret sur la Liberté religieuse, dont l'objet formel est le dogme "hors de l'Église, point de salut" (la Liberté religieuse en effet n'est pas une doctrine, c'est la contradictoire hérétique d'une doctrine et même d'un dogme, celui que je viens d'énoncer), donc formellement un objet de Foi.

        Il n'est que de lire la conclusion du premier article de Mgr Gherardini pour illustrer l'abomination de la désolation dans le Lieu-Saint magistériel que je viens de dénoncer :

        "... En résumé, donc, je dirais que :

        "- Le Concile Œcuménique Vatican II est sans aucun doute magistériel [La Palice aurait pu le dire] ;

        "- Sans aucun doute non plus, il n'est pas dogmatique, mais pastoral, puisqu'il s'est toujours présenté comme tel [la note théologique de "pastoralité"… n'existe pas ! Il ne faut pas foncondre, comme le fait ici notre grand théologien, la motivation qui a présidé à la rédaction des actes conciliaires avec leur notation théologique...] ;

        "- Ses doctrines sont infaillibles et irréformables là seulement où elles sont tirées de déclarations dogmatiques [seul, donc, le Magistère extraordinaire existe pour Mgr Gherardini ; il n'évoque même pas la possiblilité que des actes de Vatican II puissent ressortir du Magistère ordinaire & universel infaillible… qui est donc parfaitement inexistant pour notre "grand théologien" : on croit rêver ou plutôt cauchemarder...!] ;

        "- Celles qui ne jouissent pas de fondements traditionnels constituent, prises ensemble, un enseignement authentiquement conciliaire [!] et donc magistériel [!!], bien que non dogmatique, qui engendre donc l'obligation non pas de la foi, mais d'un accueil attentif et respectueux, dans la ligne d'une adhésion loyale et déférente [les actes conciliaires et magistériels non-dogmatique sont donc des actes… conciliaires et magistériels : c'est tout-à-fait du M. Jourdain qui s'extasiait de faire de la prose rien qu'en parlant. Est-ce qu'il faut vraiment être bardé de diplômes prestigieux comme bœuf lardé point ne l'est, pour en arriver à ces âneries-là ?! Derrière lesquelles malheureusement se cache la formidable impiété de considérer des actes magistériels doctrinaux promulgués universellement, comme exempts de l'acte de Foi de la part des fidèles ??] ;

        "- Celles, finalement, dont la nouveauté apparaît soit inconciliable avec la Tradition, soit opposée à elle, pourront et devront être sérieusement soumises à un examen critique sur la base de la plus rigoureuse herméneutique théologique [... ce qui suppose donc hérétiquement la possibilité d'un Magistère doctrinal d'enseignement universel non-définitif qui pourrait être faillible puisque possiblement erroné voire hérétique…].

        "Tout ceci, cela va sans dire, Salvo meliore iudicio. Brunero Gherardini" (fin de citation).

        Il n'est qu'à peine besoin de faire remarquer que Mgr Gherardini a, dans son analyse théologique des actes de Vatican II, complètement évacué le Magistère ordinaire & universel simple d'enseignement de soi doté de l'infaillibilité. Après n'avoir eu dans ses deux articles pas une seule ligne (!) sur ledit Magistère, l'ayant parfaitement évanoui dans le Nuage de l'Inconnaissable (sauf une seule fois, mais de manière purement anecdotique), notre grand théologien parmi les plus grands ne voit plus évidemment que deux tiroirs où ranger les actes d'enseignement doctrinal universel de Vatican II : soit dans celui dogmatique extraordinaire, mais cela est exclu puisqu'il n'y a aucune définition dans Vatican II, ce que tout le monde sait bien et c'est presque enfoncer une porte ouverte que de le dire, soit dans celui inventé par les modernes, le tiroir… authentique non-infaillible. Et, loin de comprendre l'absurdité blasphématoire de son propos, Mgr Gherardini au contraire prend à tâche d'illustrer la non-infaillibilité de la catégorie magistérielle "authentique" des modernes, ou plutôt des modernistes, en la scindant elle-même en deux sous-tiroirs de son cru, dont on ne voit pas très-bien d'ailleurs en quoi ils diffèrent substantiellement l'un de l'autre : il assigne à un premier sous-tiroir la vocation sublime de ranger les enseignements des Pères de Vatican II qui ne "jouissent pas de fondements traditionnels" (... comme si un pareil cas de figure pouvait s'envisager !!! Mais voyons, si Mgr Gherardini avait un tout petit peu réfléchi, il aurait dû comprendre que, théologiquement, il est rigoureusement impossible de supposer que les Pères actuels de la Foi, un avec le pape, puissent ensemble enseigner universellement aux fidèles une doctrine qui "ne jouirait pas de fondements traditionnels"...!!!), le second quant à lui aurait le devoir non moins vocationnel et non moins sublime de ranger ceux "dont la nouveauté apparaît soit inconciliable avec la Tradition, soit opposée à elle" (... cas de figure plus encore inenvisageable, théologiquement parlant, que le précédent...!!!). Gageons que notre grand théologien aurait bien du mal à dire ce qui différencie substantiellement les deux sous-tiroirs qu'il s'est inventés… Quoiqu'il en soit de ce dernier point, on comprend en tout cas très-bien, trop bien, hélas, sa pensée, sa blasphématoire et réprouvée pensée : c'est de soutenir qu'un enseignement universel sur la chose de la Foi émanant des Pères de l'Église d'une génération ecclésiale donnée una cum le pape, in casu celle de Vatican II, puisse être non-doté ipso-facto de l'infaillibilité, comme faisant partie d'un soi-disant Magistère "authentique" non-infaillible, et non pas être obligatoirement une manifestation de soi du Magistère simple ordinaire & universel d'enseignement infaillible. Et là, précisément là, réside le caractère hérétique formel de son exposé qui, qu'on en prenne bien conscience, l'aurait mené tout droit sur le bûcher au Moyen-Âge.

        On n'aura d'ailleurs pas manquer de noter au passage que pour s'autoriser à professer son Magistère "authentique" non-infaillible pouvant soi-disant contenir des actes d'enseignements universels non-définitifs, Mgr Gherardini invoque bien évidemment la fameuse, mais plus fumeuse encore, "pastoralité" de Vatican II, cette vieille baderne de baliverne pour perroquets sans intelligence, cette super-supercherie que se refilent incontinent depuis le début de la "crise de l'église"… les perroquets sans intelligence. J'ai démonté au long ce faux raisonnement scandaleux dans ma première Lettre à Mgr Fellay, présente sur ce site, auquel donc je renvoie le lecteur, pour ici je dirai simplement que la "pastoralité" n'a été invoquée par les papes du concile à commencer par Jean XXIII, que comme motivation des actes conciliaires, et nullement comme note théologique. Ce qui signifie que la pastoralité du concile n'a pas empêché, et d'ailleurs théologiquement n'aurait pas pu empêcher le moins du monde, que l'infaillibilité puisse être employée dans les actes doctrinaux non-définitifs de Vatican II à vocation universelle, dès lors que ceux-ci ont été dûment posés. Un exemple percutant nous fera comprendre pourquoi. On pourrait comparer les Pères vaticandeux à deux jeunes tourtereaux séduits par le monde qui, en sortant du cinéma, ont "fait l'amour", sans, bien sûr, vouloir d'enfant : neuf mois après, merde alors, "l'enfant paraît" comme disait Victor Hugo ; ils ont eu beau penser à tout sauf à lui en forniquant comme des bêtes, il est là, rien de rien de rien à faire ; ils ont beau chanter maintenant mordicus, sur tous les tons et à tout le monde, qu'ils ont "fait l'amour" seulement pastoralement, c'est-à-dire sans vouloir d'enfant, L'ENFANT EST LÀ. C'est exactement ce qui s'est passé à Vatican II : les Pères una cum Paul VI ont beau dire à tout le monde, et les sous-fifres vicieux plus ou moins frappés d'imbécilisme volontaire continuent à le dire un demi-siècle plus tard, qu'ils ont fait les choses conciliaires seulement pastoralement, ils ne peuvent pas empêcher que lesdites choses… sont ce qu'elles sont, à savoir, au moins pour certains décrets, des actes d'enseignement simple, non-définitif, inhérent au Magistère ordinaire & universel, c'est-à-dire de soi dotés d'infaillibilité. Ce sont les actes qui comptent, pas les motivations desdits actes. Car par ailleurs, la théologie de l'acte magistériel doté de l'infaillibilité n'a rien à voir avec celle de l'acte sacramentel qui nécessite l'intention : pour l'acte infaillible, il n'y a pas besoin d'intention (j'ai réfuté Mgr Fellay qui soutient honteusement le contraire, dans ma susdite Lettre, qu'évidemment je ne saurai reproduire ici). Rien à faire pour sortir de là sans intégrer les petites maisons de fou à Charenton, avec ou sans camisole de force. Un cardinal de l'ère montinienne, le cardinal Garrone, qui par ailleurs s'était violemment opposé à Mgr Lefebvre dans ce qu'on a pu appeler "l'été chaud 76", saura bien le dire, sans ambages ni ronds-de-jambe diplomatiques : "Comme tous les autres, ce Concile était dans l'ordre de l'autorité doctrinale un sommet et une valeur suprême. (...) Certains ont estimé qu'en se déclarant "pastoral", le Concile signifiait qu'il ne voulait pas être doctrinal. C'est là une ABSURDITÉ" ("50 ans de vie d'Église", Cal Garrone, Desclée 1983).

        Enfin, heureusement, notre grand théologien romain parmi les plus grands conclue son article fort modestement par un : "Salvo meliore iudicio" (je salue un meilleur jugement). "Cela va sans dire", appuie-t-il même d'une manière assez surprenante, preuve qu'il n'a pas l'air de beaucoup estimer ce qu'il vient lui-même d'écrire sur les catégories magistérielles en Église, et... heureusement pour son âme et pour son salut ! Il m'autorise donc par-là à le prendre doucement et gentiment par le bras, sans acrimonie qu'il le croit bien, au contraire par Charité vraie, et l'inviter cordialement à méditer maintenant le "meilleur jugement" qu'il invoque et salue à la romaine, sur la chose magistérielle conciliaire, en lisant ce qui suit :

        La vérité catholique, que je vais exposer maintenant, c'est que TOUT acte d'enseignement universel de la Foi émanant du Collège enseignant actuel una cum le pape, qu'il soit définitif ou non-définitif, est par le fait même, ipso-facto, couvert par l'infaillibilité ecclésiale dès lors qu'il s'appuie sur le Donné révélé (ce qui, soit dit en passant, fut le cas du décret Dignitatis Humanae Personae). La raison théologique formelle en est que lorsque l'Épouse du Christ enseigne universellement la Foi à ses fils, elle le fait toujours en Nom Dieu, en Nom Christ-Dieu (la note d'universalité est évidemment sine qua non pour que l'acte d'enseignement de la Foi soit doté de l'infaillibilité). On ne saurait en effet supposer sans remettre en cause la constitution divine même de l'Église, qu'un acte ecclésial d'enseignement universel de la Foi puisse être humainement fait ; or, c'est hérétiquement ce qu'on dit, comme le fait sans vergogne ni aucune réflexion quant à sa Foi "le dernier grand théologien de l'École française de Rome", quand on suppose qu'il puisse être faillible, la faillibilité étant en effet le propre de l'homme, et de l'homme déchu. Il est au contraire de Foi, de fide, que tout acte d'enseignement universel de la Foi par l'Église est divinement fait, c'est-à-dire avec sa note topique d'infaillibilité inhérente à Dieu. Impossible de supposer que l'Église du Christ puisse, même une seule fois, enseigner universellement la Foi, en ce compris celle non-définitive, sans que cela vienne immédiatement et directement de Dieu.

        Mon accusation est donc grave, j'en ai bien conscience. Elle est carrément au niveau du "J'accuse !" d'Émile Zola dans "l'Affaire", comme on disait en 1900 à propos de Dreyfus. Mais il faut bien se rendre compte que mon accusation est hélas plus fondée encore qu'elle n'est grave.

        Si l'on en veut une preuve lapidaire, il n'est que de se souvenir de l'exposé des différents modes magistériels dans l'Église fait par les Pères de Vatican 1er, exposé qui n'est pas si vieux que cela tout-de-même puisqu'il est de 1870 (encore moins peut-on le considérer comme suranné et dépassé puisqu'il est à croire de Foi, de fide), et de le comparer, tel quel, à celui que nous fait Mgr Gherardini dans ses deux articles, pour en rester à notre prélat romain puisque cet article lui est consacré (mais il est loin d'être le seul à faire pareil hérétique exposé sur les modes magistériels : en fait, de nos jours, tout le monde le fait ainsi, des pires "gauchistes" aux plus extrêmes "droitistes" sur le spectre catholique, nous allons par exemple voir tout-à-l'heure l'abbé Barthe y souscrire). Juxtaposer ensemble les deux calques de travail et les regarder à travers la lumière de Dieu. La divergence va être impressionnante et radicale : un abîme va les séparer, celui qui existe entre la doctrine catholique et l'hérésie.

        Mais occupons-nous pour commencer de l'exposé catholique de Vatican 1er. Tout d'abord, un point capital à bien comprendre : dans leur exposé sur les modes magistériels dans l'Église, les Pères de Vatican 1er ne se sont occupés que des actes magistériels qui ont pour objet formel la Foi ou les mœurs. Ils ne se sont absolument pas occupés des autres qui n'y ont pas formellement trait, comme par exemple ceux qui regardent le gouvernement, la gestion pastorale des fidèles, etc. Ce qui signifie que les départements magistériels qu'ils vont s'occuper à nous définir, et ils vont le dire expressément, sont tous et chacun couverts par l'infaillibilité puisqu'ils regardent la Foi universelle des chrétiens. Ceci étant bien compris, comment les Pères de Vatican 1er distribuent-ils les différents modes magistériels dotés absolument de l'infaillibilité inhérente à leur objet formel de Foi ? Ils les distribuent en deux modes très-simples, et deux seulement : celui extraordinaire dogmatique, dont l'objet formel est l'acte définitionnel, que le bénédictin Dom Paul Nau, en ses deux célèbres et fort savants articles des années 1950-60 appellera, la sententia finalis terminativa, c'est-à-dire une formule de Foi aux termes absolument achevés, et celui ordinaire & universel, dont l'objet formel est l'acte non-définitionnel, dit "non-définitif" en nos temps modernes, c'est-à-dire l'enseignement simple de la Foi, quotidien et universel, aux fidèles de l'orbe catholique, sans avoir en vue l'exposé complet de la doctrine prêchée. Pour les Pères de Vatican 1er donc, non seulement la doctrine définitive est couverte par l'infaillibilité, mais, à égalité, celle qui n'en est qu'un fragment, l'enseignement universel simple et quotidien, parce que celui-ci lui est formellement et à tout coup ordonné. Et c'est bien pourquoi il y a dans l'Église deux modes par lesquels la Vérité infaillible nous est présentée. Il y a deux modes, parce qu'il y a deux choses de nature foncièrement différente à devoir être couvertes par l'infaillibilité (sinon, où serait bien l'utilité de deux modes si une seule chose, la doctrine définitive, avait à être couverte par l'infaillibilité ?) : la Foi fragmentée, débitée pourrions-nous dire aux fidèles selon leurs besoins et capacités spirituels au moment où elle est prêchée, d'une part, et la Foi définitive d'autre part, respectivement objets du mode ordinaire et du mode extraordinaire. Car : "Magistère ordinaire, comme jugement solennel, exigent également la Foi pour la doctrine qu'ils proposent. C'est donc qu'ils la peuvent assurer [tous les deux] contre toute erreur. Faute de cette certitude, en effet, nul ne pourrait être tenu d'y accorder sa Foi, c'est-à-dire d'y adhérer sur l'autorité de la Vérité première" (Nau, article de 1956, p. 393).

        Continuons à approfondir ce point, il est excessivement important pour comprendre la déviance grave actuelle dans tous les esprits. L'effet de l'infaillibilité, quant à l'acte d'enseignement simple du Magistère ordinaire & universel, est de garder la doctrine que contient ledit acte pure de toute erreur POUR AUTANT QU'IL EN TRAITE, et nullement de garantir la rectitude doctrinale d'une sententia finalis terminativa. Ceci bien compris, on comprend que ce serait s'abuser étrangement de croire que l'enseignement ordinaire sur un point de Foi non encore défini dogmatiquement par le mode extraordinaire, n'est pas couvert lui aussi, dans l'acte fragmentaire et isolé, par l'infaillibilité de l'Église, sous le fallacieux prétexte qu'il ne s'agit pas d'une sententia finalis terminativa, puisque… ce n'est pas l'objet du Magistère ordinaire de produire ce genre d'acte doctrinal définitif. L'infaillibilité inhérente à l'acte du Magistère ordinaire & universel consiste en le garder TOUJOURS dans la fidélité à la doctrine dogmatique définitive dont il est une pièce dans le temps, pour la part plus ou moins grande qu'il débite à l'universalité des fidèles de cette dite doctrine définitive à un moment donné de la Vie divine de l'Église. IL EST DE FOI QU'IL NE SAURAIT S'EN ÉLOIGNER FRAGMENTAIREMENT UNE SEULE FOIS, c'est à dire être jamais faillible, donc pouvoir contenir pour sa part un exposé hérétique (comme le supposent blasphématoirement les modernes de toute obédience, progressiste ou bien… traditionaliste), et c'est JUSTEMENT en quoi l'infaillibilité joue pour lui. Pour résumer la question par une formule lapidaire : UN ACTE SIMPLE D'ENSEIGNEMENT UNIVERSEL DU MAGISTÈRE ORDINAIRE NE DIT PAS TOUTE LA VÉRITÉ, MAIS IL NE DIT RIEN CONTRE CETTE DITE VÉRITÉ. ET C'EST PRÉCISÉMENT EN CELA QU'IL EST COUVERT PAR L'INFAILLIBILITÉ : pour l'empêcher de dire rien contre la vérité définitive dans ce qu'il en dit aux fidèles.

        L'analogie de l'Autorité parentale dans la famille humaine avec l'Infaillibilité dans l'Église, exemple pratique, peut aider à bien comprendre la différence entre l'enseignement simple et la définition dogmatique, c'est-à-dire entre le magistère ordinaire et celui extraordinaire, et surtout nous fera bien saisir que l'infaillibilité couvre autant l'un que l'autre. Lorsque les parents chrétiens ont à révéler la vérité de l'amour conjugal à l'enfant, ils ne lui diront pas "la vérité définitive" tout-de-suite, et de plus ils ne lui diront pas la même chose s'il pose question à sept, douze, ou seize ans ; cependant, à chacune de ces tranches d'âge, les parents conscients de leurs devoirs et fidèles aux bonnes mœurs chrétiennes, diront LA VÉRITÉ autant que l'enfant peut la comprendre : ce qu'ils lui diront quand il a sept ans en évoquant par exemple la pollinisation naturelle des fleurs, etc., ne sera en rien un mensonge ni contraire à "la vérité définitive" qu'ils lui révèleront quand il sera en âge de l'entendre. Autrement dit, tout ce qu'ils lui diront à ces différents âges de sa vie, qui seront des vérités "non définitives" de leur magistère parental ordinaire, sera infailliblement ORDONNÉ à la vérité définitive, laquelle lui sera révélée en une seule fois uniquement lorsqu'il sera en âge de la comprendre, vérité définitive que, sur le plan doctrinal, on appelle une sententia finalis terminativa.

        Il faut absolument continuer à éclairer le moderne, qui risque de ne pas comprendre de quoi il s'agit, à propos de cesdits actes "non-définitifs" inhérents au mode ordinaire & universel doté de l'infaillibilité, à cause de l'esprit moderniste qui a tout envahi dans l'Église, y compris dans la cervelle des traditionalistes, toutes mouvances confondues d'ailleurs, comme il ne ressort que par trop de leurs propos incroyables à ce sujet. La qualification théologique retenue pour les actes inhérents au Magistère ordinaire & universel, est donc : "non-définitif". Une chose frappe d'emblée : c'est que cette définition est négative. Or, ce n'est pas anodin, c'est déjà là une première et formidable avancée de l'hérésie : pourquoi, en effet, ne pas donner une définition théologique positive à l'acte d'enseignement simple inhérent au Magistère ordinaire & universel ? Pourquoi ne le définir que par rapport à l'acte regardant le Magistère dogmatique extraordinaire, en une dialectique d'opposition à lui, pire : en le définissant par l'absence de ce qu'il ne peut avoir en propre et qui n'appartient qu'au mode extraordinaire dogmatique ? Serait-ce par hasard qu'on voudrait professer qu'il n'y aurait que le Magistère extraordinaire dogmatique à vraiment exister, et que l'ordinaire simple et universel n'existerait que par rapport à lui ? Voilà justement la grande déviance moderne, qui ne veut considérer que les actes magistériels de Foi absolument parfaits (= mode extraordinaire) mais pas les actes magistériels de Foi relativement parfaits (= mode ordinaire), déviance gravissime et hérétique démentie formellement par Vatican 1er qui met à parité intégrale et parfaite les deux modes magistériels en Église, qui existent tous les deux indépendamment l'un de l'autre (ce qui ne signifie pas : en opposition), avec même & identique valeur de substance. Il faut toujours bien se remettre en tête, surtout nous les modernes, la formule des Pères de Vatican 1er : "Est à croire de foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans la Parole de Dieu écrite ou transmise, et que l'Église, SOIT par un jugement solennel, SOIT par son magistère ordinaire et universel, propose à croire comme divinement révélé" (Dei Filius). Le "soit" séparatif est fort clair sur la réalité de substance pour chacun et tous des deux modes magistériels.

        En fait, il faut bien se rendre compte que c'est dès cette qualification dialectique "non-définitif" donnée aux actes du Magistère ordinaire & universel, que les modernes ont attenté mortellement à l'intégrité dudit mode. Or donc, il faut bien se rendre compte aussi, dans l'horreur certes, que cette qualification négative donnée aux actes du Magistère ordinaire & universel remonte… à l'immédiat après-Vatican 1er ! Dès les années 1900, elle s'est imposée comme la seule valable pour les théologiens, qui l'ont tous adoptée, il n'est que de lire les articles de théologie sur la question, même les plus anciens. Et l'École française de Rome s'est nourrie elle aussi de cette toute première pénétration moderniste dans la dogmatique concernant les modes magistériels et leur infaillibilité inhérente...

        Pourquoi dis-je qu'il s'agit d'une pénétration moderniste dans la dogmatique catholique ? Parce que ce qualificatif "non-définitif" est formidablement et diaboliquement ambivalent. Il peut signifier deux choses, dont l'une est orthodoxe quand l'autre est parfaitement hétérodoxe. Il peut signifier, ou bien que l'acte du Magistère ordinaire & universel d'enseignement délivre un fragment seulement de la Vérité doctrinale, non sa totalité dogmatique (sens orthodoxe), non-définitif n'ayant alors que le sens de non-complet, ou bien alors qu'il délivre une "vérité provisoire", une vérité par provision, sous réserve d'inventaire ultérieur (sens modernistes hétérodoxe, par lequel il est professé qu'une vérité puisse ne pas vraiment être, c'est-à-dire ne pas exister métaphysiquement : car ou bien une vérité est, ou il s'agit d'une erreur, en tout état de cause on ne saurait parler d'une vérité provisoire, dans le sens moderniste qu'elle pourrait être telle à une époque donnée, mais ne plus être telle, ou exactement telle, un siècle plus tard). Or, il appert que c'est ce dernier sens, hétérodoxe, qui a largement prévalu dans les esprits modernes, ce qu'on constate même, hélas, dans le discours du pape actuel (il suffit de lire les articles du site "rallié" Tradinews, doctrinalement fort déliquescents sur le sujet, pour s'en rendre compte, notamment celui intitulé : "La thèse Ocariz contredite aussi par la thèse Ratzinger"…). Les traditionalistes, à commencer hélas par Mgr Lefebvre lui-même soi-même pour finir par Mgr Gherardini, en tous cas, n'ont hélas pas senti le modernisme de cette terminologie dialectique "définitif - non-définitif" par laquelle il est professé qu'un acte universel du Magistère ordinaire d'enseignement pourrait bien ne pas être, pour sa petite part plus ou moins grande, invinciblement ordonné à la Vérité immuable, c'est-à-dire on l'a compris : infailliblement, ce qui, pourtant, est absolument et toujours le cas, la Foi nous fait formelle obligation de le professer.

        En fait, s'il fallait donner un qualificatif positif théologiquement idoine & adéquat pour définir l'acte du Magistère ordinaire & universel d'enseignement, ce n'est pas le qualificatif dialectique "non-définitif" qu'on devrait retenir, négatif et extrêmement dangereux, mais le qualificatif inchoatif. Ce mot veut dire : "(1380 ; lat. inchoativus, de inchoare "commencer"). Ling. Se dit des formes verbales exprimant une action commençante, une progression" (Petit Robert). On ne saurait donc trouver, me semble-t-il, qualificatif plus adéquat : le but de l'acte simple et universel du Magistère ordinaire d'enseignement n'est pas en effet de débiter une doctrine dogmatiquement achevée, sententia finalis terminativa, mais de délivrer un commencement de cette dite sentence finale, une part inchoative plus ou moins approchée de la définition parfaite et qui, de toutes façons et dans tous les cas, tend OBLIGATOIREMENT ET INFAILLIBLEMENT à cet achèvement dogmatique ultime, objet du seul Magistère extraordinaire. Or, on comprend bien que ce commencement de définition dogmatique y est théologiquement ordonné, et donc, qu'il ne saurait qu'être lui aussi couvert par l'infaillibilité, dans le sens qu'il ne saurait contenir la moindre erreur en ce qu'il dit inchoativement de la doctrine qu'il expose.

        Dans ce qui n'est qu'un simple article, je ne serai pas plus long sur la question. La doctrine catholique exposée par les Pères de Vatican 1er est donc fort claire et fort simple, et elle peut être résumée ainsi : quant aux actes magistériels dont l'objet formel est la Foi ou les mœurs, il y a deux modes magistériels, et deux seulement, et tous les deux strictement couverts par l'infaillibilité au même rigoureux titre : le PREMIER, ordinaire & universel, propose aux fidèles la Foi inchoative, simplement, quotidiennement, universellement et perpétuellement, sans avoir en vue la totalité dogmatique de la doctrine professée, le second mode et DERNIER propose la Foi définitive qui se tire du multiple et incessant enseignement ordinaire & universel. Et non l'inverse. C'est en effet ainsi que Mgr d'Avanzo, l'édifiant rapporteur de la Députation de la Foi à Vatican 1er, mandaté expressément par Pie IX, a présenté la questio magna à toute l'aula conciliaire : en disant que le premier mode magistériel est… l'ordinaire & universel. Comprenons bien, donc, en conclusion, que les Pères de Vatican 1er auraient été horrifiés et auraient immédiatement voués à l'anathème latae sententiae, celui qui aurait osé leur soutenir qu'un acte simple d'enseignement magistériel universel ayant pour objet formel la Foi, puisse ne pas être couvert ipso-facto par l'infaillibilité… comme le professent maintenant TOUS les modernes, des plus fieffés progressistes aux plus intégristes des traditionalistes, en passant par le... "dernier grand théologien de ce qu'on a appelé l'École Romaine"…!

        Justement. Voyons à présent, pour descendre du Ciel à l'enfer, et comme promis, comment les modernes découpent les différents départements magistériels. M. l'abbé Barthe, suivant en cela un certain Mgr Gherardini, a bien synthétisé ce découpage des départements magistériels faits par les modernes, que tout le monde adopte, je le répète : des plus fieffés progressistes aux plus coincés traditionalistes, sans aucun esprit critique par rapport à la Foi de la part ni des premiers ni des derniers (ce qui est tout-de-même un peu plus surprenant quant à cesdits derniers…). Je le cite : "Je voudrais faire ici quelques réflexions qui vont dans le sens des analyses théologiques très éclairantes que Mons. Brunero Gherardini, a exprimées pour "disputationes theologicae" et qui ont anticipé et résument celles de son livre qui vient de paraître sur cette question capitale, Concilio ecumenico Vaticano II. Un discorso da fare. (…) Il convient assurément de rappeler les divers degrés d'engagement de l'enseignement suprême du pape seul ou du pape et des évêques unis à lui. Il importe spécialement de préciser que le magistère le plus élevé peut se placer à deux degrés d'autorité : 1°/ Celui des doctrines irréformables du pape seul ou bien du collège des évêques (Lumen gentium n. 25 § 2 et 3). Ce magistère infaillible, auquel il faut "adhérer dans l'obéissance de la foi", peut lui-même être proposé sous deux formes : a) les jugements solennels du pape seul ou du pape et des évêques réunis en concile ; b) le magistère ordinaire et universel (Dz 3011). 2°/ Et d'autre part, celui des enseignements du pape ou du collège des évêques avec le pape, sans intention de les proposer de manière définitive, auxquels est dû "un assentiment religieux de la volonté et de l'esprit" (Lumen gentium n. 25 § 1). On parle généralement de "magistère authentique", bien que le vocabulaire ne soit pas absolument fixé" ("Le Magistère ordinaire infaillible", par M. l'abbé Claude Barthe).

        Premièrement, on voudrait bien savoir la manière dont l'abbé Barthe entend le qualificatif "définitif" dans sa formule "… sans intention de les proposer de manière définitive" : on dirait bien que la tournure de la phrase signifie qu'il l'entend à la manière hétérodoxe moderniste, à savoir que cette doctrine ainsi prêchée magistériellement ne le serait que "par provision", sous réserve doctrinale d'inventaire ultérieur, avec bien entendu la possibilité de ne plus avoir à la considérer ultérieurement comme une vraie doctrine un siècle plus tard, ou en tous cas plus dans toutes ses parties (… et non pas les parties accidentelles comme veut arguer un certain Joseph Ratzinger, mais celles substantielles). Ce sens hétérodoxe moderniste est confirmé, me semble-t-il, par le terme "irréformable" employé à la suite d'ailleurs des encycliques modernes sur la question, à la place de "définitif"… ce qui n'a pas du tout le même sens.

        Quoiqu'il en soit de ce dernier point, cet exposé contient d'abord une énorme erreur qui engendre elle-même carrément l'hérésie, et pas n'importe laquelle, puisqu'elle est celle moderniste.

        La gravissime erreur de l'exposé consiste dans le fait de ranger le Magistère ordinaire & universel, dans la catégorie 1°/ réservé aux enseignements… irréformables ou définitifs. Or, le Magistère ordinaire & universel n'a pour objet essentiel que la proposition de la Foi non-définitive ou inchoative aux fidèles, simple, quotidienne, à l'exclusion formelle des actes de définition dogmatique, comme on vient de le voir ensemble. Cette première erreur en engendre de par elle-même immédiatement une autre, carrément hérétique cette fois-ci. En effet, puisque l'on a posé, en contradiction avec la doctrine catholique, que le mode ordinaire & universel a pour objet un enseignement irréformable ou définitif, alors, où bien mettre l'enseignement… non-définitif ? Dont la Foi nous révèle l'existence et qu'on ne saurait gommer, annihiler ? Sous quel mode magistériel ? Il faut bien le mettre quelque part, et donc le ranger sous un autre mode, c'est-à-dire, au fait, sous le dernier… qui reste, à savoir le Magistère authentique, tout nouveau tout beau, qu'on vient de découvrir. Et c'est ainsi que l'abbé Barthe, copiant-collant servilement Mgr Gherardini sur cela, range dans la catégorie du Magistère authentique les actes d'enseignements non-définitifs. Or, le problème, c'est que le Magistère authentique, par définition, est de soi… non-doté de l'infaillibilité. Par conséquent, conclusion ultime, et conclusion formellement hérétique, on professe donc, je veux dire TOUTE l'Église de l'ère moderne professe (la preuve : Lumen Gentium professe apparemment ce nouveau découpage magistériel), qu'un acte d'enseignement universel doctrinal non-définitif n'est pas couvert ipso-facto et obligatoirement, systématiquement, par l'infaillibilité ecclésiale. Le tour de prestidigitation de Satan est joué, et tout le monde a marché. La catégorie 2°/ dont nous parle en effet l'abbé Barthe, "authentique", pourrait donc soi-disant avoir pour objet des actes d'enseignements non-définitifs de la Foi émanant des membres enseignants actuels dans leur mandat de docteurs universels, mais qui cependant, ô chose incroyable ! inouïe !… ne seraient pas dotés ipso-facto, par le fait même, de l'infaillibilité. Or, je l'ai déjà dit plus haut en m'appuyant sur la Foi : de soutenir qu'un acte d'enseignement universel de la Foi, de quelque nature qu'il soit, définitif ou non-définitif, n'est pas de soi couvert par l'infaillibilité, est une proposition hérétique formelle, et de la pire des hérésies, celle moderniste, comme je vais l'expliquer tout-à-l'heure.

        Donc, comme je l'évoquai déjà plus haut, et pour résumer la profession de foi des modernes quant aux catégories du Magistère ecclésial : il y a pour eux un Magistère extraordinaire infaillible normé aux actes définitifs, il y a aussi un Magistère ordinaire & universel infaillible dont on ne sait pas trop au fait ce qu'il est mais qu'on cite seulement pour mémoire et qu'on range avec le définitif pour (faire mine de) suivre les Pères de Vatican 1er, et il y a un Magistère authentique non-infaillible auquel on remet l'objet qu'on a "volé" au Magistère ordinaire & universel, à savoir les actes de Foi non-définitifs, et qu'on a au passage, comme par hasard, formidablement gonflé comme baudruche, ou plutôt comme la grenouille de la fable prête à éclater, pour pratiquement ne plus faire exister QUE lui. Donc, concrètement, il y a, pour le moderne (et… le traditionaliste, qui, ici, épouse parfaitement la théologie moderne sans en rougir de honte jusqu'à la crête, comme il le devrait), un Magistère extraordinaire définitif infaillible, et il y a un Magistère authentique non-définitif non-infaillible. On a tout bonnement évanoui le Magistère ordinaire & universel infaillible dans le Nuage de l'Inconnaissable… Voilà donc, ô abomination de la désolation dans le Lieu-Saint où a abouti le modernisme quant au concept du Magistère ecclésial… Voilà, Seigneur, ce qu'ils ont fait de votre Parole Sacrée !, voilà ce qu'ils ont osé en faire en s'appelant les Fils du Très-Haut…!! Et les… fiers traditionalistes n'y ont rien vu que du bleu !!!

        Mais, au fait, pourquoi donc dis-je que cet exposé, qui est celui de Mgr Gherardini dans ses deux articles, l'abbé Barthe ne faisant ici que le résumer, est moderniste ?

        Parce que, d'un tel exposé, on ne peut que déduire qu'il y aurait soi-disant des cas où les membres enseignants actuels, en tant que docteurs universels et non en tant que docteurs privés, proposeraient la Foi à l'universalité des fidèles, non-définitive en l'occurrence, mais ce ne serait pas au Nom de Dieu qu'ils le feraient, ce serait au nom de l'homme. Puisqu'en effet l'infaillibilité est exclue par principe dans cette soi-disant catégorie "authentique", infaillibilité qui est l'attribut divin, c'est donc qu'il y aurait un enseignement de la Foi, non-définitif, qui viendrait de l'homme : c'est l'homme dans l'homme d'église qui aurait le pouvoir de par lui-même d'enseigner universellement la doctrine de la Foi. Or, que l'objet de l'enseignement soit définitif ou non-définitif, tous les deux, selon la doctrine catholique bien exposée à Vatican 1er, ont à être absolument couverts par l'infaillibilité. Car tout enseignement universel portant sur la Foi ou les Mœurs, quelqu'il soit, définitif ou inchoatif, est fait absolument par Dieu à l'homme, c'est justement pourquoi les Pères de Vatican 1er mettent bien à parité parfaite l'infaillibilité qui couvre, et les actes définitifs inhérents au Magistère extraordinaire dogmatique, et tout autant les actes non-définitifs ou inchoatifs inhérents au Magistère ordinaire & universel. Autant les actes non-définitifs que ceux définitifs ont impérativement à être couverts par l'infaillibilité, comme émanant absolument de Dieu.

        En vérité, la profession de foi de l'Église moderne en matière de Magistère ecclésial, est donc parfaitement et complètement... moderniste. Lorsque saint Pie X en vient dans Pascendi Dominici Gregis aux fondements philosophiques du modernisme, il résume la chose par le mot "immanence vitale", qui revient sans cesse dans toute son encyclique. Que veut dire la formule ? Elle signifie que l'homme prétend trouver en lui-même, dans son propre fond, la Transcendance divine, il s'imagine que sa Cause première réside en lui. Mais c'est très-exactement ce que le théologien moderne, progressiste mélangé au traditionaliste, est en train de nous dire quand il range dans une catégorie magistérielle des actes d'enseignement universel de la Foi qui cependant ne seraient pas couverts ipso-facto par l'infaillibilité, signe topique du Dieu Transcendant. Si en effet l'on nous dit qu'il peut exister des actes d'enseignement de la Foi dans le mandat officiel de l'Église mais qui ne seraient pas ipso-facto couverts par l'infaillibilité qui est l'attribut du vrai Dieu, alors, c'est que dans ces cas précis, ce n'est pas Dieu qui prêcherait la Foi au fidèle par l'organe du membre enseignant, ce serait l'homme dans l'homme d'Église qui la prêcherait. Ce n'est plus le Christ dans l'homme d'Église qui prêcherait la Foi aux fidèles, ce serait l'homme en lui. C'est donc le membre enseignant qui prétendrait tirer la Foi de son propre fond d'homme pour l'enseigner aux fidèles. Je le répète, nous sommes là en plein modernisme.

        Or, la Foi me fait au contraire refuser formellement de recevoir l'enseignement universel de la Foi, qu'elle soit définitive ou non-définitive, par l'homme, fût-il homme d'église. Toujours, et dans tous les cas. C'est Dieu, et Lui seul, qui enseigne la Foi par l'organe des membres enseignants, qui dans cet acte d'enseignement ne sont que ses simples suppôts passifs, transparents de Dieu, et non l'homme qui me l'enseigne. Saint Paul est très-clair sur cela lorsqu'il nous dit que "La Foi vient de la prédication entendue" de la part de ceux qui sont "envoyés" par le Seigneur, et c'est le Seigneur Lui-même qui dans cette prédication l'enseigne : "Qui vous écoutes, M'écoute". Parce que c'est immédiatement et non médiatement MOI qui parle, révèle bien Jésus-Christ, lorsque vous, Mes membres enseignants, enseignez universellement la Foi aux fidèles dans votre mandat d'Église.

        Il est donc théologiquement proscrit le plus qu'il soit possible de supposer dans l'orthodoxie une catégorie magistérielle universelle qui inclurait des actes d'enseignement de la Foi, même seulement non-définitifs, qui n'émaneraient pas directement et immédiatement de Dieu, c'est-à-dire qui ne seraient pas ipso-facto couvert par l'infaillibilité. Ce serait supposer, à la manière moderniste, que la Foi vient de l'homme, est générée par lui. Or donc, la grande règle, c'est qu'à partir du moment où il y a enseignement de la Foi dans le cadre magistériel universel d'Église, il y a automatiquement, obligatoirement et systématiquement infaillibilité parce que c'est Dieu qui enseigne la Foi. Supposer le contraire, comme les modernes nous le font supposer dans leur réprouvé découpage magistériel, c'est tout simplement réduire hérétiquement l'Église à une simple institution humaine, qui tire la Foi de son propre fond humain, par immanence vitale.

        Cette définition moderniste du Magistère authentique est donc tout ce qu'il y a de plus hérétique, et, par-là même, irrecevable, inacceptable. Quant à moi, je la rejette avec la dernière énergie loin de mon âme et l'anathématise formellement, au nom même de la Foi.

        Certes, il existe bien un département magistériel "authentique", mais il inclut seulement tous les actes magistériels qui, rigoureusement, ne concernent pas l'enseignement de la Foi ou sur les Mœurs, définitifs ou non-définitifs, ceci étant précisément la ligne de démarcation qui caractérise les objets formels du Magistère authentique. Car dès lors qu'il y a enseignement universel de la Foi, automatiquement cela ressort, je le répète, soit du Magistère extraordinaire définitionnel, soit du Magistère ordinaire & universel non-définitionnel, de soi tous deux dotés ipso-facto de l'infaillibilité (précisément à cause même de leur objet formel de Foi).

        Deux catégories nous sont bien connus maintenant, nous autres fidèles des temps modernes, depuis Vatican 1er, à savoir 1/ celle du mode extraordinaire dogmatique, 2/ celle du mode ordinaire & universel. Mais les théologiens modernes, quelque temps après Vatican 1er, et par les réflexions mêmes inférées par les définitions de ce concile sur la chose magistérielle, ont encore dégagé une troisième catégorie, négative quant à elle, et qu'ils ont baptisé authentique. Ce mode authentique, en effet, n'en est pas vraiment un, il concerne en fait tous les actes qui émanent certes authentiquement du Magistère de l'Église, des évêques et du pape, mais sans concerner les choses de la Foi ni des Mœurs, qui est l'objet formel des seuls modes ordinaire & universel, et extraordinaire dogmatique. Ces deux derniers modes sont donc les seuls modes positifs, quand le mode authentique n'est qu'un mode négatif. On pourrait dire, d'une manière un peu vulgaire, que le Magistère authentique est un "département fourre-tout", où on met tout ce qui ne ressort pas explicitement des départements ordinaire doctrinal et extraordinaire dogmatique, de soi dotés de l'infaillibilité, mais qui néanmoins émane lui aussi du Magistère de l'Église aussi authentiquement, d'où son appellation, que ces deux premier départements magistériels infaillibles.

        Un article de l'Ami du Clergé exprime bien le cadre de ce Magistère authentique non-infaillible quant au pape, qui, je le répète, n'a été défini que dans les temps tout ce qu'il y a de plus modernes, début XXe siècle voire même dans les plus récentes décennies immédiatement pré-Vatican II (il n'en est absolument pas question dans Vatican 1er qui ne connaît que deux sortes d'actes magistériels : ceux qui sont infaillibles, répartis sous les modes extraordinaire et ordinaire, et ceux... qui ne le sont pas, dont il n'est pas même dit un traître mot à Vatican 1er) : "En-dehors de là [du domaine du Magistère ordinaire et extraordinaire strictement infaillible], il y a présomption en faveur de son inerrance [au pape], à cause de l'Assistance divine qui lui est promise, et pratiquement on doit un assentiment religieux ferme et sans réserve aux décisions pontificales personnelles ou émanant des Congrégations romaines. Bien qu'elles soient réformables, elles excluent absolument tout défaut de prudence et tout mal moral ; elles sont l'autorité éclairant les doutes de la conscience pratique. Les circonstances changeant, ces décisions peuvent être modifiées ou même abolies, et il n'y a pas lieu de se scandaliser de ces changements ni d'opposer les décrets d'un pape aux décrets d'un autre ; mais cette mutabilité n'enlève rien au devoir strict que les fidèles ont de s'y soumettre" (Tables générales 1909-1923, p. 381, 2e col.).

        Il existe donc une troisième catégorie d'actes magistériels d'Église qui ne ressortent pas du Magistère infaillible, qu'il soit ordinaire ou extraordinaire, mais du Magistère authentique, de soi non-infaillible (authentique, en ce sens qu'il émane des pasteurs légitimes posant des actes légitimes dans le cadre de leur mission d'Église). C'est en fait tous les actes des papes et des Évêques qui ont trait à la gestion pastorale du Peuple de Dieu sans faire partie de l'enseignement ayant trait à la Foi ou aux mœurs, sauf de manière plus ou moins éloignée. Mais cependant, là encore, l'assentiment du simple fidèle à ce genre d'actes est absolument requis. On pourrait de prime abord s'en étonner puisque ce Magistère authentique n'est pas couvert par l'infaillibilité. Et pourtant, rien de plus juste, car l'Église est SAINTE. L'infaillibilité accordée à l'Église n'est en effet elle-même qu'une conséquence parmi d'autres, la plus importante certes, de l'Assistance permanente du Christ et de l'Esprit-Saint à l'Église : lors même, donc, que l'Église n'est pas dans le cadre du Magistère ordinaire ou extraordinaire infaillible, elle est quand même assistée par le Christ de telle manière que le fidèle est sûr que toutes ses directives ne peuvent que le mener dans la voie du salut... quand bien même il y aurait erreur dans l'ordre temporel ou accidentel. L'Assistance divine du Christ à son Église, dont l'infaillibilité n'est qu'un "département" si l'on peut dire, est en effet un charisme plus grand que l'infaillibilité car non seulement elle empêche négativement l'Église de se tromper, comme l'infaillibilité, mais elle la fait positivement progresser vers la Jérusalem céleste et le Retour glorieux du Christ-Époux. C'est pourquoi les saints ont tous compris qu'il valait mieux être crucifié par l'Église (ou du moins par ceux qui sont dépositaires de son Autorité), que crucifier l'Église, lorsque par exemple, cedit Magistère authentique non-infaillible fait défaut dans l'ordre accidentel. Parce qu'il n'y a pas meilleur moyen d'acquérir le salut que de souffrir persécution pour Dieu par... l'Église (ce qui ne revient pas à dire que quand il y a erreur manifeste et objective de la part des grands-clercs, il faille la nier, par une sorte d'esprit partisan, finalement cléricalement idolâtre, la pire de toutes les idolâtries, essence même du pharisaïsme, à résonance fasciste - art. 1 : le parti a toujours raison ; art. 2 : quand le parti a tort, se référer à l'art. 1).

        Donc, pour résumer la doctrine catholique sur cette question si importante des catégories magistérielles en relation avec le charisme de l'infaillibilité, doctrine finalement très-simple mais abominablement sophistiquée, complexifiée et surtout pervertie par les libéraux-modernistes dès l'immédiat après-Vatican 1er : il y a un Magistère infaillible qui porte sur la Foi ou les mœurs, soit ordinaire & universel (doctrine enseignée perpétuellement, quotidiennement, universellement, simplement et communément dans l'Église), soit extraordinaire (nouveaux dogmes tirés du Magistère ordinaire & universel, et définis pour la première fois dans le Canon de l'Église - car c'est le simple enseignement doctrinal inhérent au Magistère ordinaire & universel qui fonde la définition dogmatique du Magistère extraordinaire, et non l'inverse), et il y a un Magistère non-infaillible, qui ne porte pas sur les doctrines de Foi et de mœurs, dit authentique dans nos temps modernes, et le distinguo est un affinement théologique parfaitement justifié… quand il veut bien se contenir dans les limites susdites.

        Léon XIII, dans son encyclique Sapientiae Christianae du 10 janvier 1890, le tout premier pape à ma connaissance qui évoque factuellement la catégorie magistérielle "authentique" sans cependant encore la nommer, résume ainsi le devoir d'obéissance du simple fidèle à chacune de ces trois catégories, dont on voudra bien noter qu'il les distingue avec grand soin : "Quand il s'agit d'établir les limites de l'obéissance, que personne ne s'imagine que la soumission à l'Autorité des pasteurs sacrés et surtout du Pontife romain s'arrête à ce qui concerne les dogmes, dont le rejet opiniâtre ne peut aller sans le crime d'hérésie [= Magistère extraordinaire]. Il ne suffit même pas de donner un sincère et ferme assentiment aux doctrines qui, sans avoir été définies par un jugement solennel de l'Église, sont cependant proposées à notre Foi, par son magistère ordinaire et universel, comme étant divinement révélées, et que le Concile du Vatican a ordonné de croire de Foi catholique et divine [= Magistère ordinaire & universel]. Il faut en outre, que les chrétiens considèrent comme un devoir de se laisser régir et gouverner par l'Autorité et la direction des évêques, et surtout par celles du Siège apostolique [= Magistère authentique non-infaillible]".

        Donc, en conclusion de ce petit rappel… catholique cette fois-ci, sur les catégories différentes du Magistère ecclésial, et pour rentrer dans le concret du concret de notre problème ecclésial issu de Vatican II, on sait à présent qu'il est d'ores et déjà théologiquement rigoureusement exclu de dire que Dignitatis Humanae Personae, le document hérétique de la Liberté religieuse, puisse ressortir du Magistère authentique non-infaillible, comme le soutient par défaut notre grand théologien Gherardini dans ses deux articles, puisqu'il rentre dans ladite catégorie non-infaillible tous les actes du concile qui ne ressortent pas formellement du dogmatique extraordinaire (= ce qui est le cas du décret sur la Liberté religieuse). Parce que, définitionnellement, ce département magistériel "authentique" non-infaillible, par ailleurs bébé vagissant dans la dogmatique catholique, concerne tout ce qui n'a pas trait à la Foi ou aux Mœurs ; et que, bien sûr, le décret sur la Liberté religieuse a pour objet formel la Foi.

        La conclusion générale est excessivement simple : puisque premièrement le décret conciliaire de la Liberté religieuse a comme objet formel un point de Foi, quand bien même c'est par la contradictoire d'un point de Foi, puisque deuxièmement la doctrine y contenue, ou bien plutôt donc l'anti-doctrine, est enseignée par les Pères de Vatican II réunis una cum le pape, confectionnant ensemble ipso-facto "l'Église Universelle", en la déclarant au surplus tirée du Dépôt révélé, alors, alors, c'est que Dignitatis Humanae Personae est un acte formel du Magistère ordinaire & universel d'enseignement de la Foi, de nature bien sûr "non-définitive" comme on s'est habitué à le dire dangereusement. Doté bien évidemment de soi de l'infaillibilité. En conséquence de quoi, il est donc rigoureusement exclu de le considérer comme pouvant être "réparé", puisqu'un acte doté de l'infaillibilité ne saurait, théologiquement, le moins du monde, avoir à être... réparé. Or, hélas, hélas, il faudrait de toute nécessité qu'il puisse être réparable puisqu'il professe une... hérésie formelle, la Liberté religieuse (n'en déplaisent aux "ralliés" et à leurs débiles et plus ou moins honnêtes échappatoires pour nier ce caractère hérétique formel de la Liberté religieuse) !

        Ce qui signifie, pour l'ultime déduction, que la "si grande contradiction" du Christ en croix révélée par saint Paul (He XII, 3-4) pour décrire le Christ vivant dans le modus de sa Passion, est présentement vécue par l'Église-Épouse actuelle, qu'elle est "faite péché pour notre salut" (II Cor. V, 21), et que nous sommes donc bel et bien dans les temps eschatologiques de "LA PASSION DE L'ÉGLISE".

        Un dernier point, fort impressionnant. Ce rejet de l'infaillibilité du Magistère ordinaire & universel divin pour ne plus privilégier parmi les hommes qu'une non-infaillibilité d'un Magistère authentique humain, est par ailleurs, mais qui en a conscience ?, un signe eschatologique advenu, un de plus : "Je suis venu au nom de mon Père et vous M'avez rejeté, qu'un autre vienne en son propre nom, et vous l'accepterez" (Jn V, 43). Or, selon les exégètes, celui qui viendra en son propre nom, de lui-même, sera l'Antéchrist, et son nom est : l'homme. En rejetant le magistère ordinaire & universel du Christ-Dieu infaillible, et en acceptant un magistère "authentique" de l'homme faillible, on accomplit on ne peut mieux cette terrible prophétie de Notre-Seigneur. En réalité, ce rejet est donc une abominable Apostasie, qui, soit dit en passant, est encore... un autre signe eschatologique formel, selon saint Paul.

        Décidément, tous les chemins mènent... à la fin des temps.

        Appendice, ou plutôt appendicite purulente à opérer. Les malheureux lefébvristes ont cru trouver une parade imparable à la doctrine catholique que je viens de rappeler, en disant que les sujets formels du Magistère ordinaire & universel sont uniquement les "évêques dispersés" avec le pape, mais que quand ils sont rassemblés tous ensemble dans un même lieu, par exemple dans une aula conciliaire (... suivez attentivement mon regard), ils ne sont plus, ô inénarrable ouf de soulagement !, ô merveilleuse délivrance !, lesdits… sujets dudit Magistère ordinaire & universel en acte !!! Cette folle objection est une mauvaise plaisanterie, que j'ai réfutée dans la seconde Lettre à M. l'abbé Gleize, qu'on trouvera sur ce site. Ici, il me suffira de rappeler seulement la belle définition d'un rapporteur de Vatican 1er, Mgr Zinelli, pour en montrer toute la fausseté, l'inanité, et... l'idiotisme achevé (une véritable sententia finalis terminativa, dans son domaine) : "L'accord des évêques dispersés a la même valeur que lorsqu'ils sont réunis : l'assistance a en effet été promise à l'union formelle des évêques, et non pas seulement à leur union matérielle" (Mgr Zinelli, Mansi 51, 676 A). Les sujets formels du Magistère ordinaire & universel sont en effet des personnes physiques, à savoir celles des évêques et du pape actuels, la substance de cesdits sujets ne réside donc pas, faut-il avoir à le dire hélas oui quelle honte, dans un... accident, à savoir leur dispersion ou leur rassemblement universels.

Vincent Morlier.  

        P.S. : La loi m'interdisant de recopier in extenso les deux articles de Mgr Gherardini, j'en donne ici simplement les liens Internet, pour ceux qui voudraient les consulter :

http://disputationes.over-blog.com/article-31133534.html (1er article de mai 2009) ;

http://disputationes.over-blog.com/article-mgr-gherardini-sur-l-importance-et-les-limites-du-magistere-authentique-91627919.html (second article de décembre 2011).

 

                                                                                                                                                

 

 

 

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27 mars 2012, 21:10
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